20 novembre 2010

Celle que j'aime

Marc Lavoine, l'homme "aux mille coups de queue" (c'est comme ça qu'un second rôle le présente dans une scène-clé du film, sans savoir que ça tournait), interprète un designer graphiste embauché sur le mixage du film Arthur et les Minimerdes lorsqu'il fait la rencontre d'une maman divorcée jouée par Barbara Schulz, de 15 ans sa cadette, tristement dépourvue du charme qu'on connaissait jadis à cette très mauvaise actrice. Et elle a beau se trimballer en tenue d'Ève devant les mirettes écarquillées de son bambin d'un bout à l'autre du film, rien n'y fait, à part qu'on passe une partie de la séance à se demander à quel âge on s'est fait notre première seigue sur le dos de notre sœur aînée et à rêver de troncher nos propres pères et mères. En tout cas moi j'ai songé à ça, après chacun sa merde, et mieux vaut se répandre dans la sienne que se laisser tenter par celle du film. Voyez plutôt. Le rêve du personnage de Lavoine : "partir en vacances en Atlantique"... c'est dans le scénario, texto. Vaste espoir, et ambitieux, qui ne semble pas avoir mis la puce à l'oreille de Schulz quant aux capacités intellectuelles ultra réduites de ce vieux garçon à la voix rocailleuse de fumeur de barreaux de chaise. En parlant de voix brûlée par l'alcool et la clope, voici que débarque dans ce film à jeter aux lions un Gérard Darmon en pleine forme, celui que l'on surnomme "le fondu" dans le milieu, ou encore "Cigare Darmon". Chédar Darmon interprète le père du fils de Barbara Schulz, un enfant obèse, un sale petit merdeux qui a pour vocation de faire chier ses darons, or son daron c'est Darmon, qui se veut donc l'ex de Schulz, avec 42 ans de plus qu'elle au compteur. Il était déjà grand-père quand la mère de son futur enfant stagnait encore dans le canal de l'épididyme droit de son père, et le vrai malheur c'est qu'il fumera des mauves quand sa progéniture soufflera sa septième bougie en demandant : "Où est papa ? Où est mon vieux connard de père ?". Sa jeune maman lui répondra : "Il est clamsé, fils. J'ai toujours eu un goût prononcé et imprononçable pour les vieillards et pour le zob de ces messieurs. Je suis géronto et j'aime le zob". Et l'enfant médusé devra se raccrocher à son beau-papa, l'homme aux cent mille coups de queue, en stand-by ci-dessous :



A un moment du film, que j'ai envie de qualifier de "climax", Gérard Mormon affirme avec aplomb : "Je suis nutritionniste que je sache, il a pas de problème de poids que je sache Achille" (Achille étant le prénom nauséabond du fils, et je ne reviens pas sur la redondance des répliques du film), qui prouve que Darmon a besoin d'une sacrée révision de la part de son ophtalmologue et qu'il considère son rôle de père vraiment à la légère. Dans le même registre, et même sans être spécialiste de la branche professionnelle dite "des infographistes", le job privilégié des "puceaux du bas" selon mon père, je peux affirmer sans me tromper que si dans la vraie vie un type exerce cette profession comme le fait Lavoine, c'est un billet sans retour pour la tente rouge quechua de chien des quais. Cette succession de scènes et de dialogues aura eu ma peau au bout de 1537,2 mètres de métrage (soit 30 minutes et 30 secondes, grosso merdo). Elie Chouraqui, pauvre personnage, sache que ce soir tu t'es fait un ennemi tenace et rancunier. Tu me trouveras bientôt sur ton chemin, dans un bol de riz ou bien planqué au fond du mouton noir qui te sert de crane. J'aurai ton scalp !



Je me rends compte que j'oublie de parler d'une scène dont il faut que quelqu'un parle. Une scène typique de ces dizaines de comédies contemporaines françaises qui prennent le parti d'ériger des personnages féminins honteux et méprisables, souvent sous couvert de ce féminisme gluant qui mobilise les clébards de garde, sans que personne n'y réagisse jamais.

Dans cette scène absolument cruciale, centrale, exemplaire de Celle que j'aime, Barbara Schulz trouve une capote XXL à la fraise sous le siège passager de la bagnole de Marc Lavoine. En réalité, comme nous l'apprendrons plus tard et comme on s'en doute déjà depuis une heure, ce vieux condom usagé a été placé là par le fils prodigue de Schulz, qui veut foutre son nouveau beau-papa dans la merde pour l'évincer du cercle familial et, à terme, y réintégrer son père biologique, Gégé Darmon, qui aura donc la bagatelle de 85 ans quand son fils en aura 20 : gare au conflit, que dis-je, à la guerre de tranchées de génération qui s'annonce. Je sais que je me répète.




Schulz trouve donc l'objet en plastique mou dans lequel son propre fils de 10 ans terriblement machiavélique et en avance sur les choses de la nature s'est vidé de plusieurs centilitres de liquide séminal pour confondre son beau-papa. Les enfants terribles de Cocteau n'a jamais aussi bien porté son titre. Mais on peut accorder au gamin qu'observer sa mère, à peine sortie de l'adolescence, se balader dans le plus simple appareil à longueur de journée et se faire tirer par tous les vieux beaux du quartier a dû l'inciter à se pencher sur son propre appendice un peu avant l'âge normal, je vous laisse vous interroger sur le sort de tous ces tristes gosses de divorcés qui auront bientôt 30 ans et qui, névrosés à mort, vont plonger notre monde dans l'enfer qui maraboute leurs esprits corrompus.

Suite à la découverte de cette vieille capote humide, la mère de ce diable d'enfant tire les conclusions qui s'imposent et croit comprendre que son "mec" la trompe. Ulcérée, elle tend donc du bout des doigts l'objet du crime à Lavoine en lui demandant une explication, en plein repas du week-end de Pâques et à la barbe de plusieurs couples d'amis réunis pour l'occasion. Confus, mais arborant l'air coupable avec lequel il semble être né, Lavoine lui répond qu'il ne comprend rien et que de toute façon il est allergique à la fraise. Alors ni une ni deux Schulz lui amène un saladier de fraises ingénieusement prévu pour le dessert par la maîtresse de maison et elle lui ordonne d'en gober pour prouver son allergie. Lavoine oppose qu'il peut rapidement en mourir, qu'il faudra appeler le SAMU dès qu'il commencera à décéder, et puis, décidément très amoureux de cette connasse profonde, il s'apprête à y goûter au péril de sa vie et sous les cascades de rires de tous leurs amis, qui constituent ni plus ni moins une belle troupe d'enculés. Lavoine ne plie pas, bien que le voilà soudain un peu palot face à une fraise rougeâtre qui le toise sans broncher. Il finit par gober une poignée de ces fruits synonymes d'obsèques pour lui et commence ensuite à crever sérieusement. Désolée d'avoir attenté à la vie d'un homme, et désormais coupable de tentative d'homicide volontaire, Schulz l'emmène à l'hosto : il est sauvé. Malgré tout il s'en sort avec l'épiderme bien massacré et les anecdotes Allociné nous révèlent qu'il a suffi de ne pas maquiller Lavoine ce matin-là pour donner l'impression de découvrir un type très mal en point. Et c'est là qu'elle le demande en mariage pour s'être pratiquement suicidé aux fruits rouges devant elle.




Encore un personnage féminin détestablement con du coup. Mais surtout. Une question se pose. Elle vient seulement de se poser à moi alors que j'ai vu le film y'a un bail, et alors que cette scène hante mes pires cauchemars depuis tout ce temps. Schulz accuse Lavoine d'avoir utilisé une capote parfumée à la fraise avec une maîtresse quelconque. Et son argument contre la calomnie c'est qu'il ne peut pas manger de fraise sous peine d'y laisser sa vieille peau de croco. Donc indirectement et sans que personne dans l'assemblée ne s'en rende compte, Lavoine considère immédiatement que l'objet de son accusation et de toute cette méprise serait une pipe qu'il aurait lui-même prodiguée à un autre mec, et ça fait de lui une maxi pédale à deux doigts de se foutre à sac pour l'amour d'une femme. Pas faux ?


Celle que j'aime d'Elie Chouraqui avec Marc Lavoine et Barbara Schulz (2009)

6 commentaires:

  1. Bilbo la Grosse Queue12 décembre 2010 à 15:32

    12 "marrant"... Grosse perf' !
    Terrible scène...
    J'ai "vu" ce film.

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  2. C'est bien vu tout ça.

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  3. Lavoine s'est peut-être sucé lui-même.

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  4. Quel insight, sur la fin n'empêche !

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