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5 août 2018

The Mountain Between Us

Il y a deux catégories de films. Ceux dont le titre est, à un moment donné, prononcé, dans le film, par un personnage, et ceux dont ce n'est pas le cas. Sur la première catégorie il y a beaucoup à dire. Car c'est un choix périlleux de la part d'un scénariste que de faire dire le titre qu'il a choisi pour son œuvre à l'un des acteurs au casting, comme pour le justifier dans le récit, par un dialogue providentiel. Parfois, tout se passe bien. On peut penser à Sauvez Willy ou Il faut sauver le soldat Ryan, dans lesquels le titre devait absolument être prononcé in extenso pour lancer l'action. Pensez aussi à ces films comme Ben-Hur, Forrest Gump, Alien 3 ou Habemus Papam dont le titre, étant le patronyme du personnage, est obligatoirement répété à plusieurs reprises sans que le spectateur s'en offusque vraiment. Mais dans la plupart des cas, citer le titre du film dans une réplique est une calamité, et un réalisateur qui se laisse aller à ça peut retourner ses fans contre lui-même. Exemple canonique du titre cité dans un dialogue foireux, le fameux Je vais bien ne t'en fais pas. Dans ce film de Philippe Lioret, le spectateur comprend enfin de quoi il retourne quand le père de famille Kad Merad dit à sa propre fille éplorée, interprétée par Mélanie Laurent, qui s'inquiète de ce que devient son frère disparu, cette phrase fatidique, sous-entendant que de son côté ça roule. Là, typiquement, le spectateur a la subite envie de tout annihiler autour de lui.





Et puis il y a la règle qui veut qu'un film dont le titre est prononcé dans une scène qui se veut le climax est, le plus souvent, un film inique, surtout quand ce moment survient dans les dernières minutes du métrage, comme pour justifier tout ce qui vient de précéder. Cas critique : le titre franglais Tout va bien ! The Kids are all right de Lisa Cholodenko, qui donne lieu en prime à une réplique hideuse... Pire, ces scénaristes qui essaient de refiler un peu de profondeur à leur étron de mots et de papier par un titre hallucinant déballé dans la dernière seconde pré-générique par un acteur qui bafouille faute d'y comprendre quoi que ce soit. C'est le cas notamment de Quantum of Solace, réplique-titre dont Daniel Craig bouffe la moitié des syllabes, impatient que le générique de fin daigne l'interrompre, ne sachant pas de quoi il s'agit, et qui ne vient que jeter un voile d'ombre et de confusion sur l'ensemble du récit, jusqu'alors limpide et clair comme de l'eau de roche car très con. Il y a des exceptions à la règle. Songez à Call Me By Your Name, dont le scénario est une resucée mot pour mot de celui de Philippe Lioret. Plus parlant encore, John Hammond clamant : "Bienvenue à Jurassik Parc !", fier comme Artaban de son parc d'attraction et niant en bloc le fiasco qui vient de coûter la vie à pas mal de monde, juste avant que ne retentissent les accords majeurs de sieur John Williams sur le générique final...





Il y a aussi cette catégorie intermédiaire des films dont le titre est presque prononcé, à un synonyme prêt, par exemple Rester vertical qui se termine sur les mots "Il faut rester debout, droit comme un putain de i, raide mort", ou encore Les Petits mouchoirs, quand Benoît Magimel, ému par l'accident atroce qui vient de couper Jean Dujardin en deux, demande à François Cluzet : "T'aurais pas un petit choirmou ?" Sans oublier Welcome de Philippe Lioret (toujours lui...) dans lequel on entend à un moment Vincent Lindon dire aux flics qui viennent arrêter le jeune réfugié qu'il avait pris sous son aile : "Bienvenue". Et puis il y a l'autre grande catégorie, celle des films dont le titre n'est jamais dit à l'écran, en général parce qu'il ne peut pas l'être. Exemples terribles : X-Men : l'affrontement final ou encore Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal. Mais sur cette deuxième catégorie, il n'y a pratiquement rien à dire. Et malheureusement pour cet article, The Mountain Between Us en fait partie.





En effet on s'imagine mal Idris Elba hurlant à Kate Winslet qu'ils vont avoir du mal à copuler à cause de cette mountain between them. Oui car le film ne parle pas du tout des Rocheuses, qui sont pourtant bien des mountains between US(of A). Titre non prononcé à l'écran, et Dieu merci, mais trompeur, donc tout de même coupable. Rappel des faits : les deux individus sus-nommés montent à bord d'un vieux coucou pour échapper à la grève de la SNCF et se rendre depuis leur Colorado natal jusqu'à Saint-Brevin-Les-Pins. Le pilote est un vieux briscard incarné par Beau Bridges, qui se vante d'avoir fait le Vietnam et de connaître les hélicos comme sa poche. Pas de bol, il est aux commandes d'un avion, qui part tout droit se crasher dans les Landes. Et là trêve de plaisanteries, car l'AVC que subit le pilote derrière le manche de son cercueil volant, ultra bien joué par l'acteur Beau Bridges, n'est pas seulement joué. Le comédien est resté sur le carreau. La star était tellement dans le rôle que la crise qu'il simulait, lâchant le manche pour se broyer le bras gauche, la bave aux lèvres, s'est transformée en véritable attaque foudroyante. Paix à son âme.





Ne restent donc, paumés de part et d'autre d'une montagne, que les deux cons de passagers. Mais ce n'est pas between them que l'essentiel va se tramer, puisque les deux personnages centraux de la deuxième partie du film ne seront autres qu'un chien et un cougar (pas Kate Winslet). Seul legs de feu le pilote du biplan, un chien surnommé "Dog" va tirer ces deux humains sans reliefs de toutes les embûches qui accompagnent la descente en rappel des volcans d'Auvergne par mauvais temps. C'est ce chien qui va dénicher la cabane où Idris Elba et Kate Winslet pourront se défoncer peinards. C'est aussi lui qui enjambe d'un petit bond facile ce piège à ours dans lequel Idris Elba, qui le suivait avec une confiance aveugle, saute à pieds joints. Et finalement c'est grâce à lui que les deux humanoïdes en présence pourront échapper à un félin de 800kg pour retrouver la civilisation et finir leurs jours ensemble.





Car l'épisode peut-être le plus fameux reste celui où "Dog", sagement couché aux pieds d'une Winslet éclopée dans la carcasse du petit planeur, entendant au loin le rugissement suspect d'un cougar affamé, a la présence d'esprit d'indiquer à son nouveau pote animal le lieu où se caler l'estomac en aboyant trois fois avant de tailler la route à travers bois dans la direction opposée, la queue battant ses flancs, sans omettre de laisser à Kate Winslet un angle de vue imprenable sur son pourtour anal impeccable pour ultime souvenir de sa personne. Dans cette scène-là, le chien, une fois de plus, sauve la mise, bien aidé il faut le dire par le lance-roquette que dégaine Winslet pour dégommer le cougar à bout portant.


The Mountain Between Us de Hany Abu-Assad avec Kate Winslet, Idris Elba et "Dog" (2017)

27 septembre 2012

Quelques heures de printemps

Le dernier film de Stéphane Brizé porte assez mal son titre étant donné que c'est l’œuvre la plus entièrement sombre, glauque, austère, cafardeuse et déprimante qui soit. "Torture flick" aurait été plus adapté. Stéphane Brizé voulait donner un gros coup de pied dans le petit monde du snuff movie et c'est réussi. Son film raconte l'histoire d'Alain (Vincent Lindon), un conducteur de poids-lourd fraîchement sorti de 18 mois de taule pour un délit mineur qui va habiter chez sa mère malade (Hélène Vincent), atteinte d'un cancer du cerveau en phase terminale, en attendant de retrouver un boulot puis un appartement. Écrire le résumé de l'histoire est déjà une souffrance en soi mais quand ça vous remet le film en tête c'est traumatisant. Tourner ce genre de film, où tout est unanimement noir, des personnages aux décors en passant par les costumes, les dialogues, la résolution et le reste, devrait être interdit.




On se demande déjà comment des gens peuvent y trouver leur compte durant la conception, l'écriture, la préparation, les répétitions, le tournage, le montage, l'étalonnage, la promotion et ainsi de suite. Vivre avec ce film pendant une heure trois quarts est déjà un supplice mais pendant un ou deux ans... Faut-il être animé d'une confiance en soi sans faille et avoir une foi inépuisable en son travail pour ne jamais remettre en question un tel projet et ne jamais montrer le moindre doute quant au bienfondé de cette entreprise de destruction de moral massive. Il faut aussi faire preuve de bien peu d'égards à l'endroit du public pour l'enfermer pendant une heure et quarante huit minutes (après l'avoir peut-être aguiché avec un titre léger et mensonger au possible) dans un univers morbide et sans la moindre issue (même l'amourette de Lindon avec Seigner prend mochement fin sur le parking du LeaderPrice local), dénué du plus petit trait d'humour, du moindre instant de légèreté, d'une seule couleur ou d'un soupçon d'espoir, un film où même le chien, interprété par le chanteur Cali, et qui est pourtant le personnage le plus aimable et attendrissant de l'histoire, finit empoisonné et secoué de spasmes dans une mare de vomi.




Le film de Brizé fait revoir à la hausse The Descendants, le dernier Alexander Payne, qui traitait aussi, quoique de façon différente, de la mort d'une mère, et qui le faisait pourtant lui-même assez maladroitement. En même temps le film de Brizé fait revoir à la hausse strictement tous les autres films et fait passer ses opus précédents, y compris les plus moroses (comme Je ne suis pas là pour être aimé) pour de fières comédies. Peut-être sommes-nous trop sensibles ? Trop vulnérables et facilement atteignables par de tels sujets plombants, angoissants et malaisants ? Ce n'est pas la première fois qu'on dit d'un film qu'il est immensément cafardeux (pour citer quelques exemples : Partir, Un heureux événement, D'amour et d'eau fraîche, Les Bien-aimés, Welcome et Toutes nos envies, deux films de Lioret déjà avec Lindon, ou, pour sortir de nos frontières, ceux qu'on croyait hors-concours, Tyrannosaur, Detachment et Dark Horse), et on pourrait passer pour de fragiles spectateurs à fleur de peau vite largués par les films trop tristes. Mais là n'est pas la question. C'est toujours dans la manière que ces films sont insoutenables. En l'occurrence dans la façon qu'a Brizé de peindre son sujet, avec ce naturalisme misérabiliste à toute épreuve, ces personnages au choix inexistants ou agaçants, cette mise en scène au moins aussi cadavérique que la mère condamnée du héros, notamment lors de l'antépénultième plan du film, où Brizé a le tact infini de filmer l'interminable mort de la vieille femme en direct, laquelle, après s'être exilée en Suisse avec son fiston, absorbe un liquide létal (du jus d'orange Lidl Solevita, pour ceux qui connaissent ce breuvage mortel) et serre Vincent Lindon dans ses bras en lui murmurant qu'elle l'aime juste avant de trépasser. On sent que si Hélène Vincent était parvenue à maintenir sa poitrine inerte trois minutes de plus on y aurait eu droit aussi. Nous venons de vous révéler la fin du film mais à priori la bande annonce vous avait mis sur l'énorme piste du final forcément sordide de l'affaire.





Rarement un film nous aura à ce point donné l'envie de plier les voiles à chaque minute et d'essayer de l'oublier au plus vite, de faire comme si rien ne s'était passé, comme si cette œuvre n'existait pas. Passent encore les longs plans sur la mère mourante qui se tape un puzzle avec son voisin, d'accord pour le rendez-vous à Pôle Emploi en temps réel, on passera sur les mille et un plans où Lindon trie des bouteilles en plastique dans une entreprise de recyclage (merci la conseillère Pôle Emploi pour le superbe taff du coup), on se fera aux mille et deux reprises à l'identique du même plan sur la mère subissant un scanner du cerveau, on digérera peut-être aussi les innombrables coups de gueule de Lindon et de sa mère (dont un coup d'éclat particulièrement fort où le fils va jusqu'à menacer sa mère du poing en lui demandant "Pourquoi tu me fais chier ?", et on aimerait se retrouver dans la même situation mais face à Stéphane Brizé lui-même, nu comme un ver), toutes ces choses horribles passent encore (c'est faux, ça ne passe pas du tout, pas une seconde, c'est encore coincé là !), mais pourquoi Brizé va-t-il jusqu'à filmer ses personnages en train de manger de la merde à chaque repas ? Quel control freak fou dangereux faut-il être pour se délecter d'une telle déchéance sociale, physique, affective et psychologique ? Quel est le projet ? Filmer la vraie vie des vrais gens, forcément atroce à tous les niveaux et à chaque instant ? Faire pleurer ces messieurs-dames qui penseront nécessairement à leur propre mère, morte ou à mourir ? Quelle grandeur y a-t-il à provoquer de l'émotion avec une telle histoire, celle d'une mère et d'un fils séparés par la mort et n'ayant jamais su s'aimer avant le dernier soupir ? La moitié des français au moins est captivée de la même manière au quotidien par le journal de 13h de Jean-Pierre Pernaud. Filez le même scénario à cette même moitié des français et ils vous feront chialer aussi, même s'ils ne savent pas filmer, vu que Brizé ne nous rappelle jamais dans ce film qu'il a pour cela un quelconque talent particulier.





Au moins avons-nous trouvé le défi ultime au jeu "Action ou vérité". Le petit malin qui osera choisir Action, pour ne pas avoir à avouer la date de son premier rapport intra-espèces, s'entendra dire : "Mate Quelques heures de printemps de Stéph' Brizé, toi l'amateur d'horror flicks et de torture porn, tu vas goûter ce que c'est que l'hardcore". Nous sommes allés voir ce film entre amis, entre frères, côte à côte on s'est serré les coudes en se raccrochant à quelques blagues n'ayant souvent aucun rapport avec le film, à quelques regards bienveillants, à ces choses que le film ne sait décidément pas délivrer. Le plus fragile d'entre nous se sera amusé à compter les apparitions des anciens membres des Nous C Nous à l'image, comme un drôle d'échappatoire à la déprime ambiante : on n'en compte aucun au casting même s'il y a un sosie d'Eric Collado, l'obèse marseillais de l'ancienne bande de Dujardin, qui incarne un ami de Lindon récemment père d'un bébé déjà mal dans sa peau (et sans doute triste de participer à ce film) qui passe la scène à hurler pour, lui aussi, nous les briser. Le plus solide dans notre équipée aura quant à lui passé la séance à observer le grain de beauté un peu trop gros qui lui pousse au milieu du ventre, surmonté d'un poil menaçant (une sorte de crête à la Titeuf), qui risquait de se transformer en mélanome (ou en mygale risquant de migrer vers son crâne ?) sous l'influence ô combien néfaste de ce film affreux. Triste soirée.





P.S. Comme vous pouvez le remarquer nous avons décidé d'illustrer cette critique de façon assez originale avec des images de choses qui nous donnent le sourire, ou plutôt qui nous le rendent, celui-là même que nous a volé Brizé. Pas question d'infester davantage notre blog avec des images de son film.




Quelques heures de printemps de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Hélène Vincent et Emmanuelle Seigner (2012)

30 avril 2012

Toutes nos envies

Qu'est-ce qui ne va pas, Philippe Lioret ? Qu'est-ce qui ne va pas !? Moi, je ne t'avais rien demandé, j'allais très bien, Philippe, tu n'aurais pas dû t'en faire ! Je passais une soirée plutôt tranquille, jusqu'à ce que je mate ton film. Je luttais simplement contre un mal de bide carabiné, conséquence logique d'un barbecue dominical chez mes beaux-parents. "Faire honneur aux repas", "avoir très bon appétit" étant la seule qualité qu'ils me reconnaissent, je m'étais donné pour mission de ne pas faillir à ma belle réputation. Hélas, mon organisme n'est pas habitué à ingurgiter autant de matières grasses, autant de viande grillée. J'ai un peu goûté à tous les vertébrés du monde ce dimanche-là. Ce barbecue, c'était l'Arche de Noé revue et corrigée à la plancha. Quelques feuilles de salades, c'est loin d'être suffisant pour aider à digérer tout ça. A l'heure qu'il est, je lutte encore, et je n'ai pourtant rien avalé depuis. Je suis à la diète. Je rechigne même à boire de l'eau. Rendez-vous compte ! Bref, sachez bien qu'à part cet important souci de digestion, tout allait pour le mieux au moment de lancer Toutes nos envies, le dernier rejeton de Philippe Lioret, cinéaste engagé à dégager, à qui l'on doit déjà l'abominable Je vais bien ne t'en fais pas et le médiocre Welcome.


J'avais à peu près cette mine lorsque j'ai lancé le film.

L'affichage de mon lecteur dvd m'indiquait qu'à peine 9 petites minutes venaient de s'écouler quand j'ai commencé à sombrer dans une sévère dépression mélancolique. Vincent Lindon n'avait même pas encore fait son entrée en scène. Apathique, je suivais innocemment les mésaventures de la belle Marie Gillain dans le rôle de Claire, une jeune juge d'instance confrontée aux personnes en situation de surendettement qui tente de venir en aide à la mère d'une amie de sa petite fille, prise dans l'étau d'un organisme de crédit impitoyable. Dit comme cela, ça n'a l'air de rien, mais croyez-moi, à l'écran, c'est la déprime totale. C'est fait de telle façon que ça vous colle illico un cafard monstrueux. L'énoncé clinique de toutes les sommes que doit la jeune maman endettée n'y est pas étranger. Le fait qu'elle se félicite d'avoir trouvé un emploi à mi-temps en tant que caissière dans un supermarché pourri, croyant cela suffisant pour rembourser ses dettes et subvenir aux besoins de ses trois enfants qu'elle élève seule, ça n'arrange évidemment rien à l'affaire. Ni une ni deux, j'envoyais fissa un mail à mon acolyte Rémi, fan hardcore de Marie Gillain, pour le prévenir de ne pas s'envoyer ce film un soir où son moral serait déjà défaillant. Sitôt le message d'alerte envoyé, je relançais le brûlot de Philippe Lioret et j'apprenais aussi sec qu'il ne restait plus que quelques mois à vivre à la douce Marie Gillain, atteinte d'une tumeur au cerveau incurable. Voilà pour les 10 premières minutes irrespirables de ce film terrible, qui nous prend brutalement en otage et nous saisit à la gorge pour ne plus jamais relâcher son étreinte.


Le seul moment "sexy" du film.

Sérieusement, on n'a pas idée de commencer un film comme ça... J'étais à deux doigts de l'arrêter net pour ne plus jamais le relancer, animé d'une rancune tenace envers Philippe Lioret. Passé le premier quart d'heure, l'arrivée du personnage incarné par le toujours impeccable Vincent Lindon apporte un peu de lumière à ce film si glauque, si gris ; mais c'est tout de même trop maigre. L'acteur a beau faire tout son possible, apporter sa présence pleine de bonhomie et son charisme redoutable, cela ne suffit pas. D'ailleurs, Marie Gillain aussi est très bien, irréprochable, rien à dire là-dessus. En vérité, aucun acteur n'est à blâmer, à l'exception peut-être de celui qui joue l'époux de Marie Gillain (un dénommé Yannick Renier, le demi-frère de Jérémie et qui n'a même pas le quart de son talent), un personnage toujours de bonne humeur, qui s'émerveille de tout, et tout particulièrement de ses propres talents de cuisinier alors même que sa compagne vomit en silence dans la salle de bains. Un type insupportable dont l'humeur contraste méchamment avec celle du spectateur et que l'on a donc très naturellement envie de fracasser. La tignasse redoutable et la mâchoire proéminente de ce comédien n'aident pas du tout à le rendre un brin sympathique. Je le place en état d'arrestation pour délit de sale tronche.


Il faut que Vincent Lindon raye de son carnet d'adresses le nom de Philippe Lioret (et qu'il en profite aussi pour effacer celui de Pierre Jolivet).

Toutes nos envies est un cocktail d'idées noires. Un film-massue à déconseiller aux plus sensibles d'entre nous. Je l'ai moi-même arrêté au bout d'une quarantaine de minutes, dans un réflexe salvateur totalement inespéré en plein repli catatonique. Une sale nuit m'attendait, due à mon estomac en vrac, mais aussi à l'ensemble de mon organisme, mental et physique, que Philippe Lioret avait sournoisement pris pour cible. Ton film se termine peut-être bien, Philippe, mais il commence si mal que je ne le saurai jamais. D'ailleurs, non, il se termine forcément mal puisque Marie Gillain est promise à une mort certaine. A travers le portrait de ces deux personnages campés par Gillain et Lindon, Toutes nos envies a peut-être la louable intention de faire l'éloge de ces combattants du quotidien ancrés dans une réalité sociale éprouvante, violente et cruelle. Certes, mais ça pèse des tonnes et des tonnes, Philippe, et je place très facilement ton pamphlet dans le top 5 des films français les plus cafardeux de ces dix dernières années, alors que la concurrence est extrêmement relevée (je pense par exemple à Partir, mais ça n'est pas le seul). Cet article est là pour vous prévenir, chers lecteurs. Je ne prends aucun plaisir à me rappeler l’œuvre de Philippe Lioret. Toutes nos envies est un sale film. Sans doute un film "utile" dans ce qu'il dénonce de la société actuelle, comme l'était peut-être déjà Welcome, je n'en sais fichtre rien, mais une chose est sûre : c'est fait d'une telle façon qu'on n'a pas envie de voir ça, de s'infliger une telle épreuve. C'est simplement désagréable, pesant, plombant. Un "cinéma de résistance", comme le disent certaines critiques, qui vous paralysera de pessimisme et aura votre peau bien avant d'atteindre sa véritable cible.

Sur ce, je m'en vais prendre du Forlax.


Toutes nos envies de Philippe Lioret avec Marie Gillain, Vincent Lindon, Amandine Deswasmes, Yannick Renier et Pascale Arbillot (2011)

14 mai 2011

Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour...

Je vous présente le titre le plus emmerdant de l'Histoire du cinéma. Y'a tout dans ce titre, les points de suspension qui font chier, les virgules là où il n'en faut pas, la répétition de "très" qui perso me fait cracher des glaviots. Encore un titre de six pieds de long qui a remplacé Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) pour flinguer la mise en page de mon blog... Y'a tout pour faire rager dans ce titre. Mais surtout y'a le sens de ce titre. A qui peut-on décemment proposer d'aller voir ce film sans se faire lyncher ? Si on invite une personne à le mater au ciné, on se voit retourner deux majeurs tendus et clapotant contre la paume de leurs mains. Si on invite son père pour une soirée entre mecs c'est un coup à ce qu'il nous déclare "pédé" et nous coupe les vivres. Si on invite mémé c'est un coup à la faire marrer et donc potentiellement clamser vu qu'elle n'a pas le cœur très bien accroché. Si on le mate avec notre compagne, ça nous rappelle à quel point on est dans la merde... bref, ce film-là, cette torture de film, faut le mater seul, et seul c'est une torture.


Il brille auprès des médias parisiens parce qu'il passe pour une attraction, un alien, alors qu'il vient juste de Dax.

C'est un film de Pascal Thomas. Je me suis rendu compte que j'ai toujours eu du mal avec les types qui ont deux prénoms. Dans cette catégorie Philippe Lioret je l'encadre pas par exemple, et je suis pas spécialement fan de Lawrence Fishburne. Pascal Thomas est un habitué de la petite idée qui accouche d'un grand film, et par grand film j'entends grand par la durée, long métrage quoi, trop long pour son idée. Là l'idée c'est de filmer un caca d'oie, Julien Doré, dans une histoire d'amour qui se veut naïve. Je ne ferai pas allusion à Marina Hands car pour moi elle ne joue pas dans le film. Pour moi c'est Ophélie Winter qui donne la réplique à Julien Doré, le chansonnier coiffé avec des millions de barrettes, fichées sur une tête qui représente un tiers de la totalité de son corps, ce qui ne laisse pas d'étonner... Quand on l'écoute chanter si horriblement, on aimerait prendre toutes les barrettes qu'il a collées aux tifs et les lui agrafer à la tronche façon Pinhead dans Hellraiser.


Je me suis déguisé comme ça au dernier Halloween pour impressionner la galerie. Le soir même j'étais content, le lendemain un peu moins, on m'appelle "Casio".

Avec ce film à deux euros Pascal Thomas a voulu dépayser les parigots en prenant pour personnage principal un gros couillon venu du sud avec son accent du midi et tout ce qui va avec. Moi j'habite dans le midi, je suis né entouré de pareils énergumènes qui ne savent pas parler. J'en suis un moi-même. On appelle ça "l'accent chantant du sud", pour moi c'est la symphonie de l'enfer. Par contre j'adore regarder les films des frères Dardenne, je suis aux anges quand j'entends l'accent belge, si chantonnant, je prends mon pied.


Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour... de Pascal Thomas avec Julien Doré et Guillaume Gallienne (2010)

5 mai 2011

Je vais bien ne t'en fais pas

On a tous vu le "coup de gueule" de Mélanie Laurent contre la soi-disant virulence de la critique à son égard, consécutivement à la sortie de son album. Skeud dont la promo est assurée par tout le PAF à grand renforts de léchage de cul. Mélanie Laurent s'en prenait donc non seulement à "internet" mais aussi aux journalistes professionnels, qui sont tous acquis à sa cause. La plus belle séance de cirage de pompes médiatique a eu lieu, comme toujours, sur le plateau du Grand Journal avec un Robert Denisot plus mielleux que jamais, un Ali Badou moins philosophe que de coutume et une Mariane Massenet aussi bête que d'hab. La jeune starlette est actuellement sous le feu des projecteurs et se plaint malgré tout de ne pas être reconnue à sa juste valeur en tant que chanteuse. Pour ce qui est de sa carrière d'actrice, Mélanie Laurent doit penser que sa légitimité n'est plus à faire depuis qu'elle a incarné l'héroïne du dernier film de Tarantino et qu'elle s'est affichée comme une intime du cinéaste en dansant avec lui sur le tapis rouge de Cannes. En outre l'actrice n'a pas de souci à se faire puisqu'elle tourne dans une dizaine de films par mois. Sa philosophie c'est : "Sur dix saloperies de tournées, y'aura peut-être un succès, alors tourne ! tourne ! tourne ! Dans tous les cas je suis à l'affiche de Inglourious Basterds. RAB. Rien à battre". C'est cette starification qui lui a servi son album solo sur un plateau mais elle trouve le moyen de râler en parlant d'un "appel à la haine" qui se répand sur le web depuis, selon elle, l'avènement de la télé-réalité.


Godard disait : "Quand on regarde le visage d'une femme, on voit son âme".

Y'a beaucoup à dire. Trop à dire, quasi, sur le cas Laurent Mélanie. "On est jugé de tout" nous dit Mélanie "2 de QI" Laurent, elle qui a pour métier et pour passion le fait même de soumettre des objets à la critique, elle qui n'a jamais vécu en Russie sous le régime autoritaire de Joseph Stalone et qui ne sait pas ce que c'est qu'un vrai "jugement" aboutissant à un voyage sans retour sur ce qu'on appelait "L'île des cannibales", un endroit où les gens étaient tellement livrés à eux-mêmes, sans rien pour se sustenter, qu'ils finissaient par se manger. Combien de jours tiendrais-tu sur cette île, Mélanie Laurent ? Je ne mise pas un rouble sur toi. "On ne peut jamais répondre, vraiment", rajoute-t-elle en giflant l'air de ses revers de mains et en balançant ses faux ongles aux quatre coins de la pièce. Elle regrette de ne pas avoir suffisamment d'espace d'expression, elle qui s'aplatit sur tous les écrans de cinéma et de télévision du monde. N'y a bien eu que Fred Taddéi pour ne pas l'inviter. C'est le dernier à résister. Tous les autres l'ont accueillie sur un tapis roulant, les David Poujadiste, les Franz Olivier Gisberg, celui qu'on appelle Phileas FOG, Bolt your doors, lock your windows, there's something in the FOG. "Mais qui tu es pour me juger ? Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?", nous sort-elle dans un dédale de questions rhétoriques qui foutent le tourni, la ritournelle habituelle de qui n'a jamais réfléchi une seconde à son propos. Devant Manchester - Schalke, ces mêmes gens disent : "Moi je ne fais pas trois jongles donc je peux pas juger, moi je suis qui pour dire ça ? Pour critiquer Dwayne Rooney ?" Non. Moi-même qui suis Schalkeux, originaire de la ville de Schalke 04, je n'ai aucun complexe à dire que Raul a été une merde sur les demi-finales. Je pourrais donner mille exemples. Quid du gars qui va au resto pour bouffer un bon kefta couscous, qui se retrouve avec dans son assiette l'ersatz d'une purée de mousseline parsemée des mokos du cuisto, matez-moi dans les yeux, ce type-là se tait-il ? Prétextant : "Je ne suis pas cuisto, je suis mal placé pour critiquer, j'avoue que ça n'a pas le goût ni la texture habituels, mais c'est peut-être une autre recette à base de fientes" ? Non, j'en doute. Ce que je vous raconte là je l'ai vécu hier et je vous déconseille "Le Sherpa" à Toulouse.


Mélanie Laurent dans un film.

On peut en vouloir à Philippe Lioret car c'est lui qui a lancé la carrière de Mél L. avec le fameux Je vais bien ne t'en fais pas (pas de titrologie pour cette fois, pourtant y'a de quoi), où elle incarnait une disparue, une fugueuse, recherchée par ses parents et son frère, dans un remake déguisé de Fievel et le Nouveau Monde, à la différence près que dans l'original les personnages étaient des souris. Ah non ! Non non. C'est son frère qui disparaît et c'est elle qui le cherche ! Je m'en souviens trop mal... Du coup c'est une réécriture de Fievel mais du point de vue de la famille de souriceaux cette fois. Normalement, si le compte est bon, le frère de Mélanie Laurent a rencontré un gros chat pédé, Tiger, avec qui il est devenu méga pote et ensemble ils ont dégagé tous les chats de New-York à l'aide d'une souris géante fabriquée de toutes pièces. Voilà pour l'histoire du film de Lioret, dans lequel Mélanie Laurent jouait extrêmement mal. A la bande originale de ce film, signée aAron (?), préférez l'originale et surtout son tube : "Très loin là-bas". Il y a quelques années, j'ai essayé de choper l'attention de Mélanie Laurent (dont je suis secrètement fou amoureux) sur Facebook avec le leak youtube de cette chanson Disney, ça n'a pas marché. Par contre quand je lui ai envoyé "Lili" par Aaron, elle m'a ajouté en ami et j'ai déposé un cierge à Notre-Dame.


Je suis le seul à voir une grosse bite et deux énormes couilles dans sa main gauche ? Les Disney et les Pixar sont remplis d'images subliminales que les enfants ne comprendront que plus tard quand ils seront en taule !

J'accuse Lioret alors que le vrai coupable c'est Gérard Depardieu, le grand manitou du cinoche français qui l'avait repérée en premier sur le tournage du film Un con entre deux rives. Mélanie Laurent raconte la scène à longueur d'interview : le gros doigt boudiné de Depardieu lui faisant signe de s'approcher dans l'ombre d'un énorme monticule de choucroute, et elle, terrorisée en le prenant pour le fameux tueur en série pédophile de son village que les médias avaient surnommé "L'Anorak". L'actrice n'a jamais conscience d'égratigner l'image de celui qui l'a pistonnée puis portée aux nues en racontant cette anecdote sordide.


J'ai un doute, elle l'a eu le César ou pas ? J'imagine que oui, on fait pas ce genre de photo quand on l'a pas eu...

Mélanie Laurent, l'actrice sur des charbons ardents, la moving target de la critique, assaillie de toutes parts, attaquée par les charognards de la blogosphère, dépecée dans les papiers glacés, sera la maîtresse de cérémonie à Cannes dans une semaine. Elle a aussi reçu le César du Meilleur Espoir Féminin en 2007 pour le film que nous avons résumé plus haut, et quand elle l'a reçu, elle a tenu un discours très proche de celui de Sara Forestier, qui l'a remporté cette année avec Le Nom des gens, mais il fut coupé au montage par un Philippe Dana qui n'en avait rien à battre. Elle y disait ceci : "Philippe Lioret, quand j'ai fait ton film, je jouais une fugueuse alors que je suis la dernière des casanières et j'interprétais la sœur de mon frère fugueur alors que dans la vie je suis fille unique, truc de ouf". Je pense du coup qu'elle peut dire merci au zélé Philippe Dana, le précog de Canal+.


Je vais bien ne t'en fais pas de Philippe Lioret avec Mélanie Laurent et Kad Merad (2006)

20 avril 2011

Les Trois prochains jours

Je suis déçu. Déçu par ce film et par le traitement qui en a été fait. Si je ne m’abuse, il devait s’agir du remake "made in USA" de Welcome, le pamphlet contestataire de l’insaisissable Philippe Lioret, porté par la superstar Vincent Lindon. Et je me réjouissais par avance qu’un tel brûlot social soit repris par la grande machinerie hollywoodienne pour ainsi voir son impact dédoublé, que dis-je, octuplé ! Quand j’ai su que Paul Haggis reprenait le flambeau allumé par Lioret, ça faisait sens, et je trouvais tout à fait logique qu’un cinéaste ayant prouvé qu’il était sensible aux questions de société s’attaque à un tel projet. Il n’y a qu’à se balader Dans la vallée d’Elah ou se prendre son Crash frontal pour s’en assurer : cet homme se sert de son art pour transmettre un message de paix et d’amitié entre les peuples. En somme, un artisan de l'universel. Quand j’ai appris que Vincent Lindon était remplacé, poste pour poste, par Russell Crowe, je me disais que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, tel un remake approuvé John Carpenter, et que l’on se dirigeait tout droit vers le chef d’œuvre ultime tant espéré. Je sais pas vous, mais moi, entre d’un côté la tronche ravagée, les milles tics par minute et le charisme vagabond de Barry Lindon et de l’autre, la voix abîmée par l’alcool, le regard las et l’allure rustique de son collègue australo-néo-zélandais, mon cœur balance et, dans tous les cas, chavire. Tandis que le second est un éternel amoureux des chevaux, à tel point qu’il a bien du mal à s’en séparer entre chaque tournage, le premier perd ses cheveux dès qu’il n’est pas sous les feux de la rampe, cheveux qui repoussent par magie dès qu'un projecteur est braqué sur son crâne par un intermittent du spectacle. Autant de points communs surprenants qui m’amenaient à penser qu’il s’agissait du choix idéal.


Sur ce cliché pris à la sauvette, vous avez le seul type qui arrive à avoir la classe sur une plage du Nord-Pas-de-Calais en hiver.

Mes premiers doutes sont apparus lorsque j’ai pris connaissance du titre choisi pour la version américaine du film de Lioret. Assez naïf, j’avais déjà imaginé que le film aurait pu s’intituler Bienvenue, comme un pied-de-nez amical adressé à l’œuvre initiale. J’étais loin du compte… Mais ça n’était que le début d’une série de désillusions terribles dont j’ai à présent du mal à me remettre. Je m’étais déjà longuement amusé à américaniser le scénario de Philippe Lioret avant d’avoir vent de la trame réelle du film de Paul Haggis. Aussi je m’étais mis à penser que la piscine du remake serait plus longue, que Russell Crowe se trimballerait tout autour dans un monokini plus saillant que le bas de survêt jadis porté par Lindon, une tenue mettant plus judicieusement en avant le mastodonte de petit-petit-petit-fils d'aborigènes qu'est l'acteur oscarisé. Et surtout, je m'étais dit que le clandestin, prenant alors les traits d’un cubain égaré à Homestead (Florida), aurait désormais pour but de traverser le détroit de Floride à la nage, et non la Manche, toujours guidé par le même espoir de rejoindre sa fiancée restée au pays. Hélas, j’avais tout faux !


Sur ce cliché, admirez l'effort fait par Russell Crowe pour ressembler à tout le monde et à personne à la fois, une girl-next-door au masculin, l'alter-ego baraqué de Paul Hagard de l'est.

Je suis tombé des nues face à ce thriller décousu et lent, où un Russell Crowe qui n'a vraisemblablement pas l'intention de jouer le rôle du mari transi et prêt à tout pour sortir sa bien-aimée de sa geôle, mais plutôt celui du pervers sexuel qui se complaît à prendre discrètement des photos des entre-jambes des demoiselles ayant eu le malheur de se trouver en jupe face à cet étalon venu tout droit d'Océanie et dont le visa expire dans deux jours ! En somme, nous sommes bien loin des méthodes de l'actor's studio mises à mal par Al Pacino dans Maniac Cop, retitré Serpico en France. Dans le script, le personnage incarné par Russell Crowe se donne pour mission de sortir sa bonne femme de taule afin d’aller vivre un avenir plus radieux en Thaïlande avec leur fils autiste. On se rend compte que Welcome est bien loin, et la transformation du projet pourrait faire l’objet d’une thèse passionnante. Un bémol cependant : pourquoi risquerait-on sa vie à libérer sa femme de prison lorsque celle-ci a le physique disgracieux d’Elizabeth Banks ? Là encore, le film français, où la jeune femme était incarnée par la charmante Diane Kruger, l’emporte haut la main et enterre son remake américain. "Bigger, louder, better, dick stronger" ? Pas convaincu.


Les Trois prochains jours de Paul Haggis avec Russell Crowe et Elizabeth Banks (2010)

21 septembre 2009

Welcome

Après le succès phénoménal de Je vais bien ne t’en fais pas, Philippe Lioret avait suffisamment d’argent pour se permettre une incursion dans le petit milieu du brûlot social. On le croyait cousin germain de Christophe Baratier et de Cédric Klapish, il est aussi le pupille malade de Ken Loach et Stephen Frears. Lioret crèche donc au sein d’une famille de cinéastes dont les dvds formeraient une dvdéothèque infernale, un aller sans retour direction l’enfer sociétal, Machiavel aux manettes du 7ème Art, ou si Dante avait tourné. Il en faut deux grosses pour s’opposer à Sarko. Catherine Corsini en a deux belles, qu’elle a déballées dans Partir sans que personne ne l’ait demandé. On se rappelle aussi d’Emmanuelle Cuau et son portrait au vitriol de la société ultra sécuritaire actuelle dans son Très bien merci de sobre facture. Au tour de Lioret de nous honorer de l’exhibition façon Patrice Loko* de ses deux roustons de contestataire. Et ce pour les besoins d’un film qui s’attarde sur le triste sort des réfugiés. Ces sans-papiers auxquels le gouvernement Sarkozy refuse le droit d'asile. Ici je place une pique revancharde au gouvernement en place. Libre à moi. Et bientôt plus puisqu'on va en taule pour moins que ça. Encore une fois c’est un film légèrement cafardeux. Est-ce utile de réaliser de tels films grisâtres, véritables tracts militants sur la situation nauséabonde d'un pays taiseux, dont la qualité intrinsèque est à mettre en doute ? On peut voir le bon côté des choses et se dire que Lioret est le Voltaire de l'an 2000. Cette pensée me fout toutefois le cafard. Bref on retombe dans le débat classique de la place de l'artiste dans la société et de son contrepoids face aux dérives de la pensée unique, débat souvent soulevé puis calfeutré par le fabuleux Taddéï tous les soirs sur la 3 dans une émission qui reste miraculeusement à l'antenne grâce à la paire de guiboles unique de son présentateur vedette.


Comment se libérer de la pesanteur d'un sujet aussi critique et moribond que celui dont Lioret fait ici son cheval de bataille ? Peut-être en nous attardant, une fois n'est pas coutume, sur l'affiche du film, resucée inavouée et inavouable du poster mythique de Danse avec les loups, où un Kevin Costner alors à l'apogée de son charisme rentre-dedans fléchit les genoux pour humer son propre fumet au-devant d'un troupeau de bisons fendant le paysage.

Peut-être aussi en plaçant un mot sur cet acteur, Vincent Lindon, le monument aux morts du cinéma français, surnommé "ma petite entreprise" par tous les producteurs qui voient en lui un acteur ultra bankable, le bestiau d'interview télévisées, adulé de Taddéï, amant illégitime de Daphné Roulier et parrain d'Anne de Petrini, ce mystérieux bonhomme et immense acteur qui perd tous ses tics quand il joue la comédie et qui m’en fait gagner tout autant, tandis que je me transforme en dynamo humaine devant ses facéties. Quelle idée de faire jouer un maître nageur à un comédien qui a manifestement peur de l’eau.

J'ai quand même vite arrêté Weldom. Je tenais pas à me « faire les veines » ce soir.

*Le footeux qui sortait ses burnes à l’entrée des vestiaires et qui est encore en procès pour ça.


Welcome de Philippe Lioret avec Vincent Lindon et Audrey Dana (2009)