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4 juillet 2012

The Amazing Spider-Man

Nous recevons aujourd'hui un invité spécial, Paul-Émile Geoffroy, pour nous parler du tout nouveau reboot de la franchise Spider-Man, en ce moment sur vos écrans. Place à l'hôte :

J'hésite à désigner ce qui est le plus amazing d'un productorat Hollywoodien sans-gène ou de la panurgerie assumée des spectateurs par-delà les frontières, mais une chose est certaine : dix ans seulement après le Spider-Man de Sam Raimi, la franchise rebootée va faire un carton en salles, sans risque (on n'aura pas confié le job à un "auteur", la jurisprudence Superman Returns n'est donc pas applicable ici).


Spiderman, le super-héros auquel on est censé s'identifier pour rêver un max, n'est autre que le copain geek de Mark Zuckerberg dans The Social Network, un clampin adulescent au visage mal fagoté typique des pires lycéens et coiffé comme Gérard Piqué.

Dix ans déjà que Tobey Maguire nous impressionna par ses bonds de toit en toit, et déjà on veut revoir la même histoire all over again. Pas même une génération d'écoulée, non, nous-mêmes qui étions allés voir Kirsten Dunst roussir retournerons dès aujourd'hui voir quelle tête aura sa doublure... et comparer ! Tout l'intérêt est là, désormais. Hollywood s'est transformé depuis quelques années (faute d'idées originales ou de courage pour aller vers du neuf, peu importe d'ailleurs) en un nouveau Broadway ! Sitôt le spectacle représenté un nombre suffisant de fois, on conserve ainsi les décors, et les rôles sont redistribués. On ne change pas une idée qui marche ! Spiderman vaut bien un Cats en lettres étincelantes, et puis ça reste des bêtes. Plus la peine d'attendre vingt ou trente ans pour reprendre une franchise, ce temps-là serait perdu. Savez-vous que des millions de spectateurs naissent chaque année ? Ceux-là, tous ceux-là aussi ont droit au frisson de découvrir leur Spiderman. Et puis quoi ? Christopher Nolan a bien compris, lui, que l'industrie cinématographique change - et qui sommes-nous pour nous y opposer ? - et il s'est déjà engagé, avant-même la sortie du troisième et dernier opus de son reboot de Batman, à être conseiller attitré sur le reboot (suivant) qui est déjà prévu pour la franchise. Voilà qui est sain et prévoyant, c'est dans l'ordre des choses après tout.


La petite amie de Spiderman est une actrice porno qui s'ignore abonnée aux grosses comédies romantiques sur le phénomène des sex friends et autres fuck buddies. Tu m'étonnes... Ne fais pas semblant d'aimer les livres...

Il nous faut accepter que les choses changent car c'est inéluctable. Notre demande a occasionné un cinéma produit à une vitesse hallucinante et en un siècle, tout l'éventail des idées, suspenses, clichés, mises en scène, twists, psychologies, futurismes et fresques historiques a été traité. Nous sommes allés vite, trop peut-être, et tout ou presque a été fait... Il reste bien quelques coins du monde, quelques recoins de l'Histoire qui mériteraient leurs longs-métrages, leurs séries, leurs remakes, préquelles, séquelles, puis reboots, mais ce sont des secteurs à risque (financiers ou moraux). On risque d'emmerder ou de choquer donc de manquer le public...

Alors on tricote des pullovers avec les trames de nos sujets favoris. Ceux qui ont toutes les chances de plaire, les best-sellers. Les Karate Kid, Rambo, Piranha, Alien et autres The Thing. Si c'est une franchise, on la reboote, si c'est un one-shot, on le remake, ou mieux, on conserve le titre mais on le réécrit un peu, ou encore mieux, on conserve le titre mais on en fait une préquelle, tout est possible ! Il faut bien continuer d'amuser, de divertir le public. C'est la demande qui fait l'offre.

Il est intéressant cependant de constater qu'en France, on procède différemment. Les yeux de notre industrie sont ouverts, eux aussi, sur cette grande mutation et on n'invente plus beaucoup non plus de côté-ci de l'Atlantique (qui étaient les derniers grands producteurs d'un cinéma populaire original ? Jean-Marie Poiré, peut-être...), mais en France on met en scène des concepts plutôt que des aventures. On a "Les Beaux Gosses", "Les Chtis", "Les "Infidèles", "Les Kailleras"... On attend "Les Roms", "Les Grévistes" et "Marine" pour la rentrée. Ces études de caractères (qui pourraient presque faire office d'études de phraséologie, décortiquant chacune des expressions syntagmatiques "à la mode") sont dans notre tradition (depuis au moins La Bruyère) bien davantage que les aventures épiques. On a bien eu notre Astérix (et ses suites... à quand le reboot ?) mais Chrétien de Troyes n'aura pas engendré tant de Ridley Scott, de Roland Emmerich ou de Wolfgang Petersen que ça. Chercher des Peter Jackson ou des James Cameron par chez nous relève de l'aiguille dans la botte de foin. Nous avons des Musset, des Balzac, des Rohmer, des Resnais et même l'industrie populaire s'affaire autour de caractères, jusqu'à Besson lui-même, notre industriel en chef, du moins jusqu'à ce qu'il ne tourne définitivement américain. C'est ainsi.


Ma chambre d'étudiant en cité U ressemblait assez à celle de Spiderman sur cette photo...

Il n'est pas question de porter d'ailleurs de jugement comparatif quant à ces deux manières d'envisager un tournant de l'histoire du cinéma. L'industrie s'adapte à une pénurie d'histoires commercialisables, c'est un fait. Le cinéma d'auteur continuera de satisfaire les plus exigeants d'entre nous tandis que les autres s'acclimateront sans doute de la nouvelle donne et retourneront au cinéma dès 2022 (avec leurs enfants cette fois) pour y voir le premier épisode des aventures de Peter Parker, comment il s'est fait piquer, comment son oncle est mort et comment Mary Jane est jeune et séduisante, éternellement.

Cependant, rien évidemment ne nous obligera plus à jamais et nulle part, presse ou web confondus, mentionner, critiquer, évaluer ou même considérer l'existence d'aucuns de ces produits cinématographiques, de ces spectacles, qui ne sont pas ou qui ne sont plus du cinéma.


The Amazing Spider-Man de Marc Webb avec Andrew Garfield, Emma Stone, Rhys Ifans, Martin Sheen et Sally Field (2012)

26 février 2011

Never let me go

Never let me go est le nouveau film de Mark Romanek, un réalisateur américain peu prolifique et plus connu pour ses nombreux clips remarqués (dont Closer de Nine Inch Nails). C’est à lui que l’on doit Photo Obsession, un sympathique thriller où un Robin Williams transfiguré, aux abois et plus inquiétant que jamais, incarnait un psychopathe accro du polaroid qui s’en prenait à une petite famille trop tranquille. Ayant apprécié ce film, j’étais curieux de découvrir le nouveau rejeton de Romanek qui s’est cette fois-ci attaqué à l’adaptation d’un bouquin dystopique de Kazuo Ishiguro apparemment très apprécié, sorti en 2005 dans son pays et un peu plus tard en France sous le titre Auprès de moi toujours. J’avais également envie de voir ce film du fait de son pitch mystérieux. L’histoire démarre dans l’Angleterre des années 50, nous suivons trois enfants d’un pensionnat où, dès leur plus jeune âge, nous leur apprenons qu’ils sont de simples clones avec une espérance de vie très limitée puisque leur existence est seulement destinée à donner des organes à l'ensemble de la population dans le cadre d'une organisation gouvernementale.


L'un de mes cousins issus de germain est le sosie parfait d'Andrew Garfield, sauf qu'il a presque 50 piges, travaille chez Bouygues et a appelé sa fille Sebulba

Le film est découpé en trois parties, comme le livre j’imagine. La première se déroule donc pendant l’enfance de ces trois personnages ; la seconde, durant la fin de leur adolescence et leur passage à l'âge adulte. La troisième et dernière partie correspond à celle à partir de laquelle notre trio est enfin séparé, et où chacun devient soit un « accompagnateur » soit un « donneur ». Un « donneur », je présume que vous aurez deviné ce que c’est, inutile de vous faire un dessin... Quant à un « accompagnateur », c’est quelqu’un d’un peu privilégié qui peut vivre légèrement plus longtemps parce qu’il a été choisi pour aider les donneurs à être « utiles » jusqu’au bout, en leur permettant d’effectuer le nombre maximal de dons tout en les accompagnant dans leur souffrance passive et jusqu’à leur mort inévitable. Glauque de chez glauque, tout ça, en effet… Mais le film est pourtant intriguant dans le sens où il est d’une certaine légèreté et n'est pas spécialement plombant malgré l’histoire très cafardeuse qu’il nous raconte. Il se laisse facilement regarder, tout intrigués que nous sommes face à ces destins tragiques qui nous sont décrits en détails et face à ce monde injuste qui nous est quant à lui dépeint tout en zones d’ombres, de façon très partielle. Devant le film, on n’a donc aucun mal à croire que le bouquin de base doit être intéressant et sans doute très chouette. Mais pour ce qui est du film à proprement parler, c’est plus difficile à dire… S’il n’est pas mauvais, il manque à l'évidence quelque chose. Il y a déjà un manque de rythme évident, mais il y a d'autres choses que je ne saurai étrangement pas précisément décrire qui font de ce film une légère déception ; et si on regarde tout ça sans jamais souffrir, on a tout de même bien du mal à véritablement se passionner pour ce qui se déroule à l’écran, et notamment pour la romance contrariée assez lourdingue qui nous est contée.


Les jeunes ont le droit de se balader dans la campagne anglaise à condition de porter des bottes

En réalité, s’il y a bien une chose qui brille tout particulièrement dans ce film, c’est son actrice principale : Carey Mulligan. Certes, je la trouve plutôt jolie, mais ça n’est pas là où je veux en venir et je tenterai pour une fois d'être un peu plus original que ça, car ça n’est pas seulement son charme singulier, aussi discret qu'éclatant, qui est tout à fait frappant dans Never let me go. L’actrice apparaît ici parfaitement choisie. Il y a quelque chose d’assez fascinant qui se dégage de son visage sans âge, à la fois presque enfantin et proche de la vieillarde typiquement anglaise. Elle est idéale dans ce rôle où, à moins de trente piges, elle semble avoir connu toutes les peines du monde, et être déjà, de fait, à la fin de sa vie. La jeune actrice anglaise porte littéralement le film sur ses frêles épaules, alors qu'elle n'est pourtant que la troisième étoile d'un casting de choix, puisque l'on trouve à ses côté Keira Knightley, qu'on ne présente plus, et Andrew Garfield, au sommet de sa gloire naissante depuis son rôle dans The Social Network et futur Spider-Man. Si ces derniers ne font pas tache et sont également très bien choisis, ils sont quelque peu éclipsés par Carey Mulligan. C'est bel et bien elle qui nous captive et nous permet de suivre ce film de bout en bout. De là à dire qu'elle tient même auprès du spectateur son rôle d'accompagnateur, il n'y a qu'un pas... Un film finalement assez peu mémorable, dont la plus belle idée réside dans le regard intense et doux, désespéré et innocent, de son actrice principale pour qui l'avenir, contrairement à son personnage, s'annonce des plus radieux.


Never let me go de Mark Romanek avec Carey Mulligan, Andrew Garfield et Keira Knightley (2011)