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4 août 2020

Jurassic World : Fallen Kingdom

Maté ! Faisons le point sur JFK aka Jurassic world Fallen Kingdom, le royaume déchu du monde jurassique. Ce cinquième volet des aventures de Jurassic part bille en tête avec trois thématiques a priori intéressantes : la génétique et ses dérives, les droits des animaux, et l'extinction des dinosaures. Le premier thème avait déjà été abordé par Monsieur Steven Spielberg en 1993 mais il y avait moyen d'aller plus loin encore puisque le scénario de ce dernier opus nous cause de croisements entre espèces et on y retrouve même une petite fille clonée ! Le deuxième thème avait également été abordé par Spielby dans l'épisode numéro 2 mais il y avait encore moyen d'aller plus loin puisque l'on s'intéresse ici à l'attachement affectif entre un humain et un dinosaure singulier. Le troisième thème n'avait quant à lui jamais vraiment été abordé. A partir de ce constat, je me lançais à corps perdu dans le film de Juan Antonio Bayona, un cinéaste qui avait déjà été très lourdement associé à tonton Spielberg à la sortie du pourtant très mauvais The Impossible.




A la sortie de la séance, je fais le bilan. Outre que le film est hyper mauvais et traite super mal tout ce qui est rythme, timing, suspense, mort des méchants et création de tension dramatique, il laisse hélas ces trois thématiques très intéressantes s'abîmer dans un océan de merde noire. La génétique n'est abordée qu'incidemment et, au final, on n'a aucun dilemme moral réel et aucune véritable remise en question des expérimentations. Les droits des animaux ne sont pas davantage traités : il y a simplement le dialogue "On ne peut pas les laisser mourir" qui revient deux fois, toujours suivi d'un haussement d'épaules et, à la fin, on les laisse tous s'échapper dans la nature. L'extinction des dinos, à la limite, donne lieu à une séquence catastrophe à la Roland Emmerich suivie par un plan façon Kapo où l'on voit un brachiosaure brûler sur un quai, la lave l'ayant rattrapé avant l'arrivée salvatrice du train ("sortez vos mouchoirs !"). A part ça, on a droit aux poncifs : il y a un enfant insupportable qui fait chier tout son monde, les méchants capitalistes finissent par se faire bouffer par leurs créations monstrueuses (à la différence des producteurs de cette énième saloperie), et les geeks sont encore une fois bien utiles aux aventuriers. A fuir.


Jurassic World : Fallen Kingdom de Juan Antonio Bayona avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard et Rafe Spall (2018)

6 novembre 2016

Independence Day : Resurgence

Si vous avez une quelconque curiosité pour le Mal, vous devrez regarder ce film un jour ou l'autre. Independence Day : Resurgence compte parmi les plus grands maléfices commis de main d'homme. Et on doit ce prodige, peut-être le pire film du monde ?, à Roland Emmerich, qui rempile vingt ans après le premier film du nom, pour vingt fois plus de destruction, vingt fois plus d'effets spéciaux, vingt fois plus de conneries à la seconde de métrage (c'est possible). Ce film est quasiment incompréhensible à force d'être mal écrit. On ne pige rien tant c'est con. Si vous ne l'avez pas vu, vous ne pouvez pas imaginer. C'est impossible. Et c'est pas seulement que c'est écrit à la truelle, que les personnages sont des clichés abominables, les dialogues misérables et la mise en scène à s'asseoir sur des grenades dégoupillées, c'est au-delà de ça, c'est presque de la magie de foirer un film à ce point.






Ci-dessus quelques photogrammes de la fin du film. Je reste fasciné par l'incommensurable laideur des plans de Roland Emmerich. Ses incrustations sont tellement dégueulasses. Il nous avait déjà livré quelques monstruosités visuelles dans 2012 et je crois qu'il a encore poussé la barre un peu plus loin ici. Ah tiens, je n'ai pas dit un mot de l'histoire. En gros, les méchants aliens reviennent vingt ans plus tard. Juste avant leur arrivée, un vaisseau alien d'une autre race est venu nous aider, mais les chefs des gouvernements du monde ont décidé, en deux seconde chrono, sans raison ni justificatif de domicile, de leur tirer dessus. Du coup l'humanité doit subir une autre attaque des salopards (à laquelle ils réagissent exactement comme vingt ans plus tôt : à coups d'avions de chasse et de Bill Pullman, qui rempile aux côtés de Jeff Goldblum, parmi quelques nouveaux, dont Charlotte Gainsbourg et Liam Hemsworth, frère de Chris, ici dans le rôle de la tête brûlée horripilante, la même que celle incarnée par Charlie Hunnam dans Pacific Rim et tant d'autres daubes du genre). Tout cela bien sûr avant de piger que la petite boule blanche venue au début, et qui s'avère parler un excellent anglais (elle cause comme la voix digitale de la SNCF), leur veut du bien, et veut même faire des humains ses soldats pour aller botter le cul des méchants extra-terrestres chez eux. Ce qui nous vaut une dernière réplique digne des meilleures saillies de Donald Trump : "We're gonna kick some alien ass !", annonçant avec fracas la suite de cette suite... promesse d'un spectacle aux confins de l'imaginaire et de la merde.


Independence Day : Resurgence de Roland Emmerich avec Bill Pullman, Liam Hemsworth, Charlotte Gainsbourg, Jeff Goldblum et Maika Monroe (2016)

19 février 2015

Avant d'aller dormir

Bien tenté. Rowan Joffé, comme blaze, c’est bien tenté. Le gars s’est dit qu’en se donnant un prénom très proche de celui de son père cinéaste, palmé à Cannes en 86 pour Mission, j’ai nommé Roland Joffé, il créerait le doute et, sur quelques malentendus, pourrait au mieux monter les marches à Cannes, au pire passer preums dans la file d’attente de L’Entrecôte. C’est bien tenté. Roland Joffé, Rowan Joffé, avouez qu’on se laisse facilement avoir, et nul doute que les films du second auront gagné trois ou quatre entrées grâce à des spectateurs inattentifs (moi-même j’ai regardé le film en croyant découvrir le nouveau bébé du papa de Vatew). Mais il fallait carrément changer de blaze et en choisir un plus vendeur ! Je sais pas moi… Terrence Mawick peut-être, ou Cristopher Nowan. Rowan a déjà piqué le script de Memento, il pouvait aussi tirer son patronyme complet au nouveau pape d’Hollywood.




Ceci dit Avant d’aller pioncer porte bien son titre : le film n’empêchera personne de dormir. Il raconte l’histoire de Christine (Nicole Kidman), quarante ans, amnésique. Tous les matins elle se réveille à poil et a tout oublié. Tous les matins, son mari, qui est du genre patient, lui explique avant d’aller au boulot comment elle s’appelle, où elle vit, qui il est, ce qui lui est arrivé, et ainsi de suite, aidé par une foule de post-it et de photographies accrochés sur tous les murs. Et chaque soir, une fois endormie, Christine oublie tout. Rowan Joffé ne manque pas de mémoire quant à lui puisqu’il mise donc tout, d'une part, sur les belles sonorités de son nom, empruntées à celui de son père, cinéaste britannique quant à lui depuis longtemps oublié, et d'autre part sur le script du premier grand succès de Nolan (en réalité le film est adapté d'un best-seller, pas fou...), mais aussi sur ses propres wet dreams de Nicole Kidman : le tout premier plan est un clin d’œil à l’un des plus fameux du film Les Autres, et trente secondes plus tard Nicole Kidman (ou une doublure ?) se trimballe cul nu, de dos, dans sa salle de bain, ce qui ne peut manquer de nous rappeler (en mode nostalge...) la première image, inoubliable, de l'Eyes Wide Shut de Kubrick.




Autour d’une Kidman qui ne sait plus où s’acheter des cheveux pour les rabattre sur ses joues et sur son front histoire de cacher la misère, rôdent Colin Firth, dans le rôle du mari, et Mark Strong, dans celui du médecin, et tout le film, qui est un thriller mou du genou, consistera à nous faire douter de l’un et de l’autre. Christine est certes amnésique mais elle l’est depuis une agression aussi barbare que mystérieuse et, manifestement, on lui cache des trucs. Chaque jour, elle s’enregistre dans des vidéos qui lui servent de journal, afin de se remémorer ses découvertes le lendemain et d'avancer dans son enquête. Mais je ne vais pas vous dévoiler le fin mot, on ne sait jamais, des fois que vous en auriez quelque chose à foutre… En même temps, à part moi, seuls les lecteurs du bouquin à succès verront le film, et ils n'auront même pas la vague curiosité de découvrir le dénouement pour les maintenir vivants jusqu'au bout. Oublions Rowan Joffé, et inutile de coller un post-it sur la tête de lit pour se souvenir de lui demain ! A quand, en revanche, le premier film de Rowan Emmerich ?


Avant d'aller dormir de Rowan Joffe, avec Nicole Kidman, Colin Firth et Mark Strong (2014)

10 mai 2014

Pompéi

Critique IRT (in real time) de Pompeii (prononcez « Pompé2i », comme «M2iB»). Critique IRT donc d’un film IRT. Oui car je l’ignorais mais Kiefer Sutherland joue dans ce film, et l’acteur réclame que tout ce qu’il tourne soit découpé en 24 épisodes d’une heure (dont 18 minutes de pub aux USA) et se déroule IRT. Paul W. S. Anderson, le réalisateur, n’a pas pu obtenir des studios de faire durer le film un jour, mais il a vite soulagé son acteur en obtenant de ses financiers que le récit s’étende grosso modo sur 24 heures de temps et que le film soit tourné de manière à donner l’impression au spectateur qu'il se déroule en temps réel. On a même droit, à intervalles réguliers, à la petite horloge jaune sur fond noir qui vient interrompre l’action pour décompter les secondes avec cet effet sonore aussi insupportable qu’inoubliable, imitant autant le tic-tact d’une bombe à retardement que les battements d’un cœur sous 700 bars de pression : skun-tcha, skoun-tcha ; skun-tcha, skoun-tcha, ad libitum.


"Mate un de mes films, Sátántangó par exemple, ça va te buter et j'aurai la paix fumier..."

Kiefer Sutherland incarne le grand méchant du film, à la tête d’une légion romaine qui, dans l’introduction, massacre un campement de rebelles celtes, une tribu d’adorateurs des chevaux et des cheveux, donc des écolos, donc des gentils. Un petit garçon est évidemment témoin de tout ça et voit, au ralenti, son père et sa mère se faire tuer. Il se réveille le lendemain du génocide (car il sera le dernier de sa lignée, c'est toujours plus terrible) sous un tas de cadavres et finit planté, les sourcils froncés, devant un bel arbre où les romains ont mis ses ancêtres à sécher comme des sauciflards humains. Séquence suivante, deux gros lards de romains à bouclettes en toges violettes, avec du laurier dans les oreilles et un grain de raisin au bout de chaque crayon, matent des combats de gladiateurs dans un semblant d’arène en plein cœur de Londinium. « J’en ai raaaaaaaaas le cul de ces Thraces de merde, je veux du nouveau ! », déclare le plus laid des deux. Soit mais fallait pas jouer dans un péplum vérolé qui prend ses bases sur l’ouverture du script de Conan le barbare, qu’on croit revoir vingt ans après, remaké par des bras cassés dans une esthétique hideuse qui croit devoir s’inspirer du 300 de Zack Snyder, et surtout avec un sérieux pitoyable aux antipodes des excès ironiques et bravaches de John Milius, qui faisait tuer un chameau innocent à son Schwarzenneger d’un seul coup de poing idéalement placé pour mieux nous dérider. Au lieu de ça, Paul W. S. Anderson espère nous identifier à un énième idiot du village comme Hollywood nous en fournit tant ces derniers temps, j’ai nommé Kit Harington, surnommé tout au long du film "le Celte". Son entrée en scène, qui est aussi son entrée dans l’arène, pectoraux luisants toutes voiles au vent et barbe de trois jours finement taillée à la serpe, ainsi que les gros plans sur sa tronche de cake en train de hurler au ralenti en filant des coups d’épée dans ses dix adversaires balayés en deux temps trois mouvements, donnent le ton. Comment peut-on encore tourner des conneries pareilles ?


Ce type-là, marchand d'esclaves couard et perfide, qui soudoie un garde pour monter seul dans un bateau au moment de l'éruption, finit par recevoir une énorme boule de feu sur les anglaises.

Troisième séquence et le Celte, ce débile profond, prénommé Milo (non, pas comme Michael Caine dans Le Limier, plutôt comme un clebs de compagnie), réduit en esclavage et tiré à l’aide d’une chaîne par un type désagréable qui grogne à chaque fois qu’il donne un petit coup sec sur ladite chaîne, va soigner un cheval blessé (en fait lui rompre la nuque d’un coup sec pour abréger ses souffrances). Dame Cassia, pintade locale jouée par une Emily Browning tout simplement effrayante, aime aussi beaucoup les chevaux (comme on le verra plus tard dans une belle scène aux côtés de son fidèle écuyer noir, Félix, qui sera la première victime du volcan ; on ne peut pas tout faire, être un valet noir de troisième zone dans un grand spectacle hollywoodien et espérer survivre à la première demi heure), descend de son carrosse et vient aider l’esclave celte à tenir le canasson pour qu’il puisse lui rompre l’anévrisme sans difficulté, tombant aussitôt amoureuse de ce bellâtre au grand cœur et aux gros muscles. Après une bagarre de chambrée entre notre Celte et un Thrace très costaud (pas jouasse depuis que son nouveau coloc a tué son frère, prénommé Female, dans un combat de cage), Milo fait la rencontre d’Atticus (non, pas comme Gregory Peck dans To Kill a mockingbird, plutôt comme un esclave noir). Atticus est un gigantesque esclave, noir. Scarifié, les yeux écarquillés dès qu'il cause et la voix sortie en ligne droite des tréfonds de son propre slip (alors qu’il n’en porte pas), notre gladiateur émérite est interprété par Adewale Akinnuoye-Agbaje (qui non content d’avoir un nom compte putain de triple au Scrabble, joue la comédie comme quand on a quatre ans et demi et qu’on fait semblant d’être méchant, donc toujours très énervé, dents serrées et grimace merdique à la clé). Et pendant ce temps le volcan commence à se réveiller en douceur.


Je me demande si un seul type dans l'histoire de l'humanité a déjà parlé en faisant cette moue, même un type vraiment furax.

Chaque réplique qu’échangent Milo et Atticus est un délice d’innovation. « Ne t’inquiète pas le Celte, si je voulais te tuer, je l’aurais déjà fait ». Bien envoyé. Dans les dents. D’ailleurs tous ces gens ont des dents parfaites, d’une blancheur éclatante, divinement alignées, fou pour des esclaves et pour l’époque non ? En même temps les deux créature féminines du film sont donc Emily Browning et Carrie-Anne Moss, deux êtres de sexe féminin dont le morphotype me semblait pourtant assez clairement estampillé XXIème siècle. A quand Jennifer Aniston en Marie-Antoinette ? Ou Nicole Kidman, avec sa vieille tronche entièrement fondue et remoulée, dans la peau de Grace Kelly ? Mais revenons à nos deux gros cons. Voilà que débarque une scène de baston très longue dans l’arène, mais qui n’est qu’un entraînement, une répétition générale avant le combat du lendemain devant un public en délire. Ou comment faire deux scènes avec une seule histoire de remplir, d’en donner pour son argent au spectateur mâle en sueur venu en prendre plein la vue, et de ne pas montrer quand même qu’une foule de citadins cramés par la lave, car au fond c’est juste ça Pompéi. Bel échange ensuite, de retour dans la geôle : « Je peux te faire une promesse. Quand tu mourras, le souffle viendra de devant, et il viendra de ma main ». Réponse de Milo à son adversaire du lendemain : « Je peux te faire une promesse aussi, quand tu mourras, ta mort sera rapide, et elle viendra de ma main ». Échange de regards entendus et fondu au noir (au sens technique du terme, pas au sens d'un fondu sur Adewale Akinnuoye-Agbaje).


J'ignore qui fait le plus peine à voir.

Retour de Kiefer Sutherland, toujours aussi bon comédien, qui a bien fait de signer pour une 9ème saison de 24 étant donné l’odeur fétide qui se dégage de sa filmographie en décomposition depuis une bonne quinzaine d’années. Il prend ici un accent pointu qui, couplé à sa voix rauque, lui donne un air con de première qualité. Mais on sent que son personnage ne sera pas très fouillé, tandis que du côté des gladiateurs trépanés ça discute sec en taule : « Ton bras gauche est plus faible que le droit » lance Atticus dans un éclair de génie. « Sans déc’ ! » répond l’autre, à cran. Après quoi on a droit à la minute clins d’œil appuyés à mes films préférés dont les dvds sont affichés sur trépieds dans mon entrée de Paul W.S. Anderson. C’est d’abord le gladiateur noir qui lâche « Why so serious ? », réplique fétiche du Joker de Nolan, puis la servante, noire elle aussi, d’Emily Browning, qui parle du héros à sa maîtresse en l’appelant « l’homme qui murmurait à l’oreille des chevals ». Fin de la minute clins d’œil de dingues, travaillée au cordeau, puisque nous découvrons désormais que Kiefer Sutherland, aka le sénateur Corpus, probablement menacé par un attentat terroriste, comme tout sénateur dans un film impliquant Kiefer Sutherland, veut épouser Dame Cassia, évidemment éprise quant à elle de Milo, l’esclave celte condamné aux fers. Et, dans ce remake misérable du Gladiator de Ridley Scott, bientôt teinté de relents de l’ineffaçable 2012 de Roland Emmerich, on sent se profiler un combat à mort entre les deux queutards dans la ville en flammes, tel celui qui opposa Leonardo DiCaprio à Billy Zane sur le Twitanic englouti de James Cameron.


Le taulard enfermé depuis un brin trop longtemps.

Retour dans la cellule des deux gladiateurs et premier tremblement de terre, minime encore, mais suffisamment fort pour faire tomber un gode grossièrement taillé, et à visage humain, que notre ami Atticus avait érigé bien en évidence contre un mur de la pièce, sur une sorte d'autel, entouré de quelques chandelles comme autant d’invites à la relaxation. Kit Harington, qui vient de recevoir quinze coups de fouet pour avoir parlé non seulement à un cheval mais à Dame Cassia, et que son nouveau pote soulageait à l’instant de ses douleurs en lui épongeant gentiment le dos, fait une grimace inimitable en découvrant le pot aux roses. Malaise. Puis la conversation repart comme si de rien n’était quand Djimon Hounsoun II, tout en ramassant le godemichet pour le remettre à sa place, et sans épargner à son collègue de zonzon un regard ô combien concupiscent, raconte à son frère ennemi que Rome lui a pris toute sa famille et qu’il les rejoindra tôt ou tard dans le royaume de Zeus. S’ensuivent d’interminables scènes de combat, si longues qu’il ne reste bientôt plus que 35 minutes (sur 1h45) au Vésuve pour rétamer Pompéi. Ou un peu moins, puisqu’en voyant un énorme champignon de fumée et de cendre sortir du cul du volcan, et alors que le sol se dérobe sous ses pieds, Milo n’a qu’une idée en tronche, continuer à cogner sur le bras droit du grand méchant (sur le serviteur du sénateur si vous préférez, il ne cogne pas littéralement sur le membre supérieur droit de Kiefer Sutherland), qui jadis tua son papa.


Le fameux gode en glaise d'Atticus.

Je vous passe la fin en real time mais en accéléré : le volcan casse l’ambiance et le champion de Pompéi et des zonards sauve la belle Cassia de la prison où le sénateur l’avait cloîtrée (ils auront quand même le temps de regarder la servante noire tomber dans un éboulement). Quant à Atticus, il aperçoit une mère séparée de sa fille dans la foule et sauve l’enfant du tsunami qui s’abat sur la ville, en bon samaritain qu’il est, nous donnant droit au fameux regard terrifié par-dessus l’épaule de l’acteur noir qui va bientôt crever (pour lequel tout cinéaste doit payer des royalties à Roland Emmerich). Millième jabar dans l’arène, sous les projections du volcan, où le héros crie le nom du méchant qui ne se tient pourtant qu'à cinq mètres de lui, où ledit méchant se barre pour échapper aux éruptions du volcan en promettant à ses centurions très cons 100 dinars s’ils tuent son ennemi juré quitte à y passer aussi, et où le bon copain noir se sacrifie enfin pour le héros, tuant le bras droit très costaud mais muet (ou juste très bête) du sénateur. Combat terminal du gentil contre le méchant, puis baiser final du couple héroïque qui préfère sauver un cheval que se sauver lui-même et qui finit très logiquement en cendres (un peu comme si Jack et Rose, à la fin du blockbuster de Cameron, avaient préféré se geler les amandons en couple pour ne pas faire couler l'armoire).


Quand Paul W. S. Anderson a textoté Roland Emmerich pour lui demander s'il pouvait utiliser son plan-signature, Emmerich a répliqué : "Tu ferais mieux de pas signer le chèque si t'as pas le fric en caisse".

Il fallait bien Paul W. S. Anderson, véritable cas clinique, pour filmer le déclin d’une population assez conne elle-même pour aller s’installer au pied d’un immense volcan en activité. Le réalisateur de Mortal Kombat, d'Event Horizon, des trois (et bientôt quatre) Resident Evil et d’Alien W. S. Predator, est forcément un type pas totalement réfractaire à l’idée de recevoir des jets de pierre et autres torrents de boue. On raconte que, lors de quelques avant-premières électriques de ses précédents films, des gens auraient lancé des cigarettes incandescentes sur ses vêtements dans l’espoir qu’il prenne feu. Un type particulièrement décidé lui aurait même envoyé une véritable torche enflammée, objet pourtant pas évident à introduire discrètement dans un UGC. En tout cas, et ça ce n’est pas une rumeur, sur le tournage du film, Kiefer Sutherland, qui n’a pas non plus dix tonnes de scènes et qui les a toutes mises en boîte en une journée, a déclaré aux journalistes : « I'm federal agent Jack Bauer, and today is the longest day of my life ». Impossible de savoir s’il a dit ça par simple habitude ou si vraiment cette journée de tournage était pire que les pires 24 heures de la vie de merde de Jack Bauer.


Pompéi de Paul W. S. Anderson avec Kit Harington, Kiefer Sutherland, Emily Browning, Carrie-Anne Moss et Adewale Akinnuoye-Agbaje (2014)

4 juillet 2012

The Amazing Spider-Man

Nous recevons aujourd'hui un invité spécial, Paul-Émile Geoffroy, pour nous parler du tout nouveau reboot de la franchise Spider-Man, en ce moment sur vos écrans. Place à l'hôte :

J'hésite à désigner ce qui est le plus amazing d'un productorat Hollywoodien sans-gène ou de la panurgerie assumée des spectateurs par-delà les frontières, mais une chose est certaine : dix ans seulement après le Spider-Man de Sam Raimi, la franchise rebootée va faire un carton en salles, sans risque (on n'aura pas confié le job à un "auteur", la jurisprudence Superman Returns n'est donc pas applicable ici).


Spiderman, le super-héros auquel on est censé s'identifier pour rêver un max, n'est autre que le copain geek de Mark Zuckerberg dans The Social Network, un clampin adulescent au visage mal fagoté typique des pires lycéens et coiffé comme Gérard Piqué.

Dix ans déjà que Tobey Maguire nous impressionna par ses bonds de toit en toit, et déjà on veut revoir la même histoire all over again. Pas même une génération d'écoulée, non, nous-mêmes qui étions allés voir Kirsten Dunst roussir retournerons dès aujourd'hui voir quelle tête aura sa doublure... et comparer ! Tout l'intérêt est là, désormais. Hollywood s'est transformé depuis quelques années (faute d'idées originales ou de courage pour aller vers du neuf, peu importe d'ailleurs) en un nouveau Broadway ! Sitôt le spectacle représenté un nombre suffisant de fois, on conserve ainsi les décors, et les rôles sont redistribués. On ne change pas une idée qui marche ! Spiderman vaut bien un Cats en lettres étincelantes, et puis ça reste des bêtes. Plus la peine d'attendre vingt ou trente ans pour reprendre une franchise, ce temps-là serait perdu. Savez-vous que des millions de spectateurs naissent chaque année ? Ceux-là, tous ceux-là aussi ont droit au frisson de découvrir leur Spiderman. Et puis quoi ? Christopher Nolan a bien compris, lui, que l'industrie cinématographique change - et qui sommes-nous pour nous y opposer ? - et il s'est déjà engagé, avant-même la sortie du troisième et dernier opus de son reboot de Batman, à être conseiller attitré sur le reboot (suivant) qui est déjà prévu pour la franchise. Voilà qui est sain et prévoyant, c'est dans l'ordre des choses après tout.


La petite amie de Spiderman est une actrice porno qui s'ignore abonnée aux grosses comédies romantiques sur le phénomène des sex friends et autres fuck buddies. Tu m'étonnes... Ne fais pas semblant d'aimer les livres...

Il nous faut accepter que les choses changent car c'est inéluctable. Notre demande a occasionné un cinéma produit à une vitesse hallucinante et en un siècle, tout l'éventail des idées, suspenses, clichés, mises en scène, twists, psychologies, futurismes et fresques historiques a été traité. Nous sommes allés vite, trop peut-être, et tout ou presque a été fait... Il reste bien quelques coins du monde, quelques recoins de l'Histoire qui mériteraient leurs longs-métrages, leurs séries, leurs remakes, préquelles, séquelles, puis reboots, mais ce sont des secteurs à risque (financiers ou moraux). On risque d'emmerder ou de choquer donc de manquer le public...

Alors on tricote des pullovers avec les trames de nos sujets favoris. Ceux qui ont toutes les chances de plaire, les best-sellers. Les Karate Kid, Rambo, Piranha, Alien et autres The Thing. Si c'est une franchise, on la reboote, si c'est un one-shot, on le remake, ou mieux, on conserve le titre mais on le réécrit un peu, ou encore mieux, on conserve le titre mais on en fait une préquelle, tout est possible ! Il faut bien continuer d'amuser, de divertir le public. C'est la demande qui fait l'offre.

Il est intéressant cependant de constater qu'en France, on procède différemment. Les yeux de notre industrie sont ouverts, eux aussi, sur cette grande mutation et on n'invente plus beaucoup non plus de côté-ci de l'Atlantique (qui étaient les derniers grands producteurs d'un cinéma populaire original ? Jean-Marie Poiré, peut-être...), mais en France on met en scène des concepts plutôt que des aventures. On a "Les Beaux Gosses", "Les Chtis", "Les "Infidèles", "Les Kailleras"... On attend "Les Roms", "Les Grévistes" et "Marine" pour la rentrée. Ces études de caractères (qui pourraient presque faire office d'études de phraséologie, décortiquant chacune des expressions syntagmatiques "à la mode") sont dans notre tradition (depuis au moins La Bruyère) bien davantage que les aventures épiques. On a bien eu notre Astérix (et ses suites... à quand le reboot ?) mais Chrétien de Troyes n'aura pas engendré tant de Ridley Scott, de Roland Emmerich ou de Wolfgang Petersen que ça. Chercher des Peter Jackson ou des James Cameron par chez nous relève de l'aiguille dans la botte de foin. Nous avons des Musset, des Balzac, des Rohmer, des Resnais et même l'industrie populaire s'affaire autour de caractères, jusqu'à Besson lui-même, notre industriel en chef, du moins jusqu'à ce qu'il ne tourne définitivement américain. C'est ainsi.


Ma chambre d'étudiant en cité U ressemblait assez à celle de Spiderman sur cette photo...

Il n'est pas question de porter d'ailleurs de jugement comparatif quant à ces deux manières d'envisager un tournant de l'histoire du cinéma. L'industrie s'adapte à une pénurie d'histoires commercialisables, c'est un fait. Le cinéma d'auteur continuera de satisfaire les plus exigeants d'entre nous tandis que les autres s'acclimateront sans doute de la nouvelle donne et retourneront au cinéma dès 2022 (avec leurs enfants cette fois) pour y voir le premier épisode des aventures de Peter Parker, comment il s'est fait piquer, comment son oncle est mort et comment Mary Jane est jeune et séduisante, éternellement.

Cependant, rien évidemment ne nous obligera plus à jamais et nulle part, presse ou web confondus, mentionner, critiquer, évaluer ou même considérer l'existence d'aucuns de ces produits cinématographiques, de ces spectacles, qui ne sont pas ou qui ne sont plus du cinéma.


The Amazing Spider-Man de Marc Webb avec Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans, Martin Sheen et Sally Field (2012)

2 décembre 2011

Angel-A

Avec ce film en noir et blanc Luc Besson voulait faire percer sa nouvelle coqueluche, Rie Rasmussen, et pour ce faire il a osé écrire sur l'affiche le nom de cette grande suédoise inconnue au bataillon aussi gros que celui de la superstar Jamel Debbouze, mais quand ça veut pas ça veut pas. Rie Rasmussen c'était l'idéal physique de Besson, une immense blonde perchée sur des cannes qui n'en finissent pas, avec un accent allemand à couper à la hallebarde, tout droit venue de Stockholm. Mais l'idéal féminin de Besson n'est apparemment pas tout à fait celui de tous les français. C'est un problème quand le film est entièrement dédicacé à cet ovni blond. Jamel n'est là que pour paraître petit et biscornu face à l'autre géante. On a vu récemment Jamel et Besson sur un plateau télé, qui se retrouvaient pour la première fois depuis la fin du tournage d'Angel-A, et ils ont voulu faire bonne figure en se serrant la main mais on sentait bien que Jamel n'aime pas l'autre milliardaire et qu'il lui en veut encore pour tout ça. Quand la question a été posée à Jamel de savoir ce qu'il retirait de sa collaboration avec Besson Chaussure, il a répondu : "Ça m'a beaucoup servi et ça m'aidera encore pour plus tard", soit typiquement la phrase qu'on déballe en regardant entre ses pompes quand on vient de traverser une épreuve bien difficile dont on a eu du mal à réchapper et qu'on est bien décidé à tourner la page, une page barbue à l'air benêt et qui pèse plus de 180 kilos à l'heure qu'il est. 
 
 
 
Luc Besson a entendu le speech de Jamel aux Césars, où il était à côté d'Adriana Karembeu et où il disait entre autres : "Si j'avais les jambes aussi longues qu'elle, mes genoux m'arriveraient à la gorge", mais au lieu de juste se marrer dans sa barbe, comme on a tous fait ce soir là, il a pris un stylo et il s'est dit que cette blague pouvait durer une heure et demi. Dans le film ainsi tourné en noir et blanc pour avoir l'air moins con mais qui n'en a l'air que plus navrant, Jamel incarne un type triste qui veut en finir avec sa vie et qui pour cela décide d'aller se jeter du haut d'un pont parisien. Mais la grande suédoise pré-citée débarque à ce moment-là sur des talons aiguilles de deux mètres de haut et lui donne envie de vivre encore quelques heures pour avoir une chance de l'escalader. S'ensuit toute une histoire entre elle et lui dont nous ne nous souvenons pas. En réalité ce film c'est une fable, incomprise à sa sortie et toujours incomprise aujourd'hui, mais sans doute que dans 30 ans on le regardera différemment et alors on dira : "En fait c'était LE film de Besson, le seul qu'il fallait retenir". Sauf que d'après l'homologue américain de Besson, j'ai nommé Roland Emmerich, la fin du monde c'est pour l'an prochain, c'est même pour dans un mois, en 2012, dommage Luc !
 
 
Angel-A de Luc Besson avec Jamel Debbouze et Rie Rasmussen (2005)

30 novembre 2010

2012

Saloperie de film. J'ai décidé de vous en causer longuement parce que j'adore perdre mon temps. 2012 se place là dans la course aux pires films du monde. Il dure plus de 2h30. Le programme c'est l'histoire de la fin du monde annoncée pour 2012 par le calendrier Maya. Or, première objection, baser un film sur des prédictions qui datent de Mathusalem c'est déjà un pari, les Mayas que je sache ça reste un peuple bloqué à l'ère du moko je crois. Deuxième objection, il y a fort à parier pour que ce peuple se soit simplement éteint avant d'avoir fini le manuscrit de son calendar. Objections rejetées ? Rien à foutre. Au milieu de tout ça, John Cusackee va se révéler être un héros du quotidien prêt à tout pour embarquer ses gosses (une fille sympa et un fils gonflant) ainsi que son ex-femme (c'est donc exactement le pitch de La Guerre des mondes) dans un de ces vaisseaux construits en Chine, au pied de l'Everest, par l'union des gouvernements du monde entier pour servir d'Arches de Noé après la fin du reste du monde, englouti à tout jamais.




C'est le scénario le plus con à ce jour et chaque scène est une nouvelle somme de débilité. Les références à tous les films catastrophes les plus connus pleuvent à n'en plus finir : En pleine tempête, Titanic, Volcano, Pic de Dante, et jusqu'aux Dents de la mer quand Cusack lâche sans trembler le pathétique et sempiternel : "We're gonna need a bigger plane", en clin d'œil minable au "We're gonna need a bigger boat" du film de Spielberg. Ceci dit pour tout fan de John CuldeSac, c'est imparable, c'est un must-have. A un moment, tandis que lui et sa famille sont piégés au cœur de la fournaise du plus grand volcan de l'histoire du monde qui vient de se réveiller sous leurs panards malchanceux dans le parc de Yellowstone, et alors qu'ils auraient dû tous cramer comme des allumettes sous l'effet de la chaleur ambiante depuis déjà deux jours, Cusack se voit doublement pris au piège puisqu'il est coincé dans un camion filant tête la première dans une faille de type San Andreas qui s'ouvre béante sous ses pneus et qui dégueule à n'en plus pouvoir de la lave en fusion. Toute la sainte famille croit naturellement qu'il est décédé et hurle au désespoir quand soudain Cusack réapparaît, s'étant débarrassé Dieu sait comment du camion devenu barbeuk dans lequel il cuisait depuis cinq longues minutes, s'agrippant au bitume fondu avec ses longues mains de pianiste et sans avoir oublié de récupérer dans le fond de son bahut sa précieuse fiche de paie signée "Roland EmmeRich". Grand moment de cinoche. Très grand passage du film si l'on est un inconditionnel chevronné des facéties de l'acteur Cusack.




Ce qui est dommage c'est que le film dure 26 heures et qu'il se contente de nous montrer le moins intéressant. On n'a droit strictement qu'à la fin du monde avec tout ce que ça comporte de peaux de bananes et de cascades à répétitions aux quatre coins du globe (car c'est un film choral par-dessus le marché). A la fin la partie la plus nantie de l'humanité, qui a pu se payer un siège à bord de l'hideuse Arche de Noé, survit aux intempéries et s'aperçoit que suite aux mouvements des plaques terrestres, l'Afrique, nouveau toit du monde, est seule émergée. Alors ce résidu des plus gros connards de l'humanité vogue vers les bédouins toutes voiles au vent, à pleine vapeur. Et c'est là qu'éventuellement ça pourrait peut-être s'avérer intéressant. La fin du monde avec l'humanité toute entière qui se neigue, on s'en doute, ce qu'on ignore c'est après. C'est sûr qu'on a tous déjà vu une centaine de films d'anticipation écrits par des cons apocalyptiques voués à nous prédire l'avenir, tel que le récent I Am legend, mais ça reste un sujet drôlement cool et on est toujours avides de connaître une autre hypothèse foireuse sur l'avenir de notre sale race. De toute façon c'est une constante... Ces temps-ci le cinéma Américain, même le plus con et le plus populaire, part de scénarios potentiellement intéressants pour nous amener vers des films complètement abrutis. C'est le cas du fameux Inception, c'est le cas de The Box par exemple, qui soulève au départ quelques questionnements métaphysiques vus et revus mais toujours croustillants pour les laisser choir en deux temps trois mouvements au profit d'élucubrations débiles sur la planète Mars et sur la gueule recouverte de chair de phoque de Cameron Diaz. 2012 est une daube de plus à ce niveau-là aussi.




Ce que vous voyez là au-dessus, c'est un plan du film. Un Russe obèse, personnage dont on se fout éperdument, montre fièrement sur son cellphone une photo de sa famille à un John Cushack qui mate l'appareil du coin de l'œil en plissant les yeux. Ces trois russes sont effectivement hideux. Mais on voit surtout qu'il s'agit là d'un triste photo-montage créé par l'équipe technique du film : ces trois gourmands antipathiques sont grossièrement incrustés sur un fond bleu minable, avec à leur droite une fausse tour voulue typiquement Russe histoire de nous faire mordre à l'hameçon un quart de seconde. Le plan est effectivement très bref, d'où sans doute un certain je-m'en-foutisme assumé par l'équipe technique et la médiocrité de l'effet spécial. Mais je veille au grain. On ne m'aura pas. Ce plan que tu as délégué à ton pire sous-fifre, Emerich, je le capture en arrêt sur image et j'en fais ton étendard de pur tocard ! Tout le film est à l'image de cette photo, incroyablement mal fait. Au point que ça en est surprenant... Enfin certainement que compte tenu de l'étape actuelle de l'évolution des effets spéciaux hollywoodiens et des possibilités qu'ils offrent, ce film est plutôt "bien fait", j'en sais rien et je ne veux pas le savoir. Mais objectivement, pour quiconque n'en a cure de leurs petits trafics et de leurs jouets de milliardaires, pour quiconque mate ce truc avec des yeux neufs et neutres, le film est d'une laideur éclatante. De sorte qu'à force d'être cher c'est extrêmement gerbant. Un type comme Baudrillard a dit je crois que plus les effets spéciaux sont bien faits, dessinés minutieusement et au millimètre près pour un "rendu" optimal et des textures hyper-réalistes, plus ils permettent de remplir l'image de mille détails ultra précis, foisonnants et superfétatoires, et plus l'image finale paraît fausse (et laide). Parce qu'il y a dans le plan plus de choses que l'œil ne saurait en voir, ces films se targuant d'un soi-disant réalisme absolu, les infographistes hollywoodiens créent des images dont la fausseté saute droit aux yeux : c'est tout le problème de l'hyper-réalisme et les magnats d'Hollywood s'y empalent de plus en plus. Il suffit d'ailleurs de regarder les tableaux hyper-réalistes qui sont généralement extrêmement laids d'une part, qui ont tous les aspects du faux et de l'archi-faux d'autre part (et quand c'est bluffant le spectateur passe tout son temps à traquer l'erreur, un petit jeu qui atteint vite ses limites et en impose de cruelles aux œuvres en question). Visez-moi ce plan ci-dessous tiré du film par mes soins, qui est par ailleurs à l'image de tous les autres plans qui composent ce navet d'anticipation, et qui est une saloperie informe, atrocement mal éclairée, factice au possible, où chaque élément semble incrusté au petit bonheur la chance (je précise que l'acteur au premier plan n'est pas censé se trouver devant un écran, on doit croire qu'il est sur la piste de décollage) dans une composition invraisemblable et abominable :




Ce film est très éloquent de ce point de vue. Il est si merdique qu'il pointe facilement les énormes contraintes et la profonde nullité des films à l'heure actuelle entièrement composés par ordinateur, qui ne peuvent apparemment que ressembler à de très laides scènes cinématiques de jeu vidéo, lesquelles sont probablement réalisées par de tristes gens. Tout au long du film, Roland Emmereich se veut très moraliste, du genre gros humaniste qui fout les pieds dans le plat. A la fin de l'histoire, le petit blackos méga malin et bien gentil qui sauve pas mal de gens affirme avec aplomb : "On est là pour s'entraider. Il ne faut pas laisser mourir nos frères humains, il faut en sauver le plus possible". Et on a envie de devenir soi-même un socialiste à la manque et de lever les drapeaux à la manière de Josiane Balasko ou de Charles Berling pour dire à Roland Emmerich qu'il aurait tout aussi bien pu réunir l'énorme somme de fric qu'a coûté ce film minable, des millions de dollars, pour envoyer quelques colis de riz blanc en Afrique par exemple, ou chez Kouchnez à la limite, pour aider nos frères humains et les sauver d'une mort injuste, au lieu de réaliser ce gros amas de merde qu'est son film.

NOTA BENE : Dany Glover joue le président des Etats-Unis et il zozotte pendant tout le film. Woody Harrelson, quant à lui, joue un gros taré et il est excellent dans ce rôle, comme toujours quand il interprète un trépané (voir la meilleure scène du film : 27').


2012 de Roland Emmerich avec John Cusack (2009)

19 mars 2008

Urbi et Orbi

C'était un mardi, j'avais passé une journée en bois, enfermé dans ma bagnole parce que je pensais avoir paumé les clefs, alors qu'avec ma sale manie de tester tous les boutons j'avais enclenché le verrouillage centralisé des portières. Après 3 heures de recherche, plié en quatre dans ma putain de Nissan Micra, je les ai vues là, ces putain de clefs, sur le contact, et je les imaginais me tirer la langue, ces connes de clefs. Bref. Je vous en dis pas plus. A un moment j'ai même tenté de sortir par la boîte à gant tellement j'étais désespéré et, je rêve pas, y'avait bien un gosse sur le bas-côté qui riait aux éclats en me matant galérer dans ma bagnole de merde ! Chienne de vie !

Mardi = grosse journée de merde, c'est bien la première fois que je m'enferme dans ma bagnole. D'habitude j'oublie plutôt les clefs à l'intérieur, sur le contact justement, après avoir verrouillée la caisse de l'extérieur. Je me retrouve là aussi dans la merde mais une merde différente car au moins je suis à l'air libre. Je peux faire une promenade dans le parc et dégommer les canards ou aller dans un bar me murger jusqu'au petit matin. Là j'étais coincé dans ma bagnole, toutes vitres fermées et avec rien d'autre à lire que ma carte grise. J'ai fait une grosse sieste pour passer le temps mais dieu sait que j'aime pas faire la sieste. J'arrive pas à fermer l'œil en plein jour. Le pire c'est que quand je raconte cette histoire à mes amis, personne ne me croit. D'un autre côté tant mieux, ça veut bien dire qu'ils ont une estime de moi suffisamment haute pour ne pas m'imaginer con au point de me croire enfermer dans ma propre bagnole.

Bref, après cette journée de feu, je comptais bien rattraper le temps perdu. Hélas, j'avais rien de prévu, strictement rien à foutre de ma soirée. Quand j'ouvrais mon agenda électronique sur Outlook Express, je pensais avoir mis White Screen en wallpaper tellement c'était vide. Je comptais bien remédier à ça. Je me suis dit "Putain mec, t'as qu'à aller au cinoche au moins tu passeras du bon temps et dans le noir personne ne verra que t'es seul comme un rat mort". Alors j'y suis allé avec le sourire. Seul, mais avec le sourire. Je me causais à moi-même et je préférais ça plutôt que causer à un abruti qui m'écouterait même pas.

En arrivant devant le cinoche j'ai maté le programme et je me suis dit "Bon, ok, y'a pas grand chose mais au moins y'a 10 000 de Roland Emmerich. Je veux en prendre plein la vue et profiter au maximum de la grande salle Gaumont en pouvant foutre mes pieds sur les fauteuils sans qu'on me dise rien, alors je vais voir 10 000 !". Je me suis ramené dans la file d'attente en choisissant la caisse où y'avait la plus belle meufs derrière le comptoir. Une de ces blondes sublimes qu'on désigne sous le terme "bombe à neutrons" dans mon cercle de potes. Je lui ai montré ma carte de crédit avec une immense fierté, très sûr de mon coup. J'ai alors dépensé 7 euros avec le sourire. Je savais que j'étais dans le rouge, mais tant pis. Il me fallait un film pour aller mieux. Et jusque là tout allait bien, c'est tout de suite après qu'il m'est encore arrivé une saloperie.

On m'avait dit "Première salle sur votre droite", j'ai dû faire un pas chassé de trop, je me suis retrouvé salle 12 et j'ai maté Urbi et Orbi du début à la fin. Et dieu sait que ce film n'est pas taillé pour moi. Les fauteuils de la salle non plus n'étaient pas conçus pour moi. J'avais une de mes godasses coincée entre les reins du type assis juste devant moi. Je croyais que c'était un endroit où caler son pied comme y'en a dans les TGV alors moi j'hésitais pas à forcer un peu. C'est seulement vers le milieu du film que je me suis rendu compte que je commençais sérieusement à entamer sa chair. Lui il avait l'air endormi. Il avait l'air très vieux aussi. Ptêtre il était clamsé...

Le film Urbi et Orbi, c'est vraiment quelque chose, il faut que je vous en dise quand même deux mots. Alors déjà, il faut bien garder à l'esprit que ça n'est pas un film avec de vrais acteurs. Ou bien si mais ils ne sont jamais dans le cadre, ils tirent les ficelles, car c'est un film de marionnettes. Les personnages sont en bois. On ne voit pas les ficelles mais moi je me suis pas fait avoir, je sais que ce genre de trucs ça s'anime avec des cordes. Dès l'affiche j'ai repéré l'embrouille puisqu'on voit clairement les doigts du marionnettiste dépasser un brin. J'ai essayé de faire abstraction durant le film pour me concentrer un minimum sur l'histoire.

Alors l'histoire justement. C'est un truc pour gosses. Y'a que des bons sentiments, mais après avoir passé une journée en tête en tête avec son volant Nissan ça peut aussi faire du bien à un adulte. Urbi est un petit homme de bois qui ne rêve que d'une chose : voler. Orbi, c'est une abeille en manque de compagnie. Bien sûr les animaux sont, pour les besoins du film, doués de parole. Alors entre Ubri et Orbi le dialogue est tout à fait possible, et Urbi en profite pour demander à Orbi quelques astuces pour réaliser son rêve, car question aérodynamisme et vol en haute altitude, Orbi en connaît un rayon. Orbi voit donc en Urbi l'ami dont elle a toujours rêvé. Elle se montre très agréable avec lui, mais la Nature les empêche tout de même d'avoir des relations aussi chaleureuses qu'ils sembleraient le souhaiter tous les deux. La Nature a également doté Orbi d'ailes qu'Urbi n'a pas et Orbi bénéficie aussi d'un pull over à rayure de fort bon goût. Afin de voler, Urbi commence donc par enfiler un haut à rayure. Il est un peu naïf le pauvre. Il prend son élan depuis un rocher et finit la gueule rétamée dans le sable un peu plus bas. Ensuite il se dit que peut-être les ailes sont l'élément qui lui manque. Alors en deux temps trois mouvements, il se construit deux ailes en carton. Il s'en fout une sous chaque bras, sans l'aide de personne. Car il faut savoir qu'il n'y a que deux personnages dans ce film. Urbi et Orbi. C'est un huis clos.

Pour contenter tout le monde, Urbi finit bien sûr par savoir voler, non pas à l'aide de ses propres ailes en carton, mais bel et bien sur le dos d'Orbi, très heureuse dans son rôle d'avion du pauvre. Une astuce que les deux personnages auront bien mis du temps à trouver.

Le reste du film est donc consacré à la découverte du monde par nos deux héros. Orbi finira hélas la tronche attachée à l'un de ces rubans collants dégoûtants qu'on accroche dans les garages en été pour ne pas être dérangé par les mouches. Et Urbi pleurera son ami.

A la fin du film j'ai pleuré moi aussi. Mais pas tout à fait pour la même raison qu'Orbi. En rentrant chez moi j'ai découvert que je n'avais pas fermé ma porte. Sans doute volontairement, car je n'avais pas envie de me retrouver enfermé dehors cette fois-ci. Et un cambrioleur en a visiblement profité. Là je vous écris depuis un webcafé et le tenant des lieux me regarde en chien de faïence car il semble déjà être au courant que je ne pourrai pas lui payer le temps passé ici. Bon. A plus les mecs, je dois vraiment y aller là.


Urbi et Orbi de François Boutonnet (2007)

18 mars 2008

Paris

Fête du cinéma oblige, nous sommes allés le voir. Il fallait aller au cinéma, profiter de la réduction, et notre choix s'est porté sur ce film. Nous avons longuement hésité entre celui-là et 10000, le film de Roland Emmerich. Klapisch ou Emmerich ? Emmerich ou Klapisch ? Voilà deux metteurs en scène dont on se délecte. Choisir Emmerich c'était payer pour voir des mammouths numériques courser des paysans du paléolithique souffrant de rages de dents, citoyens lambdas de l'âge de pierre pour qui le dilemme de chaque jour n'était pas de savoir s'ils allaient faire les courses ou si ça pouvait attendre le lendemain mais bien de savoir s'ils parviendraient comme la veille à sortir vainqueurs de leur féroce combat contre 15 mammouths remontés comme des pendules. Choisir Klapisch c'était payer pour voir un film choral idiot. Le choix s'est porté sur le second. Entre Camilla Belle vêtue de peaux de bêtes dans un film sur les Léopards de la préhistoire, et Juliette Binoche fumant du splif dans un appartement trop grand, nous avons fait notre choix.



Et sans le regretter. J'ai rarement autant ri au cinéma. Il s'est passé un truc assez rare. Ce film c'est une comédie dramatique : comprendre un petit drame dans lequel on rit quelques fois. Or nous nous sommes énormément marrés entre les scènes faites pour ça, pendant le drame en clair. C'est ce genre de film tellement profondément raté qu'il en devient génial. J'en veux pour preuves plusieurs scènes impliquant Romain Duris, qui joue le rôle d'un jeune danseur dont le cœur bat de l'aile et qui va mourir. Comment ne pas se marrer devant ces scènes, aperçues dans la bande annonce, où il annonce à sa sœur qu'il va y passer en murmurant avec une gueule que lui seul peut tirer : "Je te dis que je vais bientôt crever, et toi, tu m'engueules putain...", ou encore quand il sermonne sa sœur sur leur balcon en poussant dans un long râle: "Profiiiiiiite putain...". Que dire de ce plan magnifique où Duris, pourtant mourant, reste sur son balcon sous un torrent de neige. Sans parler de la fin, quand il est vautré dans le taxi qui l'amène à l'hôpital et qu'il regarde le ciel par la fenêtre comme un vieux clebs. Grandes scènes. Grandes scènes pendant lesquelles la salle restait de marbre tandis que nous riions de bon cœur. Il est d'ailleurs arrivé que certains se marrent avec nous sans trouver ça drôle, le rire étant parfois communicatif.



Et puis durant les séquences supposées drôles, et je dis bien supposées, la salle s'esclaffait comme un seul homme. Qu'on m'explique ces gens qui meurent de rire quand Luchini raconte à son frère le texto qu'il a envoyé à sa jeune étudiante (Mélanie Laurent) et dans lequel il s'est fait passer pour un camarade de classe en écrivant : "T'es tro belle, j'te kiffe trop grave". Cet extrait, loin d'être drôle, était entièrement dans la bande annonce. Du coup toute la salle l'avait déjà vu 101 fois. Et pourtant le public était plié en quatre. Dramatique comédie...



En tout cas ce film restera pour moi un grand souvenir. À ranger aux côtés d'un Fauteuils d'orchestre. Ces films que l'on ne saurait noter. 1 sur 10 ou 10 sur 10 ? Ces rares films à la fois terriblement mauvais et du même coup affreusement drôles. Klapisch tente tout ici, et c'est en tout cas son meilleur film à ce jour, de loin. Il tente tout, le film n'en finit pas, et d'ailleurs il ne finit pas, il s'arrête pour des raisons de délais de tournage mais il pourrait rajouter 2 plombes de film sans qu'on s'en aperçoive, et on les accueillerait avec le sourire. Ce bon Klapisch a même introduit des séquences tirées des rush de La graine et le mulet qui n'ont rien à voir avec son histoire, puis un court métrage complet tourné en 2D avec Cluzet dans le rôle principal. Son film n'a ni début ni fin, ni queue ni tête, comme la ville de Paris soi-disant. Les événements se suivent et ne se ressemblent pas, sans qu'on en comprenne toujours le sens. Les acteurs sont tous excellents et ça participe évidemment de l'effet hautement comique de certaines séquences prévues pour un effet tragique. Soulignons que la B.O. aura votre peau, notamment quand Duris écoute dans son salon la bande originale complète des Poupées Russes. À propos de ça on retrouve Zinedine Soualem. Il fait les marchés, c'est l'épicier du coin, et une nuit quatre mannequins avides de vit viennent le voir lui et ses potes dans l'immense entrepôt où ils vont chercher leurs marchandises pour les vendre au matin sur leurs étals, et Zinedine Soualem baise avec une des mannequins au milieu des quartiers de viandes pendus au plafond après une longue scène de séduction dans le labyrinthe de barbaque. C'est une séquence ça, probablement un hommage à Rocky, en tout cas ça constitue une séquence entière même si elle n'a aucun lien avec le reste du film, et y'en a mille autres comme ça. Pour vous donner une idée du génie de Klapisch !



À côté de ça Luchini tourne un documentaire d'Histoire pour la télé payé cent mille euros la bobine (véridique) et tombe amoureux de son étudiante. François Cluzet mène une vie normale, même s'il tourne dans des clips en 2D pour vanter les mérites de son entreprise dans le bâtiment. Romain Duris va bientôt crever putaiiiiiin... En faisant son marché Juliette Binoche tombe amoureuse d'Albert Dupontel, également vendeur à la tire dans le film. Un jeune africain tente de rejoindre la France en canoé-caillac. Julie Ferrier tombe amoureuse de Gilles Lellouche, lui aussi vendeur de fruits et légumes sur les marchés couverts, tout de suite après qu'il l'ait humiliée en lui faisant faire la brouette pendant 10 minutes dans un bar bondé de connards. Karin Viard joue une boulangère raciste comme elle seule sait le faire. Maurice Bénichou est excellent dans son rôle de psychiatre. Tous les acteurs font très bien leur boulot dans ce film mi-figue mi-raisin. Un film désespérément mauvais devant lequel j'ai passé un grand moment.


Paris de Cédric Klapisch avec Romain Duris, Juliette Binoche, Albert Dupontel, Gilles Lellouche, Fabrice Luchini et Mélanie Laurent (2008)