30 novembre 2010

2012

Saloperie de film. J'ai décidé de vous en causer longuement parce que j'adore perdre mon temps. 2012 se place là dans la course aux pires films du monde. Il dure plus de 2h30. Le programme c'est l'histoire de la fin du monde annoncée pour 2012 par le calendrier Maya. Or, première objection, baser un film sur des prédictions qui datent de Mathusalem c'est déjà un pari, les Mayas que je sache ça reste un peuple bloqué à l'ère du moko je crois. Deuxième objection, il y a fort à parier pour que ce peuple se soit simplement éteint avant d'avoir fini le manuscrit de son calendar. Objections rejetées ? Rien à foutre. Au milieu de tout ça, John Cusackee va se révéler être un héros du quotidien prêt à tout pour embarquer ses gosses (une fille sympa et un fils gonflant) ainsi que son ex-femme (c'est donc exactement le pitch de La Guerre des mondes) dans un de ces vaisseaux construits en Chine, au pied de l'Everest, par l'union des gouvernements du monde entier pour servir d'Arches de Noé après la fin du reste du monde, englouti à tout jamais.




C'est le scénario le plus con à ce jour et chaque scène est une nouvelle somme de débilité. Les références à tous les films catastrophes les plus connus pleuvent à n'en plus finir : En pleine tempête, Titanic, Volcano, Pic de Dante, et jusqu'aux Dents de la mer quand Cusack lâche sans trembler le pathétique et sempiternel : "We're gonna need a bigger plane", en clin d'œil minable au "We're gonna need a bigger boat" du film de Spielberg. Ceci dit pour tout fan de John CuldeSac, c'est imparable, c'est un must-have. A un moment, tandis que lui et sa famille sont piégés au cœur de la fournaise du plus grand volcan de l'histoire du monde qui vient de se réveiller sous leurs panards malchanceux dans le parc de Yellowstone, et alors qu'ils auraient dû tous cramer comme des allumettes sous l'effet de la chaleur ambiante depuis déjà deux jours, Cusack se voit doublement pris au piège puisqu'il est coincé dans un camion filant tête la première dans une faille de type San Andreas qui s'ouvre béante sous ses pneus et qui dégueule à n'en plus pouvoir de la lave en fusion. Toute la sainte famille croit naturellement qu'il est décédé et hurle au désespoir quand soudain Cusack réapparaît, s'étant débarrassé Dieu sait comment du camion devenu barbeuk dans lequel il cuisait depuis cinq longues minutes, s'agrippant au bitume fondu avec ses longues mains de pianiste et sans avoir oublié de récupérer dans le fond de son bahut sa précieuse fiche de paie signée "Roland EmmeRich". Grand moment de cinoche. Très grand passage du film si l'on est un inconditionnel chevronné des facéties de l'acteur Cusack.




Ce qui est dommage c'est que le film dure 26 heures et qu'il se contente de nous montrer le moins intéressant. On n'a droit strictement qu'à la fin du monde avec tout ce que ça comporte de peaux de bananes et de cascades à répétitions aux quatre coins du globe (car c'est un film choral par-dessus le marché). A la fin la partie la plus nantie de l'humanité, qui a pu se payer un siège à bord de l'hideuse Arche de Noé, survit aux intempéries et s'aperçoit que suite aux mouvements des plaques terrestres, l'Afrique, nouveau toit du monde, est seule émergée. Alors ce résidu des plus gros connards de l'humanité vogue vers les bédouins toutes voiles au vent, à pleine vapeur. Et c'est là qu'éventuellement ça pourrait peut-être s'avérer intéressant. La fin du monde avec l'humanité toute entière qui se neigue, on s'en doute, ce qu'on ignore c'est après. C'est sûr qu'on a tous déjà vu une centaine de films d'anticipation écrits par des cons apocalyptiques voués à nous prédire l'avenir, tel que le récent I Am legend, mais ça reste un sujet drôlement cool et on est toujours avides de connaître une autre hypothèse foireuse sur l'avenir de notre sale race. De toute façon c'est une constante... Ces temps-ci le cinéma Américain, même le plus con et le plus populaire, part de scénarios potentiellement intéressants pour nous amener vers des films complètement abrutis. C'est le cas du fameux Inception, c'est le cas de The Box par exemple, qui soulève au départ quelques questionnements métaphysiques vus et revus mais toujours croustillants pour les laisser choir en deux temps trois mouvements au profit d'élucubrations débiles sur la planète Mars et sur la gueule recouverte de chair de phoque de Cameron Diaz. 2012 est une daube de plus à ce niveau-là aussi.




Ce que vous voyez là au-dessus, c'est un plan du film. Un Russe obèse, personnage dont on se fout éperdument, montre fièrement sur son cellphone une photo de sa famille à un John Cushack qui mate l'appareil du coin de l'œil en plissant les yeux. Ces trois russes sont effectivement hideux. Mais on voit surtout qu'il s'agit là d'un triste photo-montage créé par l'équipe technique du film : ces trois gourmands antipathiques sont grossièrement incrustés sur un fond bleu minable, avec à leur droite une fausse tour voulue typiquement Russe histoire de nous faire mordre à l'hameçon un quart de seconde. Le plan est effectivement très bref, d'où sans doute un certain je-m'en-foutisme assumé par l'équipe technique et la médiocrité de l'effet spécial. Mais je veille au grain. On ne m'aura pas. Ce plan que tu as délégué à ton pire sous-fifre, Emerich, je le capture en arrêt sur image et j'en fais ton étendard de pur tocard ! Tout le film est à l'image de cette photo, incroyablement mal fait. Au point que ça en est surprenant... Enfin certainement que compte tenu de l'étape actuelle de l'évolution des effets spéciaux hollywoodiens et des possibilités qu'ils offrent, ce film est plutôt "bien fait", j'en sais rien et je ne veux pas le savoir. Mais objectivement, pour quiconque n'en a cure de leurs petits trafics et de leurs jouets de milliardaires, pour quiconque mate ce truc avec des yeux neufs et neutres, le film est d'une laideur éclatante. De sorte qu'à force d'être cher c'est extrêmement gerbant. Un type comme Baudrillard a dit je crois que plus les effets spéciaux sont bien faits, dessinés minutieusement et au millimètre près pour un "rendu" optimal et des textures hyper-réalistes, plus ils permettent de remplir l'image de mille détails ultra précis, foisonnants et superfétatoires, et plus l'image finale paraît fausse (et laide). Parce qu'il y a dans le plan plus de choses que l'œil ne saurait en voir, ces films se targuant d'un soi-disant réalisme absolu, les infographistes hollywoodiens créent des images dont la fausseté saute droit aux yeux : c'est tout le problème de l'hyper-réalisme et les magnats d'Hollywood s'y empalent de plus en plus. Il suffit d'ailleurs de regarder les tableaux hyper-réalistes qui sont généralement extrêmement laids d'une part, qui ont tous les aspects du faux et de l'archi-faux d'autre part (et quand c'est bluffant le spectateur passe tout son temps à traquer l'erreur, un petit jeu qui atteint vite ses limites et en impose de cruelles aux œuvres en question). Visez-moi ce plan ci-dessous tiré du film par mes soins, qui est par ailleurs à l'image de tous les autres plans qui composent ce navet d'anticipation, et qui est une saloperie informe, atrocement mal éclairée, factice au possible, où chaque élément semble incrusté au petit bonheur la chance (je précise que l'acteur au premier plan n'est pas censé se trouver devant un écran, on doit croire qu'il est sur la piste de décollage) dans une composition invraisemblable et abominable :




Ce film est très éloquent de ce point de vue. Il est si merdique qu'il pointe facilement les énormes contraintes et la profonde nullité des films à l'heure actuelle entièrement composés par ordinateur, qui ne peuvent apparemment que ressembler à de très laides scènes cinématiques de jeu vidéo, lesquelles sont probablement réalisées par de tristes gens. Tout au long du film, Roland Emmereich se veut très moraliste, du genre gros humaniste qui fout les pieds dans le plat. A la fin de l'histoire, le petit blackos méga malin et bien gentil qui sauve pas mal de gens affirme avec aplomb : "On est là pour s'entraider. Il ne faut pas laisser mourir nos frères humains, il faut en sauver le plus possible". Et on a envie de devenir soi-même un socialiste à la manque et de lever les drapeaux à la manière de Josiane Balasko ou de Charles Berling pour dire à Roland Emmerich qu'il aurait tout aussi bien pu réunir l'énorme somme de fric qu'a coûté ce film minable, des millions de dollars, pour envoyer quelques colis de riz blanc en Afrique par exemple, ou chez Kouchnez à la limite, pour aider nos frères humains et les sauver d'une mort injuste, au lieu de réaliser ce gros amas de merde qu'est son film.

NOTA BENE : Dany Glover joue le président des Etats-Unis et il zozotte pendant tout le film. Woody Harrelson, quant à lui, joue un gros taré et il est excellent dans ce rôle, comme toujours quand il interprète un trépané (voir la meilleure scène du film : 27').


2012 de Roland Emmerich avec John Cusack (2009)

28 novembre 2010

The Reader

La dernière chose à dire sur ce film, c'est qu'il est incontournable pour tout(e) fan de Kate Winslet. Elle évolue dans le plus simple appareil pendant toute la première moitié du film, qui dure une heure. Et parfois aussi dans la seconde moitié du film, qui dure également une heure. C'est un festoche Winslet. De face, de dos, de face à nouveau, de côté, de profil, allongée, accroupie, debout, assise, couchée, dans le bain, sur le pieu, sur la selle, à califourchon sur un gosse, et j'en passe et des meilleures. Rien ne l'arrête, pas même le plus frontal des full frontal. Et sans artifice. Elle est même maquillée pour avoir l'air d'une déterrée, la tronche ravagée par les maquilleurs et affublée d'un terrible accent allemand (j'ouvre ici une parenthèse pour préciser que l'histoire se passe en Allemagne, mais, parce que c'est un film Américain, tout le casting est américain et prend l'accent allemand en parlant Anglais, sauf l'unique Allemand de l'équipe, le seul acteur célèbre outre-Rhin, j'ai nommé Bruno Ganz, qui parle anglais avec un accent british remarquable et qui sert de caution germanique au film, et quel acteur ! Il a quand même su nous faire kiffer Hitler pendant une heure et demi... Bref, c'est un film Américain situé en Allemagne où des acteurs américains déblatèrent en Anglais avec l'accent bavarois... J'arrête ici cette parenthèse déprimante), et je retourne à Winslet pour dire que se montrer donc nature, avec en malus quatre ou cinq scènes passées à chialer, un vocabulaire voulu trash, des séquences d'accouplement assez crues, et un rôle de Kapo nazie repentie, c'est réunir toutes les conditions i-dé-ales pour faire main basse sur l'Oscar de la meilleure actrice. Et ça n'a pas raté !




Le film est littéralement coupé en deux. On a droit à deux films en un et y'en pas un pour rattraper l'autre. Le premier, qui dure donc une heure, c'est Kate Winslet dans le rôle d'une Allemande analphabète sans le rond qui se tape et se retape un petit lycéen au physique balbutiant, notoirement mort de faim. A la fin de cette première partie les deux amants cessent enfin de se fréquenter. Le second film, qui s'étend sur un peu plus de trois quarts d'heure, puisqu'il dure précisément une heure, c'est l'histoire de ce jeune amant devenu étudiant qui est désormais en fac de droit, dans le pénal, et qu'un professeur émérite (le fameux Bruno Ganz'ta rap) invite au tribunal pour assister au procès d'un groupe d'anciennes nazies jadis chargées de garder les détenues de certains camps et qui comparaissent l'une après l'autre car elles sont présumées responsables de la mort de plus de 300 juives. Au banc des accusées, Kate Wetslip.




A la fin du film (vous pouvez me remercier de vous en épargner la vision en asseyant mon énorme cul sur tout suspense, mais vous pouvez aussi arrêter de lire cet article à cet endroit), elle se laisse condamner à la prison à perpétuité à la place de ses anciennes camarades nazies en affirmant avoir elle-même donné certains ordres d'exécutions écrits, alors qu'elle est analphabète, assumant ce mensonge précisément pour cacher sa tare et garder le secret de cette incapacité à l'écriture qui lui fait honte. Au final, son ancien amant, qui a assisté à cette condamnation volontaire avec un walk-man sur les oreilles, est devenu un homme assez charmant incarné sans effort par Ralph Fiennes, ce comédien en déficit de caractère qui s'est littéralement envoyé le tout-Hollywood grâce à sa gueule d'ange des Carpates, y compris son propre frère, son PROPRE FRÈRE ! Notre avocat frais émoulu se rappelle soudain de la Kapo qui l'a dépucelé du haut et du bas et qui dépérit en taule depuis des lustres, et lui envoie en prison une collection de cassettes audio sur lesquelles il s'est consciencieusement enregistré en train de lire des livres, afin de permettre à son ex d'apprendre à écrire. Elle envoie de fait des tonnes de courriels à son ex-amant pusillanime qui ne lui répond que par de nouveaux enregistrements littéraires. Le jour où elle doit être enfin libérée, elle se pend, n'oubliant pas de léguer le peu de fric qu'elle possédait à l'unique juive rescapée des massacres nazis auxquels elle a assisté. Je viens de réaliser sous vos yeux ce que Stephen Daldry, le réalisateur de cet étouffant long métrage, n'a jamais pris le temps de faire : écrire le script.




La première moitié est aussi longue que morbide. La seconde est trop courte pour se mesurer à l'ampleur du sujet qu'elle prétend traiter. Le tout est non seulement assez pénible mais souvent très mauvais, en vérité très mal fait. On dirait que Daldry essaie de causer aux mamans dans un premier temps puis aux papas dans un second, en juxtaposant finalement deux films disjoints et aussi boiteux l'un que l'autre. Causer aux parents c'était déjà l'apanage de Sydney Pollack et d'Anthony Minghella après lui, qui ont tous deux produit ce film qui leur est dédié car ils sont tous les deux morts à quelques jours d'intervalle en le regardant.


The Reader de Stephen Daldry avec Kate Winslet et Ralph Fiennes (2008)

27 novembre 2010

Secret Défense

Je vais vous parler de Secret Défense de Philippe Haim. Un film qui a reçu des critiques relativement positives de la presse à sa sortie, notamment par les tocards de DVDrama et Brazil (les potes de Rémi). La solidité du scénario, de la reconstitution et le jeu des acteurs sont loués par la plupart des critiques.

Et pourtant c'est une très grosse merde. Mon argumentation s'arrêtera là, je pense avoir dépensé assez de minutes de mon temps pour vous parler de ce film. Mention spéciale à Nick Duvauchelle et son histoire à deux balles. Voici donc mon conseil appuyé : passez votre chemin.

PS : Si comme moi vous aimez voir subrepticement une poitrine de dame, en l'occurrence Vahina Giocante, arrêtez-vous à 13min38sec.




Secret Défense de Philippe Haim avec Gérard Lanvin, Nicolas Duvauchelle et Vahina Giocante (2007)

23 novembre 2010

Dog Pound

D'après les petits extraits que j'avais déjà vus de ce film, je m'attendais à infiniment pire de la part de Kim Chapiron déjà auteur du difficilement supportable Sheitan et figure de proue du collectif Kourtrajmé. Finalement, il s'agit d'un film de taule correct, d'un thriller carcéral plutôt bien mené qui suit le devenir de trois jeunes envoyés en prison pour mineurs. C'est pas mauvais. Ça se regarde sans mal, et malgré qu'on y trouve peut-être tous les passages obligés de ce genre de film (on attend la sodomie, qui survient un peu tard), ça passe. Chapiron semble avoir gagné en maturité, perdu en lourdeur et en débilité, et il s'avère tout à fait capable de faire grimper une certaine tension, de filmer la violence sans complaisance. Les acteurs s'en tirent pas mal. Ça pourrait tout à fait être le film d'un honnête faiseur américain anonyme, parce qu'à part ça, ça laisse peu de souvenir, "aussitôt vu aussitôt oublié" pourrait-on quasiment dire, on ne sent pas vraiment le regard d'un cinéaste sur ce sujet sociétal (à savoir : que faire de nos jeunes clébards enragés ?). On dirait qu'au lieu de l'ouvrir pour nous déblatérer des banalités ou des conneries, Chapiron a choisi de s'appliquer à la fermer.


Dog Pound de Kim Chapiron avec Adam Butcher et Shane Kippel (2010)

22 novembre 2010

A Serious Man

Après l'infâme Burn After Reading, je pensais en avoir fini avec les frères Coen. Mais en termine-t-on jamais avec ces deux-là ? Je dois commencer par le plus surprenant : j'ai vu A Serious Man en entier, sans que personne ne m'y force et sans me forcer moi-même. C'est déjà une prouesse. Pas de ma part, puisque ce n'était ni un pari ni un défi, c'est une prouesse de la part des frères Coen que de m'avoir tenu pendant une heure et demi sans que j'aie à me forcer, pour la première fois. Je dois avouer ne pas m'être tellement ennuyé. Je n'ai pas non plus été agacé à mort. Et je n'ai même pas eu envie de casser la gueule à quiconque. C'est peut-être parce que c'est celui de leurs films qui a le moins unanimement séduit la critique (habituellement entièrement dévouée au duo Coen et prompte à nous vendre leurs films les plus anodins comme autant d'indispensables), et pourtant il s'agit bel et bien d'un de leurs meilleurs à mes yeux (sachant que je suis extrêmement loin d'appeler ça un "bon" film). Cette œuvre n'est pas terrible mais elle est nettement supérieure à ce qu'ils font d'habitude. Pour ce qui est de l'histoire et de son traitement, le film m'a beaucoup fait repensé à Portnoy et son complexe de Philip Roth. La visée est un peu identique, qui consiste à raconter de l'intérieur la vie des intellectuels de la classe moyenne juive nord-américaine, complexés, égarés, divisés entre liberté et tradition, sexuellement malmenés, décalés, hypocondriaques et névrosés (rien à voir avec Woody Allen). Le truc c'est que ce film est beaucoup moins réussi que le roman de Roth. L'humour est à chier, comme quatre fois sur cinq avec les frères Couenne, tous les thèmes sont traités en surface, la mise en scène est inégale, et surtout on reste tout du long désespérément extérieur à la "sphère juive" que le film prend pour bastion, sans cesse repoussés dans nos tranchées goy par une légion de termes spécifiques du dialecte juif qui ne sont jamais expliqués et que l'on n'a donc jamais envie de comprendre. C'est peut-être ce qui se passe pour les Parisiens, ou pour les Lyonnais (qui restent "à part"), quand ils regardent un film de Guédiguian, ou pour prendre l'exemple d'un réalisateur moins pourri, un film de Pagnol, sans comprendre toutes les nuances du vocabulaire spécifique de la région PACA et ses saveurs délicieuses aux oreilles de ceux en qui ce dialecte et l'accent qui l'accompagne font rejaillir tout un monde. Il se peut que l'humour des Coen passe par des traits culturels de cet ordre-là, insaisissables pour certains d'entre nous.



Ceci dit, ça reste assez prenant. En tout cas le film a eu cet effet sur moi, et il m'a plutôt intéressé jusqu'au bout. J'ignore si c'est le fruit d'une intrigue assez étonnante au début du film et à la fin (et par contraste relativement insipide au milieu...), ou si c'est le résultat d'une narration très séquencée, qui agit comme une suite de sketches sans vannes, assez rythmés. Ou peut-être encore est-ce le personnage principal qui m'a servi de miroir et a permis mon identification cathartique, lui qui a l'air vidé de tout et qui semble propulsé dans un film raté sans avoir rien demandé et sans rien piger à l'univers des deux types qui racontent son histoire. Je cherche à piger ! Ou bien est-ce une fascination pour le duo que forment ce personnage et son cousin Arthur, qui vit sur le canapé du salon et qui ressemble à un dégénéré ? Côte-à-côte ils font immédiatement penser aux Coen eux-mêmes, avec à la clé une mise en abîme de derrière les fagots... Ou bien c'est peut-être dû à l'acteur principal, une sorte de Tom Hanks israëlien... En fait ce type, qui a un nom à pioncer dehors, Michael Stuhlbarg, et qui est déjà redevenu figurant, est un croisement entre Tom Hanks et Tom Everett Scott, qui jouait le rôle principal du seul film réalisé par Tom Hanks à ce jour, That Thing you do!, et qui ressemblait à la star multi-oscarisée sinon physiquement du moins par sa gestuelle, son jeu d'acteur. C'est même plus que ça, ce Michael Douchebag c'est un mélange fascinant entre Tom Hanks et Joaquin Phoenix. Véridique... J'ai quand même eu le temps de songer à tout ça pendant que je matais le film, d'affiner mes points de comparaison, de peser le pour et le contre et ainsi de suite. N'empêche que je suis allé au terme du long métrage. En tant que némésis humain des frères Coen, c'est tout de même fort de café ! Qu'on soit bien d'accord, le film ne m'a donc pas non plus emballé. Je l'ai trouvé mou, niais et pas mal chiant. C'est juste que par contraste avec leur casier judiciaire, y'a presque du mieux.


A Serious Man de Joel et Ethan Coen avec Michael Stuhlbarg (2010)

21 novembre 2010

Ma 6-T va crack-er

Ma 6-T va crack-er j'en ai vu que des petits bouts uniquement parce qu'il y avait Tabatha Cash dedans. A chier ou pas, aucune idée, mais rien que le titre me donnait envie de détester.


Après vérification : Tabatha Cash ne joue pas dans ce film mais dans un film de la même trempe, à peu près de la même époque : Raï. Par contre, j'ai vraiment regardé des bouts de ce film parce que je le confondais avec Raï et je croyais que j'allais y voir Tabatha. Con de moi...

Je rédige des critiques de films. Je suis journaliste. Je suis critique de cinéma.


Ma 6-T va crack-er de Jean-François Richet (1996)

Assaut sur le Central 13

Assaut sur le Central 13 est le remake d'un grand classique de John Carpenter. Je l'ai loué au Video-Futur en bas de chez moi, en plein déménagement, alors que je n'avais pas encore de connexion internet digne de ce nom, et que je ne pouvais pas me cultiver gratuitement. Je me rappelle donc parfaitement du contexte dans lequel je l'ai vu : par -30°C, en plein cagnard, assis en tailleur sur un vieux carton humide. Le film par contre : je ne me rappelle de rien. C'est très étrange d'ailleurs. A un moment je crois qu'il neige et en voyant ça je m'étais dit "Oh, vivement qu'il neige". Voilà. C'est tout ce dont je me souviens. J'ai donc payé 3€ pour cette merde, en partie parce que John Carpenter en avait dit, je cite, "Different movie, different time, same spirit". Mon cul ouais, c'était nul, Big John parlait surement de Spirit, l'étalon des Plaines !

C'est à compter de ce jour-là que je me suis méfié de Jean-François Richet...

J'écris des critiques de films.


Assaut sur le Central 13 de Jean-François Richet (2004)

20 novembre 2010

Celle que j'aime

Marc Lavoine, l'homme "aux mille coups de queue" (c'est comme ça qu'un second rôle le présente dans une scène-clé du film, sans savoir que ça tournait), interprète un designer graphiste embauché sur le mixage du film Arthur et les Minimerdes lorsqu'il fait la rencontre d'une maman divorcée jouée par Barbara Schulz, de 15 ans sa cadette, tristement dépourvue du charme qu'on connaissait jadis à cette très mauvaise actrice. Et elle a beau se trimballer en tenue d'Ève devant les mirettes écarquillées de son bambin d'un bout à l'autre du film, rien n'y fait, à part qu'on passe une partie de la séance à se demander à quel âge on s'est fait notre première seigue sur le dos de notre sœur aînée et à rêver de troncher nos propres pères et mères. En tout cas moi j'ai songé à ça, après chacun sa merde, et mieux vaut se répandre dans la sienne que se laisser tenter par celle du film. Voyez plutôt. Le rêve du personnage de Lavoine : "partir en vacances en Atlantique"... c'est dans le scénario, texto. Vaste espoir, et ambitieux, qui ne semble pas avoir mis la puce à l'oreille de Schulz quant aux capacités intellectuelles ultra réduites de ce vieux garçon à la voix rocailleuse de fumeur de barreaux de chaise. En parlant de voix brûlée par l'alcool et la clope, voici que débarque dans ce film à jeter aux lions un Gérard Darmon en pleine forme, celui que l'on surnomme "le fondu" dans le milieu, ou encore "Cigare Darmon". Chédar Darmon interprète le père du fils de Barbara Schulz, un enfant obèse, un sale petit merdeux qui a pour vocation de faire chier ses darons, or son daron c'est Darmon, qui se veut donc l'ex de Schulz, avec 42 ans de plus qu'elle au compteur. Il était déjà grand-père quand la mère de son futur enfant stagnait encore dans le canal de l'épididyme droit de son père, et le vrai malheur c'est qu'il fumera des mauves quand sa progéniture soufflera sa septième bougie en demandant : "Où est papa ? Où est mon vieux connard de père ?". Sa jeune maman lui répondra : "Il est clamsé, fils. J'ai toujours eu un goût prononcé et imprononçable pour les vieillards et pour le zob de ces messieurs. Je suis géronto et j'aime le zob". Et l'enfant médusé devra se raccrocher à son beau-papa, l'homme aux cent mille coups de queue, en stand-by ci-dessous :



A un moment du film, que j'ai envie de qualifier de "climax", Gérard Mormon affirme avec aplomb : "Je suis nutritionniste que je sache, il a pas de problème de poids que je sache Achille" (Achille étant le prénom nauséabond du fils, et je ne reviens pas sur la redondance des répliques du film), qui prouve que Darmon a besoin d'une sacrée révision de la part de son ophtalmologue et qu'il considère son rôle de père vraiment à la légère. Dans le même registre, et même sans être spécialiste de la branche professionnelle dite "des infographistes", le job privilégié des "puceaux du bas" selon mon père, je peux affirmer sans me tromper que si dans la vraie vie un type exerce cette profession comme le fait Lavoine, c'est un billet sans retour pour la tente rouge quechua de chien des quais. Cette succession de scènes et de dialogues aura eu ma peau au bout de 1537,2 mètres de métrage (soit 30 minutes et 30 secondes, grosso merdo). Elie Chouraqui, pauvre personnage, sache que ce soir tu t'es fait un ennemi tenace et rancunier. Tu me trouveras bientôt sur ton chemin, dans un bol de riz ou bien planqué au fond du mouton noir qui te sert de crane. J'aurai ton scalp !



Je me rends compte que j'oublie de parler d'une scène dont il faut que quelqu'un parle. Une scène typique de ces dizaines de comédies contemporaines françaises qui prennent le parti d'ériger des personnages féminins honteux et méprisables, souvent sous couvert de ce féminisme gluant qui mobilise les clébards de garde, sans que personne n'y réagisse jamais.

Dans cette scène absolument cruciale, centrale, exemplaire de Celle que j'aime, Barbara Schulz trouve une capote XXL à la fraise sous le siège passager de la bagnole de Marc Lavoine. En réalité, comme nous l'apprendrons plus tard et comme on s'en doute déjà depuis une heure, ce vieux condom usagé a été placé là par le fils prodigue de Schulz, qui veut foutre son nouveau beau-papa dans la merde pour l'évincer du cercle familial et, à terme, y réintégrer son père biologique, Gégé Darmon, qui aura donc la bagatelle de 85 ans quand son fils en aura 20 : gare au conflit, que dis-je, à la guerre de tranchées de génération qui s'annonce. Je sais que je me répète.




Schulz trouve donc l'objet en plastique mou dans lequel son propre fils de 10 ans terriblement machiavélique et en avance sur les choses de la nature s'est vidé de plusieurs centilitres de liquide séminal pour confondre son beau-papa. Les enfants terribles de Cocteau n'a jamais aussi bien porté son titre. Mais on peut accorder au gamin qu'observer sa mère, à peine sortie de l'adolescence, se balader dans le plus simple appareil à longueur de journée et se faire tirer par tous les vieux beaux du quartier a dû l'inciter à se pencher sur son propre appendice un peu avant l'âge normal, je vous laisse vous interroger sur le sort de tous ces tristes gosses de divorcés qui auront bientôt 30 ans et qui, névrosés à mort, vont plonger notre monde dans l'enfer qui maraboute leurs esprits corrompus.

Suite à la découverte de cette vieille capote humide, la mère de ce diable d'enfant tire les conclusions qui s'imposent et croit comprendre que son "mec" la trompe. Ulcérée, elle tend donc du bout des doigts l'objet du crime à Lavoine en lui demandant une explication, en plein repas du week-end de Pâques et à la barbe de plusieurs couples d'amis réunis pour l'occasion. Confus, mais arborant l'air coupable avec lequel il semble être né, Lavoine lui répond qu'il ne comprend rien et que de toute façon il est allergique à la fraise. Alors ni une ni deux Schulz lui amène un saladier de fraises ingénieusement prévu pour le dessert par la maîtresse de maison et elle lui ordonne d'en gober pour prouver son allergie. Lavoine oppose qu'il peut rapidement en mourir, qu'il faudra appeler le SAMU dès qu'il commencera à décéder, et puis, décidément très amoureux de cette connasse profonde, il s'apprête à y goûter au péril de sa vie et sous les cascades de rires de tous leurs amis, qui constituent ni plus ni moins une belle troupe d'enculés. Lavoine ne plie pas, bien que le voilà soudain un peu palot face à une fraise rougeâtre qui le toise sans broncher. Il finit par gober une poignée de ces fruits synonymes d'obsèques pour lui et commence ensuite à crever sérieusement. Désolée d'avoir attenté à la vie d'un homme, et désormais coupable de tentative d'homicide volontaire, Schulz l'emmène à l'hosto : il est sauvé. Malgré tout il s'en sort avec l'épiderme bien massacré et les anecdotes Allociné nous révèlent qu'il a suffi de ne pas maquiller Lavoine ce matin-là pour donner l'impression de découvrir un type très mal en point. Et c'est là qu'elle le demande en mariage pour s'être pratiquement suicidé aux fruits rouges devant elle.




Encore un personnage féminin détestablement con du coup. Mais surtout. Une question se pose. Elle vient seulement de se poser à moi alors que j'ai vu le film y'a un bail, et alors que cette scène hante mes pires cauchemars depuis tout ce temps. Schulz accuse Lavoine d'avoir utilisé une capote parfumée à la fraise avec une maîtresse quelconque. Et son argument contre la calomnie c'est qu'il ne peut pas manger de fraise sous peine d'y laisser sa vieille peau de croco. Donc indirectement et sans que personne dans l'assemblée ne s'en rende compte, Lavoine considère immédiatement que l'objet de son accusation et de toute cette méprise serait une pipe qu'il aurait lui-même prodiguée à un autre mec, et ça fait de lui une maxi pédale à deux doigts de se foutre à sac pour l'amour d'une femme. Pas faux ?


Celle que j'aime d'Elie Chouraqui avec Marc Lavoine et Barbara Schulz (2009)

19 novembre 2010

L'Etrange Noël de Mr Jack

Qui est passé à travers ? Qui n'a pas vu ce film ?! Personne... On a tous dans notre entourage un gothique mal dans sa peau qui nous a calfeutré devant ce dessin-animé à un moment de notre vie. Un moment particulièrement pénible, telle une épreuve que l'on croit devoir franchir avec son proche dans le cadre de sa cure de désintoxication. L'homme derrière ce brillant guet-apens, l'auteur de cet anti-stress pour grands malades n'est pourtant pas celui que l'on croit. Évacuez de vos tronches abîmées l'image désagréable d'un grand dadais aux lunettes teintées surmonté d'une serpillière dégueulasse en guise de cuir chevelu ; et imaginez plutôt un cadavre ambulant n'ayant jamais vu la lumière du jour, comme poussé dans l'ombre par le premier. Dit plus simplement : oubliez deux minutes Tim Burton et pensez donc à Henry Selick.

Henry Selick est le réalisateur de L’Étrange Noël de Jack Lang (A Christmas Carole before a Nightmare en VO). Et pourtant... Et pourtant c'est bien l'énorme nom de Tim Burton's qu'on voit sur l'affiche du film, et il faut avoir les yeux bien affutés pour lire, tout en bas et en bleu nuit sur bleu foncé, le doux patronyme d'Henry Selick, pourtant auteur de ce film, culte pour tout un tas d'enflures schizophrènes.



Henry Selick a attendu 16 ans et la parution de Coraline (œuvre phare pour les mêmes individus "à problèmes") pour véritablement sortir de l'ombre de son aïeul Tim Burton. Ce dernier a tendance à lui attribuer ses plus gros films merdeux. Ainsi, Big Fish, Charlie & la Chocolaterie, Animal l'Animal et Corpse Bride sont tous les quatre des films d'Henry Selick aux yeux bigleux de Tim Burton. Mais Étrange Noël de Mister Jack, L', est un film que Burton considère avoir réalisé, parce qu'il l'aime particulièrement, c'est son "bébé" répète t-il à longueurs d'interviews en arrondissant ses mains près de son cœur sans vie.



De son côté, Henry Selick a certes profité de la renommée de son cousin Tim Burton lors de la sortie de son premier film, en ayant bien conscience que son nom était très vendeur auprès de la jeune populace sous morphine, mais il en a ensuite pâti pendant de longues années... Et, si vous m'avez bien suivi, c'est cette injustice que je voulais ici mettre en lumière. Normalement, même en loupant quelques phrases et en me lisant en diagonale, vous avez cerné l'idée.


L'Etrange Noël de Mr Jack de Henry Selick (1993)

Je l'aimais

Ce film est naze et il est intensément chiant. Quand on adapte un livre d'Anna Gavalda en même temps... Les 22 premières minutes sont un calvaire, en partie (et en partie seulement, parce que les lauriers de la médiocrité reviennent principalement à la réalisatrice du film, Zabou Breitman), en partie à cause de Florence Loiret Caille. Avec cet individu pour concurrente on comprend que Mélanie Thierry s'en soit tirée avec le César de l'espoir féminin aux derniers Césars. Je crois que j'ai toujours trouvé Florence Loiret Caille navrante dans les rares films où j'ai un fantôme de souvenir d'elle. Mais là elle se caricature elle-même dans le registre de l'étudiante en sociologie qui ne se lave pas assez souvent et qui rate sa vie à cent à l'heure avec conviction, jeune greluche perdue aux cheveux gras qui tire la tronche et qui pèse des tonnes. On peut dire que le film de Breitman serait moins pourri s'il commençait à la 23ème minute (je ne sais plus pourquoi... les 23 premières minutes devaient être horribles pour que j'écrive ça) mais il faudrait encore de longs travaux de ravalement de façade pour améliorer tant soit peu ce gros navet. Et pourtant Daniel Auteuil sort le grand jeu comme à son habitude, et celle qui joue sa compagne, Marie-Josée Croze (de 20 ans sa cadette), se fout régulièrement à poil pour sauver les meubles. Mais rien n'y fait. Zabou Breitman est aux manettes, et tous les films que cette cinéaste cougar (MILF pour les adeptes du web gérontophile anglophone) réalise sont autant de hold-up en règle.



C'est l'histoire d'une jeune femme qui se fait larguer par son mari et qui se tire avec ses deux gosses pour se réfugier chez ses beaux-parents, les parents de son mari, parti pour une autre femme. Le beau-papa de la jeune mère esseulée décide de la cloîtrer dans un refuge campagnard pour lui raconter une histoire à glacer le sang : lui-même a laissé l'amour de sa vie (Marie-Josée Crozé) pour vivre une vie de cadavre exquis auprès de son épouse légitime. On a droit à une soupe froide et à de longues discussions d'entrepreneurs. En gros le message final : Si vous vous faîtes plaquer par l'amour de votre vie et qu'elle vous quitte parce qu'elle a trouvé un mec mieux gaulé et plein aux as, c'est pas plus mal. C'est pas une si mauvaise philosophie de vie quand je repense à un type dans le village de mon père qui la semaine dernière a envoyé une boule de pétanque au visage de son meilleur ami lors d'un concours de boules avant d'aller réduire sa propre casbah en miettes à coups de masse parce que sa "grosse", comme il est de coutume d'appeler amoureusement sa femme dans ce coin-là, vient de le quitter. J'espérais qu'à la fin de sa démonstration Daniel Auteuil allait sortir du refuge pour téléphoner à son putanier de fils adultère et lui dire texto : "TKT". Mais non, le film n'est jamais marrant. Ah si par contre au début du film Auteuil dit très sérieusement un truc marrant: "A dix ans j'avais déjà cette tête".



Ça, ce serait un film à faire : une sorte de Jack de Coppola avec Daniel, un Benji Button avec Auteuil ! Imaginez deux secondes un gosse de 10 piges avec cette trombine de malade. Faut que le gosse ait subi des trucs horribles pour trimballer cette cara de merde au CM2. Sans déconner regardez-moi cette tronche de rêve ! Visez un peu ce piaf de merde, ce profil d'ange, ce menton glabre, ces chicots d'argent, cette vieille trousse de tueur en série libre comme l'air ! Matez-moi cette ordure ! J'en suis baba...


Je l'aimais de Zabou Breitman avec Daniel Auteuil, Florence Loiret Caille et Marie-Josée Croze (2009)

18 novembre 2010

Tesis

Voici donc le thriller qui a fait connaître Alejandro Amenabar, réalisé avant Ouvre les yeux, où l'on voit une Ana Torrent thésarde en cinéma enquêter sur des snuff movies. C'est plutôt pas mal (enfin, j'ai pioncé au bout d'1h10, ça dure 2 plombes), et le film joue parfois intelligemment sur le désir de voir du spectateur, souvent refoulé au profit du hors-champs et du pouvoir de la suggestion qu'Amenabar utilise au profit de sa thèse à lui. Mais c'est pas non plus brillant, loin de là, autrement je me serais sûrement pas endormi mollement au cœur de l'intrigue. Ça fait surtout ultra daté comme film. Il est pourtant sorti en 1996, mais on a l'impression de voir un truc des années 70 ou 80, un vieux De Palma pourri de cette période par exemple. La bande-son affreuse (la zik du film est signée Amenabar himself) participe pas mal à cet effet daté qui n'est pas très heureux. Et Ana Torrent était drôlement mieux quand elle avait moins de 10 piges. Dans L'Esprit de la Ruche et Cria Cuervos, elle est belle à se damner. Haute comme trois pommes mais baisable comme c'est pas permis... Je me tâte à aller plus loin dans le "dérapage" pédéraste...


Tesis d'Alejandro Amenabar avec Ana Torrent et Eduardo Noriega (1996)

16 novembre 2010

La Fille du RER

C'est un des pires films d'André Téchiné, dont la filmographie est un bouquet de trous noirs dans la constellation de mon fion. En gros c'est une fiction ultra lourde, laide, stupide, chiante, grasse et conne sur le fait divers de cette fille qui a prétendu s'être fait attaquer par des antisémites dans le RER y'a quelques années, inventant toute cette histoire pour se faire remarquer suite à un autre cas, véridique celui-là, d'agression xénophobe dans le tromé. Rien que ce résumé de trois lignes c'est déjà une forme de mort, alors imaginez sur une heure et demi et avec toute une fiction bien puante autour. Et avec une Émilie Dequenne en petite forme, épaulée d'une flopée de comédiens réellement antisémites quant à eux, autant de seconds rôles détestables. Téchiné aura même osé rouler dans la boue une femme telle que Catherine Deneuve, contrainte de s'échiner à donner la réplique à un Michel Blanc libre comme l'air. Faut pas oublier que ce triste chauve a commencé sa carrière en jouant des puceaux maigrelets pour le Splendid, et c'est pas parce qu'en vieillissant ce fameux Laurent Blanc s'est mis à ressembler à Francis Heaulme qu'il faut lui accorder le crédit d'un comédien tragique. Il est, et restera, Michel Gland, l'homme à tête de zob le plus agaçant de tous les comiques troupiers. Bref je sais même pas pourquoi je m'en prends à ce pauvre Michel Blanc, c'est Téchiné qu'il faut lapider.



André Téchiné... Il est originaire de ma région mais jamais ça m'enlèvera l'envie de le massacrer (en tant que cinéaste et sur le papier, je reste non-violent). On endure ses films depuis des lustres, sans qu'ils n'obtiennent jamais de véritable succès, sans qu'ils ne vaillent jamais mieux que de sombres pets, et ça semble ne jamais devoir cesser. Ce type a un don pour faire des films qui captivent le spectateur malgré lui, prisonnier de récits nauséabonds et, quoiqu'il arrive, poussé à aller au bout de ces trop longs métrages, en dépit de réticences certaines et d'une lutte spirituelle contre l'esthétique et l'éthique d'un cinéaste envoûtant quoique profondément mauvais. J'emmerde Téchiné. Je l'emmerde. Je t'emmerde Téchiné !

Question : Sur l'affiche, elle a des collants Dequenne ? Ou elle est juste la seule meuf black de gambas et blafarde du reste ?


La Fille du RER d'André Téchiné avec Emilie Dequenne, Michel Blanc et Catherine Deneuve (2009)

12 novembre 2010

Swing Vote

Je n'ai pas vu ce film. Je ne le verrai jamais. Pourquoi ? Parce que j'en ai rien à foutre, comme tout le monde. C'est sûrement une comédie dramatique sportive comme seuls les ricains en ont le secret, un petit navet des familles destiné à remplir les bacs les plus mal achalandés sur le marché de Moissac le mardi matin, un pur "direct to dvd". Donc je le ne verrai pas et je n'en parlerai pas non plus. Dans ce cas pourquoi l'avoir choisi comme prétexte à cet article en forme d'éloge à Kevin Costner ? Pour son affiche. Visez un peu cette star du troisième âge qui fait la sortie des collèges au volant de sa Fiat Punto pour ramasser tout ce qui bouge. Avec une pareille gueule d'ange on lui donnerait le Bon Dieu sans confession alors que c'est le dernier des taulards. Jetez de nouveau un œil à ce sourire de gendre idéal, de papa poule, de grand-père à tomber par terre. Qui ne rêve pas de coucher avec lui ? Qui n'a jamais rêvé de se l'envoyer ? Moi j'en ai déjà rêvé et j'en rêve encore. J'aimerais me le "faire". Comme tout le monde. Ma petite sœur de 7 ans et ma mémé Visite (c'est son prénom) de 95 balais rêvent idem de se faire marrave par ce mec. Et moi itou. Preum's !



C'est de lui dont je veux parler et quitte à trouver un film étendard pour en causer autant prendre Swing Vote, dont le poster met si bien Costner en avant. Kevin Costner est une des mes idoles, et elles se comptent sur les doigts de la main. Je dirais que si mon majeur est Mel Gibson, l'idole parmi mes idoles, mon annulaire doit être Kevin Costner. Le reste de mes crayons se partagent la vedette entre Eric Rohmer, Marcel Proust et Shaggy. Si j'ai choisi le majeur et l'annulaire pour Mel Gibson et Kevin Costner, c'est que ces deux doigts-là sont particulièrement liés. Essayez de remuer votre majeur sans faire trembler votre annulaire : impossible. Ne le faîtes pas trop longtemps quand même, c'est l'erreur qu'a commise Claude Lelouch et depuis ses mirettes continuent de faire l'aller-retour. Pour en revenir à mes crayons, Mel Gibson a droit au plus grand de mes doigts, certes, celui que je tends à qui mieux mieux, mais Costner s'en tire avec le doigt qui porte l'alliance, et quand je parle de Costner je pense carrément à l'Allianz Arena, le stade multicolore du Bayern München. Si Gibson et Costner sont liés, c'est qu'ils ont suivi sensiblement le même parcours. D'abord stars de cinoche addicts aux tapis rouges qu'ils ont l'habitude de fouler en high heels, objets de tous les fantasmes sexuels de la planète, véritables godes humains, ils ont ensuite su passer à la mise en scène, et avec audace. C'est chose rare... Qui d'autre ? Clint Eastwood ? Michel Blanc ? Clint Eastwood ? Dany Boon ? Guillaume Canet ? Mais dans le cas de Gibson/Costner, ça n'est pas vain. Parce que leurs films, joués ou réalisés, sont de petits voire de grands chef-d'œuvres.



Kevlar Costner... Tout ce que je peux dire c'est wow. Kevin Costner définit le mot "acteur". Je veux dire, jetez un œil à ses sept derniers chef-d'œuvres. Il est LARGEMENT meilleur que n'importe quel autre acteur. Je supporterais pas d'être n'importe quel autre acteur quand Kevin est à l'affiche. Il a mis un sacré paquet de gens au chômage après une si belle carrière. Et le petit roi du comeback fracassant frappe encore ! J'ai pas vu Swing Vote mais sa performance dans Coast Guards était clairement sa meilleure depuis Waterworld. Ce film m'a fait aimer les gardes-côtes comme Bodyguard m'avait fait aimer les noirs. Souvenez-vous de la phrase de Hugh Grant sur le tapis rouge, qui déclarait : "Je vous demande de faire chapeau bas devant un professionnel prêt à jouer avec ces gens-là". Une fois par mois, je grille une après-midi de clebs devant les 4h30 de la version longue de Dances with wolves. J'allume un feu de camp au milieu de mon appart', j'éparpille un peu de foin autour de moi, je m'assieds sur une cagette et je laisse venir. J'admire Kevin dans ce film plus que dans tout autre, tantôt barbu tantôt lisse comme une couille, sympathisant avec les natifs Sioux et autres Pieds-tendres du Nord de l'Amérique. Costner a eu l'idée de ce film en renversant une famille d'indiens (la famille de Wes Studi) avec le pare-choc pare-buffles de son 4X4 Cherokee lors d'une virée de pêche à la grenade sur le territoire sacré d'une réserve d'Apaches. Le résultat, c'est une fresque inoubliable sur la conquête de l'Ouest et sur le génocide des indiens d'Amérique avec la musique inoubliable de John Barry pour requiem. Avec son premier film derrière la caméra, Costner s'inscrivait directement dans la lignée d'Howard Hawks et sa Captive aux yeux verts, à la suite du Little Big Mac d'Arthur Penn, dans la course à la vérité historique sur le massacre sans procès des Indiens par l'envahisseur blanc violent et xénophobe. Peut-être le plus beau film de l'histoire du cinéma ? Sept oscars à la clé, de quel droit le Titanic en méritait-il quatre de plus ? De quel droit ? D'où ?



Que dire qui n'ait pas déjà été dit sur Postman ? Tout, puisque rien n'a jamais été écrit sur ce film. Et pourtant c'est un excellent film. Pour sa seconde réalisation, Costner fait encore plus ambitieux puisqu'après s'être retourné avec brio sur la genèse d'une nation ("birth of a nation", en anglais) il s'aventure dans l'anticipation futuriste d'un monde où l'homme se fait rare et où un général d'armée auto-consacré gouverne en despote. Tel est le pitch de Postdam. Sur fond de décor futuriste et apocalyptique à la Mad Max, Kevin Costard nous raconte en fait une fois de plus la naissance d'une nation, la sienne, avec l'invention à retardement du Pony Express. Kevin "hard-boiled" Costner a encore frappé. Je sais que je dois être le seul, mais j'aime Postamn.



Open Range, le film suivant de notre étoile, m'a complètement largué. J'ai adoré le gameplay de Max Payne mais adapté au far west et sans pouvoir prendre les manettes je n'ai pas été séduit outre mesure. En fait ce qui me déçoit dans ce film c'est que Costner retourne à ses premières amours, le western, mais son nouvel opus fait très pâle figure comparé à son tout premier masterpiece. Et pourtant y'a Bob Duvall au casting. Néanmoins, même quand il foire complètement, Costner sait ravir ses fans et je suis le premier sur la liste. Au beau milieu du film il y a une scène d'averse dans la petite bourgade où nos cow-boys séjournent le temps de siffloter une bière bien tassée et sans faux col à la terrasse du saloon. Il pleut, il pleut et les chemins de terre qui servent de rue sont vite détrempés pour se transformer en énormes torrents de boue. Un fleuve rouge remplace alors les petites artères calmes du bourg et nos héros sont contraints de démonter le saloon pour en récupérer les planches qui leur serviront de ponts afin de passer d'un trottoir à l'autre sans se noyer dans le fleuve merdeux créé ex-nihilo par une averse imprévue qui sépare désormais les deux côtés de la rue pour aller se jeter directement dans le pacifique. Costner est si inventif ! Il est si débordant d'imagination que c'est une folie furieuse de création qui s'empare de lui à la moindre occasion. Ou quand une simple averse permet à Costner de faire un remake déguisé du célèbre Et au milieu coule une rivière, réalisé quelques années plus tôt par son rival et modèle dans la conquête du cœur des dames et des mecs : Robert Redford. Mais la séquence nous évoque aussi Titanic. Encore et toujours l'ombre de ce vieux James Cameron qui plane sur notre idole, l'enflure qui a volé 4 oscars à Costner en 1990.



Kevin Costner est mon idole. Je n'ai pas encore vu Modoc, son dernier rejeton, qui n'est pas encore sorti. Il s'agirait d'un biopic sur la vie du peintre Pollock. Ed Harris (autre grand acteur/réalisateur), ayant déjà tourné le biopic de l'artiste-peintre, Kevin Costner a semble-t-il décidé de ne pas renoncer et de mettre en scène sa vision personnelle de la vie du fameux artiste qui peignait avec ses doigts en changeant le titre pour de simples questions de copyright. Ou bien s'agit-il d'un préfixe semblable à celui de "mocumentaire" ? Costner aurait mis en scène une charge contre l'illustre peintre qui peignait littéralement avec ses mokos ? Autre exemple de la hardiesse de Costner, il choisit le titre "Modoc" malgré les conseils de ses distributeurs français, qui l'ont averti des dangers de choisir un titre pareil, triste synthèse des mots "Médoc" et, précisément, "Moko", jugés par le CNC comme faisant partie des 10 mots les moins vendeurs en tête d'affiche des cinémas multiplexes de l'hexagone, juste derrière "vié", "teuch" et "zgegos" (aux États-Unis une enquête prouve que les mots bannis des frontons des multiplexes sont "black", "booty" et  "on wheels").



Je vous demande de vous lever pour cet icône du cinématographe, cet homme qui résume à lui seul le 7ème Art, ce prix nobel du sexe et de la paix : Cabin Costner, l'homme qui, dernière défiance, ose tourner le dos et son gros cul d'enfer (taffé en salle de muscu pour être immortalisé dans le plus beau plan de Danse avec les leups) à ce cinéma-là qui l'a fait, pour se consacrer corps et âme à sa gratte, à son banjo et à son gros micro.


Swing Vote de Joshua Michael Stern avec Kevin Costner (2008)

Synecdoche New-York

C'est le dernier film en date de Charlie Kaufman, qui a pour meilleur ami Spike Jonze (Kaufman a écrit pour lui les scénarios d'Adaptation et Dans la peau de John Malkovitch), et pour concubin Michel Gondry (il a aussi écrit Human nature et Eternal Shoeshine). Or s'il est vrai que vos amitiés en disent long sur vous, ce que vous accouchez quand on vous calfeutre devant une feuille blanche finit de dresser votre portrait. Et que dire de l'autoportrait ultra vitriolé que nous adresse ainsi régulièrement Karlie Chaufman... Une pluie de "mind fuck" et d'histoires à pioncer debout, un imaginaire souffreteux de geek attardé, une suite de mises en abîmes oniriques et de personnages moribonds. Sauf que là il parachève son œuvre : Synecdoche New-York, c'est son bébé à lui, tout entier à lui, écrit ET réalisé par lui. Donc j'avais les foies en m'apprêtant à le mater. Kaufman a certes peut-être parfois de bonnes idées de départ mais il écrit toujours des scripts qui s'avèrent foireux "au finish", et qui donnent systématiquement lieu à de grosses enculades cinématographiques. Néanmoins j'étais curieux à l'approche de ce film-là, principalement à cause du pitch, que je vous copie-colle ci-dessous en direct de Wikipédia.




Caden Connard, metteur en scène de théâtre, est en train de monter une nouvelle pièce. Mais travailler pour un public de petits vieux aux portes de la mort dans l'obscur théâtre attaqué par les mites d'une banlieue de New York assez malfamée lui paraît bien terne. Tu m'étonnes. Sa femme, Adele, l'a quitté pour poursuivre sa carrière de peintre en bâtiment à Berlin, emmenant avec elle leur petite fille, Toundra. Madeleine, sa psy, est plus occupée à faire la promo de son nouveau livre "essentiel" (dit-elle) sur les huiles essentielles qu'à soulager ses angoisses. Suite à toutes ces déconvenues, Caden a quand même eu une aventure, mais sa liaison avec une belle et naïve jeune femme, nommée Eden Hazard, a tourné court. Et il est rongé par une mystérieuse maladie douloureuse et incurable qui s'attaque directement à son système nerveux.

Pressé par la peur de mourir prématurément, peur légitime car il va bel et bien mourir prématurément, Caden décide alors de tout quitter. Aspirant à créer une œuvre d'une intégrité absolue, il rassemble quelques comédiens dans un entrepôt de New York. Il les met en scène dans une célébration de l'ordinaire, demandant à chacun de vivre une vie artificielle dans une maquette de la ville.



Il faut être un beau con pour se laisser attirer par un script pareil. J'ai maté vingt minutes du film au bas mot. J'ai donc seulement vu la partie en gras du résumé, la partie émergée de l'iceberg, suffisamment terrifiante et déprimante pour me faire virer de bord de peur de m'empaler sur la partie immergée du merdier avant de couler à pic comme un vieux paquebot. La seconde partie est pourtant censée être un peu plus lumineuse, d'après le résumé, d'après l'affiche (j'ai rien vu de tout ça, et franchement je doute que ce soit dans le film), mais pour y avoir droit il faut passer outre la première demi heure qui s'acharne à pousser le spectateur à la dépression la plus carabinée qui soit. C'est in-sou-te-nable.



On passe trente interminables minutes à fixer du regard le gros Philip Seymour Hoffman, doté d'une voix venue des tréfonds de son propre slip sale, qui baragouine lentement des mots incomplets, lesquels ont bien du mal à trouver un chemin non-obstrué hors de son corps, et on écoute ses inepties la mort dans l'âme, confondu par le spectacle dévoyant de cet acteur qui incarne sans forcer un personnage à qui il n'arrive que merdes sur merdes dans son pavillon triste, hanté par sa femme et sa fille qui le font sans cesse chier à force d'être ultra connes et lourdes à mourir, mais qui ont le mérite d'être près de lui quelques heures encore, avant de foutre le camp pour le laisser seul avec son cancer. Et Seymort Offman va d'hôpital en hôpital pour apprendre qu'il est malade et qu'il va crever sous peu, pense donc à la mort, et explique à sa fille endormie les veines et le sang, et les maladies, et la mort qui frappe ensuite... C'est un Woody Allen plus que sombre que la moyenne et sans la moindre vanne à l'horizon, si vous préférez, ou un Bergman sans personne derrière la caméra, sans idées et sans talent. Y'a de quoi crever en matant ce truc. J'ai senti naître deux ou trois ulcères au fond de mon estomac en une trentaine de minutes, et j'ai plein de grains de beauté sous les aisselles depuis que j'ai éteint ma télé. Je pisse aussi cramoisi. J'en ai parlé à mon médecin, je lui ai dit que mes selles étaient bleu blanc rouge, il m'a dit que j'allais voter Le Pen alors que pas du tout, je dois juste être très malade. En tout cas je vais pas au top.

Je défie quiconque de lancer ce film sans être pris d'un cafard de tous les diables, d'un bourdon à crever la gueule ouverte. Je tends mon doigt à Charlie Kaufman et à son Sinecdochié New-York. C'était mon troisième film estampillé Kaufman et comme par hasard c'est la troisième fois que je bats le record d'apnée dans ma baignoire, sans que personne ne le sache. Je file un mauvais coton.


Synecdoche New-York de Charlie Kaufman avec Philip Seymour Hoffman (2009)

11 novembre 2010

The New Daughter (Instinct de survie)

A coup sûr, ce film aura bientôt une place de choix dans un coffret dvd estampillé "Les Indispensables K COSTNER", aux côtés de Bodyguard et de Dragonfly. L'acteur est ici à son apogée. Pour tous les fans du bonhomme, The New Daughter est un immanquable. Costner y incarne un écrivain en manque d'inspiration, fraîchement divorcé, qui se retrouve seul avec ses deux gosses dans une immense maison de 4 étages et 950m², en pleine cambrousse, non loin d'une butte funéraire maléfique. Sans jamais quitter ses lunettes à cordon et son blue-jean défraîchi, il devra gérer sa fille (jouée par la jeune actrice du Labyrinthe de Paname en plein âge ingrat), une ado à problèmes qui, consécutivement au déménageot, commence à avoir un comportement très chelou.




Il faut vraiment voir Costner essayer d'être le papa modèle, partir à la recherche d'un chat disparu, courir sous la pluie en évitant chaque gouttes... Il faut l'admirer lorsqu'il tente de gérer son fils qui a trouvé un gros fusil dans un placard ou quand, poussé dans ses derniers retranchements, il enrage contre sa fille, tout en retenue, en se contentant de foutre de surprenants coups de poings ou de tête dans murs et embrasures de portes (dont on se demande s'ils ne sont pas simplement les gestes d'humeur d'un acteur qui ne se sent pas à sa place). Il faut aussi le contempler en train de naviguer de pages wikipédia en pages wikipédia, comme une âme en peine, après avoir entré une série de mots dans google à vous glacer le sang, exprimant son mal-être de père incompris, lors d'une terrible scène réalisée tout en jump-cuts surprenants ; mais aussi faire la vaisselle, la cuisine, avec un torchon sur l'épaule qui le gène clairement dans chacun de ses gestes, etc...




C'est un véritable festival Kevin Costner. Il est de tous les plans, et tout le long du film il traine sa tronche d'acteur andropausé à cause de prouesses sexuelles qu'il regrette amèrement maintenant qu'il regarde son gland irréversiblement abimé. Il porte ses lunette de presbyte comme pas deux, tel un fardeau d'une vie trop remplie, tel un totem lors de ses déplacements erratiques dans la forêt désolée entourant sa maison isolée, tel un mojo. Ce film a tout du film alimentaire, mais il lui a volé trois mois de sa vie et ce constat se lit sur son visage, à chaque plan, sur chacune de ses rides, sur chacun des rares cheveux qui poussent encore sur le sommet de son crâne. On a là un aperçu terrible du quotidien d'un acteur à la dérive, dont les seules passions se trouvent désormais loin des caméras, à savoir : sa gratte, son sombrero et son micro.


The New Daughter (Instinct de survie) de Luis Berdejo avec Kevin Costner et Ivana Baquero (2010)

Mr. Nobody

Ok c'est de la merde. Oui c'est de la merde. Vous le pensez, je le pense, nous le pensons. On sait tous que ce film à trois milliards de dollars la minute a plongé le monde dans la crise. Une crise sans précédent. Bien sûr le résultat, ce pensum anti-vieux ultra léché, n'est pas à la hauteur des promesses. Bien sûr qu'on a tous détesté. Évidemment qu'à Cannes ça n'a pas fait le foin escompté. Pour sûr que c'est le pire film flamenco-états-uniens. Mais bordel, mais putain de bordel, on est là en présence du premier long hollywoodien réalisé par un authentique handicapé mental. Jaco Van Dormael est de source sûre le premier déficient mental à s'être vu offrir dix années de tournage et trente milliards de dollars de budget pour torcher un film à la noix. J'ai bien un cousin trépané (Antoine de son prénom, mais on le surnomme J-P), qui vieillit dans le bel asile de Montfavet, et pour qui on organise régulièrement des "ateliers artistiques", où il s'agit le jeudi après-midi de gâcher des toiles en peignant avec ses mokos, façon Pollock dégénéré (le mardi, un jour sur deux, est consacré à l'art de la sculpture et en général ça se termine avec une demi douzaine de moules de bites en glaise en guise de porte-cigare). Bon, c'est pas mal, ça permet de canaliser les gens comme lui, et de focaliser leur énergie de dingue sur des trucs pas trop cons. Je suis pour. J'ai un cousin dans ce cas de figure, je côtoie le problème de près, ça me touche, ça me concerne, je me sens concerné et je prends parti. Je défends les handicapés à ma petite mesure. Mais laissons-là mon cousin et revenons au cas Jaco Van Dormael (mon cousin, qui en est fana, prononce son nom Jacbo Ban Bordel sans omettre de cracher sur tout ce qui l'entoure avec son élégance naturelle de génie pas fini), pour en revenir à lui donc, l'atelier artistique a pris des proportions inédites, de celles qu'on réserve aux seuls gosses de riche du tout Hollywood. Que vient foutre un belge bercé à même le mur à la tête d'une telle entreprise ? Je l'ai adoré quand il a joué son propre rôle dans Le Huitième jour, son film, son bébé, je l'adore, c'est pas la question. Mais qu'on ait osé filer autant de blé à un déficient, ça ne laisse pas d'étonner... Quelque part c'est magnifique et ça redonne foi en l'humain.



Bien sûr, ça reste pas mal comme film, ça reste louable, quand on sait que c'est un invalide de guerre qui l'a réalisé. Mais à quoi bon, diront certains. Pour quoi faire ? A qui ça profite au final ? A part rendre heureux deux secondes un homme difficilement capable de faire la part des choses. Néanmoins c'est déjà beaucoup, et c'est quasi un chef-d'œuvre dans le monde parallèle de Montfavet. Je les ai vus se lever à la fin de la projo et applaudir, certains des deux pieds ! C'est une référence de choix dans l'éventail des "retard movies", il trône au milieu des œuvres de Canet, Tarantino et Nolan. Un autre Belge lui vole cependant la vedette : Denis Podalydes, avec sa trilogie des chambres vertes, jaunes et bleues. Enflure.


Mr. Nobody de Jaco Van Dormael avec Jared Leto (2010)

10 novembre 2010

Black Dynamite

On m'a dit : "Va le voir !". J'y suis pas allé. J'ai sagement attendu qu'il sorte en dvd-rip. On m'a dit : "C'est le genre de film à mater avec plein de potes, noirs de préférence, et avec plein de bières !". Je l'ai maté seul, blanc-bec, sobre comme un chameau, sans boire une goutte d'eau. Résultat des courses, je me suis pas pris au jeu, je me suis pas poilé et j'ai trouvé ça à chier. J'aurais dû le mater dans les conditions adéquates, c'est de ma faute. Je m'en veux. On tient là la meilleure comédie du siècle, une comédie de fou, un film déjà culte avant d'être réalisé, une référence ! Et j'ai pas été foutu de me foutre dans les conditions sine qua none pour l'apprécier. Guilty as charged de pas avoir le moindre copain black, ni la moindre connaissance basanée, et de préférer le thé vert et la Contrex à la Kro. Ce film fait résolument partie des films "à voir avec...".




On en connaît tous un rayon de ces films "à voir avec...". On a tous des potes qui nous disent : "Ah t'as pas aimé ?? Ouais mais moi je l'ai vu avec...". Exemple : en février dernier, un ami de retour de Chamonix me causait de Shining. Un film que j'ai trouvé assez surfait. Immédiatement mon collègue lève le doigt : "Je t'arrête. Moi je l'ai vu dans un hôtel immense à la montagne, et mon père a littéralement grillé un câble le week-end où on a été interdits de chasse-neige par une tempête de tous les diables. Il s'en est pris physiquement à chaque employé de l'hôtel. Puis à maman. J'ai eu les foies de ma vie. Et rebelote en matant ce film de dingue du coup, le dimanche soir avant de plier les voiles". Petit désaccord entre nous. J'ai jamais obtenu ma première étoile et mon père a toujours été schizo : à l'ouest rien de nouveau pour moi. Faut dire aussi que le désaccord était peut-être finalement plus profond que ça. Quand mon ami m'a causé d'un dénommé Jacques Nicholson, j'avoue avoir été semé dans la conversation. La vérité c'est que je me suis planté de torrent et j'ai téléchargé la version writer's cut supervisée par le King himself : Elvis Presley, l'auteur du fameux roman, qui n'avait pas apprécié la version du dénommé Kubrick, cinéaste apparemment célèbre dont mon tepo m'a appris l'existence, version en réalité officielle et soi-disant magnifiée par le Jacques Nicholson en question. Petit anachronisme supplémentaire : son "Shining" à lui ne prend qu'un N, le mien je crois bien qu'il en compte deux. "Shining", "Shinning", la différence est maigre et je me suis laissé prendre au piège des faux-amis.




Autre exemple, autre époque. Je suis au collège, retour au bahut. 1996 : Speed enflamme les grands écrans, mais me laisse de marbre. Dans la cour de récré en revanche, c'est LE film à voir. Et l'un de mes potes a été particulièrement bouleversé, pour ne pas dire traumatisé, par ce long métrage tout feu tout flamme. Imbroglio entre nous. J'ai détesté ; il est marqué, physiquement même, par les traces du film de Jan de Bont. Faut avouer que quand il l'a vu son slibard contenait autant de traces de frein qu'il y en a dans le film, mais tout le monde n'a pas eu la chance de mater ce film dans un bus à grande vitesse à deux doigts de cramer.




Idem pour 7 piges au Tibet. Qui peut se targuer de l'avoir maté dans un bivouac, le cul suspendu face à un précipice de six kilomètres de profondeur ? C'est ce qu'il faut pour apprécier. Sans ça, on reste extérieur à la magie du cinéma. Et le top c'est que lorsqu'on parvient à réunir de telles conditions, on peut presque se passer du film, parce que mater la mort droit dans les yeux, c'est aussi une sacrée expérience.




Un dernier exemple pour la route : Délivrance, de John Boorman, un patronyme qui aurait très bien convenu à mon tonton Rolland. Le jour où j'ai maté ce film sans rémission, ce film de ceux qui laissent les plaies ouvertes, et qui ont la volonté de ne pas permettre le deuil, mon tonton Rolland m'a enculé. Donc on peut dire que j'étais "dedans". J'arrêtais pas de gueuler : "Chuis dedans !". Depuis c'est mon film de chevet. Et il a un pouvoir immersif de taré, si je l'avais vu en 3D c'était tout comme. Faîtes-vous enculer par vos oncles et matez-le, je vous garantis le pied.


Black Dynamite de Scott Sanders avec Michael Jai White et Tommy Davidson (2010)