18 août 2011

A bout portant / Pour elle

Il y a quelques années, Fred Cavayé vivait en Cité U et occupait son maigre temps libre à écrire des scénarios. Il s’octroyait parfois le plaisir d’aller au cinéma pour voir les derniers John McTiernan ou Michael Mann, des films qu’il regardait avec des étoiles plein les yeux, des rêves plein la tête. Aujourd’hui, Fred Cavayé est le cinéaste français qu’Hollywood nous envie le plus. Deux films l’ont fait exploser :  Pour elle et A bout portant, deux thrillers sans temps mort ou des pauvres types sans histoire se retrouvent dans la merde du jour au lendemain et doivent sauver leurs bonnes femmes si peu dégourdies en un temps record. Des tag-lines similaires fendaient les affiches de ces deux films : « Il a 72 heures pour sauver celle qu’il aime et la sortir de cabane ! » pour le premier, « Il a 3 heures et des brouettes pour retrouver sa femme et lui faire la peau ! » pour le second. En ce qui me concerne, quand je lance un film de Fred Cavayé, je lui donne un gros quart d’heure pour me choper. Si Pour elle avait réussi à me captiver du début à la fin, réalisant là une vraie prouesse, ce n’est pas le cas de son dernier rejeton, qui m’a très tôt perdu.




Il faut dire que dans Pour elle, on suivait Vincent Lindon en train d’échafauder un plan machiavélique pour extirper Diane Kruger de prison. Un Vincent Lindon égal à lui-même, capable de sauver n’importe quel film par sa seule présence, le regard fou, les tics survoltés et le front hyperactif. Dans A bout portant, le héros n’est autre que Gilles Lellouche. "Gilles Lellouche", "héros"… voilà des mots que je ne pensais pas devoir associer un jour. Et pourtant, Fred Cavayé a osé. L’acteur n’a cependant pas grand-chose à se reprocher, il fait de son mieux, avec ce que la Nature, dans un malheureux hasard, lui a donné : un profil d’aigle inélégant, une voix de beauf trop familière, une piètre allure générale, le dos toujours un peu voûté, le cou en avant, le regard vide et stupide. Cette piteuse panoplie ne fait pas de son personnage quelqu'un que l'on veut voir réussir et vaincre. Mais si le film n’est pas parvenu à me captiver, ce n’est pas spécialement sa faute. Je me suis simplement retrouvé face à l’impossibilité de me passionner pour cette histoire de flics ripoux et magouilleurs, très loin de la simplicité et donc de l’efficacité du pitch de Pour elle, qui passe désormais pour une vraie réussite dans le genre.




Qui plus est, j’ai très tôt repéré que le gros souci venait de Gérard Lanvin, qui campe donc le gros méchant tirant toutes les ficelles. J’ai vite compris que le comédien était dans un rôle de sale con inhabituel vu qu’il ne décroche jamais les mâchoires et parle toujours de sa voix la plus grave, sans jamais articuler. L’acteur a peut-être pris du plaisir à jouer un méchant de façon si grossière, mais pour nous autres spectateurs, c’est un bien triste spectacle qui s’offre à nous. A part ça, les personnages ne font que se courir après, se menacer, se tirer dessus, viser à côté, à court de munitions se tabasser et finissent souvent par se tabasser et s'invectiver en rappelant le peu de temps qu'il reste avant la fin du film ; un film qui, de mon côté, m'a paru bien long. Ces individus nerveux ne peuvent jamais se faire confiance et doivent toujours s'assurer que l'un a les mains vides quand l'autre fait mine de s'approcher. C'est un climat d'incertitude et de haine assez usant, pesant, d'autant plus quand on est, au quotidien, assez travaillé et miné par un avenir très flou, par la sale tronche de notre président, par des relations pas toujours faciles avec un animal domestique et par le triste état du monde en général. Las et abattu, j’ai vite décroché d'A bout portant. Des fois, on a pas envie de voir des gens passer leur temps à se foutre sur la gueule. 





Pour elle avait eu le bonheur d’être remaké par Paul Haggis et Russell Crowe via le film Les Trois prochains jours. Il paraît que lorsque Fred Cavayé a appris la nouvelle, il n’y a pas cru. Il se serait exclamé « Russell Crowe, le Russell Crowe de Point Break ? Non mais arrêtez les conneries, c’est de la folie douce, c’est un rêve de gosse qui se matérialise ! J’avais 8 ans quand j’ai écrit cette histoire à la con, dans ma Cité U à Nanterre-les-olives, et voilà que le grand Russell Crowe va l’incarner ?! Anything for She, a dream come true, sans blague ?! Je n’en reviens pas ! ». Après en être revenu, Fred Cavayé aurait plus tard ajouté « Quand j’ai vu mon nom accolé à celui de Russell Crowe sur le net, j’ai inséré mon doigt dans mon ventilo pour m’assurer que je ne rêvais pas. J’ai perdu un doigt. J’en reviens juste toujours pas ! » A bout portant, renommé Point Blank par des distributeurs internationaux visiblement bien peu soucieux que ce titre soit déjà pris mille fois, passera-t-il à son tour à la moulinette hollywoodienne ? On peut l’imaginer. Moi je vois déjà Shia LaBoeuf à la place de Gilles Lellouche, courir dans tous les sens, tout étonné de ne pas voir des twingos se transformer en Lego ! Et j'imagine bien Bob Duvall dans le rôle du flic véreux sans scrupule.


Pour elle de Fred Cavayé avec Vincent Lindon et Diane Kruger (2008)
A bout portant de Fred Cavayé avec Gilles Lellouche, Roshdy Zem et Gérard Lanvin (2011)

15 août 2011

Super 8

Vu l'annonce du projet, et d'après les critiques glanées ça et là, ce serait forcément quitte ou double. Soit J.J. Abrams allait donner de l'eau au moulin de ma profonde indifférence à son endroit, soit il se rachèterait une réputation auprès de moi en me foutant des étoiles plein les mirettes. J'étais donc aussi curieux que méfiant face à ce film-hommage, réalisé sur le mode nostalgique et venu s'ajouter aux mille projets du genre qui envahissent un peu plus nos écrans de jour en jour. Au final j'avais tout faux car mon avis sur ce film s'avère plutôt mitigé, bien que tout mépris en soit effacé, et à plus forte raison, au risque de le regretter bientôt, je dirais que j'ai plutôt aimé. J'ai passé un agréable moment dans mon fauteuil de ciné, j'avoue, guilty as charged d'avoir apprécié un film de Jean-Jacques Abrams. Il faut dire qu'il aurait pu nous livrer quelque chose de désastreux avec le projet casse-gueule de rendre hommage aux films pour enfants des années 80, mais au final il s'en sort plutôt bien, même si la supériorité écrasante de la première heure sur la seconde implique un affaiblissement en cours de route, ce qui fait toujours tache. C'est d'ailleurs pour ça que je ne serai pas aussi dithyrambique que d'autres sur cette œuvre. La fin est en effet assez décevante, après une ouverture franchement convaincante, et d'abord grâce aux enfants. C'est là-dessus qu'on craignait le pire et qu'on est paradoxalement le plus agréablement surpris.



On pouvait craindre de retrouver la clique de gosses habituelle, avec sa somme de clichés et une suite de portraits bien dessinés, l'un après l'autre, avec de grosses différences physiques à la clé pour ne pas perdre le spectateur (si possible avec quelques quotas : un petit noir, un petit chinois) et des caractères bien sentis pour chacun d'entre eux, voire opposés. Or pas du tout, les enfants de la bande nous sont présentés de manière presque chaotique, nous plongeant dans leur groupe au beau milieu de conversations mitraillettes. Certes l'un d'eux porte un appareil dentaire hallucinant et, oui, il y a un gros, Charles (Riley Griffiths), à l'image de Choco dans Les Goonies ou de Vern dans Stand by me. Les enfants ont bien quelques lubies : Charles veut devenir réalisateur et ne pense qu'à ça, le héros fait des maquettes dans sa chambre en regrettant sa maman décédée, et le blond qui porte l'appareil dentaire d'un squale adulte est passionné par les explosifs. Mais leurs goûts restent assez basiques, et, à ce titre, les gamins de la bande sont finalement presque moins caricaturaux que ceux de Richard Donner ou autres. Malgré leur bien-heureux défaut de traits spécifiques trop appuyés, on ne tarde pas à reconnaître les personnages de Super 8, à les distinguer et à s'attacher à eux. Le seul "type" physique qui se détache nettement du lot, finalement, c'est le gros de la bande, or il n'est pas le débile malheureusement attendu, celui dont on se moque tout le temps parce qu'il est gourmand et stupide et à qui on balance des vannes dès que possible. Ici il joue le rôle du meneur, il est le réalisateur passionné qui conduit derrière lui ses amis pour réaliser un court métrage fantastique afin de le présenter dans un festival. La motivation de ce personnage et l'entrain de ses amis pour l'aider à faire son film sont très communicatifs, ce qui nous introduit immédiatement et très efficacement au sein de la bande.



Les gosses ne sont d'ailleurs pas des modèles de beauté, ce ne sont pas des étudiants en première année de licence de socio qui font semblant d'avoir douze ans, ce sont de vrais enfants et même le héros, Joe (Joel Courtney), quand bien même il est à priori plus "mignon" que ses amis, car d'un physique plus poupin, n'est pas le beau garçon qui fait semblant de ne pas avoir de succès pour accrocher les jeunes spectatrices ou favoriser le plus bas des instincts d’identification du spectateur, celui qui pousse à chérir les héros forts et puissants, non, c'est un vrai gamin. Idem pour la fille, Alice (Elle Fanning), qui n'est pas sublime, qui est même presque vulgaire lors de sa première apparition, la nuit, au volant de la voiture de son père, bref qui ne nous est pas "vendue", mais qui se révèle très belle ensuite grâce au regard porté sur elle par les personnages et par le cinéaste. A ce sujet, le film parvient à nous faire tomber amoureux de son héroïne, et je n'avais pas vu ça au cinéma (dans ce cinéma-là j'entends) depuis extrêmement longtemps. La scène d'émotion à la gare, le manque affectif du héros qu'il reporte peut-être sur Alice et leurs scènes ensemble (notamment les séquences de maquillage), nous font complètement tomber amoureux de cette jeune fille, et que l'on puisse nourrir quelque sentiment d'un instant pour une gamine de 12 ans est bien le signe que l'identification fonctionne à bloc et que la sincérité du cinéaste a quelque prise sur le spectateur (c'est peut-être aussi que le film nous ramène à nos 12 ans, ce qui peut être envisagé de façon positive ou non). D'ailleurs quand le père interdit au héros de revoir sa camarade, elle manque au film, sa présence féminine manque réellement, y compris au spectateur, peut-être même plus qu'au personnage. Et c'est un sentiment devenu rare dans le cinéma hollywoodien grand public.



Et puis le film a une autre qualité : il ne dit pas tout, ne surligne pas son texte. Pas que ce soit un exemple de finesse ou de suggestion, mais disons qu'il y a des scènes très brèves où quelque chose se passe sans que rien ne soit vraiment dit, comme quand le gamin, quatre mois après l'accident de sa mère (accident qu'on ne voit pas, et c'est un bon point) rentre guilleret de sa journée de collège et trouve son père en train de pleurer dans la salle de bain. Cette scène sonne terriblement vrai : le deuil peut-être prématuré du fils (on se souvient du héros de Stand by me qui s'étonnait quatre mois après la mort accidentelle de son grand frère que ses parents mettent autant de temps à "recoller les morceaux"), cette capacité qu'a l'enfant a parfois oublier, à vivre dans l'instant et à avancer grâce à une forme de naïveté propre à la jeunesse, ce sentiment de culpabilité qu'il éprouve quand il découvre que son père ne peut pas. C'est très bref et très juste. Et même quand les choses sont clairement énoncées dans les dialogues, par exemple l'amitié des deux personnages centraux de la bande (Charles et Joe), c'est dit aussi simplement que joliment. Bref, grâce à tout cela, le début du film est une vraie réussite. La scène sur le quai de gare est touchante (idem quand Joe et la fille regardent une vidéo Super 8 de la mère décédée), et franchement bien filmée (on sent que Spielberg était là, sinon par la présence du moins par l'influence, ça crève les yeux, et espérons que ce retour aux sources inspirera Tonton Spielby dans ses prochaines réalisations...), le crash du train est un peu poussif mais bien réalisé, l'intrigue est prenante, la mise en scène "à l'ancienne", qui évite les écueils du pastiche, a de quoi séduire. J'étais dedans ! Quand, juste après le déraillement explosif du train, l'un des gosses monte sur un débris en disant : "Venez voir les gars, on voit tout de là-haut !", on peut ressentir ce qu'on ressentait devant Les Goonies ou dans les films pour gosses de cette époque de façon générale, cet engouement de la jeunesse, cette joie puérile de la découverte et cette soif réelle d'aventure, un élan ô combien plaisant vers la fiction et vers ces gamins.



Mais dans la dernière demi heure, il faut l'avouer, on décroche un peu. Tout n'y est pas mauvais. L'histoire des deux pères par exemple n'est pas vraiment gênante, car elle est brève et peut rappeler Signes (cf. l'histoire de Mel Gibson et du tueur involontaire de sa femme, joué par Shyamalan himself, dans un film encore marqué de l'empreinte de Spielberg), et il y a fort à parier pour que la référence soit volontaire tant elle saute aux yeux. Il est d'ailleurs appréciable que le film puise certes principalement dans E.T. et Les Goonies (beaucoup aussi dans Rencontre du 3ème type, avec la scène de la station essence, entre autres) et dans les films des 80s en général (notamment Explorers, avec le cube extra-terrestre qui passe à travers les murs et le héros qui ressemble à s'y méprendre à l'un des trois personnages du film de Dante, lequel avait perdu sa mère très jeune et dont le père était alcoolique...), mais aussi dans des œuvres plus récentes. Grâce à cela le film ne tombe pas complètement dans le piège du remake déguisé ou dans celui du reboot fallacieux, et sa part de nostalgie n'est pas totalement écrasante. A l'image de ces "traces" de lumière bleue qui apparaissent quelques fois dans l'image à la faveur d'une source lumineuse puissante placée face à l'objectif et reflétée par la lentille de la caméra, qu'on appelle "lens flares". Ce type d'effet recherché se rattache à la mode nostalgique grindhouse et Abrams en est plus que friand. En reprenant volontairement cet effet pellicule à priori indésirable mais assumé comme heureux défaut dans E.T. comme dans Rencontre du 3ème type (chef-d’œuvre dont la photographie assurée par Vilmos Zsigmond était un émerveillement permanent), Abrams en rajoute certes un peu dans le "comme avant". Dans l'esprit on pourrait comparer ce geste à celui consistant à rajouter des rayures dans l'image ou à pourrir le son d'une chanson pour se rappeler les mauvaises copies de l'époque et les walkman, comme le font de tristes cinéastes actuellement, dans leurs tristes films, suivez mon regard... Mais dans Super 8 c'est peut-être LE projet où ça se tient (voir le titre du film...), et où ce n'est pas juste un effet bidon supposé "cool" mais au contraire plutôt bien vu, notamment grâce à l'ambiance de film fantastique et merveilleux que cela participe à créer.



Non ce qui gêne davantage c'est tout ce qui tourne autour du monstre. On sent qu'Abrams a quand même voulu mettre sa patte dans ce film (qui ne ressemble pas beaucoup à ses réalisations précédentes, et tant mieux...) avec cette créature immense et monstrueuse, sorte de mini-cloverfield. La bête n'est pas franchement fascinante... Son histoire (elle veut repartir chez elle, a essayé de construire son vaisseau dans un labo où travaillait le professeur qui s'est sacrifié au début du film, etc.), n'est pas vraiment exploitée à fond (et tant mieux, parce qu'on s'en contrefout), mais du coup elle est bancale et peu intéressante. L'implication de l'armée (qui rappelle un peu 1941 tant les forces militaires sont ridiculisées, mais surtout La Guerre des mondes) fait tendre l'ensemble vers le film catastrophe, ou disons vers la grosse machine du film d'action, et nous éloigne donc des gosses qui étaient au cœur du récit et qui servaient de pivot au film, ce qui est assez regrettable. On perçoit bien en outre quelques macguffins évitables, comme quand l'un des enfants se casse la jambe histoire d'être éjecté du film ou quand, lorsque le héros va sauver la fille, le shérif et une jeune idiote aux bigoudis se réveillent aussi dans la grotte, juste pour se faire bouffer deux secondes après à la place des héros... Et puis cet élément de l'histoire qui veut que lorsqu'un personnage touche la bête il "voie" aussitôt et "ressente" à travers elle (exactement comme dans E.T. du reste, voire comme dans A.I.), n'est pas franchement utile, car finalement on ne voit pas grand chose, que ce soit quand le monstre s'apprête à désintégrer le chef de l'armée (le professeur lui ayant au préalable annoncé qu'il le regarderait à travers la créature à cet instant) ou quand il se saisit du héros en le prenant dans sa main : il paraît qu'Abrams a inséré numériquement les yeux de la mère sur le visage du monstre, j'avoue que je n'ai rien vu de tel et que, de facto, la scène ne m'a pas des masses bouleversé. Les yeux de l'alien ressemblent soudain à des yeux humains, d'accord, mais c'est loin d'être beau et la scène en question, où le monstre finit par reposer l'enfant après les répliques un peu lourdes de ce dernier, est franchement surfaite.



Idem pour la fin. J'aime la sincérité du film, j'aime qu'Abrams se foute des invraisemblances et qu'il réclame de nous que nous croyions à n'importe quoi, comme dans les films de l'époque bénie et comme quand, ici, tous les objets métalliques aimantés par l'extraterrestre (vélos, frigos, bagnoles et bouches d’égouts) forment soudain un vaisseau high-tec avec plein de loupiotes qui clignotent joliment. Ce ne sont pas ces goofs sympathiques qui retiennent l'enthousiasme dans la dernière partie du film (comme encore le pendentif, dernier objet attiré vers l'engin qui a déjà aimanté des tas de voitures..., pendentif qui, quand il touche la bombonne, suffit à la faire exploser dans un gros jet d'eau - déluge... - sur les spectateurs de la scène), ce qui gêne c'est plutôt l'emphase de la dernière partie du film, son exagération dramatique : le gamin qui regarde le pendentif pendant cinq minutes avant de le lâcher pour le laisser partir vers l'alien et ainsi faire le deuil de sa mère. Bon... J'ai peut-être passé l'âge là quand même... Mais je doute que ce soit la seule explication, parce que j'ai passé l'âge pour l'ensemble de ce que raconte et montre le film. A la limite j'aurais marché si la scène était bouleversante malgré tout, mais ce n'est pas le cas, parce que si à la fin d'E.T. - puisque la séquence en est un copié-collé - on était effectivement ébranlé par le départ de l'extra-terrestre, adorable personnage véritablement lié (par le travail de tout le film) au gamin, ici on se fout totalement de la bête et son départ ne nous laisse rien éprouver. Donc le film se termine très platement et on se dit : tout ça pour ça ?



C'est dommage car, vraiment, la première heure est une étonnante réussite. Elle est même assez excellente à mes yeux de cinéphile né dans les années 80, forcément un peu nostalgique vis-à-vis du cinéma hollywoodien destiné aux plus jeunes, en tout cas avide de retrouver l'émerveillement proposé par les films de Spielberg et sa clique de l'époque. Ceci dit, cette fin trop peu efficace ne suffit pas à faire détester le film, loin s'en faut. C'est juste décevant, d'autant plus après une première heure, voire 90 premières minutes vraiment appréciables. Au final je peux le dire, même si c'est rude, j'aime bien ce film de J.J. Abrams. Tout est possible. Et ce réalisateur acquiert même un petit capital sympathie auprès de moi, qui perdurera s'il poursuit dans cette veine et abandonne la superficialité de ses projets antérieurs. J'ai déjà hâte de revoir Super 8 pour savoir si la magie prendra une seconde fois ou si elle retombera aussi sec, et je me réjouis personnellement de la sortie de ce film, moi qui, depuis pas mal d'années, me plains de l'absence inquiétante de films ne serait-ce que honnêtes pour les enfants d'aujourd'hui.


Super 8 de J.J. Abrams avec Joel Courtney, Elle Fanning, Riley Griffiths et Kyle Chandler (2011)

13 août 2011

Le Monde de Barney

Je peux vous le spoiler ? Bon, alors je vous préviens : ce film est la mise en image des souvenirs d’un type (Paul Giamatti) atteint de la maladie d’Alzheimer, un homme qui ignore être au crépuscule d’une vie bien remplie durant laquelle il a connu trois mariages et qui se souvient donc de ces différentes aventures. Le titre original, Barney’s Version, est un peu plus éclairant que sa version française, "Le Monde de Barney", puisque tout ce que l’on voit dans le film, c’est en effet la fidèle retranscription de la mémoire défaillante du personnage principal. C’est la version des faits de Barney ! C’est ce que j’ai dit tout haut à la fin du film, en ayant bien l’air con en plein cinoche, entouré de vieillards pas commodes, vraisemblablement près à de nouveau voter pour Sarkozy l’an prochain et qui s’étaient entassés dans une salle climatisée pour survivre à la canicule. Croyez-moi !




C’est donc seulement à la fin du film, quand on voit la maladie du héros se déclarer et s’aggraver progressivement, que l’on comprend enfin que l’on vient de voir une série de gros flash-back pas forcément vrais, mais pour la plupart déformés par le cerveau HS de Barney. C’est une idée intéressante, en soi, et le metteur en scène derrière tout ça a le mérite de ne pas chercher à nous duper, puisque le film nous est immédiatement présenté comme l’introspection de Barney, ce cinquantenaire un brin dépressif, devenu producteur de films pornographiques, qui fait le point sur sa vie. Une idée tout de même assez plombante car, ayant vu la bande-annonce, je dois avouer que je m’attendais à toute autre chose et j’espérais plutôt un feel-good movie autrement plus léger, taillé sur mesures pour mon idole Paul Giamatti. Je suis la carrière de cet acteur de très près depuis sa prestation à couper le souffle dans Sideways, mon film de chevet. Dans le chef d’œuvre viticole d’Alexander Payne, Paul Giamatti est tout bonnement excellent, il étale tout son répertoire fait de menton tremblotant, de regards de chien battu, de voix grave vacillante et d’allure bedonnante ô combien sympathique. Tout Giamatti en un seul film, un festival, un véritable Giamattionnaire comme j'aime l'appeler. L’acteur ressort tous ces classiques dans Barney’s Version, mais avec hélas moins de bonheur. De plus, cette réincarnation vivante d'Homer Simpson apparaît assez peu crédible dans ce rôle d’homme à femmes qui s’envoie consécutivement Rachelle Lefevre, Minnie Driver et Rosamund Pike, des actrices jamais complètement moches (mention spéciale pour la dernière, dont j’ignorais l’existence et qui a un petit charme bien à elle), même s’il faut évidemment garder à l’esprit que seuls ses propres souvenirs sont à l’écran et que le personnage enjolive peut-être son histoire. J’ai beau adorer Giamatti, être le président et seul membre de son fan-club français, je suis le premier à reconnaitre qu’il n’a pas le physique d’un playboy, je le considère plutôt comme le sosie de mon grand frère Glue 3, celui qui me laisse des menaces de mort sur mon portable tous les jours, à 8h01 précise. Flippant...




Paul Giamatti apparaît également quelque peu éclipsé par le grand Dustin Hoffman. Ce dernier, à n’en pas douter, s’amuse comme un fou dans ce rôle d’obsédé sexuel excentrique qui lui va comme un gant et qui nous rappelle un peu celui qu’il tenait dans la première suite pourrie de Mon Beau-père et moi. L'acteur est véritablement en roues libres et c’est à lui que l’ont doit les rares scènes drôles du film. Un autre moment drôle survient lorsque Paul Giamatti, au zénith de sa vie avec celle qui est son seul véritable amour (incarné par l'élégante Rosamund Pike), découvre celle-ci en petite tenue allongée sur le lit. Giamatti saute alors littéralement sur sa proie dans un bond prodigieux. L’image s’arrête sur ce plan ci-dessous, et la star apparaît dans toute sa splendeur. Une scène qui, comme vous l'aurez remarqué, décore cet article.




Ce film est aussi le théâtre de cameos de choix, puisque David Cronenberg et Atom Egoyan, le gratin des cinéastes canadiens, font des petites apparitions en tant que réalisateurs de porno, aux ordres de Giamatti. Des clins d’œil sympathiques et amusants pour le cinéphile averti qui saura les reconnaître, mais qui n’apportent strictement rien au film et ne sont même pas l’occasion de scènes véritablement comiques. Personnellement, j'avoue avoir dû compter sur l'aigle des montagnes Poulpard pour m'indiquer tous ces cameos. Après quelques clics sur la Toile, je découvrais une fois le film terminé que Barney’s Version n'est autre que l’adaptation d’un best-seller, l’autobiographie, semble-t-il, de l’écrivain auquel le film est dédié. Je ne me sens donc pas coupable de vous avoir dévoilé le scénario d’un film que l’on doit peut-être davantage apprécier quand on en connaît la clé, disponible dans toutes les bonnes librairies et autres halls de gares ! Découvrir le secret de ce film après 2h30 ne sera pas donné à tout le monde. N'est pas fana de Giamatti qui veut !


Le Monde de Barney de Richard J. Lewis avec Paul Giamatti, Dustin Hoffman, Scott Speedman et Rosamund Pike (2011)

10 août 2011

Le Départ

Excellent film de Jerzy Skolimowski dans lequel on sent à la fois la prégnance d'une esthétique héritée de la Nouvelle Vague Polonaise, puisqu'on retrouve quelque chose des premiers films de Polanski dans le rythme du film absolument rocambolesque, dans certains cadrages très brutaux, et dans la bizarrerie de certaines scènes ; et puis l'énorme influence de la Nouvelle Vague Française. Le film, tourné à Bruxelles, évoque pourtant tout de suite le Paris des premiers films de Godard, notamment A bout de souffle, dans l'utilisation de violents contrastes (les noirs très noirs et les blancs très blancs), dans l'art de traverser à toute allure les rues de la capitale, dans le goût des belles bagnoles aussi et surtout via ce jeune héros de guingois qui en pince pour une jolie fille, interprétée par Catherine-Isabelle Duport, adorable actrice qui jouait déjà aux côtés de Jean-Pierre Léaud dans Masculin/Féminin de Godard. Car c'est avant tout grâce à Léaud qu'on pense à la Nouvelle Vague. D'ailleurs j'en viens à me demander si Léaud n'était pas un grand scénariste en même temps qu'un grand acteur. Dans presque tous les films qu'il a faits, il cuisine toujours sa petite sauce et nous refait toujours les mêmes gags, avec ces changements d'intonation, ces gestes théâtraux et cet humour espiègle. Ça a commencé chez Truffaut bien-sûr, puis chez Godard, qui lui a possiblement inspiré une part de ses facéties et, hormis quelques contre-exemples, chez Eustache notamment, dans le gigantesque La Maman et la putain, Léaud fait son cinéma et continue à le faire encore récemment, chez Assayas ou Bonello : c'est toujours Doinel qu'on a sous les yeux. Et comment s'en lasser ?




Que ce soit dans le choix de la musique (jazz) ou dans la mise en scène (le faux raccord est permanent), si l'on est certes proche du Godard des années 60, il y a tout de même une différence notoire. Tout est un peu plus syncopé, un peu plus délié chez Skolimowsi, qui fait preuve d'une plus grande sécheresse, qui n'hésite pas à tourner des séquences vraiment étranges, presque sans rapport avec l'esthétique de base, et qui tend parfois carrément vers le film à sketches, alternant des séquences plus molles et d'autres vraiment belles, dont on sent que le cinéaste a tourné le film pour elles précisément (la séquence du miroir, celle de la voiture coupée en deux ou la fin). La fin d'ailleurs est un hommage direct à A bout de souffle, avec le huis-clos soudain dans la chambre, avec surtout ce garçon qui a passé tout le film a chercher du fric pour acheter une voiture de course et qui, quand il la possède enfin après l'avoir volée, ne va plus participer à la course dont il a rêvé, préférant finalement rester auprès de cette fille qui le retient avec bonheur et sans forcer dans ses filets. Au final les deux films racontent plus ou moins la même histoire, celle d'un mirliflore en cavale (chez Skolimowski le héros cavale pour cavaler, mais ça lui est vital) qui s'arrête de courir pour une fille à ses risques et périls.




Le plan final est sidérant. A force de courir à en perdre haleine, à force de vitesse, la pellicule se consume et brûle sur le visage de Léaud, immobile devant sa fenêtre tandis que la course a commencé. J'ignorais que Monte Hellman s'était directement inspiré de ce film pour le final sublime de Macadam à deux voies, dont le conducteur (The Driver) finit au contraire par prendre le volant, une nouvelle fois, abandonné de la fille (The Girl) pour accélérer dans le vide avant de brûler à même la pellicule dans la même composition géniale. En reprenant la sublime idée de Skolimowski, c'est une bien belle filiation que revendiquait Hellman dans son plus fameux film. J'ai découvert le cinéma du grand réalisateur polonais (qui nous a récemment offert le très impressionnant Essential Killing), il y a quelques temps avec Le Départ, et il est idéal de connaître ce cinéaste par un film assez passionnant puisque c'est celui d'une Nouvelle Vague en rencontrant une autre, dans un fouillis d'inventions souvent très belles.


Le Départ de Jerzy Skolimowski avec Jean-Pierre Léaud et Catherine-Isabelle Duport (1967)

8 août 2011

Love Liza

Philip Seymour Hoffman est en pleine déprime : sa femme vient de se suicider. Elle lui a laissé une lettre, mais il n'a pas la force de la lire. Il la garde néanmoins toujours sur lui, hésitant parfois à ouvrir l’enveloppe. En attendant, pour oublier son mal-être, il se réfugie dans la drogue et se shoote à l'essence... Voici le pitch de ce petit film indé inédit dans nos contrées qui vient de me plomber la soirée ! J'exagère un peu, Love Liza est une bonne surprise, et c'est même pas mal du tout. Il y a bien quelques longueurs gênantes au milieu du film, qui lui permettent cependant d'atteindre le statut de "long-métrage", et on notera aussi quelques éléments comiques qui tombent tristement à plat. Mais malgré ça, Love Liza est parvenu à me captiver et à m'intriguer, du début à la fin. Bon sang, on a tout de même envie de savoir si oui ou non il va finir par la lire cette maudite lettre ! Évidemment, oui, et son contenu s'avèrera très simple et d'une certaine beauté, sa découverte clôt le film de la meilleure des façons.



Au bout du compte, Love Liza est donc un plutôt joli film sur un sujet pourtant délicat : le deuil d'un gros type qui ne parvient plus à vivre et qui se croit responsable de la mort de sa femme. Philip Seymour Hoffman, lui qui peut être assez énervant, est ici très bon, sobre, doté d’une vraie présence. Le film, dont le scénario a été écrit par son grand frère, repose en grande partie sur ses épaules voûtées. Il y a aussi Kathy Bates qui dans ce film, avec ses cheveux courts et sa tronche de petit soldat teigneux, doit être l'une des vieilles femmes les plus laides jamais filmées. Elle est beaucoup plus terrifiante que dans Misery. Autre détail typique d’un film indé US : un soin particulier a été apporté à la BO. Elle est ici signée Jim O'Rourke aka le "triso surdoué de Chicago" (enfin, disons plutôt que quelques-unes de ses bonnes chansons y figurent), et il faut bien reconnaître qu’elle accompagne joliment le récit, participant largement à donner une identité singulière à ce film. Ça m'a même donné envie de réécouter ses disques alors que j'avais vraiment fini par en avoir ma claque de ce gars (bon, finalement, j'ai juste réécouté 3-4 chansons, faut pas pousser).


Love Liza de Todd Louiso avec Philip Seymour Hoffman, Kathy Bates et J. D. Walsh (2002)

6 août 2011

The Ghost Writer

On débarque après la tempête sur ce coup. On peut pas toujours être sur la brèche, écrire sur les films à même les accoudoirs des fauteuils UGC, on fait ça bénévolement, c'est une passion, un loisir, on peut pas tout couvrir. Ceci dit on l'a quand même vu au cinéma à sa sortie sur écran géant. Et c'est peut-être pas pour rien qu'on n'en parle que 16 mois après la bataille. Néanmoins on se sent obligés d'en parler, et on doit le faire maintenant parce qu'après on s'en souviendra plus du tout. Là, déjà c'est limite... Faut dire qu'on fait tout pour l'oublier et que le film n'a pas les armes pour s'imposer. Pourtant on en attendait beaucoup, comme avant toute sortie d'un nouveau film de Polanski, on y allait la fleur au fusil, la bouche en cœur, les bras en croix et la tête sur les épaules. Quelle déception que de tomber nez-à-nez sur ce thriller politique ultra bavard, laborieux, jamais excitant, morne, gris, fade et voué à élaborer un suspense qui ne décolle jamais ! Vers la fin du film, quand McGregor essaie d'échapper à ses poursuivants en montant sur un ferry avant d'en ressortir difficilement, il manque de tomber à l'eau et on aimerait presque qu'il glisse, qu'il se prenne le pied dans un cordage et passe par dessus le bastingage. On n'a vraiment rien à foutre du destin de ce personnage et on se fout encore plus de ceux qui l'entourent, de cette intrigue pseudo-politique bourrée d'échos autobiographiques et de références à l'actualité (notamment à Tony Blair Witch). Ce qui a valu tous les honneurs, une palanquée de récompenses, une presse unanimement élogieuse et un César à Polanski, c'est non seulement son âge avancé et sa gloire passée mais surtout sa situation judiciaire nauséabonde au moment du tournage. Rappelons que Polanski lui-même a affirmé : "J'ai fini le montage en taule entre deux co-détenus qui s'intéressaient plus à la face cachée de ma lune qu'à mon métrage".


LA scène d'action du film, qui implique un héros, un ferry et une grosse paranoïa

L'absence du metteur en scène au stade terminal de la confection de ce film explique peut-être sa qualité douteuse et sa fin en dents de scie. Dans la dernière séquence du film, McGregor résout une énigme digne du jeu Les Chevaliers de Baphomet (fabuleux jeu de Playstation au scénario tortueux signé par le Père Fourras), il vient à bout d'un casse-tête chinois hardcore qui consiste à construire une phrase clé à partir d'un bouquin de 300 pages à l'aide d'un indispensable stabylo et d'un tippex (c'est pas vraiment du blanco, c'est un de ces correcteurs très pratiques, roulants car doté d'un système de poulie ingénieux, qui a le mérite d'être précis, discret, de ne pas faire de grumeaux et de pouvoir être recouvert d'encre tout de suite après application si on n'appuie pas trop fort, et ça déroule une fine bande blanche de béton très dilué ; j'ignore le nom de cet appareil de rêve indispensable à tout fournisseur de fournitures de bureaux, qui fait rêver les étudiants et qui ne finit pas une journée de collège en un seul morceau), tippex que le héros déroule de façon frénétique sur 99% du pavé qu'il s'est échiné à ghost writer pour n'en garder que les malheureux mais précieux termes de la phrase mystère dans une scène digne de Joao César Monteiro. Fort de sa découverte, il la soumet à la femme du Prime Minister, dont il était le nègre et qui s'est fait descendre, car c'est elle que cette découverte incrimine, chose dont on se doute dès le moment où cette dame se met à poil dans le lit du héros sans aucuns pourparlers préalables dès la 37ème minute du film.


Au fond du dernier plan de ce film qui vous prend littéralement par le cou pour ne plus vous lâcher la carotide, vous pouvez apercevoir ce qu'il reste de notre héros trop arrogant : sa chaussure en plein vol plané.

Après cet exploit, le héros roule des mécaniques et tord du cul vers la sortie d'une réception mondaine en claquant la porte dans son dos à la manière de Jacquouille dans Les Visiteurs. Là, plan fixe sur une rue de New-York (New-Jersey), McGregor passe, fier comme Artaban, devant le champ avec son manuscrit sous le bras, les mains tout au fond des poches de son baggy, au niveau des genoux, et il s'éclipse hors-cadre, apparemment doté d'un sentiment du devoir accompli exacerbé au vu de l'érection qu'il a du mal à cacher sous son falzar taille basse manifestement pas assez large ; puis dans le fond du champ apparaît une Peugeot Safrane noire qui met soudainement la gomme dans un crissement de pneus tétanisant : le dernier son qu'entendra McGregor, littéralement cueilli par le pare-buffle d'un assassin peu discret et connu par ses amis pour être un peu lourd en soirée. Après avoir déjoué toutes les machinations criminelles fomentées contre lui, notre héros se fait avoir en marchant au milieu de la route. Le plan s'achève sur toutes les pages du manuscrit qui s'envolent une à une, le genre de truc qui te fout la rage si ça t'arrive quand t'es encore vivant, une chance pour le personnage d'être mort donc. C'est nous qui avons le déplaisir de voir ces milliers de feuilles se faire la malle en désordre dans un plan-séquence de haut vol. De quoi nous mettre sur le cul. Sauf qu'après deux heures de léthargie, perso j'avais pas le cœur à me laisser éblouir. Tout ça pour dire que le contexte difficile dans lequel Polanski a terminé son film aurait dû permettre à la critique d'en pointer les grandes faiblesses tout en dédouanant le cinéaste septuagénaire que nous aimons tant. Au lieu de ça on a pu assister à un phénomène de masse inversement proportionnel qui consista à cirer les bottes de Polanski et à s'émerveiller devant ce film ma foi fort anodin. Le genre de film que j'attribuerais volontiers à Doug Liman. Sauf que si c'est lui qui l'avait fait je l'aurais pas vu, mais ce serait un joyau dans sa filmo entre Jumper et Fair Game.


The Ghost Writer
de Roman Polanski avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams et Kim Cattrall (2010)

4 août 2011

Bon à Tirer (B.A.T.)

J'ai "regardé" ça un soir avec Poulpard, je mets entre guillemets parce qu'on n’était pas toujours dedans, mais c'est bien grâce à cela que nous avons tenu tout le film. Pour tout vous dire, nous étions occupés à répondre à un lecteur surexcité. Il s’agit donc du dernier film des frères Farrelly, avec comme souvent un pitch qui se veut plus ou moins accrocheur. Les deux personnages principaux du film sont deux meilleurs amis, Owen Wilson et Jason Sudoku, obsédés sexuels et constamment attirés par les minettes qui passent sous leurs yeux pervers. Ils sont pourtant mariés, l’un à Jenna Fischer et l’autre à Christina Applegate, mais leurs vies sexuelles ne sont plus ce qu’elles étaient. Se rendant bien compte de l’état alarmant de la libido de leurs compagnons, véritables bombes à retardement frustrées par la vie, elles prennent une décision commune : donner un "bon-à-tirer" (expression ô combien affreuse, traduction malheureuse de "hall pass") à leurs maris, pour que leur obsession du cul disparaisse, l'interdit de l’infidélité étant temporairement levé. Pendant une semaine, nous suivons donc les pérégrinations pathétiques de ce triste duo sans relief, guidé par sa seule envie d'enfin réussir à tirer un coup salvateur...


Jouer tout un film les mains dans les poches, c'est une belle performance de la part de Wilson. Mais ça en dit long sur l'implication de l'acteur dans un projet mort-né.

Au-delà du fait que les Farrelly essaient manifestement de cacher leur flagrant manque d’inspiration sous un gros tas de vulgarités et de dialogues très gras dignes du pire de Judd Apatow, l’une des choses qui frappent le plus dans ce pauvre film est la tronche et l'allure pitoyables que trimballe Owen Wilson d’un bout à l’autre. On le sait dépressif et suicidaire, je ne m’acharnerai donc pas sur lui, mais c’est tout de même un peu problématique quand cela transparaît à l’écran dans des films supposés être drôles et légers. Ici, l’acteur ressemble à un vieillard convalescent qui a évité de peu la faux et qui depuis n’arrive plus à retrouver goût à la vie. Le pauvre, il fait vraiment peine à voir. Quant à son acolyte, que dire ? Il parvient à nous faire pouffer une petite fois, lorsque la vulgarité du film est poussée à son paroxysme (la scène du pet qui repeint la baignoire) et qu’il nous offre un regard consterné, apparemment conscient de l’horreur de la situation. Ça reste assez peu en 105 minutes de film, car à l’instar de la plupart des autres œuvres des frères Farrelly, Bon à Tirer a le défaut de durer une bonne demi-heure de trop...


Jenna Fischer est souvent méconnaissable, rendue hideuse par des séances d'U.V. intensives que la blancheur anormale de ses dents met en avant. Quant à Applegate, j'ai eu du mal à la reconnaître, elle a à nouveau changé de tronche !

Habituellement dans les films des Farrelly, il y a au moins une jolie actrice qu'ils mettent plutôt bien en valeur. Dans Fous d'Irène, ils parvenaient presque à rendre Renée Zellweger charmante, ce qui relève du miracle étant donné la façade décrépie de cette comédienne biélorusse (et encore, notez bien que j'ai dit "presque"). Ils ont entre autres filmé Gwyneth Paltrow et Eva Mendes, mais aussi Vanessa Angel (celle qui a émoustillé tous les fans de la série Code Lisa, à commencer par notre bon Poulpard). Dans Bon à Tirer, ils ont Jenna Fischer sous la main, mais ils préfèrent se focaliser sur une pouffiasse australienne blonde sans intérêt apparemment nommée Nicky Whelan. Je parle des comédiens, du fait que c'est pas drôle, etc, vous pourrez penser que c'est pas très poussée comme critique, mais je ne préfère pas m'attarder sur le reste. Y'a que dalle à dire sur ce film, dont même la morale puritaine est affligeante. C'est d'autant plus attristant quand on se dit que les deux personnages principaux sont bien entendu les avatars des frères metteurs en scène. Enfin bref, les Farrelly ne ressortent pas du tout grandis de ce film très souvent abject, bien au contraire. Un film qui confirme l'état déliquescent des ciboulots du duo de Providence après le déjà ridicule Les Femmes de ses rêves... Si ces deux-là donnent enfin une suite à Dumb & Dumber, ils ont tout intérêt à confier les rênes du projet à Jim Carrey, car s'ils se loupent, ils seront numéro un ex-æquo sur ma Most Wanted List !


Bon à Tirer (B.A.T.) de Peter et Bobby Farrelly avec Owen Wilson, Jenna Fischer, Jason Sudeikis, Nicky Whelan et Christina Applegate (2011)