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12 mai 2011

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

Il paraît que ce film de Woody Allen s'est fait démonter par la critique... Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Surtout qu'il y a bien d'autres films sur lesquels se déchaîner... Alors évidemment, c'est pas un grand film, pas un chef d'œuvre ni rien de tel (j'ai presque envie de rappeler : "Ow, ça reste Woody Allen..."), mais ça se regarde avec plaisir, vraiment. Et je le préfère infiniment à la plupart des derniers films du cinéaste binoclard, notamment ceux qui font la part belle à Scarlett Johansson, à commencer par Match Point, qui avait reçu les louanges d'à peu près tout le monde alors que je ne le trouve pas bon du tout, sans causer du médiocre Scoop et surtout de Vicky Cristina Barcelona, qui me semblent infiniment plus mauvais. D'ailleurs, ce dernier, si on me forçait à le revoir, il me plomberaient complètement. Ce film vaut strictement que dalle ! C'est une carte postale de l'Espagne ultra-cliché. Enfin bref. Pour moi l'année 2010, celle de la sortie de Vous allez rencontrer un gros titre à rallonge de merde, est donc un bon "cru", comme il est de coutume de dire quand on cause du film annuel de Woody Allen. 
 
 
Sur votre droite, ce n'est pas un bel et sombre inconnu, c'est Anthony Hopkins, qui est tout de même célèbre en-deçà des Pyrénées.
 
Déjà, les acteurs ont tous l'air à leur place, légitimes et appropriés. On n'a pas le sentiment qu'ils sont là histoire de rajouter à leurs filmographies un petit Woody Allen, ce qui fait toujours bien dans le milieu. Non, là, même le gros Josh Brolin, que je n'aime pas beaucoup d'habitude, s'avère crédible et juste dans son rôle d'écrivain raté qui n'éprouve plus rien pour sa femme, Naomi Watts, elle aussi très bien. Puis Antonio Banderas est nickel dans son petit rôle de beau vieux (avec juste deux scènes payées des clopinettes, si j'étais une meuf il m'aurait à l'aise, en tant que mec aussi je le dégomme). Quant à l'inénarrable Sir Anthony Hopkins, l'acteur a peut-être le rôle le plus grossièrement écrit mais il lui donne une certaine épaisseur en étant assez remarquable, plutôt subtil dans son jeu, et c'est assez exceptionnel pour être souligné. L'actrice indienne Freida Pinto, qui était vulgaire et insupportable dans Slumdog Millionaire sous la caméra de l'infâme Danny Boyle, est ici d'une beauté rare. On comprend que Josh Brolin perde ses moyens face à elle et qu'il se mette à lui déblatérer ses pires astuces de routier.
 
 
"Tu vas faire un film avec Woody Allen"
 
Quant au film, plus généralement, il est mené à un rythme très soutenu et je ne me suis ennuyé qu'un quart d'heure, ce qui est pas mal avec un Woody Wood Allen récent. Il est assez léger, tantôt grave, mais c'est la légèreté qui l'emporte clairement, et c'est tant mieux, ça donne au film un charme désuet que n'avaient pas certains des derniers Allen, parfois un peu trop démonstratifs, moralisateurs, schématiques. Ici Woody Allen donne davantage l'impression de nous faire croquer un bout de la vie de plusieurs personnages et il nous quitte même en laissant certaines intrigues en suspens, ce qui n'est pas plus mal. C'est rarement surprenant, mais je me suis laissé aller dans son récit sans souci. Je peux peut-être comprendre que ceux qui préfèrent les Woody Allen focalisés sur un personnage principal cynique incarné par lui-même ou un alter ego (comme c'était le cas dans Whatever Works, qui m'avait bien plu aussi) puissent être déçus par ce film. Mais pas moi. Après je ne cache pas que j'ai passé une super soirée quand je suis allé voir ce film au ciné. J'étais avec mes beaux-parents qui sont déjà vraiment sympathiques et puis on a terminé la séance avec un repas pantagruélique dans une taverne bavaroise qui sert tripes sur tripes, tripoux à l'entrée, andouillette AAAAA en plat de résistance, boudin blanc en sorbet béchamel au dessert, le tout noyé dans la choucroute et le pinard bouchonné, bref, le pied ! Or il se peut qu'une soirée si géniale, doublée d'une digestion compliquée, ait quelque peu influencé mon appréciation du film en bois de Woody Allen.
 
 
Josh Brolin est un mateur.
 
Parce qu'en y repensant avec du recul, et quitte à passer pour un indécis en complète contradiction avec lui-même ou pour un schizo, il faut bien dire que l'histoire ne présente aucun intérêt. On a déjà vu et entendu ça un bon million de fois, ces personnages pathétiques qui en chient avec leurs sentiments et qui remettent en cause leur vie affective... Le vieillard qui a peur de vieillir, qui fait du sport et qui épouse une playmate bodybuildée ; l'écrivaillon raté en jogging Reebok qui tombe dingue de sa voisine d'en face, une indienne qui a pris son intégration ibérique à bras le corps en apprenant à jouer de la mandoline, prompte à éveiller un besoin d'adultère chez l'écrivain raté qui la reluque, lequel se fout dans la merde en pompant le manuscrit de son ami dans le coma ; on a aussi droit à la trentenaire fanée par sa vie de couple peu trépidante qui tombe amoureuse de son patron et qui est triste parce qu'elle voudrait avoir un premier enfant avant d'être grand-mère ; la vieille mamie un peu tarée et déboussolée par son divorce qui fait caguer tout le monde avec sa voyante attitrée... Personnellement j'en ai rien à faire de leurs histoires. C'est la même soupe que nous vomissent tous les derniers Woody Alien depuis pas loin de dix piges. Une galerie de portraits sans intérêt, un mixte de personnes bavardes comme pas deux et aux dialogues sans saveur, le tout filmé le plus platement possible par un fantôme des plateaux qui nous fait suer chaque année en ouverture du festival de Cannes avec son nouveau navet printanier. C'est du théâtre de boulevard sans qualité, basé sur des personnages caricaturaux. L'histoire est vaine, la morale finale est foireuse. T'as fini Allen ? 
 
 
"Non, je déconne pas, j'ai beau avoir 76 ans, je reste vigoureux. Là je la tiens avec ma main gauche parce qu'elle tremble toute seule. Mais je te démontre comment je dois la tenir au repos avec ma main droite pour ne pas me pisser dessus..."
 
Et si le film a quelque chose de "sympathique", s'il se laisse mater sans broncher (ce qui n'est certainement pas un gage de qualité), c'est uniquement parce qu'il est rythmé et qu'il semble enjoué, n'empêche que c'est jamais drôle ni subtil, et c'est pas un plan séquence de cinq minutes avec des acteurs qui s'engueulent dans le champ en nous rappelant toutes leurs années de labeur à l'Actor's Studio qui va sauver ce naufrage. On est en droit d'attendre mieux de Woody Allen (tous ses derniers films sont ratés si on y repense) que ce navet bourré de clichés et de facilités, comme la voix-off bien pratique pour s'éviter de mettre joliment en place le récit de ce qui n'est qu'un film choral de plus. C'est nul. Des derniers Woody Allen j'ai largement préféré Vicky Christina Barcelona (qui était complètement naze) !
 
 
Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu de Woody Allen avec Naomi Watts, Josh Brolin, Anthony Hopkins et Antonio Banderas (2010)

5 mars 2009

Slumdog Millionaire

Mon mot d'ordre "Pas de violence, c'est les vacances" m'a amené à ne rien dire de ce film pendant mes congés annuels. Mais là, je suis enfin rentré d'une semaine de ski, j'ai les deux pieds plâtrés. On m'appelle le Big Foot, et pas seulement parce que j'ai passé 7 jours à Chamonix à enlever des femmes au hasard pour les conduire dans ma caverne maléfique. Je suis surement recherché, et elles encore plus que moi. Maintenant que je suis de retour chez moi, j'ai bien envie de régler son compte à Danny Boyle.

Après avoir révolutionné le cinéma d'horreur avec 28 Jours plus Tard, où il avait eu l'idée folle de faire courir des zombies, Danny Boyle, avec Sunshine, s'est risqué au film de SF dit d'anticipation qui a plutôt provoqué chez moi une constipation. Il faut dire que ce soir là, je m'étais envoyé le combo kébab + chili con carne + aligot. C'était pas bien. Ma maman m'avait appelé juste après le repas. Nous deux, on est liés. Quand il m'arrive un truc grave, généralement elle le sent. Alors j'allais à reculos voir Slumdog Millionaire, pourtant fraîchement récompensé de l'Oscar du meilleur film.


 
J'ignorais hélas que les Oscars avaient arrêté le cinoche, pour mieux consacrer les publicités. Car Slumdog Millionaire est une pub longue de 2 heures, avec un clip de MIA au beau milieu. C'est le seul film où vous sortez de la salle, avec sur les épaules un tapis, au bras une pute indienne, au front un trou, à demander à tous les passants où se trouve le restaurant Taj Mahal, avec buffet à volonté et des plats si épicés que vous pouvez littéralement trouer les murs de ce boui-boui en pétant. Pour faire vite, c'est l'histoire d'un indien des bidonvilles qui devient plein aux as après être parvenu à venir à bout du jeu "Qui veut gagner des millions ?". Chaque question est l'occasion d'un flash-back nous racontant une anecdote de la vie du héros, nous faisant comprendre comment ce grand dadais inculte connait la réponse. Un procédé narratif soi-disant malin qui devient très vite machinal et chiant. Le fil conducteur de ses retours en arrière répétés est une histoire d'amour des plus banales, à aucun moment crédible ni touchante, où notre héros tuerait père et mère pour retrouver une fille perdue, qu'il aime car elle est la seule qu'il a connu. Une belle histoire donc. Le choix des actrices pour incarner le personnage de la fille à différents stade de sa maturité est également intéressant. Petite fille, nous avons droit à une actrice mignonne parce qu'étrange, avec ses yeux d'oriental démesurés, très typée. Adolescente, la petite fille s'est drôlement affinée, on ne la reconnaît quasiment plus, elle devient une sacrée bonnasse. Adulte, voilà t'y pas que c'est l'actrice qui incarnait Predator dans Predator qui reprend le flambeau. On n'y croit pas une minute. Elle est censée être une belle femme, alors elle a abandonné ses attributs indiens, c'est seulement une européenne un peu bronzée, au visage inexpressif. C'est la beauté selon Boyle. Trouvée après un casting de mille et une nuitées.



Le générique du film est une danse chorégraphiée. Comme pour en rajouter une petite couche dans le kitsch dégueulasse que le film semble cultiver fièrement. Ou quand Hollywood rencontre Bollywood, pour le plus affreux des mélanges, orchestré par le plus laid des anglais.

Sur ce, je vous abandonne, je trace au Rajpour pour déguster une salamandre. C'est bien la première fois que je porte et un string, et un slibard, et un slip kangourou, et un boxer et un caleçon. Mais bordel, qu'est-ce que c'est bon !

P.S. : Et détrompez-vous, malgré ce que pourrait laisser penser le profil déchiré qui fend l'affiche en deux, ce n'est pas notre bien-aimé Franck Ribéry national qui joue le rôle du fameux Slumdog. Il est néanmoins millionnaire, et on est contents pour lui. Au moins, celui qu'on nomme outre-Rhin "Le Kaiser" doit ses millions à son adresse balle au pied, et non à la Française des Jeux.


Slumdog Millionaire de Danny Boyle avec Dev Patel et Anil Kapoor (2008)