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4 mars 2022

Mad Dog and Glory

Je n'avais jamais vu ce film. Je ne savais même pas de quoi il s'agissait. Le titre me parlait bien sûr, on l'entend une fois et on ne l'oublie plus jamais. Mais je l'associais à un obscur film de guerre, ce qui n'avait aucun sens puisque le film de guerre est mon genre cinématographique préféré de très loin, et que je connais absolument tous ses représentants sur le bout des doigts ; je me suis même fait une sorte de playlist, sur un disque dur externe de 10 téraoctets, d'un bon millier de films de guerres en 1080p qui tournent en boucle sur mon home cinema en mode shuffle, emplissant ma maisonnée et mon quartier de bruits incessants de pétarades, de mitraillages, de fusillades, de hurlements de douleur atroces et de bombardements lourds en 5.1 qui ravissent mes voisins, surtout par les temps qui courent, dont certains sont désormais capables de reconnaître le calibre précis d'un flingue qui crache ou le type exact des obus qui pètent dans mon salon H24. Autre bizarrerie, ne jamais avoir aperçu l'affiche du film, pourtant certainement placardée dans tous les vidéo-clubs du temps de ma prime jeunesse, et par conséquent avoir ignoré tout ce temps l'identité des deux acteurs principaux de Mad Dog and Glory, Bob De Niro et Bill Murray, à savoir mes deux acteurs préférés de tous les temps, dont j'ai vu absolument tous les films, sauf Mad Dog and Glory. C'est réparé.


Mêmes effets spéciaux que pour les hobbits dans Le Seigneur des anneaux pour rapetisser De Niro.

J'ai donc vu Mad Dog and Glory, qui n'est pas un film de guerre, plutôt une sorte de comédie policière ma foi pas désagréable du tout, voire fort sympathique, qui joue la carte du contre-emploi. Contre-emploi pour De Niro, qui incarne ici Wayne Dobie, un flic-photographe, plus photographe que flic, chargé de faire des clichés de toutes les scènes de crime de la ville, bonhomme affable mais timoré et peu téméraire, portant l'ironique sobriquet de Mad Dog, qui rêverait de ressembler à son partenaire, interprété par David Caruso, un vrai bonhomme qui ne chie pas dans son froc devant un gros débile baraqué, un molosse prêt à refermer ses crocs sur ses jarrets ou deux canons de flingues Magnum vissés dans ses narines (les deux dernières situations évoquées n'adviennent pas dans le film, et je le regrette). 
 
 
Petit rôle pour Mike Starr, dans le personnage pour le coup très habituel pour lui de l'homme de main d'un mafieux, qui partage le comptoir avec De Niro le temps d'un déca, avant d'en partager un, mémorable, avec Jim Carrey dans Dumb and Dumber, un an plus tard.
 
Autre contrepied dans le petit filet, le rôle de Frank Milo attribué à Bill Murray, à la fois à contre-emploi, puisque l'homme qui se rêvait moine bouddhiste joue ici un ponte de la mafia, mais aussi à emploi, puisque Frank Milo, chef de gang criminel, mène une carrière parallèle de mauvais stand-uper dans ses propres cabarets. Or, Bill Murray étant un fameux humoriste, et non le piètre comique qu'il incarne (c'est le personnage de De Niro qui lui souffle ses "meilleures" vannes), cette partie à emploi de son rôle est finalement aussi à contre-emploi, c'est donc un double contre-emploi. Toujours est-il qu'au début du film De Niro se retrouve impliqué dans un braquage sans l'avoir vu venir et sauve, un peu malgré lui, la vie de Bill Murray, le gros mafioso, qui dès lors se sent redevable et veut devenir son ami. C'est l'aspect le plus touchant du film, cette terrible envie des personnages d'aimer et leur profonde misère affective, besoin d'aimer une femme pour De Niro, un pote pour Bill Murray. Au point d'envoyer à son ange-gardien une serveuse de son troquet, plus vraisemblablement une entraîneuse, la jeune et fringante Glory, interprétée par une Uma Thurman alors moins à contre-emploi, malheureusement.
 
 
Ces deux-là se sont retrouvés il y a deux ans dans The War with Grandpa que je n'ai pas vu. C'est tout ce que j'ai à dire à propos de ça.

Le "cadeau" de Frank Milo met Mad Dog dans l'embarras, qui, flic de son état, se retrouve avec une prostituée chez lui, envoyée par un truand de la ville, auquel il est donc redevable, et dont il tombe amoureux (de Glory, pas de Milo). Outre deux longues scènes de baston (l'une opposant Mike Starr à David Caruso, l'autre De Niro à Murray), qui pourraient toutes deux plus ou moins se loger dans la catégorie des bonnes scènes de baston amicale hardcore si cette catégorie existait quelque part, catégorie dont la scène-reine serait à trouver dans le They Live de John Carpenter, très loin au-dessus de celles de Mad Dog and Glory, l'une des meilleures séquences du film est celle où Mad Dog, après une première nuit d'amour avec Glory, se rend sur une scène de crime sordide dans un restaurant et photographie toute la boucherie, la barbaque étalée au sol encore fraîche, en chantant Just a Gigolo de Louis Prima et en dansant tout sourire, complètement refait. Mais une autre scène a retenu mon attention. Il s'agit de ce bref moment, vers le milieu du film, où De Niro s'arrête en pleine rue et montre à sa douce un carrefour où il prétend avoir vu, là, un matin, halluciné, une biche, égarée en plein centre-ville, au milieu de la chaussée, et le montage de nous opposer sa vision (si mes souvenirs sont bons)...


?

Je ne peux pas croire que cette scène soit simplement gratuite, posée là sans raison. Or j'ai pu lire, après des recherches à la Bibliothèque Nationale de France, que cette séquence est une séquence intertextuelle. Après d'autres recherches pour comprendre ce mot, j'ai compris que la scène mystérieuse faisait référence, allusion, clin d'oeil, à un autre film... Mais lequel ? Je ne trouve pas. Alors que j'ai vu et revu toute la filmographie des deux acteurs principaux de ce maudit film. Comment est-ce possible ? Je deviens malade. Que m'as-tu fait John McNaughton ? (Cf. le réalisateur du film, dont tous les autres métrages ont dans leur titre soit le mot "sexe" soit le mot "crime", qu'il a réussi à combiner dans le titre Sexcrimes, film fétiche de mon frère aîné dans les années 90, pour les formes de Denise Richards, aux côtés de l'intégrale de Buffy contre les vampires, pour celles de Sarah Michelle Gellar, et de Snake Eyes, pour celles de Gary Sinise). De Niro et une biche... Une biche et De Niro... Je m'avoue vaincu. J'ai pensé, dois-je le dire, au risque de passer pour un idiot, j'ai pensé à Bambi. Mais je ne suis pas certain que De Niro ait doublé la biche dans la version originale du film, n'ayant jamais vu que la VF, où la voix du petit cervidé éponyme était assurée par le regretté Jacques Frantz, le doubleur éternel de De Niro justement, de Mel Gibson, John Goodman, Dolph Lundgren, Nick Nolte ou encore Ron Perlman, et qui nous a quittés l'an dernier, l'homme aux mille voix, l'homme à la voix unique, l'homme à la voix reconnaissable entre toutes, l'homme à la voix. RIP Jacques Frantz.

 

Mad Dog and Glory de John McNaughton avec Bill Murray, Robert De Niro, Uma Thurman, Mike Starr et David Caruso (1993)

25 juin 2014

L'Imaginarium du Docteur Parnassus

Heath Ledger est mort en tournant L'Imaginarium du Docteur Parnassus. Je me contente de cette phrase scrupuleusement factuelle et je vous laisse faire les liens que bon vous semblera (mais qui s'imposent au bon sens). L'acteur est décédé avant d'avoir pu tourner toutes les scènes du film de Terry Gilliam, et fut remplacé au pied levé par ses amis Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell, tour à tour appelés à faire le déplacement par le réalisateur à chaque fois que le héros de son film devait passer dans un nouveau miroir vers un autre monde parallèle. Si Ledger n'a pas pu tourner toutes les scènes autant vous dire qu'il n'a pas non plus eu le temps de poser pour l'affiche, et on devine à sa petite taille et aux reebok portées avec un costume trois pièces que c'est Colin Farrell qui a prêté son corps à l'acteur mort, dont le visage a ensuite été collé là sous photoshop pour un résultat qui laisse à désirer mais qui n'égale pas, en termes d'atrocités, le contenu du film.


Colin Farrell est soit un pur génie soit une vaste enflure, j'ai encore des doutes.

Le début, c'est très finement vu. Ça commence par le spectacle, dans une sorte de foire, du fameux docteur Parnassus, et personne n'y assiste, personne n'en a rien à battre. C'est une belle méta-analyse. Personne n'en a effectivement rien à foutre de L'Imaginarium du docteur Parnassus. A part moi qui ai maté cette daube à 23h01 un samedi, en maudissant le petit quart d'heure qui me séparait de l'émission hebdomadaire d'Alain Ruquier, l'épouvantail du PAF, cet empaffé, mon pote Ruquier, cette triste personne. Je suis accro à la perruque peroxydée de Ruquier, je suis gaga de ses blagues sexistes et racistes en bois, de son vieux dentier et de ses mimiques affreuses, et ça fait de ma vie un suffisant merdier pour en prime m'envoyer, alors que personne ne m'y force, les élucubrations cafardeuses de Terry Gilliam, l'idole des réalisateurs français à la ramasse (Dupontel en tête).


Parnassus lui-même se contrefout de son propre imaginarium...

Cette brillante méta-introduction du film nous présente donc le show du docteur Parnassus, qui n'amuse personne et encore moins ce dernier vu qu'il pionce assis en tailleur sur un tabouret au milieu de la scène. Après ce spectacle morbide, un mec complètement bourré monte sur l'estrade, balance tout le monde par terre et affirme vouloir "se faire" Parnassus. Il veut se "taper" le docteur Parmesan et le crie à la cantonade, bien décidé à, je cite, "s'enculer le doctor paillasson" (sic.). C'est son projet, il est là pour se "faire" Parnassus. Et je ne peux que me rallier à sa cause désespérée. Mais tout dérape avant que l'enculade n'ait lieu et le type entre dans un miroir pour se retrouver dans un monde parallèle prodigieusement laid, criard, usant, typiquement "décalé" et tragiquement déprimant, plein d'effets spéciaux piteux, de freaks poisseux (quid de Ron Perlman et du "mini-moi" d'Austin Powers, paumés dans le décor), enfin bref de tous les éléments habituels et autres tocs sempiternels du fameux "univers Gilliam".


L'univers Gilliam fait mal aux yeux, et la vision de ce film peut réclamer plusieurs mois passés au fond du gouffre de Cabrespine avec un sac isotherme opaque enfoncé sur le crâne, pour réhabituer la rétine à la vie et aux choses belles en particulier.

Malgré les apparences, je termine cette critique heureux. J'ai écrit tout ça en croisant les doigts pour que Gilliam sorte une nouvelle marque d'engrais sur grand écran et me donne un beau prétexte pour poster cette critique un jour. La nouvelle livraison de lisier signée du maître est enfin venue. Du coup félicitez-moi, je crois que mon petit texte est à peu près lisible, pourtant quand on écrit les doigts croisés, AZERTYUIOP devient YTRUEIEZOPA.


L'Imaginarium du Docteur Parnassus de Terry Gilliam avec Heath Ledger (aka Jude Law, aka Johnny Depp, aka Colin Farrell), Christopher Plummer et Tom Waits (2009)

20 octobre 2013

Alien la résurrection

En ces temps où Prometheus ne fait déjà plus du tout jaser, il est bon de se rappeler l'état de déliquescence dans lequel se trouvait la saga Alien avant sa sortie, qui n'a fait que l'enterrer plus profond encore. Il a fallu 15 ans après le quatrième film (sorti en 97) pour parvenir à relancer la machine, et pas question de s'inscrire dans sa suite, il fallait revenir en arrière pour ne surtout pas marcher dans les pas de Jeunet. Si Ridley Scott et James Cameron se disputent vaguement la mainmise sur la franchise, et si Fincher lève le doigt une fois de temps en temps pour rappeler qu'il a mis la main à la pâte vite fait, Jeunet quant à lui, la french touch de la série, a été contractuellement invité à fermer sa gueule à tout jamais par la Fox, qui emploie encore aujourd'hui dix gorilles sur Paris pour cerner la rue Lepic afin de veiller au motus du cinéaste français daltonien, convaincu d'avoir filmé tous ses films en rouge et bleu alors qu'ils sont vert et jaune...



Quand on pense à Jeunet on est triste toute une journée. Pourtant ce film-là, lorsqu'il est sorti, en 97, on l'a tous vu en salles. Poulpard avait 47 ans à l'époque et il nous avait emmenés au ciné dans sa Nissan Micra qu'il surnommait "La Taupe" parce qu'elle était aveugle, comprendre sans phares ni essuie-glaces. Nous venions fraîchement d'atteindre l'âge légal pour voir ce film interdit aux moins de 12 ans. Nous étions donc extrêmement impressionnables, et Poulpard le premier. Bref on était tous excités comme des poux à l'idée de voir un épisode de la saga Alien au ciné, réalisé par un frenchy de surcroît. A l'époque nous n'étions que peu regardants sur un scénario signé Joss Whedon, l'auteur de Dawson Creek, pour un film qui devait initialement être réalisé par Danny Boyle, le plus mauvais cinéaste du monde, qui s'est plus tard vengé de ce rencard manqué avec la science-fiction en réalisant Sunshine, le film au script le plus inique ever. Déjà à l'époque, l'idée de ressusciter Ripley, ça nous paraissait un peu fort de café, mais tout comme les scénaristes de Prometheus nous étions prêts à tracer un trait sur 300 ans de Darwinisme pour en prendre plein la vue, prêts aussi à oublier que des scientifiques capables de voyager dans des vaisseaux spatiaux démentiels, de se mettre en hyper-sommeil et compagnie depuis des lustres, puissent en chier des ronds de chapeaux pour torcher un clone humain qui n'ait pas la tronche à la place des pieds et vice versa.



Malheureusement Jeunet avait réuni toute sa fine équipe : Dominique Pinon, Ron Perlman et Yolande Moreau, qui joue le bâtard alien à la fin du film ainsi que certains des clones foirés de Sigourney Weaver (ceux qui ont un nombril sur le front et les panards à la place des oreilles, opération casting payante qui a permis à l'équipe du film d'économiser des milliards de dollars en trucages et maquillage). Côté technique, on retrouvait Darius Khondji, directeur de la photo passionné par le vert bouteille qui avait déjà officié dans Delicatessen et La Cité des morbacs perdus, mais aussi Pitof, le spécialiste des effets spéciaux, acteur porno gay à ses heures perdues, "une couille et une queue" étant son slogan de travailleur du X. Bref, on retrouvait toute la patte Jeunet dans ce film, car c'était l'époque où Hollywood, quand il était de bonne humeur, laissait encore une petite marge de manœuvre aux réalisateurs en général et aux réalisateurs overseas en particulier. Ainsi tous les personnages sont-ils des débiles profonds, y compris quand ils sont généraux ou scientifiques de renom. Ils ont tous une pire tronche en biais et des tricks physiques indésirables : les épaules ultra velues de Dan Hedaya, la tronche enfarinée de l'enfant de la lune Brad Dourif (homonyme de Brad Pitt à quelques lettres près), etc. Et puis il y a les détails inutiles et agaçants, des chaussettes rayées de Winona Ryder au maillot à l'effigie du FC Sochaux Montbéliard de Ron Perlman en passant par les gadgets idiots, qu'il s'agisse pour le général Hedaya de souffler son haleine de chacal sur une porte pour l'ouvrir ou des pistolets du pirate black accrochés à ses poignets, sans compter les gags à tiroir et autres gestes cools, à l'image de Ripley qui joue au basket et tire un panier à trois points en tournant le dos au jeu et en faisant un doigt d'honneur au spectateur, et ainsi de suite... Et puis il y a ce plan vulgaire et inutile sur le cul en bombe de la femme du chef des pirates, Kim Flowers, un garçon manqué qui avait signé là son arrêt de mort sur pellicule, bref tout un tas de choses qui insultent le genre et tant de monde au-delà du genre.



Le clou du film c'est le "fils" alien, né du nouveau système reproductif de la reine alien devenue mammifère via son jumelage avec Ripley. Le rejeton de ce nouveau mode de gestation, verdâtre lui aussi, est une sorte d'alien humanoïde à gueule de fouine, avec un nez retroussé ridicule au dernier degré et des yeux chassieux insupportables. Spielberg s'était paraît-il inspiré de son chat pour décrire E.T. au marionnettiste Carlo Rambaldi, en charge de le façonner, et assez fier de lui Jeunet s'est inspiré de son propre sexe au repos pour enfanter cette créature ignoble, qui chiale pendant des heures devant sa maman Ripley et finit absorbée par une fuite dans la coque, qui lui fabrique une second trou du cul in extenso. A la fin, on voit le vaisseau de Ripley et de ses potes idiots s'approcher de la planète Terre, de Paname plus précisément, de la tour Eiffel (en faisant pause et zoom on peut voir Amélie Poulain en train de graver MMM sur le sommet), et on se dit qu'on peut voir dans cette scène sans doute imposée par la prod une allégorie du retour express de Jeunet en France, expédié en colissimo recommandé après le crash annoncé de son film en bois. On prie pour que personne ne fasse jamais un numéro 5 ou alors en niant sciemment et consciencieusement la participation de Jeunet à cette saga, qui n'aura été qu'une vaste mascarade. Il y a 15 ans que le film est sorti et personne n'a trouvé la pirouette permettant de poursuivre la franchise sans devenir fou. Il a fallu rebrousser chemin, et ça aura donné Prometheus (LOL).


Alien la résurrection de Jean-Pierre Jeunet avec Sigourney Weaver, Dominique Pinon, Winona Ryder, Ron Perlman, Gary Dourdan et Dan Hedaya (1997)

6 août 2013

Pacific Rim

Guillermo Del Toro a encore frappé. L'homme aux mille projets en a mis des tonnes de côté pour se consacrer pendant cinq ans à celui-ci. A celui-ci ! Le chouchou des fanzines, qui chope les journalistes à coups de petites confidences sur l'oreiller et de mini croquis croqués sur son carnet Ben, a décidé de miser les 200 millions de dollars que les studios lui ont confiés pour filmer un spin off de Transformers. Quel est son secret ? Les collectionneurs de cartes Kaiju ont entre 18 et 30 ans et pullulent sur la blogosphère. Quel est son secret ? Del Toro jouit d'une réputation unique dans la catégorie des réalisateurs de films de genre, et il n'est apparemment pas près d'être déboulonné. On a pas mal réfléchi à ça sur ce blog, on a émis plusieurs hypothèses dans nos articles précédents, notamment sur ses talents de chef cuistot et de roi du burrito. Il y a des gens auxquels on ne résiste pas, dont on devient le meilleur ami aussitôt qu'on les croise. En général ces gens-là en profitent pour devenir dictateurs. Del Toro en profite pour faire du ciné. Dans les deux cas c'est de l'abus, mais ça se pige à mort. Une chose est sûre, les critiques ciné qui ne l'ont jamais croisé se félicitent d'avoir échappé à son charme, et chialent en même temps d'avoir loupé ce festival humain. Étant donné que je ne l'ai pas rencontré, vous tenez-là un des rares papiers objectifs sur ce film !




Pacific Rim a un mérite, il tient ses promesses. Le film promettait de grosses scènes d'action toutes numériques opposant des robocops géants, mélanges de Goldorak et de Transformers, les Jaegers, à des avatars de Godzilla et de son pote Ebirah, les Kaijus, gigantesques créatures extra-terrestres surgies des profondeurs via une faille spatio-temporelle située, comme le titre l'indique, dans le Pacifique Rim. Et on y a droit. Les combats sont longs et sont nombreux. Et si on apprécie les bastons aux poings entre des monuments de chair ou de métal impressionnants, on en a pour son argent, même si les séquences de bagarre ont toutes lieu la nuit et sous la pluie, ce qui est un peu facile et assez dommage, d'autant qu'elles ne sont pas toujours très lisibles, et même si les incohérences pullulent, comme du reste dans l'ensemble du film. Car Pacific Rim tient son autre grande promesse. Il promettait d'être très con. Et il l'est aussi.




Outre son scénario simplet, ses dialogues écrits à la truelle, son discours douteux sur le nucléaire (c'est dangereux, on en meurt, mais ça peut être bien pratique et notre salut pourrait bien passer par là… discours déjà servi récemment par Oblivion, qui légitimait et vantait aussi les mérites du clonage), la connerie du film passe principalement dans la somme de clichés qu'il enfile, des clichés grossiers et lourdingues à souhait. Certains critiques ont parlé d'originalité. Je me demande si on a vu le même film. Tout dans le script, ce script qu'on nous a servi des millions de fois et qui a déjà notamment porté le nom d'Independance Day (le look des méchants aliens de l'autre côté de la faille y fait directement penser), pue le mâché et le remâché. Faisons la liste (non-exhaustive) de l'étendue des dégâts, pour en finir : le héros (Charlie Hunnam), ex-gloire de la nation et de la natation, a perdu une bataille et son frère chéri par la même occasion, puis a subi une longue traversée du désert avant qu'on fasse à nouveau appel à lui et à ses talents hors-normes de tête brûlée. Sa partenaire (la charmante Rinko Kikuchi) est une femme, il en fallait une, c'est une asiatique, l'histoire se passant dans le pacifique, il en fallait un (mais un seul, ça suffit, tout le monde reste américain, ou au moins occidental, même à Hong-Kong, sous peine de mourir très vite), qui doit se battre pour avoir sa place dans un jaeger, et qui finit par la gagner car elle est la meilleure à son poste, parce qu'elle a perdu toute sa famille à cause des monstres quand elle était petite, d'où son désir de vengeance, et parce que c'est le chef noir américain de l'actuelle base des jaegers, ex-pilote de jaeger lui-même, qui l'a sauvée et qui l'a élevée (l'image du flashback où on le voit sortir de son jaeger au ralenti et à contre-jour face à la petite victime japonaise, sur fond de coucher de soleil, est à gerber).




Le chef noir justement (Idris Elba, qui enchaîne après ses rôles dans Thor et Prometheus, mais qui est intouchable depuis qu'il a joué dans The Wire), parlons-en, cet ancien héros de guerre devenu papa poule adoptif avant de se convertir chef d'état-major de la base des mickjaegers puis chef de la résistance (quand le gouvernement a destitué les jaegers au profit de la construction d'un mur de trente mètres de haut fait de planchettes de cageots et de fétus de paille pour repousser des monstres indestructibles hauts comme dix buildings…). Ce sera "le dernier debout" selon ses propres mots, car bien sûr il se sacrifiera à la fin après un beau discours sur la lutte contre l'apocalypse (aucun spoiler, on le sait avant même d'avoir vu le film). Il y a aussi le rival du héros (Rob Kazinsky, qui joue presque dans The Office), qui se croit plus balèze que la star du film, le rabroue, le provoque, se fait ruiner la gueule, puis quand le héros le sauve il finit par l'applaudir, car ce sont deux collégiens qui trimballent certainement plein de revues sur les grosses cylindrées dans leurs sacs Eastpack. Le chef black à moustaches le qualifie lui-même de "connard égocentrique en conflit avec l'image du père", avant d'ajouter "c'est un cas typique…". Bien vu. Le père de ce fameux "connard" l'aime malgré tout et lui fera une belle déclaration d'amour filial avant la fin. Que dire en revanche du braconnier en bottes de cuir avec balafre au visage et râtelier en or, interprété par un Ron Perlman de circonstance, aux trente-sixième dessous, impatient de se ridiculiser encore plus dans le prochain Hellboy de son pote Del Toro. Et puis, le pompon, les scientifiques. Les chercheurs sont deux, un geek tatoué et vaguement hystérique d'un côté (Charlie "it's a bad bad" Day), un jeune vieux de l'autre (Burn Gorman), avec une coiffure de savant fou nazi, un rictus de freak et une canne, car il a aussi une jambe de bois… Je n'aurais franchement pas cru revoir un jour un clicheton aussi pitoyablement gratiné dans un blockbuster hollywoodien, nulle part ailleurs en fait que dans un film pour gosses ou une parodie. Et pour porter ces personnages en plâtre, un chapelet de comédiens de seconde zone, tous assez mauvais, qui chlinguent de ouf, de l'acteur principal Charlie Hunnam (qui aurait pu être remplacé par Chris Hemsworth, un autre blond avéré déficient mental), dont les épaules décrivent des moulinets terribles dans l'air à chaque pas, quand il marche les pouces dans le jean comme un demeuré, à Burn Gorman, le triste type qui joue le mathématicien boiteux, qui mérite de recevoir des jets de pierre à toutes les avant-premières pour son hideuse performance.




Un jeu stéréotypé pour incarner des personnages-balises dans une histoire bien banale qui réunit tous les lieux communs du genre. Et Guillermo Del Toro, co-scénariste de l'affaire, auteur à part entière de ce film qu'il présente comme son bébé en mimant un mouvement de berceau avec les bras, ne s'interdit aucun raccourci, le plus criant étant celui-ci : les pilotes de jaegers doivent aller par paires pour se partager la décharge neuronale nécessaire à la conduite d'engins gigantesques. Leurs cerveaux sont alors reliés dans la "dérive" (?) et la connexion s'opère via les souvenirs partagés par le binôme. Del Toro ne fait rien de cette idée, qui ne lui sert qu'à balancer à intervalles réguliers des flash-backs bien pratiques et bien pathos sur la perte douloureuse d'un frère ou le traumatisme infantile d'une attaque de Kaiju… Et quand le réalisateur ne perd pas son temps dans ces souvenirs superflus qu'il croit émouvants, il le perd dans des scènes bien inutiles et bien risibles, comme celle de la sélection de la partenaire du héros, où ce dernier se bat sur un tatami avec la jolie japonaise à grand renfort d'arts martiaux et de répliques cinglantes bien placées. Del Toro nous trimballe d'une scène débile à l'autre en nous assommant au passage par des scènes d'action bruyantes, au lieu de mieux travailler à nous immerger dans le monde futuriste qu'il essaie de créer. Quitte à ne pas vraiment l'habiter, et si de plus vous n'êtes pas suffisamment sensibles aux effets spéciaux et aux combats de catch entre géants dans l'océan, je vous recommande de voir le film en considérant que la base des jaegers n'est autre que l'Olympique de Marseille, et que Stacker Pentecost, le chef de la base, aka Idris "Adis Ab" Elba, est Pape Diouf. La scène où il dit au héros, qui vient de lui tirer sur le bras pour le forcer à l'écouter : "Premio, vous ne me touchez plus jamais. Deuzio, vous ne me touchez plus jamais", a dû avoir lieu un paquet de fois dans la Cité Phocéenne. Pape Diouf, ça c'est un géant.


Pacific Rim de Guillermo Del Toro avec Charlie Hunnam, Rinko Kikuchi, Idris Elba, Rob Kazinsky, Ron Perlman, Charlie Day et Burn Gorman (2013)

14 mai 2009

Step Brothers

Il y a fort longtemps que Félix et moi souhaitions vous parler de Will Ferrell. Cet homme fait partie de ces gens-là que nous avons mis du temps à aimer. Il fait partie de ces gens qui réclament de la patience, de l'attention et un abandon total. Un peu comme, en musique, le groupe Nine Inch Nails, qu'on exècre aux premières écoutes et qui finit par nous prendre à revers, à rebours. Au départ nous haïssions réellement Will Ferrell et puis tout d'un coup nous avons saisi l'homme et la noblesse de son humour vibrionnant, pour aussitôt regretter amèrement nos premiers jugements hâtifs. Désormais nous portons un amour et une admiration sans limites à cet homme. Avec Jim Carrey (dans Dumb & Dumber, Ace Ventura, Disjoncté ou Fun With Dick & Jane), Will Ferrell est notre plus grande passion comique du cinoche américain contemporain. Peut-être même que Ferrell est en train de dépasser Carrey, ou de le remplacer (quid du déclin de l'ancien roi du rire dans Yes Man). Il faut dire que Will Ferrell a les moyens de se surpasser, lui qui est entouré d'une troupe solide de joyeux drilles hilarants (Will Arnett, Paul Rudd, Steve Carell ou encore David Koechner, pour ne citer que les plus célèbres), ainsi que d'une équipe de production fidèle et d'un réalisateur attitré en la personne d'Adam McKay. Là où Carrey faisait son chemin en solitaire et ne pouvait que se répéter avec ici et là de vagues digressions dans un jeu d'acteur particulier soumis à des univers très différents, Will Ferrell semble davantage impliqué dans le choix et la récurrence de thèmes suggérés par lui-même et toute sa bande de bras cassés au fil d'improvisations continues. Parce que Ferrell travaille avant tout en équipe, il ne monopolise jamais les caméras. Une de ses grandes qualités c'est aussi son talent pour faire jouer les autres et pour les faire briller, parfois à sa place, tandis qu'on le voit dans le cadre s'effacer un moment, sourire mal réprimé, pour permettre à ses camarades de s'exprimer et de faire rire à leur tour. C'est un mec en or !



Au point que de film en film son travail se fait de plus en plus précis, efficace et génial. Les temps morts des premières œuvres disparaissent, l'humour se fait plus permanent et se veut d'une liberté absolue. Ferrell semble toujours opter pour l'essentiel, l'évident, et il pousse les situations à leur maximum avec une finesse de jeu et une justesse de mise en scène qui confinent au raffinement le plus total. Les mêmes thèmes reviennent sans radotage et les personnages, fondus sur le même moule de grands enfants fondamentalement bons et redoutablement grossiers, prennent chacun leur tour des couleurs et des traits uniques pour façonner une galerie de portraits inoubliables. Il y a en somme un esprit Will Ferrell, commun à tous ses films. Un esprit très fin dans sa grossièreté (car il ne s'agit pas de vulgarité) apparente. Aucune bassesse dans ces films. Will Ferrell est un gosse de deux mètres de haut doté d'un torse anormalement velu et il la tronche de Ron Perlman. Il est si laid qu'il en est beau. Un peu comme son acolyte John C. Reilly qui, après une demi-carrière de seconds rôles sérieux dans des films plus ou moins bons, s'est laissé aller à faire ce qu'il fait apparemment le mieux : rire. Je parle surtout de Will Ferrell mais si ces deux-là continuent de jouer côte à côte (Talladega Nights et Step Brothers jusqu'ici), on pourra parler du plus grand duo comique sur grand écran depuis un fameux bail. J'ai un amour inconditionnel et aveugle pour ces deux cons !



Je considère Will Ferrell comme un auteur, dont l'œuvre, cohérente à souhait, est à considérer dans son ensemble. C'est le plus grand cinéaste américain actuel, même s'il n'a jamais mis les pieds derrière une caméra, trop occupé à crever l'écran en se plaçant devant. J'exagère peut-être (quoique...). Will Ferrell, auquel sied mieux qu'à personne l'expression "trop con, trop bon", incarne dans chacun de ses films des personnages touffus, fouillés, entiers, très différents et à la fois toujours attachants, qu'il respecte immensément. Il fait des films véhiculant toujours un message sincère et simple, aussi discret qu'évident, glorifiant l'amitié et l'enfance. Le souffle de vie de Will Ferrell, qui crée des personnages auxquels on s'identifie toujours, dont on a envie d'être l'ami intime, l'oppose à bien d'autres soi-disant comiques du moment. Je pense par exemple à Ben Stiller. J'ai bien envie de terminer cet éloge de Will Ferrell par un pet rapide et fulgurant sur Ben Stiller. Ben Stiller est à Will Ferrell ce que Daniel Moreira est à Didier Drogba. Il est à Ferrell ce qu'un pigeon voyageur aveugle et amputé d'une aile est à MSN live messenger. Ben Stiller est à Will Ferrell ce que mon relevé de banque est à mon relevé de notes, et si je suis bon élève niveau finances je suis vraiment à payole !

Je n'ai pas beaucoup parlé de Step Brothers en tant que tel. Mais que dire sinon résumer l'histoire que raconte le film, parler de l'immense drôlerie du script et des situations déployées et énumérer les scènes qu'on se repassera en boucle pendant des lustres en riant toujours aussi franchement. Que dire enfin sinon clamer le talent fougueux et racé de Will Ferrell et de son acolyte de rêve John C. Reilly.


Step Brothers d'Adam McKay avec Will Ferrell, John C. Reilly, Richard Jenkins et Mary Steenburgen (2008)