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28 novembre 2021

Dune

Devinette : qu'est-ce qui est long, lisse, froid, orange et gris, dépourvu de vie et du moindre grain de folie ? Dune, bien entendu. C'est du Villeneuve quoi. Sans surprise. J'en attendais pas grand chose et je n'ai pas été déçu. J'ai même fini par pioncer, c'est dire ! J'ai loupé le dernier quart d'heure, grosso mierdo. J'ai émergé lors du générique de fin, réveillé par ce je-ne-sais-quoi... C'est vrai ça, c'est toujours un mystère : on ne sait jamais pourquoi on se réveille pile poil quand commencent à défiler les premiers noms du générique, alors qu'on dormait à poings fermés durant les longues minutes qui précédaient. Des minutes pourtant forcément plus bruyantes car, à ce propos, Hans Zimmer envoie les grosses basses tout le long et c'est bien pénible (ce type-là devrait arrêter, ça suffit, on n'en peut plus de lui, stop). J'ai donc refait surface dans un drôle d'état, ayant zappé toute la partie finale dans le sable, animé de sentiments flous et contradictoires à mon égard. J'éprouvais un mélange d'irritation et d'indulgence vis-à-vis de moi-même : je m'en voulais un peu de ne pas avoir tenu jusqu'au bout, après avoir encaissé près de 90% du métrage sans moufter, mais j'étais aussi très conscient de toutes les bonnes intentions qui m'animaient auparavant, et même plutôt satisfait de mon attitude tout à fait neutre et posée tout au long d'une séance que je qualifierais de studieuse, du moins jusqu'à ce que Morphée rapplique... Durant le film, je n'ai fait qu'un seul commentaire, récurrent certes, sur la ressemblance troublante entre la starlette Timothée Chalamet et l'animateur Eric Zemmour... Voir en notre Lisan al-Gaib le sosie rajeuni, et bien sûr embelli, d'Eric Zemmour, allié à l'incapacité patente de Villeneuve à nous rendre un brin intéressant son personnage, ça n'invite pas spécialement à l'adorer, à se projeter en lui, à suivre ses mésaventures avec entrain. Bon, j'avoue, je n'ai pas pu m'empêcher de pouffer lors des fameuses visions de notre héros... Paul Astéroïde fait des rêves plus ou moins prémonitoires (parfois ils se réalisent, parfois pas, ça ne l'aide pas beaucoup) : on y voit une jeune fille, portant un voile orange qui virevolte dans le vent, marcher en tongs dans le désert, avancer vers nulle part, filmée de dos (on voit ainsi très bien ses tongs, des Havaianas roses, et ça fait pitié, j'ai bloqué là-dessus). Celle que l'on devine être l'élue future du cœur de notre élu, incarnée par le mannequin taille enfant Zendaya, finit par se retourner face à la caméra et nous adresse un regard bleu (typique des Fremen) du genre langoureux, dans ce qu'on croirait être une pub pour parfum insérée là par erreur. Bref, des visions vraiment ridicules, sans doute ce qu'il y a objectivement de plus raté dans ce terne film. Même la maman de Denis Villeneuve fait la moue devant ça, « Didi, c'est du sérieux ? »


 
 
Aucun rêve de mon côté, je dormais d'un sommeil sans nuage, comme un bébé... A mon réveil, j'ai donc dû demander – parce que quand même, on sait jamais – et on m'a raconté la conclusion, qui n'en est pas une, car on ne tient là que la première partie introductive d'une saga (« It's just the beginning » nous annonce paraît-il Chalumet au bout de ces trois premières heures de film), bref, j'ai donc demandé, en articulant à peine, comment ça se terminait, n'étant de toute façon pas en état de recevoir la moindre information trop compliquée. Et on m'a raconté ça en deux phrases, sans la moindre passion, aucune émotion, rien qui dépasse, du propre, d'une voix monocorde que je ne saurai même plus à qui attribuer, très factuellement, très platement, et j'ignore encore si c'était par fidélité envers le style Villeneuve ou par simple pitié à mon égard. Dans tous les cas, j'ai apprécié. La fin de ce film-là est vraiment pas mal, j'ai rien à ajouter.


 
 
Je dois donc le reconnaître : je n'ai pas correctement fait mon travail de blogueur ciné. Pas en entier. Au bout d'un moment, je me suis calé la tête contre l'épaule de ma chère voisine, qui a gentiment accepté de la supporter (ce n'est pas si courant, elle pèse lourd, presqu'autant que celle d'un Harkonnen). J'étais bien rangé, au fond du canapé, avec le gros chat de mes amis qui était venu s'étaler de tout son long contre moi et me tenait chaud (cette énorme bestiole, plus impressionnante qu'un ver des sables, doit bien peser 12 kilos, et tant qu'on ne lui touche pas le ventre ou d'autres zones aléatoires de son gros corps tout doux, on n'a pas trop d'emmerde avec elle). J'étais bien, et j'ai progressivement laissé tomber mes paupières (j'avais pourtant fait une bonne sieste dans l'après-midi !). Jusque-là je regardais Dune sans souffrir ni rien, soyons honnête, certes bien aidé par le saladier de Kit Kat Ball's généreusement mis à ma portée, mais avec un désintérêt quasi total pour l’œuvre en tant que telle projetée face à moi. En soi ce n'est peut-être pas vraiment mauvais, je l'ignore ; je ne savais même pas quelle note mettre sur SensCritique, pour vous dire à quel point cela m'a laissé indifférent... Je savais que ça n'aurait pas la moyenne car je n'allais pas me forcer, comme pour ne pas faire de vague, à filer la moyenne à un truc insipide qui m'a si peu captivé, subissant l'influence d'autres notes excessives elles-mêmes dictées par les médias, l'effet de masse ou que sais-je, mais je trouvais qu'un 2 était tout de même sévère, un 4 généreux, donc bam 3, pour rétablir un semblant d'équilibre global et de vérité en ce bas monde (et, surtout, parce que je me tape complètement de Denis Villeneuve – dont le visage ressemble à la filmographie, sans tomber dans le  délit de sale gueule, mais c'est vrai quoi, regardez-le, attardez-vous sur sa figure plus de vingt secondes, comme personne ne le fait, pas même lui ni sa propre maman : il est si fade et quelconque, il a l'air niais, le pauvre...).


 
 
Comme je joue aujourd'hui la carte de l'honnêteté, je vais tout vous dire et même procéder à mon auto-critique. Je constate que j'ai un mal fou à accrocher à tout ce qui relève de cette branche importante, car symbolique et populaire, de la science-fiction qu'est le space opera (et ce même en littérature, après m'être essayé à des classiques, alors que je peux être très client d'une SF autre). Le space opera est un genre périlleux mais a priori très cinégénique, un genre que Denis Villeneuve, par son approche si sérieuse, figée et glacée, me semble bien loin de transcender. Cette SF-là au cinéma ne me semble pas faite pour les élèves trop appliqués, pour les premiers de la classe, à moins d'être un génie, de s'appeler Kubrick. Il faut y mettre du cœur, oser, y aller franco, quitte à se planter, avoir quelque chose à dire, et non se contenter de raconter platement une longue histoire, qui se veut pourtant épique et parfois complexe, en donnant l'impression que l'on est surtout soucieux qu'elle puisse être comprise de tous. Bref, tout ça pour vous dire que je n'étais pas le meilleur client pour ce Dune, dont le nom du réalisateur m'inspire depuis longtemps une indifférence polie, comme celui de son ami Nolan, et dont même l'affiche, montagne de tronches classique, est rebutante d'emblée. Un tel film me semble complètement hermétique et cela m'étonnera toujours qu'il puisse bénéficier d'un tel accueil, que tant de monde aille le voir, que la majorité des critiques applaudisse (« Monumental », vous dites ? Ornemental, au mieux...). C'est si difficilement accessible à mes yeux... Et malgré ça, toute la famille, belle-famille incluse, va le voir au cinéma, la fleur au fusil, ressortant très satisfaite du spectacle, de ce long spectacle inhumain, interminable et assommant.


 
 
La fin d'année approche, les fêtes avec elles, et on devra en reparler, c'est sûr. Je sais ce qui m'attend et j'ai une réputation à ne pas ternir (notamment auprès de la belle-famille, les autres c'est mort, ils savent), celle d'un gars fiable, calme et mesuré. Si je sors juste un « Franchement, rien à foutre de Dune » pour couper court et passer vite à autre chose, ça va pas le faire, ça va choquer et jeter un froid... Faut que j'adopte un discours diplomate, fait de petites phrases peinardes qui passent nickel, et que je la joue finaude, en prenant garde de ne froisser personne. Je travaille là-dessus depuis quelques jours déjà, je pense même avoir commencé à y réfléchir pendant le film. Je ne veux pas décevoir, ni passer pour snob ou que sais-je. Mais à l'oral, sous le coup du stress, ou pris par surprise, je peux être moins à l'aise... Et voilà, je sais comment ça va se finir, je vais bafouiller un truc qui ressemblera à rien et sans doute un peu à ça : « Ouais – je démarre par une note positive, toujours – les effets spéciaux sont pas mal, très cleans, sans bavure, y'a du taff de pro là derrière, ça se voit. Les vaisseaux sont énormes, pas évident à garer j'imagine ! – p'tit trait d'humour, j'enchaîne – Et j'ai remarqué un truc marrant : les persos sont soit à pied comme des cons, soit dans d'énormes vaisseaux hideux, y'a jamais d'entre-deux, la bagnole ou les deux-roues, ils connaissent pas en l'an 10191, c'est chelou... – flop assuré, bon, j'essaie de me rattraper en montrant que j'ai suivi le truc quand même – Quoique si, y'a les fameux hélicos 2 places qui ressemblent à des libellules, ouais ouais c'est pas mal ça, c'est LA création visuelle du film que j'ai kiffée. Ça vient du bouquin ? Ah, tu sais pas non plus ?... Il t'est tombé des mains toi aussi ? – hop, y'a de la complicité là, alors je peux glisser quelques piques, tranquille – Bon, par contre, pas ouf le plan répété sur les tongs de la zonarde dans le désert là... Ça faisait un peu tâche, j'ai trouvé. Et la BO, un poil relou, non ? Ils ont vu du sable et du soleil, alors ils ont mis des tam-tams et des chants africains, quand c'est pas les grosses basses habituelles... Brillant. Puis j'ai pas compris le ver des sables... C'est sa bouche ou son trou de balle ? – je suis clairement allé trop loin, j'essaye de remonter la pente, mais ça va être compliqué... – En revanche, j'aime bien Rebecca Ferguson, la daronne de Paulotréïde, mais c'est purement physique, ça va pas plus loin entre nous. Si j'étais lui, j'aurais un gros crush sur ma propre daronne, ça craindrait ! – je m'enfonce là, c'est clair – Ah, et les intérieurs m'ont fait kiffer aussi, bon, ils ont l'air de s'y emmerder comme des rats, mais y'a de sacrées pièces, de beaux volumes, rarement très éclairé, bizarre ça, puis une déco minimaliste, des meubles gigantesques : leur longue table de réunion notamment, elle est dingue, pas vrai ? Tu peux réunir quoi, 50-60 personnes tout autour ? Bien pratique d'avoir ça chez soi sur une planète où ils sont 12 à tout casser ! – j'en trouve des choses à dire sur ce film, mine de rien, mais c'est mal reçu, à l'évidence, ça passe pas, alors je rame, je rame – On pige mieux la taille des vaisseaux hein ? – je suis au fond du trou, et malgré ça, on me relance, par politesse peut-être... – Chalamet ? Ouais il est mimi... Bon, on verra dans 20 ans hein, dans 20-30 ans je dis pas, perso j'ai bien ma p'tite idée sur la tronche qu'il finira par se trimballer avec l'âge, mais on verra, qui sait, la nature peut surprendre... – ah non, je ne prononcerai pas le nom de Zemmour, pas à Noël, un Noël sans Zemmour, par pitié ! – Pour l'instant il est un peu malingre mais au moins ça nous change des gros costauds sans front, puis il va forcément s'épaissir dans les suites, non ? Il va grandir, prendre des épaules... Il a quoi, 14 ans ? – aïe... erreur fatale – Mais... – gros blanc – j'sais pas, j'ai eu du mal à m'intéresser vraiment au film, j'ai pas grand chose d'autre à répondre là-dessus... C'est vraiment tout ce que j'ai à dire sur ce sujet. »

Dune risque de tomber aux repas de Noël, préparez-vous aussi.
 
 
Dune de Denis Villeneuve avec Timotée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac et Zendaya (2021)

21 avril 2013

Oblivion

On pourrait vous restituer les premières lignes prononcées en voix off par Tom Cruise lors du pré-générique pour vous planter le décor mais comme il s'agit d'une série de mensonges trompant immédiatement le spectateur, nous préférons ne pas le faire. Pour faire court, dites vous que Tom Cruise est une sorte de plombier de l'espace, mais au lieu de bricoler des chauffe-eaux, il répare des drones veillant sur une Terre dévastée suite à une guerre nucléaire. Il travaille en binôme avec une jeune femme rousse possédant certains arguments qui lui permettent de "tenir" toute la durée de sa mission. Des rêves mettant en scène Olga Kurylenko perturbent toutefois sa quiétude. Une série de pannes anormales détectées chez les drones mène progressivement notre omniprésent héros vers la découverte d'une réalité plus complexe qu'il le croyait. Cela vous avance peu, certes, mais au moins, nous ne vous avons pas menti ni spoilé !


Est-ce qu'un jour Tom Cruise se mettra en ménage à l'écran avec une femme à son image, c'est-à-dire petite, râblée, vieille mais étrangement bien conservée et avec un gros nez ?

Oblivion contentera sans doute les amateurs de SF peu exigeants, notamment grâce à son univers visuel peu original mais plutôt réussi. Rien à dire sur les effets spéciaux, l'aspect des machines, l'état de la planète, le design des vaisseaux, les tenues d'astronautes, ou que sais-je. Pas de problème, l'argent a été bien dépensé et il y a derrière tout ça de sérieux artisans. Mais malgré ce décorum soigné, rien ne s'avère véritablement marquant, car Joseph Kosinski n'offre jamais le temps de nous laisser habiter son décor. Son film démarre en trombe, et le rythme ne faiblit pratiquement jamais. Ce n'est ici pas un compliment, bien au contraire. Joseph Kosinski enchaîne les scènes lourdement explicatives et celles d'action musclée avec la cadence d'une pub ou d'un clip à peine bridée, le tout accompagné par une musique omniprésente signée M83, qui rappelle par sa lourdeur dérangeante les bandes originales signées Hans Zimmer pour Christopher Nolan, en plus électronique. Devant cela, on a bien du mal à rentrer dans le film, malgré son évidente volonté de nous saisir dès ses premières secondes en nous en collant plein les mirettes. C'est bien dommage...


Parfois, certains effets spéciaux sont tout de même un peu ratés, comme ici, Tom Cruise aux côtés d'un de ses supposés clones.

L'efficacité tant recherchée de ce divertissement que l'on imagine concocté en étroite collaboration par sa superstar Tom Cruise et son docile réalisateur est également affaiblie par un scénario finalement fort peu original, qui semble être le fruit de collages plus ou moins harmonieux. Présenté comme un hommage aux films de science-fiction des années 70 par son auteur, Oblivion fait surtout penser au récent et autrement plus humble et réussi Moon de Duncan Jones. On peut aussi penser à 2001, Matrix, La Planète des Singes, et même Wall-E, liste évidemment non exhaustive tant il serait laborieux d'établir le compte exact. Le fantôme du beau Silent Running plane aussi quelque part, au loin, bien au-dessus de cette bouillie. Oblivion peine considérablement à se faire un nom au milieu de tous ceux-là, et apparaît au bout du compte comme une mixture certes comestible mais tout à fait oubliable. On aura ainsi vite fait de ne plus s'interroger sur ses quelques incohérences tant leur souvenir nous aura rapidement abandonné et désintéressé. Bref, Oblivion, ça se mate, à condition de supporter encore Tom Cruise dans le rôle d'un héros messianique hors norme, mais, bientôt, son titre prendra tout son sens.  


Oblivion de Joseph Kosinski avec Tom Cruise, Olga Kurylenko, Andrea Riseborough et Morgan Freeman (2013)

26 juillet 2012

The Dark Knight Rises

Je vais écrire cet article en toute franchise, en étant totalement sincère avec vous. Je suis allé avec mon frère et sa douce amie voir le nouveau Batman au cinéma. J'en attendais pas grand chose, je vous l'avoue tout net. Je ne suis pas un fan du second volet et encore moins du premier, que je trouve assez minable, à tel point que cela me fait doucement rire quand j'entends parler de "trilogie parfaite". Bref. Peut-être pas tout à fait imperméable au marketing de malade entourant le film, j'étais très curieux, il faut le reconnaître, de voir comment la trilogie allait se terminer. Oh et puis merde, je n'ai pas à me justifier, même si je vois déjà venir les détracteurs m'accusant d'être allé voir ce film avec un avis déjà tout fait. Croyez-le ou non, je m'y pointais avec un mince espoir et j'étais même accompagné par ce petit frétillement que l'on ressent presque tous avant d'assister à un gros spectacle de ce genre, depuis longtemps annoncé. J'avais pas détesté le second épisode et j'ignorais encore que celui-ci me le ferait revoir à la hausse ! Je ne savais pas que j'allais seulement pouvoir constater l'ampleur sans précédent du canular gigantesque monté par Christopher Nolan. The Dark Knight Rises n'est qu'une vaste blague sans amorce, seulement une chute qui n'en finirait jamais.


Christopher Nolan dépasse les plus grands ! Son canular est d'une ampleur sans commune mesure avec celui, radiophonique, réalisé par Orson Welles en 1938.

Par où commencer ? Il y aurait tellement à dire que je me sens comme écrasé par la nullité de ce film, moi qui ai pourtant tenu bon durant toute la séance, trouvant refuge dans le rire et la décontraction aux côtés de mon bon Poulpard, celui que l'on surnomme souvent "Brain Damage" mais que je nommerai désormais "L'Encyclopédie vivante des produits Lidl". Durant, disons, la première demi-heure du film, j'avais grosso modo ce à quoi je m'attendais dans mes plus pessimistes pronostics : l'impression de regarder le nouvel épisode d'une série télé pétée de thunes, dans la droite lignée du précédent, mais bien en-dessous, portée par quelques acteurs un peu plus doués que ceux que l'on a l'habitude de croiser sur le réseau hertzien. Parmi eux, Michael Caine offre quelques moments sympathiques : il a l'air d'être le seul à avoir un peu de recul sur la situation et à ne pas se prendre tout à fait au sérieux. Un sérieux par ailleurs tout bonnement assommant, et de rigueur du début à la fin, sans interruption, comme dans tous les films de Nolan. Cette impression pas désagréable se dissipa bien vite et, en revoyant le film, je suis persuadé qu'elle ne pointerait même pas le bout de son nez. Nolan se loupe sur toute la ligne, adoptant même une attitude assez douteuse. Il pourrait au moins faire preuve de courage s'il prenait le parti de son grand vilain, Bane, une sorte de révolutionnaire risible à la tête des indignés de Gotham, qui, lors d'une scène où j'ai cru à ce choix audacieux l'espace d'une nanoseconde, prend en otage les traders du reflet fictif de Wall Street. Mais Nolan ne le fait à aucun moment et finit même pratiquement par choisir la position inverse, en faisant notamment de chacun de ses personnages des pantins sans âme pour lesquels il n'a strictement aucune compassion. Il n'y a aucune vision, aucune prise de risque, Nolan ne fait qu'effleurer des thèmes possiblement intéressants, comme il l'a toujours fait (il faudra que l'on revienne un jour sur Inception...). Sans doute trop calculateur, trop désireux de plaire à tout le monde, Nolan semble condamné à cet entre-deux insupportable qui fait de lui un opportuniste de la pire espèce et un cinéaste raté, symbolisant à lui seul l'état pitoyable du cinéma hollywoodien à grand spectacle. Nolan est une sorte de Tchiaoureli appliqué, tout entier au service de la dictature de la masse. Il n'a même pas le cran de donner une mort héroïque à son Batman. Il n'ose pas et, au détour d'une courte scène atteignant un nouveau sommet dans le ridicule, il nous rappelle que Bruce Wayne est toujours bel et bien en vie. Son film ouvre la voie vers mille suites et autant de reboots. Tu parles d'une "conclusion"... Sacré businessman ce Nolan !


Quelle idée de choisir pour méchant un personnage dont les expressions faciales sont totalement cachées par une sorte de masque à oxygène très peu commode ? Le jeu d'acteur de Tom Hardy, que l'on sait capables d'extravagances assez plaisantes pour l'avoir vu à l’œuvre dans Bronson, est totalement effacé et son personnage en prend un sérieux coup au passage ! Les nostalgiques d'Heath Ledger vont devoir faire preuve d'indulgence !

Si le film était dégagé de tout ce qui l'entoure, j'attendrais peut-être le dvdrip avec une certaine impatience. Impatient de revoir ce spectacle à la débilité à toute épreuve en bonne compagnie, et sur tout petit écran, car c'est la place qui lui est destinée, pour me marrer du début à la fin, en me moquant de chaque invraisemblance et de chaque crétinerie qui balisent toutes les minutes de ce film abject (il en dure 164, quel bonheur !). En attendant, je ris un peu jaune et j'ai surtout très envie de revoir la mythique scène de bagarre du They Live de Carpenter, pour me rappeler de ce que ça peut donner quand c'est filmé avec talent. Nolan est si peu doué... On ne sait pas s'il se rend toujours compte de ce qu'il fait. Non, évidemment, il ne sait pas. S'il en avait conscience, on tiendrait là un comique de premier choix, au potentiel inestimable. Lors du premier affrontement entre Bane et Batman, qui se veut épique et, au minimum, viril, Nolan fait quelques plans de coupe sur des hommes de main qui sont plantées là, debout, regardant le combat depuis une hauteur, les bras croisés, le visage inexpressif. Il ne sait pas qu'il offre là un terrible miroir aux spectateurs les plus ennuyés et lassés de voir deux débiles finis se donner des coups de lattes à n'en plus finir ! C'est risible (oui, je sais, c'est la deuxième fois que j'emploie ce mot, mais c'est clairement l'un de ceux qui sied le mieux à ce film). Nolan reproduit la même chose lors d'un de ces nombreux dialogues lourdement explicatifs, car comme dans Inception, il arrive très fréquemment que certains personnages apportent d'un seul coup tout plein d'éclaircissements ultra bienvenus pour mieux comprendre la situation ; souvent, ils font ça alors qu'ils sont sur le point de mourir, ce qui rend ce moment d'autant plus poignant (bon, je sais, j'abuse de l'ironie). Lors d'un échange nécessaire à la compréhension du récit entre, il me semble, Christian Bale et Marion Cotillard, on voit furtivement Morgan Freeman, planté entre ses deux collègues, bras croisés, toujours, avec une mine totalement déconfite, comme s'il écoutait là le discours funèbre d'un ver de terre à la vie bien morne prononcé par un paresseux bègue ! J'étais dégoûté que Poulpard, qui était alors occupé à discuter avec son amie, ait loupé ce plan furtif, il se serait poilé autant que moi ! C'est mon passage préféré !


Au début du film, Bruce Wayne a un genou bloqué. Plus tard, il se fait briser le dos par Bane. Il faut voir comment il se rétablit à chaque fois, ça donne lieu aux scènes les plus drôles du film !

Alors on dit que c'est "efficace", c'est le mot qui revient régulièrement chez ceux qui ne font pas partie des fans hardcore mais qui s'accordent tout de même à lui reconnaître cette qualité. Oui, c'est efficace. C'est tellement efficace que j'ai un putain de mal de tronche depuis que je suis sorti de la salle. La dernière fois que ça m'est arrivé, c'était pour Inception. La musique aussi pompière qu'insoutenable signée Hans Zimmer n'y est certainement pas pour rien. Et encore, je suis honnête, je ne mets pas mon mal de bide sur le dos de Nolan, même si mon ventre semble très curieusement répéter ces mots en boucles : "Ra's al Ghul, Ra's al Ghul, Ra's al Ghul". Ce souci-là, je l'attribue au tiramisu que j'ai préparé hier. 500 grammes de mascarpone, c'est trop pour un seul homme. Je le saurai. Mais revenons à l'efficacité du très long métrage de Chris Nolan. Ceux qui relèvent cet aspect là du film veulent rappeler que le spectacle est au moins au rendez-vous, en bref : que l'on en prend plein la vue. C'est vrai, du matériel coûtant sans doute assez cher est cassé sous nos yeux, toute une ville explose, des voitures de marque sont entassées les unes sur les autres, sans parler des acrobaties en avion qui ouvrent le film et annoncent un peu la couleur. A ce propos, moi aussi, j'aimerais bien faire joujou avec la "Bat", cette sorte d'hybride entre un tank et un hélico que le Batman conduit à toute allure et fait serpenter entre les grattes ciel de Gotham, le sourire jusqu'aux oreilles. Quoique, je pense que contrairement à lui, je m'en lasserais bien vite. Des jeux vidéos de qualité proposent déjà de tels amusements, et j'en ai ma dose au bout d'un quart d'heure, alors que c'est moi qui contrôle l'engin, et non cet empaffé de Christian Bale !


Il est assez étrange que Christopher Nolan ne fasse preuve d'aucune empathie à l'égard de celui qui représente le Gotham d'en-bas et veut porter le soulèvement du peuple face aux inégalités en repartant de zéro...

Nolan, qui es-tu ? Nolan, que fais-tu ? Nolan, m'entends-tu ? Toi qui as su mettre Hollywood à tes pieds et passer pour le plus grand cinéaste de sa génération auprès d'un nombre effrayant de spectateurs, tu es pour moi une sacrée enflure et rien d'autre. Il fut un temps où je pensais que Nolan pouvait au moins se montrer assez bon scénariste, capable de parfois dénicher quelques idées astucieuses et susceptibles de donner quelque chose d'intéressant mises entre les mains d'un vrai cinéaste (ou bien par lui-même, mais à condition qu'il soit entouré par toute une équipe de conseillers constituée des plus grands cinéastes de l'histoire et de leurs fantômes). Son cinéma affiche ici toutes ses limites, tout comme son présumé talent d'inventeur d'histoires-gadgets, en réalité inexistant. Un retournement de situation final nous conforte dans l'idée que nous tenons là l'un des plus grotesques scénarios mis en image dernièrement, rivalisant même avec celui de Prometheus ! Quant à sa mise en scène, c'est le néant absolu, quand elle ne tombe pas dans les pires tics et travers, comme par exemple ces flashbacks misérables placées ici ou là pour que même le plus triso d'entre nous soit assuré de tout piger. Il n'y a rien, rrrrrrrrrrrien de rrrrrrrrrrrrrrien, comme le dirait si bien Edith Piaf, celle que Nolan a su replacer dans Inception pour passer pour un savant fou aux yeux de l'américain moyen.


Si cette image vous fout la gaule, ne sortez pas dans la rue cet été, n'allez pas à la plage, vous risqueriez d'être un danger ambulant, une bombe de testostérone à retardement !

Je ressors de ce film KO. Pour mon bien, il faut que je laisse pisser et que j'enchaîne avec un vrai film de cinéma, de préférence lent, calme et intelligent... Mais quand je lis certaines critiques ou quelques-uns des commentaires qu'internet offre à moi, je me pose des questions. Le buzz qui entoure le film est tout simplement dingue et incroyable, quand on sait de quoi il s'agit. Prenons un exemple au ras des pâquerettes comme je les affectionne tant, mais qui illustre mon incompréhension : ce qui se dit sur Anne Hathaway, les déclarations d'amour et autres effusions virtuelles de sperme (je ne vous en recopie pas, mais croyez-moi, c'est d'un ridicule !). En toute objectivité, Nolan ne met strictement jamais en valeur son actrice, elle n'est jamais rendue un tant soit peu désirable ni filmée dans sa combinaison moulante comme le ferait un obsédé (ou, devrais-je dire, un homme normal : même Pitof a zigzagué autour du fessier d'Halle Berry dans Catwoman), à part peut-être de furtifs moments où Hathaway a le cul en bombe sur son scooter ridicule, mais pour les voir, il faut avoir mon œil de détraqué, et ça ne peut dans tous les cas pas être seulement ça qui engendre de tels commentaires. Du coup ça me paraît encore plus bizarre... Après, chacun ses goûts pour les meufs, on ne choisit pas les préférences de son cobra, on trique quand on trique, mais ça me semble tellement pas raccord avec ce que je viens de voir sur grand écran que ça me laisse songeur !


Marion Cotillard, sur le point de prouver que le ridicule ne tue pas. A moins que...

J'ai un ami très cher qui est persuadé que notre société va bientôt tomber en ruines, ensevelie par toute la médiocrité ambiante. Ce film le conforterait dans son opinion et le ferait à nouveau énoncer de bien tristes prophéties. J'aimerais le contredire mais il ne faut apparemment pas compter sur le dénommé Christopher Nolan pour lui proposer des contre-exemples, bien au contraire... Ce film donne des tonnes de grains à moudre à de tels illuminés ! Une petite note d'espoir tout de même : certains dans la salle de cinéma, évidemment pleine à craquer, riaient et pouffaient de temps en temps, comme moi. Mais ils se comptaient sur les doigts de la main. Une chose est sûre : je n'aurais pas aimé grandir avec ce cinéma-là.


The Dark Knight Rises de Christopher Nolan avec Christian Bale, Tom Hardy, Marion Cotillard, Anne Hathaway et Michael Caine (2012)