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29 janvier 2013

Télé gaucho

Accueillons aujourd'hui une invitée, Flavie, pour nous parler du dernier film en date du réalisateur déjà coupable en 2010 du Nom des gens. Flavie a vécu le phénomène des télés libres de l'intérieur et nous livre son impression à chaud sur la peinture qu'en propose Michel Leclerc :

« Ce film est librement inspiré de l’expérience Télé Bocal entre 1995 et 2000 ». Voilà comment Michel Leclerc justifie son forfait en tête du générique de fin de Télé gaucho. Le film est donc semi-autobiographique, « librement inspiré » de son expérience au sein d'une télé libre. Le titre annonçait déjà la couleur, le film a été à la hauteur de toutes mes appréhensions. Michel ne croit clairement plus, ou bien n'a jamais cru (difficile à dire mais dans le fond, on s'en fout) à la pluralité audiovisuelle.


 
Gauche caviar, droite jambon-beurre !

Passons sur l'absence de mise en scène et venons-en directement au cœur du problème et à la fabuleuse galerie de personnages. Belle collection de clichés, du leader paradoxal anti-charismatique et plutôt malhonnête (Elmonsnino, transparent), à sa compagne féministe hystérique (insupportable Maïwenn), la palme revenant au personnage de Clara, sombre conne incohérente et insupportable, elle aussi « librement inspirée » de l'ex-compagne du réalisateur, interprétée par une Sara Forestier embarrassante, la gène atteignant son apogée lorsque Clara met le feu au dos d'un spectateur en crachant le feu (wut ?). La seule qui tire son épingle du jeu c'est encore Emmanuelle Béart, qui dans le rôle de l'animatrice botoxée qui évolue comme un poisson dans l'eau au sein du monde cynique des médias de masse, mais qui dans le fond cache la plaie encore ouverte d'une obésité adolescente, s'en sort plutôt pas trop mal en jouant la carte de l'improbabilité.


 
Le regard profond et vide. C'est donc comme ça que Michel Leclerc voit sa femme ? A sa place je le prendrais assez mal...

Le poteau rose, court-métrage réalisé en 2000, contenait déjà toutes les bonnes idées du film et avait le mérite de raconter l'histoire personnelle de Michel Leclerc de manière drôle et candide. La version longue n'y aura ajouté que des travers : le portrait conventionnel d'une jeunesse de gauche décérébrée et inoffensive. Vision de vieux con embourbé dans sa philosophie de vie gentille, toute en consensus mou.


Le président des bisous.

J'ai eu l'occasion de vivre un petit bout de l'histoire des télés libres moi aussi, pendant 6 mois, au sein de Zalea TV. Zalea a existé de 2000 à 2007, et je connais mal la filiation avec télé bocal, mais c'était une formidable expérience de liberté et ces six mois on été une des périodes les plus enrichissantes et excitantes de ma vie. C'était certes un laboratoire foutraque, peuplé de personnages entiers, différents et souvent incompatibles, mais réunis par un combat précieux, celui de la liberté d'expression audiovisuelle, dans un amateurisme revendiqué mais éclairé. J'avais 22 ans et une conscience relative de l'ampleur de la chose, (d'autres le savaient mieux que moi fort heureusement), mais je crois que c'était plutôt pas mal, et surtout salutaire dans le paysage audiovisuel de l'époque (même limité au canal 99 de la freebox). Et plutôt éloigné du tableau de la bande de branquignoles gauchistes abrutis que nous a soigneusement peint Leclerc. Il s'agissait de donner la parole à tous ceux qui souhaitaient la prendre, collectifs et associations, évidement souvent des combats de gauche, mais aussi aux quartiers : le quartier, celui de Stalingrad, ex-plaque tournante du crack, qui se reconstruisait progressivement, avant la gentrification, et aux quartiers, ceux des banlieues qui prenaient l'antenne pour des plateaux réguliers. De donner un espace médiatique à tous les refusés de l'antenne, à tous les programmes (plateaux, courts métrages, documentaires, clips, etc.) qui sortaient des cadres ultra formatés de la télévision mainstream, pour lutter contre le modèle débilitant largement imposé. Bref, d'inventer un pluralisme audiovisuel.


Le titre du premier long métrage de Michel Leclerc (de loin son meilleur), J'invente rien, avec Kad Merad et Elsa Zylberstein, sonnait comme la prophétie d'une filmographie oubliable. 

On pourrait débattre du droit individuel de relater sa vision propre d'une expérience collective. Michel Leclerc en a bien le droit. Ça ne fait pas passer mon envie de lui cracher à la gueule. Car voilà, ce film est certainement la première introduction des télés libres dans la fiction cinématographique, qui plus est plutôt destinée à un large public. Et j'ai juste le sentiment que l'image véhiculée fait du tort à l'histoire commune des télés libres, dont tous les acteurs sont de fait un peu responsables. Je ne te dis pas merci Michel de nous faire tous passer pour des gros cons.

NB : Pour plus d'informations sur le pourquoi du comment Zalea s'est crée et dissoute, je vous invite à lire l'article "Zalea TV a décidé de se dissoudre" et "L'appel des fondateurs de Zalea TV à la société civile" sur le site de Zalea. Et à visiter le site des Mutins de Pangée, coopérative audiovisuelle crée plus tard par certains de ses membres fondateurs.


Télé gaucho de Michel Leclerc avec Eric Elmosnino, Sara Forestier, Maïwenn Le Besco et Emmanuelle Béart (2012)

5 mai 2011

Je vais bien ne t'en fais pas

On a tous vu le "coup de gueule" de Mélanie Laurent contre la soi-disant virulence de la critique à son égard, consécutivement à la sortie de son album. Skeud dont la promo est assurée par tout le PAF à grand renforts de léchage de cul. Mélanie Laurent s'en prenait donc non seulement à "internet" mais aussi aux journalistes professionnels, qui sont tous acquis à sa cause. La plus belle séance de cirage de pompes médiatique a eu lieu, comme toujours, sur le plateau du Grand Journal avec un Robert Denisot plus mielleux que jamais, un Ali Badou moins philosophe que de coutume et une Mariane Massenet aussi bête que d'hab. La jeune starlette est actuellement sous le feu des projecteurs et se plaint malgré tout de ne pas être reconnue à sa juste valeur en tant que chanteuse. Pour ce qui est de sa carrière d'actrice, Mélanie Laurent doit penser que sa légitimité n'est plus à faire depuis qu'elle a incarné l'héroïne du dernier film de Tarantino et qu'elle s'est affichée comme une intime du cinéaste en dansant avec lui sur le tapis rouge de Cannes. En outre l'actrice n'a pas de souci à se faire puisqu'elle tourne dans une dizaine de films par mois. Sa philosophie c'est : "Sur dix saloperies de tournées, y'aura peut-être un succès, alors tourne ! tourne ! tourne ! Dans tous les cas je suis à l'affiche de Inglourious Basterds. RAB. Rien à battre". C'est cette starification qui lui a servi son album solo sur un plateau mais elle trouve le moyen de râler en parlant d'un "appel à la haine" qui se répand sur le web depuis, selon elle, l'avènement de la télé-réalité.


Godard disait : "Quand on regarde le visage d'une femme, on voit son âme".

Y'a beaucoup à dire. Trop à dire, quasi, sur le cas Laurent Mélanie. "On est jugé de tout" nous dit Mélanie "2 de QI" Laurent, elle qui a pour métier et pour passion le fait même de soumettre des objets à la critique, elle qui n'a jamais vécu en Russie sous le régime autoritaire de Joseph Stalone et qui ne sait pas ce que c'est qu'un vrai "jugement" aboutissant à un voyage sans retour sur ce qu'on appelait "L'île des cannibales", un endroit où les gens étaient tellement livrés à eux-mêmes, sans rien pour se sustenter, qu'ils finissaient par se manger. Combien de jours tiendrais-tu sur cette île, Mélanie Laurent ? Je ne mise pas un rouble sur toi. "On ne peut jamais répondre, vraiment", rajoute-t-elle en giflant l'air de ses revers de mains et en balançant ses faux ongles aux quatre coins de la pièce. Elle regrette de ne pas avoir suffisamment d'espace d'expression, elle qui s'aplatit sur tous les écrans de cinéma et de télévision du monde. N'y a bien eu que Fred Taddéi pour ne pas l'inviter. C'est le dernier à résister. Tous les autres l'ont accueillie sur un tapis roulant, les David Poujadiste, les Franz Olivier Gisberg, celui qu'on appelle Phileas FOG, Bolt your doors, lock your windows, there's something in the FOG. "Mais qui tu es pour me juger ? Qu'est-ce que tu fais dans la vie ?", nous sort-elle dans un dédale de questions rhétoriques qui foutent le tourni, la ritournelle habituelle de qui n'a jamais réfléchi une seconde à son propos. Devant Manchester - Schalke, ces mêmes gens disent : "Moi je ne fais pas trois jongles donc je peux pas juger, moi je suis qui pour dire ça ? Pour critiquer Dwayne Rooney ?" Non. Moi-même qui suis Schalkeux, originaire de la ville de Schalke 04, je n'ai aucun complexe à dire que Raul a été une merde sur les demi-finales. Je pourrais donner mille exemples. Quid du gars qui va au resto pour bouffer un bon kefta couscous, qui se retrouve avec dans son assiette l'ersatz d'une purée de mousseline parsemée des mokos du cuisto, matez-moi dans les yeux, ce type-là se tait-il ? Prétextant : "Je ne suis pas cuisto, je suis mal placé pour critiquer, j'avoue que ça n'a pas le goût ni la texture habituels, mais c'est peut-être une autre recette à base de fientes" ? Non, j'en doute. Ce que je vous raconte là je l'ai vécu hier et je vous déconseille "Le Sherpa" à Toulouse.


Mélanie Laurent dans un film.

On peut en vouloir à Philippe Lioret car c'est lui qui a lancé la carrière de Mél L. avec le fameux Je vais bien ne t'en fais pas (pas de titrologie pour cette fois, pourtant y'a de quoi), où elle incarnait une disparue, une fugueuse, recherchée par ses parents et son frère, dans un remake déguisé de Fievel et le Nouveau Monde, à la différence près que dans l'original les personnages étaient des souris. Ah non ! Non non. C'est son frère qui disparaît et c'est elle qui le cherche ! Je m'en souviens trop mal... Du coup c'est une réécriture de Fievel mais du point de vue de la famille de souriceaux cette fois. Normalement, si le compte est bon, le frère de Mélanie Laurent a rencontré un gros chat pédé, Tiger, avec qui il est devenu méga pote et ensemble ils ont dégagé tous les chats de New-York à l'aide d'une souris géante fabriquée de toutes pièces. Voilà pour l'histoire du film de Lioret, dans lequel Mélanie Laurent jouait extrêmement mal. A la bande originale de ce film, signée aAron (?), préférez l'originale et surtout son tube : "Très loin là-bas". Il y a quelques années, j'ai essayé de choper l'attention de Mélanie Laurent (dont je suis secrètement fou amoureux) sur Facebook avec le leak youtube de cette chanson Disney, ça n'a pas marché. Par contre quand je lui ai envoyé "Lili" par Aaron, elle m'a ajouté en ami et j'ai déposé un cierge à Notre-Dame.


Je suis le seul à voir une grosse bite et deux énormes couilles dans sa main gauche ? Les Disney et les Pixar sont remplis d'images subliminales que les enfants ne comprendront que plus tard quand ils seront en taule !

J'accuse Lioret alors que le vrai coupable c'est Gérard Depardieu, le grand manitou du cinoche français qui l'avait repérée en premier sur le tournage du film Un con entre deux rives. Mélanie Laurent raconte la scène à longueur d'interview : le gros doigt boudiné de Depardieu lui faisant signe de s'approcher dans l'ombre d'un énorme monticule de choucroute, et elle, terrorisée en le prenant pour le fameux tueur en série pédophile de son village que les médias avaient surnommé "L'Anorak". L'actrice n'a jamais conscience d'égratigner l'image de celui qui l'a pistonnée puis portée aux nues en racontant cette anecdote sordide.


J'ai un doute, elle l'a eu le César ou pas ? J'imagine que oui, on fait pas ce genre de photo quand on l'a pas eu...

Mélanie Laurent, l'actrice sur des charbons ardents, la moving target de la critique, assaillie de toutes parts, attaquée par les charognards de la blogosphère, dépecée dans les papiers glacés, sera la maîtresse de cérémonie à Cannes dans une semaine. Elle a aussi reçu le César du Meilleur Espoir Féminin en 2007 pour le film que nous avons résumé plus haut, et quand elle l'a reçu, elle a tenu un discours très proche de celui de Sara Forestier, qui l'a remporté cette année avec Le Nom des gens, mais il fut coupé au montage par un Philippe Dana qui n'en avait rien à battre. Elle y disait ceci : "Philippe Lioret, quand j'ai fait ton film, je jouais une fugueuse alors que je suis la dernière des casanières et j'interprétais la sœur de mon frère fugueur alors que dans la vie je suis fille unique, truc de ouf". Je pense du coup qu'elle peut dire merci au zélé Philippe Dana, le précog de Canal+.


Je vais bien ne t'en fais pas de Philippe Lioret avec Mélanie Laurent et Kad Merad (2006)

5 avril 2011

Le Nom des gens

Je viens de voir ce film qui compte parmi les grands lauréats des Césars et qui m'intriguait non seulement par son titre mais par son ambitieux projet de "comédie politique". Trop ambitieux sans doute puisque le résultat est lamentable. Concernant le premier terme du projet, "comédie", on peut faire une croix dessus. Le film n'est jamais, je dis bien jamais drôle. J'imagine qu'il en aura fait marrer quelques uns, dans les salles de cinéma les plus enthousiastes, heureux de se reconnaître dans l'un des portraits pathétiques et archétypaux de français moyens que Michel Leclerc, le réalisateur, affectionne tant. Peut-être fera-t-il de même marrer tel autre engagé politique du dimanche ravi de retrouver Jospin dans son propre rôle au détour d'un caméo sans intérêt. Mais en vérité il n'y a, m'est avis, strictement rien de marrant dans ce film, strictement rien d'agréable, de plaisant, de piquant, de fin : peau de balle. Donc je n'ai certainement pas maté, en ce qui me concerne, une comédie. Côté politique, force est de constater que le film aborde le sujet, mais de quelle façon ?


J'ai passé les vingt minutes que dure la terrible intro du film à me dire que Zinedine Soualem a l'air fatigué, peut-être déçu par la vie et le cinéma, et franchement ça me fait de la peine...

Le début du film est une véritable épreuve. Normalement ça peut suffire à dégoûter n'importe qui du cinéma. Le début, chez Michel Leclerc, ça dure 20 minutes. L'intro, qui dure donc, je le rappelle même si je l'ai dit il y a une phrase, mais il faut bien en avoir conscience, 20 longues minutes, retrace tout le "parcours" des deux personnages principaux, qui ensuite finiront par coucher puis par s'aimer. Qui sont-ils ? Lui c'est Arthur Martin (Jacques Gamblin, vraiment de plus en plus présent dans des films qui ne le méritent pas et nous le rendent ingrat), la quarantaine, travaillant dans un laboratoire de santé publique, célibataire, lisse, dernier jospiniste en activité. Il porte le nom le plus répandu en France, tout le monde lui parle des cuisines Arthur Martin dès qu'il se présente et encore il a de la chance parce qu'à sa naissance ses parents ont hésité à l'appeler Jacques (c'est la plus grande vanne du film, répétée vingt-six fois). Elle c'est Bahia Benmahmoud, 25 ans, la seule en France à porter ce nom (on nous le répète aussi une trentaine de fois), elle porte des après-ski roses aux pieds jour et nuit et suce des sucettes 24h/24, par ailleurs c'est une abrutie et une "pute politique bénévole" (sic.) qui a décidé de passer sa vie à baiser avec des enfoirés de droite pour essayer de les convertir à la gauche. Pourquoi ? Parce qu'elle s'est fait violer quand elle était petite par son professeur de piano, et comme un jour elle entend dire à la télévision que les victimes de pédophiles reproduisent ce qu'ils ont subi et que la plupart des prostituées ont été victimes d'abus sexuels dans leur enfance, la jeune femme se retrouve au pied du mur avec pour seules alternatives d'avenir la pédophilie ou la prostitution, c'est la télé qui l'a dit. Un personnage qui en arrive à une telle conclusion, même dans un film soi-disant comique, donne des envies de meurtre. Du coup Bahia choisit de se vouer à une carrière de pute. Voilà pour les personnages, qu'on a tout de suite une folle envie d'aimer.


Jacques Gamblin à côté de son double adolescent. Ce genre de scènes, dignes des pires pubs pour des banques à la con, sont légion dans le film, qui n'a pas fini de vous achever.

L'intro raconte tout ça en partant des parents des deux personnages et de leur propre naissance, avec des images en N&B pour lui et en Super8 pour elle (car il est plus vieux --> flinguez-moi...). La grosse idée pour ces flash-backs c'est que le personnage de Gamblin est incapable d'imaginer son père jeune, incapable aussi de trouver une photo de l'époque pour stimuler son cortex cérébral arrêté au point mort, du coup dans le flash-back on voit un vieillard (son père tel qu'il le connaît) épouser une jeune femme (sa mère jeune telle qu'il parvient en revanche à l'imaginer), et ça on sent que c'est une idée qui tenait à cœur aux scénaristes, le réalisateur lui-même et sa femme (qui, pour fêter son César conjugal, a passé toute l'émission des ciné-passionnés de Serge Moati à zieuter le beau cul d'Edgar Ramirez ! Je dis ça mais j'en aurais fait autant !). On sent que c'est une idée qu'ils ont notée dans une marge de leurs carnets de note, surlignée au stabylo rose, puis placardée sur la porte de leurs chiottes à l'aide d'un post-it afin de ne surtout pas l'oublier. Mais le plus fort, c'est que les deux héros du film, tels qu'ils apparaissent dans le récit principal, actuel, au présent, entrent dans l'image de leurs souvenirs et y côtoient leurs doubles du passé pour dialoguer avec eux-mêmes par-delà les années, et principalement pour s'adresser à la caméra et tout commenter avec un soi-disant humour à crever qui ferait se retourner Woody Alien dans sa tombe (s'il était mort) et qui nous inspire vraiment beaucoup de questionnements sur les deux êtres humains qui ont écrit ce torchon entre deux épisodes d'Un dîner presque parfait. Car ce que nos héros commentent en l'occurrence c'est une somme tuante de clichés : lui est né de parents bourgeois de droite, sa mère a réchappé à la Shoah et son père a fait la guerre d'Algérie dans l'armée française, et ils n'aiment pas les gens, uniquement leur confort matériel ; l'autre est née d'un père arabe serviable dont toute la famille est morte tuée par l'armée Française en Algérie et d'une mère soixante-huitarde communiste excitée et libérée, pleine de convictions démagogiques et anti-tout, qui accueillent tous les clochards de la ville chez eux... Y'a vraiment de quoi nous envoyer au trou. C'est crevant intellectuellement...


Jamel Jospin a abandonné la vie politique une seconde fois en voyant cette scène à l'UGC des Halles le mercredi de la sortie.

Ce type de mise en scène, qui se veut osée et originale, et qui n'est qu'un sommet de facilité et de banalité doublé de laideur et de maladresse, dans la droite lignée du Jean-Pierre Jeunet d'Amélie Poulain, cet humour piteux, ces raccourcis narratifs, ces personnages puants à la fois ultra stéréotypés et complètement improbables, et la présence de Jacques Gamblin, tout ça fait parfois penser au triste Le Premier jour du reste de ta vie, en moins répugnant peut-être mais en tout aussi con. Que Sara Forestier ait remporté le César de la meilleure actrice pour ce rôle qui lui a demandé d'interpréter une vraie conne m'importe peu, mais que les scénaristes de ce film, Michel Leclerc lui-même et sa femme Baya Kasmi (on sent bien l'autobiographie planquée derrière tout ça, ou plutôt on la redoute et on ne l'espère pas), aient remporté le César du meilleur scénario original pour ce truc, ça me laisse pantois.

Il se trouve que j'ai des liens familiaux ultra éloignés avec Sara Forestier. On n'est ni cousins, ni issus de germain, mais de loin en loin on a un lien. Aussi je lui dis tout de même bravo !


Le Nom des gens de Michel Leclerc avec Jacques Gamblin et Sara Forestier (2010)

23 février 2011

Gainsbourg (vie héroïque)

Ce matin je me lève, j'ouvre mon placard, dis-donc mon pote sur qui que je tombe ? L'amant de ma femme ! Je lui dis : "Dis-donc mon pote qu'est-ce que tu fous là ?". Il me répond : "Je fais comme toi, je baise ta femme". Non blague à part ce matin je me lève, et je me mets à chanter : "Rien ne t'arrête, quand tu commenceeeeeees, si tu savais comme j'ai ennnnnvieeee d'un peuuuu de sileeeeeeence". Je chantais ces paroles d'une chanson que je ne connais même pas, je chantais ça en louchant, et cette saloperie de virus qui s'emparait de moi venait peut-être du film que j'avais maté la veille au soir, le Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar. Joann Sfar, parlons-en. Ce type est un dessinateur de bédé qui a un melon gros comme ça. Il gribouille dans un style hideux qui se veut unique et il n'en peut plus de trouver ça génial. Rien ne lui fait peur. Même pas l'idée de réaliser un long métrage venu de nulle part, un film de deux heures et dix minutes, car sa mégalomanie n'a pas de limite, le biopic d'une icône nationale, rien que ça. Dans ce film on apprend ce qu'on savait déjà, à savoir que Serge Gainsbourg a voulu être peintre avant de se lancer dans la variétoche. Aussi Sfar lui prête son propre coup de crayon, s'alléguant ainsi le génie incommensurable qu'il attribue au chanteur à la tronche de choux. Sfar le considère à ce point comme un surdoué absolument génial qu'il le filme enfant déblatérant comme un adulte cynique et prodigieusement éclairé. Or ce modèle d'intelligence et de génie artistique voit son imaginaire confondu à celui de Joann Sfar dans une (auto)biographie exécrable. Car la chose ne s'arrête pas là, d'un bout à l'autre du film Gainsbourg est visité par son double, Gainsbarre, dessiné à la palette graphique, représenté à l'image par les croquis minables de Sfar tout en dessins animés. Et c'est d'un crispant... 
 
 
C'est entre autres pour ça que j'aimerais truffer Joann Sfar de pruneaux
 
Ce film ridicule, qui s'ouvre sur la mention ô combien ronflante : "Un conte de Joann Sfar", est donc une suite de sketches bruyants et désolants, mal filmés, qui nous racontent bêtement le parcours de Gainsbourg et qui parviennent à nous rendre l'artiste inintéressant au possible, voire détestable. Pour couronner chaque étape de cette fable biographique de mes deux, autant d'exercices pathétiques d'imitation. Eric Elmosnino est sûrement remarquable dans sa façon d'imiter le monstre sacré, n'empêche que les imitateurs m'ont toujours flingué... Partant d'une vague ressemblance avec Gainsbourg, ce triste perroquet paré de fausses grandes oreilles grotesques imite la diction du chanteur, ses gestes... Passionnant. Laetitia Casta s'en tire plutôt pas mal en Brigitte Bardot, faut dire qu'elle partage naturellement ses gros nichons, mais ça n'est jamais qu'une autre actrice qui joue à la célébrité, et ce que nous regardons comme des cons c'est Casta qui s'amuse, voilà ce qu'on mate, on mate une paire de nichons qui joue à en être une autre, on mate pas un personnage. Il n'y a aucun personnage dans ce navet. 
 
 
Casta semble prendre autant de plaisir que Bardot à se trimballer les nibards en vrac
 
Je m'en prends un peu violemment à Casta alors que c'est sans doute celle qui le mérite le moins. Que dire de cette potiche d'Anna Mouglalis qui pose en robe Chanel et qui clope comme un putois pour aggraver sa voix de baryton, et qui fait du Anna Mouglalis pour interpréter Juliette Gréco ; que dire de feue Lucie Gordon qui reprend scolairement l'accent de Jane Birkin et qu'on a pourtant du mal à identifier comme telle vu qu'elle est à peu près aussi lisse et jolie que Birkin était ingrate et singulière ; que dire surtout du triste Philippe Katerine dans la peau de Boris Vian... Et c'est sans parler de celle que j'appellerais la cerise sur le gâteau, Sara Forestier, qui nous fait un numéro de catafalque humain lorsqu'elle tente vainement d'imiter France Gall en chantant insupportablement mal et en hurlant comme une trépanée avec son immense gueule grande ouverte et vue sur ses amygdales démoniaques... C'est le numéro d'actrice le plus lamentable que j'ai jamais vu. Jouer ça au premier degré et trouver ça chouette, ça me bute. 
 
 
France Gall avait de la classe, non ?
 
J'ai failli crever devant les élucubrations de Sfar sur la vie de Gainsbourg et devant ce spectacle horrible d'acteurs poisseux et d'actrices nues, tous et toutes plongés avec conviction et passion dans leurs risibles exercices d'imitation. Le pire c'est que le film nous aguiche et joue sur notre côté vicelard en accumulant platement les multiples histoires de cul impliquant Gainsbourg et toutes les célébrités de l'époque (Bardot, Gréco, Brassens, Birkin, etc.). On a le sentiment de lire un Oops animé et on attend niaisement de voir la prochaine victime du grand Gainsbourg et d'avoir un aperçu de ses parties fines avec telle ou telle star en décolleté. J'ai fini le film en vitesse accélérée puis j'ai regardé Tamara Drewe. Je cherchais une idée pour conclure cette critique en chantant dans ma tête "Who let the dogs out, wouf wouf wouf", et ça me faisait penser à Frank, dans MIIB, dans la scène où il chante cette chanson. Idem, je repensais à la scène où il chante "I will Survive". Pour moi ce sont ces scènes mythiques qui font de M2IB un meilleur film que M1IB.
 
 
Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar avec Eric Elmosnino, Laetitia Casta, Anna Mouglalis, Sara Forestier et Philippe Katerine (2010)