19 mars 2008

Urbi et Orbi

C'était un mardi, j'avais passé une journée en bois, enfermé dans ma bagnole parce que je pensais avoir paumé les clefs, alors qu'avec ma sale manie de tester tous les boutons j'avais enclenché le verrouillage centralisé des portières. Après 3 heures de recherche, plié en quatre dans ma putain de Nissan Micra, je les ai vues là, ces putain de clefs, sur le contact, et je les imaginais me tirer la langue ces connes de clefs. Bref. Je vous en dis pas plus. A un moment j'ai même tenté de sortir par la boîte à gant tellement j'étais désespéré, et je rêve pas, y'avait bien un gosse sur le bas côté qui riait aux éclats en me matant galérer dans ma bagnole de merde.

Mardi = grosse journée de merde, c'est bien la première fois que je m'enferme dans ma bagnole. D'habitude j'oublie plutôt les clefs à l'intérieur, sur le contact justement, après avoir verrouillée la caisse de l'extérieur. Je me retrouve là aussi dans la merde mais une merde différente car au moins je suis à l'air libre. Je peux faire une promenade dans le parc et dégommer les canards ou aller dans un bar me murger jusqu'au petit matin. Là j'étais coincé dans ma bagnole, toutes vitres fermées et avec rien d'autre à lire que ma carte grise. J'ai fait une grosse sieste pour passer le temps mais dieu sait que j'aime pas faire la sieste. J'arrive pas à fermer l'œil en plein jour moi. Le pire c'est que quand je raconte cette histoire à mes amis personne ne me croit. D'un autre côté tant mieux, ça veut bien dire qu'ils ont une estime de moi suffisamment haute pour ne pas m'imaginer con au point de me croire enfermer dans ma bagnole.

Bref, après cette journée de feu, je comptais bien rattraper le temps perdu. Hélas, j'avais rien de prévu, strictement rien à foutre de ma soirée. Quand j'ouvrais mon agenda électronique sur Outlook Express, je pensais avoir mis White Screen en wallpaper tellement c'était vide. Je comptais bien remédier à ça. Je me suis dit "Putain mec, t'as qu'à aller au cinoche au moins tu passeras du bon temps et dans le noir personne ne verra que t'es seul comme un rat mort". Alors j'y suis allé avec le sourire. Seul mais avec le sourire. Je me causais à moi-même et je préférais ça plutôt que causer à un abruti qui m'écouterait même pas.

En arrivant devant le cinoche j'ai maté le programme et je me suis dit "Bon, ok, y'a pas grand chose mais au moins y'a 10 000 de Roland Emmerich, je veux en prendre plein la vue et profiter au maximum de la grande salle Gaumont en pouvant foutre mes pieds sur les fauteuils sans qu'on me dise rien, alors je vais voir 10 000". Je me suis ramené dans la file d'attente en choisissant la caisse où y'avait la plus belle des salopes derrière le comptoir. Une de ces blondes de taré qu'on désigne sous le terme "bombe H" dans mon cercle de potes. Je lui ai montré ma carte de crédit comme si c'était ma teub, avec la même fierté, très sûr de mon coup. J'ai alors dépensé 7 euros avec le sourire. Je savais que j'étais dans le rouge, mais tant pis. Il me fallait un film pour aller mieux. Et jusque là tout allait bien, c'est tout de suite après qu'il m'est encore arrivé une saloperie.

On m'avait dit "Première salle sur votre droite", j'ai dû faire un pas chassé de trop, je me suis retrouvé salle 12 et j'ai maté Urbi et Orbi du début à la fin. Et dieu sait que ce film n'est pas taillé pour moi. Les fauteuils de la salle non plus n'étaient pas conçus pour moi. J'avais une de mes godasses coincée entre les reins du type assis juste devant moi. Je croyais que c'était un endroit où caler son pied comme y'en a dans les TGV alors moi j'hésitais pas à forcer un peu. C'est seulement vers le milieu du film que je me suis rendu compte que je commençais sérieusement à entamer sa chair. Lui il avait l'air endormi. Il avait l'air très vieux aussi. Ptêtre il était clamsé.

Le film Urbi et Orbi, c'est vraiment quelque-chose, il faut que je vous en dise quand même deux mots. Alors déjà faut bien avoir à l'esprit que c'est pas un film avec de vrais acteurs. Ou bien si mais ils sont jamais dans le cadre, ils tirent les ficelles, car c'est un film de marionnettes. Les personnages sont en bois. On voit pas les ficelles mais moi je me suis pas fait avoir, je sais que ce genre de trucs ça s'anime avec des cordes. Dès l'affiche j'ai repéré l'embrouille puisqu'on voit clairement les doigts du marionnettiste dépasser un brin. Après j'ai fait abstraction durant le film pour me concentrer un minimum sur l'histoire.

Alors l'histoire justement. C'est un truc pour gosses. Y'a que des bons sentiments, mais après avoir passé une journée en tête en tête avec son volant Nissan ça peut aussi faire du bien à un adulte. Urbi est un petit homme de bois qui ne rêve que d'une chose : voler. Orbi, c'est une abeille en manque de compagnie. Bien sûr les animaux sont, pour les besoins du film, doués de parole. Alors entre Ubri et Orbi le dialogue est tout à fait possible, et Urbi en profite pour demander à Orbi quelques astuces pour réaliser son rêve, car question aérodynamisme et vol en haute altitude, Orbi en connaît un rayon. Orbi voit donc en Urbi l'ami dont elle a toujours rêvé. Elle se montre très agréable avec lui, mais la Nature les empêche tout de même d'avoir des relations aussi chaleureuses qu'ils sembleraient le souhaiter tous les deux. La Nature a également doté Orbi d'ailes qu'Urbi n'a pas et Orbi bénéficie aussi d'un pull over à rayure de fort bon goût. Afin de voler, Urbi commence donc par enfiler un haut à rayure. Il est un peu naïf le pauvre. Il prend son élan depuis un rocher et finit la gueule rétamée dans le sable un peu plus bas. Ensuite il se dit que peut-être les ailes sont l'élément qui lui manque. Alors en deux temps trois mouvements, il se construit deux ailes en carton. Il s'en fout une sous chaque bras, sans l'aide de personne. Car il faut savoir qu'il n'y a que deux personnages dans ce film. Urbi et Orbi. C'est un huis clos.

Pour contenter tout le monde, Urbi finit bien sûr par savoir voler, mais pas à l'aide de ses propres ailes en carton, mais bel et bien sur le dos d'Orbi, très heureuse dans son rôle d'avion du pauvre. Une astuce que les deux personnages auront bien mis du temps à trouver.

Le reste du film est donc consacré à la découverte du monde par nos deux héros. Orbi finira hélas la tronche attachée à l'un de ces rubans collants dégoûtants qu'on accroche dans les garages en été pour ne pas être dérangé par les mouches. Et Urbi pleurera son ami.

A la fin du film j'ai pleuré moi aussi. Mais pas tout à fait pour la même raison qu'Orbi. En rentrant chez moi j'ai découvert que je n'avais pas fermé ma porte. Sans doute volontairement, car je n'avais pas envie de me retrouver enfermé dehors cette fois-ci. Et un cambrioleur en a visiblement profité. Là je vous écris depuis un webcafé et le tenant des lieux me regarde en chien de faïence car il semble déjà être au courant que je ne pourrai pas lui payer le temps passé ici. Bon. A plus les mecs, je dois vraiment y aller là.


Urbi et Orbi de François Boutonnet (2007)

3 commentaires:

  1. Matthieu Malouines19 mars 2008 à 10:29

    C'était moi le gamin sur le bas côté !

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  2. C'est quand même assez triste comme histoire que tu nous racontes là

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  3. c'est fou : on jurerait que tu as vu le film !
    Dominique

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