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6 septembre 2020

I See You

Vous êtes fatigué, lessivé, crevé, et ça n'est pas ce soir que vous arriverez à combler vos lacunes cinématographiques en regardant enfin l'un de ces grands classiques qu'il manque encore à votre culture gé' ? Cela fait même plusieurs fois de suite que vous vous endormez piteusement devant le film choisi après moult tergiversations ? Vous recherchez donc un truc prenant, accrocheur, captivant, qui saura vous maintenir alerte pendant 1h30 ? N'allez pas plus loin, I See You est fait pour vous. S'appuyant sur un scénario particulièrement malin signé Devon Graye, plus connu pour avoir joué dans de nombreuses séries télé et incarné notamment le jeune Dexter, Adam Randall nous propose un film dont on peut s'étonner qu'il n'ait pas davantage fait le buzz, à l'heure où la toile s'enflamme régulièrement pour si peu et des œuvres bien vite oubliées. Vite oublié, I See You le sera peut-être aussi mais, au moins, il vous aura fait passer un bon moment et même permis de vous dire "Ah, je suis pas si vieux que ça, j'arrive encore à rester éveillé pendant 1h30 devant un film, sans jamais que mon attention ne décline". Quand les effets du vieillissement, de la dégradation physique et mentale, se font un peu plus ressentir chaque jour, ce genre de pensée est toujours bon pour le moral.




La plus grande malice d'Adam Randall et Devon Graye est d'avoir assez habilement su mêler les genres pour mieux déjouer les attentes du spectateur et le surprendre continuellement. A quoi avons-nous affaire ? Durant les toutes premières minutes, et ces plans aériens sans doute réalisés à l'aide d'un drone, qui nous dévoilent un de ces riches et coquets coins d'Amérique, pavillonnaire et tranquille, où l'on suit un gosse à vélo qui finit par disparaître dans les bois, on croit tenir un énième thriller avec serial killer de banlieue chic et trop normale, comme les américains en raffolent. Mais un doute apparaît déjà. Roulant dans les bois à bonne vitesse, le gamin finit par décoller du vélo, comme soulevé par une force invisible ou, plus prosaïquement, comme si son buste avait heurté de plein fouet un fil discrètement tendu sur son chemin. Cela m'a rappelé la fois où mon frère Poulpard, aka Brain Damage, avait pris la corde à linge au milieu du front alors qu'il jouait avec Clintou (aka le meilleur chien), sombrant instantanément dans un blackout d'une après-midi. Le corps du gosse se soulève donc au ralenti et l'on se demande alors s'il n'y a pas déjà une touche fantastique là-dedans. En tout cas, cela suffit à nous interpeller, bien joué.




Nous découvrons ensuite la petite famille d'Helen Hunt, qui habite une fort jolie maison bien trop grande pour elle, avec vue sur le fleuve. Une famille en pleine crise depuis l'infidélité de la maman : le père, flic, pionce désormais sur le canapé du salon tandis que le fils, en pleine adolescence, en veut terriblement à sa mère. Le paternel doit enquêter sur les nouvelles disparitions d'adolescents, qui rappellent des cas survenus il y a des années, une affaire que l'on croyait pourtant réglée. Dans le même temps, des événements étranges surviennent dans la maison, comme si une présence malfaisante hantait les lieux... Ainsi, alors que I See You se présente d'abord comme un thriller se déroulant dans un décor et un contexte des plus communs, il sème rapidement le doute et vient ensuite naviguer dans les eaux plus troubles du film de maison hantée, entretenant l'ambiance un chouïa fantastique annoncée par la scène d'introduction.




Quand le mystère développé par le scénario devient si épais qu'on ne sait plus à quel saint se vouer et qu'il devient temps de nous faire croire en une résolution possible, I See You prend une direction et même une forme totalement inattendues mais salvatrices. La continuité du récit est alors rompue, on fait un petit bond de quelques jours dans le passé et l'on se retrouve face à un... found footage. C'est par ce biais, pour une fois très intelligemment utilisé, que nous découvrons, avec un certain amusement, tout ce qui explique les événements les plus bizarres survenus jusque-là au domicile d'Helen Hunt. Le film, abandonnant certes pour de bon le potentiel surnaturel de son intrigue, trouve alors un second souffle. Il réussira à maintenir notre intérêt jusqu'au bout en lorgnant très souvent vers le film d'horreur, convoquant même, avec beaucoup d'à propos là encore, les codes habituels du slasher, avec une menace masquée et intrusive, et ceux du home invasion.




La réalisation d'Adam Randall est très correcte mais sans génie, elle parvient tout de même sans souci à jouer sur les différents tableaux et à rendre parfaitement lisible le scénar diabolique de Devon Graye. Ce dont le film souffre le plus, c'est sans doute de cet imaginaire archi connu et rebattu avec, au programme, en vrac : cabane glauque au fond des bois, jeunes victimes séquestrées, enterrement improvisé à pas d'heure et tout le tintouin. Rien de bien original là-dedans, n'est-ce pas ? Dans le même esprit, les personnages sont trop faibles, trop attendus, à commencer par celui qui s'avèrera être à la source de tout ce merdier. N'est-ce pas sur lui que n'importe quel spectateur aurait pu miser dès le départ ? L'acteur, Jon Teney, est un peu léger... Seule Helen Hunt, qui cultive le potentiel anxiogène de son visage désormais si lisse, tire son épingle du jeu. On peut regretter qu'elle soit bien la seule de la famille... I See You s'inscrit complètement dans la lignée de ces nombreux films qui dévoilent ce qu'il peut y avoir d'horrible derrière le vernis de la petite famille bourgeoise américaine. Bref, vous l'aurez compris : à l'ouest, rien de nouveau. Et, si nous nous laissons porter avec plaisir, le dénouement de tout ça pourra apparaître, a posteriori, assez facile aussi. Les ficelles reliant tout ce beau monde, expliquant le pourquoi du comment, sont un peu épaisses, le scénario apparaît rétrospectivement trop tarabiscoté et, finalement, plutôt convenu et prévisible. Pour ces raisons, I See You n'est donc pas beaucoup plus qu'un petit thriller drôlement efficace mais, par les temps qui courent, c'est déjà pas si mal et ça se fait même très rare, alors ne boudons pas notre plaisir. 


I See You d'Adam Randall avec Helen Hunt, Jon Tenney et Judah Lewis (2019)

13 janvier 2015

How do you know

Je me suis franchement demandé pourquoi ce film apparaissait dans tant de tops de fin d'année en 2011 (pas tant que ça en réalité, mais même si peu c'était mystérieux). Ne voulant surtout pas être passé à côté d'une grande comédie romantique américaine contemporaine de merde, je me suis dit "vois-le, y'a peut-être moyeeeen...". Je l'ai donc lancé comme on va au boulot. Si je devais essayer d'expliquer de façon organisée et respectable la raison du succès relatif de ce film auprès d'une certaine frange de la cinéphilie française, je dirais, aidé dans ma quête de sens par mon acolyte Félix, qui a lancé ce film de son côté longtemps avant moi et qui n'a pas tenu un quart d'heure devant, que c'est à cause de James L. Brooks, réalisateur, quatorze ans plus tôt, de Pour le pire et pour le meilleur, une comédie romantique plaisante, le haut du panier de ces vingt dernières années, ménageant la romance idyllique entre un vieux tocard plein de tics (Jack Nicholson) et une serveuse à gros nibards (Helen Hunt), avec un électron libre homosexuel entre les deux incarné par un Greg Kinnear à voile et à vapeur.




C'est assez typique de certains critiques français que de s'amouracher d'un ou deux auteurs de films populaires plus finauds que la moyenne et de vouloir dénicher à tout prix LA comédie ricaine maudite, incomprise, méprisée par le commun des mortels incapable d'en saisir tous les enjeux narratifs et de déceler un discours passionnant derrière des pirouettes légères, pour mieux lui rendre justice de façon tout à fait démesurée. Funny People, du triste Judd Apatow, a pu bénéficier du même traitement de faveur usurpé. On trouve une profondeur folle à des saloperies terribles qui, même si elles ont peut-être deux ou trois idées de plus que la base des films du genre, restent essentiellement laides, et sont une telle plaie à regarder qu'on devrait s'en foutre royalement. Quelques fans se sont extasiés sur la scène dont est tiré le photogramme ci-dessus, qui se veut un pur cadeau de James L. Brooks pour Owen Wilson (je ne dirai pas un mot d'insulte envers ce con dans cette critique), ici dans la peau d'un sportif plein aux as et totalement débile (personnage très "apatowien" d'ailleurs, en décalage par rapport aux autres protagonistes du film) qui passe le script à draguer Reese Witherspoon. Une fois arrivé avec elle en bas de l'hôtel qui lui sert de garçonnière, il recule aux côtés du portier pour laisser à sa conquête "de l'espace pour réfléchir" et prendre sa décision avec les coudées larges. Cette drôle d'idée donne lieu à une scène étrange, ni drôle ni franchement brillante, tout juste surprenante par son déroulement aussi improbable que sans intérêt, qui a suscité chez certains un engouement incroyable et les a poussés à parler pour James L. Brooks d'un génie du traitement de l'espace ! Rien que ça... C'est du délire mais franchement j'ai envie de saluer sincèrement, et sans ironie, les gens qui arrivent à se mettre en mode "analyse" devant un truc si naze, et à porter un jugement aussi excessivement enthousiaste sur des scènes merdiques au pire, complètement factices et faiblardes au mieux. Faut quasiment avoir un grain pour faire ça mais c'est cool d'être fan à ce point.




Bref, que voulez-vous, certains semblent avoir envie de trouver le film maudit du cinéaste populaire plus méticuleux qu'il n'en a l'air, réfléchi sous ses airs de yesman, reconnu par des esprits éclairés comme un véritable auteur à saluer, et à ne surtout pas ignorer, contrairement aux Américains, sous prétexte qu'il fait de la comédie. Apatow est un exemple idéal, James Leroy Brooks aussi désormais, voire même Woody Allen, qui pour le coup a un solide statut d'auteur, et qui a réalisé par le passé (ça remonte...) de très bons films, mais qui jouit quand même quelque part du privilège de ne pas plaire à ces-cons-d'Américains qui ne savent pas voir la qualité de leurs auteurs, alors que nous, spirituels européens, nous ne les comprenons que trop bien (y compris les films récents de Woody qui, et depuis déjà un paquet d'années, sont des purges horribles à côté desquelles même How do you know est un plaisir coupable de spectateur).




Mais si je devais tâcher d'expliquer, de façon moins organisée, le petit succès dont jouit ce film, je ne dirais que deux mots (qui en appellent bien d'autres, affaire à suivre) : Reese Witherspoon. Moi-même, je vous l'avoue, je ne suis pas clean sur ce coup-là, et si je n'ai pas complètement détesté ce triste How Do You Know c'est uniquement grâce à la dénommée Reesy Witherspoon. Le film dure deux heures (c'est déjà une aberration pour une comédie romantique de ce genre), or mon "dvd" (notez les guillemets et faites moi un procès !) s'est arrêté net à 1h20 de film, sans raison apparente. J'ai relancé la lecture : idem. J'ai supprimé les fichiers image et son du "dvd" officiel du film, puis je les ai re-copiés sur ledit "dvd" "acheté" "35 euros" en "version simple" sans "bonus" à la "Fnac" du coin, j'ai relancé, rebelote. Comment expliquer mon comportement de malade mental méga maso ? Comment expliquer une telle dépense d'énergie, un tel acharnement pour aller au bout de How Do You Know ? Si ce n'est par la prise de pouvoir d'un calcif Bodywear sur mon cervelet (rendu HS il est vrai par le projet inique du film de Brooks).




Tout ça à cause de Witherspoon, cette actrice qui jusqu'ici ne m'évoquait absolument rien d'autre que quelques moqueries finement ciblées sur la partie inférieure atrophiée de son visage prognathe, qui lui a valu un rôle dans Mysterious Chin de Gregg Araki. Comme plein de gens je me suis foutu de son menton de malade, qui lui a aussi permis un caméo dans The Chin du diable de Guillermo Del Toro. Tapez "chin" dans google image et la tronche de Witherspoon apparaîtra sur toutes les images de la première page de résultats, véridique ! Je n'ai pas essayé de taper "face de pioche" parce que j'ai trop peur de tomber sur les mêmes photos, et comme désormais j'ai un passif avec cette actrice, je me préserve.




Et pourtant... Witherspoon... C'était pas du tout un de mes highlights... James L. Brooks m'a pris à revers, il m'a pris en traitre avec un "service calbar", je m'attendais à tout sauf à ça, et finalement c'est là son vrai, son seul talent sur ce film, c'est d'avoir su filmer une actrice à mi-chemin entre la belle et la bête (dur...) de telle façon que le spectateur mâle ait les yeux plus ou moins scotchés à l'écran. J'avais envie de partager les tenues faussement sportswear et réellement sexy que trimballe l'actrice dans chaque scène de ce film. On sent que le réalisateur aurait aimé être tout nu derrière sa caméra, pour être plus tranquille (ça a dû lui arriver une paire de fois à mon avis). Reese Witherspoon est elle-même dénudée sans l'être, épaule perçante, jambes aux quatre coins, du rouge à lèvre sur tous les orteils, et j'en passe. Le réal devait être au moins en short lui aussi, dans la même tenue que Reese sur l'image ci-dessus, pour diriger le film depuis le fauteuil de tournage floqué à son nom, je ne vois pas comment c'est possible autrement, on ne peut porter un falzar jusqu'aux chevilles dans ces conditions. J'ai maté ça sur ma télé et j'avais moi-même envie de trancher les manches de mon pull et de mon pantalon pour mater le film tel quel, je vous le dis à vous, je pourrais le dire à d'autres.


How Do You Know de James L. Brooks avec Reese Witherspoon, Owen Wilson, Paul Rudd et Owen Wilson (2011)

21 avril 2014

Twister

C'est peu de dire que Jan de Bont était attendu au tournant après Speed, succès planétaire et classique instantané du film d'action des années 90. Prudent, consciencieux et malin, Jan de Bont, qui avait ouvert sa carrière par un chef-d’œuvre, tel Orson Welles, Jean-Luc Godard, François Truffaut, Nicholas Ray ou Robert Rodriguez, voulut assurer ses arrières pour son second long en collaborant avec des valeurs sûres du box-office : Michael Crichton au scipt, Steven Spielberg à la production et tous les protégés de ce dernier derrière lui (Kathleen Kenedy au financement, Michael Kahn au montage, Jeremy Davies, l'éternel ami d'E.T., à l'arrière-plan dans une scène coupée, etc.). Petit topo sur Michael Crichton : rappelons que le bonhomme est un foutoir à idées de génie, c'est le roi du scénario qui tient en un mot et qui fout le monde entier sur le cul, à l'instar d'un Stephen King, d'un Philip K. Dick ou d'un Richard Matheson. C'est notamment lui qui a écrit Jurassic Park (on ne vous rappelle pas l'idée de base du film, consistant à ranimer Sam Neill à partir de l'ADN d'un moustique et des hormones d'une grenouille, jusqu'à ce qu'il finisse par péter un plomb, se libère de sa cage et bouffe tout le monde...). Quelques années plus tôt Crichton avait lui-même réalisé un film intitulé Westworld, basé sur le même genre d'idée, avec des cowboys animatronics à la place de Sam Neill. Moins connus mais tout aussi originaux, il a écrit La Proie, où des nanorobots en forme de moustiques destinés à l'armée échappent au contrôle de leurs créateurs et foutent le boxon, il a aussi écrit Congo, où un orang-outang natif du Congo dopé à l'ADN de crapaud pète les plombs et échappe au contrôle de ses maîtres pour foutre la merde, sans parler d'Urgences, la série télé qui a rendu célèbre l'acteur Noah Wyle, avant qu'il n'échappe au contrôle de son psychiatre et mette la ville de Plymouth à feu et à sang (la police le traque toujours).




La collaboration entre celui qui était alors le nouveau pape du film d'action, De Bont, et Crichton, la boîte à idées la plus fructifiante d'Hollywood, avait tout pour casser la baraque (comme on le voit sur l'affiche). L'argument du film est encore une fois tout simple, et ses auteurs en ont conscience, misant tout sur une efficacité sans froufrous : un ancien couple de climatologues se retrouve dans l'Oklahoma avec pour mission d'étudier une phénomène météorologique aussi dévastateur que méconnu, les tornades, et pour ce faire ils devront rien moins que placer au cœur de l'une d'elles une webcam en titane. Hélas, nos spécialistes des tornades seront eux-mêmes surpris par l'amplitude de celle qui s'abat sur leur tête, la plus puissante jamais observée dans le midwest américain depuis 30 ans, de catégorie F5, le genre de bourrasque qui vous rafraîchit votre page firefox en un clin d’œil si elle s'abat près de chez vous. Les effets spéciaux, primordiaux dans un film catastrophe supposé vous clouer le bec, sont diablement réussis. Jan de Bont n'avait pas froid aux yeux et voulait tourner au plus près de vraies tornades pour limiter les ajouts numériques forcément déceptifs en 1996, et si quelques perchmans y ont laissé leur peau (il y en a encore deux dont les cadavres n'ont pas été retrouvés, c'est à peine si on a pu mettre la main sur quelque tas de peaux susceptible de leur avoir appartenu) le résultat est bluffant à l'écran, encore aujourd'hui. Mais cela ne pouvait pas suffire, et la plus grande malice de De Bont et de sa clique, malice héritée de Spielberg à n'en pas douter, tient dans l'art du casting.




Soyons galants, commençons par Bill Paxton. Abonné aux seconds rôles (notamment chez Cameron, celui qu'il nomme son BFF, en concurrence avec Schwarzy, qui de toute façon ne comprend pas l'acronyme BFF), seconds rôles qu'il rend merveilleux par des punch-lines inventées sur le vif, Paxton est ici le premier rôle masculin. Ce statut lui rendit le tournage bien douloureux : il ne se sentait pas à sa place et appelait sa mère entre chaque prise pour lui signifier son mal-être et pour comprendre ce qui lui arrivait. Grand directeur d'acteurs devant l'éternel, Jan de Bont a su le mettre à l'aise en lui rappelant que pour lui l'Alien d'Aliens n'était nul autre que Paxton lui-même, phrase qui par miracle toucha l'acteur droit au cœur et lui rendit confiance. Au point que dans une scène phare du film, où le couple vedette se retrouve dans l’œil du cyclone de façon totalement imprévue par l'équipe technique, l'acteur a eu ce réflexe ô combien salvateur de sortir son ceinturon en cuir de bison futé et de s'accrocher d'une main à une canalisation à l'aide de cette lanière de cuir tout en retenant sa partenaire de son autre autre main, agrippée aux nibards d'Helen Hunt.




Helen Hunt avait eu la bonne idée de venir sur le plateau avec ses plus beaux atouts. A cette époque l'actrice menait un régime réservé aux femmes souffrant de problèmes de dos inquiétants dus au poids supporté par une colonne vertébrale pas faite pour ça. Privée de produits laitiers et de tout aliment à base de farine de blé, Helen Hunt devait chaque matin faire des dons importants de lactose à Bernard Kouchner pour Médecins sans frontières. Un débardeur blanc pour tout vêtement, c'est aussi la tenue pensée par Jan de Bont lors d'un de ces matins où il se levait en sursaut après avoir eu une illumination nocturne. Très souvent, le blanc est la couleur qui, mouillée, laisse apparaître le divin, et ce film le prouve dans maints extraits triés sur le volet par un De Bont humaniste et tourné vers son prochain testiculeux. Mais ce qu'on écrit là est incomplet, parce que non contente d'être trempée, Helen Hunt tape quelques sprints à faire rougir Marie-Jo Pérec, auteur de Les Choses et de La Vie Mode d'Emploi, qui à l'époque était pourtant plutôt perchée dans le domaine de la littérature potentielle et de la course à pied. Et sur ce fait, suivez mon regard, même s'il se balade de haut en bas et de droite à gauche à chaque foulée de l'actrice Hunt dans un mouvement de balancier qui ferait oublier la faim, la soif, le sommeil, toutes ces choses primaires et vitales...




Bref, Twister, ça décoiffe ! Tout le monde se souvient et s'émeut encore de ce plan où l'on voit une vache s'envoler et tournoyer à une vitesse folle dans un "Mmmmeüüûûhhhh" glaçant, pour être finalement embarquée par la tempête et finir empalée sur la pale d'un moulin à vent (car il y a toujours un moulin dans un film de De Bont, natif d'Eindhoven). Mais il faut savoir, il serait temps, que c'était une vraie vache, pas du tout un prodige d'effet spécial. C'était un véritable animal vivant, catapulté par un trébuchet moyen-âgeux tel un boomerang. C'est en tout cas ce que De Bont avait promis à son dresseur de bœufs attitré : "Tu verras, elle va nous revenir !". Mais la bête est bel et bien morte et Jan de Bont en rit encore. Il a peut-être perdu un ami mais il a gagné l'admiration de toute une profession et d'un public innombrable. De Bont, qui a quand même le rire facile, s'esclaffe de plus belle et pour un rien quand un spectateur lui demande sous quel logiciel ses ingénieurs ont été capables de faire ça, en 1996, à l'époque de Windows 3.1 et de la sortie en fanfare de la révolution vidéoludique "Lemmings". Il se marre comme une baleine lui qui sait qu'une authentique vache à lait de race Milka a été projetée dans les airs en meuglant pour la dernière fois et pour sa survie, avec un regard d'incompréhension qu'aucune machine ne pourra jamais reproduire mais que le caméraman hors-pair de De Bont sut capter, sut choper (pour ne pas dire "immortaliser") en plein vol...





Finissons par un bilan chiffré : sans revenir sur les deux perchmen morts/disparus et la vache sacrifiée pour le show, le film a rapporté 300 000 000 dollars alors qu'il n'en a coûté que le tiers. Trois fois la mise c'était la règle pour De Bont à l'époque. D'ailleurs c'était son surnom : "trois fois la mise". Il répétait ça sans arrêt à tous ceux qu'il croisait. Quand il a tourné Speed 2 : Cruise Control l'année suivante, il errait sur le plateau, ou plutôt sur le bateau, tel un fantôme, en murmurant "Trois fois la mouise...". Twister fut donc son second film et son dernier chef-d’œuvre. Après ça De Bont a remis le couvert trois fois et a mangé de la merde à tous les coups.


Twister de Jan de Bont avec Bill Paxton et Helen Hunt (1996)

22 août 2011

Hantise

Y'a pas d'affiche de ce film sur Allociné. J'ai dû aller en commander une sur Allposters.com, la scanner à la COREP sur leur matos dernier cri pour ensuite la réduire avec Adobe Photoshop et la mettre en vignette ci-contre à gauche. Quand y'a pas l'affiche d'un film sur Allociné, c'est parlant, c'est un signe. Quand y'a pas un seul type d'Allociné (troisième PME de France derrière le PMU), qui s'est dit : "Aaaaaallez, je m'y colle ! Je vais commander l'affiche de cette merde sur Allposters.com, la scanner chez COPYRAMA, sur le T1000, pour ensuite la réduire avec TuxPaint for Mac et la mettre en vignette ci-contre à gauche de mon site en jaune et blanc qui fait ramer même les pires bêtes de foire de chez Intel i7", quand y'a pas un seul type d'Allociné qui s'est dit ça, c'est mauvais signe.




Ce film est signé Jan de Bont, prononcez Yann de Bont. Ce réal a été au top, mais pas longtemps. C'est une étoile filante. La plus filante d'Hollywood. Il a réalisé Speed, succès surprise au box office qui a fait de Sandra Bullock et de Keanu Reeves les deux stars que l'on connaît : l'une a fini avec l'Oscar, s'il vous plaît, l'autre c'est juste l'élu, y'a pas d'autre mot. Après ce phénomène sur quatre roues (j'ai parlé du film pendant un an non-stop après l'avoir vu au ciné), De Bont a continué sur sa voie en faisant preuve une nouvelle fois d'une science infuse du "couple qui tâche" quand il a casté Bill Paxton et Helen Hunt pour Twister. L'idée du film c'était de faire courir la sublime Helen Hunt en t-shirt mouillé au devant des tornades, et de montrer Bill Paxton en contrechamp, au volant de son 4x4, filmant la scène avec la banane en grand amateur de tempêtes devant l'éternel. C'était peut-être pas l'idée de script du siècle, mais les effets spéciaux étaient du tonnerre ! Après ce deuxième succès d'estime, De Bont, qui rappelons-le était au départ le dirlo photo des plus grands (Verhoeven pour Basic Instinct, McTiernan pour Piège de cristal, Richard Donner pour L'Arme fatale 3, etc.), a eu l'idée folle, boosté par un chèque en bois, de réaliser Speed 2 Cruise Control, dont le principe était de remplacer le bus par un bateau... Keanu Reeves, qui a toujours eu un flair d'enfer (c'est lui qui a chipé le rôle de Néo à Will Smith dans Matrix), a intelligemment dit "Stop", remplacé au pied levé par un Robert Patrick moins clairvoyant et moins bandant. C'était remplacer Guivarc'h (meilleur buteur du championnat de France 1997/1998) par Diomède : on courait à la catastrophe. S'étant donc enterré vivant avec Speed 2, l'un des plus gros flops de l'Histoire du Cinéma (parlez-en à Bob Weinstein pour lui plomber sa journée), De Bont cherchait le contrat juteux et le film à pétrole pour se relancer, ne sachant pas qu'il allait au lieu de ça jeter la dernière pelletée de béton sur son propre cercueil, s'enlisant dans un bunker fatal dont il ne ressortirait jamais.




Deux ans après ce fiasco, on a dit à De Bont : "On te donne un dernier gros billet, en échange, fais revivre le cinéma de genre !". Il lui a tiré une balle entre les deux yeux avec Hantise, ce remake d'un classique de Bob Wise, tiré d'une histoire fausse, et qui a coûté une centaine de millions de dollars pour un tournage en studio entre quatre murs (ça revient cher le mur). Le casting coûtait un bâton : Catherine Zeta-Jones (c'était la tuerie de l'époque, elle en a fait suer des fronts dans les années 90), Liam Neeson (alors auréolé de son rôle de Juste dans La Liste de Schindler), Lili Taylor (abonnée aux rôles de camées dans tous ses films et qui n'a jamais vraiment percé) et le débutant Owen Wilson (dans le rôle de la femme de chambre), qui tournait gratos à ce moment-là et qui n'a jamais été payé depuis, pour aucun de ses rôles. De Bont a tué le sous-genre "Film de Maison Hantée" dans ce nanar qui tire sur la corde et dont les effets spéciaux étaient déjà datés à l'époque. C'est le seul film que j'ai vu en pionçant comme une souche au cinéma. En signant son nom au générique de ce taudis cinématographique, De Bont gravait son blaze sur sa propre pierre tombale dans le cimetière des plus gros cons d'Hollywood.


Hantise de Jan De Bont avec Liam Neeson, Catherine Zeta-Jones, Lili Taylor et Owen Wilson (1999)