7 mai 2008

Gadjo Dilo

On a souvent décrit Tony Gatlif comme le cinéaste des romanichelles. Antoine Gatelin de son vrai nom, qu’il a très tôt changé en Tony The Tiger en référence aux céréales Frosties de Kellogs lorsqu’il entama une carrière dans la NHL, puis finalement en Tony Gatlif pour se donner l’air plus crédible quand il décida de se lancer dans le cinéma gitan ; il est vrai que ce metteur en scène français pure souche n’a pas son pareil pour filmer le petit monde des gens du voyage. Également célèbre pour sa légendaire balafre qui va de l’un de ses orteils jusqu’au beau milieu de son front, et qu’il arbore fièrement à longueur d’interviews, Tony Gatlif s’est rapidement fait un nom au sein de la grande famille du cinéma français en signant une trilogie consacrée aux caravanes, aux caddies et à la guitare sèche, et plus précisément grâce à un film dont je veux à présent vous toucher deux mots : Gadjo Dilo.




Qui aujourd’hui n’a pas vu Gadjo Dilo ? Qui reste-t-il n’ayant pas subi les 102 minutes de ce film fleuve racontant les déboires d’un Roman Duris parti à l’aventure sur les routes cabossées de sa Roumanie natale ? Qui a réussi à passer à travers ? Quel chanceux individu le cyclone Gadjo Dilo n’a pas emporté avec lui ? Je me le demande ! Unanimement reconnu par les critiques et le public, ce film fut un phénomène à sa sortie et continue à parasiter nos vies, sournoisement et discrètement, à la manière des plus terribles fléaux. Diffusé un soir par semaine sur Arte, ce film est également devenu le screensaver de cette même chaîne en ayant remplacé la non moins célèbre partie de saute moutons sans fin auparavant diffusée chaque nuit entre 4 et 6 heures du matin, et à laquelle on repense maintenant avec une amère nostalgie. Gadjo Dilo est aussi une bobine que tous nos cinémas d’arts et d’essai se plaisent à garder dans un coin, au cas où, un soir, il n’y aurait plus rien d’autre à passer. C’est bien simple : Gadjo Dilo est un film si célèbre que sa présence est toujours palpable dans la culture populaire mais aussi dans nos vies quotidiennes à travers ces petits détails qui lui donnent tout son piquant. Par exemple, dès qu’une personne, dans la rue, jette maladroitement un déchet en direction d’une poubelle et que celui-ci atterri juste à côté, elle adresse là un clin d’œil involontaire à l’œuvre de Tony Gatlif. Car à l’instar de ce mouchoir usagé, Gadjo Dilo est un déchet. L’un de ces déchets horripilants qui se trouvent là, près de la poubelle, tout proche d’elle mais pas à l’intérieur, à côté, et qui attendent, tout bêtement, qu’une âme bienfaisante vienne les ramasser pour qu’ils soient enfin remis à leur place, aux côtés des ordures. Gadjo Dilo habite dans la moindre tuile qu’il peut vous arriver jour et nuit. C’est un nid de poule sur une route déserte qui vient crever votre pneu lancé à pleine vitesse. C’est une arrête dans votre poisson pané qui vient vous rappeler que la vie n’est jamais tout à fait tranquille. C’est un caillou dans votre chaussure dont vous vous rendrez compte, seulement après vous être déchaussé une paire de fois, qu’il était en réalité logé dans votre chaussette.




Gadjo Dilo c’est le film qui aida à lancer la carrière de Romain « 1 mètre de menton » Duris. L’un de ces acteurs qui plaisent aux femmes et qui nous font dire, à nous les moins bien lotis par la nature, que tout est donc possible dans ce monde qui ne tourne décidément pas rond. Car Romain Duris est bien le seul comédien français envié par toutes les actrices hollywoodiennes, qui sont jalouses du fait qu’il possède sur son visage un surplus de peau qui pourrait leur être utile lors de leurs futures opérations chirurgicales. Gadjo Dilo c’est aussi le film qui donna son heure de gloire à Rona Hartner, une bien triste actrice qui éclata ensuite en plein vol… plus exactement lors du vol 714 pour Sidney, où l’avion qui la transportait devint le tout premier de l’Histoire à s’être crashé en ne réussissant pas à éviter le fameux Mont Uluru, vous savez, cette étrange montagne australienne si curieusement sculptée par l’érosion qui est pourtant une simple masse carré plantée au milieu d’un désert et qui culmine à tout juste 800 mètres d’altitude. La découverte de la boîte noire dans le trou de balle d’un kangourou mort a levé le doute sur les causes de cet accident, tout simplement dû au brouillard ; mais pour ma part je continue de croire qu’il s’agissait là d’une mission suicide menée par un pilote bienveillant, et désireux de nous débarrasser d’une pseudo actrice qui commençait à envahir tous les plateaux télé français, où elle était montrée comme un animal de foire, surexcité et intenable, à l’égal de son personnage insupportable dans le film de Gatlif. Depuis que cet infâme tas graisseux a finit sa vie en catastrophe sur le Mont Uluru, celui-ci culmine désormais officiellement à 810 mètres d’altitude, grâce à la chair humaine amassée en son sommet et aux débris d’avion encastrés pour toujours en son flanc qui permettent à présent de l’escalader en tong sans souci.




Gadjo Dilo n’a en réalité que deux qualités : être le dernier de la trilogie, ce qui signifie que Gatlif nous lâchera ensuite la grappe pendant un moment avec les Gipsy Kings et le romani ; et être le film qui a popularisé l’expression « Hey Gadjo Dilo ! », une nouvelle façon originale de s’interpeller entre potes, tout en riant du même coup sur le dos de Tony Gatlif.


Gadjo Dilo de Tony Gatlif avec Rona Hartner et Romain Duris (1997)

8 commentaires:

  1. Je n'ai pas vu ce film ! (et je ne m'en porte pas plus mal, mais faut dire j'ai pas arté)

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  2. Matthieu Malouines7 mai 2008 à 14:47

    Eh moi non plus je l'ai pas vu !

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  3. Franck Ribery7 mai 2008 à 14:48

    Sa race, mes potes l'ont maté jeudi soir, en fin de soirée mais je devais lachave, je le louerai.

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  4. J'ai raté la séance finale du montage, et la première à Cannes, et la seconde, et j'ai reçois pas Arte en roumanie française.
    Il était bien parti mon movie, au départ, j'avais le script et tout, mais à te lire, je me dis j'ai du faire une cagagne queqpart.

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  5. Je l'ai pas vu non plus, mais c'est plus la peine, dans cette critique tout est dit, les cartes sont posées sur la table, retournées.

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  6. Je suis pourtant sûr que tu l'as vu, Poulpard, c'est le genre de film qu'on a vu sans le savoir !

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  7. Non, je l'ai toujours évité, sûr. Même quand Aude a amené, un jour incongru, le videoCD de cette merde. VideoCD qui traine toujours dans l'armoire du salon. Brûle-le.

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