Affichage des articles dont le libellé est Albert Dupontel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Albert Dupontel. Afficher tous les articles

22 mai 2017

Bon rétablissement !

Enfermer dans une chambre d'hôpital un Gérard Lanvin amoindri mais plus irascible que jamais, remonté comme une pendule, chauffé à blanc, et donc prêt à sauter à la gorge du moindre visiteur : l'idée me plaît beaucoup ! Et c'est bien ce que nous propose essentiellement (en tout cas ce que je préfère retenir) ce nouveau film de Jean Becker, promis par son affreuse affiche comme une "comédie". On pouvait donc espérer quelque chose de léger, loin des derniers films minables du cinéaste moustachu qui se terminaient tous par la mort d'un personnage principal dont on apprenait à mi-parcours qu'il était atteint d'une maladie incurable (triste ficelle scénaristique bien pratique pour boucler des films n'allant nulle part et espérer émouvoir le quidam).




Rien de tel ici, même si l'on craint bien longtemps qu'une intrigue bidon ne se développe pour nous expliquer pourquoi et comment Lanvin a été retrouvé dans la Seine avant d'atterrir dans un lit d'hôpital, grièvement blessé. Les quelques venues de Fred Testot, qui campe un flic enquêtant sur l'affaire et trouve ici son meilleur rôle au cinéma (un constat d'une tristesse inouïe mais qu'il faut bien établir !), sont autant de moments où l'on redoute d'apprendre que Lanvin est impliqué dans une sombre histoire policière ou autre affaire de règlements de compte entre truands... Heureusement, rien de tout ça n'arrive, et la découverte du fin mot de l'histoire, lors des ultimes minutes de ce film qui a comme autre avantage d'être très court, nous vaut un twist digne des heures de gloire de Shyamalan et nous offre une belle scène de course-poursuite dans les rues de Paris : Gérard Lanvin, en robe de chambre, essayant tout simplement de rattraper son chat en fuite ! [/spoiler off]




Si Jean Becker est au cinéma ce que la marque Tribord est au monde de la mode vestimentaire, reconnaissons-lui tout de même une qualité non négligeable : il n'a pas son pareil pour mettre ses acteurs à cran et immortaliser leurs coups de sang sur pellicule. On se souvient des dérapages de Patrick Chesnais dans Bienvenue parmi nous et des accès de colère d'Albert Dupontel dans Deux jours à crever. Ici, on se régale de voir Lanvin enrager pour une porte malencontreusement laissée entrouverte, pester contre un plateau repas jugé trop fade, s'énerver sur une gamine qui lui subtilise son ordi portable, prendre pour cible le personnel de l'hôpital, etc. Très peu échappent au courroux de Lanvin, pour notre plus grand plaisir ! A un bon rythme, ses coups d'éclat s'enchaînent et nous permettent de tenir bon.




Hélas, vers la moitié du film, Jean Becker croit tout de même judicieux d'étoffer son si maigre scénario en levant le voile sur la triste vie du personnage principal. Veuf, sans enfant ni vraie famille, vivant seul, son unique espoir de bonheur réside en Anne-Sophie Lapix (qui n'est pas du tout faite pour le grand écran, que cela soit dit), une musicienne avec laquelle il vivait tout juste les prémices d'une romance salvatrice. Quelques flash-backs tout gris et d'une laideur folle nous en apprennent plus sur le rôle de Lanvin au sein de sa fratrie (Jean-Pierre Darroussin, étonnamment éteint, vient souvent le voir à l'hosto, il joue son petit frère alors qu'on aurait plutôt imaginé l'inverse étant donné l'état de délabrement de son dos). Tout ça permet peut-être à ce Bon rétablissement d'atteindre la durée minimale d'un long métrage mais on s'en serait bien passé. Personnellement, le spectacle d'un Lanvin à bout de nerfs me suffisait amplement !


Bon rétablissement ! de Jean Becker avec Gérard Lanvin, Jean-Pierre Darroussin, Anne-Sophie Lapix et Fred Testot (2014)

19 juillet 2014

9 mois ferme

Avec pas moins de six nominations aux César*, 9 mois ferme est le premier film d'Albert Dupontel à être à ce point adoubé par ses pairs. L'homme, que l'on a pu entendre déblatérer toutes sortes d'idioties atterrantes durant la promo, a même été reconnu en tant que réalisateur, puisqu'il a eu droit à une nomination dans cette catégorie, où il concourait aux côtés de Roman Polanski, Abdellatif Kechiche, Alain Guiraudie, Asghar Farhadi et Arnaud Desplechin. Cherchez l'erreur... Rappelons que, question mise en scène, les deux grands mentors d'Albert Dupontel sont très vraisemblablement Jean-Pierre Jeunet et Terry Gilliam : le premier, pour cette hideuse couleur jaunâtre qui inonde son film, le second, pour ces plans obliques dont il abuse. Autant dire que le rejeton de ces deux cinéastes a une sale gueule. 9 mois ferme est très laid, vraiment. C'est une sacrée épreuve pour les yeux. Il y a sans doute de quoi sortir de la salle fou et violent si l'on voit ça au cinéma.




On pourrait regretter cette laideur de chaque instant si, à côté de ça, le film était marrant, mais il ne l'est pratiquement jamais. J'ai ri une fois. Lors de cette scène où un avocat, collègue de Sandrine Kiberlain, fait chuter un gros bibelot de l'étagère située derrière lui, à force de taper sur son bureau par énervement, bibelot qui lui retombe pile poil sur l'arrière du crâne. Bam. Mort sur le coup. Là j'ai ri. Pas un fou rire, loin de là, j'ai simplement pouffé. Mais Albert Dupontel y est-il vraiment pour quelque chose ? Ça ressemble plutôt à un accident de plateau qu'il aurait eu la bonne idée d'immortaliser avec sa caméra et de garder au montage. On m'a déjà suffisamment reproché d'avoir rigolé, un véritable fou rire cette fois-ci, lorsqu'il est arrivé sensiblement la même chose à mon vieux pépé, alors je ne vais pas épiloguer là-dessus...




J'ai aussi aimé la fin du film. Assez soudaine, elle m'a agréablement surpris, moi qui n'étais plus tout à fait dedans. J'étais ravi. Reconnaissons au film de Dupontel cette qualité-là : il ne dure que 82 minutes ! C'est une durée tout à fait adéquate pour une comédie, et encore plus quand elle est très mauvaise. Je ne dirai rien de la prestation de Sandrine Kiberlain, qui ne méritait toutefois aucune récompense. Non, la seule personne à blâmer ici est Albert Dupontel, pathétique énergumène tellement sûr de lui qu'il en a oublié de s'inventer un personnage et doit s'imaginer que sa seule présence à l'écran suffit à provoquer l'hilarité, lui qui met en place un suspense tout à fait malvenu avant d'apparaître enfin, comme s'il s'agissait d'une star au charisme fou, alors que c'est bien tout l'inverse ; lui dont l'humour beauf et le style adolescent, quelque part entre la bande-dessinée et le gore idiot, semblent épuisé depuis le départ et condamné à la plus triste répétition. Comment peut-on décemment être fan de ce gars ?!




* Petit rappel indispensable car on a vu beaucoup d'accrochages à ce sujet pendant la période des cérémonies : le mot "César" est invariable, contrairement aux Oscars, où l'on met bien la marque du pluriel, même en français. En anglais, on accorde les noms propres. Pensez à la série d'animation The Simpsons, qui devient en français Les Simpson. Songez aussi aux Beatles que quelques fans français très tatillons nomment encore Les Beatle. 


9 mois ferme d'Albert Dupontel avec Sandrine Kiberlain et Albert Dupontel (2013)

25 juin 2014

L'Imaginarium du Docteur Parnassus

Heath Ledger est mort en tournant L'Imaginarium du Docteur Parnassus. Je me contente de cette phrase scrupuleusement factuelle et je vous laisse faire les liens que bon vous semblera (mais qui s'imposent au bon sens). L'acteur est décédé avant d'avoir pu tourner toutes les scènes du film de Terry Gilliam, et fut remplacé au pied levé par ses amis Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell, tour à tour appelés à faire le déplacement par le réalisateur à chaque fois que le héros de son film devait passer dans un nouveau miroir vers un autre monde parallèle. Si Ledger n'a pas pu tourner toutes les scènes autant vous dire qu'il n'a pas non plus eu le temps de poser pour l'affiche, et on devine à sa petite taille et aux reebok portées avec un costume trois pièces que c'est Colin Farrell qui a prêté son corps à l'acteur mort, dont le visage a ensuite été collé là sous photoshop pour un résultat qui laisse à désirer mais qui n'égale pas, en termes d'atrocités, le contenu du film.


Colin Farrell est soit un pur génie soit une vaste enflure, j'ai encore des doutes.

Le début, c'est très finement vu. Ça commence par le spectacle, dans une sorte de foire, du fameux docteur Parnassus, et personne n'y assiste, personne n'en a rien à battre. C'est une belle méta-analyse. Personne n'en a effectivement rien à foutre de L'Imaginarium du docteur Parnassus. A part moi qui ai maté cette daube à 23h01 un samedi, en maudissant le petit quart d'heure qui me séparait de l'émission hebdomadaire d'Alain Ruquier, l'épouvantail du PAF, cet empaffé, mon pote Ruquier, cette triste personne. Je suis accro à la perruque peroxydée de Ruquier, je suis gaga de ses blagues sexistes et racistes en bois, de son vieux dentier et de ses mimiques affreuses, et ça fait de ma vie un suffisant merdier pour en prime m'envoyer, alors que personne ne m'y force, les élucubrations cafardeuses de Terry Gilliam, l'idole des réalisateurs français à la ramasse (Dupontel en tête).


Parnassus lui-même se contrefout de son propre imaginarium...

Cette brillante méta-introduction du film nous présente donc le show du docteur Parnassus, qui n'amuse personne et encore moins ce dernier vu qu'il pionce assis en tailleur sur un tabouret au milieu de la scène. Après ce spectacle morbide, un mec complètement bourré monte sur l'estrade, balance tout le monde par terre et affirme vouloir "se faire" Parnassus. Il veut se "taper" le docteur Parmesan et le crie à la cantonade, bien décidé à, je cite, "s'enculer le doctor paillasson" (sic.). C'est son projet, il est là pour se "faire" Parnassus. Et je ne peux que me rallier à sa cause désespérée. Mais tout dérape avant que l'enculade n'ait lieu et le type entre dans un miroir pour se retrouver dans un monde parallèle prodigieusement laid, criard, usant, typiquement "décalé" et tragiquement déprimant, plein d'effets spéciaux piteux, de freaks poisseux (quid de Ron Perlman et du "mini-moi" d'Austin Powers, paumés dans le décor), enfin bref de tous les éléments habituels et autres tocs sempiternels du fameux "univers Gilliam".


L'univers Gilliam fait mal aux yeux, et la vision de ce film peut réclamer plusieurs mois passés au fond du gouffre de Cabrespine avec un sac isotherme opaque enfoncé sur le crâne, pour réhabituer la rétine à la vie et aux choses belles en particulier.

Malgré les apparences, je termine cette critique heureux. J'ai écrit tout ça en croisant les doigts pour que Gilliam sorte une nouvelle marque d'engrais sur grand écran et me donne un beau prétexte pour poster cette critique un jour. La nouvelle livraison de lisier signée du maître est enfin venue. Du coup félicitez-moi, je crois que mon petit texte est à peu près lisible, pourtant quand on écrit les doigts croisés, AZERTYUIOP devient YTRUEIEZOPA.


L'Imaginarium du Docteur Parnassus de Terry Gilliam avec Heath Ledger (aka Jude Law, aka Johnny Depp, aka Colin Farrell), Christopher Plummer et Tom Waits (2009)

22 octobre 2013

Micmacs à tire-larigot

Ça en a la couleur, ça en a l'odeur, ça en a la texture, ça en a l'aspect, mais ce n'est pas de la pisse, c'est bien de la merde. Pure chienlit que ce film. En 2009 déjà, après seulement trois films réalisés en solo, cinq réalisations en comptant les films faits avec Caro, l'univers de Jeunet tournait plus à vide que jamais, l'ancien réalisateur de pubs et de clips n'avait déjà plus aucun tour dans son vieux sac quetchua troué et ne faisait que se répéter, voire se parodier lui-même. Avec Micmacs à tire-parigot, Jeunet s'est foutu de sa propre gueule, paraphant et signant sa propre fin. Pourtant, et la sortie de son nouveau film l'affirme, Jeunet n'est pas fini, ou alors au pipi, d'où la couleur principale de ses longs métrages : le jaunâtre, ici porté à un degré d'horreur inégalé. L'homme n'est en odeur de sainteté que dans le hall of fame perso et bien rance d'Albert Dupontel, autre réalisateur frenchy maniéré et plein de tocs, d'ailleurs souvent directement empruntés au cinéma de Jeunet.


 Les films de Jeunet, des films "riches visuellement" selon Dupontel Albert.

Sauf qu'avec ce cru 2009, on est au-delà du toc, ça n'a même plus de nom, on est au-delà de la "recette", du "système". Tout y est : les filtres vert bouteille et/ou jaune caca d'oie, les personnages complètement débiles, le goût affirmé et exagéré pour tout ce qui peut être minable et bancal, moche et boiteux, un scénario immonde, une mise en scène désolante et des vannes plus que pourries. Avec tout ça, on cherche quel est l'innocent sur le plateau qui ne mérite pas d'aller passer douze ans sur les bords de la Kolyma. Sombre, sombre chose que ce film qui a fait un bide sans équivalent au box office et qui aurait mérité pire (si pire était possible). L’œuvre ressemble grosso modo à ses personnages, vilains, trépanés (Dany Boon), soi-disant doués pour un truc ridicule au point de ne faire que ça en boucle (des gadgets ; des calepins d'expressions franchouillardes pour Omar Sy, pitoyable ; du cirque). Ah ça, ils sont uniques en leur genre, y'a pas à dire ! Ce film c'est le remake de Freaks sauf que le réalisateur fait partie de la troupe. La phrase leitmotiv du script, la voici : "C'EST DE LA RéCUP' !". La messe est dite.


Micmacs à tire-larigot de Jean-Pierre Jeunet avec Dany Boon, Omar Sy, Julie Ferrier, André Dussollier, Yolande Moreau, Michel Cremades et Dominique Pinon (2009)

10 janvier 2011

Le Bruit des glaçons

Le cancer, c'est fendard. Voici le postulat de base de Bertrand Blier, l'idée géniale qui a servi de pilotis à son dernier film. Dernier film en date, ne vous faîtes pas d'illusions. Je me suis lancé sans enthousiasme mais sans a priori car Blier a pu être plutôt marrant par le passé, par exemple avec Les Acteurs, donc je me suis laissé allé à regarder son dernier bébé. J'ai eu tort. Donne-le à Bertrand il te le rend en caguant. Blier a essayé de faire une comédie pas drôle sur le cancer. C'est réussi. Surtout l'aspect "pas drôle". Projet audacieux diront certains. En tout cas le film existe et il est vraiment, vraiment nul. Du début à la fin on se demande où il veut en venir, vaguement intrigués par ce laborieux merdier. Après une longue première demi-heure on croit voir le début d'une réponse se pointer : nulle part. Ah si, à la toute fin, que j'ai regardée en vitesse accélérée x32, on voit le héros, ex grand écrivain à succès, riche et déprimé, plaqué par sa femme et alcoolique au dernier degré, partir en bateau avec sa bonne amoureuse de lui. 
 

 

C'est la conclusion du film, la réponse de Blier au cancer, au double cancer même puisque et le héros et sa femme de ménage sont atteints par la maladie, au cerveau pour l'un, au sein pour l'autre, lesquels maux sont littéralement incarnés par des êtres de chair et de sang (c'est l'idée géante du film) qui les suivent partout et leur cassent les couilles à longueur de temps : un Albert Dupontel cabot comme jamais d'une part, pour hanter Jean Dujardin qui passe toute la durée du métrage à rentrer son bide sous ses côtes histoire d'avoir l'air plus cool, et d'autre part Myriam Boyer, castée par Blier pour coller aux basques d'Anne Alvaro.
 
 


Et c'est peut-être la seule idée immédiatement tangible du film, la seule qui nous cause tant soit peu, car certes, avoir Albert Dupontel sur le dos doit être un supplice, un calvaire, ce type, peut-être humainement charmant par ailleurs, est l'une des plus grosses plaies du cinéma français actuel. En dehors de ça, rien à dire. Nos deux charmants héros, un alcoolo sans intérêt et une bonne transie d'amour pour lui, montent une farce et font semblant d'être morts, grâce à quoi leurs cancers personnifiés et attardés taillent la zone. Tout ça pour ça. Et on se demande ce qu'on fout devant ce navet.


Le Bruit des glaçons de Bertrand Blier avec Jean Dujardin, Albert Dupontel et Christa Theret (2010)

8 janvier 2011

The Killer inside me

Dieu seul sait pourquoi j'ai regardé ce film, mais même le Tout-Puissant, dans Son infinie sagesse, doit ignorer pourquoi je l'ai maté jusqu'au bout... The Killer inside me, réalisé par Michael Winterbottom, raconte l'histoire d'un jeune shérif nommé Lou Ford et interprété par Casey Affleck, qui bosse dans une petite bourgade rétrograde du Texas et qui est chargé d'aller à la rencontre d'une putain sédentaire incarnée corps et âme par une Jessica Alba très à l'aise dans son rôle. Notre Shérif Lou Reed est censé l'expulser de la ville fissa. Mais cette péripatéticienne professionnelle s'en prend tout de suite à lui, alors qu'il ne lui a rien fait, et le gifle violemment à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'il la force à s'aplatir sur le lit de sa vieille cambuse et lui pulvérise le cul à grand renfort de coups de ceinturon. La "pouffiasse", y'a pas d'autre mot, prend son pied à deux mains tandis que son fessier bulbé se met à méchamment ressembler à un jacuzzi bouillant. Sur ce, les deux débiles s'envoient en l'air à cent à l'heure, et c'était le début du film. Pourquoi aller plus loin ?




Mais pourquoi pas ? C'est ce qu'on se dit. On a tort de se dire ça mais on se le dit quand même. C'est typique avec ce genre de polar psychologique à trois euros. Pourquoi et pourquoi pas ? Va savoir avec Gérard Klein... Ça nous fait ni chaud ni froid. On s'en tape carrément à vrai dire. Mais on va au bout du tunnel. Le tunnel justement c'est quoi ? C'est l'histoire de ce shérif complètement taré qui est en réalité un tueur sadique, machiavélique au dernier degré et très peu malin à la fois. Pour empocher du blé et régler une obscure affaire de vengeance, il tue la pute dont il avait entre-temps fait sa maîtresse à plein temps, ainsi qu'un autre type qu'il connaissait depuis toujours et qui apparemment lui avait jadis fait une crasse ou que sais-je. Toujours est-il que cet ex-camarade d'école est assassiné sèchement, abattu de quatre balles tirées à bout portant dont une dans le front. En revanche, Jessica Alba subit un sort moins appréciable. La scène où Lou Ford Madox Ford la tue est assez rude, assez rugueuse oui...




Sans crier gare et sans que la jeune femme ne s'y attende, sans même qu'elle comprenne ce qui lui arrive, le shérif, après l'avoir baisée une énième fois, enfile des gants et se met à pincer le nez de sa roulure préférée, à lui coller quelques gifles, ce à quoi elle ne réagit pas puisqu'elle est habituée à se faire destroy pour le plaisir. Mais rapidement il se décide à lui envoyer d'énormes tampons dans la tronche, de plus en plus fort, tout en lui parlant, au point de finalement la coller au mur pour frapper dans son visage sans interruption et de toutes ses forces, longuement, fondant sur ce joli minois défragmenté comme une sauce carbo fond dans la bouche d'un fin gourmet. La fille ressemble à un steak haché depuis un bon bout de temps mais il continue encore à la tabasser, et rien ne nous est épargné ni de la violence des coups, dont témoignent entre autres les bruits secs du poing qui s'écrase sur ce bel hamburger osseux qui servait encore de faciès à Jessica Abats-de-veau cinq minutes plus tôt, ni dudit Big Tasty qui dégouline contre le mur et se brise en miettes. C'est donc une scène peu banale, qui rappelle vaguement, en mille fois plus violent et dérangeant, une scène du Doulos de Melville où Belmondo foutait une branlée avec gros pacson de baffes à la clé à une prostituée blonde pour la faire parler. Non en fait ça n'a pas grand chose à voir... Ça rappelle plutôt la scène d'Irreversible où Dupontel détruit la tête d'un type avec un extincteur, ou le flash-back de Kill Bill qui voit Uma Thurman se fait ramasser dans une église, et davantage encore cette séquence de Fight Club dans laquelle Edward Norton s'acharne sur le visage d'un blondinet avec distribution de pins dans la gueule au menu, au point de l'éclater en petits morceaux. C'est une scène peu banale donc... Vue, vue, vue et revue. Mais jamais vue par Michael Winterbottom, qui n'a peut-être rien vu de tout ça et qui a dû trouver cette idée non seulement originale mais brillante. A moins qu'au contraire il n'ait vu tous ces films, ce qui tendrait à l'enterrer encore plus profond.




Après ça le shérif est traqué par d'autres flics plus avisés que lui qui le soupçonnent lourdement car ses alibis ne tiennent pas debout (rappelons que notre anti-héros adoré n'a pas la lumière à tous les étages, et qu'il est même relativement con). Il poursuit donc ses pérégrinations, tuant un témoin puis assassinant sans raison sa propre épouse à coups de bottes dans l'estomac, alors qu'il comptait l'épouser, et aussi un autre type qui le faisait chanter... Et tout au long de cette intrigue nous suivons Casey Affleck, certes bon acteur, charismatique, et plutôt confortable dans ce rôle de doux dingue, mais qui n'a de cesse de déblatérer en voix-off, avec une voix bien à lui et proprement insupportable, des inanités, et dont le personnage se souvient régulièrement d'une enfance atypique. Abandonné très tôt par sa mère, le jeune Lou Ford a dû négocier avec un frère adopté par son paternel et susceptible de pomper une partie de son héritage, avec une belle-mère avide de roustes qui lui demandait de lui cuire le cul pour faire comme papa et qui lui donnait des photos d'elle cuisseaux grands ouverts sur la vallée de la mort, et enfin avec sa propre libido déjantée dès l'âge de 7 ou 8 ans, soulagée sur de plus petits enfants que lui qu'il violait dans des bagnoles. Typiquement le genre de type dont mon père dirait avec une triste moue : "Il est pas trop tranquille, ce jeune". Pierre Perret a fort justement dit : "T'en fais pas mon p'tit Lou, c'est la vie, ne pleure pas, t'oublieras mon p'tit Lou, ne pleure pas". Dans le mille Pierre Paul Jack. Et toute cette saloperie d'enfance, mêlée à un commentaire en off presque neutre de la part du meurtrier, ainsi qu'à quelques sourires diaboliques de Casey qui cèdent le pas à un visage inexpressif ou innocent, font du héros de ce film un gros malade mental, victime d'une société pourrie, reflet du fin fond de l'Amérique que l'introduction du film présente comme un monde impitoyable qui veut que l'on soit gentleman ou rien, et qui sous couvert de valeurs absconses livre les hommes à eux-mêmes et étouffe leur passions pour les voir rejaillir exacerbées et salement névrotiques en dehors des limites de la raison et de la loi. Or quand on parle du Lou, on en voit la queue...




A la fin du film on apprend que les flics savaient tout depuis le début car la fille de joie massacrée des premières scènes (Jessica Alba) n'était pas vraiment décédée, contrairement à ce qu'on a fait croire à Lou Ford Fiesta et au spectateur. Et donc, bien vivante, elle a pu l'inculper dès la fin des trois premiers quarts d'heure du film. Mais la flicaille texane s'est contentée de titiller le grand méchant Lou sans l'arrêter, lui permettant de buter trois autres personnes. Et à la fin de la fin, après l'avoir emprisonné sans lui dire pourquoi, les flics le relâchent, le ramènent dans sa maison et se barrent, l'abandonnant à son sort, seul toute une journée, lui laissant le temps d'imbiber la baraque du sol au grenier d'essence et d'alcool. Les policiers ne refont surface que quelques heures après avec la pute défigurée pour coincer le psychopathe et le mettre face à ses démons, incapables cependant de renifler l'odeur infecte des litrons de sans-plomb et de gazole que l'autre allumé a répandus dans toute la casbah, mélangés en sus à du bourbon. Ainsi, pour conclure le film, Lou Diarra Ford, après lui avoir fait un tacle à la ceinture régulier, va planter un coutelas dans le bide de la prostituée, voyant quoi les flics rassemblés derrière le couple à nouveau réuni par un énième coup bas du héros, littéralement un coup de canif dans l'estomac, ouvrent le feu et embrasent la baraque qui explose aussitôt dans une scène aux effets spéciaux très très spéciaux... Si je croise Michael Winterbottom, je ne lui dirai ni bonjour ni merde. Enfin si je lui dirai merde, mais pas bonjour, compte pas là-dessus Michel. Je vous dis merde à toi et à ton film, qui m'a pris le chou ! A toi qui as mis en scène ce scénario cousu de fil blanc que seul un artisan bancal a pu accoucher et qui ne résiste pas un centième de seconde au moindre spectateur curieux de la logique et des ressorts narratifs crédibles. A toi qui as filmé dix minutes durant l'anéantissement d'une femme réduite en lambeaux à coups de poings avec un intérêt mal dissimulé...




Alors à quoi bon ? Pourquoi mater ça ? Je m'énerve mais ça ne le mérite même pas... D'ailleurs ça ne m'a pas spécialement énervé, beaucoup moins peut-être que les derniers films de Fincher ou de Tarantino, puisque j'ai cité ces deux-là précédemment. On s'habituerait à voir ça ? Non je crois juste que ce film n'est pas si détestable, il est juste bidon, sans intérêt et tristement improbable. Mais pourquoi l'ai-je regardé d'un bout à l'autre ? Je sais pourquoi. Je tarde à vous le dire. Je remets à plus tard. Mais je le sais. Je sais très bien que je l'ai maté sans broncher parce que j'étais immobilisé sur mon pucier par un tord-boyaux de tous les diables. J'avais les crocs vers seize heures, en général c'est l'heure à laquelle on a les crocs. Je les avais et j'ai décidé de me faire un gueuleton sympa, à savoir des pâtes carbonara. C'est mon péché mignon, mon sésame. La carbo ça me rend dingue, ça et les pâtes c'est ce qui me rend fou. Le hic c'est que j'avais que les pâtes et qu'il me manquait justement la carbo. Je bosse pas en ce moment et j'ai pas tant d'argent que ça mais je venais de penser "Carbo" et quand j'ai pensé à la carbo, quand j'y ai pensé faut que je m'en boulotte sinon je fais un malheur et je suis capable de tout casser, de tout foutre en l'air chez moi et chez mes voisins. Donc je me suis mijoté ça rondo, pour les oignons j'ai mis du poireau, c'est idem, c'est la même en couleur. Et pour les lardons, comme j'aime pas ça (je trouve que ça a un goût de semelle), j'ai découpé en copeaux une vieille semelle de pompes qui m'allaient plus puisqu'elles taillent du 39 alors que moi je taille du 43, des Gallapagos, une horreur de godasse. J'ai vu Charlot bouffer ses grolles, donc normalement c'est ok de faire ça. Au goût effectivement j'avais des pâtes carbo, pas de doute là-dessus, je me suis régalé, le poireau a fait l'effet de l'oignon puisque j'ai chialé ma race d'un bout à l'autre du repas, et la semelle m'a rappelé la saveur si désagréable des lardons. J'étais dans mes petits souliers.




C'est après coup que mon estomac s'est rebiffé. Après une heure et demi de souffrances devant ce film, j'ai mis une goutte d'huile essentielle de camomille sous ma langue et c'est enfin passé, même si je l'ai mise sur ma langue plutôt qu'en-dessous parce que j'arrivais plus à la relever, ma langue, vu qu'à ce moment-là elle avait pris exactement la forme d'une main. J'avais une main dans la gueule, imaginez ! Mais même posée sur la langue, la goutte d'HE camomilius a fait son effet. Les huiles essentielles ça fait des miracles. On m'a offert ça pour Noël et depuis j'en bouffe dès que j'ai un creux. Il paraît que ça assainit, purifie, désinfecte tout ce que ça touche : l'air, les poignées de porte si on est méticuleux chez soi, et j'ose avouer que j'espère en secret que ces gouttes puantes feront disparaître ce mini-moi qui vit dans mes entrailles et que j'entends susurrer à mon oreille toute la journée... J'ai aussi regardé ce film en espérant qu'il allait me rencarder sur ce double en moi, ce killer inside me, cet alger-ego intestinal qui me fait du mal, qui me bute à petit feu et qui pourrait bien être un genre de ténia, un ver solitaire capable de m'entretenir la conversation ça reste peu probable mais quoi d'autre ? Ma douleur stomacale était passée pour de bon grâce à la camomille mais je me suis quand même fait un lavement dans l'évier de ma salle à manger parce que de toute façon j'adore ça. L'idée d'être clean comme un sou neuf de l'intérieur, ça me fait délirer. Tu manges comme un cochon et pourtant c'est comme si t'avais pissé dans un violon, c'est le top du top de la propreté même si ça a comme inconvénient de devoir se mettre une pomme dans le cul. Mon père dit de moi que j'ai "un grain". Ma copine, qui est restée bloquée, dit que je "crains". En tout cas manger de la chaussure c'est just, faîtes-le pas.


The Killer inside me de Michael Winterbottom avec Casey Affleck, Jessica Alba, Kate Hudson, Bill Pullman, Elias Koteas et Ned Beatty (2010)

10 avril 2008

Deux jours à tuer

Le nouveau cru de Jean Becker est un Jean Becker pur jus. Au début du film Antoine (Albert Dupontel), publicitaire pour yaourts, envoie copieusement se faire foutre son patron et ses collègues lors d'une réunion marketing, quittant par la même occasion son job et revendant ses parts à un de ses collaborateurs, qu'il traite de connard. Sur le chemin du retour il envoie chier tout le monde, dit ses quatre vérités à qui ne veut surtout pas les entendre. Arrivé chez lui, sa femme (Marie-Josée Croze) lui fait une scène : sa meilleure amie l'a vu en compagnie galante. Il admet l'évidence et, après l'avoir envoyée caguer, explique à sa femme qu'il n'en peut plus de cette vie bourgeoise bien rangée, impeccable, pleine de fric et d'ennui. Le climax de ce ras-le-bol arrive avec une grande scène de repas d'anniversaire (celui d'Antoine), où notre Dupontel de rêve crame tous les amis de la famille les uns après les autres, survolté, à tel point que le repas se finit dans le sang. Enfin, on n'est pas non plus dans Bernie, mais disons que les convives en viennent largement aux mains. Après ça Antoine décide de quitter les siens, qui le font chier, pour toujours. Il part en Irlande, retrouver son père qui l'a abandonné quand il avait 13 ans et qu'il n'a pour ainsi dire jamais revu depuis, sans doute pour aller lui dire qu'il l'emmerde et qu'il peut aller chier.




Alors je vais vous raconter la fin, donc ceux qui n'aiment pas ça peuvent cesser de lire ces lignes. Rien de bien surprenant non plus. À la fin du film on découvre (pour les plus naïfs, parce que des indices flagrants jalonnent quand même le film, personnellement je me suis fait cueillir comme une fleur), qu'Antoine est mourant, il est atteint d'un cancer en phase terminale, il ne lui reste que quelques jours à vivre (et à tuer). Il a fait tout ça certes un peu pour vider son sac (à ses collègues et faux amis pleins de pognon), avant de crever, mais surtout pour préserver ceux qu'il aime (sa femme et ses enfants) en le dégoûtant de lui, pour ne pas qu'ils le pleurent et pour éviter qu'ils le voient dépérir (à ce titre, sa supposée maîtresse n'était que son docteur et une bonne amie, interprétée par Alessandra Martines).




On perd énormément avec cette fin. On perd l'idée que ce personnage ouvre soudain les yeux sur la connerie générale qui caractérise ses amis et décide de les envoyer paître et de vivre vraiment. Il ne fait tout ça que parce qu'il va mourir, sans quoi il aurait donc continué à subir des dîners minables entouré de raclures finies. Et puis on parle du grand courage du personnage principal, mais ça se discute. Et si j'étais sa femme je ne le détesterais que davantage de ne pas avoir passé ses derniers jours avec ses enfants et de ne pas avoir laissé la femme qui l'aimait lutter avec lui jusqu'au bout. D'ailleurs à un moment Antoine traite ses gosses comme deux merdes afin de passer pour un salop auprès de sa femme, et s'il va s'excuser auprès de sa grande fille avant de partir, le pauvre gamin quant à lui aura toujours le dernier souvenir de son papa se foutant de sa gueule en mémoire. Sans compter que c'est complètement surréaliste comme réaction : le type se sait au bord de la mort et au lieu de profiter des siens et de leur dire combien il les aime, il se fait passer pour le dernier des enculés. Becker donne dans la science-fiction pure et dure, mais pourquoi pas. Le dvd de ce film est à ranger entre Rencontre du 3ème type et Zardoz dans votre dvdéothèque.




Jean Becker a ce travers qu'il se sent forcé de conclure tous ses films par un coup sec et rapide de faux dans la gueule du spectateur, signant le triomphe de la mort. Dans Les Enfants du marais Michel Serrault passe l'arme à gauche avant le générique de fin. Et si c'était un peu plus légitime dans Effroyables jardins, on avait à nouveau droit à une mort soudaine et rageante dans Dialogue avec mon jardinier. Les deux films sont particulièrement à rapprocher de ce point de vue. Tout du long, on se marre sans arrêt, le ton est gai et les acteurs en roues libres (Auteuil et Darroussin dans le premier, un Dupontel les doigts dans la prise ici), et puis à la fin, comme si on avait trop ri, le personnage principal se trouve frappé d'un cancer incurable et clamse en deux jours. Voilà qui devient plus que lassant. Becker dit mettre tout ce qu'il aime dans ses films : la nature, la pêche à la mouche (on y aura toujours droit), les bons amis, le bon vin, la bonne chaire, les clebs (y'a un nombre pas croyable de clébards à l'image), la rigolade, mais il oublie de dire qu'apparemment il adore aussi les macchabées.




J'imagine le vieux Becker quand il passe des soirées entre amis : tout se déroule dans la bonne ambiance, on se marre comme des baleines, on boit du vin rouge à flots, on bouffe comme des chiens, on se tape dans le dos en se racontant des histoires de cul dégueulasses, et à la fin de chaque repas, dès après le digestif, le vieux Jean se lève et dit "Au fait, vous vous souvenez d'un tel ? Eh ben il est mort", avant de se tirer comme un prince, d'aller se coucher. Ma grand-mère fait ça aussi. Elle adore ruiner l'ambiance en annonçant soudain une ou plusieurs morts récentes parmi les gens du quartier, sans raison. Pas un repas familial qui ne se conclue pas sur un coup de tocsin. C'est leur came, à ma mémé comme au Jeannot Becker. Tout est beau, tout est ensoleillé, et rask ! À la fin le héros meurt en dix minutes. C'est pas marrant marrant pour les potes à Becker qui n'ont jamais fini un repas en paix. Ceci dit, à part cette fin à tiroir couperet habituelle et épuisante, et hormis un scénario de SF donc, le film se laisse apprécier. Très principalement grâce à Albert Dupontel, que je rapprocherais volontiers d'un Yvan Attal ou d'un Clovis Cornillac, ces acteurs surdoués ou sous-doués, on l'ignore, toujours un peu à côté du ton, toujours en pentes raides, toujours délicieusement drôles quand il ne faut pas. Dupontel est de tous les plans et ce film offre un florilège de son grand (manque de ?) talent.




Nous sommes allés le voir à une avant-première, en présence de Jean Becker, Albert Dupontel et Marie-Josée Croze. Je n'ai pas posé de questions pendant le débat, mais si j'avais dû m'exprimer, j'aurais demandé à Jean Becker d'arrêter de faire crever ses héros à la fin de chacun de ses films, et de continuer à faire des séquences entières dédiées aux chiens. J'aurais dit à Albert Dupontel (qui a été drôle plus d'une fois durant le débat, plus souvent que dans tous ses spectacles réunis) que c'est mon idole ET ma nemesis, et je l'aurais supplié d'arrêter de faire des films pour continuer à nous régaler de son génie comique dans ceux des autres. Et j'aurais juste dit à Marie-Josée Croze, avec toute la courtoisie qui me caractérise, qu'elle est sous-exploitée par le cinéma français et que Jean Becker (comme tous les autres réalisateurs avec qui elle a tourné) a beaucoup de mérite d'avoir réussi à l'enlaidir vu qu'elle est toujours terne dans les films, celui-ci compris, alors qu'en vrai mazel tov.


Deux jours à tuer de Jean Becker avec Albert Dupontel et Marie-Josée Croze (2008)

18 mars 2008

Paris

Fête du cinéma oblige, nous sommes allés le voir. Il fallait aller au cinéma, profiter de la réduction, et notre choix s'est porté sur ce film. Nous avons longuement hésité entre celui-là et 10000, le film de Roland Emmerich. Klapisch ou Emmerich ? Emmerich ou Klapisch ? Voilà deux metteurs en scène dont on se délecte. Choisir Emmerich c'était payer pour voir des mammouths numériques courser des paysans du paléolithique souffrant de rages de dents, citoyens lambdas de l'âge de pierre pour qui le dilemme de chaque jour n'était pas de savoir s'ils allaient faire les courses ou si ça pouvait attendre le lendemain mais bien de savoir s'ils parviendraient comme la veille à sortir vainqueurs de leur féroce combat contre 15 mammouths remontés comme des pendules. Choisir Klapisch c'était payer pour voir un film choral idiot. Le choix s'est porté sur le second. Entre Camilla Belle vêtue de peaux de bêtes dans un film sur les Léopards de la préhistoire, et Juliette Binoche fumant du splif dans un appartement trop grand, nous avons fait notre choix.



Et sans le regretter. J'ai rarement autant ri au cinéma. Il s'est passé un truc assez rare. Ce film c'est une comédie dramatique : comprendre un petit drame dans lequel on rit quelques fois. Or nous nous sommes énormément marrés entre les scènes faites pour ça, pendant le drame en clair. C'est ce genre de film tellement profondément raté qu'il en devient génial. J'en veux pour preuves plusieurs scènes impliquant Romain Duris, qui joue le rôle d'un jeune danseur dont le cœur bat de l'aile et qui va mourir. Comment ne pas se marrer devant ces scènes, aperçues dans la bande annonce, où il annonce à sa sœur qu'il va y passer en murmurant avec une gueule que lui seul peut tirer : "Je te dis que je vais bientôt crever, et toi, tu m'engueules putain...", ou encore quand il sermonne sa sœur sur leur balcon en poussant dans un long râle: "Profiiiiiiite putain...". Que dire de ce plan magnifique où Duris, pourtant mourant, reste sur son balcon sous un torrent de neige. Sans parler de la fin, quand il est vautré dans le taxi qui l'amène à l'hôpital et qu'il regarde le ciel par la fenêtre comme un vieux clebs. Grandes scènes. Grandes scènes pendant lesquelles la salle restait de marbre tandis que nous riions de bon cœur. Il est d'ailleurs arrivé que certains se marrent avec nous sans trouver ça drôle, le rire étant parfois communicatif.



Et puis durant les séquences supposées drôles, et je dis bien supposées, la salle s'esclaffait comme un seul homme. Qu'on m'explique ces gens qui meurent de rire quand Luchini raconte à son frère le texto qu'il a envoyé à sa jeune étudiante (Mélanie Laurent) et dans lequel il s'est fait passer pour un camarade de classe en écrivant : "T'es tro belle, j'te kiffe trop grave". Cet extrait, loin d'être drôle, était entièrement dans la bande annonce. Du coup toute la salle l'avait déjà vu 101 fois. Et pourtant le public était plié en quatre. Dramatique comédie...



En tout cas ce film restera pour moi un grand souvenir. À ranger aux côtés d'un Fauteuils d'orchestre. Ces films que l'on ne saurait noter. 1 sur 10 ou 10 sur 10 ? Ces rares films à la fois terriblement mauvais et du même coup affreusement drôles. Klapisch tente tout ici, et c'est en tout cas son meilleur film à ce jour, de loin. Il tente tout, le film n'en finit pas, et d'ailleurs il ne finit pas, il s'arrête pour des raisons de délais de tournage mais il pourrait rajouter 2 plombes de film sans qu'on s'en aperçoive, et on les accueillerait avec le sourire. Ce bon Klapisch a même introduit des séquences tirées des rush de La graine et le mulet qui n'ont rien à voir avec son histoire, puis un court métrage complet tourné en 2D avec Cluzet dans le rôle principal. Son film n'a ni début ni fin, ni queue ni tête, comme la ville de Paris soi-disant. Les événements se suivent et ne se ressemblent pas, sans qu'on en comprenne toujours le sens. Les acteurs sont tous excellents et ça participe évidemment de l'effet hautement comique de certaines séquences prévues pour un effet tragique. Soulignons que la B.O. aura votre peau, notamment quand Duris écoute dans son salon la bande originale complète des Poupées Russes. À propos de ça on retrouve Zinedine Soualem. Il fait les marchés, c'est l'épicier du coin, et une nuit quatre mannequins avides de vit viennent le voir lui et ses potes dans l'immense entrepôt où ils vont chercher leurs marchandises pour les vendre au matin sur leurs étals, et Zinedine Soualem baise avec une des mannequins au milieu des quartiers de viandes pendus au plafond après une longue scène de séduction dans le labyrinthe de barbaque. C'est une séquence ça, probablement un hommage à Rocky, en tout cas ça constitue une séquence entière même si elle n'a aucun lien avec le reste du film, et y'en a mille autres comme ça. Pour vous donner une idée du génie de Klapisch !



À côté de ça Luchini tourne un documentaire d'Histoire pour la télé payé cent mille euros la bobine (véridique) et tombe amoureux de son étudiante. François Cluzet mène une vie normale, même s'il tourne dans des clips en 2D pour vanter les mérites de son entreprise dans le bâtiment. Romain Duris va bientôt crever putaiiiiiin... En faisant son marché Juliette Binoche tombe amoureuse d'Albert Dupontel, également vendeur à la tire dans le film. Un jeune africain tente de rejoindre la France en canoé-caillac. Julie Ferrier tombe amoureuse de Gilles Lellouche, lui aussi vendeur de fruits et légumes sur les marchés couverts, tout de suite après qu'il l'ait humiliée en lui faisant faire la brouette pendant 10 minutes dans un bar bondé de connards. Karin Viard joue une boulangère raciste comme elle seule sait le faire. Maurice Bénichou est excellent dans son rôle de psychiatre. Tous les acteurs font très bien leur boulot dans ce film mi-figue mi-raisin. Un film désespérément mauvais devant lequel j'ai passé un grand moment.


Paris de Cédric Klapisch avec Romain Duris, Juliette Binoche, Albert Dupontel, Gilles Lellouche, Fabrice Luchini et Mélanie Laurent (2008)