7 novembre 2010

La Princesse de Montpensier

Rassurez-vous sur mon cas, je ne suis pas allé le voir par goût mais par nécessité. Et c'est complètement à chier... Mal filmé, maladroitement, lourdement et sans intelligence. C'est horriblement mal joué, et Lambert Wilson ne suffit pas à sauver le navire du naufrage causé par d'énormes trous dans la cale, trous qui portent les noms de Grégoire Le-Prince-Ringuet (et Dieu sait que parler de "trou" dans son cas c'est un euphémisme), de Michel Vuillermoz, ou encore de Florence Thomassin, avarie qui propulse le navire qu'est ce film par cent mille mètres de profondeur en deux temps trois mouvements. Le premier, Le Prince Ringard, est un éternel adulescent qui approche la quarantaine sans avoir jamais mué et qui a abandonné l'espoir de dépasser les 1m10 bras levés. Le second est un sociétaire de la comédie française qui ne devrait jamais quitter les planches, vu qu'il déclame son texte comme du Molière (et encore, je lui fais un cadeau là...) alors que c'est du mauvais Tavernier. La troisième (Thomassin pour ceux qui se paument au bout de cinq lignes) est un épouvantail vivant. Elle récite son texte et ça me fait le même effet que quand je mate pendant des plombes le chat de mon père (astucieusement prénommé Chromosome 3) qui miaule derrière la vitre du salon en fixant le carrelage de son regard aveugle. Passé ce petit clin d’œil à mon chat préféré, je reviens à mes moutons : il faut voir la performance de Florence Thomassin dans ce film, c'est une leçon de sabotage. Les trois réunis, Le-Prince-Ringuet, Vuillermoz et Thomassin, c'est le plus mauvais casting possible, la pire démonstration dramatique du monde. A côté d'eux Mélanie Thierry, qui ne fait pas rêver, s'en sort plutôt pas mal, surtout quand on sait d'où elle vient, elle qui a "explosé" avec Babylon A.D., le chef-d’œuvre visionnaire de Mathieu Kassovitz.



Pour causer un peu du scénar... j'ai même pas envie d'en causer du scénar ! C'est tiré d'une nouvelle (le film fait pourtant presque trois plombes) de Madame de Lafayette... Soit. On se demande bien ce que Tavernier veut nous raconter au final. Le destin d'une femme du monde brisé par la convoitise des hommes de pouvoir ? Belle... Un portrait sans pitié de l'époque ? Cette époque de la guerre entre catholiques et huguenots que Tavernier semble prendre plaisir à dépeindre en donnant à son film un aspect documentaire vraiment chiant ? Il espérait sans doute rafler la mise aux Césars comme Patrice Chéreau en son temps, qui fit frémir l'hexagone avec La Reine Margot, un autre grand film sur la France, filmé dans de beaux décors, paré de belles musiques, distribuant une pelletée d'acteurs célèbres et jonglant entre l'amour et le sang. Mais Tavernier ne jouit pas vraiment du statut de grand auteur austère dont peut se vanter Chéreau, et Mélanie Thierry est loin de l'aura que dégageait Isabelle Adjani à l'époque. Par ailleurs la séquence historique la plus marquante de La Princesse de Montpensier n'est pas un grand bain de sang déjanté et éprouvant mais une nuit de noces forcée où la demoiselle est dépucelée dans la douleur, surveillée jusque dans ses saignements par une femme de chambre omniprésente tandis que son père et son beau-père jouent aux cartes assis sur le bord du lit pour s'assurer du bon déroulement de la cérémonie d'accouplement. En dehors de l'éventuel intérêt documentaire de l'anecdote, il n'y a pas de quoi applaudir Tavernier, qui filme presque la scène avec cette vulgarité qui la constitue et qu'il veut condamner. Peut-être aussi que le cinéaste a voulu faire un film non seulement historique mais puissamment romanesque, sauf que son récit est plein d'incohérences, ou disons de manques... y'a des courants d'air là-dedans qui m'ont complètement enrhumé.



Je l'ai vu à une avant-première, en présence de Tavernier et de Gaspard Ulliel, qui n'a pas de chance car une forme de disgrâce physique s'empare de ses traits quand il est à l'écran alors qu'il en impose un peu plus en chair et en os, la scrupuleuse machinerie du cinéma ne se laissant pas prendre à ce vague charme qu'il peut peut-être avoir de visu grâce à des habits très chers et à une coiffure en plâtre qu'il ne quitte plus depuis la pub de Scorsese qui l'a révélé à tout un tas de femelles de 7 à 77 balais qui ont détrempé sous mes yeux les fauteuils de l'UGC et l'ont aveuglé de leurs flashs et de leurs sourires éhontés. Ulliel qui n'a pas de chance non plus car il sonne apparemment assez creux, d'après les réponses qu'il a pu donner aux questions que ses fans lui posaient. Son personnage est quant à lui complètement débile remarquez. Mais je ne m'étendrai pas sur un quelconque grief à l'encontre du balafré du cinéma français, c'est pas de ça du tout dont je veux parler. Tavernier dit avoir pensé à La Prisonnière du désert pour son plan final, mais précise qu'il n'a pas voulu l'imiter, parce que c'est de toute façon trop beau. "Si un jour j'arrive à faire le centième de ce que fait Ford dans ce plan, sans dialogues ni rien, je pourrai dire que j'ai accompli quelque chose". Au moins est-il lucide, le bigleux bougre cinéphile aussi putain de bavard que son propre film. Mais il est aussi aux fraises... Renoir, expliquant son souhait avec La Règle du jeu de s'éloigner du naturalisme de La Bête humaine pour retrouver le classicisme de Marivaux, Beaumarchais ou Molière, disait : "C'est très ambitieux, mais je vous ferai remarquer, mes chers amis, que quitte à prendre des maîtres il vaut mieux les prendre grands ; ça ne veut pas dire qu'on se compare à eux, ça veut tout simplement dire qu'on essaie d'en prendre de la graine". Tavernier pourrait essayer d'atteindre le centième du génie de Ford, déployé en un seul plan, certes magnifique, ça serait au moins un geste ambitieux... Au lieu de ça son film est parfaitement raté, et les critiques ont eu raison de le descendre à sa sortie à Cannes.


La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier avec Mélanie Thierry, Gaspard Ulliel et Lambert Wilson (2010)

16 commentaires:

  1. Et puis on en a rien à foutre d'aller voir un film de capes et d'épées dans capes ni épées en 2010 avec pas mieux qu'Ulliel.

    RépondreSupprimer
  2. Pour compléter cet article...
    http://www.seins-screen.com/2011/03/la-princesse-de-montpensier-les-seins.html

    RépondreSupprimer
  3. Meilleur film français de 2010.

    RépondreSupprimer
  4. J'ai profité de l'occasion offerte par ce commentaire enthousiaste pour relire ma critique et rajouter quelques trucs dans le paragraphe central, ainsi qu'une image du film qui causera à certains d'entre vous, qui appartiennent au genre masculin.

    RépondreSupprimer
  5. Sympa, big up dans mon estime. :D

    RépondreSupprimer
  6. Mouais, cette nouvelle image a beau être une fille topless, ça reste mélanie thierry, ça reste une carpe Koï aussi pourrie de la moëlle que Mlle Laurent.
    Ca reste une merde ce film

    RépondreSupprimer
  7. Je ne cherchais pas à tout prix à me dissimuler Plex.

    RépondreSupprimer
  8. Vive le vidcap !







    Ca évite de regarder de mauvais films.

    RépondreSupprimer
  9. Regardé l'autre jour sur Canal+, c'est une torture ce film !

    RépondreSupprimer
  10. Et au cinéma je t'en parle pas !

    RépondreSupprimer
  11. Fameux, le blaze du chat de ton padre !

    RépondreSupprimer