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31 mai 2020

Le Cas Richard Jewell

Petit Eastwood ? Grand Eastwood ? A chaque nouvelle cuvée, la question se pose. Le Point semble avoir tranché... Je serai moins catégorique de mon côté, même s'il s'agit à l'évidence d'un bon Eastwood, d'un Eastwood tout à fait correct. On constate au passage que cela faisait un sacré bail que le vieux Clint n'avait pas réussi à enchaîner deux films à peu près valables. Peut-être faut-il remonter à 2003 et 2004, Million Dollar Baby puis Mystic River, quand bien même ce dernier a sans doute fort mal vieilli... Bref, je laisse ce débat aux tintinophiles et à tous les fans hardcore du bonhomme. Une chose est sûre : bien qu'inférieur à The Mule, Le Cas Richard Jewell est un Eastwood honnête, plaisant à suivre, peut-être douteux sur certains points, mais animé, au fond, d'une espèce de chaleur humaine qui fait plutôt du bien, par les temps qui courent. On retrouve en effet au cœur du film la relation de trois personnages : Richard Jewell, son avocat et sa mère, respectivement campés par Paul Walter Hauser, Sam Rockwell et Kathy Bates. Ainsi, plutôt que nous livrer un énième film dossier cherchant à coller au plus près aux moindres détails d'une affaire réelle, celle de ce pauvre type qui, après avoir été le héros d'un jour pour avoir sonné l'alerte à la bombe lors des JO d'Atlanta devint le principal suspect du FBI et des médias, Clint Eastwood préfère donc se concentrer sur l'humain, sur l'émotion et plus précisément sur les liens qui unissent ces trois protagonistes. C'est en tout cas ce qui domine assez largement le film et aussi ce que l'on préfèrera retenir plutôt que de repenser au personnage ultra caricatural de la journaliste prête-à-tout incarnée par Olivia Wilde, dans un rôle à la mesure de son talent, et au portrait univoque qui nous est dressé du FBI lors de cette enquête où il suffisait visiblement de faire le trajet à pied entre une cabine téléphonique et l'emplacement de la bombe pour piger que Dick Jewell était innocent.




Ce nouveau film d'Eastwood doit beaucoup à ses acteurs, en particulier Paul Walter Hauser et Sam Rockwell, drôle de tandem à l'intelligence inégale mais soudé et déterminé à résister à la tourmente médiatique ainsi qu'aux viles manigances du FBI. Le talent des acteurs n'enlève rien à la jugeote du cinéaste ou de quiconque a eu cette très chic idée d'engager un acteur peu connu pour jouer Richard Jewell. Pour une fois, on ne se tape pas une vedette physiquement transformée qui vient nous faire son petit numéro (fut un temps où Jonah Hill et Leonardo DiCaprio étaient attachés au projet, on n'a rien contre eux mais, ici, on ne les regrette jamais). Paul Walter Hauser est impec là-dedans, avec son énorme bouille et son allure bedonnante, il parvient assez subtilement à se démarquer de ces autres figures de héros benêts bien connus. Quant à Sam Rockwell, lui qui d'ordinaire à tendance à cabotiner, à en faire trop, à se regarder jouer, il est ici parfait, juste comme il faut. Là encore, une partie du mérite peut revenir à Clint Eastwood pour avoir su le diriger et le canaliser ainsi. Le meilleur moment du film est sans doute cette scène où l'on se rapproche le plus de la comédie : quand Richard Jewell ne peut s'empêcher de parler aux agents du FBI venus faire une perquisition chez lui alors que son avocat lui a fermement recommandé de la boucler. Il faut voir les regards qu'adresse Rockwell à Hauser et les moues contrites de ce dernier en retour. Une scène très cool, qui cristallise bien ce qui se joue entre les deux hommes et qui s'adjuge également une bonne fois pour toute la complicité du public. L'espèce d'amitié qui se développe entre l'avocat et Jewell est assez jolie, simple, et ils ne sont pas si fréquents les films américains qui, aujourd'hui, osent tout simplement dépeindre ça. Je n'ai rien dit sur Kathy Bates, parce qu'elle fait le taff comme à son habitude, que voulez-vous : on voit la mère de Dick Jewell et à aucun moment l'actrice de Misery et compagnie. On est convaincu qu'elle a bel et bien passé la journée à cuisiner des gâteaux à son con de fils et qu'elle veut à tout prix récupérer ses tupperwares subtilisés par le FBI. Là aussi, Clint Eastwood pose un regard assez tendre et sensible sur cet amour maternel sans faille.




Clint Eastwood questionne donc encore la figure du héros, comme il le fait depuis tant de films maintenant. Après le pitoyable 15h17 pour Paris, où il filmait le plus platement du monde une bande d'arriérés mentaux devenir les sauveurs des passagers d'un train pris pour cible par des terroristes, il nous montre encore que derrière un gros lard un peu débile peut se cacher une âme sainte, un héros au cœur pur, un type profondément bon qui cherchait juste à faire son travail comme il faut. Mais plutôt que de nous démontrer par l'absurde ce qui peut pousser un homme à agir de façon héroïque, il se penche surtout ici sur l'incrédulité d'un brave gars face à un mécanisme, presse et fédéraux, qui le dépasse totalement. Le discours est assez convenu, un peu grossier, certaines ficelles sont dures à avaler (comment Richard Jewell peut-il encore ignorer qu'il est devenu le suspect numéro 1 quant le FBI vient pour la première fois chez lui, alors que sa mère est scotchée à la télé H24 ?), et l'on sent plus d'une fois que la mise en scène de Clint Eastwood est en mode pilote automatique (quelques secondes de trop sur la Macarena et des mouvements d'appareils pas toujours très heureux qui donnent l'impression d'un travail vite fait pas si bien fait, etc.) mais on se laisse aller sans souci devant ce 38ème film du vétéran, qui doit déjà être en train de boucler le 42ème. Un film qui, peut-être, ne marquera guère nos mémoires de cinéphages au fer rouge, mais qui n'enlève rien à la légende du pistolero, tout en y ajoutant pas grand chose non plus, vous me suivez ? En tout cas, c'était la deuxième fois de sa vie que mon frère Poulpe aka Brain Damage versait sa petite larme devant un film de fiction depuis la mort tragique par électrocution du squale mangeurs d'hommes à la fin des Dents de la Mer 2. Et la première fois tout court qu'il chialait en contemplant un américain obèse manger goulument son donut. Un véritable tour de force !


Le Cas Richard Jewell de Clint Eastwood avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell et Kathy Bates (2020)

23 janvier 2018

3 Billboards : Les panneaux de la vengeance

Après In Bruges et Seven Psychopaths, il était encore possible de croire que Martin McDonagh avait du potentiel et qu'il parviendrait sans doute un jour à l'exploiter pleinement, à trouver la bonne formule, le juste équilibre, pour briller enfin aux yeux du grand public. Étant donné les très bons échos qui accompagnent la sortie de Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, et les prix qui commencent à s'accumuler dans son sillage, on pouvait penser que c'était sans doute celui-ci, le film de la confirmation tant espéré pour le cinéaste britannique. Hélas, on avait tout faux ! 3 Billboards confirme au contraire les travers déjà connus, les capacités limitées et même l'orgueil déplacé d'un réalisateur pour lequel la balance penche désormais très nettement du mauvais côté. A tel point que l'on se demande à présent si on ne s'était pas trompé depuis le début. Rappelez-vous...




Lors de la découverte d'In Bruges (réintitulé quant à lui Bons Baisers de Bruges, Martin McDonagh n'étant jamais gâté par les versions françaises de ses titres), il y avait l'effet de surprise et le plaisir, toujours très appréciable, de tomber par hasard sur un film sympathique dont on attendait strictement rien, voire que l'on lançait avec un brin de méfiance. Un simili Tarantino, mêlant les gangsters et l'humour, les coups de feu aux répliques drôlatiques, on en a vu passer quelques-uns, et on en méprise presque autant. Mais In Bruges parvenait joliment à se détacher de cette lourde association, à trouver une vraie originalité. L'humour souvent absurde et le ton assez singulier du film étaient ainsi parvenus à nous charmer. Les personnages principaux étaient rendus attachants par d'excellents acteurs, formant un casting original : Colin Farrell, Brendan Gleeson et Ralph Fiennes, très cools, avaient l'air de s'amuser aussi, heureux d'être là, inspirés par un scénario étonnant. En bref, In Bruges était une bonne petite surprise qui nous emplissait de sympathie et d'espoir à l'égard de Martin McDonagh. On ignorait alors que l'on venait déjà de voir son meilleur film !




On avait en effet pas mal déchanté devant Seven Psychopaths et sa ribambelle d'acteurs encore plus impressionnante, jugez du peu : Christopher Walken, Colin Farrell, Sam Rockwell, Woody Harrelson, Tom Waits et, à des fins purement décoratives, Olga Kurylenko et Abbie Cornish (Martin McDonagh ayant un goût prononcé pour les très jolies filles, qu'il place généralement dans les bras d'hommes bien plus âgés...). Tous venaient faire leurs petits numéros avec plus ou moins de talent dans un salmigondis supportable mais fonctionnant beaucoup moins bien avec, toujours, ce mélange de genres et de registres cher à McDonagh. C'était clairement raté mais il y avait tout de même là-dedans une originalité et une ambitieuse mise en abyme qui ne donnaient pas envie de tomber sur le film et son auteur à bras raccourcis, mais plutôt de rester bienveillant à son endroit, de saluer l'essai manqué en espérant qu'il réussisse au prochain coup. Déjà couronné aux Golden Globes, quasi unanimement salué par la critique et bien parti pour rafler quelques Oscars, 3 Billboards donnait des raisons d'y croire. Malgré 10 ans d'expérience en tant que blogueur ciné derrière moi, avec toutes les désillusions et les déceptions qui vont avec, je suis encore naïf...




Cette fois-ci, Martin McDonagh s'aventure du côté du mélo, du drame familial, ce qui explique peut-être ce succès plus large. Il nous narre le désir de justice d'une mère (Frances McDormand), très remontée contre une police qu'elle juge inefficace après le viol et le meurtre de sa fille, toujours irrésolu. Elle tente donc de secouer son petit monde en affichant trois panneaux gigantesques à la sortie de la ville, qui attirent les médias et apostrophent directement le shérif, campé par un Woody Harrelson atteint d'une maladie incurable. Martin McDonagh nous sert sa petite recette habituelle mêlant le sérieux à l'humour à travers des situations absurdes et quelques répliques bien senties, le tout servi par des acteurs de talent dans la peau de personnages haut en couleurs (empruntant même aux frères Coen leur actrice fétiche, Frances McDormand, lui que l'on plaçait déjà naturellement dans leur voisinage cinématographique).




En situant son film dans le sud des États-Unis, Martin McDonagh en profite pour égratigner, très gentiment, l'Amérique, son racisme, son homophobie et la débilité profonde de certains de ses habitants. Dans ce domaine-là, il réussit plutôt bien et son film s'avère plus d'une fois amusant. Remarquons tout de même que tout cela reste très inoffensif et qu'il filme avec empathie son flic raciste et ultra violent en quête de rédemption. McDonagh est nettement moins à l'aise quand il s'agit de nous faire croire en la détresse de son personnage principal, pourtant solidement campé par une Frances McDormand irréprochable. Il nous livre ainsi un flashback totalement inutile et d'une lourdeur inouïe, nous retraçant le dernier échange de la mère avec sa fille, avant que celle-ci ne soit retrouvée morte : se disputant pour une histoire de clés de bagnole que la maman refuse de lui octroyer, la gamine finit par gueuler "Eh ben j'espère que je vais me faire violer et que tu seras contente !", et la mère de répondre "Ouais c'est ça, fais-toi violer !"... Quelle finesse.




McDonagh chausse régulièrement ses plus gros sabots pour essayer de nous émouvoir et choisit de rompre parfois très brutalement le ton de son film, quitte à ce que cela paraisse bien artificiel. Lors d'une scène d'interrogatoire a priori légère et humoristique, le chef de la police joué par Woody Harrelson, après avoir débité des dialogues plutôt marrants, se met ainsi à tousser du sang au visage de Frances McDormand, pour mieux nous rappeler qu'il n'en a plus pour très longtemps. Il n'y a rien à faire, ça ne fonctionne pas. On a l'impression que le réalisateur nous prend pour de très jeunes enfants, encore capables de passer du rire aux larmes dans la seconde.




Trop désireux de nous surprendre coûte que coûte, Martin McDonagh a écrit un scénario bancal dont les péripéties successives apparaissent bien trop grossières. Nous ne croyons pas en ces personnages, pour la plupart égoïstes et peu aimables, ni en leurs revirements successifs. Celui joué par Sam Rockwell, plutôt bon dans un rôle ambivalent, cristallise bien ce problème : comment croire en ce flic totalement crétin qui découvre d'un seul coup qu'il peut être un peu moins con à la lecture des recommandations posthumes du shérif ? Et comment rire aux facéties de cet énergumène d'une connerie abyssale que McDonagh filme presque en héros ? Tantôt tout juste drôle, tantôt pleinement haïssable, on finit par se moquer d'un personnage si peu crédible, malgré tous les efforts d'un acteur doué auquel l'Oscar tend les bras.




Côté mise en scène, Martin McDonagh ne fait pas non plus dans la dentelle... Quand il se lâche et nous sort un plan séquence en caméra portée où il suit ce con de flic emporté par sa colère et son goût irrésistible pour la violence, le tout accompagné par les envolées vocales de Jim James poussées à plein volume, on est presque mal à l'aise et on a envie de dire au réalisateur "Mec, relax, ça pèse des tonnes tout ça...". Pour le reste, le cinéaste britannique ne prend aucun risque et filme ma foi très platement, sans réelle inspiration, sans aucune fulgurance (à moins que l'on nomme ainsi l'apparition, hideuse, de la biche numérique). Si la vision de ce film n'est pas une souffrance et qu'elle reste passablement divertissante, elle vient saper tous les espoirs jadis placés en Martin McDonagh, dont on connaît désormais bien la formule et ses limites. On retrouve dans 3 Billboards les (petites) qualités et les (gros) défauts habituels du réalisateur, définitivement plus doué dans l'humour et qui devrait peut-être s'y cantonner. Ce serait encore un sacré hold-up si ce film-là remportait les Oscars et compagnie. Un de plus, me direz-vous. 


3 Billboards : Les panneaux de la vengeance de Martin McDonagh avec Frances McDormand, Sam Rockwell et Woody Harrelson (2018)

12 mai 2015

Girls Only

Déjà, ras-le-cul de ces actrices.teurs. On ne peut plus voir Keira Knightley en peinture. On ne lui fera pas le reproche trop répandu par les suprémacistes mecs d'avoir les seins rangés dans le buffet et la mâchoire en tiroir-caisse, on lui fait seulement le procès de trimballer ses guenilles et ses moues boudeuses dans des films qui pourraient nous faire fermer boutique. Des comédies sur "le devenir mature et autres décisions d'adultes", comme le dit l'affiche originale, qui pourrait être celle de mille autres films contemporains du même genre sur les grands problèmes de la vie de ces trentenaires qui refusent de grandir. Et quand c'est Lynn Shelton qui se tient derrière la webcam, on sait que ça ne va pas voler très haut. Rappelons que son meilleur film s'intitule Your Sister's Sister, triangle amoureux entre Emily Blunt, Mark Duplass et l'une de nos godasses jetée à mi-parcours en plein milieu de notre écran plat. 




Un petit mot sur l'histoire de Laggies (c'est le titre original du film, pour ceux qui croyaient qu'on avait changé de critique en court de route). Keira Knightley, après s'être débarrassée de son mec, personnage méprisable et méprisé, après avoir subi le mariage sordide de sa meilleure amie abrutie et s'être rendue compte de l'adultère de son père, s'acoquine avec une zonarde de base âgée de 14 ans, chez laquelle elle finira pour un séjour à durée indéterminée, réapprenant le b.a-ba du kiff. Chloé Grace Moretz, qui contredit à chaque film notre critique de Texas Killing Fields, interprète l'adolescente un peu délurée qui servira de guide à notre héroïne décérébrée. L'arrivée de son papa, Sam Rockwell, va rappeler à la trentenaire en mal de folie et de jeunesse qu'elle a aussi un appétit sexuel à satisfaire et qu'elle est finalement plus attirée par les quarantenaires pleins aux as que par les pré-ados puceaux du bas comme du haut. 




On souffre du début à la fin. On en a marre de voir Sam Rockwell s'alanguir sur ses acquis et s'agiter faiblement dans des films qu'il ne regarderait pas lui-même. Il ne passerait pas forcément, en l'état actuel des choses, notre fameux test dit "du briquet". Quelqu'un entre dans la pièce, si t'as un briquet à portée, quel est ton premier réflexe ? Lui proposer un clope ou lui foutre le feu au froc. Concernant Sam Rockwell, à l'heure actuelle, notre réflexe est de l'allumer. Imaginez une torche humaine qui court tel un canard sans tête vers la baie vitrée pour sauter par la fenêtre et qui se heurte à un double-vitrage sans merci... Contre-exemple typique : Ethan Hawke, auquel on propose d'emblée une taff. Autres contres-exemples : Nick Cage ou Brendan Gleeson. Mais là, le test passe un peu les bornes, puisqu'on leur taillerait carrément une pipe.




On en a marre aussi de voir Chloé Grace Moretz jouer les fofolles dévergondées, sac Eastpack sur l'épaule, collant troué, chewing-gum éclaté sur le blair, œillades en culottes courtes. Celle que toute la toile machiste surnomme "le débouche-chiottes" à cause de sa bouche volumineuse lessive le parquet de trop de films... On ne l'a pas encore totalement rayée de notre watch-list, elle est encore dans sa puberté, et tout peut arriver, un bon choix de rôle, un cinéaste qui sait s'y prendre, un visage qui se re-proportionne... On laisse la porte ouverte. A cet âge-là, on en fait des conneries. Si on avait joué au cinéma à son âge, pas sûr que notre filmo aurait eu la tronche du premier de la classe. Pour rappel, voici en exclusivité notre top 10 1995 (surnommée l'année Sly/Bullock) : 

1) Striptease
2) Showgirls
5) Ace Ventura en Afrique
9) Traque sur internet
10) Judge Dredd / Demolition Man


Girls Only de Lynn Shelton avec Keira Knightley, Chloë Grace Moretz et Sam Rockwell (2015)

3 novembre 2013

Snow Angels

Qui es-tu vraiment, David Gordon Green ? Et que t'est-il arrivé ?! Suite à la découverte de son sympathique et très prometteur L'Autre Rive, j'ai naturellement eu la curiosité de voir ce que ce réalisateur avait fait avant de s'engouffrer dans la comédie potache de bas étage. Je me suis donc lancé ce Snow Angels dont il est vrai que le titre, l'affiche et le casting (avez-vous déjà vu Kate Beckinsale dans un bon film ?!) ne laissaient rien augurer de bon. C'était en tout cas les seules choses que je connaissais de ce film avant de le regarder, en plus du nom de son réalisateur. Le pitch aurait dû m'en tenir éloigné. Vous le résumer est déjà pour moi un petit supplice... Mais vous n'y échapperez pas !




Le tout début du film est déjà un peu pesant. On assiste à l'entraînement laborieux de l'orchestre de l'équipe de football américain du lycée, s'échinant à mettre au point une pénible chorégraphie à base de mouvements circulaires tout en perfectionnant la musique d'entrée des joueurs sur le terrain. Dans un froid de canard, les jeunes lycéens, déguisés en bobbies londoniens, sont menés à la baguette par un petit chef facho prenant son travail beaucoup trop à cœur. Perfectionniste, ce dictateur de pacotille est le seul à avoir quelque chose à foutre de l'orchestre de l'équipe de foot américain du lycée et il le fait regretter à strictement tout le monde, à commencer par le spectateur, qui n'a pourtant rien demandé. Voici déjà un personnage, un élément du film, que l'on peut donc immédiatement prendre en grippe, dès les premières images. Heureusement, il ne s'agit que d'un personnage très secondaire, mais on se demandera tout de même quel est l'intérêt d'avoir choisi de hanter le background de ce film par un spécimen de cette nature, un personnage incompréhensible de sale type semble-t-il rescapé du IIIème Reich, à la tronche rudement antipathique, donnant des ordres à qui mieux mieux et se foutant dans une colère noire pour un léger contretemps dans sa chorégraphie pourrie. Mais passons !




Plus embêtant encore, cette piteuse scène d'introduction est entrecoupée par un générique interminable où les noms de toutes les personnes impliquées dans le projet s'affichent en petites lettres blanches et rondes sur fond noir. A chaque fois, une lettre du patronyme reste à l'écran pour mieux se fondre dans le nom de la personne suivante, un détail qui n'a pas manqué de jouer avec mes nerfs. Ainsi, dès le départ, Kate Beckinsale abandonne le "a" de son nom de famille au prénom de l'acteur Sam Rockwell dans un jeu de chaises musicales insupportable où les lettres glissent sur l'écran à une vitesse d'escargot. Je restais zen face à ce triste spectacle, mais je me rends compte a posteriori que je devais être dans un bon soir, car rien qu'à y repenser, j'ai envie de tout casser. Avec ce subtil jeu typographique, ce générique nous apprend qu'un peu de nous réside en chacun de nous, de quoi me rendre fou ! Dès les premières secondes, on peut donc déjà savoir qu'il ne reste plus grand chose ici du talent entrevu dans L'Autre Rive. On peut même déjà craindre qu'il se soit noyé dans une soupe indie-geste (chaud, j'avoue !) à la recette malheureusement trop bien connue.




Mais reprenons là où nous en étions. L'orchestre de lycéens s'entraîne donc sous les ordres du gros facho du coin quand deux coups de feu retentissent au loin. Le film ne sera qu'un long flashback nous amenant lentement à découvrir l'origine de ces coups de feu. On suit donc les destins croisés de plusieurs habitants de cette petite ville gelée du nord ouest des États-Unis (il manque d'ailleurs un ou deux personnages pour que l'on puisse décemment qualifier Snow Angels de "film choral", mais rassurez-vous, il en a bien tous les travers !). D'abord, le destin d'Annie (Kate Beckinsale), une jeune maman qui élève seule sa fillette tout en essayant tant bien que mal de refaire sa vie après s'être séparé de Glenn (Sam Norman Rockwell), son ex-mari. Celui-ci n'a pas renoncé à sa famille et tente de vaincre ses démons en s'abandonnant à la religion et à l'alcool, avec comme seul compagnon dans sa déchéance un vieux clébard docile et sympathique (meilleur personnage du film, hélas muet). Parallèlement, Arthur (Michael Angarano), adolescent hideux dont Annie fut la baby-sitter et qui aujourd'hui travaille dans le même resto chinois qu'elle, découvre l'exaltation et les tourments d'un premier amour auprès de la nouvelle élève de son lycée, Lila Rayban (Olivia Thirlby, inconnue au bataillon et vouée à le rester). Voici donc pour le pitch du film. Remarquez que rien ne se passe véritablement, David Gordon Green vise d'abord à nous faire partager quelques tranches de vies nauséabondes de quelques péquenauds natifs de Pennsylvannie, il fait dans la psychologie de groupe.




La disparition accidentelle de la fillette d'Annie, à l'heure de jeu, va mettre le feu aux poudres et animer un peu tout ça, enfin ! Arthur retrouve le corps de la gamine gelé dans l'étang, à moitié dévoré par les loups ! Cette découverte macabre attise la rancœur de Glenn à l'égard de son ex-femme. Alors qu'il lui reprochait déjà de l'avoir trompé avec le queutard de la ville (incarné par mon cousin), il lui en veut désormais d'avoir laissé filer la gamine sans surveillance en plein blizzard. En réalité, Annie souffrait d'un mauvais rhume et la gosse a simplement profité d'une sieste imprévue de sa mère pour ouvrir la baie vitrée et foncer droit devant (quelle idée !). Cette tragédie met également en évidence les liens obscurs qui unissent Arthur et Annie, faits de spycams et de mouchoirs usagés, Annie étant le fantasme juvénile du jeune homme. Je vous révèle tout de suite la fin, car m'est avis que jamais vous n'aurez envie de voir ce film que personne ne connaît et c'est tant mieux. Les deux coups de feu sont donnés par Sam Rockwell, qui bute d'abord Kate Beckinsale, quasi consentante, puis se tire une balle, dans un semi-suicide en duo hautement ridicule, consécutif à la disparition de leur fille. A la toute fin du film, la mère de Sam Rockwell ouvre soudainement la porte de sa maison, et se met à hurler "Boooooooombeuuur ! Boommbeur !!". Bombeur, c'est le nom du chien de Rockwell, disparu également. Le film nous quitte là-dessus, sur ce cri déchirant et ignoble. On a rarement vu dernière image plus ridicule que ça, croyez-moi !




« Sam Rockwell as a psychotic father plays here his best dramatic role » peut-on lire ici ou là sur des forums de discussion ne maîtrisant pas la langue française. Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation, sachez-le. Je m'inscris en faux. Quant à Kate Beckinsale, il faut la voir jouer la maman enrhumée. Cette actrice est un gros canular sur pattes. Et elle devrait apprendre à mieux s'épiler les sourcils, là ça lui donne une expression ridicule, un air d'idiote étonné, figé sur son visage sans âme. Quant à son boulard, d'ordinaire toujours mis en valeur par les réalisateurs, il est ici carrément absent au montage. Le jeune acteur qui joue l'ado est difficilement supportable aussi dans le sens où tout le monde ne fait que lui dire "Tu sais que t'es mignon toi", alors qu'il a une pure tête de con et, à l'écoute de ce compliment, il enchaîne toujours un sourire qui donne des envies de guerre atomique. Rien à sauver dans ce film, rien, à part ce chien fidèle que nous voyons si peu. Snow Angels ressemble à des tas d'autres films indé. Aucun signe distinctif, si ce n'est une bêtise poussée assez loin. Il fait partie de ces films indé ricains tristes qui se complaisent dans leur misérabilisme, dans leur unhappy ends grotesques. Il commence très mal et finit encore plus mal. Je n'aime pas beaucoup les films qui ont l'air de suivre ce schéma tout à fait gratuitement, sans que cela paraisse très justifié, et qui tombent désespérément dans le pathos le plus dégueulasse. C'est tout à fait le cas ici.




Rares, il me semble, sont les réalisateurs qui ont une filmographie pareille. Il y a à peine de quoi boire et manger chez David Gordon Green, mais il y a tout ce qu'il faut pour gerber une nuit durant. Sa filmographie, c'est comme une boîte de chocolats, on sait jamais sur quoi on va tomber, et l'on se dit parfois, complètement dégoûté, qu'on ne voudra plus jamais y retoucher. Il y a de quoi foutre en rogne et de quoi à demi pardonner. Mon disque dur externe, c'est pareil : comme une boîte de chocolat, même si je sais que je ne retomberai plus jamais sur ce film, car je l'ai viré aussi sec après l'avoir subi. 


Snow Angels de David Gordon Green avec Kate Beckinsale, Sam Rockwell et Michael Anganaro (2007)