5 mai 2008

Naissance des Pieuvres

Voici un film qui traite de l'adolescence à travers le parcours d'une jeune fille chamboulée par la découverte de son homosexualité. Elle est tiraillée entre sa meilleure amie grosse et mal dans sa peau et une jeune fille membre d'un club de natation synchronisée, une belle plante à la réputation sulfureuse, dont elle devient l'amie après en être tombée amoureuse. Enfin bref c'est la naissance des pieuvres, faut pas s'attendre à 20000 lieues sous les mers. C'est un peu La Vie rêvée des anges à 14 piges. En gros ça cause de la naissance d'un poulpe d'eau douce homosexuel et de son cachalot d'amie. Lors d'une scène de natation synchronisée, l'héroine passe 35 minutes and counting montre en main la tête sous l'eau, grâce à quelques raccords pernicieux qui permettent de battre un record. C'est un film sur la jeunesse assez sombre et pessimiste, que j'ai regardé entouré d'une bande de vieillards, c'est un film qui parle du silence de la jeunesse, de la solitude des adolescents de 15 ans et de l'angoisse des premiers amours ainsi que de la fameuse première fois, et j'ai regardé ce film entouré de clodos.




J'ai vu ce film dans les ruines d'un ancien cinoche porno transformé en salle d'art et d'essai, à côté d'un vieux en imper noir qui n'arrêtait pas de répéter : "Allez montre un peu de chatte !". De toute façon à chaque fois que je vais au cinoche il est assis à côté de moi, c'est mon meilleur ami. Et il répète toujours ça en croyant que ce cinoche-là est encore censé diffuser la collection Alpha France des films de Brigitte Lahaie réalisés par Gérard Kikoine entre autres queutards. En plein milieu du film, comme y'avait toujours pas le moindre dialogue en vue, mon meilleur pote m'a raconté sa première fois : "Nous on s'y était pris la veille au soir. Pendant toute la nuit on avait essayé de niquer, sans jamais y arriver. Au petit matin on baignait dans le sang, quand j'ai vu ma bite en sang je suis allé me doucher. Par contre l'après-midi c'était parti pour de bon, le passage était fait, j'avais frayé mon chemin la veille, je m'y suis pris à deux fois on va dire". Il m'a raconté ça parce qu'à l'écran notre héroïne dépucelait sa bien aimée à la bonne franquette. Là mon ami m'a dit : "Elles sont presque touchantes ces deux connes, d'ailleurs moi je me touche je sais pas toi...". Après quoi il a commencé à m'expliquer le film, au bout de quelques minutes je lui ai dit : "Mollo, je sais, j'étais là". Ce à quoi il a répondu : "Pour une fois que je pige un film je me permets de te raconter". Et puis il a enchaîné sur cette question peu banale : "Si plus tard t'as une fille lesbienne, tu réagirais mieux que si t'as un gamin pédé ?". J'ai répondu que non. Il a continué : "Pédé dans le sens pédophile. Parce que moi mon père il s'en bat les couilles perso, faut dire qu'il est pas au courant".




À l'heure de film, ça commence à être un peu mieux. À partir du moment où ça commence à causer en fait. En effet on a droit à de beaux dialogues :
"- Quand on y pense, neuf personnes sur dix meurent dans leur lit, et la dernière chose qu'elles voient, c'est le plafond.
- T'es pas gaie hein...
- Non je suis lesbos."




Autre dialogue savoureux quand l'héroïne découvre que celle dont elle est éprise n'est en réalité pas du tout la "salope" qu'elle prétend être, puisqu'elle est en réalité encore vierge. Elle lui raconte cependant une anecdote sanglante: "- Tu te souviens du masseur à la piscine ? J'ai jamais baisé avec lui. Il est juste à fond sur moi et comme toutes les autres sont folles de lui je les laisse croire que je baise avec, pour les faire chier. Ce taré il me course dans les vestiaires. Une fois je m'entraînais toute seule dans le grand bain, j'avais la tête sous l'eau depuis 12 minutes quand j'ai vu une paire de jambes poilues devant moi. Enfin quand je dis une paire je devrais dire trois gambas velus. Il avait carrément sorti sa bite quoi. Remarque bander dans l'eau froide c'est plutôt flatteur. Et toi, tu dois en avoir aussi des histoires comme ça, raconte ! - Bah non pas plus que ça, j'ai quand même 12 ans. Non... enfin si j'ai bien vu mon père à poil une fois ou deux... Il m'a bien enculée une fois ou deux, oui, à part ça, je vois pas. Pas tellement d'anecdotes. Je suis juste la mère de trois gosses nés d'une relation pédophile et consanguine, en dehors de ça j'ai pas tellement de trucs marrants à raconter. J'ai bien fini dans les journaux mais bon... Au pire je serai dans la nuit du zapping." Voila un dialogue qui laisse le spectateur plutôt inquiet.




Il y a d'autres moments intrigants. Comme quand l'héroïne parle du désir qu'elle a de faire partie du club de natation synchronisée à sa meilleure amie et qu'elle se plaint de ne pas être bâtie pour ça, en déclarant par exemple, alors qu'elles sont assises sur un canapé au fond d'une grande pièce : "J'ai un bras plus long que l'autre, t'as jamais remarqué ? Téma j'ai la main gauche sur la poignée de la porte à plus de vingt mètre alors que mon autre main est normale, dans ma poche, c'est pas normal, t'as jamais guinché que j'avais un bras méga trop long ?". Enfin pour nous dépeindre l'ennui estival caractéristique des jeunes filles de cet âge-là, la réalisatrice filme les deux amies qui jouent tout un après-midi à se cracher de l'eau à la gueule, puis le soir venu on voit le père rentrer chez lui et dire en découvrant son salon inondé : "Je t'achète la WII demain, à ce rythme-là, franco je te l'achète demain à l'aise." Bref, si c'était Coppola Sofia qui avait réalisé ce film (et on y pense beaucoup, tristement), avec un peu de zique indé, quelques plans sur le soleil et les arbres en fleur, James Woods qui se balade en salopette et un beau suicide collectif pour clore le métrage, ça faisait six millions de spectateurs en région PACA dès la première heure d'exploitation. Si ça avait été Fred Coppula, "on aurait vu autre chose que la grosse amie à gueule d'otarie de l'héroïne à poil, et on en aurait pris plein la vue", dixit mon voisin de séance, toujours lui, sauf que Freddy Coppula serait derrière quelques barreaux actuellement. En tout cas mon meilleur ami aurait préféré, vous me direz, ça l'a pas empêché de prendre son pied à deux mains.


Naissance des Pieuvres de Céline Sciamma avec Pauline Acquart, Adèle Haenel et Louise Blachère (2007)

10 commentaires:

  1. "J'ai un bras plus long que l'autre, t'as jamais remarqué ? Téma j'ai la main gauche sur la poignée de la porte à plus de vingt mètre alors que mon autre main est normale, dans ma poche, c'est pas normal, t'as jamais guinché que j'avais un bras méga trop long ?"

    >> Tu m'as tué de rire sur ce coup-là !

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  2. C'est dommage d'avoir souillé ce très beau film avec une chronique poilue.

    Par contre là où cette chronique est dans le vrai, c'est que ce film a été et est "vendu" par les marketeux de la distribution comme un film "gay et lesbien". Et comment est vendu un film dit gay et lesbien ? Grosso modo, comme un film de cul. Vive la diversité... entre les hétéros normaux et les homos qui sont tous des affolés du cul. Un raccourci que ce blog combat au quotidien, et je vous en remercie.

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  3. Tu as totalement raison. J'ai toujours trouvé honteux le rayon "Gay et lesbien" dans les Fnac et Virgin pour ranger des films comme celui-ci ou Brokeback Mountain. Pourquoi ne pas y mettre Mala Noche, Tropical Malady ou les films de Morissey... Remarque ça m'étonnerait pas qu'ils y soient bel et bien. Considérer une histoire d'amour homosexuelle comme un truc "à part", rangé dans les rayons du fond pour permettre aux pervers ou aux détraqués de s'y retrouver, c'est vraiment gerbant. Discrimination positive mon cul.

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  4. Vos délires ne vous permettent pas de saisir l'angoisse de désir qui explose dans ce film et la puissance d'Adèle Haenel que le traitement porno de votre prose débile diminue en fait!

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  5. Pourtant on a plutôt kiffé !

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  6. L'est quand même bien chiant, ce film de Poulpe.

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