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5 juillet 2021

Sans un bruit 2

Sans un bruit 2
s'ajoute à la trop longue liste de ces titres qui, dans leurs versions françaises, passent assez mal à l'oral avec l'ajout d'un chiffre au titre initial : je pense au fameux cas Blade 2 déjà évoqué ici, à la saga Saw, très problématique passé l'épisode 5, et au plus méconnu mais encore plus disgracieux direct-to-video Troie 3 – et défaite aux tirs au but contre la SUISSE, que tout le monde veut chasser de sa mémoire. Sans un bruit de...? De pet ? On nous incite donc à évoquer auprès de la charmante ouvreuse de notre cinéma favori un pet silencieux mais très odorant ? Ceci dit, ce titre abscons n'est pas le plus gros handicap de cette suite qui m'a tout de même parue moins insupportable que l'original. Ça tient à peu de chose, une seule en réalité, et je sais que je n'ai pas un regard tout à fait objectif sur ce machin-là. Je n'aime pas les films d'horreur pop-corn, si grand public, c'est antinomique. J'ai une dent contre ces purs produits de conso conçus pour les ados et réalisés par des guignols opportunistes. Entre John Krasinski et moi, c'est viscéral, le courant ne passe pas. Ou ne passe plus, car je le trouvais tout à fait à sa place, sympathique, presque mignon, assis derrière son bureau, dans The Office. Mais depuis, il a enchaîné les développés couchés, il a pécho Emily Blunt, il a joué au petit soldat chez Michael Bay, il a explosé le box office, bref, il a pris le melon gravos, et ça suinte à présent de tous ses pores. Son souci, c'est qu'il s'était sacrifié en héros à la fin du premier opus, et qu'il ne pouvait donc plus apparaître à l'écran dans cette suite directe. Il était coincé.
 
 
 
 
Après quelques nuits blanches à se creuser la tronche, il a trouvé la parade pour nous faire de nouveau subir sa grosse tête d'idiot du village en démarrant son film par un long flashback qui nous raconte le premier jour de l'invasion d'aliens aveugles tel que l'a vécu sa petite famille. Un dimanche lambda où ils étaient tous allés assister amoureusement au match de baseball de l'aîné. C'est qu'il en faut de l'amour pour se taper ça. C'est interminable et le gosse est une véritable brèle. Heureusement les choses finissent par se gâter, l'occasion pour Krasinski de se prendre encore une fois pour une vedette d'action et d'en faire des caisses dans des postures déjà vues et revues des milliards de fois dans les pires bande-annonces de films catastrophes ou d'invasion extraterrestres où des américains débiles regardent tour à tour, impuissants, la menace débouler droit sur eux. Je dis ça, mais cette introduction constitue peut-être le meilleur moment du film, ou en tout cas le plus prenant. Après ça, on revient dans le présent du récit et l'on retrouve notre petite famille de survivants, chapeautée par la seule Emily Blunt, de nouveau réduite à dire "chut !" à ses cons de gamins pendant 80 minutes (la qualité principale du film : sa courte durée, mais c'est déjà beaucoup quand on a rien à raconter). Se sentant visiblement un peu seuls depuis la mort tragique du saint père, ils décident d'aller à la rencontre d'autres rescapés. Et c'est ainsi qu'ils atterrissent dans la vieille usine désaffectée pourrie où Cillian Murphy, habitué à jouer les derniers survivants (28 jours plus tard, Retreat) grâce à son élégant profil de pithécanthrope, a décidé de passer le restants de ses jours à attendre, oklm. Ouf, un nouvel homme fort est là pour protéger les plus faibles ! Ayant trouvé le talon d'Achille des aliens (les sons basse fréquence et tout ce qui est larsens ou grésillements – ils sont un peu comme oim), la gamine muette de la tribu décide de son propre chef de partir à l'aventure pour faire goûter aux envahisseurs le plaisir collectif des ultrasons grâce à une diffusion sur cette fréquence radio que d'autres humains utilisent depuis une île...


 
 
Disons-le tout net : Sans un bruit 2 est un épisode de transition où il ne se passe quasiment rien d'intéressant. On est souvent plus proche du jeu vidéo que du cinoche, avec des personnages réduits à leurs maigres attributs distinctifs qui parcourent un monde post-apo archi rebattu, envisagé comme une série de niveaux à dépasser. Mais c'est dans l'air du temps, c'est ce qui plaît actuellement. On repense aussi à l'adaptation de La Route, en moins glauque toutefois, et ce n'est pas là un compliment tant plus personne aujourd'hui n'aurait envie de se replonger dans le film faisandé de John Hillcoat. On a ici droit à une succession de scènes répétitives, au montage alterné systématique, où John Krasinski essaie laborieusement de faire grimper notre trouillomètre en nous montrant les mésaventures simultanées d'individus tous plus teubês les uns que les autres (la palme revenant à l'aîné, qu'un piège à loups ne suffit pas à rendre moins remuant). Les créatures, crachats de CGI ambulants, sont toujours aussi mal conçues et foutent toujours aussi peu les j'tons. Sans idée d'écriture ni de mise en scène, Krasinski nous ressert son beau discours sur la famille. Chaque génération est donc prête à se sacrifier l'une pour l'autre, les enfants finissent par prendre les armes sous les regards admiratifs de leurs parents lors d'un final mollasson qui annonce évidemment un troisième chapitre. Cela plaira sans doute à ceux qu'un rien satisfait, aux spectateurs peu regardants qui avaient déjà passé un bon moment devant le premier. Et si j'ai de mon côté moins souffert, je l'admets, cela ne tient donc qu'à une chose, comme je le disais plus haut : on se tape cette fois-ci la vieille ganache de John Krasinski durant seulement 10 minutes au lieu de 80.


Sans un bruit 2 de John Krasinski avec Cillian Murphy, Noah Jupe, Millicent Simmonds, Emily Blunt et tout de même John Krasinski (2020)

30 juin 2018

Sans un bruit

2020. La Terre a été envahie par des créatures aveugles aux dents acérées et aux oreilles particulièrement sensibles et dégueulasses. Le seul moyen de survivre : ne pas faire de bruit. C'est ce à quoi s'emploie une petite famille américaine qui essaie de vivre tant bien que mal au milieu de prédateurs guettant leurs moindres sons. Voici le pitch rabougri du troisième long métrage en tant que réalisateur (et acteur principal) de John Krasinski, qui s'essaie donc au film d'horreur, lui qui nous avait jusque-là habitué à un registre plus léger voire comique. On pouvait légitimement s'interroger sur la capacité de l'apprenti cinéaste à nous faire peur, et nous sommes malheureusement assez vite fixés. Si son film a rencontré un tel succès outre-Atlantique, c'est tout simplement parce que son "concept", pourtant très mal exploité, en fait sans doute un excellent accompagnement pour pop-corn. Sous ses airs de petite production modeste, A Quiet Place est un blockbuster mal déguisé, produit par Michael Bay, grand ami d'un Krasinski au melon impressionnant.




John Krasinski montre une nouvelle fois toutes ses limites à la réalisation, en enchaînant les jump scares (un comble pour un film qui fait mine de miser sur le silence !) et en échouant systématiquement à mettre en valeur ses deux ou trois avortons d'idées, même lorsque celles-ci auraient pu, visuellement, aboutir à quelque chose d'intéressant. Je pense par exemple à cette scène péniblement construite en montage alterné où l'un des gosses de la petite famille Blunt/Krasinski allume des feux d'artifice pour divertir des bestioles qui sont sur le point de ne faire qu'une bouchée de la maman. A l'image, ça ne donne strictement rien, et même pour les oreilles, ça n'apporte aucun plaisir, le fameux sifflement puis l'explosion du feu d'artifice passant à l'as et ne jouant guère de rôle pour entretenir le suspense. C'est étonnant. L'acteur-réalisateur s'avère incapable de créer quoi que ce soit par l'image, par la mise en scène, il n'arrive jamais à développer une ambiance singulière et tendue, dans un contexte post-apocalyptique archi rebattu à l'originalité nulle (A Quiet Place aurait toutefois fait un meilleur Cloverfield que Cloverfield Paradox, admettons-le !).




Entre les mains d'un vrai cinéaste, peut-être aurait-on pu kiffer. Mais il aurait également fallu revoir un scénario paresseux et lourdingue qui perd énormément de temps (alors que tout ça n'est pas bien long : 80 petites minutes avant le générique final, un produit malin et parfaitement calibré, je vous dis !) à tresser des lauriers au père de famille, héros parfait et irréprochable, interprété, je vous le donne en mille, par notre acteur-réalisateur aux chevilles décidément bien enflées. John Krasinski s'attribue une nouvelle fois le beau rôle, se filmant, barbu et imposant, le regard aux aguets, la mine inquiète, comme s'il était un grand héros de film d'action, capable de redoubler d'ingéniosité quand il le faut et enclin au sacrifice au moment fatidique pour sauver les siens, lors de l'instant le plus ridicule du film entier. Il fait de lui-même le père irréprochable et le mari idéal, aimant ses enfants, sa femme, consacrant tout son temps à les protéger, s'improvisant même oto-rhino afin de mettre au point un appareil auditif pour sa fille sourde, potassant pour cela des ouvrages scientifiques sur l'oreille humaine... Quel homme ! Emily Blunt, sa femme à la ville comme à l'écran, n'est là que pour servir la soupe ou mettre tout le monde en danger (quelle idée, aussi, de tomber enceinte dans un tel contexte, pour un accouchement sans un bruit forcément risqué...). Le film est également farci de grosses incohérences sur lesquelles nous passerions volontiers si l'ensemble était réellement agréable à suivre.




Alors que son pitch l'invitait à être silencieux, subtil et intelligent, A Quiet Place n'est que lourdeur, bêtise et vacarme. Tout est surligné au stabylo, à l'image de ce tableau blanc dans l'atelier de Mr Krasinski où celui-ci note au velleda, sur deux colonnes distinctes, ses grands mots d'ordres ("Survivre", "Ne pas faire de bruit"...) et des infos sur les aliens ("Aveugles", "Très méchants"), entourant trois fois le mot "weakness" ("point faible"). Car les aliens, comme tous les méchants de comic book ou autres trucs du même genre pensés pour les enfants, ont forcément UN point faible, et celui-ci s'avérera tellement débile que l'on se demande bien comment personne n'a pu le découvrir auparavant... Bref, tout est fait pour que l'on puisse tout piger même quand on a la tronche et les mains plongés dans le maïs soufflé et qu'on loupe la moitié des plans ou des dialogues miteux. On regarde tout ça mollement, vaguement tenu en haleine, en espérant que la flatulence incontrôlée d'un des gamins hideux rameute les monstres pour qu'ils ne fassent qu'une bouchée de cette famille dont on se fiche totalement. Ç’aurait été plus marrant, non ? Prière de péter en silence... Flageolets interdits ! Définitivement bon à rien, John Krasinski nous livre un film très creux et d'une pauvreté affligeante, que l'on aura vite fait d'oublier. 


Sans un bruit de John Krasinski avec John Krasinski et Emily Blunt (2018)

17 juin 2018

La Famille Hollar

La curiosité est un putain de vilain défaut ! Suite au succès étonnant du film d'horreur Sans un bruit (Without a Single Sound en vo) outre Atlantique, j'ai voulu m'intéresser à ce que John Krasinski avait réalisé auparavant. C'est ainsi que j'ai fini devant son précédent long métrage en tant que réalisateur, La Famille Hollar. Je ne sais pas ce qui m'a pris... Tous les voyants étaient au rouge, tout m'indiquait un énorme étron estampillé Sundance, j'aurais donc dû me fier à mon instinct et m'éviter un tel supplice. Hélas, la curiosité d'un blogueur ciné n'a guère de limite... Et il y avait la présence au casting de Mary Elizabeth Winstead, dont je suis la carrière de près, sans parler de ce modeste running time de 88 minutes qui me faisait les yeux doux. Je raffole en effet des films ne dépassant pas l'heure et demi. J'adore le cinoche mais faut pas pousser... Je fonçais donc tête baissée dans La Famille Hollar, prêt à m'en vouloir à mort et à prendre la raclée du siècle !


Le gars a MEW à ses pieds mais préfère mettre en cloque Anna Kendrick.

Apparemment, on appelle ça une "dramedy". On peut aussi dire que c'est de la merde, tout simplement. The Hollars contient strictement tous les ingrédients de ces saloperies "indie". Il en sort des dizaines chaque année des comme ça. John Krasinski est un tocard de première mais c'est aussi un bon élève car il n'a rien oublié de la petite recette et s'applique à la suivre à la lettre. Il a pensé à tout, son produit est calibré au millimètre, on a droit à tous les poncifs. On suit donc ce grand dadais informe au sourire et au regard idiots retourner dans sa ville natale car sa maman est à l'hosto et n'en a vraisemblablement plus pour longtemps. Il retrouve ainsi sa petite famille : son père (Richard Jenkins, épouvantable), dépassé par la situation et dont l'entreprise est en faillite, et son grand frère (Sharlito Copley, pour son premier rôle sans armure), un raté qui ne s'est toujours pas remis de son divorce. Il retrouve aussi de vieilles connaissances, pour l'inévitable galerie de personnages décalés qu'il va falloir se farcir. En bref, c'est le scénario classique d'un "return home", comme on nous en a proposé des tas ces dernières années. Certains sont réussis, je pense par exemple à Lonesome Jim, mais c'est bien rare et la plupart sont comme celui-ci : ils ne valent rien.


Crève...

Car le problème, c'est évidemment qu'on a beaucoup trop vu tout ça et que c'était pourri dès le départ. John Krasinski a bien vingt ans de retard, l'équivalent d'une ère géologique pour le cinéma ricain. Garden State date de 2004. A l'époque, ça marchait du tonnerre, ça faisait le buzz et ça réussissait même à gratter quelques récompenses tout à fait injustifiées. Aujourd'hui, ça ne sort même pas en salles et le monde ne s'en porte pas plus mal. La Famille Hollar n'est sorti qu'en Russie, le 22 septembre 2016, et c'est bien là la preuve que la Guerre Froide n'est pas tout à fait terminée. Ce film laisse songeur... On se demande bien ce qui anime quelqu'un comme John Fitzgerald Krasinski. Le gars réalise peut-être là son rêve, en étant la star de son propre film ; le résultat est cette immondice infecte. Krasinski s'est en effet attribué le beau rôle puisqu'il incarne John Hollar, le fils prodige de la famille Hollar, dont le seul défaut, un léger manque de confiance en soi, n'en est pas vraiment un puisqu'il s'agit en réalité d'une trop grande humilité (celle qui l'empêche, voyez-vous, d'envoyer ses bandes dessinées merdiques à un éditeur alors qu'il a un talent fou, tout son entourage en est convaincu !...). Quand il revoit son ancienne petite-amie du lycée, MEW, celle-ci, encore accro à lui, retombe illico dans ses bras, l'agressant presque sexuellement. Non mais sans rire... John Hollar profite aussi de son passage en ville pour donner des petites leçons de vie à tout le monde, à commencer par son frère. Des baffes je vous dis !


MEW montre à son ancien petit-ami qu'elle n'a pas si mal vieilli.

J'ai immédiatement souffert. De la première à la dernière seconde, éprouvant un sentiment de haine tenace pour tous les acteurs impliqués là-dedans. Même pour Dick Jenkins ! C'est la première fois que je ressens du mépris pour Dick Jenkins que je considère comme un ami et qui d'habitude surnage même dans les pires daubes. Monsieur Krasinski a accompli ce miracle. A leurs côtés, on retrouve aussi l'abominable Anna Kendrick, la femme enceinte de notre héros national. Regardez donc le faciès de cette actrice. Moi je ne peux pas. Je suis désolé. Je sais qu'il ne faut pas s'attaquer au physique, mais la laideur du visage de cette actrice me fascinerait presque. Quand elle sourit, tout s'assombrit. Il est rare de dégager autant de bêtise et de disgrâce en dévoilant un simple râtelier de canasson. Cette femme esquinte toutes les vidéos dans lesquelles elle apparaît.


La tonte de la mère par son fils chéri donne lieu à une scène abominable... Mais Krasinski a l'air content de lui, c'est bien l'essentiel. 

Krass'inski mêle les rires et les larmes, les moments d'émotion à gerber et les scènes plus comiques qui tombent à plat, le tout rythmé par la gratte et la voix dégueulasses de Josh Ritter, un songwritter miteux au caractère "indé" au moins aussi puissant que cette abomination de film. Il faut s'enquiller ce moment terrible où les deux fils et leur con de père se mettent à chanter en chœur dans une chorégraphie timide en guise d'adieu à leur énorme mère, juste avant qu'elle passe sur le billard pour l'opération fatidique (spoiler : elle y laisse la vie et on en est RA-VIS !). Il faut s'infliger cette scène où l'affreux Krasinski sort une dernière fois sa daronne de l'hosto en la poussant à fond les ballons sur son fauteuil roulant, toujours accompagné d'une musique merdique à souhait. Des envies de meurtre... On a vraiment l'impression de revoir la dernière crotte de Zach Braff. John Krasinski lui ressemble sur bien des points, c'est encore un acteur venu de la série télé comique qui a décidé de s'en prendre frontalement au cinéma, et nous pond d'infâmes produits sans âme de l'indiewood. Bien avant Sans un bruit, Krasinski avait donc réalisé un film d'horreur bien plus effrayant sans doute... Avis aux amateurs ! En tout cas moi j'ai bien les boules devant ça.


Pas de quoi être fier, en effet.

C'est dommage car je n'avais rien contre John Krasinski jusqu'à présent. Je l'aimais plutôt bien dans The Office, nos rapports s'en étaient arrêtés là et ça m'allait très bien. J'ai vu qu'il a depuis essayé de changer de registre, de casser son image de grand glandu, de manière tout à fait ridicule. Sans un bruit doit participer à la même démarche putride. Le type est allé se sculpter un corps de catcheur pour les besoins d'un film de guerre minable signé Michael Bay, 13 Hours. Bien vu l'artiste ! Jim Halpert, héros de film d'action ? On aura tout vu... Si l'on en croit les critiques, 13 Hours n'est pas le pire de Michael Bay, ce qui n'éclaire en rien, mais ça a fait un four, et c'est tant mieux. Cela n'empêche pas John Krasinski de se vanter à longueur d'interviews d'avoir désormais un "8-pack" qui plaît drôlement à sa chérie, Emily Blunt. On est franchement contents pour eux. Pourquoi ne profitent-ils pas de la vie en n'en glandant plus une, en prenant leur distance avec le cinéma ? On leur en serait très reconnaissant. Il faut savoir s'arrêter au sommet de sa gloire, comme Platoche et Zidane !


La Famille Hollar de et avec John Krasinski (2016)

8 octobre 2015

Des Saumons dans le désert

Après Le Cochon de Gaza, De l'eau pour les éléphants et Les Chèvres du Pentagone, voici Des Saumons dans le désert, qui s'ajoute à la liste de ces films qui par leur seul titre dégoûteraient même un cinéphile tel que Laurent Weil du cinéma de quartier. Que fait-on avec des saumons dans le désert ? Un gros casse-dalle peut-être mais pas un film. Les saumons dans le désert sont chose rare, dans la flotte un peu moins, et sur l'affiche on peut voir que McGregor n'est pas en reste pour les pêcher avec ses deux gros panards épilés de près, que des saumons auront tôt fait de prendre pour des congénères : c'est l'une des meilleures scènes de ce long métrage. Dès qu'il sent que ça mord à l'hameçon, McGregor, en digne héritier de Chris Waddle, fait un retourné acrobatique pour se ramener le poiscaille dans le gosier, à la Gollum (à la Cotillard, synonyme), avant de hurler : "Des saumons pour le dessert !" Afin d'un peu retirer le voile de désagréable mystère planant autour de ce titre, on va vous révéler l'origine d'un tel intitulé : 59ème minute du film, après s'être tourné autour pendant 58 minutes, Ewan McGregor et Emily Blunt finissent par se retrouver assis à la Daurade, les pieds dans l'eau, quand le bellâtre McGregor s'étonne de cette étrange destinée qui est la leur et lâche à sa future partenaire sexuelle : "On est un peu comme deux gros saumons dans le désert", à quoi la belle répond : "Pas faux". En effet, McGregor, incarne un Erasmus issu de la riche aristocratie, étudiant dans le désert, tandis qu'Emily Blunt joue une orpheline de père en fille, roturière de son état, qui gagne sa vie en cousant de beaux tapis persans et propose du thé vert aux passants dans le désert.


Du saumon dans le dessert...

Tout ça pour ça. Alors qu'on croirait à une référence littéraire haut perchée, c'est juste un dialogue de la clique Apatow, sorti par un personnage masculin en pantacourt. McGregor déballe cette ligne en se roulant un gros bédave assis en terrasse, sous la castagne et sans parasol. Zoom avant sur Emily Blunt, qui sur l'affiche est photoshopée au maximum, apparaissant presque en noir et blanc à force de retouches, d'anti-cernes et autre anti-yeux rouges. Voilà trois ou quatre ans qu'Emily Blunt gâche les films. Sur cette affiche (j'y reviens), elle est tellement retouchée qu'elle ressemble à un jellyfish humain sur lequel on viendrait de péter. En dehors de ce poster, l'actrice a son vrai petit charme, indéniablement, avec ce regard en biais, cet air ahuri et sa raie du cul au menton (ça peut être beau sur certains hommes aussi : Aaron Eckhart, Cary Grant ou Kirk Douglas, le roi du pot d'échappement au menton, du tout-à-l'égout perso). Et puis l'accent anglais à couper au couteau, l'accent cockney, pour être pointu, ça peut passer, même doublé d'une voix suraigüe de vieillarde qui te fera sursauter à chaque mot à coups de remarques chiantes, une voix faite pour pomper l'air en résumé, ce n'est plus possible, et notre réquisitoire se justifie d'un seul coup. Pure pendaison de crémaillère, crucifixion gratuite pour mini délit de sale tronche sur un poster, mais ce petit délit devient gigantesque sur une affiche comme celle de ce film, format A5.


Des Saumons dans le désert de Lasse Hallström avec Ewan McGregor et Emily Blunt (2011)

12 mai 2015

Girls Only

Déjà, ras-le-cul de ces actrices.teurs. On ne peut plus voir Keira Knightley en peinture. On ne lui fera pas le reproche trop répandu par les suprémacistes mecs d'avoir les seins rangés dans le buffet et la mâchoire en tiroir-caisse, on lui fait seulement le procès de trimballer ses guenilles et ses moues boudeuses dans des films qui pourraient nous faire fermer boutique. Des comédies sur "le devenir mature et autres décisions d'adultes", comme le dit l'affiche originale, qui pourrait être celle de mille autres films contemporains du même genre sur les grands problèmes de la vie de ces trentenaires qui refusent de grandir. Et quand c'est Lynn Shelton qui se tient derrière la webcam, on sait que ça ne va pas voler très haut. Rappelons que son meilleur film s'intitule Your Sister's Sister, triangle amoureux entre Emily Blunt, Mark Duplass et l'une de nos godasses jetée à mi-parcours en plein milieu de notre écran plat. 




Un petit mot sur l'histoire de Laggies (c'est le titre original du film, pour ceux qui croyaient qu'on avait changé de critique en court de route). Keira Knightley, après s'être débarrassée de son mec, personnage méprisable et méprisé, après avoir subi le mariage sordide de sa meilleure amie abrutie et s'être rendue compte de l'adultère de son père, s'acoquine avec une zonarde de base âgée de 14 ans, chez laquelle elle finira pour un séjour à durée indéterminée, réapprenant le b.a-ba du kiff. Chloé Grace Moretz, qui contredit à chaque film notre critique de Texas Killing Fields, interprète l'adolescente un peu délurée qui servira de guide à notre héroïne décérébrée. L'arrivée de son papa, Sam Rockwell, va rappeler à la trentenaire en mal de folie et de jeunesse qu'elle a aussi un appétit sexuel à satisfaire et qu'elle est finalement plus attirée par les quarantenaires pleins aux as que par les pré-ados puceaux du bas comme du haut. 




On souffre du début à la fin. On en a marre de voir Sam Rockwell s'alanguir sur ses acquis et s'agiter faiblement dans des films qu'il ne regarderait pas lui-même. Il ne passerait pas forcément, en l'état actuel des choses, notre fameux test dit "du briquet". Quelqu'un entre dans la pièce, si t'as un briquet à portée, quel est ton premier réflexe ? Lui proposer un clope ou lui foutre le feu au froc. Concernant Sam Rockwell, à l'heure actuelle, notre réflexe est de l'allumer. Imaginez une torche humaine qui court tel un canard sans tête vers la baie vitrée pour sauter par la fenêtre et qui se heurte à un double-vitrage sans merci... Contre-exemple typique : Ethan Hawke, auquel on propose d'emblée une taff. Autres contres-exemples : Nick Cage ou Brendan Gleeson. Mais là, le test passe un peu les bornes, puisqu'on leur taillerait carrément une pipe.




On en a marre aussi de voir Chloé Grace Moretz jouer les fofolles dévergondées, sac Eastpack sur l'épaule, collant troué, chewing-gum éclaté sur le blair, œillades en culottes courtes. Celle que toute la toile machiste surnomme "le débouche-chiottes" à cause de sa bouche volumineuse lessive le parquet de trop de films... On ne l'a pas encore totalement rayée de notre watch-list, elle est encore dans sa puberté, et tout peut arriver, un bon choix de rôle, un cinéaste qui sait s'y prendre, un visage qui se re-proportionne... On laisse la porte ouverte. A cet âge-là, on en fait des conneries. Si on avait joué au cinéma à son âge, pas sûr que notre filmo aurait eu la tronche du premier de la classe. Pour rappel, voici en exclusivité notre top 10 1995 (surnommée l'année Sly/Bullock) : 

1) Striptease
2) Showgirls
5) Ace Ventura en Afrique
9) Traque sur internet
10) Judge Dredd / Demolition Man


Girls Only de Lynn Shelton avec Keira Knightley, Chloë Grace Moretz et Sam Rockwell (2015)

25 octobre 2014

Edge of Tomorrow

Je viens de regarder ce film dans le train et je m'apprête à le critiquer dans la foulée. Deux heures de trajet gagnées contre 30% de batterie perdue, le deal était plutôt honnête. Et j'avais hâte de savoir si ma théorie sur les films avec Tom Cruise allait se vérifier. Cette théorie est toute simple : Tom Cruise, acteur tout-puissant, serait l'une des rares stars américaines à encore nous proposer des blockbusters matables, disons au-dessus de la moyenne, pas complètement débiles. J'avais apprécié son sens de l'autodérision dans Jack Reacher, thriller old school ayant le chic de ne pas vraiment se prendre au sérieux. Oblivion n'était pas géant, bien sûr, mais je l'ai vu au cinéma, j'ai survécu et j'en suis ressorti sans mal de crâne. Si j'avais subi Pacific Rim, Godzilla ou Transformers 6 sur grand écran, je ne sais pas du tout si je pourrais en dire autant. Quant à ses Missions Impossibles, je ne les reverrai pour rien au monde mais il s'agit selon moi du haut du panier actuel en terme de film d'action US. J'applique donc la politique du pire et je sais que ça n'a rien de glorieux, mais tout de même... C'est ma théorie : quand un film est piloté par Tom Cruise, on se dit qu'il y a quelqu'un au volant, quelqu'un qui nous prend un peu moins pour des demeurés, dont on sent qu'il a fréquenté quelques pointures.




Je vous l'annonce tout de suite : Edge of Tomorrow, film i-dé-al pour un voyage en train à écourter, n'a pas contredit ma petite théorie. C'est pas génial mais ça passe à l'aise ! J'ai lancé ce film alors que ma voisine d'iDTGV, une vieillarde à la mine peu commode, venait de se taper un énorme sandwich bien dégueu. Deux tranches généreuses de pain de campagne rustique renfermant difficilement du jambon de pays et des œufs durs bien craspecs. En la matant savourer tout lentement ce sandar de dingue, prenant son pied comme jamais, comme pour me narguer, j'avais la haine. Je me répétais intérieurement "Pas de scandale même si t'as la dalle ! Reste zen, pas de crime de haine !". Étant donné l'heure, il s'agissait simplement de son goûter, imaginez donc la tronche de ses petits dej' ! La vieille a enchainé en tombant une tablette entière de chocolat au lait Lindt extra fin. Peut-être risque-t-elle un AVC mais pour mener une vie pareille, ça valait le coup ! C'est donc aussi pour la calmer que j'ai sorti mon matos et maté Edge of Tomorrow, m'isolant sans scrupule, la privant du son et essayant de lui cacher au maximum mon écran.




Les premières minutes du film, petit condensé de news itélé, nous apprennent rapidement que l'humanité est en guerre : une invasion extraterrestre a mis la planète à feu et à sang. Pendant une (longue) seconde, François Hollande apparaît à l'image, en gros plan. Peut-être un signe de solidarité entre nains de 1m66 de la part de Tom Cruise ? En tout cas, c'est une chose que l'on pourra ajouter au bilan de son triste mandat : une apparition dans un film dépassant la note de 8/10 sur iMDB ! Sans doute est-il le seul président de la Vème république à avoir accompli cet exploit. Mais passons. Tom Cruise incarne ici un commandant de l'armée, persuadé que les aliens sont désormais prenables grâce aux super tenues robotiques conçues pour les soldats. Suite à un malentendu, il est envoyé sur le front pour combattre en armure. Tom Cruise se retrouve bloqué dans une boucle temporelle et le voilà condamné, tel Bill Murray, à revivre sans cesse la même journée. À chacune de ses morts sur le champ de bataille, il se réveille 24h plus tôt, à son arrivée au camp, accueilli par le revenant Bill Paxton. Bien sûr, il va profiter de cette faille temporelle pour sauver l'humanité, trouvant une alliée de poids en la personne d'Émily Blunt, qui fut elle aussi coincée dans une même boucle lors d'une bataille précédente mais a depuis perdu le mojo.




Comme presque tous les films avec aléas temporels, Edge of Tomorrow est sans doute une montagne de goofs. Déjà, comment expliquer que seul Tom Cruise, en clamsant, fasse remonter le temps à l'humanité et au monde tout entier ? Ne pourrait-il pas s'agir de sa seule perception ? Un autre soldat ne peut-il pas connaître le même sort que lui ? Après tout, les conditions ne semblent pas si rudes à réunir... Le film ne s'interroge pas là-dessus. Il ne cherche qu'à nous divertir efficacement. Ses intentions ont au moins le mérite d'être clairement affichées. Le phénomène de boucle temporelle nous est tout de même rapidement expliqué : il serait dû à certains aliens bleutés directement reliés à un gros cerveau alien contrôlant tout, temps compris, et ayant élu refuge sous le musée du Louvre. Bon... Je vous l'avoue tout net, pour apprécier ce film, j'ai honoré le fameux dicton d'Igor d'Hossegore : cherche pas, t'as tort. C'est une bonne solution pour suivre un tel film sans mettre en pause toutes les deux minutes pour s'assurer de comprendre tous les aspects du scénario ou relever ses moindres couacs. On peut quand même se demander comment cela se fait qu'Hollywood paraisse aujourd'hui incapable de produire des films de SF aux pitchs cohérents, simples mais originaux...




Doug Liman nous propose finalement un blockbuster correct dont les références, les influences sont plus à chercher du côté du jeu vidéo qu'ailleurs. Comment, en effet, ne pas penser à un jeu vidéo lambda quand on voit le personnage de Tom Cruise mourir et revivre à l'infini pour réessayer sa mission ? Les dialogues fourmillent également de références vidéoludiques, Tom Cruise parlant de "game over" si tel ou tel mouvement n'est pas exécuté au bon moment, au bon endroit. Les brèves discussions de Blunt et Cruise entre les scènes de bataille nous donnent d'ailleurs aussi la vive impression de voir deux gamers réfléchir entre eux, sur leur canapé, pour décider de la meilleure stratégie à adopter pour passer un niveau à la difficulté particulièrement relevée. Certains plans semblent tout droit sortir d'un FPS (first-person shooter) à la Duke Nukem, Quake ou Call of Duty (rayer les titres inutiles selon votre âge), avec ici le point de vue de Tom Cruise. Ce choix, allié à un certain savoir-faire et une légèreté affirmée, permet à Edge of Tomorrow d'avoir un côté ludique pas déplaisant, mais il réduit aussi considérablement les enjeux d'un film, ma foi, très anecdotique. À la toute fin, après avoir ôté mon casque, la passagère au délicieux sandar sise à coté de moi et qui avait suivi tout le long en lisant les sous-titres, m'a tapé du doigt sur l'épaule avant de me faire une longue énumération de tous ces goofs que j'avais choisi d'ignorer. Je lui ai éternué au visage.


Edge of Tomorrow de Doug Liman avec Tom Cruise, Emily Blunt et Bill Paxton (2014)

10 juin 2013

Die Hard 5 : belle journée pour mourir

On va faire notre auto-critique sur ce coup-là. On a tout passé à Bruce Willis. Pourquoi ? A cause de sa bonne gueule et de ses heures de gloire de jadis. En gros à cause de la première trilogie Die Hard, du Dernier samaritain, de Hudson Hawk, de L'Armée des douze singes, de Pulp Fiction, Sixième sens et Incassable. En vérité on avait surtout de l'affection pour cet acteur, qui a été le héros de quelques gros films ayant accompagné nos adolescences en mal de plaisirs. Depuis, à chaque catastrophe cinématographique, on le dédouane. On l'absout. On s'en prend à tout le monde sauf à lui et on regrette seulement que son nom sanctifié soit associé à de telles saloperies, comme s'il était victime de notre triste époque. Quand on a parlé de Die Hard 4, on s'en est pris à Justin Long et bien entendu à Len Wiseman. Quand on a brocardé l'arnarque Looper, on a tapé sur Nolan et ses avortons, sur Gordon Levrette et Emily Blunt, mais pas un mot plus haut que l'autre sur Bruce Willis, qu'on excusait à demi-mot de figurer dans une énième merde. Mais Bruce Willis ne fait-il pas partie intégrante de son époque ? Ne contribue-t-il pas à sa médiocrité ? N'est-il pas le pylône soutenant la nouvelle trilogie Die Hard, son producteur exécutif et certainement son consultant de la première heure ? N'a-t-il pas les coudées franches sur la réalisation de ces projets, autant qu'un Tom Cruise sur la franchise Mission Impossible ? Notre petit doigt nous dit qu'il est pour beaucoup dans le naufrage du film d'action contemporain et notamment de notre cher John McClane...


Bruce Willis est sans aucun doute coupable de ce film autant que les autres mais il garde quand même ce vieux fond de classe dont l'énorme tête de nœud à côté de lui ne bénéficiera jamais.

Comme dans Indiana Jones 4, quand l'acteur devient trop vieux et qu'on espère réaliser une enfilade de gros films d'action hyper rentables, on fait débarquer le fils du héros histoire d'assurer le passage en douceur vers une renaissance de la saga sous les traits d'un personnage plus sexy et à la légitimité toute fabriquée. Mais si ce n'était que ça, que la présence d'un fils prodigue débile avec une grosse tête ronde d'abruti fini. Le pire c'est que derrière la caméra se tient un énième guignol du même acabit point de vue intellect, qui se dit fan de la première trilogie et qui croit que ça suffit pour la massacrer dans une suite ignoble. Avait-on seulement demandé à Renny Harlin de regarder un seul film américain avant de mettre sa patte viking au service d'une suite au scénario solide, 58 Minutes pour Vivre, film qu'on ne revoit plus aujourd'hui mais qui n'a rien de honteux et qui a eu le mérite inouï d'amener le terrible troisième épisode signé McT. Pour signer le cinquième film, Bruce Willis et ses sbires ont fait appel à John Moore, auteur de Max Payne, fameux jeu vidéo mais film atroce à l'esthétique digne des pires séries TV sur lesquelles on zappe en quatrième vitesse tout en détournant le regard.


Tous ceux qui ont croisé par mégarde la bande-annonce de cet immondice hollywoodien ont aussi croisé cette scène racoleuse, qui n'apparaît pas dans le film.

Le scénario de ce nouvel opus est misérable. Quelques allusions inévitables à l'âge avancé de Bruce Willis (qui joue comme un vrai connard là-dedans), des personnages secondaires qui se secouent sur le talent de tireur toujours intact de ce "vieux McClane, toujours au top", bien sûr impeccable lors d'une session de tirs au début du film où il dégomme tous les stands avec le sourire, des vannes morbides quand il y en a (ces petites répliques bien placées et qui nous foutent les larmes aux yeux, en particulier quand McClane passe le film à répéter qu'il est censé être en vacances et que ça ne l'étonne qu'à moitié d'encore les passer à faire sauter tout ce qui bronche), des scènes d'action nulles à souhait, auxquelles on ne comprend rien, qui sont toutes horriblement filmées et où tout est sujet à explosion, comme pour combler les désirs d'un enfant de quatre ans qui voulait faire du ciné pour casser ses jouets, bref, ce film est honteux, navrant, y'a pas de mot. On mate ça et on se cache pour oublier, on n'en parle à personne, on se tait après. 


Bruce Willis vient d'être décoré de l'insigne de commandeur dans l'ordre des Arts et des Lettres. Il était "ému aux larmes" selon les journaux. Nous aussi on a chialé.

Certains fans de la série disent que pour faire un bon Die Hard il faut un McTiernan et au moins un frère Grüber. Jugement bien pessimiste. On aimerait que ce soit possible autrement et que Bruce Willis ait un jour l'intelligence de faire appel à de bons scénaristes (deux ou trois maximum, pas toute une armée de trépanés se refilant la patate chaude pour accoucher d'un vaste gag à tiroirs involontaire) et surtout à un réalisateur qui aurait un minimum de talent et de quotient intellectuel. Même si ça marche rarement, les impératifs des studios imposant leur loi, Tom Cruise essaie d'embaucher des cinéastes potentiellement capables de renouveler sa saga chérie, Stallone lui-même a déniché le réalisateur de Red Hill pour Expendables 3, idem pour Schwarzy qui est allé tourner avec le réalisateur coréen de J'ai rencontré le diable. Dans tous les cas ça n'a pas donné grand chose mais c'était bien tenté. Bruce Willis, dont on se demande même s'il voit seulement la différence entre la première trilogie et celle qu'il est en train de faire capoter dans les grandes largeurs, a quant à lui logiquement choisi le réalisateur de Max Payne, John Moore. Arrête-toi ! 


Die Hard 5 : belle journée pour clamser de John Moore avec Bruce Willis (2013)

28 novembre 2012

Looper

Rassurez-vous, je ne m'oblige pas à aller au cinéma ni à écrire quelques lignes sur les films que je regarde dans le seul but de me positionner à contre-courant des buzz. J'allais voir Looper la fleur au fusil, avec l'envie et même le réel besoin d'être rassuré par un film américain à budget, pourrait-on dire, "moyen", mais apparemment riche en ambitions, et proposant peut-être une alternative aux grosses machines débiles que Hollywood produit à la chaîne actuellement qui sont calibrées pour les adolescents. J'avais également l'espoir de revoir un acteur pour lequel je garderai toujours un peu d'affection, Bruce Willis, dans un film de qualité, démentant la règle actuelle désolante qui veut que toutes les stars du passé ne tournent plus que dans des daubes infâmes. Et puis j'aime la science-fiction, et je voulais tout simplement passer du bon temps devant ce divertissement intelligent et trépidant que m'avaient promis 99% des critiques. Par dessus le marché, j'avais plutôt apprécié Brick, premier long-métrage de Rian Johnson, un polar en milieu estudiantin dont je me souviens surtout d'une très chouette scène de course-poursuite à pieds dans les couloirs d'un campus. Le pitch de son nouveau film a également su éveiller ma curiosité et même quand je le relis en diagonale sur Wikipédia pour me rafraîchir la mémoire, je continue de ressentir son potentiel.


Mathieu Valbuena et Morgan Amalfitano à la sortie de la Commanderie...

Je vais essayer de faire court, car ce serait trop pénible autrement (si vous voulez lire un résumé très complet du film qui met en avant ses moindres incohérences, je vous conseille cet article d'un odieux connard) : nous sommes aux USA, en 2044, le pays est ravagé par la crise et les inégalités se sont encore creusées tandis qu'une étrange mutation est apparue sur près de 10% de l'espèce humaine, qui jouit désormais d'un pouvoir tout à fait inutile de télékinésie. Nous suivons les mésaventures de Joe (Joseph Gordon-Levitt), un "looper" : son boulot consiste à éliminer froidement les individus que la mafia envoie dans le passé depuis l'an de grâce 2074, date à laquelle les voyages temporels ont donc été inventés mais sont immédiatement passés sous le contrôle des organisations criminelles qui dominent la société. Le quotidien de Joe est fait de sorties en boîte entre loopers, de prises de drogue d'un nouveau genre et de slaloms ridicules dans les ruelles de la ville au volant de sa lamborghini rouge. Bref, tout va bien pour lui jusqu'au jour où il doit "boucler la boucle", c'est-à-dire éliminer son double du futur (Bruce Willis). Cette action marque habituellement la fin du contrat d'un looper mais elle confirme ici les dires d'un ami de Joe (Paul Dano), confronté au même problème la veille au soir, et qui a pu comprendre par la bouche de son vieux double qu'un dangereux malade se faisant surnommer le Maître des Pluies avait pris le contrôle de toutes les mafias du futur et s'amusait à boucler toutes les boucles. Revenu dans le passé, Bruce Willis n'a qu'une seule idée en tête : massacrer le Maître des Pluies, même si ce dernier est encore vissé au téton de sa mère. Pour sauver sa peau, Joseph Gordon-Levitt n'a quant à lui qu'une seule option : éliminer Bruce Willis avant que Jeff Daniels (qui gère les loopers) ne voit rouge et ne décide de gérer la situation de manière radicale. 


4 heures de maquillage chaque jour de tournage...

Voilà donc grosso modo le point de départ de l'intrigue et de votre mal de crâne. Si vous pensez à Terminator, c'est normal, c'est l'une des références affichées de Rian Johnson. Mais il n'y a pas qu'elle, et son film apparaît rapidement comme un salmigondis de plus en plus infect échouant à trouver une identité propre malgré quelques idées intéressantes, perdues ici ou là, qui rendent cet échec d'autant plus regrettable. Si j'ai assez longtemps su mettre mes griefs de côtés pour continuer à considérer le spectacle comme plutôt convenable, il y a eu un moment où je n'ai plus du tout pu, où je suis arrivé à saturation face à la tournure définitivement moisie que prenait le film. Je situerai ce moment fatidique à cette séquence terrible où l'on nous présente en une série de vignettes abominables ce qu'a été la vie de Joe jusqu'à ce qu'il soit envoyé dans le passé pour être éliminé par lui-même, un douloureux flashback durant lequel notre ridicule héros finit par prendre les traits de Bruce Willis. Ce passage-là est tellement grotesque que l'on se demande sérieusement si c'est du second degré ou non. Nous y voyons notamment Gordon-Levitt affublé d'une tignasse digne de Nicolas Cage poursuivre son métier de tueur à gages dans les rues de Shangaï où il zigouille à tout-va, le sourire jusqu'aux oreilles, en sortant fièrement la tronche de sa bagnole, une main laissée sur le volant, l'autre tendant un flingue immense. On se rappelle alors qu'il est décidément difficile de prendre du plaisir à suivre les aventures d'un type qui apparaît clairement comme un pur enfoiré. Les films dont s'inspire Rian Johnson ont souvent des héros charismatiques, malins, sympathiques, mais pas toujours clean, auxquels on aime forcément s'identifier. Rian Johnson est brillamment parvenu à me rendre son Joe totalement antipathique. Dans la même séquence, nous voyons aussi Joe, devenu Bruce Willis, tomber amoureux d'une chinoise croisée dans un bar, lui adresser un regard de merlan frit (l'acteur ne se prend clairement pas au sérieux, en ce qui le concerne ça ne fait aucun doute !), prendre un vent, pour finalement réussir à la séduire, passer ses vieilles années avec elle, se désintoxiquer grâce à ses soins, etc., dans une série d'images que l'on jurerait sorties d'un sketch des nuls (pas les Nuls, feue la bande à Chabat et Carette, juste des nuls lambda).


...pour ça !

Puis il faut dire que la première chose qui choque à la vue de Looper, c'est évidemment la tronche enfarinée de Joseph Gordon-Levitt. Comment, là encore, se passionner pour les déboires d'une telle ignominie ? Pour qu'il ressemble à Bruce Willis, qui joue donc le même personnage âgé d'une trentaine d'années de plus, l'acteur a été affublé d'un maquillage tragique : des lentilles de contact bleues, des sourcils bruns étonnamment épais à l'expression idiote et, surtout, une prothèse nasale ridicule pour le doter d'un nez busqué d'une laideur sans nom. On croit voir un personnage issu d'un jeu vidéo, un ersatz de Max Payne aux contours taillés à la serpe, trop nettement dessinés pour être tout à fait réels. On jurerait voir le premier film dont le héros est campé par sa statue de cire du Musée Grévin. Joseph Gordon-Levitt ne m'est d'ordinaire pas spécialement antipathique, et j'étais plutôt content de voir qu'un gars au physique que l'on pourrait qualifier de "normal", c'est-à-dire pas une montagne de muscles surmontée d'une tête de trisomique inexpressive à la Chris Hermsworth, incarne le héros d'un film d'action américain. Mais tout ce maquillage rend l'acteur proprement hideux et, plus triste encore, on a nettement l'impression que son jeu en ressort très limité. Quand Bruce Willis apparaît enfin à l'écran, il a immédiatement l'air plus à l'aise, moins figé que son double de 30 ans son cadet. Lors d'un face-à-face pitoyable qui ne provoque même pas l'ombre du vertige qu'une telle situation pourrait réussir à faire naître chez le spectateur, celui-ci peut simplement constater que l'effet recherché par le maquillage s'avère terriblement contre-productif. Avec toutes ces prothèses, Joseph Gordon-Levitt ne ressemble pas davantage à Bruce Willis, bien au contraire ! On ne voit que le maquillage et l'effort de ressemblance de l'acteur. Le public de ce genre de films est pourtant tout à fait prêt à croire qu'un même personnage peut être joué par deux acteurs différents, même s'ils ne se ressemblent pas. On a déjà vu ça cent  fois dans des films autrement plus réussis. On y croirait sans maquillage et on n'y croit plus du tout avec. C'est encore plus dommage pour un film qui prétend justement ne pas prendre ses spectateurs pour des imbéciles...


L'actrice en bois s'en prend à cette pauvre souche pendant des scènes interminables. Véridique !

Le film est pourtant, de toute évidence, le fruit d'un cerveau imbécile, et je vais à présent vous en apporter la preuve irréfutable en vous parlant non d'une de ses incohérences, mais d'un simple fait de jeu, comme on dirait en foot, que certainement personne d'autre n'aura pris soin de relever (et je n'en suis pas fier). L'affligeante Emily Blunt joue une sorte d'agricultrice céréalière (c'est déjà très crédible) qui vit dans une grande baraque perdue au milieu d'un champ de cannes aux côtés d'un gosse paranormal (le pire élément du film, pourtant au cœur de l'intrigue - vous aurez deviné qu'il s'agit du Maître des Pluies, ceci n'est pas un spoiler étant donné que tout cerveau un peu alerte l'aura deviné dès la première apparition du chiard à l'écran). Joseph Gordon-Levitt finit par rôder autour de cette baraque et, d'abord défiante vis-à-vis de lui, Blunt l'accueille d'un coup de fusil inoffensif (du gros sel remplaçant la poudre), avant de se rendre compte qu'il est plutôt sympatoche. La scène suivante nous montre donc Blunt en train de soigner l'épaule de Levitt, avec tout ce qu'il faut comme détergents, bandages, mercurochrome et autres antiseptiques. L'actrice prononce alors la réplique fatale, elle lui sort mot pour mot : "On est à la ferme, ça pourrait vite s'infecter" (en VO : "We are at the farm, it could infect very quick"). On tient là un dialogue de pur citadin méprisable, profondément bête et ignare, placé dans la bouche d'un personnage supposé campagnard et amoureux des champs. Nos personnages évoluent dans un futur où les villes sont des sortes de déchetteries à ciel ouvert, et c'est donc dans un bled coupé du monde, au milieu d'un champ de maïs parfaitement bio, que la blessure de l'autre enflure aura forcément le plus de chance de s'infecter. Pourquoi ? La ferme, c'est sale ? A la nature, préférez la crasse des bas-fonds urbains ? Expliquez-moi la logique ! Si un chien errant amical avait la chic idée de venir lécher gracieusement la plaie du héros, serait-il injustement chassé d'un coup de bâton ? C'est pourtant la langue râpeuse et bienfaitrice d'un chien errant efflanqué qui a sauvé mon ami le Tank d'une terrible infection du pied gauche au Vietnam !


Bruce Willis ne prend pas toujours son rôle très au sérieux et cette pose ridicule le montre clairement.

Dans ses interviews, Rian Johnson cite souvent Christopher Nolan comme un exemple de cinéaste qui a su produire d'excellents films et conserver son identité dans le système actuel des studios hollywoodiens. En lisant ça, d'abord on rit jaune, puis on se dit que Looper rappelle effectivement les films de sieur Nolan, souvent faits de pitchs avenants, de quelques bribes d'idées au potentiel assez fort, mais totalement fusillées, voire retournées contre elles-mêmes, par l'incapable aux commandes du désastre. Remarquons tout de même que Looper est un peu moins lourdingue qu'un Nolan lambda et, volontairement ou non (c'est la grande question, en ce qui me concerne, et c'est celle qui m'a justement poussé à lire une ou deux interviews), Rian Johnson nous amène régulièrement à nous interroger sur le sérieux de son film, sur son humour, voulu ou fortuit. C'est ce qui, à mon sens, représente bien le seul intérêt de ce film.
Un film qui m'a davantage rappelé ceux que Nicolas Cage tourne à la chaîne depuis quelques années que ces classiques de la science-fiction dont on le présente pourtant comme un digne héritier. Un film ma foi assez étrange, tour à tour grotesque, absurde, ridicule, laid et crétin, à des milliers de kilomètres, en tout cas, de ce que la majorité des critiques m'avait laissé espérer.


Looper de Rian Johnson avec Joseph Gordon-Levitt, Bruce Willis, Emily Blunt, Paul Dano, Jeff Daniels et un gosse hideux auquel je prédis le plus sombre avenir possible (2012)

19 juin 2011

L'Agence

Il existerait donc des types, tout de costards gris vêtus et couverts d’un indispensable stetson, qui, obéissant avec diligence à une force omnisciente et bienveillante (Dieu ?), veilleraient sur l’Humanité pour éviter que celle-ci ne fasse de trop grosses conneries. Ces « agents » interviendraient par de petits gestes tout bêtes (les « ajustements » du titre original) pour qu’aucun malheur irréversible ne survienne et pour remettre les gens dans le droit chemin qu'ils leur ont concocté. Une clé oubliée ? Un portable égaré ? Un lacet défait ? Un chat passé par la fenêtre ? Un jean taché ? Une chaussette trouée ? Une tasse à café renversée ? Les agents farceurs du bureau d’ajustement sont derrière tout ça ! Et c’est par ces petits gestes apparemment anodins, mais qui font le piquant de nos existences, que ces agents interviennent en toute discrétion pour nous rendre la vie meilleure. Dormez tranquille. On est très loin du thriller parano que l’affiche laissait présager. On nage ici en plein bonheur. Matt Damon a beau courir dans tous les sens et suer comme un bœuf, il devrait rester tranquille, tout finit par s’arranger. Qui sait, ce sont peut-être ces agents ajusteurs qui ont mis dans les pattes de DSK une femme de chambre irrésistible et adepte des libations oro-péniennes ? L'Agence pose plus de questions qu’il ne donne de réponse. C’est à cela que l’on reconnaît les grands films (je plaisante). Une chose est sûre : l’Holocauste, les deux guerres mondiales, le sale état de la couche d'ozone, le Moyen-Âge, et j'en passe : tous ces évènements pas spécialement glorieux qui ont marqué l’Histoire correspondent tout simplement à des périodes où ces personnes si bien intentionnées avaient laissé l’humanité agir à sa guise. Par contre, la Renaissance, les Lumières, Rome (sic), tous ces trucs plutôt positifs, c'est eux, c'est signé ! C’est dit dans le film, mot pour mot. Croyez-moi. Matez la scène. C’est l’un des meilleurs passages, avec celui où l'on explique à Matt Damon comment s'y prendre pour ouvrir une porte et pour que celle-ci offre un raccourci magique vers l'endroit que l'on souhaite (d’où le stetson, car c'est lui qui permet d'avoir ce super-pouvoir !).


Ces gens nous veulent du bien. Le film se joue ainsi des codes habituels du thriller parano. Tu parles !

Bon, allez, faisons preuve de bonne volonté. Fermons les yeux un instant et admettons à coeur ouvert cette histoire de SF de derrière les fagots. Soyons fous ! Hélas, ce film est un tel tas d'inepties que même avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de ne pas être terrassé. Parce qu'il faudrait être drôlement doué pour tirer un bon film d’une histoire pareille, ce que George Nolfi n’est évidemment pas. Pas même une seconde. Selon moi, il faudrait surtout se limiter à l’essentiel pour que tout ça ait une petite chance de fonctionner. Il vaudrait mieux en dévoiler le moins possible sur un scénar qui apparaîtra de toute façon bidon quand on en dévoile trop. Il faudrait peut-être simplement garder cette idée plutôt rigolote de ces personnages condamnés à « ajuster » la vie des gens par ces petit gestes anodins mais qui changent tout, et faire un film quasi conceptuel, avec une vraie économie de moyens, mais une ambition au beau fixe. Malheureusement ici, on a bien entendu droit à tout l’inverse. Le film débute de telle façon et sur un rythme si soutenu que je pensais avoir téléchargé la bande-annonce ou un spot de campagne électorale. J’aurais dû sentir l’anguille en matant le nom du réalisateur derrière tout ça : George Nolfi. Si ça c’est pas un pseudo… Le type aurait dû aller au bout de son idée et signer sous le nom "Nolife". Le couple d'acteurs vedette se démène, mais c'est plus pathétique qu'autre chose. Emily Blunt, un genre d’Emmanuelle Devos mainstream, fait tout pour mettre le spectateur dans sa poche en arborant des jupes ras-la-teuch et des décolbards indécents. Mais ça ne prend pas, rien n'y fait. Notre attention reste fixée sur le menton en galoche et le regard infiniment stupide et revêche de l'actrice. Seul Matt Damon voit rouge et l'embrasse fougueusement 30 secondes chrono après l'avoir rencontrée pour la première fois. Les mystères de l'amour. Un Matt Damon qui est plutôt crédible dans son rôle de jeune politicard survolté, constamment collé aux basques par un conseiller joué par Eric Woerth en personne, qui vient d'ajouter une bien sombre ligne à son CV...


Franco, je préfère Devos.

Hey Matt Damon, quand tu reçois un tel scénar, t’as pas mille questions à poser à celui qui l’a écrit ? Parce que moi, devant ton film, j’ai à nouveau 5 piges, je retourne à cet âge où on est un insupportable moulin à questions, je demande sans arrêt : « Et pourquoi ci et pourquoi ça ». Mais ça tombe bien, car mieux vaut que je retombe à cet âge-là, sinon je ne tiendrais pas une minute devant un si triste spectacle. Bon, Matt, quand tu lis une saloperie pareille, ça te chatouille pas un peu sur le sommet de ton crâne couvert de brins de paille filasse ? Tu te dis quoi exactement ? Comme j’aimerais être à tes côtés pendant ces moments-là ! En plus je t’aime bien, avec ta grosse tronche, ton front gigantesque et ton air gentil, tu me fais penser à mon frère aîné. Je t’adore Matt. T’es un peu de ma famille. Mais même si t’étais vraiment mon bro’, je ne me ferais certainement pas prier pour te dire que tu tournes dans de la merde. Réveille-toi mec, tu files un mauvais coton. Tu voulais sûrement jouer dans un divertissement sympa. Je te vois venir à 20 kilomètres. Entre deux films d’auteur ou deux films indés, tu te dis qu’il est bon pour ton image d’être en tête d’affiche d’un gros blockbuster hollywoodien de divertissement facile et méga bête. C’est le genre de choix qui peaufine et cultive ton image de star assez à l’aise pour jouer sur tous les tableaux. Tu espères ainsi que les amoureux de Gus Van Sant comme ceux de Doug Liman te porteront toujours dans leurs cœurs malgré ta filmographie à cors et à cris. Une carrière finalement très classique. Ils font à peu près tous ça, et c'est souvent des bons potes à toi. C’est pas original pour un sou, mais faut croire que ça marche. Mais t’es demeuré Matt, tu paumes ton temps. Tu n'es pas à ta place dans cette histoire sans queue ni tête tirée de Philip K. Dick, à l'origine de quelques bons films de SF mais aussi de belles saloperies. Une réussite pour mille saloperies, j’ai calculé. Souvenez-vous de Paycheck. D'ailleurs, en tournant dans L’Agence, Matt Damon a peut-être cherché à adresser une belle et grande preuve d’amitié à son pote Ben Affleck. En s’obligeant à traverser la même épreuve que son ami Affleck a jadis affrontée bien malgré lui : être le héros d’une adaptation terriblement bête de l’écrivain le plus connu d'Hollywood après Stephen King. C'est beau Matt, mais tu aurais pu t'en passer, et plutôt proposer à ton collègue de faire un truc ensemble, comme au bon vieux temps.


"Je te jure c'est écrit dans le script ! - Mais dis pas nawak !"

Bon, reparlons plus précisément du film. J'aimerais revenir sur deux choses qui me tiennent à cœur, deux détails qui ne provoqueront sans doute pas la même réaction chez le spectateur lambda, mais qui personnellement me révoltent ! L’Agence véhicule une très affreuse idée, que l’on croise hélas dans un trop grand nombre de films. Je vous situe le contexte : pendant pratiquement tout le film, Matt Damon se démène comme un diable pour retrouver Emily Blunt, celle qui lui a tapé dans l’œil dès la première scène du film et qu'il ne parvient plus à oublier. Quand Matt Damon réussit enfin à mettre le grappin sur l'élue de son cœur, c'est pour rester avec elle une petite paire d’heures à peine, tout juste le temps de niquer rapidos, d’échanger quelques politesses et de fumer une clope la tête basse, avant d’être à nouveau séparés par le bureau d'ajustement. Avant la très laborieuse dernière partie du film, Matt Damon retrouve Blunt pour de bon, après une séparation longue de 3 ans durant laquelle celle-ci s’est rabibochée avec son ex et s’apprête même à se marier ! Mais quand Damon et son gros menton débarquent, ni une ni deux, Blunt oublie le contrat de mariage qu’elle s’apprêtait littéralement à signer. De cette façon, L'Agence entre dans cette vaste catégorie de films miteux où seule l'histoire d'amour vécue par le héros a de la valeur, les autres comptant forcément pour du beurre. Et c'est lamentable, car ça n'aide certainement pas à rendre la romance de nos héros plus poignante, bien au contraire. Le film le plus connu dans cette catégorie est l'inévitable Titanic. Petit rappel des faits : dans Titanic, Kate Winslet passe à peine une paire de jours en compagnie de Leo DiCaprio, le véritable amour de sa vie. Ok il est beau gosse, il dessine bien, c'est un artiste. Mais ils passent seulement deux jours ensemble. Et moi on me répond que je suis ridicule quand je raconte ma relation passionnelle de trois ans avec ma chatte siamoise nommée Marguerite, qui a tragiquement trouvé la mort suite à une opération de stérilisation administrée par un boucher. Bref. Si l’on suit bien le film Titanic, on comprend facilement que le personnage incarné par Kate Winslet a malgré tout connu un autre homme après avoir survécu au naufrage qui fut fatal à DiCaprio. Un homme avec lequel elle a passé toute sa vie et fondé une famille, dont est issue la jeune femme blonde que l’on voit au début du film. Une belle histoire donc. De bien jolies noces j'imagine. Mais quand la vieillarde crève à la fin du film, après avoir si bêtement jeté à la flotte un caillou d’une valeur inestimable dans un geste ponctué d’un « oups » abominable, hé bien c’est Leo DiCaprio qu’on la voit rejoindre dans ce qui semble être le paradis qu’elle s’imagine. Leo DiCaprio ! Ce con d'arriviste qui a forcément été parfait puisqu'il a seulement passer 48 heures et des brouettes avec elle. Pas le temps de péter ni de roter, pas le temps de se laisser-aller dans ces petits écarts qui tuent l'amour au quotidien. Mais hé ! Et le type qui s’est fait chier à lui faire des gosses et à gaspiller sa vie avec elle, à crever d'une crise cardiaque en lui creusant une piscine, alors, il compte pour du beurre ? C'est ça ? C’est l’évènementiel, le pur accident, qui prime ici sur la durée tangible, solide et vraie. C’est l’éphémère effet du coup de foudre qui balaie 40 ans de mariage. C’est le romantisme le plus crétin qui dégomme le plus vieux des couples. En filmant ça, James Cameron est indéfendable. Il pousse toutes les femmes à l’infidélité, les confortant dans le romantisme le plus idiot, et il pousse tous les maris au plus grand désarroi possible. Une idée qui m’agace tout particulièrement, car vous l'aurez compris, moi je m'imagine plutôt dans le rôle du tocard qui se fait avoir. Bon, je dis ça, mais j’adore Titanic. A l’époque où Winslet pesait 90 kg, c’était une tuerie. Et avec Speed, c'est un de mes films favoris des nineties.


"- T'es timbré, mec - Je sais. On me la sort à chaque fois."

Revenons à L’Agence. Ce film véhicule une autre idée, peut-être encore plus détestable que la première. Tenez-vous bien. Je sais que mon texte est indigeste, et si vous avez tenu jusque-là, c'est un miracle ; mais j’en suis désolé, c’est ce film qui m’a mis dans un état d’ébullition incroyable. Le personnage de Matt Damon est un sénateur promis à un brillant avenir politique. Pour faire plus simple : il est le futur Président des États-Unis, carrément. Et c’est un poste qui, dans ce film, est évidemment le plus important du monde, celui qui permet d’éviter à l’humanité de sombrer, tout bonnement. Soit, ne nous attardons pas davantage sur cette considération de bas étage. Mais le destin de Matt Damon vers la présidence est tout tracé si, ET SEULEMENT SI ce con-là ne tombe pas dans les griffes d’Emily Blunt, cette jeune femme qui le fait littéralement disjoncter dans son slip et oublier son ambition politique dès qu’il la croise ! C’est dire si l’homme est une bestiole politique ! Tu parles d’un guignol. François Hollande a fait une croix sur Ségolène pour s’ouvrir les portes de l’Elysée, ou du moins espérer (moi j'y crois ! je suis hollandais !), et on peut pas dire que ça soit le roi des scrutins. Et Royal, elle envoie plus que Blunt, avis perso. Mais là encore, passons ! Tout cela, on le sait donc parce que ce sont les agents du bureau du titre qui racontent tout à Matt Damon pour le persuader de ne pas se détourner de son si brillant chemin. Bien évidemment, les agents ne se demandent pas un seul instant si le fait de tenir informé Matt Damon de son futur ne changera justement pas ses agissements ! Ce serait trop compliqué. De son côté, Emily Blunt a également un destin radieux qui s’offre à elle : elle va devenir « la danseuse et la chorégraphe la plus connue du monde », rien que ça ! C’est le pauvre Terence Stamp qui nous l’annonce, vieil acteur classieux tristement embarqué dans cette galère qui campe ici le rôle d’un agent très haut placé. Il prévient donc aussi Matt Damon que si Emily Blunt se met en couple avec lui, elle finira par "enseigner la danse à des gosses de 6 ans (sic !)". Quelle tragédie ! Je m’attendais à ce qu’on annonce à Damon qu’elle allait se casser une patte, finir en chaise roulante, ou un truc comme ça, mais non, elle va juste devenir prof, et c'est franchement dégueulasse, faut bien le reconnaître. Pour faire simple, le message de ce film est donc le suivant : l’amour détruit nos carrières professionnelles, tenons-nous en éloigné ! Amoureux, et donc heureux, on en oublie nos objectifs professionnels, forcément les plus importants, c’est bien connu. Ça me troue le cul. C’est abominable comme message, mais tristement d’actualité. Dans son happy-end ignoble, le film retourne sa veste et démontre que l’amour finit par l’emporter. Mais quel amour ? Pourquoi l’un, celui du héros, vaut-il mieux que l’autre, celui du pauv’ type qui se fait voler sa femme au moment de lui mettre la bague au doigt sur les marches de la mairie ? Et à quel prix ? A quel prix ?! Surtout, rappelons qu’avant cela, c’est-à-dire pendant tout le film, c’est God himself qui a essayé par tous les moyens de détourner Matt Damon d’Emily Blunt, attirés l’un par l’autre comme deux chiens en période de chaleur. Ça ne change donc pas grand-chose à l’affaire.


Le film ne dit pas si c'est l'Agence qui a provoqué l'élection d'Obama, mais on peut aisément le penser.

Blague à part : pour ma part, je vais bientôt déménager dans la Creuse parce que ma copine a trouvé un super poste là-bas (en gros, elle est médium spécialisée dans les vieillards aux portes de la mort). Je vais vivre là-bas avec elle, je la suis par amour, et je n’hésite pas une seconde à le faire. Une fois que j’aurai atterri dans ce coin paumé, terre promise de la Grande Faucheuse, j’essaierai de trouver un job de merde ou bien je serai carrément chômeur. Plongé dans le désarroi le plus total, je finirai même par abandonner le blog. C’est écrit. Alors qu’en restant là où je vis actuellement, l’avenir me réserve sûrement autre chose, c’est certain. Le message du film est donc vrai, me concernant. Et ça me fout d’autant plus les boules. Franco ce film voit juste. Chapeau bas. C’est balèze. J’ai les boules je vous dis. Je suis intenable.


A droite Eric Woerth, à nouveau dans de beaux draps après avoir été trainé dans la boue suite à l'enlèvement d'Ingrid Bétancourt. Notez que sans lunettes, il a déjà moins l'air con !

Pour finir, sachez que j’aurais préféré un film sur des gars réellement chargés d’ajuster des trucs, dans le sens le plus terre-à-terre du terme. Des gars qui s’invitent chez les gens pour replacer un meuble d’un centimètre vers la droite pour qu’il soit parfaitement aligné avec le rebord de la fenêtre. Des gars sympas capables de remettre le téléphone bien en place quand on l’a posé de travers et que sa batterie se vide progressivement en douce. Des gars qui nous coupent le gaz avant le départ pour les vacances histoire d’éviter de retrouver Mamie grillée à notre retour. J’aurais préféré. Franchement, j’aurais adoré. Vous pensez que je peux envoyer le scénar à Matt Damon ?


L'Agence de George Nolfi avec Matt Damon, Emily Blunt, Terence Stamp et Eric Woerth (2011)