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26 avril 2020

Un été en Louisiane (The Man in the Moon)

J'ignore précisément pourquoi, dans la mesure où beaucoup d'autres pourraient faire l'affaire tout aussi bien, mais The Man in the Moon, retitré Un été en Louisiane en France, ultime film de ce grand cinéaste américain que fut Robert Mulligan (dont j'ai dit plusieurs fois tout l'amour que je lui porte), est un film que j'aurais envie de revoir en cette période de confinement. En particulier le début. Le film s'ouvre par un soir d'été, pas 42 mais 57. Deux jeunes filles, deux sœurs, Danielle, dite Dani, 14 ans (Reese Witherspoon, éclatante dans son premier rôle) et Maureen (Emily Warfield), 17 ans, s'apprêtent à se coucher, et leur chambre se trouve en quelque sorte dans la véranda de la maison familiale perdue parmi les terres que cultive le père (Sam Waterson). C'est dans cette chambre d'été, de canicule, exportée, une chambre ouverte sur la campagne de Louisiane que Maureen se met en robe de nuit pendant que sa petite sœur, en pyjama, à plat ventre sur son lit, jalouse la beauté et l'intelligence de son aînée et rêve, vinyle à l'appui, d'Elvis Presley.




Il y a de belles scènes dans le film, qui surviennent après des drames, et en particulier celles qui réunissent Dani à son père, dans la voiture, où la jeune fille pardonne à son père la gifle qu'il lui a donnée, ou plus tard à bord d'une barque, lors d'une partie de pêche sur le lac, où le père tente d'adoucir sa fille, en colère contre sa soeur. Mais, quand je repense à ce film, les images qui me viennent sont celles de la chambre-véranda, et celles qui surviennent peu après, de Reese Witherspoon quittant le cercle familial à la première occasion, courant comme une dératée, ouvrant la barrière qui mène hors du domaine, courant encore à travers bois, à une vitesse qui dit combien ce trajet est connu, est le sien, quittant tous ses vêtements dans sa course pour finalement sauter d'une passerelle dans une rivière en contrebas pour s'y baigner. C'est là qu'elle rencontre le jeune Court (Jason London), son nouveau voisin, dont elle tombe amoureuse, naissance d'un récit d'amours adolescentes et d'apprentissage. Je pourrais m'arrêter là, mais revoir ça souvent, la brave Dani écoutant Elvis dans sa chambre ouverte sur la fraîcheur d'une nuit d'été et courant de toutes ses forces vers un plongeon dans la rivière.


Un été en Louisiane (The Man in the Moon) de Robert Mulligan, avec Reese Witherspoon, Emily Warfield, Sam Waterston et Jason London (1991)

5 août 2016

Demolition

On rassure tout le monde d'emblée : malgré son patronyme francophone, Jean-Marc Vallée n'est PAS français, il est canadien, et si ça ne tenait qu'à moi, il le RESTERAIT. Si, avec Demolition, il voulait démolir le concept même de cinéma, il y est parvenu ! Si, avec Demolition, il voulait démolir la carrière de Naomi Watts, il y est arrivé. Si, avec Demolition, il voulait démolir l'avenir de Jake Gyllenhaal, il a atteint son but. Si, avec Demolition, il voulait démolir ma soirée, il a dépassé ses objectifs en fusillant ma semaine à bout portant parce que j'ai dû en regarder 15 minutes par jour pour ne pas imiter Gyllenhaal et tout casser chez moi. Une semaine marquée du sceau de l'infamie !




Je m'autoproclame martyr de Jean-Marc Vallée. Cet homme a le tout Hollywood dans sa poche. McConaughey a tapé du poing sur la table pour qu'il réalise Dallas Buyers Club, Whitherspoon a exigé que ce soit lui qui mette en image son livre de chevet, Jake Gyllenhaal n'a rien demandé, il l'a simplement confondu avec Villeneuve (pas le réalisateur mais le pilote Formule 1).




Dans ce film, tout est cliché. Jake Gyllenhaal, trader dans l'entreprise de son beau-père, perd sa femme dans un accident de voiture. Il n'arrive pas à éprouver du chagrin, il est insensible. Le jour de l'accident, il est plus marqué par le fait qu'un distributeur automatique lui ait volé 1$ que par la mort de sa femme. C'est ainsi que lors de la cérémonie funèbre il s'isole pour écrire une longue lettre à la société qui gère les distributeurs automatiques pour exiger un remboursement mais surtout pour déblatérer sur sa vie. C'est déjà lourd de vous l'écrire alors imaginez donc le film. La voix off de Gyllenhaal cynique et désabusée lit à nos pauvres oreilles ces lettres imbuvables. Il finit par rencontrer la responsable du SAV de cette société, fascinée par ces écrits, qui n'est autre que Naomi Watts. Une amitié teintée d'intimité se met alors en place entre les deux personnages tandis que Gyllenhaal prendra son métier un peu par dessus la jambe et préfèrera payer des artisans démolisseurs pour les aider à démolir diverses maisons, d'où le titre moisi du film.




Pour finir, une pensée pour le personnage de la femme décédée de Gyllenhaal, qui passe pour une fille à papa, adultère, faisant la gueule à sa mère pour une histoire de serviettes de bain et qui conduit sans regarder la route. De petit connard de trader participant à foutre la planète dans la merde, Gyllenhaal devient, après l'avoir perdue, un grand philanthrope auprès des enfants trisomiques qui réussit même à rendre le sourire à son beau-père irascible. Une belle histoire d'amour en creux...


Demolition de Jean-Marc Vallée avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts et le beau-père de Jake Gyllenhaal (2016)

8 mars 2015

Inherent Vice

Si on regrette de ne pas avoir vu ce film "sous influence", on se mord encore plus les doigts de ne pas écrire sa critique en étant high in the sky. Après deux heures trente d'expérience extra-corporelle, Dieu sait qu'on a envie d'un petit remontant et de sauver sa soirée de toutes les façons possibles. Les trois pizzas recouvertes de roquette engrangées à la sortie du film ne suffisent pas à se remettre d'humeur. On y a pourtant cru, ticket de caisse faisant foi. Vice caché, le roman de Thomas Pynchon, acheté à prix d'or en format poche et entamé avec passion il y a quelques mois dans l'idée d'être au taquet à la sortie de l'adaptation, faisant foi et foutant les foies. Sauf que le livre nous était tombé des mains. Sauf que nous n'avons jamais été très forts pour comprendre les intrigues à plus de quatre personnages. Et sauf que Paul Thomas Anderson nous l'avait déjà faite à l'envers avec son dernier film, The Master.




Certes on n'a pas la lumière à tous les étages, même si on a bac +13 à tous les deux (vu qu'on a eu notre bac il y a 13 ans), et même si on mène notre vie sans l'aide d'un tuteur légal ou autre auxiliaire de vie scolaire. Mais ne rien piger à ce point ? Et dès la première seconde de film ? Dès le premier dialogue, dès le premier échange, on s'est regardé, figés côte à côte, l'oeil mort, puis on s'est foutu des petites baffes, on a fait quelques moulinets des bras, pris une gorgée d'eau recrachée aussitôt sur le siège de devant, bref, on s'est remis dans la course, comme après un but encaissé dès l'engageot sur une balle perdue, l'air de dire : "On se remet dedans, on n'y était pas, ça arrive, c'est pas la première fois, c'est pas la dernière, y'a de très grands films qui nous ont pris à rebrousse-poil, rappelle-toi Stalker... au début on savait pas... Y'a pas mort d'homme, balle au centre, on recommence tout depuis le début, on est parti du mauvais pied, tant qu'il n'y a pas la cloche tout est jouable, il nous reste 2h29 pour mordre dedans". Manque de bol c'était le premier but concédé d'une soirée noire, d'une rouste historique, d'un camouflet subi à domicile, sur tapis vert, après forfait, d'autant plus dur à vivre que cette déculottée sanctionnait une préparation physique et mentale dont on avait respecté toutes les étapes : on a vu tous les PTA, on a tenté le bouquin, on a fait fi des critiques négatives, on a placé toutes nos billes sur un dénommé Milou (qui se reconnaîtra, qu'on retrouvera), fan du film décomplexé prompt à jeter les innocents dans les salles ("allez-y les yeux fermés", voilà sa critique).




Que dire, du coup ? Faire le résumé ? Impossible. Parler de mise en scène ? Alors oui, Paul Thomas Anderson a officiellement bien ses deux bras. Son film n'agresse pas l'oeil, mais jamais ne l'accroche. On comptait toujours quelques fulgurances dans ses précédents films : les grenouilles de Magnolia, les ratons-laveurs de Punch Drunk Love, les anacondas de Boogie Nights, les chèvres de There Will be Blood, les dauphins de The Master, autant de moments d'anthologie qui ont marqué l'indiewood. Devant Inherent Vice, on cherche longtemps le moment de bravoure, on est à l'affût du moindre mouvement de caméra ou autre plan-séquence un peu frappant, on attend l'ellipse qui nous foutra sur le cul, on espère la lueur, mais en vain. Au lieu de ça, nous sommes demeurés plongés dans un ennui abyssal, aucune scène ne sort du lot, on est dans la mélasse d'un scénario volontairement brumeux comme une fumée de marijuana. 




Tous les efforts de Paul Thomas Anderson pour nous alpaguer, nous séduire, ne font que renforcer le sentiment d'arnaque, d'esbroufe, le mot est lâché, et ça nous fait mal d'employer ce mot pour PTA, mais il faut le dire, comme quand un bon pote a joué au con. Adapter Pynchon c'était déjà s'en foutre quelques uns dans la poche, s'étendre sur la période mythique de la fin des années 60, avec ses hippies, ses putes et sa ganja, n'en parlons pas. Mais que dire d'engager un casting de rêve, composé d'un acteur intouchable (on ne parle pas d'Omar Sy mais de Joaquin Phoenix), d'acteurs "cools" (Benicio del Toro, Josh Brolin, Reese Witherspoon, Owen Wilson), de quelques revenants (Eric Roberts, sœur de Julia Roberts, inoubliable dans Runaway Train ; Martin Donovan, acteur fétiche de Hal Hartley, notamment dans Trust me ; Martin Short, le héros de L'Aventure intérieure), de gros veaux humains (Maya Rudolph... qui nous dit qu'elle ne s'appelle pas plutôt Rudolph Maya ?) et autres guest-stars de rêve que seul PTA pouvait se payer (Joanna Newsom), sans oublier une bande originale aux petits oignons (faite de Jonny Greenwood, Neil Percifal Young, Buffalo Springfield, The Squires, Crazy Horse, Crosby Stills Nash & Young, etc.). Et, pour couronner le tout, une direction artistique survoltée, qui nous laisse une image des années 70 assez triste, entretenant tous les gros clichés et sûre de faire un tabac dans les couloirs de l'UFR de lettres de la fac du Mirail.




On se félicite d'être en mars... Finir l'année là-dessus aurait été trop moche. On nous dira qu'il faut avoir vu le film avec un gros oinj entre chaque main. On nous dira peut-être que ce n'était pas la peine, que le film parvient à nous mettre dans cet état-là avec son script en forme de sables mouvants. Mais si la drogue, le sexe et le rock'n'roll (avec Neil Young c'est plutôt du soft-rock quand même, ça reste gentil) créent cet effet-là, alors nous voulons bien devenir Bernard l’Hermite, de véritables pagures, renoncer à tout, et suivre le même régime que notre tonton Scefo, à qui on a greffé deux cœurs pour être sûr que son mode de vie lui permette de suivre l'Euro 2016 en France. En réalité il était victime d'un situs inversus, maladie congénitale dans laquelle les principaux viscères et organes sont inversés. Les chirurgiens port-de-boucains qui l'ont opéré, ayant ouvert son torse du mauvais côté pour lui faire une greffe, ont découvert une simple cavité dans laquelle ils ont décidé de tout de même balancer le cœur tout chaud extirpé à son berger allemand, qui venait de prendre une balle perdue lors d'une partie de chasse dans le Battelfield Earth qui leur sert de domicile. Bref, comme vous pouvez le voir, avec une famille pareille, on n'a pas besoin de se ruiner les méninges à blanc devant le dernier PTA. On est d'ailleurs les plus cartésiens de la famille, les seuls à ne pas croire aux théories du complot, parce qu'on ne connaît pas du tout les événements sur lesquels ils s'appuient. Nous sommes encore très étonnés (mais assez flattés) de l'immense marche républicaine qui s'est récemment mise en branle pour l'anniversaire de notre chien Baltasar Kormákur.


Inherent Vice de Paul Thomas Anderson avec Joaquin Phoenix, Josh Brolin, Benicio del Toro, Joanna Newsom, Katherine Waterston, Reese Witherspoon, Maya Rudolph, Owen Wilson, Eric Roberts, Martin Donovan et Martin Short (2015)

13 janvier 2015

How do you know

Je me suis franchement demandé pourquoi ce film apparaissait dans tant de tops de fin d'année en 2011 (pas tant que ça en réalité, mais même si peu c'était mystérieux). Ne voulant surtout pas être passé à côté d'une grande comédie romantique américaine contemporaine de merde, je me suis dit "vois-le, y'a peut-être moyeeeen...". Je l'ai donc lancé comme on va au boulot. Si je devais essayer d'expliquer de façon organisée et respectable la raison du succès relatif de ce film auprès d'une certaine frange de la cinéphilie française, je dirais, aidé dans ma quête de sens par mon acolyte Félix, qui a lancé ce film de son côté longtemps avant moi et qui n'a pas tenu un quart d'heure devant, que c'est à cause de James L. Brooks, réalisateur, quatorze ans plus tôt, de Pour le pire et pour le meilleur, une comédie romantique plaisante, le haut du panier de ces vingt dernières années, ménageant la romance idyllique entre un vieux tocard plein de tics (Jack Nicholson) et une serveuse à gros nibards (Helen Hunt), avec un électron libre homosexuel entre les deux incarné par un Greg Kinnear à voile et à vapeur.




C'est assez typique de certains critiques français que de s'amouracher d'un ou deux auteurs de films populaires plus finauds que la moyenne et de vouloir dénicher à tout prix LA comédie ricaine maudite, incomprise, méprisée par le commun des mortels incapable d'en saisir tous les enjeux narratifs et de déceler un discours passionnant derrière des pirouettes légères, pour mieux lui rendre justice de façon tout à fait démesurée. Funny People, du triste Judd Apatow, a pu bénéficier du même traitement de faveur usurpé. On trouve une profondeur folle à des saloperies terribles qui, même si elles ont peut-être deux ou trois idées de plus que la base des films du genre, restent essentiellement laides, et sont une telle plaie à regarder qu'on devrait s'en foutre royalement. Quelques fans se sont extasiés sur la scène dont est tiré le photogramme ci-dessus, qui se veut un pur cadeau de James L. Brooks pour Owen Wilson (je ne dirai pas un mot d'insulte envers ce con dans cette critique), ici dans la peau d'un sportif plein aux as et totalement débile (personnage très "apatowien" d'ailleurs, en décalage par rapport aux autres protagonistes du film) qui passe le script à draguer Reese Witherspoon. Une fois arrivé avec elle en bas de l'hôtel qui lui sert de garçonnière, il recule aux côtés du portier pour laisser à sa conquête "de l'espace pour réfléchir" et prendre sa décision avec les coudées larges. Cette drôle d'idée donne lieu à une scène étrange, ni drôle ni franchement brillante, tout juste surprenante par son déroulement aussi improbable que sans intérêt, qui a suscité chez certains un engouement incroyable et les a poussés à parler pour James L. Brooks d'un génie du traitement de l'espace ! Rien que ça... C'est du délire mais franchement j'ai envie de saluer sincèrement, et sans ironie, les gens qui arrivent à se mettre en mode "analyse" devant un truc si naze, et à porter un jugement aussi excessivement enthousiaste sur des scènes merdiques au pire, complètement factices et faiblardes au mieux. Faut quasiment avoir un grain pour faire ça mais c'est cool d'être fan à ce point.




Bref, que voulez-vous, certains semblent avoir envie de trouver le film maudit du cinéaste populaire plus méticuleux qu'il n'en a l'air, réfléchi sous ses airs de yesman, reconnu par des esprits éclairés comme un véritable auteur à saluer, et à ne surtout pas ignorer, contrairement aux Américains, sous prétexte qu'il fait de la comédie. Apatow est un exemple idéal, James Leroy Brooks aussi désormais, voire même Woody Allen, qui pour le coup a un solide statut d'auteur, et qui a réalisé par le passé (ça remonte...) de très bons films, mais qui jouit quand même quelque part du privilège de ne pas plaire à ces-cons-d'Américains qui ne savent pas voir la qualité de leurs auteurs, alors que nous, spirituels européens, nous ne les comprenons que trop bien (y compris les films récents de Woody qui, et depuis déjà un paquet d'années, sont des purges horribles à côté desquelles même How do you know est un plaisir coupable de spectateur).




Mais si je devais tâcher d'expliquer, de façon moins organisée, le petit succès dont jouit ce film, je ne dirais que deux mots (qui en appellent bien d'autres, affaire à suivre) : Reese Witherspoon. Moi-même, je vous l'avoue, je ne suis pas clean sur ce coup-là, et si je n'ai pas complètement détesté ce triste How Do You Know c'est uniquement grâce à la dénommée Reesy Witherspoon. Le film dure deux heures (c'est déjà une aberration pour une comédie romantique de ce genre), or mon "dvd" (notez les guillemets et faites moi un procès !) s'est arrêté net à 1h20 de film, sans raison apparente. J'ai relancé la lecture : idem. J'ai supprimé les fichiers image et son du "dvd" officiel du film, puis je les ai re-copiés sur ledit "dvd" "acheté" "35 euros" en "version simple" sans "bonus" à la "Fnac" du coin, j'ai relancé, rebelote. Comment expliquer mon comportement de malade mental méga maso ? Comment expliquer une telle dépense d'énergie, un tel acharnement pour aller au bout de How Do You Know ? Si ce n'est par la prise de pouvoir d'un calcif Bodywear sur mon cervelet (rendu HS il est vrai par le projet inique du film de Brooks).




Tout ça à cause de Witherspoon, cette actrice qui jusqu'ici ne m'évoquait absolument rien d'autre que quelques moqueries finement ciblées sur la partie inférieure atrophiée de son visage prognathe, qui lui a valu un rôle dans Mysterious Chin de Gregg Araki. Comme plein de gens je me suis foutu de son menton de malade, qui lui a aussi permis un caméo dans The Chin du diable de Guillermo Del Toro. Tapez "chin" dans google image et la tronche de Witherspoon apparaîtra sur toutes les images de la première page de résultats, véridique ! Je n'ai pas essayé de taper "face de pioche" parce que j'ai trop peur de tomber sur les mêmes photos, et comme désormais j'ai un passif avec cette actrice, je me préserve.




Et pourtant... Witherspoon... C'était pas du tout un de mes highlights... James L. Brooks m'a pris à revers, il m'a pris en traitre avec un "service calbar", je m'attendais à tout sauf à ça, et finalement c'est là son vrai, son seul talent sur ce film, c'est d'avoir su filmer une actrice à mi-chemin entre la belle et la bête (dur...) de telle façon que le spectateur mâle ait les yeux plus ou moins scotchés à l'écran. J'avais envie de partager les tenues faussement sportswear et réellement sexy que trimballe l'actrice dans chaque scène de ce film. On sent que le réalisateur aurait aimé être tout nu derrière sa caméra, pour être plus tranquille (ça a dû lui arriver une paire de fois à mon avis). Reese Witherspoon est elle-même dénudée sans l'être, épaule perçante, jambes aux quatre coins, du rouge à lèvre sur tous les orteils, et j'en passe. Le réal devait être au moins en short lui aussi, dans la même tenue que Reese sur l'image ci-dessus, pour diriger le film depuis le fauteuil de tournage floqué à son nom, je ne vois pas comment c'est possible autrement, on ne peut porter un falzar jusqu'aux chevilles dans ces conditions. J'ai maté ça sur ma télé et j'avais moi-même envie de trancher les manches de mon pull et de mon pantalon pour mater le film tel quel, je vous le dis à vous, je pourrais le dire à d'autres.


How Do You Know de James L. Brooks avec Reese Witherspoon, Owen Wilson, Paul Rudd et Owen Wilson (2011)

7 mai 2013

Mud

On l'a dit, on l'a redit, et on le répète, Jeff Nichols fait partie des jeunes cinéastes contemporains les plus doués et les plus intelligents. Mud, son troisième film, est un peu moins strictement indépendant que les deux précédents - avec tout ce que cela implique : davantage de personnages, de noms connus à l'affiche, d'action, de modèles narratifs canoniques et de musique, toutes proportions gardées -, et prend de vrais risques en multipliant les sujets (l'amour sous toutes ses facettes, amour filial, amical ou conjugal à tous âges) et les approches (conte pour enfant, drame adolescent, film d'aventure, récit d'apprentissage, drame familial, drame social, film de gangster), mais Nichols brave les difficultés, ressort grandi de tout ce qu'il tente, évite tous les écueils et réussit à nouveau un petit miracle.




L'intelligence du cinéaste est telle qu'il se tire de tous les guêpiers dans lesquels il s'est lui-même fourré (rappelons qu'il est aussi scénariste de ses films). Et si l'on ne peut s'empêcher de donner une fois de plus dans la critique positive par la négative, vantant les mérites d'un artiste pour tout ce qu'il ne fait pas et que tant d'autres à sa place auraient malheureusement fait, chose qui ne viendrait pas à l'esprit pour d'autres cinéastes de l'acabit de Nichols (ne citons que Kelly Reichardt), c'est que Jeff Nichols, au lieu de se tenir à l'écart des sentiers battus, se les impose et les affronte, quitte à composer avec des situations narratives éculées qui suscitent des attentes inquiètes chez les spectateurs mal-habitués que nous sommes. Il faut dire à quel point on se désespère, devant un film d'une telle subtilité, d'être à ce point conditionné par la vision répétée de films qui n'en ont aucune. Qui ne s'attend pas, quand Galen (le toujours excellent Michael Shannon) aperçoit son neveu en train de causer avec Mud (le très beau McConaughey), à ce que l'oncle du petit Neckbone (Jacob Lofland) dénonce le meurtrier en cavale, ou empêche son protégé de l'aider ? Qui n'est pas persuadé qu'Ellis (le jeune Tye Sheridan est déjà impressionnant) va se faire attraper par les chasseurs de prime quand il retourne voir Juniper (Reese Witherspoon) au motel ? Qui ne craint pas, dans la fusillade finale, que le père d'Ellis tire sur Mud en le prenant pour l'agresseur de son fils ? Ou que les salopards de l'histoire ne s'en prennent au petit Neckbone qu'ils viennent de capturer, pour parvenir à leurs fins ?




Et pourtant rien de tout cela n'arrive. Et quel soulagement. Mais le plus fort dans tout ça, c'est que Nichols, qui a le don de prendre des tournants surprenants face à la plupart des pièges qu'il s'est créés, se laisse néanmoins aller à certaines facilités, glisse parfois vers l'attendu et le redouté, comme lorsqu'Ellis tombe dans le ruisseau ou quand le vieux Tom Blankenship (gigantesque Sam Shepard), ancien tireur d'élite, comme le scénario nous l'a plusieurs fois répété, reprend finalement du service et fait parler la poudre au moment opportun. Dans ce dernier cas, on est typiquement face à un "truc" de scénario qu'on attend d'un film d'action bateau, d'ailleurs c'est plus ou moins ce qu'on nous sert à la fin du récent Jack Reacher, et si tant est qu'on l'accepte dans un film avec Tom Cruise, c'est tout ce qu'on ne veut pas voir chez Nichols. Pourtant, allez savoir comment, le cinéaste a un talent tel que rien ne paraît idiot ou facile chez lui, et qu'on marche à fond dans son histoire, y compris quand il emprunte quelques raccourcis et marche sur des cordes bien usées. C'est que la beauté des personnages écrits par Jeff Nichols, caractères sensibles, intelligents et touchants, tous aimables, au sens littéral, ajoutée au talent immense du cinéaste pour choisir et diriger ses acteurs, à la finesse qui se dégage du script ainsi que de la mise en scène, emporte le morceau et nous a conquis de longue date quand ces éventuels poncifs surviennent.




Se confronter à des stéréotypes narratifs et les sublimer - le jeune Ellis est à l'image de son auteur, lui qui projette un idéal romantique cliché et tente de le reproduire en mieux - n'est qu'une preuve parmi d'autres du courage du jeune cinéaste américain. Écrire un film d'une telle richesse thématique, entremêler autant de personnages, de genres et d'émotions, convoquer qui plus est tout un réseau de références littéraires, cinématographiques ou mythologiques, n'était pas une mince affaire. C'est par conséquent sur le récit, les personnages et l'émotion que Nichols se concentre en grand "storyteller", quitte à retourner vers une mise en scène discrète, digne de son premier film Shotgun Stories, moins audacieuse ou frappante que celle déployée dans le sublime Take Shelter. Le cinéaste travaille clairement ici sur l'histoire, une histoire qui rappelle les romans d'aventure de l'enfance. On pense, dès le début du film, aux oeuvres de Mark Twain (quand Ellis et Neckbone traversent le fleuve Mississippi), voire à L’île aux trésor de Stevenson (via l'apparition de Mud, avec son empreinte marquée d'une croix), mais aussi au cinéma de Robert Mulligan (To Kill a Mockingbird) ou à Stand by Me, films centrés sur des petits sudistes, rendus matures par les difficultés économiques et sociales de leur coin et déjà marqués par les aléas sentimentaux de leurs parents ou par leur absence, qui se mettent en quête d'une histoire à vivre, quitte à grandir d'un coup et à recevoir quelques coups. Nichols évoque aussi de grands récits métaphysiques (évidemment Aguirre, la colère de Dieu, avec ce bateau perché dans un arbre) et propose une plongée franche au cœur du romanesque, celui des contes fantastiques (après tout l'histoire est engendrée par un gamin, et même les noms évoquent les romans de piraterie ou la mythologie : Mud, Neckbone, Juniper...) avec leur lot de magie et de cruauté.




Mud apparaît donc autant comme un film d'aventure que comme une réelle aventure cinématographique pour son auteur qui, contrairement à ce que pourrait laisser croire la tournure (relativement) plus commerciale de son nouveau film, prend des risques et gagne encore en ampleur avec ce récit très riche, très étoffé, ancré dans une foule de genres et de courants romanesques réinvestis avec talent. On a hâte que le cinéaste renoue avec les tentatives formelles plus franches et très réussies de son deuxième film, mais on se réjouit de le voir nous embarquer avec brio dans un grand récit sur l'amour, ses conditions et sa force de conviction. D'autant que le cinéaste, principalement occupé à raconter, n'en oublie pas de filmer et le fait magnifiquement, qu'il s'agisse de mettre en avant ses superbes acteurs ou la nature sauvage, mystique, de l'île secrète et réservée. Ces plans de paysage qui ponctuent les trajets de Mud et des deux garçons sur la petite jungle flottante, sont tout sauf des plans de coupe ou des contemplations extatiques et esthétisantes, ils participent de l'envoûtement fantastique du récit et sont autant de lieux parcourus ou à parcourir par une enfance en voie de métamorphose, sur le point d'apprendre le mensonge et la trahison et d'essayer de se maintenir hors de leur portée. Car même si l'espoir demeure un horizon, rien n'est simple dans le monde dépeint par Jeff Nichols, qui mêle les histoires et les registres, parvient aussi à jongler entre humour et émotion, et réussit son nouveau défi avec l'intelligence qu'on lui connaît, intelligence qui désormais n'est plus à prouver.


Mud de Jeff Nichols avec Tye Sheridan, Matthew McConaughey, Reese Witherspoon, Sam Shepard, Sarah Paulson, Ray McKinnon et Michael Shannon (2013)