2 mai 2008

Tout est pardonné

Parlons d'un premier film ô combien prometteur, celui de Mia Hansen-Løve. Pour ceux qui n'en n'ont jamais entendu parler Mia Hansen-Løve écrivait encore récemment aux cahiers du cinéma puis elle a joué dans Fin août début septembre d'Olivier Assayas. Après quelques courts métrages elle s'est donc attelée au long avec Tout est pardonné. Et son premier film est rayonnant. Au sens propre comme au figuré. Il y a une lumière permanente et éclatante tout au long du récit, de Vienne à Paris. Le film nous raconte l'histoire de Victor qui vit à Vienne avec Annette et leur petite fille Pamela, et qui, fuyant le travail et les responsabilités, passe son temps, nuit et jour, dehors, entre dealers et désœuvrement. Annette pense que leur retour à Paris lui permettra de se ressaisir. Mais Victor reste désespérément oisif. Après une violente dispute il quitte la maison et rencontre une jeune et triste junkie dont il tombe amoureux et qui finira par mourir d'une overdose. Annette quitte alors Victor et disparaît avec Pamela. Onze ans plus tard le film nous raconte l'histoire de Pamela, alors âgée de dix-sept ans et qui vit à Paris avec sa mère, son beau-père et leurs deux fils. Un jour elle apprend que son père est dans la même ville et elle accepte de le revoir.



Le film nous raconte donc ces deux histoires-là qui au fond n'en sont qu'une. À tel point que la seconde justifie la torpeur un peu inquiétante de la première sans laquelle elle ne serait pas si brillante. En somme ces deux parties se répondent et se renvoient la pareille en cela que la première est sublimée par la seconde et que la seconde n'existerait pas comme ça sans sa méticuleuse introduction.

Entre ces deux segments passionnants, un troisième, intermédiaire, que seul je reprocherais au film. Je veux parler des vingt minutes entre la violente dispute de Paul et Annette et le passage à Pamela devenue jeune femme. Ce moment du récit destiné à Victor et à lui seul, perdu dans les méandres de la drogue auprès de son amie junkie. Il me semble que le film aurait très bien pu s'en délester. Qui plus est quand on voit à quel point Mia Hansen-Løve est capable de filmer le non-dit, à quel point elle est douée de suffisamment de talent pour fabriquer des images et un montage porteurs de sens et se suffisant à eux-mêmes, tant dans l'art de l'ellipse que dans celui de la composition. Du reste je ne suis pas très partisan de la fascination qu'ont beaucoup d'artistes pour la drogue et en particulier l'injection d'héroïne par piqure. C'est quelque chose de prodigieusement laid à filmer et de déjà beaucoup trop vu. Quand Baudelaire écrivait Les paradis artificiels ou Cocteau avec Opium, il y avait le passage aux mots et à la poésie. Je n'ai pas encore vraiment retrouvé cette beauté au cinéma, une beauté singulière propre à cet art et digne d'intérêt profond, que ce soit dans l'acte de filmer l'injection de drogue ou dans celui de filmer la rêverie qui en découle, si souvent ridicule et ennuyeuse.



Cependant ces vingt minutes ne sont pas totalement dénuées d'intérêt en ce qu'elles sont éloquentes pour signifier la profondeur de la chute de Victor, et justifier la toute fin du film. Et puis les première et dernière parties sont si justes et si belles qu'elles ne souffrent pas la petite faiblesse de leur transition. Paul Blain (Victor), fils du beau Gérard Blain, et la délicieuse Constance Rousseau (Pamela adolescente) sont particulièrement mémorables, leurs retrouvailles finales et les séquences qui en découlent sont d'une rare justesse et d'une précieuse sensibilité, sans parler de la grâce qui émane des séquences où Constance Rousseau va et vient dans la lumière chaude et douce et autres cours d'eau calmes des campagnes de ses vacances.


Tout Est Pardonné de Mia Hansen-Løve avec Paul Blain, Constance Rousseau et Marie-Christine Friedrich (2007)