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22 mars 2020

Le Mans 66

Le Mans 66 est un film plutôt plaisant, assez agréable à suivre, je ne remettrai pas cela en cause. A l'heure où les films américains de cet acabit se font si rares, et c'est sans doute pour cette raison-là que celui-ci s'est particulièrement fait remarquer, nous n'allons pas bouder notre plaisir. James Mangold sait raconter son histoire et rythmer son récit, les enjeux sont très rapidement et clairement définis : pile ce qu'il faut pour que l'on accepte de se laisser porter pendant plus de deux heures trente. On nous retrace donc la rivalité entre Ford et Ferrari qui marqua la compétition automobile durant les années 60 et atteignit son climax lors des 24 heures du Mans de 1966. Cela nous est évidemment conté du point de vue américain, à travers le double portrait de Carroll Shelby, ancien vainqueur de la course mythique devenu constructeur automobile, que Ford chargea d'inventer la voiture la plus performante possible, et Ken Miles, un type imprévisible, au caractère bien trempé, mais un as du volant sans pareil, choisi comme pilote par Shelby himself contre l'avis de ses supérieurs, qui considéraient que son image un peu toquée ne collait pas avec celle, ultra clean, de la marque étendard de la bannière étoilée.




Sur le plan de la rivalité entre les deux « écuries » (je mets les guillemets par précaution car j'ignore si j'emploie le bon terme et je n'aimerais pas froisser les experts), il n'y rien à dire, James Mangold dépeint ça très proprement. Il nous vend bien l'Amérique, Ford et leurs bagnoles. Pour peu que vous soyez intéressé d'en apprendre un peu plus sur l'histoire de la compétition automobile, vous sortirez du film en en sachant davantage. Pour ma part, j'ai par exemple appris que la fameuse course des 24 heures du Mans se déroule bel et bien au Mans, dure une journée entière, et qu'elle consiste à répéter dûment le tour d'un circuit que l'on accomplit en moins de 4 minutes si l'on se débrouille à peu près. Imaginez l'angoisse... Je croyais qu'il s'agissait de partir d'un point A pour arriver à un point B, ce qui est tout de même plus valorisant, comme c'est le cas, à ma connaissance, sur le Paris-Dakar, le Tourmalet ou le Grand Prix de Monaco... En revanche, je n'ai toujours pas compris comment l'on peut désigner le vainqueur d'une course qui doit, de toute façon, durer 24 heures. C'est à celui qui a dûment effectué le plus de tours durant ce laps de temps ? Mais alors comment se fait-il que les commentateurs disent d'un pilote qu'il a 3 minutes de retard sur un autre et que la course puisse se terminer à la ligne d'arrivée ? Ils en ont tous pour 24 plombes, non ?! Rien ne sert de courir... Bref, fermons-là la parenthèse.




Pour ce qui est de l'aspect plus humain de l'histoire, à savoir l'amitié entre Ken Miles et Carroll Shelby, c'est une autre affaire. James Mangold s'avère un peu moins doué, malgré les deux acteurs qu'il a à sa disposition. Le duo était plutôt prometteur à l'affiche, Matt Damon faisant généralement le taff et Christian Bale brillant toujours davantage lorsqu'il est un sidekick et qu'il bosse en binôme (on se souvient de sa prestation oscarisée dans The Fighter où il était le coach efflanqué de Mark Wahlberg). Il fonctionne effectivement à l'écran, mais de façon bien trop ponctuelle, il n'est pas suffisamment exploité, et c'est fort dommage. Christian Bale livre de nouveau une solide performance en parvenant à donner vie au pilote un peu cintré qu'est Ken Miles. L'acteur pourrait lasser, avec ces transformations à répétition et son élocution si particulière, mais force est de constater que ça marche encore : on voit son personnage, et non Christian Bale nous refaire son petit numéro. Il réussit à s'éclipser derrière la figure de Ken Miles, laissant libre cours à son accent british (origine britannique du pilote oblige). Forcément plus sobre, comme le lui dicte son rôle, Matt Damon est impeccable aussi. Pourquoi donc James Mangold n'en tire pas quelque chose de plus consistant ? Ce n'est qu'à la toute fin du film que Carroll Shelby se livre un peu, laisse percer un peu d'émotion, mais son acolyte est déjà parti en fumée, littéralement, et c'est d'autant plus frustrant.




Peut-être suis-je aussi nostalgique des buddy movies des années 80-90, mais je regrette que Le Mans 66 n'aille pas davantage dans cette voie et, surtout, ne mette pas plus au premier plan la relation des deux protagonistes, dont les personnalités opposées auraient dû donner plus d'étincelles (la scène de bagarre fraternelle paraît un peu forcée...). Soit dit en passant, je constate que cela fait plusieurs films américains récents qui, malgré les apparences et les promesses affichées, des couples d'acteurs intéressants et une durée suffisante pour le faire, me semblent échouer à dépeindre une belle amitié et refusent de donner dans la comédie, le buddy movie, avec son lot de scènes drôles et de complicité attendues qui nous permettraient d'apprécier les personnages et de nous réjouir de leurs interactions. Je pense au dernier Tarantino, qui lui aussi dure pourtant presque trois plombes, et était très faible sur ce plan-là (comme sur bien d'autres...). Il ne s'y passe quasiment rien entre Leonardo DiCaprio et Brad Pitt. On finit ces (longs) films en trouvant tous ces personnages, au mieux, vaguement sympas, et en n'ayant pas vraiment été touchés par leur amitié. Triste, non ?




Aussi (et c'est d'ailleurs un autre point commun avec Once Upon a Time in Hollywood...), le traitement des personnages féminins dans Le Mans 66 n'est pas des plus finauds. Il n'y en a, à vrai dire, qu'un seul à l'écran : l'épouse de Ken Miles, incarnée par Caitriona Balfe. Celle-ci passe son temps les mains sur les hanches, dans de jolies robes sorties du la collection printemps-été 66, l'air de se dire "Mon mari est une vraie tête brûlée mais si ça lui fait plaisir de risquer sa vie dans ces bolides, je n'ai rien à dire et je suis prête à encaisser la tête haute son inéluctable mort accidentelle". Ce personnage est simplement là pour nous offrir quelques moments au romantisme très niais sans doute assumé mais néanmoins embarrassant. A l'évidence, les scènes les plus faiblardes du lot. Celle, assez longue, de prise de bec en voiture où, pour une fois, madame est au volant et menace de garder le pied sur l'accélérateur si son mari ne lui avoue pas ses projets, est sans doute la plus pénible de toutes. Si c'est pour faire ça, franchement, autant ne donner aucune place à la femme de Miles et grappiller quelques minutes sur la durée totale.




Pour compléter le tableau, évoquons les courses en bagnoles, un point essentiel, car pour réussir ton film de courses de bagnoles, eh bien il faut... réussir tes courses de bagnoles, c'est la base. Telles qu'elles sont filmées par James Mangold, disons-le tout net, elles ne rentreront pas dans les annales de l'histoire du cinéma. Elles sont assez lisibles, certes, nous comprenons tout ce qui s'y passe, et nous sommes plutôt pris dedans, ce qui est déjà pas mal par les temps qui courent, mais c'est mis en boîte sans génie et je n'étais pas non plus scotché à mon fauteuil comme je l'espérais. Je crois avoir pris plus de plaisir devant le Rush de Ron Howard. Ron Howard a fait mieux. C'est toujours pénible de se dire ça, non ? Ron Howard a fait mieux. Ron Howard, quoi. Tu arrives à vivre avec ça, James ? Si je m'appliquais à faire, je ne sais pas, une bonne omelette, la meilleure possible, et que l'on me disait, après l'avoir goûtée, "Ok, ça va... mais Ron Howard en fait des meilleures", je l'aurais en travers, croyez-moi. Je pense que j'arrêterai la cuisine, ou bien je retournerai à mes poêles et mes fouets, bien déterminé à dépasser le rouquin.




Terminons sur une bonne note : il y a une scène lors de laquelle j'ai remarqué une bien belle idée visuelle (photogrammes ci-dessus). Je vous resitue le contexte : la nuit est tombée et Ken Miles travaille encore, seul, dans l'immense garage géré par Shelby qui est situé en bordure des pistes d'atterrissage utilisées pour tester les caisses. Jugé indésirable par les exécutifs de Ford, il en est réduit à suivre à la radio une course dont il a injustement été écarté. Tandis qu'il écoute passionnément les commentaires, les phares d'un avion viennent illuminer l'intérieur du garage et le visage frustré de Miles, les ombres des voitures se répercutent alors sur les murs derrière lui et c'est comme si, en arrière-plan, se déroulait la course qu'il s'imagine amèrement. C'est très simple et c'est assez beau, l'expressivité du regard de Bale et sa posture participant pleinement au charme de cet instant. Dommage qu'il n'y ait pas plus de moments comme celui-ci. En tant que tel, Le Mans 66 demeure un divertissement old school d'assez bonne facture, dont on peut tout de même regretter qu'il ne soit que ça. 


Le Mans 66 de James Mangold avec Christian Bale et Matt Damon (2019)

23 octobre 2019

L'Île au trésor

Bizarrement, ce téléfilm de 1990 est peut-être la meilleure adaptation du classique de R.L. Stevenson, auquel il est très fidèle. Les décors sont bien choisis (en particulier l'auberge de l'Amiral-Benbow, le fortin sur l'île, le passage sous la cascade où se manifeste la voix d'un fantôme), l'action est portée par une sympathique bande-son aux tonalités irlandaises, et surtout le casting est réussi. L'acteur le moins convainquant, c'est finalement le jeune Christian Bale dans le rôle de Jim Hawkins, un peu trop grand peut-être, un peu trop serein, impassible même, et sûr de lui, avec sa voix de basson. Le jeune acteur, qui avait déjà officié, et avec plus de talent, dans L'empire du soleil, peine aussi (mais il n'est peut-être pas seul fautif) à exprimer ce mélange de crainte et de fascination, de mépris et de sympathie, qui caractérise la relation du jeune Hawkins au vieux Silver dans le roman. Mais pour le reste des personnages, on y est. 





Outre Charlton Heston, grinçant à souhait devant la caméra de son fiston en Long John, le trio d'acteurs qui interprète le Dr. Livesey, Trelawney et le capitaine Smollet, est au poil, un certain Nicholas Amer, par ailleurs abonné aux séries TV (j'entends par là qu'il a joué dans un million d'entre elles, pas qu'il capte OCS) s'avère très bon dans le rôle du formidable Ben Gunn, mais surtout, présents tous deux quelques minutes seulement et néanmoins inoubliables dans leur rôle, Oliver Reed, dans la peau de Billy Bones, et Christopher Lee, dans celle de Pew l'aveugle, marquent les esprits (du moins marquèrent durablement celui de l'enfant que je fus).





C'est d'ailleurs le début du film qui est le plus réussi. Avec ce défilé de pirates, la bande de Flint, dans l'auberge de Jim et sa mère, et ce Billy Bones, vieux loup de mer gueulard et malade, accroché à son coffre et à son épée comme un naufragé, tout bouffi d'alcool et d'angoisse, constamment sur le qui-vive, en attente de la fameuse "tache noire" que bientôt lui remettra l'aveugle Pew. Deux beaux plans scandent cette grande introduction, celui où Bones apparaît tel un fantôme scrutant l'horizon sur le replat d'un rocher, et cet autre où Jim, Trelawney et Livesey découvrent l'Hispaniola, le navire déjà infesté de pirates qui les conduira vers l'île éponyme. C'est un plan simple, qui ne montre pas la mer comme une pure menace (ça c'était le précédent), mais comme une promesse où couve la menace. Tout le roman d'aventure est là. Dans ces deux plans. On aurait aimé en voir davantage dans le genre, mais c'est déjà pas mal.


L'Île au trésor de Fraser Clarke Heston avec Charlton Heston, Christian Bale, Oliver Reed et Christopher Lee (1990)

17 juillet 2018

Hostiles

Un rythme lent, une ambiance solennelle, de fort beaux paysages, un casting a priori sympathique et un message pacifique... il n'en fallait visiblement pas plus au western de Scott Cooper pour se faire remarquer à sa sortie. Au début, il y a effectivement de quoi y croire. Le cinéaste et acteur, qui en est à son quatrième long métrage, a voulu bien faire. Son film n'est vraiment pas désagréable à l’œil, le format panoramique est bien exploité, les lumières sont chatoyantes. Scott Cooper prend son temps pour installer ses personnages, notamment celui incarné par Christian Bale, un capitaine de l'armée américaine qui se voit contraint d'honorer une dernière mission : escorter un vieux chef de guerre cheyenne du Nouveau-Mexique au Montana, pour lui permettre de mourir sur ses terres tribales. Le cinéaste ne veut se fâcher avec personne. Il y a des gentils et des méchants des deux côtés, des méchants qui sont finalement plutôt gentils et des gentils qui sont en réalité assez méchants. Il y a des connards de tout bord et, en filigrane, un petit message qui se veut réconciliateur. Scott Cooper a vraisemblablement retenu la leçon de la fin dégueulasse de son très pénible premier film, Les Brasiers de la colère, où l'on voyait Christian Bale (déjà) assouvir enfin sa soif de vengeance en tirant une balle dans la nuque de Woody Harrelson, poussant ensuite un hideux soupir de soulagement. Cooper est un élève appliqué et sa dernière copie a obtenu une bonne note sur IMDb.





Chris Bale est un capitaine chevronné, torturé par ses démons. Il a commis des atrocités durant la guerre. Il a un tableau de chasse impressionnant. Le gars a bien croqué dans le génocide indien mais doit désormais protéger son pire ennemi, un vieux rival qui, en fin de compte, lui ressemble sur bien des points. Bale lute tellement contre lui-même qu'il passe tout le film à tirer une tronche de dix pieds de longs, c'est Batman sans la capuche, en encore moins loquace, le smiley inversé figé derrière sa grosse moustache, les pieds puissamment enfoncés dans le sol, comme condamné toute sa vie à transporter le lourd fardeau des horreurs commises. Quand on lui annonce qu'il n'a pas d'autre choix que de remplir cette ultime mission avant la quille, il s'en va hurler sa détresse dans un champ, au loin, car il faut quand même bien que ça sorte, de temps en temps. Puis il revient faire le taff, la tête haute, car il est d'abord un bon capitaine, un gars fiable qui a des principes. Chris Bale est abonné à ces rôles de bombe humaine, susceptible d'exploser à tout moment, et c'est ici ce que l'on redoute durant toute la promenade. L'acteur choisit de jouer cette partition comme s'il avait la taupe coincée au guichet... Une méthode d'acting bien connue, qui a déjà fait ses preuves et valu quelques Oscars. Il suffit d'éviter les fibres durant le tournage. On gagne en reconnaissance ce que l'on perd en espérance de vie. Mais Bale, habitué à faire du yoyo avec son poids et à suivre des régimes drastiques, n'est plus à ça près. Il l'aura un jour, son Oscar du Best Actor in a Leading Role !





Le bonhomme s'adoucit un brin quand il récupère Rosamund Pike, une blonde plutôt pas mal mais traumatisée par la perte de toute sa famille dans un raid comanche. Car si les cheyennes sont sympas et dociles, les comanches sont de sacrées raclures, des bêtes sauvages capable de scalper à tour de bras et de brûler vif pour récupérer quelques chevaux qu'ils auraient peut-être pu obtenir par la négociation. Bref. La nuance est tout de même là : chez les indiens, il y en a des bons et des mauvais, comme chez les blancs, et même les bons peuvent avoir commis de mauvaises actions. Tout pareil que Christian Bale ! C'est un "type bien", au fond, et c'est ce que Rosamund Pike lui déclare une dernière fois, les larmes aux yeux, sur le quai de la gare, lors d'une conclusion qui schlingue l'eau de rose mais que l'on accueille quand même à bras ouvert tant elle promet, enfin, un coin de ciel bleu à ces pauvres personnages qui ont traversé tant d'épreuves. C'est que ce long film doit aussi pouvoir plaire à tous. Aux amateurs de westerns âpres, aux spectateurs friands d'action (notons quelques fusillades pour nous réveiller de temps en temps) mais aussi à leurs accompagnatrices aux cœurs plus sensibles. C'est en essayant de plaire à tous qu'on finit avec une mixture de ce genre : digeste mais vite évacuée. Tiens, ça ferait du bien à Bale !





Notre petite troupe traverse les paysages, elle est joliment filmée, au coucher du soleil, devant les nuages et les couleurs du crépuscule. Ça donne de chouettes cartes postales. La petite bande doit affronter les trappeurs hostiles et les impitoyables comanches, mais nous ressentons peu le danger. Nous ne vibrons à aucun moment. On attend que ça décolle. En vain. On restera toujours à ras du sol, goûtant simplement la diversité des territoires parcourus. Les feux de camp se suivent et se ressemblent. Nous n'avons aucune idée du temps qui passe, de la longueur du trajet, de la rudesse des épreuves traversées. Le film est à l'image du personnage principal campé par Bale, paralysé par toute cette rage intériorisée. Les cadavres s'accumulent sur la route mais on s'en fiche pas mal. C'est seulement quand ils sont aux portes de la mort que Scott Cooper s'intéresse de plus près à ses personnages. Un peu trop tard pour que l'on s'y attache, malgré tous les efforts des acteurs. C'est à Rosamund Pike que l'on doit les rares moments où percent un peu d'émotion. Et encore, je suis gentil, on pourrait également accuser l'actrice d'en faire trop, de grimacer à outrance.





En fin de compte, Bale finira par piger que le vieil indien qu'il escorte n'est qu'un alter ego aux motivations légitimes, que le sergent haineux ramassé en cours de route n'est que la personnification de cette dark side qu'il tente de refouler, et que Rosamund Pike est son seul salut possible. Vous l'aurez compris, le trait se veut complexe, il est en réalité assez grossier, très lourdement énoncé. Scott Cooper s'améliore, c'est évident, il est sur la bonne voie. Peut-être que son 36ème film sera le bon, mais il faut alors lui souhaiter une longévité digne d'un Woody Allen. On espère de tout cœur qu'il arrivera jusque là. Hostiles est nettement supérieur aux Brasiers de la colère, mais ça n'est pas le grand western que l'on m'a promis et que j'espérais naïvement.


Hostiles de Scott Cooper avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi et Rory Cochrane (2018)

9 décembre 2014

Insomnies

A quelques menus détails près, Insomnies (Chasing Sleep, en VO) est une sorte de remake très sombre du fameux Dîner de Cons de Francis Weber. Jeff Daniels remplace Thierry Lhermitte dans le rôle du mari cocu et abandonné par sa femme. Désœuvré, il passe toute la durée du film à errer dans sa maison, se promenant de pièce en pièce, les bras ballants et la tête bien basse, répondant parfois à quelques coups de fil et recevant régulièrement la visite d'une flopée d'invités désireux de lui venir en aide, en vain. Prof de fac de son état, Jeff Daniels consacre parfois un petit quart d'heure à la correction de copies, mais abandonne bien vite, pour par exemple aller improviser quelques notes au piano. Une jeune étudiante fan de ses cours, endossant vraisemblablement le rôle de Catherine Frot, profite de son état de faiblesse psychologique pour abuser de lui. On apprendra bien vite que sa femme portée disparue le trompe aussi avec un prof de gym dont les traits efféminés rappellent inévitablement ceux de Francis Huster. Hélas, aucun avatar de Jacques Villeret ne sera là pour soutenir notre héros esseulé ni pour mettre une bonne ambiance dans un film décidément bien glauque. Malgré un pitch en tous points similaires à la comédie culte de Francis Weber, Insomnies est en effet un pur thriller psychologique.




A la différence de son modèle français, le personnage campé par Jeff Daniels ne souffre pas d'un mauvais tour de rein, mais d'insomnies répétées. Une impossibilité à trouver le sommeil qui altère grandement sa perception de la réalité. Des visions d'horreur permettent ainsi à l'acteur, déjà reconnu pour ses talents comiques grâce à des films comme Dumb & Dumber ou La Rose Pourpre du Caire, de faire étalage de tout son savoir-faire en brillant dans un nouveau registre : celui de l'effroi. Avec sa barbe de trois jours, ses cheveux en bataille et ses yeux aussi vitreux que cernés, Jeff Daniels porte véritablement le film sur ses épaules. Il est de tous les plans et mérite tous les compliments du monde ! Il parvient brillamment à nous faire ressentir de l'empathie pour son personnage, peu à peu au centre de tous les soupçons. Ceci dit, est-ce normal que cet acteur si talentueux cumule à lui seul, si l'on met bout à bout toutes les scènes de plomberies domestiques de sa filmographie, près d'un kilomètre de bobines à batailler avec des chasses d'eau ? Il doit avoir la tête de l'emploi... L'acteur est à nouveau confronté à de sérieux problèmes d'évacuation dans ce qui est peut-être la scène la plus réussie du film. La tension atteint en effet son paroxysme lors d'un nouveau face-à-face musclé qui rappelle évidemment celui de Dumb & Dumber. Jeff Daniels emploie ici tous les moyens pour réparer une chasse d'eau récalcitrante et faire en sorte que celle-ci daigne évacuer un doigt dégueulasse, retrouvé quelques minutes plus tôt sous l'armoire à linge de la chambre. Un détail macabre qui n'est pas sans évoquer l'oreille coupée de Blue Velvet [smiley avec des lunettes de soleil].




L'ambiance malsaine qui s'empare progressivement du film le transforme en un huis clos que l'on pourrait aisément qualifier de lynchéen tant l'ombre du réalisateur de Mulholland Drive plane sur l’œuvre de Michael Walker. Car si j'ai fait d'Insomnies un remake déguisé du Diner de Cons pour attirer votre attention et répondre à des impératifs éditoriaux, c'est davantage à l'univers de David Lynch que ce film pourrait se rattacher. Voire aux chefs d’œuvre de Polanski, pour le sentiment d'isolation et d'aliénation dont souffre le personnage principal. On pense également à The Machinist, les deux personnages étant en proie au même mal, l'insomnie, et ayant tous deux l'air de partir à la découverte de leurs subconscients dans une descente aux enfers irréversible. Cette conscience, on sait que Christian Bale la fuit à cause d'un sentiment de culpabilité trop lourd qui le pousse à chasser le passé et l'insoutenable réalité. Le personnage de Jeff Daniels est peut-être dans la même situation, qui sait, le film de Michael Walker, contrairement à celui de Brad Anderson, ne donne pas de réponse claire, et c'est peut-être mieux comme ça. Chacun pourra échafauder sa propre théorie devant un film qui nous laisse tout notre temps pour le faire. Insomnies souffre peut-être d'une certaine lenteur, une langueur moite qui participe totalement à son atmosphère très glauque, lourde et figée, mais qui finit un peu par ennuyer. Je conseillerai d'ailleurs volontiers ce film à tous les insomniaques. Assez paradoxalement, Insomnies est à l'évidence un remède efficace contre les troubles du sommeil. Je me suis moi-même endormi comme un loir la première fois que je me le suis mis, avant de le relancer le lendemain, encore plus réceptif à ses modestes qualités.


Insomnies de Michael Walker avec Jeff Daniels, Emily Bergl et Gil Bellows (2000)

16 octobre 2014

Allons voir Ayer...


Connaissez-vous David Ayer ? Rassurez-vous, vous n'êtes pas les seuls. Cinéaste au look de skinhead, David Ayer s’est fait remarquer par des films troués d’éclats de violence d’un réalisme très cru et parfois gratuit. Son premier film, le plus amusant, Bad Times (Harsh Times en anglais), se présentait comme une adaptation non-officielle du jeu vidéo best-seller GTA San Andreas, avec Christian Bale dans le premier rôle, celui du teubé à la démarche chaloupée et aux fringues impossibles, un tantinet colérique et impulsif, que tout joueur de GTA a conduit au meurtre de masse (c’était pas vraiment un rôle de composition pour celui que ses proches surnommaient déjà le Dark Knight bien avant la naissance de Michael Keaton). De ce film, on se souviendra surtout du beau personnage de Toussaint, un dealer lunaire et attachant, ne rechignant jamais à la tâche et fidèle en amitié, aux dialogues particulièrement soignés. A coup sûr, le plus remarquable personnage de la "galaxie Ayer".




Le second film d’Ayer, le plus sérieux, Au bout de la nuit (Street Kings en anglais, soit « Les rois de la nuit »…), était un néo-polar mettant Keanu Reeves aux prises avec une bande de flics corrompus, menés par un Forrest Whitaker comme toujours reptilien. On se souviendra de ce film (à éviter) comme de l’un des rôles les moins ridicules de notre ami Keanu Reeves dans sa période post-Néo. Véritable development hell, scénar sous forme de post-its égarés dans différentes pièces (dont certaines verrouillées de l’intérieur), ce policier donnait l’impression d’un gâchis aimable, fait avec naïveté par un nostalgique des pires films des années 90. Il s’agit sans doute du film le moins rentable d'Ayer (à raison). Il y a donc une justice, contrairement à ce qu’affirme le film. On se souvient de cette dernière image cruelle de Keanu Reeves baignant dans son sang et n’ayant pas pu nettoyer sa ville de la pègre.




Son troisième film marquait une rupture nette en termes simples de qualité dans la filmographie d’Ayer. Tandis que les autres culminaient à respectivement 3,25/5 et 3/5, End of Watch accrochait péniblement 1,5 étoiles (dont une étoile bonus pour le passif sympathique d’un réalisateur qui a longtemps été dans notre « under the radar list »). Le réalisme est poussé au plus fort dans ce film qui nous met dans le froc de deux flics ayant sacrifié leur vie pour une « war on drugs » dans les bas-fonds miséreux de Los Angeles (une scène = une bavure), pour un documentaire fort moche tourné caméra au poing, agrippée au dos bodybuildé du duo Michael Pena et Jake Gyllenhaal (méconnaissable dans un rôle d’écorché vif, littéralement). Ce troisième opus d’Ayer nous a longtemps fait repenser au film culte d’Edouard Baer : Akoibon. Il nous laissait avec un mal de crâne massif, des céphalées persistantes et une douleur de tête accablante.




Le retour raté de Schwarzy épisode 3. Pendant le premier quart d’heure de Sabotage, nous avons considéré ce film comme un petit plaisir coupable. Ce quart d’heure passé on se sent seulement très coupable. Schwarzy (anagramme de Sarkozy, dont on espère qu’il ratera au moins trois fois son retour lui aussi) a cru bon de mettre entre les mains de David Ayer cette nouvelle tentative de come-back. Il devait apprécier et tenir en haute estime la filmographie dudit Ayer, dont le quatrième opus est pour le moins étonnant, qui parvient à condenser strictement tous les défauts des précédents, en laissant au congélo leurs maigres qualités. Pour la première fois le spectateur commence à sérieusement douter du look de David Ayer, qui n’a peut-être pas que le crâne de ras. Le cinéaste devient une parodie de lui-même avec sa fameuse touche personnelle qui prend ici la forme de tics idiots et totalement décoratifs, si on peut appeler décoratif un cycliste littéralement rincé par un bolide lancé à fond la caisse. David Ayer croit bon de se différencier de ses collègues abrutis en glissant dans une scène d’action, en l’occurrence de course poursuite, un imprévu qu’il croit puissant de par sa dimension crédible et son originalité. Dans le car chase final, qui se veut épique et marquant, une bagnole empègue tout à coup un anonyme à vélo, qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, et qui passera l’intégralité de la scène collé au pare-brise, en sang. On se persuade qu’il jouera un rôle dans la scène puisqu’il apparaît dans un recoin de chaque plan, dans une sorte de caméo macabre et de longue durée. On attend le bon mot qui viendra justifier sa présence, ou au contraire l’expression d’un regret de la part du conducteur. Mais non. C’est juste un cadavre de plus, gratos, qui fait dire que le monde est putain de con. Une constante chez Ayer. Peut-être le vrai fil rouge de sa filmographie, qu’on a essayé ici de vous défricher un peu. Car c’est quand même assez touffu, plus en tout cas que le « crâne de peau » de David Ayer, son Crystal Skull renfermant les pires horreurs et les pires dommages collatéraux (clin d’œil ici à son omniprésent et omnipotent acteur principal, Arnold Schwarzenneger, star qui n’en finit pas de décliner et qui offre ici à son personnage "badass" - puisque c'est le terme qui revient dans toute pseudo-critique de ce film - une de ces sorties grandiloquentes dont il a le secret).




Bientôt sortira le cinquième film de David Ayer, Fury, avec Brad Pitt et Shia LeBeouf, qui se sont bien accrochés durant le tournage pour une sombre histoire d’hygiène corporelle et d’odeurs de pompes envahissantes. On attend le résultat forcément explosif de cette ambiance de plateau à se damner, et surtout le prochain « mort pour la France » de David Ayer.


Bad Times de David Ayer avec Christian Bale et Eva Longoria (2005)
Au Bout de la nuit de David Ayer avec Keanu Reeves et Forest Whitaker (2008)
End of Watch de David Ayer avec Jake Gyllenhaal et Michael Pena (2012)
Sabotage de David Ayer avec Arnold Schwarzenegger et Sam Worthington (2014) 

21 mai 2014

Le Prestige

Jusqu'à présent, il y avait pour moi une anomalie dans la filmographie de Christopher Nolan, cinéaste que je méprise cordialement. Je me souvenais avoir apprécié Le Prestige ! Soucieux de me l'expliquer, j'ai donc entrepris de le voir une nouvelle fois. J'ai alors pu constater que je m'étais simplement fait avoir. Le point de départ intriguant, hérité du roman de Christopher Priest dont le film est une adaptation, et l'emballage parfois séduisant, comme l'attestent certaines images sélectionnées pour illustrer cet article, m'avaient floué. Il y a en effet quelque chose d'assez plaisant et original dans cette histoire de rivalité entre deux magiciens, prêts à tout pour se dépasser l'un l'autre dans l'Angleterre du début du XXème siècle. La magie est rarement traitée ainsi au cinéma, de façon si frontale et terre-à-terre, elle est d'ailleurs rarement traitée tout court. L'élément de science-fiction est lui aussi plutôt aguichant, il est introduit par la mystérieuse machine à téléportation conçue par le scientifique Nikola Tesla (incarné par un charismatique David Bowie) auquel fait appel l'un des magiciens. Enfin, Christopher Nolan dote son film d'une narration des plus alambiquées, malmenant la chronologie du récit afin de ménager les effets de surprise. On l'accepte d'abord sans trop de difficulté, pour le plaisir de se faire duper et comme pour respecter le "pacte" existant entre le réalisateur et le spectateur, le magicien et son public...




Hélas, la narration non-linéaire et imbriquée choisie par Nolan apparaît à la revoyure comme un procédé assez bancal, peut-être efficace pour nous égarer jusqu'aux révélations finales mais qui ne suffit pas à masquer le vrai problème : l'incapacité totale du réalisateur à nous faire vibrer pour ce qui aurait pu être un drame humain captivant, voire passionnant (celui raconté par le livre : cette haine héréditaire et irraisonnée entre deux hommes mesurés, sains d'esprit, qui font donc tout pour réprouver leur ressentiment mais qui se retrouvent emportés dans une inimitié aux conséquences surréalistes, dont ils seront les premières victimes). La subtilité de l'ouvrage de Christopher Priest est totalement bafouée par le cinéaste britannique. L'adaptation appauvrit considérablement un récit puissant et d'une vraie ampleur. On perd toute sa dimension fantastique et dramatique, pour n'en conserver qu'un squelette incomplet. Le basculement tardif et génial dans l'épouvante et le surnaturel, inventé par l'écrivain anglais, passe ainsi à la trappe. Les passages les plus cinégéniques du bouquin sont ignorés et, à vrai dire, cela n'étonne qu'à moitié quand on connaît l'imaginaire extrêmement limité de sieur Nolan. Le cinéaste et son frère, tous deux au scénario, donnent la très désagréable impression d'avoir seulement conservé ce qui les arrangeait, ce qui leur permettait de pondre une histoire au service de leur art de l'esbroufe et au retournement final grotesque mais forcément renversant.




Et quand ils s'éloignent de l’œuvre de Christopher Priest, les frères Nolan ont tout faux. Leur scénario se développe sur des bases bien trop fragiles pour que l'on se sente véritablement concerné par cette guéguerre entre magiciens. La rivalité des deux hommes naît ici d'un acte totalement incompréhensible, injustifié, Christopher Nolan ne sachant pas filmer l'invisible, le ressentiment et les motivations secrètes de ses protagonistes. Le mal que se donnent Christian Bale et Hugh Jackman ne suffit pas à donner un peu d'intensité à tout ça. Il faut dire que Wolverine est tout de même assez peu crédible en prestidigitateur du début du XXème siècle. On se demande bien pourquoi un tel personnage aurait besoin d'être bodybuildé, même si les demoiselles sauront certainement apprécier cette scène totalement gratuite où la star retire le haut pour nous dévoiler ses abdos d'enfer. Bien qu'il fasse visiblement de son mieux, Hugh Jackman démontre encore une fois qu'il est un acteur limité.




Scarlett Johansson est une autre erreur de casting, même si l'on se réjouit qu'elle soit réduite à un rôle d'accessoire, littéralement, puisqu'elle est l'assistante des deux magiciens. Ce rôle nécessitait une jeune femme souple et plutôt mince, capable de se contorsionner dans les boîtes à double-fond des magiciens. Soyons un peu réaliste, que diable, l'assistante d'un illusionniste ne peut pas avoir le cul et la bouche de Scarlett Johansson, ça finirait forcément par coincer un jour ! Quant à Christian Bale, il est celui qui s'en tire le mieux, même s'il tutoie parfois le ridicule quand il doit se mettre en colère ou que Nolan l'oblige à déballer un long monologue explicatif assommant à la toute fin, une conclusion évidemment ponctuée par de lourdauds flashbacks eux aussi éclairants. Car twist il y a, et Nolan emploie les méthodes les plus faciles pour nous le faire comprendre. On repense alors au final pathétique de The Dark Knight Rises, quand notre Marion Cotillard nationale, au fond du trou, dévoile sa réelle identité à l'Homme Chauve-souris, sous les yeux d'un Bane dans le même état que les spectateurs : à l'agonie. Pas de doute, nous sommes bien devant un film de Christopher Nolan !




On peut aujourd'hui légitimement se demander si cette adaptation n'est pas survenue beaucoup trop tôt. Considérée comme une franche réussite par le plus grand nombre (je m'appuie tout bêtement sur les notes ahurissantes récoltées par le film sur des sites tels que IMDb, Vodkaster ou SensCritique), elle a très largement dépassé la modeste notoriété du roman. Un roman dont la réputation mériterait pourtant de dépasser le cercle des initiés et qui devrait être considéré comme un véritable classique de la littérature fantastique contemporaine. En parcourant ses pages, que l'on dévore avec délice, on pense plutôt aux belles images des Frankenstein de James Whale, aux productions de Val Lewton (notamment Le Récupérateur de cadavres) ou à certains films de la Hammer, avec lesquels le livre partage plus de thématiques et, surtout, une ambiance gothique à souhait qu'un médiocre cinéaste comme Christopher Nolan est bien incapable de retranscrire convenablement à l'écran.


Le Prestige de Christopher Nolan avec Christian Bale, Hugh Jackman, Scarlett Johansson, Rebecca Hall, Michael Caine, David Bowie et Andy Serkis (2006)

26 juillet 2012

The Dark Knight Rises

Je vais écrire cet article en toute franchise, en étant totalement sincère avec vous. Je suis allé avec mon frère et sa douce amie voir le nouveau Batman au cinéma. J'en attendais pas grand chose, je vous l'avoue tout net. Je ne suis pas un fan du second volet et encore moins du premier, que je trouve assez minable, à tel point que cela me fait doucement rire quand j'entends parler de "trilogie parfaite". Bref. Peut-être pas tout à fait imperméable au marketing de malade entourant le film, j'étais très curieux, il faut le reconnaître, de voir comment la trilogie allait se terminer. Oh et puis merde, je n'ai pas à me justifier, même si je vois déjà venir les détracteurs m'accusant d'être allé voir ce film avec un avis déjà tout fait. Croyez-le ou non, je m'y pointais avec un mince espoir et j'étais même accompagné par ce petit frétillement que l'on ressent presque tous avant d'assister à un gros spectacle de ce genre, depuis longtemps annoncé. J'avais pas détesté le second épisode et j'ignorais encore que celui-ci me le ferait revoir à la hausse ! Je ne savais pas que j'allais seulement pouvoir constater l'ampleur sans précédent du canular gigantesque monté par Christopher Nolan. The Dark Knight Rises n'est qu'une vaste blague sans amorce, seulement une chute qui n'en finirait jamais.


Christopher Nolan dépasse les plus grands ! Son canular est d'une ampleur sans commune mesure avec celui, radiophonique, réalisé par Orson Welles en 1938.

Par où commencer ? Il y aurait tellement à dire que je me sens comme écrasé par la nullité de ce film, moi qui ai pourtant tenu bon durant toute la séance, trouvant refuge dans le rire et la décontraction aux côtés de mon bon Poulpard, celui que l'on surnomme souvent "Brain Damage" mais que je nommerai désormais "L'Encyclopédie vivante des produits Lidl". Durant, disons, la première demi-heure du film, j'avais grosso modo ce à quoi je m'attendais dans mes plus pessimistes pronostics : l'impression de regarder le nouvel épisode d'une série télé pétée de thunes, dans la droite lignée du précédent, mais bien en-dessous, portée par quelques acteurs un peu plus doués que ceux que l'on a l'habitude de croiser sur le réseau hertzien. Parmi eux, Michael Caine offre quelques moments sympathiques : il a l'air d'être le seul à avoir un peu de recul sur la situation et à ne pas se prendre tout à fait au sérieux. Un sérieux par ailleurs tout bonnement assommant, et de rigueur du début à la fin, sans interruption, comme dans tous les films de Nolan. Cette impression pas désagréable se dissipa bien vite et, en revoyant le film, je suis persuadé qu'elle ne pointerait même pas le bout de son nez. Nolan se loupe sur toute la ligne, adoptant même une attitude assez douteuse. Il pourrait au moins faire preuve de courage s'il prenait le parti de son grand vilain, Bane, une sorte de révolutionnaire risible à la tête des indignés de Gotham, qui, lors d'une scène où j'ai cru à ce choix audacieux l'espace d'une nanoseconde, prend en otage les traders du reflet fictif de Wall Street. Mais Nolan ne le fait à aucun moment et finit même pratiquement par choisir la position inverse, en faisant notamment de chacun de ses personnages des pantins sans âme pour lesquels il n'a strictement aucune compassion. Il n'y a aucune vision, aucune prise de risque, Nolan ne fait qu'effleurer des thèmes possiblement intéressants, comme il l'a toujours fait (il faudra que l'on revienne un jour sur Inception...). Sans doute trop calculateur, trop désireux de plaire à tout le monde, Nolan semble condamné à cet entre-deux insupportable qui fait de lui un opportuniste de la pire espèce et un cinéaste raté, symbolisant à lui seul l'état pitoyable du cinéma hollywoodien à grand spectacle. Nolan est une sorte de Tchiaoureli appliqué, tout entier au service de la dictature de la masse. Il n'a même pas le cran de donner une mort héroïque à son Batman. Il n'ose pas et, au détour d'une courte scène atteignant un nouveau sommet dans le ridicule, il nous rappelle que Bruce Wayne est toujours bel et bien en vie. Son film ouvre la voie vers mille suites et autant de reboots. Tu parles d'une "conclusion"... Sacré businessman ce Nolan !


Quelle idée de choisir pour méchant un personnage dont les expressions faciales sont totalement cachées par une sorte de masque à oxygène très peu commode ? Le jeu d'acteur de Tom Hardy, que l'on sait capables d'extravagances assez plaisantes pour l'avoir vu à l’œuvre dans Bronson, est totalement effacé et son personnage en prend un sérieux coup au passage ! Les nostalgiques d'Heath Ledger vont devoir faire preuve d'indulgence !

Si le film était dégagé de tout ce qui l'entoure, j'attendrais peut-être le dvdrip avec une certaine impatience. Impatient de revoir ce spectacle à la débilité à toute épreuve en bonne compagnie, et sur tout petit écran, car c'est la place qui lui est destinée, pour me marrer du début à la fin, en me moquant de chaque invraisemblance et de chaque crétinerie qui balisent toutes les minutes de ce film abject (il en dure 164, quel bonheur !). En attendant, je ris un peu jaune et j'ai surtout très envie de revoir la mythique scène de bagarre du They Live de Carpenter, pour me rappeler de ce que ça peut donner quand c'est filmé avec talent. Nolan est si peu doué... On ne sait pas s'il se rend toujours compte de ce qu'il fait. Non, évidemment, il ne sait pas. S'il en avait conscience, on tiendrait là un comique de premier choix, au potentiel inestimable. Lors du premier affrontement entre Bane et Batman, qui se veut épique et, au minimum, viril, Nolan fait quelques plans de coupe sur des hommes de main qui sont plantées là, debout, regardant le combat depuis une hauteur, les bras croisés, le visage inexpressif. Il ne sait pas qu'il offre là un terrible miroir aux spectateurs les plus ennuyés et lassés de voir deux débiles finis se donner des coups de lattes à n'en plus finir ! C'est risible (oui, je sais, c'est la deuxième fois que j'emploie ce mot, mais c'est clairement l'un de ceux qui sied le mieux à ce film). Nolan reproduit la même chose lors d'un de ces nombreux dialogues lourdement explicatifs, car comme dans Inception, il arrive très fréquemment que certains personnages apportent d'un seul coup tout plein d'éclaircissements ultra bienvenus pour mieux comprendre la situation ; souvent, ils font ça alors qu'ils sont sur le point de mourir, ce qui rend ce moment d'autant plus poignant (bon, je sais, j'abuse de l'ironie). Lors d'un échange nécessaire à la compréhension du récit entre, il me semble, Christian Bale et Marion Cotillard, on voit furtivement Morgan Freeman, planté entre ses deux collègues, bras croisés, toujours, avec une mine totalement déconfite, comme s'il écoutait là le discours funèbre d'un ver de terre à la vie bien morne prononcé par un paresseux bègue ! J'étais dégoûté que Poulpard, qui était alors occupé à discuter avec son amie, ait loupé ce plan furtif, il se serait poilé autant que moi ! C'est mon passage préféré !


Au début du film, Bruce Wayne a un genou bloqué. Plus tard, il se fait briser le dos par Bane. Il faut voir comment il se rétablit à chaque fois, ça donne lieu aux scènes les plus drôles du film !

Alors on dit que c'est "efficace", c'est le mot qui revient régulièrement chez ceux qui ne font pas partie des fans hardcore mais qui s'accordent tout de même à lui reconnaître cette qualité. Oui, c'est efficace. C'est tellement efficace que j'ai un putain de mal de tronche depuis que je suis sorti de la salle. La dernière fois que ça m'est arrivé, c'était pour Inception. La musique aussi pompière qu'insoutenable signée Hans Zimmer n'y est certainement pas pour rien. Et encore, je suis honnête, je ne mets pas mon mal de bide sur le dos de Nolan, même si mon ventre semble très curieusement répéter ces mots en boucles : "Ra's al Ghul, Ra's al Ghul, Ra's al Ghul". Ce souci-là, je l'attribue au tiramisu que j'ai préparé hier. 500 grammes de mascarpone, c'est trop pour un seul homme. Je le saurai. Mais revenons à l'efficacité du très long métrage de Chris Nolan. Ceux qui relèvent cet aspect là du film veulent rappeler que le spectacle est au moins au rendez-vous, en bref : que l'on en prend plein la vue. C'est vrai, du matériel coûtant sans doute assez cher est cassé sous nos yeux, toute une ville explose, des voitures de marque sont entassées les unes sur les autres, sans parler des acrobaties en avion qui ouvrent le film et annoncent un peu la couleur. A ce propos, moi aussi, j'aimerais bien faire joujou avec la "Bat", cette sorte d'hybride entre un tank et un hélico que le Batman conduit à toute allure et fait serpenter entre les grattes ciel de Gotham, le sourire jusqu'aux oreilles. Quoique, je pense que contrairement à lui, je m'en lasserais bien vite. Des jeux vidéos de qualité proposent déjà de tels amusements, et j'en ai ma dose au bout d'un quart d'heure, alors que c'est moi qui contrôle l'engin, et non cet empaffé de Christian Bale !


Il est assez étrange que Christopher Nolan ne fasse preuve d'aucune empathie à l'égard de celui qui représente le Gotham d'en-bas et veut porter le soulèvement du peuple face aux inégalités en repartant de zéro...

Nolan, qui es-tu ? Nolan, que fais-tu ? Nolan, m'entends-tu ? Toi qui as su mettre Hollywood à tes pieds et passer pour le plus grand cinéaste de sa génération auprès d'un nombre effrayant de spectateurs, tu es pour moi une sacrée enflure et rien d'autre. Il fut un temps où je pensais que Nolan pouvait au moins se montrer assez bon scénariste, capable de parfois dénicher quelques idées astucieuses et susceptibles de donner quelque chose d'intéressant mises entre les mains d'un vrai cinéaste (ou bien par lui-même, mais à condition qu'il soit entouré par toute une équipe de conseillers constituée des plus grands cinéastes de l'histoire et de leurs fantômes). Son cinéma affiche ici toutes ses limites, tout comme son présumé talent d'inventeur d'histoires-gadgets, en réalité inexistant. Un retournement de situation final nous conforte dans l'idée que nous tenons là l'un des plus grotesques scénarios mis en image dernièrement, rivalisant même avec celui de Prometheus ! Quant à sa mise en scène, c'est le néant absolu, quand elle ne tombe pas dans les pires tics et travers, comme par exemple ces flashbacks misérables placées ici ou là pour que même le plus triso d'entre nous soit assuré de tout piger. Il n'y a rien, rrrrrrrrrrrien de rrrrrrrrrrrrrrien, comme le dirait si bien Edith Piaf, celle que Nolan a su replacer dans Inception pour passer pour un savant fou aux yeux de l'américain moyen.


Si cette image vous fout la gaule, ne sortez pas dans la rue cet été, n'allez pas à la plage, vous risqueriez d'être un danger ambulant, une bombe de testostérone à retardement !

Je ressors de ce film KO. Pour mon bien, il faut que je laisse pisser et que j'enchaîne avec un vrai film de cinéma, de préférence lent, calme et intelligent... Mais quand je lis certaines critiques ou quelques-uns des commentaires qu'internet offre à moi, je me pose des questions. Le buzz qui entoure le film est tout simplement dingue et incroyable, quand on sait de quoi il s'agit. Prenons un exemple au ras des pâquerettes comme je les affectionne tant, mais qui illustre mon incompréhension : ce qui se dit sur Anne Hathaway, les déclarations d'amour et autres effusions virtuelles de sperme (je ne vous en recopie pas, mais croyez-moi, c'est d'un ridicule !). En toute objectivité, Nolan ne met strictement jamais en valeur son actrice, elle n'est jamais rendue un tant soit peu désirable ni filmée dans sa combinaison moulante comme le ferait un obsédé (ou, devrais-je dire, un homme normal : même Pitof a zigzagué autour du fessier d'Halle Berry dans Catwoman), à part peut-être de furtifs moments où Hathaway a le cul en bombe sur son scooter ridicule, mais pour les voir, il faut avoir mon œil de détraqué, et ça ne peut dans tous les cas pas être seulement ça qui engendre de tels commentaires. Du coup ça me paraît encore plus bizarre... Après, chacun ses goûts pour les meufs, on ne choisit pas les préférences de son cobra, on trique quand on trique, mais ça me semble tellement pas raccord avec ce que je viens de voir sur grand écran que ça me laisse songeur !


Marion Cotillard, sur le point de prouver que le ridicule ne tue pas. A moins que...

J'ai un ami très cher qui est persuadé que notre société va bientôt tomber en ruines, ensevelie par toute la médiocrité ambiante. Ce film le conforterait dans son opinion et le ferait à nouveau énoncer de bien tristes prophéties. J'aimerais le contredire mais il ne faut apparemment pas compter sur le dénommé Christopher Nolan pour lui proposer des contre-exemples, bien au contraire... Ce film donne des tonnes de grains à moudre à de tels illuminés ! Une petite note d'espoir tout de même : certains dans la salle de cinéma, évidemment pleine à craquer, riaient et pouffaient de temps en temps, comme moi. Mais ils se comptaient sur les doigts de la main. Une chose est sûre : je n'aurais pas aimé grandir avec ce cinéma-là.


The Dark Knight Rises de Christopher Nolan avec Christian Bale, Tom Hardy, Marion Cotillard, Anne Hathaway et Michael Caine (2012)

26 septembre 2011

Batman Begins

Nônon Cocouan se joint à moi pour vous parler du premier volet de la nouvelle trilogie Batman signée Christopher Nolan, le directeur du fond monétaire hollywoodien.

Un jour viendra, dans plusieurs années, où des gens, les quelques chanceux qui seront passés à travers les gouttes, ou ceux qui seront tout simplement nés après la bataille, auront envie de combler leurs éventuelles lacunes cinéphiliques en voyant ce film, aguichés par Christian Bale dans le rôle titre, acteur charismatique et très doué qui monte en flèche en ce moment et atteindra peut-être, qui sait, des sommets dans quelques années. Mais ce sera sans compter sur la présence derrière la caméra de Christopher Nolan, l'homme qui a calfeutré la légende de Batman sous une chape de plomb, l'homme qui a donné le premier rôle le plus creux qui soit au pourtant excellent Christian Bale, l'homme qui a réalisé cette purge inégalable nommée Inception, bref le cinéaste le plus chiant, le plus sérieux, le plus plat, le plus ennuyeux et le plus surcoté du marché.



La première heure du film se focalise sur l'avant-Batman. Dès le départ Nolan (qu'on est tenté de prononcer "nullard") creuse donc sa propre tombe puisqu'il décide de se lâcher allègrement sur les raisons de la psychologie perturbée de Bruce Wayne. Cette psychologie d'une richesse à se taper la tête contre les murs, Timur Burton, auteur du tout premier Batman, nous l'avait pourtant déjà bien expliquée dans ses opus précédents (les parents plein aux as de Bruce Wayne, à ne pas confondre avec John, ont été assassinés par un voyou pour une paire de Ray-ban et c'est à cause de criminels démunis et trépanés que le personnage est devenu orphelin, donc la criminalité c'est mal et il faut la combattre en arborant un collant noir et un masque à petites oreilles). Burton avait même ajouté à cela quelques petits trucs intéressants sur l'identité, les origines du personnage et compagnie. Wayne veut donc se venger, ou plutôt faire régner la justice. Mais ça ne suffit pas pour Nolan, forcément. Le nouveau petit maître d'Hollywood fait son "Begins", il faut bien qu'il trouve des choses à mettre dans son reboot pour qu'il ne sente pas complètement le réchauffé. Du coup notre homme rajoute des tas de couches bien épaisses sur les traumatismes de Bruce à grands renforts de flash-back miteux (le pauvre gosse est tombé dans un puits de dix mètres de profondeur plein de chauves-souris, depuis il a peur des chauves-souris, et c'est à cause de ça qu'il chope les foies devant une pièce de théâtre avec des chauves-souris, qu'il demande donc à sortir de la salle, là ses parents sont tués, et à cause de tout ça il devient "Le" Batman, l'homme chauve-souris. Eurf). Peut-être que cette histoire, avec tous ses liens de cause à effet lourdingues, était déjà dans le comics, sauf que Christobal Nolan, bien conscient de nous servir là une soupe infâme à laquelle on a déjà goutée, se dit qu'il faut de toute façon rajouter des ingrédients. Il en fait donc des caisses dans le pathos et présente tout ça dans un vague désordre, histoire de nous faire croire qu'il est un grand cinéaste moderne qui met en place des récits complexes et que tout ce qu'il nous dégueule est inédit. Alors que concrètement on a droit à quoi ? A un Bruce Wayne tiré d'une prison type goulag et recueilli par une sorte de sage mystique guerrier (Liam Neeson) qui va le traîner en haut d'une montagne enneigée pour lui apprendre le kung-fu, lui enseigner à dépasser sa peur et sa colère pour faire régner la justice, le tout à grands coups de petites sentences philosophico-dogmatico-pragmatiques mêlant les préceptes de Mahatma Gandhi à ceux de Rocky 4. Le résultat n'est jamais qu'un amalgame foireux, long et chiant entre Star Wars et Karaté Kid.



La suite est un poil mieux (relativement à cette interminable introduction crétine à souhait), c'est-à-dire le moment où Bruce Wayne retourne au bercail, y retrouve sa vieille tante aveugle nommée Alfred (Michael Caine) et le black à moustaches qui lui fabrique ses gadgets (Morgan Freeman). Pas de quoi se taper le cul par terre non plus : les petites piques amicales entre vieux de la vieille et la présentation d'armes secrètes et discrètes façon James Bond, on a déjà vu ça 1000 fois. En prime Nolan ne fait malheureusement pas l'économie de personnages clichés et de petites répliques très connes répétées comme si elles étaient géniales (au début la fille, Katie Holmes - Nolan a le génie du casting, y'a pas à dire - lance à Bruce : "Ce n'est pas ton for intérieur qui compte, mais tes actions", et Batman répète cet enchaînement de mots compte simple au scrabble à la même fille à la fin du film, ce qui fait toujours son petit effet, pour lui faire piger qu'il vaut le coup et qu'il est das Batman). Quant au méchant (toujours Liam Neeson, qui s'est retourné contre son apprenti afin que ce dernier doive tuer le père dans une réécriture de Freud à se tailler les veines), il est ni plus ni moins pitoyable. C'est une chose que de vouloir lui attribuer des mobiles un peu plus originaux que le simple fait d'être salop gratuitement et pour entasser du blé, comme c'est souvent de rigueur dans les comic books, mais encore faut-il avoir une bonne idée à la place, et non pas ce truc ridicule du super-vilain qui veut faire régner la justice à coup de kärcher au prétexte qu'une ville vérolée doit subir la politique de la crème brûlée : cramer tout le monde et repartir de zéro sur des cendres. Ce mobile vieux comme le monde lui tient à cœur à notre gros vilain, censé être une sorte d'immortel à la Highlander vivant depuis des millénaires (et pour le coup incarné par un acteur jadis brillant mais aujourd'hui en lambeaux), qui avait déjà pratiqué cette politique de la table-rase à Londres, ravageant la ville par la peste et trouvant ça génial. L'idée n'est pas forcément inintéressante (encore que facile, comme ça l'est souvent lorsqu'il s'agit de convoquer des faits historiques pour donner une pseudo-épaisseur à un personnage) mais il aurait fallu écrire des dialogues un poil plus intelligents et composer un personnage de méchant légèrement plus consistant pour que tout ça ne se résume pas à une grosse boutade qui n'aboutit à rien, sinon à beaucoup de bruit pour rien.



Enfin bref, on ne peut même pas dire que "ça se mate d'un œil", car en fait ça ne se mate pas sans pioncer comme une souche. Et puis c'est globalement si risible... Enfin non, justement, on aimerait que ce soit "risible", au moins on pourrait se marrer un peu, parce qu'encore une fois Nolan est désespérément dépourvu d'humour ou de distance vis-à-vis de son triste sujet et fait preuve d'un sérieux assommant. Why so serious, Nolan ? Il se prend terriblement au sérieux alors que son film est loin d'avoir assez d'envergure pour ça. Idem pour Memento ou Inception, qui se croient géniaux. Autant de films qui auraient pu être bons et qui, sous l'égide de cet incapable, sont devenus de terribles saloperies. Et le pire c'est que Nolan est si sérieux et prétentieux qu'il a voulu rejouer le mythe cinématographique de Batman en mode mineur, sur un ton sérieux et sombre, dark en un mot... Il n'est apparemment pas au courant qu'il a les deux pieds dans un phénomène de mode pathétique qui consiste à essayer de revaloriser ce type de films en leur donnant une dimension soi-disant sombre, et qu'il va falloir faire un petit effort pour sortir vraiment du lot. Nolan est comme un gland alors qu'il avait tout dans son cabas : une sujet "fort" (Batman...) qui a déjà prouvé qu'il fonctionnait et qu'il pouvait générer un univers particulier et complexe ouvrant à tout l'imaginaire possible. Il a des montagnes de fric pour le faire, des petites mains qui vont bien, les acteurs qu'il veut (même si à Bale, Freeman et Caine s'opposent Katie Holmes et Cillian Murphy, le blanc-d'œuf humain), eh bien non, même avec tout ça il n'est pas foutu de pondre un film qui aurait un minimum de gueule. La fin de l'histoire est un enchaînement de conneries scénaristiques et d'action gonflante, qui conclue le film de la pire des façons, en fait un bel amas d'inepties et de foutage de gueule et ouvre idéalement vers le second opus, moins minable d'un point de vue narratif mais qui s'avère être un film assez infect : The Dark Knight.



Une petite remarque, pour terminer. Christian Bale a la particularité physique d'avoir une bouche très spéciale, il zozotte pratiquement, il a la lèvre supérieure qui redescend sur ses dents de devant et la lèvre inférieure qui rentre sous ces mêmes dents quand il parle, comme une sorte de lapin dégénéré, sauf son respect, et c'est un signe distinctif évident. Si on nous montrait un panel de plans serrés sur la bouche de tous les acteurs américains en vogue en train de déblatérer, on reconnaîtrait Bale Christian en premier et en un battement de cil. Or on ne voit que la bouche du Batman à cause de son masque, mais rien qu'en regardant sa bouche n'importe quel personnage qui connaît aussi Bruce Wayne devrait pouvoir deviner illico que c'est lui Batman, or les personnages font semblant de ne rien voir, et c'est d'un agaçant... Qu'on ne reconnaisse pas Superman en Clark Kent, ok, même si c'est le seul type à Metropolis de plus de trois mètres de haut et qui fait "TCHLONG" quand on lui tape sur l'épaule, mais là... Quitte à tenter de griller un acteur pour jouer ce rôle absolument creux, sans intérêt, lisse et chiant, il aurait fallu prendre un type qui n'a pas une bouche si facilement identifiable... Le trimard cache toute sa tronche pour pas qu'on le reconnaisse sauf sa bouche mais il possède le seul double-bec de lièvre de toute la ville ! C'est comme si Maiwenn jouait une super-héroïne au visage masqué mais à la bouche apparente, on aurait du mal à croire les personnages qui ne feraient pas le lien avec elle une fois écartée l'hypothèse de la bête du Gévaudan.


Batman Begins de Christopher Nolan avec Christian Bale, Liam Neeson, Morgan Freeman, Michael Caine, Katie Holmes et Cillian Murphy (2005)