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4 mai 2021

Miracle

Ce film nous raconte l'exploit réalisé par l'équipe américaine de hockey sur glace qui a réussi à vaincre les invincibles soviétiques lors des Jeux Olympiques d'Hiver de 1980. Une véritable prouesse sportive que les commentateurs ont tôt fait de désigner sous l'appellation grandiloquente de "miracle sur glace", d'où le titre, et qui a même été désignée par la IIHF (Fédération internationale de hockey sur glace) comme le plus bel accomplissement réalisé dans ce sport. Il est vrai que la victoire des jeunes américains paraissait très improbable face aux ogres soviétiques qui dominaient totalement ce sport depuis près de vingt ans avec leur команда мечты (dream team en russe) ultra expérimentée au jeu inégalable. Mais relativisons cet exploit : les américains jouaient à domicile, peinards, rentrant chez eux pour retrouver père et mère après chaque match, tandis que les russes étaient encore en plein jet lag, éloignés de leur famille, sous le choc de la découverte de la société capitaliste américaine, si différente de la leur. Dans de telles circonstances, il n'y a en réalité pas de quoi être très fier de l'avoir emporté de justesse face à une bande de vieux russes désorientés qui avaient simplement hâte de rentrer à la maison. Ce détail précisé, concentrons-nous à présent sur le film de Gavin O'Connor, ici plus en forme que pour le récent The Way Back.




Le générique est à lui seul un véritable tour de force qui cueille le spectateur innocent dans son fauteuil : en deux minutes et dans un gloubi-boulga d'images d'archive étonnant, Gavin O'Connor parvient à synthétiser un siècle d'histoire des États-Unis d'Amérique ! Une histoire déjà bien orientée et fortement teintée de patriotisme, mais après tout, en lançant un tel film, on sait très bien à quoi s'attendre. Gavin O'Connor est bel et bien là pour nous raconter un miracle purement américain, des jeunes hommes venus des quatre coins du pays qui ont su s'unir sous l'aile d'un leader infaillible, leur coach illuminé, pour former une vraie équipe, une "famille", afin de vaincre l'ennemi soviétique sur la glace, en plein contexte de Guerre Froide. Miracle est également un film Walt Disney, les violons sont de sortie et accompagnent chaque moment un peu poignant, chaque scène clé. On ne fait pas dans la dentelle, et nous sommes donc prévenus dès les premières images.




Heureusement, le cinéaste peut s'appuyer sur des acteurs concernés, à commencer par l'irréprochable Kurt Russell dans la peau du célèbre Herb Brooks, qui nous offre le portrait crédible d'un entraîneur surmotivé par un regret personnel, désireux d'accomplir ce à côté de quoi il est passé dans sa jeunesse, une reconnaissance internationale. Il met pour cela en pratique des idées toutes simples mais nouvelles pour les hockeyeurs ricains, en s'inspirant également du modèle russe et des préceptes de Didier Deschamps, à savoir : le bon fonctionnement et la complémentarité de l'équipe sont plus importants que le talent des individualités. Food for thoughts... Les speechs prononcés par Kurt Russell atteignent toujours leur but. L'acteur n'en fait pas des caisses, il n'en a pas besoin. Face à lui, aucune star, les joueurs sont interprétés par des acteurs aux tronches toutes similaires mais plutôt sympathiques, que l'on a recroisées dans rien de marquant depuis.




Le scénario du film a aussi cette qualité qu'il ne s'embarrasse pas d'à-côtés encombrants qui freineraient la progression vers le climax tant attendu, le match contre l'URSS. Pas d'histoire de cœur. Pas de girlfriend un peu gênante. Et même sans cela, Miracle atteint déjà allègrement les deux heures. Les joueurs de hockey restent sur la glace et nous ne les voyons que très peu en dehors. Seule la vie conjugale du coach nous est un peu partagée, mais cela ne parasite pas vraiment le déroulement naturel du film, au contraire même, et le fait que la femme de Kurt Russell soit campée par l'agréable Patricia Clarkson participe beaucoup à la qualité de ces scènes. Il faut ensuite reconnaître un certain savoir-faire à Gavin O'Connor qui parvient sans souci à nous intéresser à cette équipe de hockey et à nous captiver lors des séquences de matchs énergiques et assez bien menées compte tenu de la réelle difficulté de filmer et rendre lisible un tel sport, si rapide et riche en bousculades. Le fameux match contre les soviétiques est à la hauteur de l'attente entretenue tout le long. On retrouve ici l'efficacité dont O'Connor a aussi su faire preuve dans Warrior, cet autre film sportif où Tom Hardy et Joel Edgerton jouaient deux frères amenés à en découdre en ultimate fighting. On retrouve également l'aspect patriote et cette grosseur du trait chers au cinéaste, jamais très finaud.




On attend désormais de pied ferme un film sur le regretté Loulou Nicollin et sa bande qui réussirent à devancer le géant parisien lors de la saison de Ligue 1 2011-2012. Assez disponible, Olivier Giroud pourrait facilement jouer son propre rôle et il s'agirait d'un hommage qui tomberait à pic pour un grand président parti trop tôt. Les dernières images de Miracle nous apprennent d'ailleurs que le pauvre Herb Brooks est décédé dans un accident de voiture avant même la fin du tournage. Une ligne précise "Il ne l'a pas vu. Il l'a vécu" et conclut comme il se doit ce film de sport tout à fait honnête.


Miracle de Gavin O'Connor avec Kurt Russell et sa team (2004)

6 avril 2021

The Way Back

Énième film américain sur le thème de la rédemption par le sport, The Way Back est aussi un véhicule conçu pour son acteur principal, Ben Affleck, visant à lui rapporter un peu de crédibilité après son naufrage en tant qu'Homme Chauve-Souris. Monsieur Ana de Armas incarne un immense tocard appelé à coacher une équipe de basket pour mieux abandonner ses canettes de bières bon marché auxquelles il est accro au point de les boire à la chaîne sous la douche (ces scènes de douche comptent d'ailleurs parmi les plus marrantes d'une année de cinéma il est vrai assez chiche en rigolade). C'est Gavin O'Connor qui s'est collé à la mise en scène et le bonhomme n'est pas réputé pour faire dans la dentelle. Les films de sport, ça le connaît, puisqu'il avait déjà filmé Tom Hardy et Joel Edgerton se taper dessus jusqu'au sang dans Warrior, qui constitue pour moi un meilleur souvenir de cinéphage dépravé en quête de petits plaisirs faciles. La psychologie s'y faisait aussi à gros coups de rangers (Hardy et Edgerton incarnaient deux frères, le premier étant entraîné par son propre père... bref, une bien belle histoire de famille !), mais il y avait une tension plus appréciable une fois coincé dans la cage de free-fight. The Way Back est d'un autre tonneau, le sport n'est qu'accessoire et sert tout juste de décorum. Ne vous attendez pas à vibrer lors de matchs de basket épiques suivis du banc de touche par un Ben Affleck en nage, non, il y a bien quelques scènes consacrées à cela, mais elles sont toutes plus bidons les unes que les autres. Et l'important, c'est Affleck : va-t-il contrôler ses nerfs ? Sombrera-t-il de nouveau dans l'alcool ? Va-t-il être un peu moins con et savoir se tenir ? L'acteur y met de sa personne, lui qui a également eu de gros problèmes avec la boisson et sortait tout juste de cure de désintox au moment du tournage lors duquel il était accompagné par un coach personnel (son ombre ou son reflet apparaît dans certains plans). C'est supposé donner une dimension encore plus touchante à ce film et il n'en fallait pas plus pour que les critiques américaines s'emballent et s'émerveillent devant la prestation pourtant à l'orée du ridicule de la star toute bouffie et ankylosée. C'est moche de s'en prendre à un homme à terre mais, vous l'aurez compris, j'ai passé un moment douloureux devant ce film lourdingue et pathétique. Je me suis quand même bien marré lors de ces quelques passages au montage désespérant où l'on voit le gros Benito enchaîner les bières en fondu enchaîné. Du grand art ! J'avais pas vu un truc aussi naze depuis waaaaaaaaaaaaaay back... 



The Way Back de Gavin O'Connor avec Ben Affleck (2020)

28 novembre 2020

Wheelman

Frank Grillo incarne un conducteur pour braquage dans Wheelman, littéralement "L'homme-pneu", une petite production Netflix sortie il y a trois ans. Notons que cette profession, pilote pour braqueurs ("gateway driver" en anglais), me paraît actuellement très surreprésentée au cinéma, peut-être suite au succès retentissant de Drive. Baby Driver et maintenant Wheelman, ça fait au moins trois films récents qui abordent ce métier pourtant assez rare. Sur la même période, je ne compte aucun long métrage sur des apiculteurs, des marchands de fruits et légumes ou de simples comptables. C'est étonnant, à ma connaissance, personne dans mon entourage n'est conducteur pour criminels. Je crois même que la fameuse règle des six degrés de séparation ne fonctionne pas dans ce cas précis. Je suis persuadé que moins de six personnes me séparent de Jessica Chastain, notamment grâce à mon frère aîné avocat des stars, mais je suis également convaincu qu'il faut aller au-delà de dix maillons pour me relier à un éventuel conducteur pour braquages. Quoique, peut-être que via mon ami le Tank le raccourci serait très rapide, mais rares sont ceux qui peuvent se targuer de compter un individu comme le Tank, avec tout son vécu et son réseau, dans leur entourage élargi. Bref, tout ça pour dire que Wheelman est un nouveau film sur un simple chauffard.





Frank Grillo doit donc amener des braqueurs dans une banque quelconque et tout se passe comme d'habitude jusqu'à un premier appel téléphonique crucial. Alors que les deux zigotos qui viennent de commettre leur méfait sont encore affairés à déposer le magot dans la malle, un interlocuteur mystérieux somme notre conducteur d'abandonner sur le champ ses compères d'un soir, sans quoi ils le tueront. Sitôt raccroché, Frank Grillo démarre en trombe et se retrouve pris au piège, coincé dans sa bagnole au coffre rempli d'oseille, essayant de deviner les contours du merdier dans lequel il s'est fourré. Pris en chasse par différents malfrats en deux roues attirés par les 230 000$ qu'il transporte, il doit gérer plusieurs coups de fil successifs depuis son volant : sa fille de 13 ans, sur le point de passer la nuit avec un mec de 7 piges de plus, son ex-femme, remontée à bloc qu'il laisse sa fille à la merci d'un véritable obsédé sexuel et, surtout, le mystérieux mec qui tire les ficelles en coulisse et lui donne des consignes menaçantes. En plus de ça, il reçoit aussi des textos assez désagréables d'origine inconnue, du style "T BIENTO MORT", "SI TU DEPOSES PAS LE FRIC DE SUITE JE TE TROUE LA PEAU", "T 1 FUMIER", "G TA FEMME, GUIGNOL" et, pour finir, un concis mais cruel "FOOTIX !". Bref, que du bonheur !





Frank Grillo passe tout le film à cran ! Il doit établir un nouveau record du nombre de prononciations du mot "fuck" et ça n'est strictement jamais à des fins humoristiques. Le bonhomme est tout simplement remonté comme une pendule et insulte ses interlocuteurs à tout va. L'acteur devait se lever du mauvais pied chaque matin et se mettre à bout de nerfs pour les besoins du rôle, il est PAR-FAIT. Il a le regard fou d'un type qu'il ne faut surtout pas venir chatouiller. Avec un doublage français un peu inventif, ce film de seconde zone pourrait devenir une vraie perle pour les amateurs. On apprécie notamment ces dialogues lors desquels il doit convaincre sa propre fille de ne pas passer la nuit avec un gadjo prêt à abuser d'elle :
- Kate, je t'en conjure, ne passe pas la nuit avec ce queutard de pacotille, c'est un cintré complet, je veux pas que tu perdes ta virginité avec un tel taré, je t'en supplie, je suis ton propre père !
- Pa', on va juste s'affaler devant Netflix et mater tous les deux un petit film d'horreur sans prétention, ni plus ni moins, sois tranquille.
- Un film dont le metteur en scène est un fou dangereux et dont tu vas être l'actrice principale fillette, je te le garantis... Pas dans mon salon ! Ne me raccroche surtout pas au n !





Après avoir échoué à convaincre sa fille de mettre le type à la porte, son ex-femme l'appelle aussitôt.
- Tu laisses ta filles avec un tel connard, mais t'es cinglé ou quoi ?
- Écoute-moi putain je suis dans une situation apocalyptique actuellement, je me situe dans une merde noire avec des scooters armés qui me collent aux basques, je dois reconnaître que je n'arrive pas à tout gérer, vie privée et vie professionnelle ! Alors sois cool, je t'en conjure...
La réponse de son ex est cinglante :
- Je t'ai toujours dit que tu étais un sale connard doublé d'un incapable, je suis sûre que tu t'es encore embarqué dans une sale affaire avec ton copain débile prénommé Cheetah. Mon opinion sur toi n'a guère évolué d'un iota depuis que nous avons signé les papiers du divorce. Pour moi tu es fini. FI-NI.
- Pas maintenant !
Suite à ce nouveau coup dur, le pilote choisit de rappeler sa fille, dans l'espoir de parler avec son copain pour négocier directement avec lui.
- Passe-le moi tout de suite, j'ai juste un p'tit détail à régler avec lui...
- Putain mais j'ai pas envie de parler à ton triso de père ! entend-on au loin avant que le gars se saisisse du téléphone. Euh allô ?
- Écoute-moi bien gros enfoiré, si tu touches à un seul cheveu de ma fille, t'as plus d'couilles.
Et ainsi de suite...





Le réalisateur, Jeremy Rush, avait placé 20 caméras sur et dans le véhicule pour multiplier les angles de vue. On sent qu'il veut rentabiliser chaque caméra en nous proposant des plans totalement abscons. Je pense par exemple à celui qui cadre l'oreille droite de Frank Grillo, pour bien nous montrer son kit main libre et la petite goutte de sueur dégueu qui menace de glisser. Hélas, l'acteur, très énervé, gesticule énormément, éructe ses répliques en balançant sa tête vers l'avant, ce qui donne un résultat pitoyable à l'écran : on voit plus souvent sa nuque de très près que son oreille et c'est assez déconcertant. Et quand bien même l'oreille serait bien cadrée, cette idée de plan était tout à fait inepte. Certains plans extérieurs, à ras des roues, collés au rétro ou rivé sur le coffre, paraissent également bien superflus. Les vues du coffre ont le seul mérite de nous rappeler que, dès les premières minutes, notre héros n'était pas jouasse. "Tu m'avais dit une bagnole noire, incognito, peinard. Qu'est-ce que vient foutre ce coffre rouge ?!" étaient ses premiers mots, échangés avec son commanditaire. Ça annonçait la couleur... Wheelman, qui rappelle le récent Locke où Tom Hardy devait gérer plusieurs coups de téléphone délicats au volant, a comme plus grande qualité de ne durer qu'1h22.


Wheelman de Jeremy Rush avec Frank Grillo, sa bagnole et quelques scooters (2017)

31 août 2020

Adopt a Highway

Adopter une autoroute... Derrière ce titre étrange, qui fait référence à un programme américain de sponsorisation de segments d'autoroute pour garantir leur propreté (?!), se cache un très beau petit film signé Logan Marshall-Green, cet acteur souvent associé à Tom Hardy pour leur ressemblance physique troublante et que l'on a déjà vu être contaminé par un alien dans le pitoyable Prometheus de Ridley Scott et, avec plus de bonheur, devenir une sorte de surhomme dans le très cool Upgrade de Leigh Whannell. C'est d'ailleurs très vraisemblablement suite à sa participation dans ce dernier film, également produit par Blumhouse, que Marshall-Green a pu faire financer une œuvre personnelle par la désormais célèbre société de production spécialisée dans le cinéma de genre qui ajoute ainsi un titre plutôt atypique à son répertoire. Pour son premier long métrage en tant que réalisateur et scénariste, Logan Marshall-Green offre un rôle en or au grand Ethan Hawke qui, plus magnétique que jamais, fait ici étalage de tout son talent et de sa capacité exceptionnelle à porter un film à lui tout seul.




Ethan Hawke incarne Russell, un type qui vient de passer 21 ans en taule pour avoir dealé quelques grammes d'herbe, en vertu de l'application de la loi dite "des trois coups" (en vigueur en Californie, celle-ci permet aux juges de prononcer des peines de prison perpétuelle à l'encontre d'un prévenu condamné pour la troisième fois pour un délit, aussi mineur soit-il). Peu adapté à la vie en société et soucieux de ne plus faire de vague, Russell bosse avec le plus grand sérieux du monde à la plonge d'une sandwicherie et habite dans un motel. Sa vie, très morne et solitaire, se voit bousculée par la découverte d'un bébé abandonné dans une benne à ordures. Sous le charme du bambin, il va s'en occuper quelques jours...




Il n'est pas méprisant ou réducteur de dire d'Adopt a Highway qu'il s'agit d'un petit film : à peine un peu plus d'une heure au compteur, guère plus de 20 pages de scénar, un seul personnage principal... Mais Adopt a Highway est un beau petit film, vraiment, et si tous les films indé ricains étaient aussi jolis et sincères, je ne serais peut-être pas autant dégoûté par la chose. Logan Marshall-Green fait preuve d'une humilité tout à fait louable et confère à sa première œuvre prometteuse un rythme assez tranquille, tout doux, qui m'a mis à l'aise du début à la fin. J'étais dans mes chaussons... Son film a aussi cela d'agréable qu'il arrive toujours à prendre une nouvelle direction juste à temps. Pas de grand rebondissement ni de bouleversement à la clé, mais simplement une trajectoire intelligente, légèrement modifiée et inattendue, qui lui fait retrouver son souffle, si bien que notre intérêt pour ce personnage et son histoire n'est ainsi jamais perdu. Il est très plaisant de découvrir la tournure, plutôt heureuse et positive (spoiler), que prennent les choses pour ce pauvre gars, qui ne fait pas les conneries tant redoutées, refait surface peu à peu et qui est même promis à un avenir radieux grâce à un p'tit coup de pouce du destin. Et puis, évidemment, le gars en question est incarné par un comédien hors pair.




Dès les premières minutes, on est admiratif du jeu d'acteur au millimètre de l'aigle-fin d'Austin (Texas), dont les pas timides et hésitants, à la sortie de prison, nous plongent dans une compassion immédiate pour son personnage de marginal dont la moitié de la vie a été gâchée par un système judiciaire impitoyable. On a déjà qu'une seule envie : le voir kiffer, prendre du bon temps... Il faut ensuite admirer le géant Hawke jouer celui qui surfe pour la première fois sur internet, dans un web café, à la recherche d'information sur son père, dont il apprend la mort les yeux humides, à la lecture d'une banale nécrologie, lors d'une scène qui nous serre le cœur. Il faut aussi le voir mettre ses lunettes de presbyte, une monture assez dégueu à clipser par le devant, avec des verres bien épais qui lui grossissent les yeux mais ne gâchent en rien sa beauté naturelle et viennent même renforcer son adorable air de chien battu. Je préfère arrêter là l'inventaire de toutes ces scènes où Hawke en met plein la vue. Vous l'aurez compris : Adopt a Highway est un véritable festival, un récital, un must pour tous les fans de la star, sur un nuage et quasi de tous les plans. On se dit que Logan Marshall-Green doit également compter parmi ses premiers admirateurs pour lui avoir donné, sur un plateau d'argent, une telle scène d'expression. On l'en remercie au passage.




Qui, aujourd'hui, peut s'assoir à la table d'Ethan Hawke ? Quel autre acteur peut se targuer de faire cohabiter sur son CV des noms comme Peter Weir, Hirokazu Kore-Eda, Bob Redford, Joe Dante, Sidney Lumet, Paul Schrader, Dick Linklater, les frères Spierig ou encore le jeune Ti West ? Combien ont tourné pour de telles pointures ? Tous les talents des cinq continents et de toutes les générations sont réunis en une seule et même filmographie. Soyez sûrs que des types comme Sidney Lumet et Kore-Eda, qui comptent parmi mes cinéastes chouchous, ne font pas tourner n'importe qui. Tous se bousculent pour travailler avec eux, et c'est Hawke qu'ils choisissent d'appeller au beau milieu de la nuit pour lui proposer un rôle. Un chapitre entier et inédit du célèbre ouvrage de Sid' Lumet, Making Movies, est consacré à l'effet galvanisant qu'eut la collaboration avec la star sur le réalisateur des 12 hommes en colère. Combien, aussi, peuvent attester d'une telle longévité ? C'est grâce à des choix de carrière audacieux, une loyauté et une fidélité à toute épreuve envers des types valables que notre homme a su demeurer si longtemps au premier plan. Combien de jeunes éphèbes sont devenus de beaux vieux en vieillissant si bien que lui ? Ne cherchez pas. Aucun. Ethan Hawke est le faucon maltais du cinéma américain, qu'il survole avec une grâce sans pareille et contemple d'un œil supérieur mais bienveillant. Son plus gros souci aujourd'hui, c'est que notre homme mange seul à tous les repas. Car personne ne peut s'assoir à sa table...




Passez donc outre son drôle de titre, qui fait métaphoriquement sens avec les thèmes abordés par le cinéaste mais peut effectivement dérouter quand on connaît mal la législation californienne et toutes ses subtilités, et donnez vite une chance à Adopt a Highway : vous passerez 78 minutes de bonheur auprès d'un acteur au sommet de son art qui parvient à donner vie à un personnage que l'on n'oubliera pas de si tôt. 


Adopt a Highway (New Lives) de Logan Marshall-Green avec Ethan Hawke (2020)

16 décembre 2017

Dunkerque

J'ai déjà plusieurs fois, en ces pages, tenus des propos très durs à l'égard de Christopher Nolan pour des films qui, jusqu'à présent, me plongeaient toujours dans un abîme de perplexité terrible compte tenu de l'accueil dithyrambique qui leur était systématiquement réservé et de leur si piètre qualité. Quand son dernier film est sorti en fanfare cet été, je l'ai donc soigneusement évité et je dois aujourd'hui vous avouer en toute honnêteté que je le regrette beaucoup. Car Dunkerque est sans doute ce que le cinéaste britannique a fait de mieux et cela devait franchement valoir le coup de le découvrir sur grand écran. Pour une fois, Nolan fait dans la simplicité et filme à hauteur d'homme, au plus près de ses personnages. Son film revient sur l'Opération Dynamo, le rapatriement des troupes britanniques encerclées par les allemands dans la poche de Dunkerque, en mai 1940.





Christopher Nolan choisit de nous raconter cela en trois temporalités différentes qui nous sont montrées en parallèle et qui s'entrecoupent par instants. Nous passons ainsi une semaine auprès d'un jeune soldat (Fionn Whitehead) parmi les près de 400 000 à être coincés sur la plage et qui essaient, par tous les moyens, de regagner l'Angleterre. Une journée aux côtés d'un vieil anglais (Mark Rylance) à la barre d'une petite embarcation de plaisance, épaulé par deux autres civils quant à eux trop jeunes pour être au front, partis ensemble à la rencontre des soldats pour aider autant que possible au rapatriement. Et une heure dans les airs, plus exactement dans le cockpit d'un avion de chasse piloté par Tom Hardy, tour à tour chassé ou à la poursuite des bombardiers allemands.





Cette construction pourrait paraître gratuitement alambiquée mais elle ne l'est pas, elle permet au réalisateur de multiplier astucieusement les points de vue et de proposer une mise en scène parfois très inspirée. En outre, cette multi temporalité est aussi un bon prétexte pour faire grimper très régulièrement la tension, les climax s'enchaînant à un rythme soutenu. Cette tension, Nolan parvient aussi à l'entretenir sans souci parce que ses personnages existent réellement. Ils ne sont pas, comme dans ses précédents longs métrages, des pantins sans intérêt auxquels nous ne croyons pas et dont nous nous fichons. Alors qu'il ne s'embête pas à leur créer un background quelconque (les dialogues sont d'ailleurs bien rares), Nolan parvient à nous intéresser à eux, tout simplement parce qu'ils sont humains, qu'ils peuvent se montrer héroïques ou lâches, et nous avons envie de les voir survivre, échapper aux bombes, à la noyade, aux tirs ennemis et à tous les dangers auxquels ils sont confrontés.





Si le cinéaste britannique recherche absolument l'intensité immédiate, il ne tente jamais de parvenir à celle-ci à tout prix, de force, par la performance technique et par des effets de manche. Ainsi, nous n'avons pas droit à des plans séquences lourdingues et tape à l’œil comme il est de rigueur actuellement dans ce type de cinéma spectaculaire. Nolan se démarque avec intelligence de cette mode et cherche à impressionner autrement. A l'instar de la bande son, encore signée Hans Zimmer, le style de Nolan reste néanmoins assez pompier, mais il paraît ici adapté à ce qu'il raconte, tout comme les grandiloquences de son compositeur attitré. A mon grand étonnement, Nolan réussit même quelques belles séquences, comme par exemple le naufrage d'un destroyer britannique, vécu depuis la mer et vu depuis le ciel, ou encore le vol plané final silencieux de l'avion de Tom Hardy. Les scènes de batailles aériennes sont également très agréables à suivre.





Au milieu des bombardements, on notera peut-être l'absence de la moindre goutte de sang et nous pourrons associer cela à la froideur habituelle du cinéma de Nolan, qui a toujours manqué de chair, de corps, de consistance. Pour ma part, j'ai plutôt eu l'impression qu'il s'agissait là d'un choix du réalisateur de ne pas tomber dans la surenchère visuelle. Un choix plutôt heureux quand on le compare aux gerbes de sang ajoutées numériquement, pour faire réaliste, qui inondent désormais les films de ce genre. Dunkerque ne me paraît pas pour autant désincarné, il est bien plus humain que ses autres réalisations, pour les raisons précédemment évoquées. Toujours dans l'anecdote : certains spécialistes étaient également tombés à bras raccourcis sur Nolan en juillet dernier, argumentant que celui-ci s'essuyait les pieds sur l'Histoire en ignorant par exemple l'action des français lors de cet épisode marquant de la Deuxième Guerre mondiale. Ce reproche me semble mal à propos tant le cinéaste affiche et annonce d'emblée la couleur en se focalisant seulement sur le point de vue britannique, quitte à verser dans le patriotisme. En outre, plutôt qu'une exactitude historique à toute épreuve, on sent que Nolan a une ambition plus intemporelle en se concentrant sur les sensations et le vécu des hommes pendant la guerre, amenés malgré eux dans des situations extrêmes.





Le casting, qui échappe au défilé tant redouté de grandes vedettes venues jouer aux petits soldats, est également une belle réussite. C'est un parfait équilibre entre des tronches plutôt connues (Kenneth Branagh, étonnamment supportable en commandant stoïque, Cillian Murphy, irréprochable dans la peau d'un soldat traumatisé, et Tom Hardy, pilote efficace au visage de nouveau masqué mais au regard suffisamment expressif) et d'autres nouvelles têtes bienvenues. Tout le monde est crédible et on ne prend personne en grippe, aucun n'a l'air d'être venu là pour faire son petit numéro et se prendre pour un héros. En outre, les personnages qu'ils incarnent agissent intelligemment, nous craignons, à plusieurs reprises, des réactions qu'ils n'ont finalement pas, choisissant ainsi de nous surprendre agréablement.





Enfin, les effets spéciaux sont extrêmement réussis puisque nous ne les remarquons même pas. Nous avons quasiment l'impression que tout a toujours été réellement reproduit ! C'était, et Nolan devait en avoir conscience, une condition sine qua non à notre immersion tant désirée et c'est en soi un bel exploit. Porté par un souffle patriotique pleinement assumé et qui ne m'a pas gêné outre mesure, Christopher Nolan dépeint avec une implication qu'on ne lui connaissait pas l'héroïsme des soldats anglais. Plus qu'un film de guerre, Dunkerque est un film de survie, à l'efficacité indéniable et particulièrement bien mené. Sans doute le meilleur de son auteur, dont on espère qu'il poursuivra sur cette voie.


Dunkerque de Christopher Nolan avec Fionn Whitehead, Tom Hardy, Mark Rylance et Kenneth Branagh (2017)

2 avril 2016

The Revenant

C'est donc comme ça qu'il faut filmer désormais. Il faut faire des films en fish-eye, en plans-séquences tournoyants, en contre-plongée, truffés de moments de bravoure (comme ce long plan qui grimpe la montagne à reculons depuis le bord escarpé du fleuve, au début du film, qui nous crie "Visez-moi la prouesse !"), et ne tourner que durant "l'heure bleue", quand les animaux de la nuit se la ferment et juste avant que ceux du jour ne s'ébrouent, l'heure où les loups-garous ont le plus la trique. Le chef op' de Terrence Malick, Emmanuel Lubezki, le virtuose, a donc commis un massacre supplémentaire et voit son "style" érigé en modèle par l'académie des Oscars, puisqu'il a obtenu trois fois de suite le prix de la meilleure photographie. On a de nouveau droit à ses effets signatures détestables : mille et un plans en contre-plongée totale sur les arbres, par exemple, ou bien, dans quelques scènes de rêverie horribles, dignes des pires flashbacks sentimentaux dégoulinants de Gladiator, ces sempiternels et tristes plans sur un personnage béat devant les rayons du soleil, autant de clichés morbides qu'on ne peut plus blairer depuis longtemps, qui sont aussi tristes et usants que la mode des films aux teintes uniformément bleu gris...




The Revenant est donc visuellement à couper le souffle, dans le pire sens de l'expression, mais il est avant tout d'une lourdeur extrême. Tout ce qui faisait le charme, la force, la richesse d'un film comme Le Convoi sauvage, basé sur la même histoire (celle du trappeur Hugh Glass, salement blessé par un grizzly en 1823, qui parvint à rejoindre son bivouac à Pincou-les-bains, distant de plus de 300km, en moins de six ans et en rampant), fout le camp au profit d'une bête histoire de vengeance opposant Leo DiCaprio et Tom Hardy. Le premier s'étant fait sodomiser par un ours, le second l'abandonne à son sort après avoir tringlé son fils. Par suite de quoi, Leo DiCaprio met tout en œuvre pour rattraper le coupable et se l'esprofondir, après 2h50 de galère où rien n'est rendu palpable de la difficulté des épreuves traversées par le héros ni de la distance séparant les espaces arpentés pour mettre la main sur un simple connard. Car c'est bien à cela que se résume l'antagoniste de Hugh Glass (grand-père de Philip Glass, qui malheureusement ne signe pas, de ses dix doigts de fée, longs et véloces, la bande originale du film). Le héros, bon, généreux, fort, courageux et à l'écoute de la nature, traque son ennemi, un fumier intégral, couard et cupide, jusqu'à ce qu'ils se larguent quelques dizaines de balles et de coups de couteau au bord de l'eau...




DiCaprio, l'acteur le plus apprécié du moment, s'est retrouvé en top tendance pendant deux semaines suite à son Oscar et à sa petite diatribe contre l'environnement. Et pourtant, si on a beaucoup déblatéré sur les difficultés du tournage en conditions extrêmes (il faudrait chialer pour eux alors que personne ne leur avait rien demandé jusqu'à preuve du contraire), c'est bien la faune et la flore des coins perdus où Iñarritu est allé planter sa caméra et son bivouac qui ont le plus trinqué. Il s'agit d'écosystèmes extrêmement fragiles, où la vie ne tient qu'à un fil, grâce à un équilibre millénaire vite perturbé par une présence étrangère aussi délicate soit-elle. Et c'est pas les gros sabots pleins de merde d'Iñarritu, ou la petite gueule enfarinée et bouffie de DiCaprio, ni la putain de bouche à pipe de Tom Hardy qui auront su préserver l'anonymat dans un tel contexte. En d'autres mots, la caravane du film, ultra nomade, a démoli tous les paysages qu'elle a traversés. Lubezki et Iñarritu, emportés dans leur grand délire maniaco-dépressif et égocentrique, se sont lancés dans des kilomètres de route et de vol pour trouver le pin parfait, le galet idéal, la brindille de rêve, la feuille de chêne la mieux dessinée, le champignon hallucinogène le plus dément, la fougère la plus velue, la toile d'araignée la plus symétrique, le grain de sable le plus fin, l'indien d'Amérique le moins mort. En bref, si DiCaprio se montre au fait de l'actu ciné et environnementale, il ferait mieux de balayer devant ses propres pompes et de changer plus régulièrement la litière d'Iñarritu.


The Revenant d'Alejandro Gonzalez Iñarritu avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Lukas Haas et Domhnall Gleeson (2016)

2 juin 2015

Mad Max : Fury Road

Difficile d’aller voir un tel film sans craindre que l'incroyable ramdam qu’il a suscité n’influence, en bien ou en mal, l’opinion qu’on en aura. La louange unanime crée des attentes parfois cruelles pour celui qui la reçoit. On a lu et relu, en boucle, les mêmes superlatifs, à propos de ce Mad Max : Fury Road, que beaucoup n’ont pas hésité à ériger en « film du siècle » ou ont affublé de tant d'autres titres honorifiques plus ou moins débiles. Mais au final, sans donner raison à ceux qui en font l’œuvre la plus importante de l’histoire récente du cinéma (ce serait tout de même à pleurer), le film s’avère résister à la pluie de compliments démesurés qui s'est abattue sur lui, et parvient même à en mériter pleinement quelques uns, les plus raisonnables, qui vantent ses grands mérites de strict film d’action. 




Mad Max : Fury Road est (sans véritable difficulté, concédons-le) le meilleur épisode de la saga de George Miller (et, au tout début du film, on peut encore en douter, craignant par exemple que Miller, poussant d’un cran sa vieille lubie de filmer des catcheurs hystériques, réalise le film de beauf absolu que semblait annoncer la présence du guitar hero metalleux au sein du convoi de routards menés par Immortan Joe, le méchant de l’affaire). Pourquoi cet épisode 4 ratatine-t-il les trois autres ? Pour une raison simple, qui est que le cinéaste australien s’était placé, avec son premier Mad Max, sous l'égide du dieu Vitesse, et avec le second, Mad Max : le défi, sous le patronage de sainte-Action (nous ne reparlerons pas du troisième, Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre, placé sous le sceau de l’infamie), et que sur ces deux terrains, fers de lance de son cinéma (Miller n’a, au fond, peut-être jamais visé que ces deux objectifs : filmer courses-poursuites, fusillades et explosions à toute vitesse, au point de délaisser tout le reste), le père de Mad Max vient d’atteindre des sommets. Les siens, au moins, mais sans doute plus que ça car, disons-le après d’autres, ce film semble avoir passé une vitesse, voire un petit paquet de vitesses en termes de cinéma d'action, et a mis une dizaine de longueurs dans la vue à l'immense majorité de ses concurrents passés et présents.




Mad Max : Fury Road va très, très vite, tout en restant parfaitement lisible et assez solidement construit, mieux, sans jamais filer mal au crâne ni donner envie de sauter du train en marche, contrairement à la grande majorité des blockbusters contemporains qui essaient péniblement de fuser et sont pourtant des escargots par rapport à celui-ci. Miller, dans le programmatique premier volet de sa série chérie, misait beaucoup sur les effets d’accélération du défilement de la bande, notamment dans ces plans filmés en caméra embarquée à ras du bitume et à toute allure. Ses tentatives d’accélérer l’image, dans le deuxième épisode pourtant supérieur, ne furent pas du meilleur goût (rappelons, entre autres, ces scènes dignes des premiers films du cinématographe où les figurants semblaient courir en marchant). Il renoue d’ailleurs avec ces effets dans le prologue de son nouveau bébé, de manière un poil plus habile visuellement, mais guère plus heureuse. Mais dès que le titre du film est apparu, après la capture de Max et après sa vaine tentative d’évasion dans les coursives du bastion d'Immortan Joe, Miller abandonne cette avance rapide artificielle au profit d’une véritable accélération, de celles qui passent par le montage (même s'il joue encore de ses vieux effets ponctuellement, qui, couplés à des zooms furieux, ne constituent pas les plus beaux moments du film mais contribuent, périodiquement, à pousser son rythme). Et le résultat est assez fascinant.




Il faut en revanche, c’est admis, s'en tenir à la vitesse et à l'action, qui constituent 95% du film au bas mot, et fermer les yeux sur le reste. Dès que Miller coupe le moteur, on se rend compte, une fois de plus, qu'il est incapable de filmer autre chose (les scènes plus calmes, les pauses dans la course, où Max, interprété par un Tom Hardy fort limité, discute avec sa partenaire, Furiosa, beaucoup mieux servie par Charlize Theron, sur une tonalité mélodramatique, sans parler de la scène où Furiosa s’en va hurler, à genoux, dans le désert, la mort des siennes, ces scènes relèvent soit du grotesque soit… du grotesque). Mais ce ne sont bien que 5% du film, en comptant large. Et pour la plus grosse part du gâteau, il n’y a pas à dire, George Miller sait y faire. C'est probablement son seul talent mais il le tient, ou plutôt le tient enfin. Le film fout effectivement un gros coup de pression au tout Hollywood en parvenant à atteindre un rythme de croisière fulgurant sans se crasher en cours de route.




Mais je me trouve presque dur. Car en réalité, et quitte à me trouver presque doux, je dois dire que Miller réussit un peu plus que cela, et que ses réussites supplémentaires pourraient passer pour dérisoires mais sont capitales quand on connaît un peu l'oiseau pour s'être tapé et retapé les trois premiers films de sa franchise. D’abord, Mad Max : Fury Road compte deux scènes particulièrement réussies et dont la réussite ne tient pas qu’à la création et au maintient improbable d’un rythme hallucinant. D'une part, la séquence de la tempête de sable, où Miller joue sur une altération des couleurs et sur une invasion du noir et blanc assez frappante, donnant l’impression que le film lui-même subit, dans son tissu, les assauts cataclysmiques d’un cyclone sorti de nulle part. Et c'est bien l'effet que nous fait ce nouveau Mad Max, film émergé d'on ne sait où, qui déboule en trombes, foutraque, puissant et, pour ses rivaux, assez destructeur. D'autre part, la séquence étonnante des marécages, cette étendue spongieuse parcourue d’étranges échassiers humains, où, une nouvelle fois, Miller change soudain de teinte, et de registre, plongeant le film dans une nuit bleue assez somptueuse, tandis que le convoi des fuyards s’attache à un arbre solitaire et que retentit le Dies Irae du Requiem de Verdi.




Et puis, pour la première fois dans sa série, le cinéaste façonne un personnage principal assez consistant. Je ne parle pas de Max, qui n’a, faut-il croire, jamais intéressé Miller. Tom Hardy lui donne encore moins de poids que Mel Gibson en son temps, qui n’avait déjà pratiquement rien à jouer mais le faisait somme toute mieux (et pourtant...). Je parle évidemment de Furiosa. Miller met clairement (et assez lourdement) en scène la passation de pouvoir, laissant son (soit-disant Mad) Max sur le bas-côté, au sol, littéralement largué, au profit du personnage féminin de son film (on ne fera pas tout un fromage sur Mad Max 4 grand film féministe… féministe, le film l’est un peu, et l’est pas mal comparé à quelques grosses machines Marvel, mais si ce film est un grand film féministe, le féminisme a de beaux jours devant lui). Et la transmission de témoin s’organise jusque dans le titre, si l’on se permet d’entendre « Fury Road » comme « La route de Furiosa ». Assez solidement interprétée par Charlize Theron, la susnommée Furiosa en impose davantage que son covoitureur mâle, et c’est rien de le dire. C’est une première pour la saga, qui avait connu quelques personnages secondaires sympathiques (notre critique du deuxième opus leur faisait la part belle) mais finalement peu présents (au contraire ici, d'ailleurs, d'un personnage secondaire assez intéressant en la personne de Nux, interprété par Nicholas Hoult, un war boy d’Immortan Joe pris à parti dans l’équipée sauvage de Furiosa), et dont le héros masculin éponyme n’avait jamais su nous gagner à sa cause (laquelle au juste ?).




Je suis peut-être injuste aussi quand je précise que l’on peut apprécier le spectacle (on y est en plein, Miller lance même des feux d'artifice à intervalles réguliers !) à condition de fermer les yeux sur tout ce qui n’est pas action et vitesse pure. Il faut, je ne le redis pas, faire le mort devant les quelques scènes voulues émouvantes de l’affaire. Mais en termes d'idées de scénario, le film n'est peut-être pas si plat et commun qu’il n’y paraît. Mettons le mot « idées » au singulier, pour ne pas avoir l’air d’en faire des tonnes. Je retiens celle (et mieux vaut avoir vu le film avant de lire ce qui suit, pas que la révélation soit capitale mais on pourrait m'en vouloir à mort et attenter à ma vie, donc je me couvre un max) qu'ont les personnages (le mérite en est attribué à Max, que Miller ne pouvait pas laisser dans le caniveau sans lui avoir offert de penser au moins une fois dans sa vie) de retourner sur leurs pas, d'arrêter la fuite en avant vers probablement rien et de revenir dans la citadelle initiale, celle que gouvernait jusqu’ici le despote Immortan Joe (Hugh Keays-Byrne, méchant du 1er volet, mais peu importe... ici dans le rôle du tyran putanier et doctrinaire pratiquant une politique d’austérité à l’égard de la nouvelle denrée rare - après le fuel, l’eau, plus banal, certes… - du monde post-apocalyptique de Miller), pour essayer de la dérober à son leader et de la révolutionner de l'intérieur, de la rendre meilleure (parabole de ce que Miller fait avec sa propre saga, bien sûr, qu’il reboote et hausse effectivement d’un ou de plusieurs tons, chose assez rare pour être soulignée), bref cette idée somme toute assez simple qui veut que l'herbe ne sera que très peu vraisemblablement plus verte ailleurs (encore qu'elle le sera forcément vu que d'herbe il n'y a point dans le désert où se déroule le film), et qu'il serait temps d'essayer d’agir là où l'on crèche plutôt que de foncer vers un éden illusoire (ou aussi imbitable que celui de Mad Max troisième du nom). (Phrase un peu longue non ?). Voilà une assez belle idée au fond, qui me donnerait presque envie de rapprocher le film, dans sa tentative d’appréhender les angoisses eschatologiques contemporaines et d’y répondre, de se coltiner le sujet de la responsabilité du guide et de l'engagement personnel, de ces films qui, ces dernières années, l’ont fait d’une toute autre manière. En vrac, La Dernière piste, Habemus Papam, Take Shelter ou 4h44 dernier jour sur terre. Mais j’ai bien peur, là, après avoir peut-être injustement limité le film à sa grande qualité « dynamique », de le hisser à des considérations auxquelles lui-même ne prétend pas férocement.


Mad Max : Fury Road de George Miller avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult et Hugh Keays-Byrne (2015)

17 février 2015

Locke

Le film Locke, de Steven Knight, nous aura appris un truc : que concrete, en français, veut dire « béton ». En fait il nous aura appris deux trucs. On a toujours pensé que l’album Concrete Jungle de Bob Leymar parlait d’une « jungle concrète », et nous pigeons désormais le vrai sens de ce titre. Ce film nous a appris trois trucs, pour être honnête. On pensait aussi, de proche en proche, que Concrete Island de J. G. Ballard parlait d’une « île concrète » (titre plausible pour un livre de SF !), avant de piger que l’écrivain causait simplement d’une « île de béton », ce qui fait complètement sens étant donné le contenu de l’ouvrage. Le film Locke a donc considérablement simplifié nos vies. Et ce n'est pas son seul mérite. Avez-vous vu beaucoup de films dont le héros travaille dans le bâtiment ? Il ne s’agit pas d’un pilote du tout, comme l’affiche, appelant sournoisement l’amalgame avec celle de Drive, pouvait le laisser croire. Il ne suffit pas de mater l’affiche, il faut s’intéresser au pitch parfois pour cerner un film ! C’est bien d'un maçon dont il s'agit. Le film dure une heure et quart, c’est un film à idée de base forte, comme Buried ou autres. C’est l’histoire d’un type qui zone une heure et quart en bagnole, à passer des coups de fil pour le salut de sa vie.




Au moment où le film démarre, qui coïncide avec le moment où Tom Hardy met le contact dans sa bagnole, le personnage apprend qu’il va devoir gérer la plus grosse coulée de béton de toute l’histoire du génie civil hors ouvrages militaires. Ce qui n’est pas rien. Le bonhomme maîtrise son sujet pour qu’on lui confie de telles responsabilités. Mais non content d’avoir ce poids sur les épaules, Locke, puisque c’est le nom de notre maçon, apprend d’un coup de fil que sa vie va basculer : sa maîtresse l’appelle pour lui dire qu’elle est enceinte et qu’elle va accoucher dans neuf mois vu qu’ils viennent de baiser il y a neuf jours (Locke se justifiera de cet acte manqué dans une scène de confession en avouant : « Un soir où ma femme a tardé à répondre au téléphone, je l’ai trompée, j’en ai bousillé une autre »). Aucune incohérence dans ce film qui a été écrit d’un coup sec, pas le temps pour les incohérences, l’auteur a foutu une gifle à son clavier et ça a donné cette histoire. C'est un film à records, puisque c’est aussi le seul film où un seul acteur, Tom Hardy donc, apparaît à l’écran. Il y avait également huit caméras casées dans le véhicule de Tom Hardy. Huit caméras ! Tous les records sont battus dans ce film, sauf un ou deux.




Pour revenir au script, le film est une série de coups de fil entre Tom Hardy, sa femme trahie et éplorée, ses employeurs à bout de nerfs, son gamin qui lui fait le résumé minute par minute façon L’Équipe du match du soir opposant Liverpool à Twickenham à coups de « Papa ! Papa ! T’as raté le coup d’envoi ! », « Papa ! Papa ! T’es fan de foot et t’es pas là ! »... bref, l'homme est scié entre sa femme en larmes, son fils hooligan en herbe et sa maîtresse, son coup d’un soir, son one perfect shot. Pour gérer tout ça, Tom Hardy a un kit main libre et une bonne bagnole tout confort de marque BM avec options comprises et incrustées sur le tableau de bord (c’était les conditions de Tom Hardy pour accepter de faire le film). Dans ces conditions optimales, Locke plaque sa femme et son boulot pour retrouver son one perfect shot.




Le personnage, on le comprend assez vite, a perdu son père. On le comprend quand on voit Tom Hardy parler à son paternel mort assis sur la banquette arrière (pour rappel Tom Hardy est seul à l’image, et joue donc contre le rétro), lui répétant non-stop « Tu vois P’pa ! J’fais pas comme oit ! ». Avec un flegme imperturbable, il quitte sa femme et lui raccroche au nez, pour aussitôt se connecter au web et poster « Larguer ma meuf : check » sur Facebook. Il gère avec le même calme olympien un de ses employés qui menace de faire foirer la plus grande coulée de béton ever faute de trouver les clés que Tom Hardy a emportées avec lui dans sa besace en quittant le boulot. Le film se termine sans qu’on en sache beaucoup plus. On se dit que Locke a sans doute bien géré la coulée, vu qu’il s’est assuré de plein de détails avec scrupule et soin (c’est une perle, c’est pourquoi ses boss lui en veulent de les quitter en si bon chemin). Pour conclure, saluons Tom Hardy. Pas une critique de ce film, dans le monde entier, n’a omis de saluer la performance bluffante de Tom Hardy, sauf nous.


Locke de Steven Knight avec Tom Hardy (2014)

26 juillet 2012

The Dark Knight Rises

Je vais écrire cet article en toute franchise, en étant totalement sincère avec vous. Je suis allé avec mon frère et sa douce amie voir le nouveau Batman au cinéma. J'en attendais pas grand chose, je vous l'avoue tout net. Je ne suis pas un fan du second volet et encore moins du premier, que je trouve assez minable, à tel point que cela me fait doucement rire quand j'entends parler de "trilogie parfaite". Bref. Peut-être pas tout à fait imperméable au marketing de malade entourant le film, j'étais très curieux, il faut le reconnaître, de voir comment la trilogie allait se terminer. Oh et puis merde, je n'ai pas à me justifier, même si je vois déjà venir les détracteurs m'accusant d'être allé voir ce film avec un avis déjà tout fait. Croyez-le ou non, je m'y pointais avec un mince espoir et j'étais même accompagné par ce petit frétillement que l'on ressent presque tous avant d'assister à un gros spectacle de ce genre, depuis longtemps annoncé. J'avais pas détesté le second épisode et j'ignorais encore que celui-ci me le ferait revoir à la hausse ! Je ne savais pas que j'allais seulement pouvoir constater l'ampleur sans précédent du canular gigantesque monté par Christopher Nolan. The Dark Knight Rises n'est qu'une vaste blague sans amorce, seulement une chute qui n'en finirait jamais.


Christopher Nolan dépasse les plus grands ! Son canular est d'une ampleur sans commune mesure avec celui, radiophonique, réalisé par Orson Welles en 1938.

Par où commencer ? Il y aurait tellement à dire que je me sens comme écrasé par la nullité de ce film, moi qui ai pourtant tenu bon durant toute la séance, trouvant refuge dans le rire et la décontraction aux côtés de mon bon Poulpard, celui que l'on surnomme souvent "Brain Damage" mais que je nommerai désormais "L'Encyclopédie vivante des produits Lidl". Durant, disons, la première demi-heure du film, j'avais grosso modo ce à quoi je m'attendais dans mes plus pessimistes pronostics : l'impression de regarder le nouvel épisode d'une série télé pétée de thunes, dans la droite lignée du précédent, mais bien en-dessous, portée par quelques acteurs un peu plus doués que ceux que l'on a l'habitude de croiser sur le réseau hertzien. Parmi eux, Michael Caine offre quelques moments sympathiques : il a l'air d'être le seul à avoir un peu de recul sur la situation et à ne pas se prendre tout à fait au sérieux. Un sérieux par ailleurs tout bonnement assommant, et de rigueur du début à la fin, sans interruption, comme dans tous les films de Nolan. Cette impression pas désagréable se dissipa bien vite et, en revoyant le film, je suis persuadé qu'elle ne pointerait même pas le bout de son nez. Nolan se loupe sur toute la ligne, adoptant même une attitude assez douteuse. Il pourrait au moins faire preuve de courage s'il prenait le parti de son grand vilain, Bane, une sorte de révolutionnaire risible à la tête des indignés de Gotham, qui, lors d'une scène où j'ai cru à ce choix audacieux l'espace d'une nanoseconde, prend en otage les traders du reflet fictif de Wall Street. Mais Nolan ne le fait à aucun moment et finit même pratiquement par choisir la position inverse, en faisant notamment de chacun de ses personnages des pantins sans âme pour lesquels il n'a strictement aucune compassion. Il n'y a aucune vision, aucune prise de risque, Nolan ne fait qu'effleurer des thèmes possiblement intéressants, comme il l'a toujours fait (il faudra que l'on revienne un jour sur Inception...). Sans doute trop calculateur, trop désireux de plaire à tout le monde, Nolan semble condamné à cet entre-deux insupportable qui fait de lui un opportuniste de la pire espèce et un cinéaste raté, symbolisant à lui seul l'état pitoyable du cinéma hollywoodien à grand spectacle. Nolan est une sorte de Tchiaoureli appliqué, tout entier au service de la dictature de la masse. Il n'a même pas le cran de donner une mort héroïque à son Batman. Il n'ose pas et, au détour d'une courte scène atteignant un nouveau sommet dans le ridicule, il nous rappelle que Bruce Wayne est toujours bel et bien en vie. Son film ouvre la voie vers mille suites et autant de reboots. Tu parles d'une "conclusion"... Sacré businessman ce Nolan !


Quelle idée de choisir pour méchant un personnage dont les expressions faciales sont totalement cachées par une sorte de masque à oxygène très peu commode ? Le jeu d'acteur de Tom Hardy, que l'on sait capables d'extravagances assez plaisantes pour l'avoir vu à l’œuvre dans Bronson, est totalement effacé et son personnage en prend un sérieux coup au passage ! Les nostalgiques d'Heath Ledger vont devoir faire preuve d'indulgence !

Si le film était dégagé de tout ce qui l'entoure, j'attendrais peut-être le dvdrip avec une certaine impatience. Impatient de revoir ce spectacle à la débilité à toute épreuve en bonne compagnie, et sur tout petit écran, car c'est la place qui lui est destinée, pour me marrer du début à la fin, en me moquant de chaque invraisemblance et de chaque crétinerie qui balisent toutes les minutes de ce film abject (il en dure 164, quel bonheur !). En attendant, je ris un peu jaune et j'ai surtout très envie de revoir la mythique scène de bagarre du They Live de Carpenter, pour me rappeler de ce que ça peut donner quand c'est filmé avec talent. Nolan est si peu doué... On ne sait pas s'il se rend toujours compte de ce qu'il fait. Non, évidemment, il ne sait pas. S'il en avait conscience, on tiendrait là un comique de premier choix, au potentiel inestimable. Lors du premier affrontement entre Bane et Batman, qui se veut épique et, au minimum, viril, Nolan fait quelques plans de coupe sur des hommes de main qui sont plantées là, debout, regardant le combat depuis une hauteur, les bras croisés, le visage inexpressif. Il ne sait pas qu'il offre là un terrible miroir aux spectateurs les plus ennuyés et lassés de voir deux débiles finis se donner des coups de lattes à n'en plus finir ! C'est risible (oui, je sais, c'est la deuxième fois que j'emploie ce mot, mais c'est clairement l'un de ceux qui sied le mieux à ce film). Nolan reproduit la même chose lors d'un de ces nombreux dialogues lourdement explicatifs, car comme dans Inception, il arrive très fréquemment que certains personnages apportent d'un seul coup tout plein d'éclaircissements ultra bienvenus pour mieux comprendre la situation ; souvent, ils font ça alors qu'ils sont sur le point de mourir, ce qui rend ce moment d'autant plus poignant (bon, je sais, j'abuse de l'ironie). Lors d'un échange nécessaire à la compréhension du récit entre, il me semble, Christian Bale et Marion Cotillard, on voit furtivement Morgan Freeman, planté entre ses deux collègues, bras croisés, toujours, avec une mine totalement déconfite, comme s'il écoutait là le discours funèbre d'un ver de terre à la vie bien morne prononcé par un paresseux bègue ! J'étais dégoûté que Poulpard, qui était alors occupé à discuter avec son amie, ait loupé ce plan furtif, il se serait poilé autant que moi ! C'est mon passage préféré !


Au début du film, Bruce Wayne a un genou bloqué. Plus tard, il se fait briser le dos par Bane. Il faut voir comment il se rétablit à chaque fois, ça donne lieu aux scènes les plus drôles du film !

Alors on dit que c'est "efficace", c'est le mot qui revient régulièrement chez ceux qui ne font pas partie des fans hardcore mais qui s'accordent tout de même à lui reconnaître cette qualité. Oui, c'est efficace. C'est tellement efficace que j'ai un putain de mal de tronche depuis que je suis sorti de la salle. La dernière fois que ça m'est arrivé, c'était pour Inception. La musique aussi pompière qu'insoutenable signée Hans Zimmer n'y est certainement pas pour rien. Et encore, je suis honnête, je ne mets pas mon mal de bide sur le dos de Nolan, même si mon ventre semble très curieusement répéter ces mots en boucles : "Ra's al Ghul, Ra's al Ghul, Ra's al Ghul". Ce souci-là, je l'attribue au tiramisu que j'ai préparé hier. 500 grammes de mascarpone, c'est trop pour un seul homme. Je le saurai. Mais revenons à l'efficacité du très long métrage de Chris Nolan. Ceux qui relèvent cet aspect là du film veulent rappeler que le spectacle est au moins au rendez-vous, en bref : que l'on en prend plein la vue. C'est vrai, du matériel coûtant sans doute assez cher est cassé sous nos yeux, toute une ville explose, des voitures de marque sont entassées les unes sur les autres, sans parler des acrobaties en avion qui ouvrent le film et annoncent un peu la couleur. A ce propos, moi aussi, j'aimerais bien faire joujou avec la "Bat", cette sorte d'hybride entre un tank et un hélico que le Batman conduit à toute allure et fait serpenter entre les grattes ciel de Gotham, le sourire jusqu'aux oreilles. Quoique, je pense que contrairement à lui, je m'en lasserais bien vite. Des jeux vidéos de qualité proposent déjà de tels amusements, et j'en ai ma dose au bout d'un quart d'heure, alors que c'est moi qui contrôle l'engin, et non cet empaffé de Christian Bale !


Il est assez étrange que Christopher Nolan ne fasse preuve d'aucune empathie à l'égard de celui qui représente le Gotham d'en-bas et veut porter le soulèvement du peuple face aux inégalités en repartant de zéro...

Nolan, qui es-tu ? Nolan, que fais-tu ? Nolan, m'entends-tu ? Toi qui as su mettre Hollywood à tes pieds et passer pour le plus grand cinéaste de sa génération auprès d'un nombre effrayant de spectateurs, tu es pour moi une sacrée enflure et rien d'autre. Il fut un temps où je pensais que Nolan pouvait au moins se montrer assez bon scénariste, capable de parfois dénicher quelques idées astucieuses et susceptibles de donner quelque chose d'intéressant mises entre les mains d'un vrai cinéaste (ou bien par lui-même, mais à condition qu'il soit entouré par toute une équipe de conseillers constituée des plus grands cinéastes de l'histoire et de leurs fantômes). Son cinéma affiche ici toutes ses limites, tout comme son présumé talent d'inventeur d'histoires-gadgets, en réalité inexistant. Un retournement de situation final nous conforte dans l'idée que nous tenons là l'un des plus grotesques scénarios mis en image dernièrement, rivalisant même avec celui de Prometheus ! Quant à sa mise en scène, c'est le néant absolu, quand elle ne tombe pas dans les pires tics et travers, comme par exemple ces flashbacks misérables placées ici ou là pour que même le plus triso d'entre nous soit assuré de tout piger. Il n'y a rien, rrrrrrrrrrrien de rrrrrrrrrrrrrrien, comme le dirait si bien Edith Piaf, celle que Nolan a su replacer dans Inception pour passer pour un savant fou aux yeux de l'américain moyen.


Si cette image vous fout la gaule, ne sortez pas dans la rue cet été, n'allez pas à la plage, vous risqueriez d'être un danger ambulant, une bombe de testostérone à retardement !

Je ressors de ce film KO. Pour mon bien, il faut que je laisse pisser et que j'enchaîne avec un vrai film de cinéma, de préférence lent, calme et intelligent... Mais quand je lis certaines critiques ou quelques-uns des commentaires qu'internet offre à moi, je me pose des questions. Le buzz qui entoure le film est tout simplement dingue et incroyable, quand on sait de quoi il s'agit. Prenons un exemple au ras des pâquerettes comme je les affectionne tant, mais qui illustre mon incompréhension : ce qui se dit sur Anne Hathaway, les déclarations d'amour et autres effusions virtuelles de sperme (je ne vous en recopie pas, mais croyez-moi, c'est d'un ridicule !). En toute objectivité, Nolan ne met strictement jamais en valeur son actrice, elle n'est jamais rendue un tant soit peu désirable ni filmée dans sa combinaison moulante comme le ferait un obsédé (ou, devrais-je dire, un homme normal : même Pitof a zigzagué autour du fessier d'Halle Berry dans Catwoman), à part peut-être de furtifs moments où Hathaway a le cul en bombe sur son scooter ridicule, mais pour les voir, il faut avoir mon œil de détraqué, et ça ne peut dans tous les cas pas être seulement ça qui engendre de tels commentaires. Du coup ça me paraît encore plus bizarre... Après, chacun ses goûts pour les meufs, on ne choisit pas les préférences de son cobra, on trique quand on trique, mais ça me semble tellement pas raccord avec ce que je viens de voir sur grand écran que ça me laisse songeur !


Marion Cotillard, sur le point de prouver que le ridicule ne tue pas. A moins que...

J'ai un ami très cher qui est persuadé que notre société va bientôt tomber en ruines, ensevelie par toute la médiocrité ambiante. Ce film le conforterait dans son opinion et le ferait à nouveau énoncer de bien tristes prophéties. J'aimerais le contredire mais il ne faut apparemment pas compter sur le dénommé Christopher Nolan pour lui proposer des contre-exemples, bien au contraire... Ce film donne des tonnes de grains à moudre à de tels illuminés ! Une petite note d'espoir tout de même : certains dans la salle de cinéma, évidemment pleine à craquer, riaient et pouffaient de temps en temps, comme moi. Mais ils se comptaient sur les doigts de la main. Une chose est sûre : je n'aurais pas aimé grandir avec ce cinéma-là.


The Dark Knight Rises de Christopher Nolan avec Christian Bale, Tom Hardy, Marion Cotillard, Anne Hathaway et Michael Caine (2012)