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11 juillet 2015

Celeste and Jesse Forever

J'aimais bien Rashida Jones. Pour moi, c'était un hymne au métissage, soit tout l'opposé de Maya Rudolph. Rappelons que son père n'est autre que Quincy Jones, surnommé "Q", le célèbre trompettiste, arrangeur, compositeur et producteur audiovisuel américain qui a su mettre les blacks en vedette : Le Cosby Show, Le Prince de Bel Air, Oh Happy Days. Quant à sa mère, il s'agit d'une actrice blonde platine d'origine irlandaise et russe qui n'a jamais percé, mais qui s'est faite percer. Leur croisement a donc donné deux filles agréables à regarder, parmi lesquelles Rashida Jones, que l'on a tous découverte dans The Office où elle éclipsait presque Jenna Fischer. Bref, on l'aimait bien, mais ça, c'était avant de voir ce film atroce. Celeste and Jesse Forever m'a mis la rage dès son générique d'ouverture. Rashida Jones en est la scénariste, l'actrice principale et la productrice exécutive. Si elle avait su tenir une caméra, elle l'aurait également réalisé.




Rashida Jones joue une working girl trentenaire égoïste, habitant dans une villa de 800m², avec toujours à la main une tasse de café ou un verre de vin rouge. Elle incarne le comble de l'insupportable. Le stéréotype de la gonzesse que l'on veut fracasser (pas de misogynie ni d'appel à battre les femmes ici, ça aurait été un humain mâle avec les mêmes attitudes, il aurait constitué le stéréotype du gonze qui se fait fracasser). Elle est pleine de tics dégueulasses, d'expressions et d'intonations qui rendraient fou même un psychologue spécialisé dans le traitement du syndrome de la Tourette. L'idée du film, l'idée de Rashida Jones, qu'elle mûrit depuis 15 ans en pensant que ça ferait un putain de film, c'est de commencer sa comédie romantique par ce qui est d'ordinaire son dernier acte : la séparation, que l'on sait temporaire, du couple, avant sa réconciliation sur l'oreiller.




Les dix premières minutes du film, nous voyons donc Celeste et Jesse mener une vie idyllique de couple : discussions de tout et de rien, bastons de regards complices, échafaudage de plans sur la comète, échanges de private joke capables de rendre les célibataires endurcis encore plus endurcis... Lors d'une scène de repas au restaurant avec un couple d'amis, le lièvre est levé : ils sont séparés depuis 6 mois mais continuent à traîner ensemble au quotidien, ce qui met mal à l'aise leurs amis, au point de quitter la table brusquement (véridique). Le film débute donc en quelque sorte là où la plupart des "romcoms" ont déjà fait un sacré bout de chemin. Le générique d'ouverture (une série de vignettes pestilentielles de leur vie amoureuse passée) nous a peut-être semblé épargner les trois quarts du film, mais après ces 10 minutes, il reste 1h20 ! Jesse et Celeste, qui s'entendaient comme cul et chemise, Jesse et Celeste, qui avaient l'air d'être faits l'un pour l'autre, s'étaient séparés car Celeste veut que le père de ses enfants gagne au moins 10 kilos de dollars chaque semaine, possède une belle bagnole (minimum 5 places, de préférence un SUV) et ait un compte en banque qui génère des intérêts massifs. On invente rien, voici le portrait du père idéal selon Rashida Jones, diplômée de Harvard.




Pendant tout le film, on voit Rashida Jones "multiplier" les conquêtes pour essayer de faire réagir Jesse, qui de son côté se retrouve rapidement en ménage avec une bombe atomique venue de Hollande. Quand Rashida Jones rencontre un guignol qui est le sosie foiré de Harry Connick Jr., celui-ci se présente à elle comme possesseur d'une automobile, d'un compte courant et d'un fax, et ça marche ! Entre temps, elle rencontre toutes sortes d'individus plus ou moins psychopathes, dont un qui décide de se masturber frénétiquement contre elle dès le premier soir. Cela pourrait donner une scène très excitante (dans nos esprits dérangés par 15 années de permissivité débridée sur internet), cela donne en réalité envie d'éteindre la télé et de changer de hobby en se réfugiant, par exemple, dans la boustifaille. Au fur et à mesure que le film passe, Celeste se rend évidemment compte qu'elle est toujours amoureuse de Jesse et quand elle apprend que ce dernier va avoir un enfant avec une autre femme, elle voit rouge ou, comme dirait son père, "elle voit black".




Le schéma classique de la comédie romantique hollywoodienne est respecté à la lettre, malgré le point de départ a priori transgressif et des acteurs que l'on croyait moins moisis que d'habitude. A la fin du film, nous sommes toutefois pris à revers : Celeste et Jesse ne se remettront jamais ensemble (à moins d'une scène post-générique qu'on a zappée), la morale de l'histoire étant que pour se séparer une bonne fois pour toutes, il faut marquer le coup, et signer au plus vite les papiers du divorce dans un cabinet d'avocats agréés. Il est possible de rester amis, à une condition, et je la rappelle : signer les papiers du divorce fissa. Si on n'est pas mariés, il suffit de signer un papier quelconque. Est-il possible de rester amis après s'être séparés ? Après qu'il se soit séparé pour de mauvaises raisons, est-il possible pour un couple de se reformer ? Est-il possible ? Que sais-je ? Ces questions ne trouveront donc jamais de réponse définitive. La seule chose qui me vient après avoir vu ce film, c'est l'expression "So help me God".




Je m'attendais à un film certes axé sur une histoire d'amour, mais possiblement drôle, puisqu'on y retrouve tout de même Andy Samberg dans le premier rôle masculin. On sait cet homme-là capable de faire rire. Il le prouve depuis des années au Saturday Night Live et il a su concrétiser sur grand écran ce potentiel comique dans des films tels que Hot Rod ou Crazy Dad. Ici, il fait un sort à sa carrière cinématographique. Il creuse un trou sans bruit, il enterre sa carrière, il la recouvre de terre discrètement. Puis fait caca sur le monticule de terre fraîchement retournée, sans s'essuyer. Nous aimons toujours Andy Samberg, car on aime plus durablement quelqu'un qui nous a fait rire qu'une tocarde simplement bien balancée. Nous maintenons notre confiance en Andy Samberg, car il maîtrise le difficile exercice de faire rire les gens de bon cœur tandis que Rashida Jones n'a pour elle que son cul, remplaçable par 10 millions d'autres. Je sais, c'est moche, mais vu la façon dont Rashida Jones représente les femmes dans son film, c'est pas cher payé.




Ce film rappelle inévitablement Friends With Kids de Jennifer Westfeldt, puisque l'on y croise les mêmes problématiques de trentenaires plein aux as, individualistes et, surtout, ultra cons. On y retrouve une même morale puante, un même portrait glaçant d'une certaine société occidentale vue à travers la lorgnette d'un(e) débile mentale dont on a envie de briser chaque os, en commençant par le coccyx. C'est le genre de films qui, s'ils sont vus par quelques djihadistes, peuvent nous faire comprendre pourquoi certains d'entre eux pètent un câble au point de vouloir nous balancer des avions sur le coin de la gueule. Ces "romcoms" font plus de mal à la planète que l'ont fait la colonisation et la décolonisation. Au point même de faire craindre de rencontrer un jour le sentiment amoureux.




Une scène donne particulièrement envie de taper sur tout ce qui bouge. Filmée dans un célèbre "plan américain serré" (celui qui consiste à cadrer le visage juste au-dessus des sourcils et en-dessous des lèvres, à ne pas confondre avec le "gros plan américain" qui englobe le front et le "gros plan américain serré" qui ne cadre que les yeux), Rashida Jones dégueule un discours atroce lors du mariage de deux personnages secondaires tellement peu étoffés qu'on ne savait même pas qu'ils étaient ensemble. Ce plan révèle les séquelles d'une adolescence difficile chez les Jones : une peau burinée par l'acné et le soleil (qui font rarement bon ménage), des dents du fond criblées de plomb, sans vie, des joues creusées par l'anxiété, un nez en piste de ski de bosses, le témoignage impitoyable d'insomnies chroniques sous les yeux, une épilation des sourcils faites "en amateur" (or la seule discipline qui peut avoir de l'intérêt en amateur, c'est le porno) et, enfin, un menton fuyant toute responsabilité. Quant à son discours, c'est une succession de lieux communs où son personnage ramène tout à elle, plus égocentrique et haïssable que jamais. Ce film ne fera pas date.


Celeste and Jesse Forever de Lee Toland Krieger avec Rashida Jones, Andy Samberg, Emma Roberts et Elijah Wood (2013)

5 décembre 2013

Bachelorette

Cette comédie américaine a cela de méprisable qu'elle nous fait vaciller sur nos propres certitudes. Le film fait le portrait de trois jeunes femmes, des trentenaires bien d'aujourd'hui, réunies pour le mariage de leur amie commune. La future mariée (Rebel Wilson) a semble-t-il, c'est film qui le dit, le défaut ultime d'avoir moins de sex appeal que ses camarades, et d'être notamment en surpoids. D'où la rage qui naît chez les trois pimbèches chargées d'organiser la fête, jalouses, indignées, révulsées que la moins sexy des quatre soit la première à se caser. Kirsten Dunst joue la working girl overbookée apparemment à l'aise dans sa peau mais à deux doigts de la crise de nerf et terriblement solitaire. Lizzy Caplan interprète la brune dynamique et imprévisible, restée coincée sur un échec amoureux datant du lycée mais incapable de le reconnaître pour ne pas froisser son amour propre. Et enfin Isla Fisher incarne la demeurée de la bande, hystérique nymphomane, suiveuse naïve et délurée qui multiplie les bourdes et les conquêtes pour faire illusion, quitte à sombrer dans une attitude autodestructrice qui l'empêche de voir le bonheur lorsqu'il se présente. Le scénario a l'air plutôt finaud dit comme ça, mais gardez à l'esprit qu'on veut seulement bien dépeindre ces trois personnages et que si un jour Leslye Headland, la réalisatrice et scénariste du film, lisait ces lignes, elle serait elle-même sur le cul, car à l'image vous ne trouverez que trois connasses rivalisant de connerie et impliquées dans une suite de péripéties minables au sein d'un film irritant, sans rythme, sans humour et sans intérêt.




Et pourtant ce triste film nous a bousculés dans nos convictions. D'abord concernant Kirsten Dunst, que nous respections jadis. Cette jeune femme de notre génération a réussi, joué dans quelques films intéressants, fait preuve d'intelligence dans ses choix (elle n'a jamais tourné avec Tarantino), mais elle se ridiculise ici et s'avère incapable de faire sourire son public. Ensuite, et surtout, ce pauvre film a questionné notre propre éthique et notre rapport aux femmes. Le spectateur mâle de cette daube peut finir par s'interroger sur lui-même et s'auto-soupçonner de misogynie si dès le départ, comme nous, il prend en grippe les trois énergumènes épuisantes qui s'agitent à l'écran, et se trouve surpris par une envie de tout casser devant leurs facéties régressives ô combien vulgaires. La pire, dans la course à la grossièreté, étant Lizzy Caplan, qui sort des insanités à intervalles réguliers et finit par créer un malaise palpable. Force est alors de constater qu'on ne supporte pas de voir et d'entendre ces grasseries à longueur de scènes, alors qu'on adore l'immaturité et le langage châtié des personnages incarnés ici ou là par Will Ferrell, John C. Reilly, Adam Sandler, Andy Samberg, Will Forte ou d'autres. Pourquoi rions-nous chez ces messieurs, et pourquoi pleurons-nous chez ces dames ? Au-delà du monde d'humour qui sépare un film comme Bachelorette de films comme Step Brothers, Crazy Dad, Hot Rod, ou MacGruber, ne serait-ce que sur papier, c'est-à-dire avant qu'un homme ou une femme n'interprète les dialogues et les situations en question, au-delà aussi d'un certain talent de comédien essentiel à la comédie (qui pourrait décemment comparer Will Ferrell et Lizzy Caplan ?), on en vient à se demander si une petite pointe de misogynie ne s'en mêlerait pas dès lors que nous ne tolérons pas la vulgarité crasse de ces demoiselles quand nous en redemandons à ces messieurs.




Sauf qu'il se trouve que nous sommes d'authentiques fans de la dénommée Melissa McCarthy qui, dans le registre de l'humour qui tache se place là. L'actrice n'a pas son pareil dans le domaine de l'obscénité débitée sur un flow presque incontinent. Vous nous direz peut-être, et nous y avons nous-mêmes pensé, que, dans notre prétendue misogynie, nous acceptons d'une femme moins immédiatement sexy ce que nous refusons chez des jeunes premières qui correspondent aux standards de beauté des podiums hollywoodiens (Dunst, Caplan, Fischer y correspondent toutes plus ou moins). Mais le fait est que nous rions aussi, quand elle nous y aide un brin, aux facéties de Kristen Wiig (dans Mes Meilleures amies, d'ailleurs aux côtés de Melissa McCarthy, ou dans Walk Hard), comme nous rions des pitreries de Sandra Bullock, actrice hollywoodienne-type (au même titre que Kirsten Dunst), qui a maintes fois élargi son registre à la comédie, souvent pour le pire, parfois pour le meilleur, comme dans Les Flingueuses, en side-kick de la sus-nommée Melissa McCarthy.




En définitive, le vrai problème d'un film comme Bachelorette n'est donc pas notre redoutée misogynie mais bien, d'une part, sa médiocrité (le film n'est jamais drôle), et, d'autre part, ses personnages, qui ne sont rien d'autre que trois parfaites ordures. Le film oublie, avouez que c'est dommage, de nous rendre son trio de trentenaires attachant. Bachelorette veut s'inscrire dans la mouvance du très médiocre Very Bad Trip en tournant le scénario au féminin, sauf que ce film modèle, si imparfait soit-il, pense à ne pas détester ses personnages et présente trois individus très différents mais pas forcément détestables. Si l'on aime certains personnages d'adolescents attardés, de machos débiles, de sales gosses, de prétentieux narcissiques, de grands naïfs ou de désespérés sentimentaux incarnés par Will Ferrell, Steve Carell, Zach Galifianakis, Adam Sandler, Will Forte, Will Arnett ou Jim Carrey, c'est parce qu'ils sont d'abord attachants, sympathiques, aimables et un peu humains. Impossible de rire avec les trois héroïnes infectes de Bachelorette, qui passent le film à mépriser leur amie obèse, à la jalouser, à ruiner consciencieusement son mariage et à sortir des horreurs sur elle sans discontinuer. On s'attendrait à ce que cette attitude ne soit que le point de départ de l'histoire, menant à un rachat quasi immédiat afin que les personnages récupèrent vite notre empathie, mais les trois débiles hautaines et méprisantes du départ sont toujours aussi pourries à la fin, et l'on se demande encore comment des auteurs de comédies (Apatow tombe aussi très souvent dans ce travers, par exemple avec le récent 40 ans mode d'emploi - et la France n'est pas de reste, de l'horrible Le Prénom à la série Platane d'Eric Judor) peuvent espérer nous captiver et nous donner envie de rire à gorge déployée en déployant sous nos yeux, et pendant des heures, une ribambelle de connards et de connasses imbuvables. C'est un peu comme aller à un one man show de Nicolas Bedos. Comment rire ?


Bachelorette de Leslye Headland avec Kirsten Dunst, Lizzy Caplan, Isla Fisher et Rebel Wilson (2012)

7 octobre 2012

Crazy Dad (That's my boy)

Très récemment nous avons salué la performance d'Adam Sandler dans le pourtant très décrié Jack & Jill. Rappelons qu'Adam Sandler détient le record de Razzy Awards, ces prix donnés aux soi-disant pires films américains et quasi systématiquement remis à des films comiques, humbles et simples de préférence mais unanimement malmenés, typiquement les comédies d'Adam Sandler qui a l'immense mérite de ne jamais se prendre au sérieux et celui non moins grand de simplement vouloir faire rire les gens. A côté de ça les vrais films coûteux, détestables, prétentieux, sérieux à n'en plus pouvoir et ratés de A à Z sont traités avec égards par ces cérémonies frileuses, par exemple Dark Knight Rises, John Carter, Nine, Prometheus, ou ces films qui pour le coup remportent de vrais Oscars et qui sont de vraies merdes, à l'image de Collision. Pourquoi donc s'en prendre à un artisan du rire comme Sandler, modeste et sincère, ou à d'autres comiques comme lui qui peuvent se louper parfois mais qui savent au moins ponctuellement nous rendre heureux et qui ne méritent pas qu'on les enfonce davantage quand ils ont le malheur de ne pas parvenir à faire rire.




On peut se consoler en se disant qu'Adam Sandler n'est apparemment pas du genre susceptible et qu'il a dû depuis longtemps prendre son parti de telles insultes, au contraire peut-être d'un Jim Carrey plus friable et plus sensible, sans doute soucieux de son image et désireux de s'accoler une étiquette dramatique. Sandler aussi a flotté dans de petits mélos, en récoltant parfois les salutations de la critique (chez Paul Thomas Anderson dans Punch Drunk Love par exemple), mais quand on voit ce qu'il enchaîne on se dit qu'il n'est pas du genre à espérer poser un Oscar au milieu des Razzies étalés dans ses chiottes et qu'il cumulera les films comiques jusqu'à la fin, quitte à ne plus faire marrer qu'un ou deux individus, et nous sommes volontaires pour l'encourager dans cette voie. Adam Sandler est le comique américain actuel qui donne le plus le sentiment de ne reculer devant rien pour susciter le rire par tous les moyens. Will Ferrell, notre idole pour toujours, a les mêmes qualités mais son humour tend plus vers l'univers de l'enfance que vers celui de l'adolescence, qui est le terrain de jeu favori de Sandler, en tout cas dans ses derniers films, d'où un humour plus bon enfant chez Ferrell et toujours au service d'un éloge entier à des valeurs universelles telles que l'amitié ou la fraternité là où les valeurs de Sandler sont moins affirmées, car même si la famille est un thème récurrent chez lui, elle est enfouie sous des litres d'alcool et de sperme. Ainsi ses films sont ponctués de scènes sans limites, au-delà d'outrancières, repoussant les frontières de la connerie, franchissant les limites du "normal" allègrement et sans souci, se torchant à chaque instant avec la bienséance et le politiquement correct (vous verrez tout de suite de quoi on veut parler si vous osez regarder ce film, à ne pas forcément partager avec tous les membres de la famille).




Quand on voit Adam Sandler adipeux comme jamais, en surpoids pour le rôle, rasé à l'aveugle, habillé comme un vrai clodo fan de Star Wars, avec une voix indescriptible qu'il prend d'un bout à l'autre du film pour inventer un personnage singulier qu'il anime de toutes ses forces, on se dit qu'il aime ce qu'il fait et qu'il le fait jusqu'au bout avec passion, sérieusement, et l'homme mérite au moins du respect et de la considération pour ce dévouement, ces offrandes qu'il nous fait et sa croyance totale en son but. Son ambition, sa tâche, est de nous faire rire le plus possible et il y parvient à merveille. Pour peu qu'on dépasse un prélude un peu mollasson vis-à-vis de la suite (on parle de 8 petites minutes de film), on se retrouve devant un spectacle qu'on jurerait échappé des tronches d'extra-terrestres sous acides, concocté par une bande de types - menés par un malade nommé Sandler - qui marchaient sur l'eau quand ils ont écrit le scénario et quand ils l'ont tourné avec certainement pour mot d'ordre de s'amuser à chaque instant, de tout oser et de tout garder au montage (même s'il doit exister des scènes coupées à se damner, comme dans ces films de Will Ferrell dont on regrette qu'ils ne dépassent pas allègrement les deux ou trois heures quand on en découvre les scènes supplémentaires de folie ; quid d'Anchorman dont les seuls rushes ont permis de monter un second film à part entière au moins aussi drôle que le vrai). On rit sans arrêt pendant au minimum une heure et demi et c'est chose rare. Il est difficile de dégager les meilleurs moments du film tant ça n'arrête pas, et si on devait par exemple évoquer un temps fort, comme la séquence de l'enterrement de vie de garçon d'Andy Samberg, ce serait un temps fort de près de 22 minutes montre en main ! Après avoir vu Crazy Dad on n'a pas envie de se repasser telle ou telle scène mais tout le film car le rythme est fou et aucun temps mort ne vient le rompre.




Avec ce film, encore plus déjanté et plus drôle que Jack & Jill, notre Adam Sandler est plus que jamais pointé du doigt par la critique et semble-t-il par une bonne part du public (qui le préfèrent peut-être dans des films plus sages où la star est muselée, du genre Copains pour toujours, qui aura une suite) alors qu'il atteint ici ses sommets dans la folie pure et le nihilisme le plus hilarant. Il aura sans doute outré quelques petits supporters infidèles ou timorés mais il aura gagné un blog francophone qui le suit maintenant de près et qui tâchera de le défendre sur la toile. On a beaucoup parlé d'Adam Sandler jusqu'ici dans cette critique, qui est de tous les plans dans le film et qui est clairement son moteur, mais il faut dire que notre ami a su s'entourer avec science d'une belle bande de bras cassés qu'on adore, allant d'Andy Samberg, génial dans Hot Rod et de nouveau génial ici dans le rôle du fils de Sandler, à Will Forte, déjà géant dans le rôle titre de MacGruber et qui ici magnifie chaque apparition et chaque ligne de dialogue qui lui est donnée, tel un Claude Makélélé moins sous le feu des projecteurs qu'un Zidane mais essentiel à la fluidité du jeu, accélérant les actions, faisant le relai entre la défense et l'attaque comme pas deux et, au finish, à l'heure des bilans, se révélant avoir parcouru trois mille kilomètres en 93 minutes en touchant 203 ballons pour n'en perdre que deux, relâchés après les deux coups de sifflet de l'arbitre mettant un terme à chaque période. Pour revenir au film et pour conclure, c'est une pure tuerie, et regardez bien dans nos yeux quand on dit ça, percevez notre amour débordant et vrai pour ces gens bien intentionnés et doués qui ont consacré un bon moment de leur vie à peaufiner et pondre une bête de soirée, un film à se repasser en boucle au moindre coup de mou, et qui ont su nous procurer une dose de rire anti-rides hallucinante (sauf rires d'expressions, on a des tranchées terribles qui partent du coin des mirettes pour se rejoindre à l'arrière du crane) en deux heures de temps qui passent en un éclair. Merci Adam.


Crazy Dad (That's my boy) de Sean Anders avec Adam Sandler, Andy Samberg, Will Forte, Vanilla Ice, Eva Amurri, Susan Sarandon et James Caan (2012)

11 mars 2008

Hot Rod

Putain enfin une comédie américaine drôle, ça court plus les rues... Et quand je dis drôle c'est pas qu'on sourit trois ou quatre fois, c'est qu'on se marre vraiment, à gorge déployée. L'acteur principal au centre de l'affiche c'est Andy Samberg, qui a déjà officié à la télévision ricaine. Retenez bien ce nom. Ce type est méga bon. Il a pigé bon nombre d'astuces (dont certaines lui viennent directement de Jim Carrey et c'est pas peu dire) que seuls les grands comiques savent maîtriser. Il fait partie de ces funambules de la comédie qui savent où est la limite et qui flirtent avec. Ils vont jusqu'au bout, à la lisière du trop plein, mais ils s'arrêtent juste avant, là où on se fend la gueule et où on regrette que chaque gag ne soit pas plus long justement parce qu'il s'arrête pile quand il faut.

Pour vous toucher deux mots de l'histoire, c'est celle de Rod Kimble, cascadeur amateur qui tâche de réunir assez de fonds pour payer une greffe du cœur à son beau-père afin de le tirer d'affaire. Tout ça juste pour qu'ils puissent à nouveau se mettre leurs roustes habituelles dans leur garage et que Rod parvienne enfin à casser la gueule de son beau-père pour gagner son respect.



Et c'est pas comme s'il n'y avait que l'acteur principal de drôle. Le beau-père est interprété par Ian McShane que vous aurez peut-être croisé sous les traits d'Al Swearengen dans Deadwood et qui montre un grand potentiel d'acteur dans un genre évidemment très différent. Et puis hormis Sissy Spacek on découvre principalement des inconnus, dont certains ont leur quart d'heure de gloire dans ce film. Puis pour ces messieurs il y a aussi une rouquine qu'on a cru être la sœur de Jenna Fischer étant donné qu'elle porte le même blaze (même s'ils ne s'écrivent pas exactement pareil) et surtout les mêmes arguments physiques. Le film commence vraiment par un gag qui donne le ton. Le héros est en train de s'entraîner comme un abruti dans les bois puis il trébuche et chute vers le flanc de la montagne. Et la chute dure et dure. Et même quand on est persuadé qu'elle est finie elle continue, ça paraît con mais avec le personnage qui dévale à toute allure la pente en se fracassant le corps contre les arbres et en hurlant à la mort comme de rire dans une scène un poil trop longue ça devient très, très drôle.

Les gars qui ont fait ce film ont pigé un truc tout con qui consiste à savoir faire durer des situations marrantes un tout petit peu plus longtemps que nécessaire pour les rendre hilarantes. Plusieurs scènes sont à mourir de rire grâce à ça. Puis y'a beaucoup de moments où on voit bien que les acteurs improvisent et que c'est gardé au montage. Parfois même les séquences sont coupées brutalement sans doute parce que les gars se sont marrés après et ça donne un certain rythme au film assez original. Très bonne surprise donc et fameuse poilade. Si y'a pas de touche rewind sur votre lecteur dvd vous allez le maudire.


Hot Rod d'Akiva Shaffer avec Andy Samberg, Bill Hader, Ian McShane et Isla Fisher (2007)