15 mai 2008

Détrompez-vous

L'affiche a tout dit. Quatre personnes, deux couples, un adultère. Roschdy Zem et Alice Taglioni sont mariés et ont une fille, c'est un couple pépère plongé dans les affres du quotidien. De leur côté François Cluzet et Mathilde Seigner sont mariés et ont un garçon, c'est un couple rangé des voitures, stagnant dans les minables habitudes des faux-semblants. Les enfants respectifs de ces deux couples sont camarades de classe à l'école primaire. C'est comme ça que Roshdy Zem rencontre Mathilde Seigner qui devient aussitôt sa maîtresse. Et puis François Cluzet étant le gynécologue d'Alice Taglioni, les deux amants éplorés vont vite se rendre compte que leurs conjoints les trompent l'un et l'autre, et ensemble de surcroît. Alors va commencer une longue lutte qui aura pour visée de reconquérir l'époux et l'épouse adultères.



Enfin bref, le scénario de ce film tient dans la poche de mon k-way alors qu'il a été écrit à quatre mains par un couple en effervescence se croyant touché par la grâce du Spiritus, le génie de l'inspiration. C'est tout au plus le script de cent milliards d'autres films, tout au moins celui d'un porno dégueulasse. Vous l'aurez compris, au fil de leur quête amoureuse les deux amants éconduits useront de divers stratagèmes (dont la remise en cause de leur hygiène de vie et de leur libido), et au final, en guise de grand renversement théâtral, en matière d'incroyable bouleversement dramatique, les deux personnages qui tâchaient jusque-là de reconquérir la considération et l'amour exclusif de leurs bienaimés vont tomber amoureux l'un de l'autre pile au moment où ils venaient d'avoir gain de cause. Inutile d'en rajouter, ce que raconte ce film est assez bas de plafond. C'est un semblant de resucée un peu désuète des comédies d'antan avec Doris Day et Rock Hudson. Et pourtant ça se laisse regarder avec un malin plaisir. Pourquoi ? Pour les acteurs, bien entendu.



Commençons par Roshdy Zem, celui que l'on surnomme dans le métier "Zemmy Awards", "Dans ma Zoum Zoum Zem", "Ferreroshdy Zem" ou encore "Salman Roshdy", "Zemedine Zidane", "Zemedine Soualem" et "Roshdy Zemeckis". Vous n'êtes pas sans savoir qu'il y a des acteurs tristement condamnés à un seul rôle. Considérons le cas Paul Bettany, célèbre acteur falot au profil de footballer Ukrainien. Paul Bettany est définitivement condamné au rôle peu prisé du simili pédéraste cartographe marin. Il ne pourra jamais jouer que des rôles de puceau du haut passionné par les cartes, éternellement parti à la recherche d'un trésor caché et dans sa quête encadré par de gros et robustes pirates prêts à encaisser les estocades au sabre blanc pour le couvrir en cas d'agression. Paul Bettany fait du même coup partie de ces acteurs loqueteux condamnés à déchiffrer des cartes à fond de cale et à se toucher la nouille entre deux manipulations de sextans, reluqué par un misérable chimpanzé dévoué et peu regardant sur la marchandise (vous noterez qu'il y a toujours un petit singe à bord des bateaux de pirates, embarqué entre autres choses pour servir d'exutoire sexuel aux cartographes bigleux). Remarquez ça n'empêche pas ce tire-au-flanc de Paul Bettany de chahuter Jennifer Connelly matin midi et soir, et à la ville, pas à l'écran. Mais pour revenir à Roshdy Zem (qui s'orthographie également Rosh Dyzem selon les dires de l'acteur en personne), Roshdy ne fait justement pas partie de cette catégorie d'acteurs fadasses et étriqués, même si l'on serait tenté de le croire. On pourrait bien croire Roshdy limité aux rôles de ténébreux séducteur, viril et vigile de métier, un peu macho et carrément cocaïnomane. Mais ça n'est pas vrai. Et il l'a prouvé plus d'une fois, par exemple en jouant dans Indigènes, encore que... là aussi il séduisait la jeune française délaissée à tout va. Bref Roshdy est un acteur multi-facettes. Il peut tout jouer, et pas forcément bien. Et dans le film dont il est question ici, il s'entiche dévotement de son personnage, pas de problème là-dessus, ce mec devient ce qu'il joue, c'est pas la question, la question c'est qu'il chie les dialogues. Mais tous les dialogues. Il les chie tous somptueusement. On sent bien qu'il a pensé : "je ne suis pas dans un grand film, celui-là ne sera pas applaudi en standing ovation à Cannes pendant six plombes, j'aurai jamais le moindre prix d'interprétation sur ce rôle merdeux, lâchons le fauve". Et du coup il chie tout ce qu'il a à dire, mais le tandem de réalisateurs a bien dû admettre que l'acteur donnait à leurs dialogues miteux une couleur et une substance qu'ils n'auraient même jamais osé espérer à l'écriture du scénario, au point même qu'ils gardent finalement quelques improvisations de Roshdy, dont un curieux : "Je vais te retourner le cul grosse salope", lâché au téléphone à Mathilde Seigner en tournant le dos à la caméra pour éviter les regards déçus des deux metteurs en scène et des spectateurs.



Passons vite à Alice Taglioni. Je dois dire que ce film l'a faite un peu remonter dans mes sondages personnels. Malheureusement elle se voit maintenant condamnée (comme Paul Bettany, dans un autre genre) aux rôles de grande bonasse. Mais au moment du tournage de ce film elle n'avait pas encore tout à fait éclaté au grand jour. Elle s'est donc vue confier le rôle d'une mère de famille lambda, ménagère de largement moins de 50 ans qui ne prend pas soin d'elle (physiquement) ni de son mari (physiquement aussi). La femme qui se laisse un peu aller dans le mariage, qui a soi-disant de la cellulite sur les cuisses, qui s'habille comme une étudiante attardée, qui dort en pyjama triple couche avec grosses chaussettes en laine et compagnie. Et il semblerait que pour le commun des mortels une très belle femme en pyjama avec de grosses chaussettes en laine et des lunettes constitue le portrait-robot idéal du tue-l'amour parfait. Je ne dois pas faire partie du commun des mortels vu qu'il n'y a rien de mieux pour me foutre en l'air (je repense encore avec nostalgie d'une photo (illustrant une encyclopédie du cinéma) de feu Meg Ryan embobinée dans cette même tenue dans le fameux Nuit blanche à Seattle). Mais alors bien sûr quand elle retire ses lunettes et qu'elle met un string qui dépasse de deux mètres au-dessus du pantalon, soudain elle est bonne. Eh ben non elle était déjà bien avant, elle était même mieux ! Suffisait de pas être trop con pour le constater en devinant son immense corpus de texte constellé de franches rondeurs et surmonté de sa tête blonde. Alice Taglioni est de tous les plans dans ce film, sans doute plus jolie que jamais sur un écran. Et c'est un comble quand c'est dans le seul film où elle est censée être minable... Puis pour une fois elle ne joue pas trop mal. À noter une scène de baignade en mer à poil, poursuivie par un François Cluzet en apnée depuis 32 minutes.



Face à Roshdy Zem et derrière Alice Taglioni, nous avons le privilège d'admirer le spectacle vivant François Cluzet. Car voir François Cluzet jouer la comédie, au cinéma ou sur les plateaux télé, c'est un privilège. C'est un acteur qu'on a toujours un immense plaisir à voir évoluer, qu'il soit au service de grands films (comme ce qui reste un de ses plus beaux rôles dans Fin août début septembre d'Olivier Assayas) ou qu'il se débatte dans d'atroces farces (comme Ne le dis à personne de Guillaume Canet). C'est un type immensément doué et toujours passionnant, dans tous les registres, de la comédie (on se rappelle l'excellent Les apprentis de Pierre Salvadori, ou le plus inégal Janis et John, premier film du triste Samuel Benchetrit, que Cluzet sauvait in extremis), au drame (L'enfer de Claude Chabrol). Des têtes d'affiches aux seconds rôles (comme dans Le hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau), et même aux sous-rôles (Paris de Klapisch). Cet homme-là (je parle toujours de François Cluzet, pas de Klapisch), est systématiquement captivant, éternellement réjouissant. Ici son rôle est peut-être le moins étoffé des quatre et cependant chacune de ses apparitions est sujette à l'enjouement. C'est un régal pur et simple de le voir ne serait-ce que parler au téléphone, ou enlever puis remettre ses lunettes. Il interprète chaque geste, il incarne chaque idée. Durant toute une séquence il rédige une ordonnance (il joue donc je le rappelle un gynécologue), et la simple façon dont il tient son stylo, dont il écrit cette ordonnance, sa posture, le rythme de la main, tout y est, c'est de la mécanique de précision, c'est de la grande musique, c'est de la dentelle fine. Tous les dialogues qu'il prononce, aussi banals puissent-ils être, n'ont jamais été dits comme ça avant, avec une telle justesse, un tel entrain, pour un résultat sublime.

Enfin et pour finir je passerai sur Mathilde Seigner, dont tout le monde se fout, soyons honnêtes, qui joue comme une truite trépanée, qui est vulgaire et révoltante. Qu'on puisse écrire sur un synopsis : "Roshdy Zem trompe Alice Taglioni avec Mathilde Seigner", laisse présager du peu de relief dont disposent les cervelets des deux réalisateurs de ce film que trois de ses quatre acteurs parviennent (plus ou moins) à sauver du désastre complet.


Détrompez-vous de Bruno Dega et Jeanne Le Guillou avec François Cluzet, Alice Taglioni, Roshdy Zem, Mathilde Seigner et Artus de Penguern (2007)

8 commentaires:

  1. Encore un beau texte que je soupçonne fortement d'avoir été écrit à 4 mains.

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  2. ça arrive en fait régulièrement, mais pas celui-là !

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  3. Je viens de voir que ce film passe dimanche sur TF1 et pour cette raison, j'ai relu ce texte admirable (et écrit à deux mains).Et ce texte m'a franchement donné envie de mater ce film, ce que je ferai dimanche sans fautes !

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  4. Je vous conseille de relire cet article :D

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  5. Paul Bettany il avait riiieeeen demandé le pauvre :D

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  6. Plein de gens tombent là dessus en tapant dans google "Alice Taglioni nue". :D

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