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1 octobre 2019

Yesterday

Danny Boyle derrière la caméra, Dick Curtis, spécialiste autodésigné de la romcom british, au scénario... vous allez dire que je cherche le bâton pour me faire démonter ma tronche de blogueur ciné un poil trop curieux, et vous auriez raison. Mais voilà : le pitch m'intriguait. Je vous le résume en deux phrases : un zikos de pacotille qui peine à percer se réveille suite à une accident de vélo dans un monde où les Beatles n'ont jamais existé. Trop désireux de conquérir enfin le public, il s'approprie leurs chansons et impressionne tout le monde, à commencer par son amie d'enfance et "manager". Le début du film a quelque chose de plutôt amusant et plaisant, je dois l'avouer. Les deux acteurs principaux, Himesh Patel et Lily James, ont un certain charme, une fraîcheur, et Danny Boyle, qui sait parfois se montrer efficace, a le mérite de planter rapidement le décor et les enjeux du scénario. Un fan des Beatles doit même s'éclater devant ça, car il y a pas mal de références plus ou moins explicites à leur discographie, à leur histoire, qu'ils pourront s'amuser à relever. Je ne les saisissais pas toutes mais, pendant près d'une heure, je ne passais pas un mauvais moment.




Et puis tout s'écroule progressivement jusqu'à finir dans les limbes de la comédie romantique que l'on a déjà bien trop subie. Vite repéré par une productrice américaine imbuvable, l'imposteur s'envole pour Los Angeles, mettant de côté son amour platonique pour sa manager de toujours pour lui préférer un succès interplanétaire assuré. Le film se pare alors d'une satire très creuse et timide de l'industrie du disque et du spectacle, qu'il caricature sans génie, notamment à travers ce personnage de productrice que l'on a tout simplement envie d'étrangler (Kate McKinnon, insupportable). Alors que la première heure parvenait à nous faire sourire une fois ou deux, la suivante nous fout carrément sur les nerfs. L'histoire d'amour entre notre plagiaire en chef et son amie d'enfance revient au premier plan et peine sacrément à nous passionner tant tout paraît couru d'avance et tant les choix des personnages sont désespérants. On tombe dans tous les travers habituels de ce genre de films. Le dernier tiers est le plus laborieux et l'exaspération atteint son paroxysme quand tous les protagonistes se retrouvent réunis dans les coulisses du dernier concert et que l'un s'efface au profit de l'autre pour que tout rentre dans l'ordre bien comme il faut. Ouf, il était temps.




Côté romance, on s'en bat le steak, tout comme on se fiche du léger cas de conscience du musicien, qui finit par voir son action adoubée par John Lennon himself (incarné par un méconnaissable Robert Carlyle) et par les deux seuls autres pelés qui se souviennent des compositions oubliées des scarabées. Et côté comédie, ça n'est pas mieux, le film usant toujours des mêmes ficelles, avec cette manie d'interrompre une scène à son moment crucial histoire d'hameçonner le spectateur, comme par exemple en coupant nette une déclaration tant attendue sur le point d'être faite. C'était presque sympa au début, quand notre singer-songwriter aux abois essayait de jouer pour la première fois Let it Be à ses parents, en étant sans cesse coupé dans son élan, c'est super relou ensuite, quand cela devient systématique et ne fait que repousser l'inéluctable. Constatons aussi que Danny Boyle n'a pas tout à fait abandonné ses tics morbides, nous gratifiant de quelques cadrages obliques hideux dont il a le secret et forçant son couple vedette à fricoter devant le gigantesque écran plat resté allumé de leur chambre d'hôtel, histoire de donner des allures clipesques à leurs premiers émois. Il fallait bien qu'il se lâche de temps en temps, qu'il appose sa triste patte à cette love story finalement si convenue. 




Le cinéaste britannique prétend vraisemblablement nous mener à une réflexion sur l'importance et la beauté de la transmission des œuvres d'art, de générations en générations, à travers ce personnage principal dont le travail personnel n'existe plus mais qui semble tout à fait se contenter de ce rôle de vecteur du répertoire des Beatles. Le souci est que le cinéaste survole à peine ce sujet, il ne s'intéresse pas à la réception de ces morceaux par le public actuel, il n'aborde guère les conséquences de l'absence des Beatles sur la musique pop (si ce n'est sous forme de rapide clin d’œil, en nous montrant qu'Oasis n'a jamais existé), questions sans doute trop complexes pour notre cher Dick Curtis. Les chansons du Fab Four sont d'emblée considérées comme des tubes intemporels, des petites formules bien faciles à reproduire à partir du moment où l'on s'en remémore vaguement. C'est tout juste si l'on s'amuse de l'anachronisme d'un titre comme Back in the USSR ou que l'on interroge l'auteur sur le sens de tel ou tel parole devenue encore plus cryptique qu'à la date véritable de son écriture. Tout cela est bien trop superficiel pour avoir le moindre intérêt, à l'image du film tout entier : un pet lâché au vent sur un passage piéton. 


Yesterday de Danny Boyle avec Himesh Patel et Lily James (2019)

3 décembre 2013

Trance

Ce film est censé te foutre en transe, t'hypnotiser à mort. On sait que 5% de la population est particulièrement sensible à l'hypnose, c'est le cas de James McAvoy dans le film (et dans la vraie vie). Si le nouveau bébé de Danny Boyle se veut hypnotique et envoûtant, à grand renfort d'effets lourdingues digestes pendant la première demi heure de film, alors nous devons faire partie des 95% restant de l'humanité, totalement immunisés contre tout ce qui est transe. Et trans. Le titre est d'ailleurs évocateur puisqu'on sait tous que Rosario Dawson ne porte pas un prénom de mec pour des clopinettes. Elle veut d'ailleurs dans ce film faire étalage de son impeccable vaginoplastie signée Jérôme Cahuzac, à l'époque où il était ministre du budget et grand boucher de la république. Rosario ose le shaved pussy full frontal pour satisfaire les pulsions intimes d'un James McAvoy féru des toiles de Rembrandt et donc allergique aux poils de zob. La scène a fait le buzz sur la toile grâce aux hashtags #shavedpussy, #homeinvasion, #juicypussy, #sea, #sex, #andsun.




But du jeu : retrouver les clés de la bagnole de James McAvoy. Le personnage se fait hypnotiser pendant tout le film pour retrouver ses clés, qui en fait étaient dans sa penderie. Au bout de vingt minutes de film, on comprend que James McAvoy cherche en fait ses clés pour retrouver un tableau de la Renaissance, et qu'il est de mèche avec Vincent Cassel, et que ce dernier s'arracherait les cheveux pour lui faire retrouver ce tableau qui vaut des milliards de dollars. C'est une histoire de voleurs amnésiques, avec Rosario Dawson qui tire les ficelles, qui fomente tout depuis des millions de kilomètres. On a du mal à croire que tant d'informations puissent contenir dans le cerveau de cette actrice. Le script est ultra tordu et c'est sans doute l'un des plus nazes de ces trente dernières décades, le pire étant qu'il a été pondu par deux camés, rencontrés par Boyle sur le tournage de Trainspotting et enfermés depuis tout ce temps entre quatre murs avec un gigantesque petit train mécanique monté sur des rails de coke pour accoucher un script. Boyle était certain que ces deux cons ne sortiraient jamais de leur panic room et qu'ils ne déballeraient pas deux phrases correctement écrites à la suite. Sauf qu'en 2012, toc, toc, toc, qui est là ? Les deux enculés ! Et on a pensé à oit, Danny "the dog" !




Danny Boyle continue son petit bonhomme de chemin, et à chaque fois on se trouve sur sa route... Toujours par malentendu. Derrière Slumdog Millionnaire il y avait la promesse de découcher. Devant Sunshine, on espérait décoller vers l'astre suprême. Concernant 127 heures, avouons-le, le pitch nous attirait beaucoup. Et enfin comment éviter La Plage et 128 jours plus tard, la vie de blogueur ciné, ça se mérite... Et puis à l'époque internet n'existait pas et Canal+ était déjà un vrai abreuvoir à merde. Bref, entre Danny Boyle et nous, c'est un jeu du chat et de la souris. Dans les meilleurs cas de figure, on est d'abord séduit par le style et le rythme effréné des films du cinéaste, et quand on dit "d'abord", ça dure vingt secondes, puis on se rappelle que c'est ce qui se fait de pire en termes d'imagerie. Dans le cas de Trance, la mise en scène de Danny "Hard" Boyle ne rattrape pas du tout un scénario enfumé. Au contraire elle ne fait que rendre l'histoire encore plus nébuleuse, et c'est bien la frontière à ne pas dépasser quand on réalise un film de braquage supposé être un minimum lisible pour divertir le chaland (faut dire que nous sommes particulièrement cons, nous n'avons pipé mot). Bref, Boyle, on se retrouvera sans doute pour Porno, ton prochain film, et tu nous devras encore une soirée, vieille enflure. Débranche-toi, laisse pisser les années, déconnecte-toi du web, prends ton temps pour souffler, va flairer l'air des océans, coupe les ponts et pense à toi. Est-ce que tu prends du temps pour toi ? C'est important... Pars. Pars au large.


Trance de Danny Boyle avec Rosario Dawson, James McAvoy et Vincent Cassel (2013)

20 octobre 2013

Alien la résurrection

En ces temps où Prometheus ne fait déjà plus du tout jaser, il est bon de se rappeler l'état de déliquescence dans lequel se trouvait la saga Alien avant sa sortie, qui n'a fait que l'enterrer plus profond encore. Il a fallu 15 ans après le quatrième film (sorti en 97) pour parvenir à relancer la machine, et pas question de s'inscrire dans sa suite, il fallait revenir en arrière pour ne surtout pas marcher dans les pas de Jeunet. Si Ridley Scott et James Cameron se disputent vaguement la mainmise sur la franchise, et si Fincher lève le doigt une fois de temps en temps pour rappeler qu'il a mis la main à la pâte vite fait, Jeunet quant à lui, la french touch de la série, a été contractuellement invité à fermer sa gueule à tout jamais par la Fox, qui emploie encore aujourd'hui dix gorilles sur Paris pour cerner la rue Lepic afin de veiller au motus du cinéaste français daltonien, convaincu d'avoir filmé tous ses films en rouge et bleu alors qu'ils sont vert et jaune...



Quand on pense à Jeunet on est triste toute une journée. Pourtant ce film-là, lorsqu'il est sorti, en 97, on l'a tous vu en salles. Poulpard avait 47 ans à l'époque et il nous avait emmenés au ciné dans sa Nissan Micra qu'il surnommait "La Taupe" parce qu'elle était aveugle, comprendre sans phares ni essuie-glaces. Nous venions fraîchement d'atteindre l'âge légal pour voir ce film interdit aux moins de 12 ans. Nous étions donc extrêmement impressionnables, et Poulpard le premier. Bref on était tous excités comme des poux à l'idée de voir un épisode de la saga Alien au ciné, réalisé par un frenchy de surcroît. A l'époque nous n'étions que peu regardants sur un scénario signé Joss Whedon, l'auteur de Dawson Creek, pour un film qui devait initialement être réalisé par Danny Boyle, le plus mauvais cinéaste du monde, qui s'est plus tard vengé de ce rencard manqué avec la science-fiction en réalisant Sunshine, le film au script le plus inique ever. Déjà à l'époque, l'idée de ressusciter Ripley, ça nous paraissait un peu fort de café, mais tout comme les scénaristes de Prometheus nous étions prêts à tracer un trait sur 300 ans de Darwinisme pour en prendre plein la vue, prêts aussi à oublier que des scientifiques capables de voyager dans des vaisseaux spatiaux démentiels, de se mettre en hyper-sommeil et compagnie depuis des lustres, puissent en chier des ronds de chapeaux pour torcher un clone humain qui n'ait pas la tronche à la place des pieds et vice versa.



Malheureusement Jeunet avait réuni toute sa fine équipe : Dominique Pinon, Ron Perlman et Yolande Moreau, qui joue le bâtard alien à la fin du film ainsi que certains des clones foirés de Sigourney Weaver (ceux qui ont un nombril sur le front et les panards à la place des oreilles, opération casting payante qui a permis à l'équipe du film d'économiser des milliards de dollars en trucages et maquillage). Côté technique, on retrouvait Darius Khondji, directeur de la photo passionné par le vert bouteille qui avait déjà officié dans Delicatessen et La Cité des morbacs perdus, mais aussi Pitof, le spécialiste des effets spéciaux, acteur porno gay à ses heures perdues, "une couille et une queue" étant son slogan de travailleur du X. Bref, on retrouvait toute la patte Jeunet dans ce film, car c'était l'époque où Hollywood, quand il était de bonne humeur, laissait encore une petite marge de manœuvre aux réalisateurs en général et aux réalisateurs overseas en particulier. Ainsi tous les personnages sont-ils des débiles profonds, y compris quand ils sont généraux ou scientifiques de renom. Ils ont tous une pire tronche en biais et des tricks physiques indésirables : les épaules ultra velues de Dan Hedaya, la tronche enfarinée de l'enfant de la lune Brad Dourif (homonyme de Brad Pitt à quelques lettres près), etc. Et puis il y a les détails inutiles et agaçants, des chaussettes rayées de Winona Ryder au maillot à l'effigie du FC Sochaux Montbéliard de Ron Perlman en passant par les gadgets idiots, qu'il s'agisse pour le général Hedaya de souffler son haleine de chacal sur une porte pour l'ouvrir ou des pistolets du pirate black accrochés à ses poignets, sans compter les gags à tiroir et autres gestes cools, à l'image de Ripley qui joue au basket et tire un panier à trois points en tournant le dos au jeu et en faisant un doigt d'honneur au spectateur, et ainsi de suite... Et puis il y a ce plan vulgaire et inutile sur le cul en bombe de la femme du chef des pirates, Kim Flowers, un garçon manqué qui avait signé là son arrêt de mort sur pellicule, bref tout un tas de choses qui insultent le genre et tant de monde au-delà du genre.



Le clou du film c'est le "fils" alien, né du nouveau système reproductif de la reine alien devenue mammifère via son jumelage avec Ripley. Le rejeton de ce nouveau mode de gestation, verdâtre lui aussi, est une sorte d'alien humanoïde à gueule de fouine, avec un nez retroussé ridicule au dernier degré et des yeux chassieux insupportables. Spielberg s'était paraît-il inspiré de son chat pour décrire E.T. au marionnettiste Carlo Rambaldi, en charge de le façonner, et assez fier de lui Jeunet s'est inspiré de son propre sexe au repos pour enfanter cette créature ignoble, qui chiale pendant des heures devant sa maman Ripley et finit absorbée par une fuite dans la coque, qui lui fabrique une second trou du cul in extenso. A la fin, on voit le vaisseau de Ripley et de ses potes idiots s'approcher de la planète Terre, de Paname plus précisément, de la tour Eiffel (en faisant pause et zoom on peut voir Amélie Poulain en train de graver MMM sur le sommet), et on se dit qu'on peut voir dans cette scène sans doute imposée par la prod une allégorie du retour express de Jeunet en France, expédié en colissimo recommandé après le crash annoncé de son film en bois. On prie pour que personne ne fasse jamais un numéro 5 ou alors en niant sciemment et consciencieusement la participation de Jeunet à cette saga, qui n'aura été qu'une vaste mascarade. Il y a 15 ans que le film est sorti et personne n'a trouvé la pirouette permettant de poursuivre la franchise sans devenir fou. Il a fallu rebrousser chemin, et ça aura donné Prometheus (LOL).


Alien la résurrection de Jean-Pierre Jeunet avec Sigourney Weaver, Dominique Pinon, Winona Ryder, Ron Perlman, Gary Dourdan et Dan Hedaya (1997)

15 juin 2012

Mensonges d’État

Ce Scott-là, ce Ridley Scott-là, on n'en parle pas assez. Il est un peu passé incognito. Pourtant Russell Crowe et Léonardo DiCaprio, s'il vous plaît. C'est un peu comme si un cinéaste français reconnu, respecté, bien installé, bref un équivalent de Ridley Scott en France, mettons Bertrand Tavernier (notez que les deux hommes se ressemblent comme deux gouttes d'eau), réunissait enfin et pour la première fois Vincent Lindon et Benoît Magimel ! C'est pas rien. Matez plutôt : Magimel explose dans La Vie est un long fleuve tranquille l'année même où Léonardo Dicaprio, dit le Capétien, crée le buzz à même un paquebot sombrant tête-bêche par mer calme dans Twitanic. Les deux acteurs suivent ensuite la même trajectoire puisqu'après une brève traversée du désert (deux mois pour Das Caprio, vingt ans pour Magimels, mais en Amérique tout va plus vite), faite de boutons d'acné éclatés et de cicatrices faciales lentement résorbées, ils émergent à nouveau en tant que bellâtres, boloss trentenaires méconnaissables, aux dents longues rayant le parquet (cette trajectoire valant surtout pour Magimel). A ma gauche, Crowe, originaire d'Australie, à ma droite Lindon, PACA, tous deux natifs de zones littorales ensoleillées qui leur ont donné cette peau tannée prête à tout incarner et à s'étirer dans tous les sens pour accueillir chaque nouveau rôle. Même carrure ancestrale, mêmes épaules viriles et caffies de tics (l'un a su les dompter, l'autre les cultive et a choisi d'en faire son fond de commerce, vous saurez les reconnaître). Crowe a explosé dans le rôle d'un gladiateur dans Gladiator puis dans celui d'un matheux dans Un Homme d'Exception, Lindon a fait son trou très simplement, en incarnant l'homme du tout venant, celui qui rêve justement d'être gladiateur et de remporter la médaille de Fields mais qui s'en tient à son boulot de bricolo.


Leonardo Dicaprio sur le tournage de Titanic.

Réfléchissez bien : il n'y a qu'un pas entre Scott, qu'on surnomme "l'internet living database", et Tavernier, qu'on appelle "L'encyclo incomplète Tome 1 du cinéma français, de AA à AB". Scott et Tavernier ont tous deux marqué un genre, le film de SF pour Scott (Alien, Blade Runner, rien que ça ! littéralement rien que ça...), le polar noir pour Tavernier (Le Juge et l'assassin, L627). Clin d’œil (ou hasard ?) entre les deux hommes qui s'estiment et se respectent : la planète où se pose le Nostromo au début d'Alien le huitième passager s'appelle L.627 en hommage au film policier du réalisateur borgne hexagonal, alors qu'en 1971 Tavernier n'avait même pas encore eu le fœtus de l'idée du film, réalisé 13 ans plus tard, 13 ans ! soit pile l'âge mental du frère de Ridley Scott, Tony (aka le meilleur ami de Denzel Washington). Que de coïncidences, que de recoupements entre les deux maestros. Et ne faut-il pas voir dans ce film, Mensonges d’État, une métaphore filée et filmée de la relation contrariée d'amour-haine à la "je t'aime, itou" qui unit Scott à Tavernier, les deux reflets d'une même image (déformée à mort), les deux faces d'une même pièce cabossée, puisque les deux personnages du film sont sans cesse éloignés tout en étant reliés par un cordon téléphonique.


"Allo, allo... Tu me reçois ?"

Tout le film consiste en une série d'appels cellulaires entre les deux compères, pour autant de conversations pas très intéressantes vu que ce ne sont que bodies of lies (le titre en VO). Depuis Washington, Russell Crowe ne déblatère que des mensonges d’État à Léo Dicaprio. L'acteur, à la lecture du scénario, a demandé à ce qu'on lui fournisse un kit main libre sans lequel il ne s'estimait pas en mesure de tenir la longueur. Caprio est quant à lui dans le désert, ravi d'avoir rayé une case de plus sur sa liste des "grands réals américains" avec lesquels il "faut" avoir tourné. L'acteur a dressé cette liste à l'âge de 12 ans et il le regrette amèrement quand il se rend compte que ça l'a poussé à jouer avec Baz Lhurmann, Danny Boyle ou Scott Calvaire (et c'est pas un nouveau sobriquet pour Ridley Scott... Scott Calvaire existe vraiment, il a réalisé Rambo Verlaine, le célèbre film sur le poète ultraviolent rescapé du vietnam). Bref nous sommes ressortis éberlués de ce film au script très téléphoné. Mais terminons en réparant une injustice fatale pour le petit dernier de la famille Scott, Bobby, qui s'est donné la mort tout récemment, retrouvé pendu dans son salon avec pour tout dernier message assez lugubre deux télés qui diffusaient en boucles les dvds des films de ses frères (dans un vacarme terrifiant du coup). On cite toujours "Ridley et Tony (Scott)", mais pourquoi ne jamais citer le troisième larron de la famille, qui ne faisait pourtant pas moins de la merde que ses deux frères aînés. Il était maquereau, proxénète, un métier comme un autre, dans lequel il était également très connu et respecté, et nous ne voyons pas en vertu de quoi il ne devrait pas avoir droit de cité, faisant partie de la fratrie autant que les deux autres débiles. On voulait quand même le dire. Mais c'est trop tard maintenant.


Mensonges d’État de Ridley Scott avec Russell Crowe et Leonardo DiCaprio (2008)

22 juillet 2011

Wrecked

Le plot : un homme (Adrien Brody) se réveille très amoché dans une voiture accidentée, tombée au beau milieu d’une forêt dans une région escarpée (sans doute les Rocheuses). Jambes coincées, sans souvenir de l’accident ni de son identité, cet homme va devoir s’extirper de la bagnole pour avoir une chance de survivre...

127 heures, Buried, Frozen... Il y a un petit paquet de films de ce genre qui sortent en ce moment. Des films dont les scénarios se limitent à un pitch minimaliste, comme autant d’histoires de survies impossibles qui sont à la fois autant de défis que s’imposent des cinéastes qui n’ont pas froid aux yeux. Des films qui, avec leurs scénars très limités, viennent forcément titiller la curiosité des cinéphiles intrépides, dont je crois faire partie puisque j'ai vu les trois longs métrages cités. Dans 127 heures, Danny Boyle nous dépeignait en split-screens la petite semaine d’emmerdes de James Franco, coincé sous un rocher, condamné à boire son pipi et à se manger le bras pour s’en tirer. Dans Frozen, du jeune réalisateur Adam Green, nous nous retrouvions perchés dans le vide, sur un télésiège tombé en panne, en compagnie de trois jeunes individus ayant eu la sale idée de faire du ski et de s’attaquer à une piste noire, à minuit, la veille d’un jour férié ! Deux d’entre eux, les deux mecs, finissaient dévorés par des loups après avoir tenté le grand saut, tandis que la meuf s'en sortait grâce à son gros cul, non sans quelques gerçures. L'an passé, Buried avait fait le buzz grâce à la petitesse du cercueil en bois dans lequel Ryan Reynolds et nous autres spectateurs passions tout le film. A part ça : quelques coups de fil dénonçant l’inefficacité du service-clients Orange, un serpent concupiscent trainant dans le futal de l'acteur, et... c'est tout, à l’ouest, rien de nouveau dans ce thriller très laborieux ! Essential Killing pourrait presque être rapproché de ces films, mais ça serait vraiment ne pas faire hommage à l’œuvre puissante et inspirée de Jerzy Skolimowski !



Ces films donnent souvent l’occasion pour un acteur de se risquer à une prestation difficile et extrême, avec la promesse d’occuper seul l’écran pendant la quasi totalité du long-métrage. C'est tout à fait le cas dans Wrecked et Adrien Brody s’en tire plutôt bien, il n’y a rien à lui reprocher. Après, on pourra toujours passer des heures à débattre autour du "cas Brody", à essayer de comprendre les choix de carrière de cet acteur au profil unique qui n'en fait qu'à sa tête depuis sa consécration précoce grâce à son rôle dans Le Pianiste de Polanski. L’homme doit être un déconneur, il doit aimer les films de genre, pas prise de tête. L'explication doit être aussi simple que ça. Adrien Brody est un peu la version masculine d’Hilary Swank, également consacrée pour sa prestation dans Million Dollar Baby et qui depuis aligne les obscurs thrillers sans le sou, assez peu aidée, il est vrai, par sa tronche de mec. Il est aussi la version soft de Nicolas Cage, les coups d’éclat en moins. En bref, c’est un acteur fascinant.



Mais que dire de Wrecked ? Le film n’est pas si mauvais, c’est même sans doute mieux que Buried, qui avait pourtant eu le bonheur de connaître une sortie en fanfare, en étant globalement salué par la critique et le public. Ici, le réalisateur se tient à son idée et colle à son concept jusqu’au bout avec, il me semble, plus de rigueur que Rodrigo Cortés. On passe véritablement tout le film à la place d’Adrien Brody et le réalisateur met un point d’honneur à respecter le point de vue de son personnage, sans jamais nous montrer davantage ni s’écarter de sa ligne imposée. Grâce à cela, Wrecked se regarde, assez mollement, mais se regarde néanmoins sans faillir. Michael Greenspan parvient à rythmer son film et à répartir les éléments clés de son récit de façon telle que l’on reste devant notre écran à suivre cette petite histoire, avec un brin d’intérêt. L’envie d’en connaître le fin mot est toujours un peu plus forte que celle d’y mettre fin prématurément, mais ça se joue toujours à pas grand chose.



A part ça, on a droit à presque toutes les situations incontournables de ces films de survie. Adrien Brody est ainsi consécutivement amené à manger des fourmis rouges et à se ruer sur une flaque d’eau pour se sustenter, à se raconter des vannes tout seul pour passer le temps, à se faire pipi dessus pour se réchauffer, et surtout, à avoir de sacrées hallucinations qui l'aident ou le ralentissent dans ses efforts. Pas grand-chose de neuf, donc, et le dernier secret du film, lié à l’identité du personnage principal, a le défaut de nous être dévoilé de façon assez grossière via un flash-back final un peu facile. Mais malgré cette dernière fausse note et sa vacuité globale, Wrecked n’est pas la daube tant redoutée. J'éprouve de la sympathie pour Brody.


Wrecked de Michael Greenspan avec Adrien Brody (2011)

12 mai 2011

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

Il paraît que ce film de Woody Allen s'est fait démonter par la critique... Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Surtout qu'il y a bien d'autres films sur lesquels se déchaîner... Alors évidemment, c'est pas un grand film, pas un chef d'œuvre ni rien de tel (j'ai presque envie de rappeler : "Ow, ça reste Woody Allen..."), mais ça se regarde avec plaisir, vraiment. Et je le préfère infiniment à la plupart des derniers films du cinéaste binoclard, notamment ceux qui font la part belle à Scarlett Johansson, à commencer par Match Point, qui avait reçu les louanges d'à peu près tout le monde alors que je ne le trouve pas bon du tout, sans causer du médiocre Scoop et surtout de Vicky Cristina Barcelona, qui me semblent infiniment plus mauvais. D'ailleurs, ce dernier, si on me forçait à le revoir, il me plomberaient complètement. Ce film vaut strictement que dalle ! C'est une carte postale de l'Espagne ultra-cliché. Enfin bref. Pour moi l'année 2010, celle de la sortie de Vous allez rencontrer un gros titre à rallonge de merde, est donc un bon "cru", comme il est de coutume de dire quand on cause du film annuel de Woody Allen. 
 
 
Sur votre droite, ce n'est pas un bel et sombre inconnu, c'est Anthony Hopkins, qui est tout de même célèbre en-deçà des Pyrénées.
 
Déjà, les acteurs ont tous l'air à leur place, légitimes et appropriés. On n'a pas le sentiment qu'ils sont là histoire de rajouter à leurs filmographies un petit Woody Allen, ce qui fait toujours bien dans le milieu. Non, là, même le gros Josh Brolin, que je n'aime pas beaucoup d'habitude, s'avère crédible et juste dans son rôle d'écrivain raté qui n'éprouve plus rien pour sa femme, Naomi Watts, elle aussi très bien. Puis Antonio Banderas est nickel dans son petit rôle de beau vieux (avec juste deux scènes payées des clopinettes, si j'étais une meuf il m'aurait à l'aise, en tant que mec aussi je le dégomme). Quant à l'inénarrable Sir Anthony Hopkins, l'acteur a peut-être le rôle le plus grossièrement écrit mais il lui donne une certaine épaisseur en étant assez remarquable, plutôt subtil dans son jeu, et c'est assez exceptionnel pour être souligné. L'actrice indienne Freida Pinto, qui était vulgaire et insupportable dans Slumdog Millionaire sous la caméra de l'infâme Danny Boyle, est ici d'une beauté rare. On comprend que Josh Brolin perde ses moyens face à elle et qu'il se mette à lui déblatérer ses pires astuces de routier.
 
 
"Tu vas faire un film avec Woody Allen"
 
Quant au film, plus généralement, il est mené à un rythme très soutenu et je ne me suis ennuyé qu'un quart d'heure, ce qui est pas mal avec un Woody Wood Allen récent. Il est assez léger, tantôt grave, mais c'est la légèreté qui l'emporte clairement, et c'est tant mieux, ça donne au film un charme désuet que n'avaient pas certains des derniers Allen, parfois un peu trop démonstratifs, moralisateurs, schématiques. Ici Woody Allen donne davantage l'impression de nous faire croquer un bout de la vie de plusieurs personnages et il nous quitte même en laissant certaines intrigues en suspens, ce qui n'est pas plus mal. C'est rarement surprenant, mais je me suis laissé aller dans son récit sans souci. Je peux peut-être comprendre que ceux qui préfèrent les Woody Allen focalisés sur un personnage principal cynique incarné par lui-même ou un alter ego (comme c'était le cas dans Whatever Works, qui m'avait bien plu aussi) puissent être déçus par ce film. Mais pas moi. Après je ne cache pas que j'ai passé une super soirée quand je suis allé voir ce film au ciné. J'étais avec mes beaux-parents qui sont déjà vraiment sympathiques et puis on a terminé la séance avec un repas pantagruélique dans une taverne bavaroise qui sert tripes sur tripes, tripoux à l'entrée, andouillette AAAAA en plat de résistance, boudin blanc en sorbet béchamel au dessert, le tout noyé dans la choucroute et le pinard bouchonné, bref, le pied ! Or il se peut qu'une soirée si géniale, doublée d'une digestion compliquée, ait quelque peu influencé mon appréciation du film en bois de Woody Allen.
 
 
Josh Brolin est un mateur.
 
Parce qu'en y repensant avec du recul, et quitte à passer pour un indécis en complète contradiction avec lui-même ou pour un schizo, il faut bien dire que l'histoire ne présente aucun intérêt. On a déjà vu et entendu ça un bon million de fois, ces personnages pathétiques qui en chient avec leurs sentiments et qui remettent en cause leur vie affective... Le vieillard qui a peur de vieillir, qui fait du sport et qui épouse une playmate bodybuildée ; l'écrivaillon raté en jogging Reebok qui tombe dingue de sa voisine d'en face, une indienne qui a pris son intégration ibérique à bras le corps en apprenant à jouer de la mandoline, prompte à éveiller un besoin d'adultère chez l'écrivain raté qui la reluque, lequel se fout dans la merde en pompant le manuscrit de son ami dans le coma ; on a aussi droit à la trentenaire fanée par sa vie de couple peu trépidante qui tombe amoureuse de son patron et qui est triste parce qu'elle voudrait avoir un premier enfant avant d'être grand-mère ; la vieille mamie un peu tarée et déboussolée par son divorce qui fait caguer tout le monde avec sa voyante attitrée... Personnellement j'en ai rien à faire de leurs histoires. C'est la même soupe que nous vomissent tous les derniers Woody Alien depuis pas loin de dix piges. Une galerie de portraits sans intérêt, un mixte de personnes bavardes comme pas deux et aux dialogues sans saveur, le tout filmé le plus platement possible par un fantôme des plateaux qui nous fait suer chaque année en ouverture du festival de Cannes avec son nouveau navet printanier. C'est du théâtre de boulevard sans qualité, basé sur des personnages caricaturaux. L'histoire est vaine, la morale finale est foireuse. T'as fini Allen ? 
 
 
"Non, je déconne pas, j'ai beau avoir 76 ans, je reste vigoureux. Là je la tiens avec ma main gauche parce qu'elle tremble toute seule. Mais je te démontre comment je dois la tenir au repos avec ma main droite pour ne pas me pisser dessus..."
 
Et si le film a quelque chose de "sympathique", s'il se laisse mater sans broncher (ce qui n'est certainement pas un gage de qualité), c'est uniquement parce qu'il est rythmé et qu'il semble enjoué, n'empêche que c'est jamais drôle ni subtil, et c'est pas un plan séquence de cinq minutes avec des acteurs qui s'engueulent dans le champ en nous rappelant toutes leurs années de labeur à l'Actor's Studio qui va sauver ce naufrage. On est en droit d'attendre mieux de Woody Allen (tous ses derniers films sont ratés si on y repense) que ce navet bourré de clichés et de facilités, comme la voix-off bien pratique pour s'éviter de mettre joliment en place le récit de ce qui n'est qu'un film choral de plus. C'est nul. Des derniers Woody Allen j'ai largement préféré Vicky Christina Barcelona (qui était complètement naze) !
 
 
Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu de Woody Allen avec Naomi Watts, Josh Brolin, Anthony Hopkins et Antonio Banderas (2010)

15 janvier 2011

127 Heures

Hier soir, 3h du mat’. « Houla Rholala Gaga Lalala Houla Houlala Brouhaha Skunchacha». Les lyrics endiablées de la brillante Lady Gaga font vibrer mon portable qui me signale que j’ai tout simplement reçu un nouvel SMS. Le premier depuis 2011. « Bonne Anné ! ». Expéditeur : NDE. NDE, ça signifie « Near Death Experience ». C’est sous ce nom-là que j’ai enregistré Aron Ralston dans mon répertoire téléphonique et c’est comme ça que je le surnomme, les rares fois où l’on se croise. Oui, vous avez bien lu : Aron Ralston, le Aron Edgard Samassa Lou Ralston de ce film. Je le connais par l’intermédiaire du Tank, dont je vous ai déjà dit quelques mots, et qui est un bon pote à lui. Ils ont un peu la même philosophie de vie. Ils en ont vu des vertes et des pas mûres. Ils sont plusieurs fois rentrés dans le fameux tunnel, celui menant vers l’au-delà, pour mieux rebrousser chemin, et croquer à nouveau à pleine dents dans leurs chiennes de vie. Ces types-là, ce sont pour moi des exemples, des modèles, des héros. Des hommes qui méritent toutes les médailles du monde. Un monde qui les ignore et leur préfère les Bono et autres starlettes de pacotilles, singeant de semer la paix pour mieux récolter les dollars. Aron Ralston est un héros, un vrai, et son aimable texto m’a rappelé que l’une des anecdotes de son chemin de croix venait d’être mise en image par le dénommé Danny Boyle.



Cette histoire, je la connaissais par cœur, Aron me l’avait déjà racontée autour d’une canette de Fink-Brö et de quelques animaux morts, lors d’un road trip. Le road trip, littéralement : excursion sur route, c’est cette nouvelle pratique à quatre roues motrices tout droit venue d'outre-atlantique que l’on peut d’une certaine façon rapprocher d’une autre tradition initialement américaine : l'enterrement de vie de garçon. Sauf que dans le road trip, il est hélas moins fréquent qu'on retrouve des strip-teaseuses, et les hommes sont en général plus proche du divorce que du mariage. Le véritable road trip consiste à tester ses capacités à survivre en milieu hostile. Il s’agit tout simplement de se munir d'une bande de potes, de quelques boissons, d'un équipement de campeur, de quelques armes à feu, d'un bon 4x4 et de se diriger vers des endroits isolés, à la recherche de la tranquillité, d'un certain retour aux sources, tout en adressant un grand "NON" à toute sorte de féminité. Il s'agit souvent de resserrer les liens d'amitiés purement masculins, basés sur l'entraide, la complicité, la pêche, l'humour huileux, l'esprit de compétition et la loyauté. Les discussions sont alors souvent ponctuées par des remarques situées en dessous de la ceinture, par des avis plein de virilité et des conseils avisés, en vue de sauver des couples en perte de vitesse. Intrigué par ce nouveau phénomène de mode, j’avais donc déjà été convié par mes deux potes Tank et NDE (que je prononce Ned, car c’est quand même plus commode) à les suivre dans leur propre road trip, méticuleusement organisé par leurs soins, de la sortie du garage jusqu'au séquoia géant où on a fini notre parcours et qui gardera à jamais la trace du pare buffle de notre 4x4.



C’est donc lors d’un des rares temps morts de ce road trip, pendant que nous dégustions un petit marsupial cuit au feu de camp et que le Tank dormait les yeux grands ouverts à quelques pas de nous, que NDE s’est approché de moi, a posé son seul bras valide autour de mon cou, et m’a raconté cette histoire, celle-là même qu’il a reproduit sur papier, dans son roman intitulé Between a Rock and a Hard Place, quelques années plus tard, pour financer ses excursions. Ce livre, où NDE a choisit de ne pas tout dire dans le simple but d’être accepté par une maison d’édition, c’est mon bouquin de chevet, et tout le monde ne peut pas se targuer d’avoir son livre préféré, de son auteur favori, dédicacé par le sang de ce dernier. Tout ça pour dire, vous l’aurez compris, que je connais cette histoire sur le bout des doigts. Et même si je ne l’avais pas lue et relue dans sa version « tout public », je la connaitrais tout aussi bien étant donné qu’on a tendance à se rappeler des choses qui nous sont chuchotées par la voix diabolique d’un homme au visage brûlé. Vous aurez donc deviné que c’est avec une certaine appréhension que j’ai lancé le dernier film de Danny Boyle sitôt après la lecture du SMS de celui que je considère comme mon co-mentor. Peut-être la même appréhension que celle que peut ressentir un nostalgique du 3ème Reich avant de regarder Das Untergang.



Le début du film m’a plutôt emballé, je dois l’avouer. Et pourtant, je ne suis pas le premier fan de Danny Boyle. Mais il y a quelque chose, dans le style si exubérant de ce cinéaste camé, qui me rappelait immédiatement mon si cher ami Aron. Ses écrans divisés en plusieurs bandes, ces images qui se succèdent à toute allure, cette BO entraînante lancée à plein volume, ce rythme effréné, bientôt coupé dans son élan, tous ces éléments faisaient que je m’y retrouvais complètement. J’étais « dedans » et très rassuré de voir que ce film était bien parti pour rendre adroitement hommage à NDE. Ce dernier est d’ailleurs incarné avec énergie par le jeune acteur James Franco, au physique plus quelconque que lui, mais peut-être plus au goût de la majorité. NDE se voit notamment débarrassé de son bec de lièvre et de son « troisième œil », celui qui est apparu sur son omoplate gauche pendant son escapade au Népal, où il a manqué plusieurs fois d’être gobé tout cru par un cougar le prenant en traître. Miracle de la nature, ce troisième œil, dit-il, a dû pousser là pour lui « rappeler de chécker » ce qui se trame dans son dos. A présent, il y est condamné : Aron a une vision circulaire, couvrant un angle incroyable, qu’on ne peut pas s’imaginer, tout comme on peut difficilement se mettre à la place de nos amis araignées. Les trois bandes d’images, procédé usé jusqu’à la corde par notre ami Danny Boyle, est d’ailleurs peut-être un clin d’œil discret mais malin adressé à son personnage principal, que lui seul et ses intimes reconnaîtront. Aron se voit également enrichi de la partie droite de son cuir chevelu, celle-là même qu’il avait pourtant perdue des années avant la date à laquelle est supposée se dérouler l’action du film, lors d’une soirée trop arrosée et tout simplement passée trop près d’une bougie. Bon, pour faire court, NDE est un véritable freak, à peine humain, qui prend ici les traits d’un éphèbe. Ô magie d’Hollywood, quand tu t’attaques à l’un des mes proches, je suis mal placé pour t’en vouloir !



Revenons sur le film, que j’ai entamé avec appétit. Ces effets de style insupportables, si chers à Danny Boyle, je les trouvais donc très à propos, bienvenus, convenant parfaitement à ce personnage hors norme dont il retrace la mésaventure. Le cinéaste britannique prend du plaisir à filmer les paysages magnifiques des gorges de l’Utah dans lesquels Aron avait choisi de se perdre, et ça se voit, il nous fait croquer. Il nous gratifie de quelques plans très graphiques, très agréables à l’œil, et sur lesquels la compagnie Microsoft ne cracherait pas pour en faire les fonds d’écran du prochain Windows. Auréolé de son oscar du meilleur réalisateur grâce à l’infâme Slumdog Millionnaire, Danny Boyle est clairement au sommet de son art. J’étais curieux de savoir comment il gèrerait ce qui devait être le cœur du film : les 127 heures annoncées par le titre. 127 heures passées au fond d’un canyon, coincé entre un rocher et une falaise, le bras d’Aron complètement écrasé, bloquant son corps, condamné à rester debout.



Au départ, Boyle s’en tire bien. Ou plutôt devrais-je dire : James Franco s’en tire bien, car l’acteur y est pour beaucoup, c’est un véritable festival. Seul à l’écran, il parvient à capter l’attention, et j’ai même un instant cru voir cette lumière si particulière qui anime en permanence le regard de mon véritable Aron. Ce léger scintillement irrégulier, qui doit en réalité être présent dans tous les yeux des personnes qui ont déjà trop longtemps maté la grande Faucheuse en face. J’ai été bluffé. Je ne sais pas si c’est encore un secret de l’Actor’s Studio, ni quel régime s’est imposé James Franco pour le rôle, mais c’est très fort et je dis un grand « bravo ».



Le film continue donc à se regarder avec un certain plaisir. Les détails les moins craspecs de l’aventure d’Aron nous sont montrés. Les autres pas, et je préfère les garder pour moi, par respect pour cet ami qui m’est si cher. Nous avons donc droit à Aron buvant sa pisse, s’inventant des rêves érotiques bon enfant pour passer le temps, profitant de son quart d’heure de soleil quotidien, se confessant devant son caméscope, rêvant du jerricane de Coca-Cola laissé dans son 4x4, se remémorant sa famille avec émotion, etc. Tout ça, Aron me l’avait mieux raconté, avec son vocabulaire très pauvre et son parlé si riche, mais je reconnais qu’il ne m’a pas été désagréable de le voir à l’écran, même si ça n’était pas tout à fait à la hauteur.



Dans un premier temps très bien amenées, ces séquences de flash-back sont ensuite dynamitées par la grande lubie de Danny Boyle qui consiste, comme évoqué précédemment, à diviser son écran en autant d’images et à nous faire encore subir ces effets lourdingues qui finissent forcément par énerver. Nous avons ainsi droit à un quart d’heure assez abominable, survenant au deux tiers du film, qui vient abîmer un long-métrage qui jusque-là se tenait bien. Il faut croire que Danny Boyle a mal choisi son titre, car si à travers lui il met en avant le fait que notre héros a été capable de survivre six jours et cinq nuits au fond d’un canyon, il ne rend qu’encore plus frappant le fait qu’il est lui-même infoutu de convenablement remplir 1h30 de bobine avec une histoire pareille. Triste constat.



La fin du film, après qu’on ait assisté au découpage de bras d’Aron (celui-ci est rendu plus douloureux à voir qu’à entendre, à cause encore une fois de l’insistance de notre britannique excité), est largement édulcorée. Le happy end à l’américaine a remplacé la dure réalité. Car sachez bien que lorsque mon pote Aron est sorti de son trou, tout ensanglanté, un moignon à la place de son avant-bras droit et une mine de mort-vivant, les promeneurs ne l’ont pas accueilli à bras ouverts. Non, loin de là. Ces cons-là lui ont surtout jeté des cailloux, pensant avoir affaire au célèbre Big Foot ou à un sous-homme qu’il fallait éliminer en vitesse. J’espère seulement qu’Aron ne verra jamais cette fin, il risque de mal l’encaisser… Malgré cela, et pour dire plus rapidement ce que j’ai pensé de 127 Heures, je conclurai en affirmant qu’il s’agit tout de même du meilleur film de Danny Boyle (je déteste tous les autres). Et si ce dernier n’était pas retombé dans ses travers, ce film aurait pu être encore plus réussi.

Je n’ai aucune nouvelle de Aron depuis son texto, auquel j’avais assez simplement répondu « Bonne Année à toi ! Quoi de neuf ? » (nos rapports sont simples, simples mais profonds). En envoyant cela, je savais bien que je n’aurai peut-être jamais de réponse. Peut-être suivrai-je bientôt une de ces aventures sur grand écran ? Le Tank m’a confié qu’il préparait un nouveau livre, sobrement intitulé A Surviving Story. Pour la nouvelle année, le Tank aussi a eu de ses nouvelles. Il a reçu une carte postale de Somalie, où il y avait seulement noté en lettres majuscules, d’une écriture tremblotante fendant la carte en diagonale : « L’ENDROIT LE PLUS DANGEUREUX DU MON ». Les deux dernières lettres manquantes ne laissent rien envisager de bon au Tank, bien connu pour avoir le nez creux, mais de mon côté, je suis persuadé qu’il s’agit d’une petite facétie de ce bon vieux NDE. Et je n’ai à présent qu’une hâte, c’est que soit adapté le célèbre road trip qu’il avait entreprit durant l'été 2005, soit deux ans après celui revu et corrigé par Danny Boyle, deux ans plus tard et un bras en moins ; celui où il fut obligé de noyer son propre frère pour utiliser son corps inerte comme un radeau afin de ressortir indemne d'un torrent de boue, entouré de gros crocos... Tétanisant !


127 Heures de Danny Boyle avec James Franco (2011)

5 mars 2009

Slumdog Millionaire

Mon mot d'ordre "Pas de violence, c'est les vacances" m'a amené à ne rien dire de ce film pendant mes congés annuels. Mais là, je suis enfin rentré d'une semaine de ski, j'ai les deux pieds plâtrés. On m'appelle le Big Foot, et pas seulement parce que j'ai passé 7 jours à Chamonix à enlever des femmes au hasard pour les conduire dans ma caverne maléfique. Je suis surement recherché, et elles encore plus que moi. Maintenant que je suis de retour chez moi, j'ai bien envie de régler son compte à Danny Boyle.

Après avoir révolutionné le cinéma d'horreur avec 28 Jours plus Tard, où il avait eu l'idée folle de faire courir des zombies, Danny Boyle, avec Sunshine, s'est risqué au film de SF dit d'anticipation qui a plutôt provoqué chez moi une constipation. Il faut dire que ce soir là, je m'étais envoyé le combo kébab + chili con carne + aligot. C'était pas bien. Ma maman m'avait appelé juste après le repas. Nous deux, on est liés. Quand il m'arrive un truc grave, généralement elle le sent. Alors j'allais à reculos voir Slumdog Millionaire, pourtant fraîchement récompensé de l'Oscar du meilleur film.


 
J'ignorais hélas que les Oscars avaient arrêté le cinoche, pour mieux consacrer les publicités. Car Slumdog Millionaire est une pub longue de 2 heures, avec un clip de MIA au beau milieu. C'est le seul film où vous sortez de la salle, avec sur les épaules un tapis, au bras une pute indienne, au front un trou, à demander à tous les passants où se trouve le restaurant Taj Mahal, avec buffet à volonté et des plats si épicés que vous pouvez littéralement trouer les murs de ce boui-boui en pétant. Pour faire vite, c'est l'histoire d'un indien des bidonvilles qui devient plein aux as après être parvenu à venir à bout du jeu "Qui veut gagner des millions ?". Chaque question est l'occasion d'un flash-back nous racontant une anecdote de la vie du héros, nous faisant comprendre comment ce grand dadais inculte connait la réponse. Un procédé narratif soi-disant malin qui devient très vite machinal et chiant. Le fil conducteur de ses retours en arrière répétés est une histoire d'amour des plus banales, à aucun moment crédible ni touchante, où notre héros tuerait père et mère pour retrouver une fille perdue, qu'il aime car elle est la seule qu'il a connu. Une belle histoire donc. Le choix des actrices pour incarner le personnage de la fille à différents stade de sa maturité est également intéressant. Petite fille, nous avons droit à une actrice mignonne parce qu'étrange, avec ses yeux d'oriental démesurés, très typée. Adolescente, la petite fille s'est drôlement affinée, on ne la reconnaît quasiment plus, elle devient une sacrée bonnasse. Adulte, voilà t'y pas que c'est l'actrice qui incarnait Predator dans Predator qui reprend le flambeau. On n'y croit pas une minute. Elle est censée être une belle femme, alors elle a abandonné ses attributs indiens, c'est seulement une européenne un peu bronzée, au visage inexpressif. C'est la beauté selon Boyle. Trouvée après un casting de mille et une nuitées.



Le générique du film est une danse chorégraphiée. Comme pour en rajouter une petite couche dans le kitsch dégueulasse que le film semble cultiver fièrement. Ou quand Hollywood rencontre Bollywood, pour le plus affreux des mélanges, orchestré par le plus laid des anglais.

Sur ce, je vous abandonne, je trace au Rajpour pour déguster une salamandre. C'est bien la première fois que je porte et un string, et un slibard, et un slip kangourou, et un boxer et un caleçon. Mais bordel, qu'est-ce que c'est bon !

P.S. : Et détrompez-vous, malgré ce que pourrait laisser penser le profil déchiré qui fend l'affiche en deux, ce n'est pas notre bien-aimé Franck Ribéry national qui joue le rôle du fameux Slumdog. Il est néanmoins millionnaire, et on est contents pour lui. Au moins, celui qu'on nomme outre-Rhin "Le Kaiser" doit ses millions à son adresse balle au pied, et non à la Française des Jeux.


Slumdog Millionaire de Danny Boyle avec Dev Patel et Anil Kapoor (2008)

11 février 2008

Sunshine

Le pitch de poche : Le soleil décède petit à petit, une équipe d'astronautes physiciens s'en va le réparer à bord d'une montre géante, sans le bracelet, que le cadran. Ils envisagent de rentrer dans le soleil pour changer les piles et le relancer afin que la vie sur Terre subsiste. C'est là que Trey (un des trois passagers de la montre), fait des calculs et se plante : "j'ai merdé", répète-t-il, de 1,1 degré dans le calcul de la trajectoire de la montre gousset volante, ce qui va causer de sacrées brûlures à plusieurs degrés sur les différents passagers au fil du film. Vous l'aurez compris c'est un slasher. Petit à petit, le soleil tue les gens, sans porter de masque, ce qui l'écarte un peu du genre.


Le seul intérêt du film : Rose Byrne a très très chaud...

L'idée c'est d'aller dans le soleil pour changer ses piles. C'est le scénario le plus con possible et pourtant des tas de types ont misé plusieurs millions de dollars dessus, et tout un tas d'autres gens ont donné 7 euros au multiplexe le plus proche pour voir ça et ils ont adoré.


Sunshine de Danny Boyle avec Rose Byrne et Michelle Yeoh (2007)