13 mai 2008

Et toi, t'es sur qui ?

Ce film c'est une histoire de premières fois. C'est le premier film de Lola Doillon qui, comme son père l'a souvent fait, filme l'adolescence, et précisément ce qui caractérise tout particulièrement cet âge-là, les premières fois, des premières amours au premiers rapports. Pour ce faire elle se penche précisément sur le cas de quatre jeunes gens: Élodie (Lucie Desclozeaux), sa meilleure amie gothique et pleine d'entrain Julie (Christa Theret), son meilleur ami Vincent (Gaël Tavares) et un ami de Vincent, un certain Nicolas, la grande gueule du collège (Nicolas Shweri).

Élodie et Julie décident de perdre leur virginité avant les vacances, ce qui ne leur laisse qu'une semaine. Les choses vont alors se précipiter pour les deux jeunes filles, surtout quand Vincent, dont les rapports amicaux avec Élodie frôlent les sentiments amoureux, va coucher avec la ravissante Julie, que ses camarades surnomment "Batman", dont il n'a cure et qui ne s'intéresse pourtant pas particulièrement à lui non plus. Vexée et déçue par le comportement de ses deux meilleurs amis, Élodie, pourtant passionnée par un jeune homme de 17 ans qu'elle ne connaît même pas, décide d'attirer Nicolas dans ses filets, le benêt de l'école qui a parié avec Vincent qu'il parviendrait lui aussi à sauter Julie "Batman" dans la semaine.



C'est donc un chassé-croisé d'adolescents de 15 ans plus vrais que nature auquel nous avons droit (hormis Christa Theret qui avait déjà joué la fille de José Garcia dans Le Couperet, la plupart des jeunes acteurs ont été engagés suite à un casting sauvage), qui parlent et agissent scrupuleusement comme les gens de cet âge-là et à travers lesquels on se reconnaît plutôt (encore faut-il avoir baisé à 15 ans et avoir été de ces jeunes gens qui, c'est apparemment courant, parlent sans la moindre gêne de leur virginité à perdre avec leurs camarades de classe). Pas un seul parent en vue, mais par opposition à l'absence totale d'adultes qui caractérisait Naissance des pieuvres, sorti deux mois plus tard et finalement beaucoup moins crédible, universel et intéressant, on croise ici quelques adultes, à savoir un professeur et les types chargés d'encadrer les jeunes dans leur stage de fin d'année (théâtre de bien des bouleversements), et finalement c'est le dernier lien avec la jeunesse, ces professeurs, qui parlent dans le vide mais qui ont le mérite de parler un peu à ces jeunes gens qui ferment leurs fenêtres de conversations msn au moindre mouvement des parents dans la maison pour se limiter au secret des textos.

Pas un temps mort dans ce film, on navigue en permanence et avec intérêt dans les méandres des drames adolescents, dans l'intimité éhontée et souvent foireuse des premiers rapports, dans les doutes et les délices de la naissance des premiers sentiments partagés. Il se dégage du film de Lola Doillon comme un air d'évidence, une délicatesse et une fluidité qui brodent un sentiment très enjoué de vérité.


Et toi, t'es sur qui ? de Lola Doillon avec Christa Theret, Lucie Desclozeaux, Gaël Tavares, Nicolas Shweri (2007)

19 commentaires:

  1. Tu donnes envie. Batman a pas l'air moche en plus, j'ai toujours rêvé de m'envoyer Bruce Wayne.

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  2. Fouyaut Henry8 mai 2011 à 23:05

    Ce film est nickel. Le début m'a paru fort porté sur le sexe, mais c'est vrai que moi-même je pensais pas mal à ça, à niquer. Mais ça ne me semblait pas aussi central ni public dans mon adolescence. Ca me fascinait mais j'étais pas pressé. J'avais le feu au cul, mais je cherchais la bonne pompière. Cela dit, les bites passent vite au second plan dans le film, et les sentiments montrés sont d'une justesse remarquable ! C'est beau !

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  3. :D

    Trivia : Lola Doillon est mariée à Cédric Klapisch depuis 2002.

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  4. Par contre goof : quand les enfants tchattent sur msn, ils écoutent toutes la même musique, signées par le même mec, l'accordéoniste du groupe "Java". On voit son nom dans le générique de début, mais c'est quand même un gros goof que trois ados écoutent tous les trois le même accordéoniste. Enfin, peut-être qu'ils kiffent tous les trois, et qu'ils se sont pris un gros délire sur cet accordéoniste, et que du coup, ils kiffent à fond tous ensemble. Mais ça me paraît tout de même à la limite du goof.

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  5. Autre erreur, de montage cette fois-ci : quand Élodie roule une pelle à Vincent dans l'arrière-cour de la soirée, il y a un saut de pellicule et tout d'un coup Tavarès, le beau black qui joue Vincent, est remplacé à l'écran par Jean Rochefort. Jean passait par là le jour du tournage et s'était mis Martel en tête de montrer à Tavarès comment se faire rouler une pelle par une meuf. Malheureusement, le monteur a pas su faire la différence entre un jeune beau black et Jeannot Rochefort, et il a juxtaposé les deux prises. Ca fait un drôle d'effet au visionnage.

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  6. Merci de dévoiler tous ces couacs ! :D

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  7. C'est la même affiche que celle de La vérité ou presque de Karman. Confondant. C'est probablement le même film.

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  8. J'ai dû voir le film hier soir et je partage pas du tout ton enthousiasme. Tu te "reconnais plutôt" dans ces personnages ? Putain, j'ai beau avoir quelques années de plus que toi, ces dialogues débiles (mais débiles sans jamais être marrants, on est pas dans Les beaux gosses ou chez Apatow, puisque le film chasse sur le terrain de la comédie-adolescente-qui-parle-de-cul-avec-audace-mais-tendresse), cette absence totale de pudeur et d'intimité chez les personnages, ces idées de mise en scène "cool" foireuses... En plus de pas être drôle c'est pas touchant une seconde. J'pige pas !

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    1. Je t'avoue que j'ai vu ce film il y a quatre ans et que ma mémoire n'est pas très fraiche, mais pour ce qu'il m'en reste j'avais trouvé (et je peux dire "nous", puisque je l'ai vu avec Félix qui avait également apprécié à l'époque) ce portrait d'adolescents assez juste. Il m'avait semblé que le film n'essayait justement ni d'être drôle à tout prix ni d'être attendrissant à l'excès (il n'y a pas forcément besoin de l'une ou l'autre caractéristique pour s'intéresser à des personnages de cet âge), afin de montrer des adolescents d'aujourd'hui plutôt vraisemblables, beaucoup plus "vrais" que ceux des films que tu cites, et qu'il fonctionnait bien sur cette base. Mais encore une fois cela remonte à longtemps et il faudrait le revoir pour confirmer ou pour te rejoindre.

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    2. +1, j'en garde un bon souvenir aussi, après va savoir s'il "supporterait une seconde vision". :)

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    3. Je me souviens qu'on l'avait vu à la même période que Naissance des pieuvres, de Céline Sciamma, devant lequel nous nous étions rigoureusement fait chier. Au bout du compte, il s'est avéré qu'on a parié sur le mauvais canasson !

      http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=148066.html

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    4. Il m'a moi semblé que le film essayait très fort d'être drôle (flot ininterrompu de vannes salaces des personnages masculins, situations "décalées" et embarrassantes...) et touchant (via les personnages de Tavares et Desclozeaux, amoureux transis contrariés, qui se quittent à contrecoeur sur le quai d'une gare à la fin... pouah). Il essaye aussi très fort d'être "juste", ce à quoi il est parvenu à vos yeux, perso je trouve juste qu'il ressemble à une pâle immitation de la réalité basée sur l'utilisation d'un vocabulaire, d'un phrasé, de dégaines et de questionnements censés faire "vrai" et coller au style des jeunes d'aujourd'hui, sauf qu'il n'y a pas vraiment de point de vue et que du coup ça marche pas. Si dans "Les Beaux gosses" ou "Naissance des pieuvres" (ou encore dans "Camille redouble") Sattouf et Sciamma et Lvovsky usent de procédés anti-naturalistes (grosse comédie qui tâche, décorum rétro, scènes oniriques ou chorégréphiées...), je trouve qu'ils aboutissent au moins à des moments de grâce où on sent les personnages exister. Ce que j'ai jamais ressenti chez la fille Doillon qui essaie juste d'imiter une certaine "réalité" et n'aboutit qu'à du faux.

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    5. Ca mériterait révision, avant ça difficile de te répondre. Sauf sur le premier point : je vois mal en quoi des personnages masculins qui font des blagues salaces (rarement drôles à l'adolescence) et des situations décalées embarrassantes sont censés être drôles ou témoigner de l'envie de la réalisatrice de l'être. MAIS encore une fois, c'était il y a quatre ans... Et la remarque de Tank n'est pas fausse, on l'a vu coup sur coup après La Naissance des pieuvres qui nous avait prodigieusement ennuyés, aussi la vitalité du film de Doillon nous a-t-elle peut-être leurrés. Il est même fort possible en les revoyant aujourd'hui que notre jugement soit totalement inversé sur les deux films.

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    6. Je me souviens aussi que t'avais trop trippé sur Christa Theret. Un truc de dingue !

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    7. Ouais ! Et là par contre, l'avenir t'a donné raison, puisqu'elle a véritablement explosé dans LOL !

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    8. Elle a percé oui, mais pas dans nos cœurs, au contraire...

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    9. Elle joue également dans Mike, autre sombre film...

      Sinon ouais, à l'occasion rejettez un oeil là-dessus pour en avoir le coeur net (je t'assure Rémi que Doillon cherche à faire des scènes drôles, ou au moins "pétillantes" ou saugrenues, et d'autres poignantes sur la fin...).

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    10. Elle a aussi fait "Le bruit des glaçons", que j'avais épinglé ici et dont les illustrations nous valent régulièrement des visites. Comme quoi elle a ses "fans".

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