2 mai 2008

Deux Vies Plus Une

Ce film pue à plein nez le premier film, ça saute à la gueule immédiatement, et en effet, c'est bien la première œuvre d'Idit Cebula. On le devine très vite en constatant le côté petit foutoir du film, son côté vieux cagibi. Idit Cebula nous a compilé toutes les petites idées de scénarii et de gags qu'elle avait réunies dans ses carnets avant de se lancer dans la réalisation. Il y a un côté film à sketchs, gags à tiroir toujours un peu en décalage par rapport à la trame principale, commun à bien des premiers films. Ce qui saute également au visage très vite, c'est que c'est un film de gonzesse, même en ignorant l'identité et le genre du metteur en scène.

C'est en effet l'histoire d'une jeune femme (Emmanuelle Devos), professeur des écoles, mariée, mère d'une grande fille, juive dans une famille de juifs (Michel Jonasz dans le rôle du frère coiffé d'une kippa !), amie avec des copines juives, mariée à un juif (Gérard Darmon), choyée par la mère juive habituelle, un peu plus terne que Marthe Villa-Longa ceci dit, et c'est pas une veine puisque cette mère vient s'ajouter au milliers de rôles de vieillards qui pourrissent les films et font chier les spectateurs dans le cinéma français actuel (Fauteuils d'orchestre, Je préfère qu'on reste amis..., Ensemble c'est tout). Et donc cette jeune femme, qui vit dans un chouette appartement, qui a un époux certes un peu fané mais drôle et aimant, une famille attentionnée et aimante, une fille intéressante et aimante, un travail honnête, enfin tout pour être à peu près pas trop à plaindre, cette jeune femme va faire sa petite crise de la quarantaine, gentiment. Entre un voyage chez sa mère juive épuisante et un autre sur la tombe yiddish de son père qui lui parle depuis le royaume des morts, elle décide qu'elle va devenir écrivaine. Alors elle achète un ordinateur et réunit les notes prises dans ses carnets depuis des années (tiens, tiens...), bien résolue à envoyer ça à un éditeur. Et puis bien sûr ça va marcher, même si l'éditeur est d'origine allemande ("ils sont nés en quelle année ses parents allemands ?" s'engatse sa mère un peu conne).



Enfin vous l'aurez compris ça va pas bien loin, c'est le film définitif (aussi définitif que les 150 000 autres films sortis ces dix dernières années qui avaient le même script) sur les petites femmes de quarante ans qui décident que ça suffit d'être rangée des voitures même si la voiture en question est une Corvette maxi modèle et qu'il faut s'émanciper en écrivant des livres et que ça marche et qu'elles sont éditées dans la seconde parce que c'est un film. C'est une première œuvre d'une jeune femme qui nous raconte sa petite vie à elle. Parce qu'au fond Devos interprète sans doute un ersatz d'Idit Cebula, et ce film qu'on regarde c'est la compilation de ses petits carnets de jeune femme tranquille très perturbée par sa petite vie tranquille et qu'un producteur a bien voulu financer pour la grande lucarne.

C'est étonnant que le portrait que je tire de ce film soit si grinçant alors que je partais dans l'idée d'en dire plutôt du bien. Parce que ce film se regarde et il est bien moins agaçant que ceux auxquels il ressemble et que je veux fustiger à travers lui. Il y a même quelques idées assez drôles paumées là-dedans. Mais en rédigeant, c'est le mal qui est ressorti. Sans doute n'est-ce pas pour rien. Est-ce l'intention qui compte ou le premier jet ? Peut-être un peu des deux. Deux vies plus une est sympathique, inoffensif, et vraiment pas brillant.


Deux Vies Plus Une de Idit Cebula avec Emmanuelle Devos et Gérard Darmon (2006)

1 commentaire:

  1. TU NE PEUX PAS BATTRE SEBULBA IL EST TROP FORT!

    RépondreSupprimer