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6 novembre 2021

Halloween Kills

Entendons-nous bien : ce nouvel Halloween est d'une insondable nullité, mais je l'ai préféré au précédent. Peut-être justement parce que je savais mieux à quoi m'en tenir. Je n'espérais plus rien, j'ai lancé ce film-là par simple curiosité morbide et c'est ainsi que j'ai pu être plus réceptif à ce plaisir régressif que nous offre David Gordon Green de façon très intermittente. C'est qu'il n'y a vraiment rien de sérieux là-dedans. Halloween Kills est un foutoir incroyable, un slasher bas du front, aux scènes de meurtres nombreuses et outrancières, qui nous renvoie à un âge que l'on croyait révolu du cinéma d'horreur américain. David Gordon Green a pour seul mérite d'insuffler une certaine énergie à ce spectacle insensé, bien aidé par la musique toujours signée John Carpenter et ses deux acolytes, Cody Carpenter et Daniel Davies. Ces derniers se sont surtout contentés d'accélérer le bpm et d'ajouter des kicks aux fameuses ritournelles originales, mais cela produit encore son petit effet. S'inscrivant dans la continuité directe de l'épisode sorti en 2018, à l'exception d'un flashback inaugural qui quant à lui prolonge platement la fin du premier opus de Carpenter, le récit est mené à un rythme trépidant qui nous laisse peu de répit, si ce n'est lors de ces scènes axées sur le personnage de Laurie Strode, en piteux état. Celle-ci passe quasi tout le film alitée à l'hosto, ne se réveillant qu'à la toute fin pour nous livrer un monologue métaphysique nébuleux qui accompagne l'énième résurrection de son ennemi juré, achevant de faire du croquemitaine au masque blanc un être surnaturel dont l'invincibilité et la force trouvent leur origine dans la peur qu'il engendre... Auparavant, Michael Myers se sera bien amusé dans les rues et les espaces verts d'Haddonfield, laissant un sacré paquet de cadavres dans son sillage malgré une population locale bien décidée à le prendre en chasse pour en finir une bonne fois pour toutes avec lui.


 
 
Les plus alertes et bienveillants observateurs feront peut-être des habitants teubês et surexcités d'Haddonfield, si désireux d'en découdre avec Myers par vigilantisme sous le ridicule cri de ralliement "Evil dies tonight !", des électeurs de Trump en puissance, aveuglés et abrutis par leur haine. Ils verront probablement dans la scène catastrophique d'émeute à l'hôpital, à partir de laquelle le film s'effondre totalement, un remake involontaire de la prise du Capitole de janvier 2021. En bref, ils décèleront ça et là quelques flippants reflets du miroir de l'Amérique d'aujourd'hui et ce sont peut-être bel et bien les intentions d'un cinéaste que l'on a jadis connu plus malin et ambitieux. Mais défendre son triste reboot pour ces raisons-là, arrachées au forceps et dénichées à la lampe flash, serait faire preuve d'une indulgence tout à fait démesurée à son égard. Comment trouver un intérêt autre que régressif ou déviant dans ce gloubi-boulga infect où serait de toute façon noyé le moindre avorton d'idée ? Encore une fois, il est impossible de justifier ce carnage carnavalesque autrement que par l'appât du gain : la barre du milliard de dollars de recettes est désormais en vue pour cette si lucrative franchise vieille de près d'un demi-siècle dont on se demande bien comment elle pourra renaître de ses cendres après cet énième et dispensable sursaut.


 
 
Cet épisode de transition lamentable n'apporte donc pratiquement rien à une trilogie mort-née, il ne permet que d'annoncer très laborieusement un dernier volet où se jouera enfin l'ultime affrontement entre Michael Myers et Laurie Strode (j'en serai forcément spectateur, je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin !). D'humeur joviale, entièrement disposé à m'enquiller une pareille idiotie, j'ai su goûter au jemenfoutisme complet d'un scénario qui a si peu à nous raconter, part rapidement en roue libre et convoque gratis des rescapés de la nuit des masques de 1978 – devenus des quinquas débiles insupportables – pour mieux les envoyer à la boucherie. J'ai même été sensible à quelques répliques absconses glissées ici ou là, tout particulièrement à ce commentaire sorti de nulle part, au tout début du film, par un individu hors champ qui se délecte d'une boisson alcoolisée quelconque en faisant ce commentaire : "it's very sous-bois, it's a french word to say it's delicious !" (il faut dire que je suis facilement séduit par ces mots empruntés au lexique culinaire français prononcés avec un accent ricain dégueulasse). Cet humour crétin est également véhiculé par des personnages secondaires stupides appelés à finir massacrés, la palme revenant à l'évidence au couple gay qui vit dans la maison des Myers, deux fêtards concupiscents nommés Big John et Little John en guise de clin d’œil lourdingue à Carpenter. Ce comique plus ou moins volontaire passe aussi par les fantaisies morbides d'un Michael Myers plus athlétique et art déco que jamais, toujours enclin à transformer en guirlandes lumineuses ses pauvres victimes ou à les suspendre dans des positions infamantes. Le ton quasi parodique de certaines scènes qui développent ou reprennent des situations du classique de Carpenter m'a paru plus assumé, impression renforcée par la présence d'acteurs habitués au registre comique tels que Jim Cummings dans son sempiternel rôle de flic lunaire et gaffeur. En fin de compte, je crois avoir mieux saisi le projet de David Gordon Green et de son pote coscénariste Danny McBride, qui nous rappellent ici qu'ils sont d'abord des petits rigolos ayant notamment fait leurs armes auprès de la clique Apatow. Leur trilogie Halloween est une vaste blague dont j'attends désormais la chute.
 
 
Halloween Kills de David Gordon Green avec James Jude Courtney, Anthony Michael Hall, Judy Greer, Andi Matichak et Jamie Lee Curtis (2021)

7 mars 2021

The King of Staten Island

On ne va pas se mentir : que ce film-là ait pu figurer dans la plupart des tops annuels était une preuve supplémentaire que l'année 2020 fut frappée du sceau de l'infamie. Mais il était tout de même plutôt cool, cet Apatow, pour un Apatow ! Le gars a encore de nombreux travers et pourrait, avec un peu d'efforts, largement s'améliorer sur certains points. Comme Crazy Amy, The King of Staten Island est trop long, parfois très platement filmé, avec par exemple ces tunnels de champ-contrechamps lors des discussions à deux, et la trajectoire du personnage principal est des plus attendues, bouclée par toute une dernière partie plus laborieuse, consacrée à son rachat complet. Cependant, ce personnage de jeune homme paumé, qui vit encore chez sa mère et fuit toutes responsabilités d'adulte, encore meurtri par la disparition très prématurée de son père, devient progressivement plutôt attachant, et l'on suit tout ça sans déplaisir. Cette histoire est largement inspirée par la propre expérience de l'acteur et comique de stand-up Pete Davidson qui, à l'âge de sept ans, a perdu son père, l'un des nombreux pompiers décédés lors des attentats du 11 septembre 2001. Le film, dont l'humoriste a co-écrit le scénario, lui est d'ailleurs dédié.




Pete Davidson, que l'on craint d'abord de prendre en grippe du fait de son espèce d'insolente nonchalance (ou l'inverse), est en réalité d'un naturel désarmant. Il porte le film avec une conviction évidente, super à l'aise dans ce rôle taillé sur mesure, il fait régulièrement étalage d'un bel abattage comique. Gravitent également autour de lui des personnages secondaires réussis, amusants, à commencer par les énergumènes impayables qui constituent sa bande de potes. Leurs interactions fleuries, lors de ces scènes assez poilantes où nous les voyons tuer le temps ensemble autour d'un gros pétard ou d'une console de jeux, occasionnent les meilleurs moments du film. Et puis il y a aussi Marisa Tomei, rayonnante et incisive dans le rôle de la mère de Davidson : elle illumine une paire de scènes et sort quelques répliques extras quand, à bout de nerfs, elle finit par recadrer son fils et son nouveau compagnon. Si le dernier acte est globalement en deçà et paraît plus forcé, ce King of Staten Island est tout de même bien rythmé et maintient une bonne cadence jusqu'au bout. Bref, une bonne surprise pour moi, qui le lançais avec pas mal de méfiance, et sans doute le meilleur film d'Apatow à mes yeux. 
 
 
The King of Staten Island de Judd Apatow avec Pete Davidson, Marisa Tomei et Bel Powley (2020)

17 décembre 2019

The Big Sick

98% de critiques positives sur Rotten Tomatoes, 55 millions de dollars engrangés au box office pour un budget dix fois moindre, 7,7/10 sur IMDb, une première très remarquée au festival de Sundance... Produit par Judd Apatow, réalisé par Michael Showalter mais piloté par le comique Kumail Nanjiani, acteur principal et scénariste, The Big Sick était l'un des plus grands succès du cinéma indépendant américain en 2017. Puisqu'il nous raconte, dans un style semi-autobiographique, les déboires amoureux de son personnage principal, un comique de stand-up ayant du mal à tout gérer à la fois (Kumail Nanjiani, dans son propre rôle), nous aurions pu espérer un pendant masculin au sympathique Crazy Amy, la comédie assez réussie portée par l'énergique Amy Schumer sortie il y a quatre ans.




En réalité, The Big Sick se concentre essentiellement sur la rencontre entre Kumail et Emily et l'histoire d'amour compliquée qui en découle, le premier, issu d'une famille pakistanaise traditionaliste, ne pouvant pas s'engager avec la seconde, quant à elle très simple, directe et entière dans sa façon de vivre et d'exprimer ses sentiments. Progressivement, le film de Showalter et Nanjiani apparaît comme une vieille romcom dénuée de véritable pouvoir comique, à la progression trop prévisible et lourdingue. On est finalement bien loin de Crazy Amy, qui reste pour nous un bon souvenir, avec ses quelques scènes marrantes, ses personnages secondaires amusants et un schéma de romcom qui, pour une fois, passait plutôt bien. Ici, bien que les personnages et leurs interprètes ne soient pas antipathiques (mention spéciale à Zoe Kazan), ils ne sont pas particulièrement attachants et, hélas, jamais drôles. Les quelques passages de stand-up sont d'ailleurs d'une affligeante pauvreté.




Kumail Nanjiani a co-écrit le scénario avec sa compagne à la ville, Emily V. Gordon, pour mieux nous narrer leur propre rencontre, comme si celle-ci avait réellement quelque chose d'exceptionnelle. Il faut dire qu'après avoir mis un terme à leur relation, vaincue par la barrière infranchissable que semble être la culture pakistanaise et dégoûtée, surtout, par le manque d'implication de Kumail, Emily tombe gravement malade et finit à l'hosto, dans le coma. C'est alors que, de son côté, Kumail se réveille et mesure enfin les sentiments qu'il éprouve pour la malade. Il se rapproche durant cette épreuve des parents d'Emily (la mère est incarnée par une méconnaissable Holly Hunter), avant de renouer définitivement avec celle-ci, une fois tirée d'affaire. Quelle sublime love story... Le couple Nanjiani - Gordon paraît vouloir jouer la carte de la sincérité mais il signe en fin de compte un film bien tiède et presque agaçant qui échoue strictement à tous les niveaux.




Nous ressortons de là avec la désagréable impression d'avoir regardé un mauvais épisode de sitcom long de deux heures dont une et demie de trop. Parce qu'il essaie de mêler les larmes aux rires, The Big Sick veut ratisser le plus large possible et ça se voit. Une romcom indé de plus à foutre à la poubelle. 


The Big Sick de Michael Showalter avec Kumail Nanjiani et Zoe Kazan (2017)

15 décembre 2015

American Ultra

Qu'ont-ils voulu faire ? Mais qu'ont-ils voulu faire ? C'est la question qu'on se pose pendant les vingt premières minutes, avant de baisser les armes et de laisser le film mourir en silence, seulement accrochés de temps à autres par la silhouette de Kristen Stewart. Déjà, nous, on s'attendait plutôt à une comédie du genre Apatow. Donc on s'attendait à rire. Puis une illumination nous a fait comprendre qu'il s'agissait d'un stoner movie. Un de ces films qui misent tout sur l'état de défonce avancé de sa poignée de spectateurs. Il faut à tout prix voir ça complètement foncedé. Or, nous étions clean, propres comme un sou neuf, lucides, pas un gramme de substance pathogène dans notre sang, seulement des tas de Cheerios pour remplacer nos globules blancs (déficience en fer oblige). Cet état de salubrité publique nous a amenés à être extrêmement choqués durant ces scènes d'action très nombreuses qui se veulent extrêmement violentes et sanglantes. Pourquoi ? S'agit-il là encore d'un spectacle susceptible de faire triper des gens déjà bien entamés ? Nous n'avons pas compris. Voir un crâne s'éclater contre un mur et de grosses gerbes de sang fuser de tous côtés ne nous fait pas rire, ni d'Eve ni d'Adam. Ultime remarque : c'est environ la quatrième collaboration en date de Jesse Eisenberg et Kristen Stewart, deux acteurs que l'on a connus plus inspirés dans leurs choix de carrière. Que s'imaginent-ils ? Peut-être croient-ils former l'équivalent contemporain de Bogart/Chazal... Ce n'est pas le cas ! Grosse, grosse, grosse incompréhension sur ce film.




American Ultra de Nima Nourizadeh avec Jesse Eisenberg et Kristen Stewart (2015)

17 novembre 2015

Crazy Amy

Trois ans après le très pénible et déprimant 40 ans : mode d'emploi, qui parvenait à rassembler tous ses plus insupportables tics et défauts, Judd Apatow revient derrière la caméra pour cette fois-ci mettre en image un scénario qui n'est pas le sien mais celui de son actrice vedette, j'ai nommé Amy Schumer. Celle-ci incarne une journaliste new-yorkaise à la vie totalement désinhibée, multipliant les conquêtes masculines et ne s'engageant jamais sérieusement en amour. Sa rencontre avec un homme différent de ceux qu'elle a la fâcheuse habitude de fréquenter, doux et attentionné, médecin du sport de son état, et sur lequel elle doit écrire un article pour son magazine, va changer la donne et amener notre héroïne à s'essayer à la vie de couple...




Comique de stand-up à la popularité grandissante outre-atlantique, Amy Schumer signe ce qui apparaît progressivement comme une bonne grosse comédie romantique avec beaucoup d'éléments que l'on devine autobiographiques. Habilement, la star parvient tout de même à éviter le film trop auto-centré et se distingue en cela du précédent méfait de son réalisateur, parfois très enclin à se regarder le nombril. Alors certes, il faut supporter de voir la comique, au charme tout relatif, faire tomber tous les hommes qu'elle croise et s'entendre régulièrement dire qu'elle est une vraie bombe. Le pêché d'égocentrisme la guette plus d'une fois, mais nous lui pardonnons ces travers, tant nous sourions et rions régulièrement devant son petit manège. On finit même par apprécier son personnage dont nous suivons avec plaisir les mésaventures. 




Le scénario d'Amy Schumer n'échappe pas au schéma archi rebattu et toujours agaçant des romcoms habituels. Ainsi, la dernière demi-heure, où l'on attend les inéluctables retrouvailles finales du couple temporairement séparé, est assez laborieuse et bien plus pauvre en moments comiques. On ne peut alors guère s'empêcher de penser que Crazy Amy, qui dépasse de peu les deux heures, aurait vraiment gagné à être légèrement raccourci. Heureusement, quelques scènes très drôles, du niveau d'un bon Will Ferrell (et venant de moi, c'est un sacré compliment !), sont bien réparties dans les trois premiers quarts du film et font passer la pilule sans accroc. 




Tous les acteurs sont au diapason. Bill Hader, autre habitué d'Apatow, également vu dans l'excellent Hot Rod, est très bon dans le rôle de ce médecin amoureux d'Amy aux agissements crédibles et compréhensifs (chose rarement vérifiée dans ce genre de romcoms où les personnages ont souvent des attitudes totalement débiles). Le catcheur John Cena, ce "Mark Wahlberg qui aurait mangé Mark Wahlberg", boyfriend éphémère d'Amy, est tordant en homo refoulé. Brie Larson, qui interprète la sœur d'Amy, n'apporte aucune valeur ajoutée comique à l'ensemble mais reconnaissons qu'elle est tout à fait agréable à l’œil. Colin Quinn, le père malade d'Amy, fait preuve d'un bel abattage et sort quelques répliques cinglantes avec une mauvaise humeur délectable. Tilda Swinton, la patronne d'Amy, méconnaissable grimée en bimbo, est parfaite dans la peau de cette bonne femme infecte qui déblatère des horreurs sans jamais se soucier des autres. 




Quelques guest stars viennent également faire leurs petits numéros (notamment Daniel Radcliffe et Marisa Tomei dans une inoffensive mais amusante parodie de film de Sundance que les protagonistes vont s'infliger au cinéma), et comme ceux-ci sont généralement drôles, leurs apparitions n'ont jamais l'air totalement gratuites. LeBron James, la plus grande "guest star" du lot n'en est d'ailleurs pas vraiment une puisque le basketteur campe ici un vrai rôle. Il joue le meilleur ami du médecin, personnage très protecteur et ultra radin qui nous vaut quelques-uns des meilleurs moments du film (je pense surtout à cette scène au resto où LeBron James finit par promouvoir de très belle manière sa ville de Cleveland face à son ami, désespéré par son discours et sa pingrerie). Quand il arrêtera de briller sur les parquets, LeBron James a un chemin tout tracé dans la comédie !




Grâce à son scénario particulièrement riche en personnages secondaires sympathiques et enchaînant, à un bon rythme, les situations cocasses et les répliques bien senties, Amy Schumer réussit plutôt haut la main ses grands débuts au cinéma. Elle permet en même temps à Judd Apatow d'effectuer un retour gagnant à la réalisation et peut-être même de signer son meilleur film. Nous leur souhaitons de poursuivre sur cette voie... 


Crazy Amy de Judd Apatow avec Amy Schumer, Bill Hader, LeBron James, Brie Larson et Tilda Swinton (2015)

8 octobre 2015

Des Saumons dans le désert

Après Le Cochon de Gaza, De l'eau pour les éléphants et Les Chèvres du Pentagone, voici Des Saumons dans le désert, qui s'ajoute à la liste de ces films qui par leur seul titre dégoûteraient même un cinéphile tel que Laurent Weil du cinéma de quartier. Que fait-on avec des saumons dans le désert ? Un gros casse-dalle peut-être mais pas un film. Les saumons dans le désert sont chose rare, dans la flotte un peu moins, et sur l'affiche on peut voir que McGregor n'est pas en reste pour les pêcher avec ses deux gros panards épilés de près, que des saumons auront tôt fait de prendre pour des congénères : c'est l'une des meilleures scènes de ce long métrage. Dès qu'il sent que ça mord à l'hameçon, McGregor, en digne héritier de Chris Waddle, fait un retourné acrobatique pour se ramener le poiscaille dans le gosier, à la Gollum (à la Cotillard, synonyme), avant de hurler : "Des saumons pour le dessert !" Afin d'un peu retirer le voile de désagréable mystère planant autour de ce titre, on va vous révéler l'origine d'un tel intitulé : 59ème minute du film, après s'être tourné autour pendant 58 minutes, Ewan McGregor et Emily Blunt finissent par se retrouver assis à la Daurade, les pieds dans l'eau, quand le bellâtre McGregor s'étonne de cette étrange destinée qui est la leur et lâche à sa future partenaire sexuelle : "On est un peu comme deux gros saumons dans le désert", à quoi la belle répond : "Pas faux". En effet, McGregor, incarne un Erasmus issu de la riche aristocratie, étudiant dans le désert, tandis qu'Emily Blunt joue une orpheline de père en fille, roturière de son état, qui gagne sa vie en cousant de beaux tapis persans et propose du thé vert aux passants dans le désert.


Du saumon dans le dessert...

Tout ça pour ça. Alors qu'on croirait à une référence littéraire haut perchée, c'est juste un dialogue de la clique Apatow, sorti par un personnage masculin en pantacourt. McGregor déballe cette ligne en se roulant un gros bédave assis en terrasse, sous la castagne et sans parasol. Zoom avant sur Emily Blunt, qui sur l'affiche est photoshopée au maximum, apparaissant presque en noir et blanc à force de retouches, d'anti-cernes et autre anti-yeux rouges. Voilà trois ou quatre ans qu'Emily Blunt gâche les films. Sur cette affiche (j'y reviens), elle est tellement retouchée qu'elle ressemble à un jellyfish humain sur lequel on viendrait de péter. En dehors de ce poster, l'actrice a son vrai petit charme, indéniablement, avec ce regard en biais, cet air ahuri et sa raie du cul au menton (ça peut être beau sur certains hommes aussi : Aaron Eckhart, Cary Grant ou Kirk Douglas, le roi du pot d'échappement au menton, du tout-à-l'égout perso). Et puis l'accent anglais à couper au couteau, l'accent cockney, pour être pointu, ça peut passer, même doublé d'une voix suraigüe de vieillarde qui te fera sursauter à chaque mot à coups de remarques chiantes, une voix faite pour pomper l'air en résumé, ce n'est plus possible, et notre réquisitoire se justifie d'un seul coup. Pure pendaison de crémaillère, crucifixion gratuite pour mini délit de sale tronche sur un poster, mais ce petit délit devient gigantesque sur une affiche comme celle de ce film, format A5.


Des Saumons dans le désert de Lasse Hallström avec Ewan McGregor et Emily Blunt (2011)

13 janvier 2015

How do you know

Je me suis franchement demandé pourquoi ce film apparaissait dans tant de tops de fin d'année en 2011 (pas tant que ça en réalité, mais même si peu c'était mystérieux). Ne voulant surtout pas être passé à côté d'une grande comédie romantique américaine contemporaine de merde, je me suis dit "vois-le, y'a peut-être moyeeeen...". Je l'ai donc lancé comme on va au boulot. Si je devais essayer d'expliquer de façon organisée et respectable la raison du succès relatif de ce film auprès d'une certaine frange de la cinéphilie française, je dirais, aidé dans ma quête de sens par mon acolyte Félix, qui a lancé ce film de son côté longtemps avant moi et qui n'a pas tenu un quart d'heure devant, que c'est à cause de James L. Brooks, réalisateur, quatorze ans plus tôt, de Pour le pire et pour le meilleur, une comédie romantique plaisante, le haut du panier de ces vingt dernières années, ménageant la romance idyllique entre un vieux tocard plein de tics (Jack Nicholson) et une serveuse à gros nibards (Helen Hunt), avec un électron libre homosexuel entre les deux incarné par un Greg Kinnear à voile et à vapeur.




C'est assez typique de certains critiques français que de s'amouracher d'un ou deux auteurs de films populaires plus finauds que la moyenne et de vouloir dénicher à tout prix LA comédie ricaine maudite, incomprise, méprisée par le commun des mortels incapable d'en saisir tous les enjeux narratifs et de déceler un discours passionnant derrière des pirouettes légères, pour mieux lui rendre justice de façon tout à fait démesurée. Funny People, du triste Judd Apatow, a pu bénéficier du même traitement de faveur usurpé. On trouve une profondeur folle à des saloperies terribles qui, même si elles ont peut-être deux ou trois idées de plus que la base des films du genre, restent essentiellement laides, et sont une telle plaie à regarder qu'on devrait s'en foutre royalement. Quelques fans se sont extasiés sur la scène dont est tiré le photogramme ci-dessus, qui se veut un pur cadeau de James L. Brooks pour Owen Wilson (je ne dirai pas un mot d'insulte envers ce con dans cette critique), ici dans la peau d'un sportif plein aux as et totalement débile (personnage très "apatowien" d'ailleurs, en décalage par rapport aux autres protagonistes du film) qui passe le script à draguer Reese Witherspoon. Une fois arrivé avec elle en bas de l'hôtel qui lui sert de garçonnière, il recule aux côtés du portier pour laisser à sa conquête "de l'espace pour réfléchir" et prendre sa décision avec les coudées larges. Cette drôle d'idée donne lieu à une scène étrange, ni drôle ni franchement brillante, tout juste surprenante par son déroulement aussi improbable que sans intérêt, qui a suscité chez certains un engouement incroyable et les a poussés à parler pour James L. Brooks d'un génie du traitement de l'espace ! Rien que ça... C'est du délire mais franchement j'ai envie de saluer sincèrement, et sans ironie, les gens qui arrivent à se mettre en mode "analyse" devant un truc si naze, et à porter un jugement aussi excessivement enthousiaste sur des scènes merdiques au pire, complètement factices et faiblardes au mieux. Faut quasiment avoir un grain pour faire ça mais c'est cool d'être fan à ce point.




Bref, que voulez-vous, certains semblent avoir envie de trouver le film maudit du cinéaste populaire plus méticuleux qu'il n'en a l'air, réfléchi sous ses airs de yesman, reconnu par des esprits éclairés comme un véritable auteur à saluer, et à ne surtout pas ignorer, contrairement aux Américains, sous prétexte qu'il fait de la comédie. Apatow est un exemple idéal, James Leroy Brooks aussi désormais, voire même Woody Allen, qui pour le coup a un solide statut d'auteur, et qui a réalisé par le passé (ça remonte...) de très bons films, mais qui jouit quand même quelque part du privilège de ne pas plaire à ces-cons-d'Américains qui ne savent pas voir la qualité de leurs auteurs, alors que nous, spirituels européens, nous ne les comprenons que trop bien (y compris les films récents de Woody qui, et depuis déjà un paquet d'années, sont des purges horribles à côté desquelles même How do you know est un plaisir coupable de spectateur).




Mais si je devais tâcher d'expliquer, de façon moins organisée, le petit succès dont jouit ce film, je ne dirais que deux mots (qui en appellent bien d'autres, affaire à suivre) : Reese Witherspoon. Moi-même, je vous l'avoue, je ne suis pas clean sur ce coup-là, et si je n'ai pas complètement détesté ce triste How Do You Know c'est uniquement grâce à la dénommée Reesy Witherspoon. Le film dure deux heures (c'est déjà une aberration pour une comédie romantique de ce genre), or mon "dvd" (notez les guillemets et faites moi un procès !) s'est arrêté net à 1h20 de film, sans raison apparente. J'ai relancé la lecture : idem. J'ai supprimé les fichiers image et son du "dvd" officiel du film, puis je les ai re-copiés sur ledit "dvd" "acheté" "35 euros" en "version simple" sans "bonus" à la "Fnac" du coin, j'ai relancé, rebelote. Comment expliquer mon comportement de malade mental méga maso ? Comment expliquer une telle dépense d'énergie, un tel acharnement pour aller au bout de How Do You Know ? Si ce n'est par la prise de pouvoir d'un calcif Bodywear sur mon cervelet (rendu HS il est vrai par le projet inique du film de Brooks).




Tout ça à cause de Witherspoon, cette actrice qui jusqu'ici ne m'évoquait absolument rien d'autre que quelques moqueries finement ciblées sur la partie inférieure atrophiée de son visage prognathe, qui lui a valu un rôle dans Mysterious Chin de Gregg Araki. Comme plein de gens je me suis foutu de son menton de malade, qui lui a aussi permis un caméo dans The Chin du diable de Guillermo Del Toro. Tapez "chin" dans google image et la tronche de Witherspoon apparaîtra sur toutes les images de la première page de résultats, véridique ! Je n'ai pas essayé de taper "face de pioche" parce que j'ai trop peur de tomber sur les mêmes photos, et comme désormais j'ai un passif avec cette actrice, je me préserve.




Et pourtant... Witherspoon... C'était pas du tout un de mes highlights... James L. Brooks m'a pris à revers, il m'a pris en traitre avec un "service calbar", je m'attendais à tout sauf à ça, et finalement c'est là son vrai, son seul talent sur ce film, c'est d'avoir su filmer une actrice à mi-chemin entre la belle et la bête (dur...) de telle façon que le spectateur mâle ait les yeux plus ou moins scotchés à l'écran. J'avais envie de partager les tenues faussement sportswear et réellement sexy que trimballe l'actrice dans chaque scène de ce film. On sent que le réalisateur aurait aimé être tout nu derrière sa caméra, pour être plus tranquille (ça a dû lui arriver une paire de fois à mon avis). Reese Witherspoon est elle-même dénudée sans l'être, épaule perçante, jambes aux quatre coins, du rouge à lèvre sur tous les orteils, et j'en passe. Le réal devait être au moins en short lui aussi, dans la même tenue que Reese sur l'image ci-dessus, pour diriger le film depuis le fauteuil de tournage floqué à son nom, je ne vois pas comment c'est possible autrement, on ne peut porter un falzar jusqu'aux chevilles dans ces conditions. J'ai maté ça sur ma télé et j'avais moi-même envie de trancher les manches de mon pull et de mon pantalon pour mater le film tel quel, je vous le dis à vous, je pourrais le dire à d'autres.


How Do You Know de James L. Brooks avec Reese Witherspoon, Owen Wilson, Paul Rudd et Owen Wilson (2011)

29 avril 2014

Joe

Sorti l'an passé, Prince of Texas marquait le modeste retour en forme de l'énigmatique David Gordon Green. Ce petit film signifiait en tout cas son retour vers le cinéma indépendant de ses débuts, vers le southern gothic plus précisément. C'était donc une assez bonne nouvelle compte tenu des vieux espoirs placés en ce cinéaste qui s'était trop longtemps consacré à mettre docilement en image de piètres productions Apatow sans saveur. Joe, que l'on pouvait a priori très facilement rapprocher du Mud de son ami Jeff Nichols, devait confirmer cela. C'était quitte ou double. Soit David Gordon Green redevenait un réalisateur à suivre et tenait enfin les promesses de ses premiers films. Soit c'en était fini et il perdait pour de bon toute espèce de crédit à mes yeux. Fin de ce suspense de pacotille : c'est la seconde hypothèse que la vision laborieuse de Joe est venue valider, à mon corps défendant !




Et pourtant, on a d'abord très envie d'aimer ce film... On est heureux d'y retrouver Tye Sheridan, déjà apprécié dans Mud et encore irréprochable ici, dans le rôle de Gary, un jeune homme laissé pour compte, prêt à tout pour sortir sa famille du joug de son père alcoolo qui trouve en Joe (Nicolas Cage) un modèle, une figure paternelle qui finira par le prendre sous son aile et essaiera de le tirer de la misère ambiante. On aurait aimé voir les deux acteurs former un duo attachant et mémorable. On se dit que le potentiel est bien là. Nicolas Cage fait également plaisir à voir dans un rôle qui apparaît, au départ, à la mesure de son charisme, exploitant comme il faut sa folie sous-jacente, capable d'exploser à n'importe quel moment. On apprécie aussi, dans la toute première partie du film, clairement la moins ratée, comment David Gordon Green s'applique à filmer ces travailleurs texans, occupés dans les forêts à traiter les arbres comme des sagouins. Et puis progressivement, tout s'effondre...




David Gordon Green accumule les clichés du southern gothic qui tache. Tout semble fabriqué, forcé, mécanique et mal huilé. On est bien loin du très plaisant L'Autre rive. Au bout d'un moment, on n'y croit plus du tout, et on attend que le film crève sous nos yeux, en ayant plutôt hâte que ça arrive. On se fiche de ces petites histoires de règlements de compte déjà vues mille fois ailleurs, on se fout éperdument de ces parodies de rednecks lamentables, uniquement là pour donner une fin à un film qui ne débute jamais vraiment. Le personnage du père exécrable de Gary cristallise assez bien tous les défauts du film. On tient là une raclure détestable au possible, capable de tuer sauvagement pour quelques dollars et une bouteille de rosé, capable de vendre à deux inconnus le corps de sa fille devenue muette par sa faute, bref, capable des pires horreurs mais qui, lors d'une conclusion assez ridicule, finit par se jeter dans le vide, enfin rattrapé par un brin de culpabilité. On déteste cette pitoyable caricature autant que l'on regrette les virages toujours extrêmement attendus empruntés successivement par le film. Même le personnage de Joe finit par ressembler étrangement à ceux que Nicolas Cage incarne dans ces navets de seconde zone qu'il se plaît tant à tourner.




David Gordon Green retrouve un peu d'inspiration quand il se contente de filmer la complicité et l'amitié de ses deux personnages principaux. Cela nous vaut quelques minutes très furtives, placées à un moment où on ne les espère même plus dans un film par ailleurs très mal rythmé, très bizarrement construit. Faut-il aussi être alors encore aux aguets pour être sensible à cette agréable parenthèse... Celle-ci laisse simplement à peine entrevoir ce qu'aurait pu être le film si le réalisateur avait su, avec un peu de jugeote, épurer son scénario, aller à l'essentiel, donner vie à ses personnages et exploiter convenablement le talent de ses acteurs. Un talent quant à lui bien réel, car après cela, on doute plus que jamais de celui supposé de David Gordon Green.


Joe de David Gordon Green avec Nicolas Cage, Tye Sheridan, Gary Poulter et  Ronnie Gene Blevins (2014)

26 décembre 2013

Don Jon

Après un tel film, la logique voudrait que Joseph Gordon-Levitt fasse profil bas pendant un bon moment. Mais la logique, vous savez... On espère en tout cas que les velléités de cinéaste du jeune acteur seront mises en veilleuse indéfiniment. Car, à l'évidence, JGL n'a rien, rien à dire, rien à montrer et donc rien à faire derrière une caméra. Son premier film est d'une nullité inouïe en plus d'être révélateur d'une absence totale de personnalité, à moins que celle-ci se caractérise avant tout par une bêtise et une vulgarité à toute épreuve, ce que ses nombreuses fans auront bien du mal à avaler... C'est en tout cas ce que Don Jon laisse à penser et, étant donné le sourire béat qu'affiche la vedette du début à la fin dans son rôle d'obsédé qu'il doit croire très osé, on a aucun mal à s'imaginer que le bonhomme est tout à fait fier de lui. Ça fait peine à voir.




Joseph Gordon-Levitt a donc voulu nous livrer son film sur les hommes d'aujourd'hui, "l'homo sapiens youpornus" ou "la génération Jizzhut", comme je regrette de l'avoir lu sur internet ; cet homme occidental, à l'environnement saturé d'images aguicheuses ou obscènes, à la recherche du plaisir facile et immédiat, disponible en quelques clics. Cet homme qui se retrouve confronté à de grandes désillusions quand il comprend que les femmes ne correspondent pas aux attentes façonnées par le porno dont il s'abreuve. Ici, Don Jon (Joseph Gordon-Levitt donc) rencontre la dénommée Barbara Sugarman (Scarlett Johansson). Étant donné le look de ladite Barbara et son patronyme ridicule, on imagine d'abord que le bienheureux Don Jon est bel et bien tombé sur une véritable actrice porno, là, à sa portée, trouvée dans cette boîte qu'il hante toutes les nuits en quête du coup d'un soir.




Mais non. Malgré son extrême vulgarité, ses tenues ignobles, son maquillage abject et, pour faire plus simple, son allure douteuse, Scarlett Johansson, qui n'a jamais été aussi laide, incarne une jeune femme propre sur elle attendant encore le prince charmant. Gordon-Levitt essaie donc longuement de s'intéresser à ce décalage entre les fantasmes et les espoirs des deux personnages, mais il n'en tire strictement rien. Et quand Barbara surprend Don Jon en train de regarder du porno sur son sacro-saint MacBook, c'en est fini. Leur amour naissant se désintègre d'un seul coup. Le jeu ridicule de Scarlett Johansson n'aide pas à rendre la réaction de son personnage plus compréhensible et crédible ; Don Jon est immédiatement sommé de débarrasser le plancher. Alors on passe à autre chose, comme Don Jon justement, qui oublie tout du jour au lendemain, pour les tâches de rousseur (ou de putréfaction ?) de la triste Julianne Moore...




L'idée d'axer son scénario sur un pur tocard dont la vie serait parasitée par son obsession pour la pornographie pourrait donner lieu à un film au moins un peu amusant, à des situations forcément comiques. Il n'en est rien. Joseph Gordon-Levitt nous propose seulement une galerie de personnages sans vie, auxquels on ne croit pas une seconde, la palme revenant à la petite sœur toujours collée à son portable. Le tout est accompagné par quelques numéros d'acteurs pathétiques (il faut voir Tony Danza en faire des tonnes dans la peau du papa rital macho, c'est véritablement insupportable) qui s'agitent tour à tour dans une succession de scènes abrutissantes car menées sur un rythme intenable via un montage proprement dégueulasse. Très vite, les petites idées de l'apprenti réalisateur lassent terriblement et forment un ensemble ingérable, sans aucune tenue. Son film réussit à ne ressembler à rien et à la fois à tout, à tout ce qu'on ne veut plus voir, à n'importe quelle saloperie indé se croyant un peu subversive.




Étant donné le sujet, on pourrait flirter avec les plus grasses comédies d'Apatow, et c'est peut-être l'impression que l'on peut furtivement ressentir quelques fois, mais les tentatives d'humour sont beaucoup trop timorées pour situer clairement le film dans cette catégorie-là. On pourrait s'attendre à une sorte de Shame autoproclamé plus "fun" et "cool", puisque la sexualité de l'omniprésent Don Jon est tout de même assez préoccupante, mais la chose est traitée de façon si superficielle qu'on ne peut finalement pas rapprocher les deux films. Au bout du compte, c'est surtout à une de ces romcoms minables que le film s'apparente. Après quelques égarements, Don Jon finit par trouver chaussure à son pied, et c'est là tout l'enjeu d'un (très) long métrage à la morale grotesque ; un enjeu il est vrai un peu tardif dans un film terriblement mal rythmé et achalandé. Le pire, c'est que Joseph Gordon-Levitt a l'air sincère, il semble croire en ce qu'il fait et en ce qu'il nous raconte. Il doit considérer très touchante et très juste la romance putride qu'il invente entre son personnage d'obsédé sexuel et cette vieille femme endeuillée, jouée par la fantomatique Julianne Moore, dans un rôle de détraquée imprévisible mais drôle comme on en croise des wagons dans l'indiewood. C'est terriblement déprimant, vraiment, et même plutôt embarrassant car, devant tout ça, on se sent souvent assez gêné pour l'acteur.




Au générique, Joseph Gordon-Levitt adresse ses remerciements à Rian Johnson, Christopher Nolan et Steven Spielberg. Du beau monde... Le premier aurait aiguillé celui qu'il a dirigé dans Looper pendant l'écriture du script, corrigeant notamment ses nombreuses fautes. Le second aurait vivement encouragé l'acteur à passer derrière la caméra et l'aurait accueilli à sa table de façon anormalement régulière entre février et avril 2012. Quant au troisième, on espère sincèrement qu'il n'y est pour rien ou qu'il a simplement prêté l'une de ses casquettes. 


Don Jon de Joseph Gordon-Levitt avec Joseph Gordon-Levitt, Scarlett Johansson, Julianne Moore et Tony Danza (2013)

5 décembre 2013

Bachelorette

Cette comédie américaine a cela de méprisable qu'elle nous fait vaciller sur nos propres certitudes. Le film fait le portrait de trois jeunes femmes, des trentenaires bien d'aujourd'hui, réunies pour le mariage de leur amie commune. La future mariée (Rebel Wilson) a semble-t-il, c'est film qui le dit, le défaut ultime d'avoir moins de sex appeal que ses camarades, et d'être notamment en surpoids. D'où la rage qui naît chez les trois pimbèches chargées d'organiser la fête, jalouses, indignées, révulsées que la moins sexy des quatre soit la première à se caser. Kirsten Dunst joue la working girl overbookée apparemment à l'aise dans sa peau mais à deux doigts de la crise de nerf et terriblement solitaire. Lizzy Caplan interprète la brune dynamique et imprévisible, restée coincée sur un échec amoureux datant du lycée mais incapable de le reconnaître pour ne pas froisser son amour propre. Et enfin Isla Fisher incarne la demeurée de la bande, hystérique nymphomane, suiveuse naïve et délurée qui multiplie les bourdes et les conquêtes pour faire illusion, quitte à sombrer dans une attitude autodestructrice qui l'empêche de voir le bonheur lorsqu'il se présente. Le scénario a l'air plutôt finaud dit comme ça, mais gardez à l'esprit qu'on veut seulement bien dépeindre ces trois personnages et que si un jour Leslye Headland, la réalisatrice et scénariste du film, lisait ces lignes, elle serait elle-même sur le cul, car à l'image vous ne trouverez que trois connasses rivalisant de connerie et impliquées dans une suite de péripéties minables au sein d'un film irritant, sans rythme, sans humour et sans intérêt.




Et pourtant ce triste film nous a bousculés dans nos convictions. D'abord concernant Kirsten Dunst, que nous respections jadis. Cette jeune femme de notre génération a réussi, joué dans quelques films intéressants, fait preuve d'intelligence dans ses choix (elle n'a jamais tourné avec Tarantino), mais elle se ridiculise ici et s'avère incapable de faire sourire son public. Ensuite, et surtout, ce pauvre film a questionné notre propre éthique et notre rapport aux femmes. Le spectateur mâle de cette daube peut finir par s'interroger sur lui-même et s'auto-soupçonner de misogynie si dès le départ, comme nous, il prend en grippe les trois énergumènes épuisantes qui s'agitent à l'écran, et se trouve surpris par une envie de tout casser devant leurs facéties régressives ô combien vulgaires. La pire, dans la course à la grossièreté, étant Lizzy Caplan, qui sort des insanités à intervalles réguliers et finit par créer un malaise palpable. Force est alors de constater qu'on ne supporte pas de voir et d'entendre ces grasseries à longueur de scènes, alors qu'on adore l'immaturité et le langage châtié des personnages incarnés ici ou là par Will Ferrell, John C. Reilly, Adam Sandler, Andy Samberg, Will Forte ou d'autres. Pourquoi rions-nous chez ces messieurs, et pourquoi pleurons-nous chez ces dames ? Au-delà du monde d'humour qui sépare un film comme Bachelorette de films comme Step Brothers, Crazy Dad, Hot Rod, ou MacGruber, ne serait-ce que sur papier, c'est-à-dire avant qu'un homme ou une femme n'interprète les dialogues et les situations en question, au-delà aussi d'un certain talent de comédien essentiel à la comédie (qui pourrait décemment comparer Will Ferrell et Lizzy Caplan ?), on en vient à se demander si une petite pointe de misogynie ne s'en mêlerait pas dès lors que nous ne tolérons pas la vulgarité crasse de ces demoiselles quand nous en redemandons à ces messieurs.




Sauf qu'il se trouve que nous sommes d'authentiques fans de la dénommée Melissa McCarthy qui, dans le registre de l'humour qui tache se place là. L'actrice n'a pas son pareil dans le domaine de l'obscénité débitée sur un flow presque incontinent. Vous nous direz peut-être, et nous y avons nous-mêmes pensé, que, dans notre prétendue misogynie, nous acceptons d'une femme moins immédiatement sexy ce que nous refusons chez des jeunes premières qui correspondent aux standards de beauté des podiums hollywoodiens (Dunst, Caplan, Fischer y correspondent toutes plus ou moins). Mais le fait est que nous rions aussi, quand elle nous y aide un brin, aux facéties de Kristen Wiig (dans Mes Meilleures amies, d'ailleurs aux côtés de Melissa McCarthy, ou dans Walk Hard), comme nous rions des pitreries de Sandra Bullock, actrice hollywoodienne-type (au même titre que Kirsten Dunst), qui a maintes fois élargi son registre à la comédie, souvent pour le pire, parfois pour le meilleur, comme dans Les Flingueuses, en side-kick de la sus-nommée Melissa McCarthy.




En définitive, le vrai problème d'un film comme Bachelorette n'est donc pas notre redoutée misogynie mais bien, d'une part, sa médiocrité (le film n'est jamais drôle), et, d'autre part, ses personnages, qui ne sont rien d'autre que trois parfaites ordures. Le film oublie, avouez que c'est dommage, de nous rendre son trio de trentenaires attachant. Bachelorette veut s'inscrire dans la mouvance du très médiocre Very Bad Trip en tournant le scénario au féminin, sauf que ce film modèle, si imparfait soit-il, pense à ne pas détester ses personnages et présente trois individus très différents mais pas forcément détestables. Si l'on aime certains personnages d'adolescents attardés, de machos débiles, de sales gosses, de prétentieux narcissiques, de grands naïfs ou de désespérés sentimentaux incarnés par Will Ferrell, Steve Carell, Zach Galifianakis, Adam Sandler, Will Forte, Will Arnett ou Jim Carrey, c'est parce qu'ils sont d'abord attachants, sympathiques, aimables et un peu humains. Impossible de rire avec les trois héroïnes infectes de Bachelorette, qui passent le film à mépriser leur amie obèse, à la jalouser, à ruiner consciencieusement son mariage et à sortir des horreurs sur elle sans discontinuer. On s'attendrait à ce que cette attitude ne soit que le point de départ de l'histoire, menant à un rachat quasi immédiat afin que les personnages récupèrent vite notre empathie, mais les trois débiles hautaines et méprisantes du départ sont toujours aussi pourries à la fin, et l'on se demande encore comment des auteurs de comédies (Apatow tombe aussi très souvent dans ce travers, par exemple avec le récent 40 ans mode d'emploi - et la France n'est pas de reste, de l'horrible Le Prénom à la série Platane d'Eric Judor) peuvent espérer nous captiver et nous donner envie de rire à gorge déployée en déployant sous nos yeux, et pendant des heures, une ribambelle de connards et de connasses imbuvables. C'est un peu comme aller à un one man show de Nicolas Bedos. Comment rire ?


Bachelorette de Leslye Headland avec Kirsten Dunst, Lizzy Caplan, Isla Fisher et Rebel Wilson (2012)

12 octobre 2013

C'est la fin

Attention, Seth Rogen passe derrière la caméra ! Il est épaulé par son fidèle acolyte, Evan Goldberg, avec lequel il a déjà co-écrit le scénario de The Green Hornet. Autant dire que les deux hommes devraient se trouver en cabane pour ce grave délit commis en réunion, déjà sanctionné par des critiques assassines et des scores désastreux au box office. Mais il n'en est rien, ils sévissent encore ! Evan Goldberg est ce que l'on peut appeler un homme de l'ombre de la clique Apatow, il s'est confortablement installé dans la bande en signant le script de Superbad. Avec This is the End, Evan Goldberg et Seth Rogen débarquent avec la ferme intention de réaliser un film culte. Cette intention est tellement évidente qu'elle annihile rapidement l'air de ne pas y toucher, insouciant et un peu foufou, que le duo essaie de se donner. Pour faire bref, leur film se veut tellement cool que ça en devient très vite fatigant.


Il y a quelques années, ces acteurs nous paraissaient pourtant bien sympathiques. A part Seth Röntgen avec son physique et sa subtilité de sanglier trépané traqué par une meute de chiens de chasse audois. Faut pas se moquer du physique mais parfois certaines personnes dépassent à pieds-joints la frontière de l'animalité.

Seth Rogen accueille donc son vieux pote Jay Baruchel à Los Angeles. Tous deux se rendent à la pendaison de crémaillère de James Franco, où d'autres acteurs et quelques starlettes en vogue les attendent. Mais cette giga teuf est soudainement interrompue par l'Apocalypse qui élimine la plupart d'entre eux et condamne le petite groupe restant à vivre en autarcie, dans la baraque de James Franco, avec une réserve de vivres très limitée. Le long métrage de Rogen et Goldberg se présente donc comme une sorte de parodie des films de fin du monde, il met en scène une ribambelle d'acteurs dans leurs propres rôles, ou plutôt dans une version fictive d'eux-mêmes, amenés à devoir cohabiter. Avec ce point de départ qui se veut "énorme" et original, tout comme il permet de réunir un "casting de dingue" (je reprends les termes du dossier de presse), les auteurs veulent déjà s'attirer la sympathie de leur audience. Il faut rester cool, avant tout. Les effets spéciaux sont carrément hideux pendant ladite Apocalypse ? Pas grave, c'est trop cool aussi !


Derrière Michael Cera, qui pose le cul en bombe avec l'intention de subir un assaut anal, on peut distinguer Tony Parker et Vincent Lagaf', plutôt intéressés par le postérieur de la créature blonde au centre de l'image (qui n'est autre que Katy Perry). Anecdotique, au fond à droite Frédéric Beigbeder discute avec Adèle Exarchopoulos, histoire de rameuter un public soi-disant "plus exigeant"...

Si tout cela était drôle, ça ne me poserait aucun problème, ou en tout cas beaucoup moins. Hélas, ce film condense tout ce qu'il y a de pire dans l'humour Apatow, avec son déluge de références indigestes qui sont autant de coups de coude dans les côtes du spectateur, et sa galerie de personnages trépanés dont on est supposé trouver trop mignon le côté encore enfant. Devant tout ça, on a simplement la triste impression de contempler un petit groupe rigoler en vase clos, une petite bande de potes s'amuser entre eux et se regarder le nombril. On imagine que le tournage a été, pour tout le monde, une sacrée partie de plaisir, des vraies vacances, pleines de rigolades et de moments de déconne. On se dit qu'ils ont dû bien s'amuser. Entre eux, toujours, bien que tout cela transparaisse fort peu à l'écran. On a en effet affaire à une farce qui n'amuse pas grand monde en dehors de ses propres auteurs, un peu de la même façon que I'm still here, la pochade ridicule de Casey Affleck et Joaquin Phoenix, mais en pire, car cela concerne cette fois-ci beaucoup plus de monde, et tous ont l'air de trouver ça génial. Malgré la soi-disant amitié qu'elle essaye de nous vendre, la bande d'acteurs ne dégage aucune alchimie particulière. Aucun "personnage" ne fait la différence. Seul Danny McBride se fait parfois remarquer, et encore... Tous sont abaissés au niveau de médiocrité de Seth Rogen, que son physique ingrat et sa voix insupportable auraient dû condamner à des rôles de second plan dans des films minables. Cet homme aurait dû se contenter de humer le fabuleux pet de John C. Reilly dans Step Brothers...


C'est après les désistements successifs de Daniel Radcliffe, Mila Kunis et Nabilla que Seth Rogen s'est tourné vers Emma Watson, la hit girl prognathe du tout Hollywood, pour ce rôle en or de 2 minutes. Vous retrouvez tous ces gens dans le dernier clip d'Arcade Fire !

Ce film idiot m'a notamment été insupportable parce que Seth Rogen et sa bande jouent sur l'attente du public, voire l'étrange besoin pour certains, de les voir dans leurs propres "rôles", c'est-à-dire, en réalité, celui que chacun veut bien se donner. Le film est un vaste programme de séduction, mené avec une connivence détestable par ses auteurs et acteurs, où chacun vise, de force, à rendre définitivement familière l'image qui est construite de lui-même et qui, bien entendu, correspond exactement à celle fantasmée par le public, à savoir celle d'une bande de potes, méga cools, un peu fêlés et complètement perchés, mais avant tout méga cools et cultivant les mêmes références que ledit public, dans un dédale de clins d’œil abominables. Avec ses guest stars en pagaille qui ont l'air de faire des pieds et des mains pour quelques secondes devant l'objectif, This is the End laisse une impression désagréable. On sent qu'il s'agit avant tout d'une triste entreprise nauséabonde où chacun a d'abord visé à peaufiner son image, dans un esprit "donnant-donnant" assez pénible. Rihanna, tout comme Michael Cera, Emma Watson, Channing Tatum ou les Backstreet Boys, doivent en ressortir encore plus cool qu'il n'y sont entrés. C'est la fin des haricots !


C'est la fin d'Evan Goldberg et Seth Rogen avec Seth Rogen, Jay Baruchel, James Franco, Danny McBride, Jonah Hill et Craig Robinson (2013)

13 mars 2013

40 ans : Mode d'emploi

La petite vie de Judd Apatow, acte IV. En 2005, Apatow nous avouait sans la moindre honte qu'à 40 ans, il n'avait pas encore vu ni touché le loup. Deux ans plus tard, il se servait d'un film pour annoncer à sa femme qu'il l'avait mise enceinte et en profitait pour nous partager ses craintes sur la gestation et sa future paternité. En 2009, avec une régularité de métronome, Apatow interrogeait le public sur son incapacité à faire rire, via Funny People, une thérapie à 75 millions de dollars, un film lucide qui lui a sûrement fait du bien, et c'est tant mieux pour lui. On attendait tous un film en 2011, mais c'était sans compter sur l'échec monumental de Funny People, qui a eu l'heureux effet de ralentir les velléités d'Apatow metteur en scène. Un mogul des studios lui aurait déclaré "Tu peux filmer ça" en lui pointant son majeur. Apatow, dont la carrière en tant que producteur avait été couverte de succès dans les années 2000, se retrouvait en plein doute en tant qu'auteur. Qu'allait-il faire ensuite ?




Apatow, c'est un peu comme Microsoft avec les claviers et les souris, s'il n'était que producteur, on le respecterait pour son travail. Ceci dit, rappelons tout de même qu'Apatow a aussi produit un sacré tas de merdes. Mais il a participé à Anchorman, Ricky Bobby, Walk Hard, Step Brothers, bref, autant de films qui permettent de lui pardonner pas mal d'écarts de conduite. Reconnu comme un auteur crucial du cinéma américain des années 2000 par certains critiques qui sont définitivement trop à la recherche de la nouvelle star, souvent considéré comme l'étendard du renouveau de la comédie US par les cinéphiles en manque de guides, il est nécessaire de rappeler l'indigence du cinéma personnel d'Apatow, particulièrement frappant dans son dernier opus. Cet homme est décidément bien plus doué quand il s'agit simplement de placer ses billes dans les oeuvres drolatiques portées par de vrais génies du rire, à commencer par Will Ferrell, tout en s'écartant au maximum du travail créatif. 




Un film comme 40 ans : Mode d'emploi est pourtant encore l'occasion de constater qu'Apatow a des thèmes, des problématiques clairement identifiables, autour desquels il tourne, en rond, depuis maintenant des années, dans un circuit fermé parfaitement cohérent qui dégage une vieille odeur de pieds sales. Car il faut voir à quel point tout ça est creux, sonne faux et, accessoirement, est toujours terriblement laid à regarder. Son nouveau film fait presque mal aux yeux. Et comme c'est long, comme c'est bête, comme c'est naze... Le titre français est méprisable mais pleinement mérité. On prend en pleine poire ses petits tracas de quarantenaire détestable, soucieux d'être encore au top sexuellement, de gagner un tas de fric pour remplir sa grosse berline BMW, de pas trop se faire bouffer par ses gosses. En outre, en engageant sa femme dans le premier rôle et ses deux filles pour des rôles également importants, Judd Apatow ne fait que rendre son petit film encore plus insupportablement égocentrique, plus recroquevillé sur lui-même que jamais. Il passe encore 2h20 à nous montrer son nombril en s'imaginant que celui-ci est infiniment drôle et intéressant à regarder.




Leslie Mann, sa femme, n'a pas l'étoffe d'un premier rôle. Triste fantôme qui traverse les comédies américaines depuis des années, ce n'est certainement pas un hasard si seul son époux a la gentillesse de l'embaucher pour la hisser enfin en tête d'affiche. Son visage trop fade, ses expressions toutes faites sorties des plus vilaines sitcoms et son manque absolu de charme en font une actrice totalement incapable de captiver son audimat. Apatow a beau la filmer sous tous les angles, nous dévoiler son anatomie jusque dans les moindres recoins, jusqu'au bout des tétons, ça ne marche pas, rien n'y fait. Elle exaspère. Apatow la met dans les situations sexuelles les plus suggestives, en la faisant par exemple réaliser une fellation soudaine et bienvenue à son mari qui n'en demandait pas tant, cela nous fait le même effet que de savoir avec qui couche NKM. Jusqu'au générique de fin, la souffrance de la voir presque de tous les plans est telle qu'on espère voir débarquer une vraie actrice, capable de faire rire et d'émouvoir, pour la remplacer et la bouter définitivement hors champ. En vain. A côté de ça, on doit plutôt supporter une Megan Fox qui passe pour LA bonnasse ultime, regardée par tous et toutes avec envie. Hé ben...




Face à Leslie Mann, on retrouve un habitué : le si pâle Paul Rudd, qui joue donc un ersatz de Judd Apatow. On apprécie Paul Rudd pour son rôle dans Anchorman. Avouons qu'il a une tête sympathique et qu'on aurait sans doute envie de taper la discussion avec lui si on le croisait. Mais reconnaissons aussi qu'il n'a pas du tout les épaules assez larges pour camper le rôle principal d'une "comédie" de 2h20 (avec les films signés Apatow, j'hésite toujours à appeler ça des comédies tant les rires sont rares au profit d'une psychanalyse de trottoir). Paul Rudd est ici traîné dans la boue dans des situations grotesques et embarrassantes : quid de cette scène où, les quatre fers en l'air, dépourvu du moindre slip, l'intimité réduite à néant, il demande sans ambages à Leslie Mann de lui inspecter le trou de balle ? L'acteur n'arrive pas à rendre son personnage attachant et, pire encore, ne sort jamais grandit de telles situations, qu'il échoue systématiquement à rendre un tant soit peu amusantes. Il semble subir le film et être la marionnette pathétique de son ami réalisateur. Quand il lâche une série de pets sur le lit conjugal au visage de sa femme, on éprouve quasiment de la pitié pour lui. On aime la loyauté de l'acteur envers son pote réalisateur, beaucoup d'autres auraient refusé de participer à une telle mascarade, mais après un tel film, on ne peut s'empêcher d'avoir une idée encore plus cruelle du talent réel de Paul Rudd. Vivement Anchorman 2 pour qu'il puisse revenir au niveau d'estime que nous lui portions.




Les rares scènes ou moments drôles sont entièrement dus à des acteurs en roue libre, au pouvoir comique réel, mais cantonnés à des rôles toujours très secondaires, décoratifs. On est ainsi ravis de retrouver la fameuse "grosse de Mes Meilleures Amies" qui agit ici telle de la dynamite dans un ensemble d'une extrême fadeur. Melissa McCarthy a deux scènes seulement, les deux meilleures du film, de loin. L'actrice, une petite boule de haine intenable, y laisse complètement aller son talent nerveux pour l'improvisation comique. On aurait aimé que cela dure plus longtemps. L'une de ces scènes est d'ailleurs si supérieure au reste qu'on en retrouve les rushs au générique final, terrible aveu final de lucidité de la part d'Apatow, conscient qu'il tient là le seul moment réellement poilant. Albert Brooks, le vilain de Drive, surprend quant à lui dans le rôle d'un père totalement irresponsable, un personnage aux répliques souvent inattendues et toujours placées avec tact, avec le sérieux et la conviction qui caractérisent les plus grands malades. L'acteur nous rappelle qu'il a commencé par le stand-up avant de finir poignardé sur un parking. On peut hélas regretter que son personnage soit justement réduit à ces petites répliques, et qu'il n'ait même pas une scène pour nous combler et nous faire pleinement goûter sa verve comique toujours vivace, dont il ne peut que donner des aperçus assez frustrants. Notons toutefois que cet acteur est un véritable moteur diesel qui part très doucement, de manière assez laborieuse, pour finir littéralement en roue libre, au meilleur de sa forme.


 

Inutile d'aborder le sujet même du film, c'est-à-dire la crise existentielle de la quarantaine selon Docteur Apatow. C'est à peu près aussi profond qu'une émission télévisée présentée par Arthur. Si des gens se reconnaissent là-dedans et sont touchés par les états d'âme dépeints par Apatow et exprimés à travers ses personnages lamentables, j'ai simplement beaucoup de peine pour eux. Son film rappelle voire martèle la tagline ridicule de la série Cougar Town dans laquelle Courteney Cox essaye péniblement de trouver une nouvelle jeunesse : "40 is the new 20". 40 ans : Mode d'emploi ne donne pas envie d'atteindre les 40 ans, il donne simplement envie de rien. Il fait partie de ces films, parmi les plus déprimants, qui nous abandonnent plein d'idées noires et avec une piètre opinion de l'être humain dans sa globalité. Je suis mort quatre fois en matant ce film. Une fois toutes les 30 minutes.


40 ans : Mode d'emploi de Judd Apatow avec Leslie Mann, Paul Rudd, Albert Brooks, Jason Segel, Megan Fox, Maude Apatow et Iris Apatow (2013)