Affichage des articles dont le libellé est J. J. Abrams. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est J. J. Abrams. Afficher tous les articles

29 juillet 2023

Mission : Impossible – Dead Reckoning Partie 1

La saga Mission : Impossible, c'est un peu comme les Jason, on finit par avoir un mal de chien à les identifier, à les dissocier les uns des autres. C'est un bon test cognitif pour soi-même. Le premier, c'est facile, c'est celui de De Palma où Tom Cruise joue encore collectif, avec Jean Reno, Béart et compagnie. Le TGV dans le tunnel sous la Manche, la goutte de sueur qui menace de déclencher l'alarme. Ok, facile, on a pu en causer ici sans souci en s'appuyant seulement sur nos très vagues souvenirs. Je l'ai revu depuis dans le cadre de ma réhabilitation personnelle de Brian de Palma et je considère toujours que ce film est loin de faire partie de ses meilleurs et qu'il correspond hélas au début du déclin de l'auteur de Body Double. Quant à Mission : Impossible II, la bande-annonce, à l'époque laborieusement téléchargée en 56k, m'avait scotché : on y voyait Tom Cruise escalader en solo intégral une falaise verticale et se mettre en danger de mort inutilement suite à une glissade, pour mieux se rattraper à une corniche dans un geste impossible, nous montrer ses muscles saillants et nous adresser un regard-caméra plein de défi. J'étais alors facilement impressionnable et le remix du fameux thème musical de la série, plutôt chiadé, jouait aussi son rôle. Le reste était à chier. John Woo et ses quelques envolées de colombes. Tom Cruise et ses cheveux longs qui le rapetissent encore davantage. Thandie Newton aux abois. Bref, un raté. 


Représentation abstraite de ma mémoire à l'évocation d'un Mission : Impossible ? Non, représentation signée McQuarrie de l'Éntité, l'intelligence artificielle malfaisante du film. Mouais...

Dès le troisième opus, ça se corse davantage, ma mémoire me joue des tours, et je ne peux pas lui en vouloir. Je ne garde quasi aucun souvenir de l'épisode signé JJ Abrams (comme  tout ce qu'a fait cet homme-là), si ce n'est de brèves images de Phil Seymour Hoffman sous-exploité en vilain, de Michelle Monaghan en épouse éplorée, et de Tom Cruise glissant arme au poing dans les lens flares. Peut-être le pire. À partir du 4, l'amalgame nous tend encore plus les bras. Peut-être parce que Christopher McQuarrie, le lieutenant de Tom Cruise, passe aux commandes, d'abord au scénario. Ghost Protocol, c'est un générique en CGI en forme de clin d’œil à la maison Pixar dont est issu Brad Bird, le réalisateur embauché par la gigastar pour redonner du peps à sa saga. Une escapade à Dubaï, la robe fendue de Paula Patton, une apparition délicate de Seydoux. Voilà tout ce qui m'en reste. Le 5, le 6 et à présent le 7 forment dans mon esprit une seule et même bouillie. Tout à fait digeste mais sans réelle saveur. Il y a une grosse baston dans des toilettes, peut-être dans le 6. Une course à motos, peut-être dans le 5. Et aussi le 6. Je ne sais plus. L'arrivée de Rebecca Ferguson, un atout non-négligeable, sacrifiée bêtement cette année, est à noter. Et encore et toujours les mêmes pesants défauts. Malgré cela, les M:I demeurent légèrement au-dessus du lot. Faut dire que quand la concurrence se nomme Fast & Furious XII, c'est pas si difficile.


Il y a à peu près la même ambiance dans la voiture quand je prends le volant sur les routes des vacances...

Cette fois-ci, Tom Cruise et sa bande sont donc à la recherche d'une clé ridicule qui permettrait de désactiver une intelligence artificielle aux idées de grandeur de plus en plus inquiétantes. Cette quête mène l'autoproclamé sauveur du cinéma de divertissement hollywoodien aux quatre coins du monde, comme d'habitude. Toujours aidé par les fidèles Simon Pegg (ici adorable) et Ving Rhames (en mode moins j'en fais, mieux je me porte), il s'associe à une pickpocket professionnelle, incarnée par Hayley Atwell, une recrue bienvenue : c'est bien simple, quand ce n'est plus elle qui dicte le tempo du film, celui-ci retombe dans la médiocrité. Les antagonistes que Tom Cruise croise sur son chemin sont, principalement, deux agents de la CIA au courant de rien, une mystérieuse mercenaire nommée Paris parce qu'elle est française, et un individu malfaisant surgi du lointain passé du héros. Ce soldat zélé au service de l'IA est le grand vilain du film et l'on peut s'étonner qu'il soit incarné par un latino a l'air goguenard, le teint hâlé, en chemise pastel légère et pantalon blanc en lin, on dirait un touriste qui profite d'un moment de tranquillité, débarrassé de femme et enfants. Tom Cruise doit être fan de La Bamba, c'est comme cela que j'explique qu'il ait pu filer ce rôle à Esai Morales, la co-star de Lou Diamond Phillips dans le biopic de Ritchie Valens. Vous l'aurez compris : il est l'un des boulets du film. Bien sûr, on ne sait rien de ses motivations personnelles, ce qui ne comble donc en rien le manque de charisme de ce vilain de pacotille.


Quand Tom Cruise prend le train, ça finit souvent sur le toit...

On connaît l'ambition de Tom Cruise d'écraser la concurrence quand il sort un nouveau film de sa saga fétiche, d'où son goût pour des scènes d'action interminables qui en offrent toujours plus. Cela donne ici lieu à quelques bons moments, il faut bien le reconnaître, mais ceux-ci sont parfois bien planqués, coincés entre deux passages plus fastidieux, déjà vus et revus, ou refoulés à l'issue d'une longue séquence d'action assommante, sans grand intérêt. On se tape ainsi une énième baston peu emballante sur le toit d'un train lancé à pleine vitesse, où Cruise et son ennemi font toujours bien attention à se balancer à tour de rôle dans le sens de la longueur, triste moment qui atteste de nouveau l'incapacité de McQuarrie à filmer convenablement les bagarres quand celles-ci ne se déroulent guère dans des teuchios (auparavant, des échauffourées dans les ruelles et sur les ponts étroits de Venise auront eu le temps de nous saouler). Mais, à la suite de cette bagarre minable, Cruise et Atwell se retrouvent prisonniers de wagons dont ils doivent s'extirper un à un avant qu'ils ne chutent dans le vide, et cela devient enfin très plaisant. Je retiendrai deux autres scènes où McQuarrie semble s'être sorti les doigts (excusez cette expression familière). Je pense d'abord à la longue séquence de l'aéroport d'Abou Dabi où l'on suit une double filature (Tom Cruise pourchassant la pickpocket tandis qu'il est lui-même marqué à la culotte par la CIA) parallèlement à la désactivation, par l'astucieux Pegg (ne me demandez pas pourquoi, je l'aime bien là-dedans, il sue tout le temps, panique, s'énerve, pète les plombs, il est le seul à paraître humain), d'une bombe nucléaire cachée dans un des bagages qui transite en sous-sol. Tous les événements s'enchaînent agréablement via un montage efficace. On ressent alors le plaisir que l'on était venu chercher en consentant de passer le seuil de la porte vitrée du multiplexe inhumain. Et il y a ensuite la course-poursuite en voiture, en deux temps, dans les rues de Rome, qui prend une tournure comique et amusante à partir du moment où, menottés, Atwell et Cruise conduisent ensemble une Fiat 500 jaune étonnamment pimpée. On y casse pas mal de matériel, ce qui est toujours une chose appréciable. 


Du jamais vu, même à la SNCF !

Dans les 163 minutes que comptent cet épisode, il y en a donc bien 20 de bonnes, ce qui est déjà pas mal quand on espérait rien. Le reste est soit passable, plombé par un scénario qui perd progressivement en limpidité, soit carrément médiocre, flingué par le manque d'imagination et d'audace de l'équipe réunie autour du projet, pilotée de trop près par un acteur démiurge qui uniformise à présent tout ce dans quoi il tourne, ne laissant plus leur chance à des cinéastes qui n'obéiraient pas au doigt et à l'œil. Dans le pire de Dead Reckoning, il y a cette longue et lourde scène de discussion dans une boîte de nuit vénitienne : la tension est aux abonnés absents et l'on ne peut s'empêcher de trouver criante de pauvreté la façon du réalisateur de filmer, sous des angles ridicules et entre une succession de gros plans usants sur des tronches qui bavardent, les écrans et projections d'images virtuelles abstraites qui décorent la pièce, ceci afin de rendre palpable et menaçante la présence de l'intelligence artificielle malveillante, qui cernent littéralement les personnages (on préfère l'Entité de Sidney J. Furie). Le pari était certes compliqué sur le papier et, sans surprise, McQuarrie, en bon artisan limité qu'il est, n'a pas su le relever. Heureusement, il y a là-dedans une petite touche d'humour, d'autodérision, qui participe pour beaucoup à notre indulgence. Éternel héros, de plus en plus pris de vitesse mais toujours là de justesse, Tom Cruise veut nous amuser et nous divertir, il n'y parvient que trop rarement, par intermittence, mais, dans le contexte actuel du gros cinéma hollywoodien, c'est déjà ça. 


Mission : Impossible – Dead Reckoning Partie 1 de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Esai Morales et Hayley Atwell

5 juin 2018

Mission : Impossible

C'est donc dans ce film qu'un hélicoptère poursuit un TGV dans le tunnel sous la Manche. En 1996 deux nouvelles inventions du génie civil font perdre la tête à De Palma : le TGV et le tunnel sous la Manche. Deux créations que même les Chinois nous ont enviées et qu'ils nous ont achetées au prix fort. De Palma a voulu faire la promotion de ces nouvelles inventions dans ce que Laurent Weil a nommé "le meilleur film d'action qui se déroule dans un tunnel, loin devant Daylight". Cette séquence de haute voltige venait conclure un film d'une lenteur accablante dans un feu d'artifice pyrotechnique de goofs. Tout le monde l'a dit, les trains ne se croisent pas dans le tunnel sous la Manche, contrairement à ce que nous fit croire De Palma. L'autre séquence d'action du film, à peine moins ridicule, c'est évidemment celle où Tom Cruise est suspendu à une corde au-dessus d'un ordinateur, tentant de taper le bon mot de passe pour accéder à sa session Windows 95. La moitié du public rêverait que l'acteur soit nu comme un ver dans la scène, pour voir son étoile noire ou pour que ses couilles chatouillent le bout de son nez (car il est très petit et monté comme un poney), l'autre moitié espère qu'il s'étrangle avec sa corde. A la fin de la scène c'est une goutte de sueur irrépressible qui tombait du front du comédien sur le touchpad de son PC et qui activait le système d'alarme ultra chatouilleux du magasin FNAC Micro où il essayait de tirer du matos Hi-Fi. On était suspendus à une goutte de sueur ! Si à la place de Cruise on avait eu droit à un Ving Rhames pendu par le cul et poussé dans ses derniers retranchements, c'est une cascade de sueur qui se serait déversée sur l'écran de l'iPad tant convoité, car l'acteur souffre d'un hyperhidrose palmaire primaire, ce qui fait qu'il a constamment le front et les aisselles embobinés dans des serviettes.


Jeu d'adresse : sachant qu'Emmanuelle Béart mesure 1,61m et se tient légèrement de biais, tracez une ligne partant du sommet de son crâne et se terminant au sommet du bellâtre sis à droite de la photo. Que remarquez-vous ? La ligne est parfaitement horizontale [surlignez pour voir la solution]

Oui car le grand Ving Rhames était de la partie. Casting 4 étoiles pour ce film faisant la part belle aux français : Tom Cruise, Jean Reno, Jon Voight, Kristin Scott Thomas, Emilio Estévez et Ving Rhames. Mais surtout Emmanuelle Béart. Car c'est aussi dans ce film qu'elle est apparue pour la première fois avec une ventouse à la place de la bouche, très utile tout de même pour sauver le héros Ethan Hunt dans certaines situations périlleuses. Pensant sans doute que ce film allait la propulser au sommet du cinéma ricain, la star s'est crue obligée de se faire démolir la tronche pour ressembler aux idoles de l'époque : Carmen Electra, Pamela Anderson, Julia Roberts ou Sylvester Stallone aka "le Sly". Quel carnage, quels ravages, si son ramage se rapporte à son plumage on est mal. Rappelons aux plus jeunes d'entre nous, qui n'ont peut-être pas appris à bander devant Manon des sources ou Un Cœur en hiver, assis aux côtés de leur tante aveugle, que Manu Béart était facilement parmi les cinq plus belles femmes du monde en ce temps-là. Rappelons à ceux qui n'ont jamais fait le pari avec les potes du bahut d'arriver à tenir les 4h18 de La Belle noiseuse sans débander une seule fois, y compris quand seul le gros Piccoli est à l'image, que la Béart des débuts c'était l'Himalaya.


Ce petit bijou de femme s'asseyait régulièrement sur Daniel Fauteuil en ce temps-là, comme quoi tout est possible dans le football, ne désespérez pas !

Quid de ce gimmick de la série Mission : Impossible : le message informant le héros de sa mission censé s'auto-détruire dans la minute. C'était une bonne idée au départ mais depuis que ma directrice de recherche l'a adoptée pour me faire part de ses commentaires sur mon Mémoire, ça me séduit moins. J'ai donc trois raisons au moins d'en vouloir à De Palma par rapport à ce film. Il va me foutre dedans pour cette année scolaire très coûteuse, il a contribué à exploser le visage d'une idole, et il a aidé à établir Tom Cruise à la tête d'une franchise entièrement dédiée à sa mégalomanie. C'est l'acteur qui choisit toujours le metteur en scène qui lui cirera les pompes sur chaque nouvel épisode de la série. On a donc eu droit à John Woo dans le second volet, avec son lot de vols de pigeons et de ralentis sur des types qui tombent ou qui retirent leurs masques, comme dans tout bon John Woo. On a subi le troisième épisode réalisé par J.J. Abrams, la poule aux œufs d'or des séries télé qui sur le coup s'est un peu planté dans une éternelle redite des mêmes scènes d'action interminables où l'on doit admirer Tom Cruise et ses muscles saillants. Et on vient de subir le quatrième volet où le choix de la star concernant le metteur en scène fut un peu plus audacieux puisqu'il a fait appel à Brad Bird, le réalisateur de Ratatouille, qui réalisait là son premier film avec de vrais acteurs.


Hypnotique...

Tom Cruise choisit aussi ses partenaires dans chaque film. Dans le premier épisode il se contentait de pousser ses camarades hors du cadre afin d'y régner en seul maître. Il y avait quelques plans étonnants où on le voyait littéralement jouer des épaules à la manière d'un Marcel Desailly rudoyant pour sauver un corner. C'était encore timide, la star d'un mètre vingt de haut n'ayant pas le physique de "The Rock", le meilleur pote de Deschamps en défense centrale, pour étaler la concurrence. Avec un type comme Tom Cruise dans la surface de réparation y'a corner à chaque ballon. Et vu sa taille, y a but à chaque corner. Dans le deuxième film il n'y avait plus que Ving Rhames, présent pour respecter un certain quota de blacks et pour faire marrer l'acteur sans lui faire de l'ombre. Dans le troisième épisode, Cruise avait fait table rase de tout l'esprit originel de la série qui consistait à taffer en équipe : l'acteur était absolument seul en scène, parcourant le monde et défonçant des milliards d'ennemis avec la seule aide de son GPS humain, incarné par un Simon Pegg (un acteur comique blond typiquement brittish remarqué dans Hot Fuzz et Shaun of the dead, deux films moisis), pendu à son kit main libres pour guider le héros dans ses courses poursuites. Typique de Tom Cruise que d'essayer par tous les moyens d'être seul sur l'affiche, ne cédant de place que pour un maximum de courtisanes qui, alliées ou ennemies du héros, n'en ont toutes que pour son regard irrésistible et son sourire irrésistible aussi. Et aussi, selon le scénario, que l'acteur a retouché avant le tournage, pour sa teub de "37 cm de long". J'avoue que moi-même j'en pince pour Tommy Cruise depuis Top Gun, devant lequel ma sœur s'envoyait en l'air avec elle-même.


Mission : Impossible de Brian De Palma avec Tom Cruise, Jean Reno et Emmanuelle Béart (1996)

10 février 2018

The Cloverfield Paradox

Netflix a cru nous faire une jolie surprise en sortant le nouveau film de la saga Cloverfield quelques heures seulement après avoir diffusé sa première bande-annonce lors du Super Bowl. Il y avait en effet de bonnes raisons de frétiller d'impatience et de regarder en vitesse ce nouvel épisode qui fait suite à deux films plutôt intéressants qui exploraient chacun de manière assez originale des genres différents, en s'inscrivant dans un même univers, dévoilé peu à peu. Cloverfield premier du nom est l'un des rares found footage à être réellement efficace, il constituait un film catastrophe assez bas du front mais, pour les amateurs, une expérience qui valait la peine d'être vécue. 10 Cloverfield Lane était quant à lui un thriller en huis clos magnifié par son actrice principale et une conclusion ma foi très réussie. Qu'allait donc nous réserver la suite ?




A y regarder de plus près, si nous étions dénués de tout a priori négatifs, on pouvait tout de même nourrir quelques doutes... A la réalisation de The Cloverfield Paradox, un inconnu nommé Julius Onah qui, après quelques recherches menées sur internet, s'avère être un jeune cinéaste au statut envié puisque régulièrement cité dans d'obscures listes recensant les metteurs en scène américains à suivre et sur le point d'exploser. A l'écriture, Oren Uziel, qui travaille sur une histoire initialement intitulée God Particles depuis des années mais dont on ne sait rien d'autre. Et à la production, fidèle au poste, JJ Abrams, dont on pourrait penser qu'il est le vrai cerveau de l'entreprise. Or, force est de constater, après quelques minutes de film seulement, que de cerveau, il n'y en a pas !




Le triste JJ Abrams a simplement dû signer le chèque permettant la mise en branle de cet abject projet et, par la même occasion, l'arrêt de mort de la saga. Dénué de la moindre imagination et nous proposant une mise en scène exécrable digne d'un très mauvais téléfilm, Julius Onah a effectivement explosé et perdu illico son statut de jeune réalisateur under the rader pour gagner les rangs trop bien garnis des purs zonards à éviter absolument. Quant au scénariste, dont la place est en détention provisoire ou en hôpital psychiatrique, il serait le premier à être poussé vers l'échafaud tant son script infâme dégage une odeur de pet dégueulasse.




Essayons de faire bref : nous sommes donc dans un futur indéterminé et la Terre, en proie à une crise énergétique sans précédent, est dans une merde noire, au bord d'un conflit mondial qui pourrait acter la fin de l'humanité. Pour sauver la situation, des scientifiques et des techniciens issus des pays les plus influents du moment (Russie, Allemagne, Grande-Bretagne, USA, Chine, Brésil et... Irlande) sont envoyés en mission sur une station spatiale en orbite autour de la planète bleue afin de créer une source d'énergie inépuisable à l'aide d'un accélérateur de particules géant. Malgré les mises en garde d'un illuminé assurant que l'utilisation de l'accélérateur pourrait engendrer des catastrophes spatio-temporelles inédites et irréversibles, tout ce petit monde s'active pour réussir enfin le lancement de la machine. C'est alors qu'une surcharge se produit suite à laquelle les scientifiques découvrent avec stupeur que la Terre a tout bonnement disparu des radars. D'autres événements étranges vont alors se produire au sein de la station, mettant en danger l'ensemble de l'équipage.




Ce n'est pas pour m'envoyer des fleurs, mais sachez que je raconte beaucoup mieux que Julius Onah et son scénariste dont l'horrible rejeton, d'une laideur et d'une bêtise étonnantes, est un supplice du début à la fin. D'emblée, on essaie de nous intéresser à des personnages qui n'existent à aucun moment, d'infects clichés ambulants. On s'amusera de la perfidie du Russe, forcément le plus infréquentable de la bande. On pleurera aux répliques supposées être humoristiques de l'irlandais incarné par le très pénible Chris O'Dowd, notamment quand toute la fine équipe se rend compte que la Terre a disparu (ce qui donne des dialogues épouvantables et grotesques comme "La Terre ne peut pas disparaître aussi facilement...", "Je t'assure, j'ai vérifié deux fois, je ne la retrouve plus", "T'as bien cherché partout, t'es sûr ?", "La Terre a juste putain de disparu !" ; il faut vraiment entendre tout ça pour y croire). On sera rapidement fatigué par les péripéties de plus en plus débiles auxquelles doivent faire face les membres de l'équipage. Devant ce vaste n'importe quoi, on se demande même s'il ne s'agit pas là d'un film ouvertement comique, d'une sorte de parodie, d'un délire entre potes, d'une blague qui a mal tourné ou que sais-je.




Le scénario est si idiot et prévisible dans sa bêtise qu'il annihile tout espèce d'intérêt que l'on pouvait avoir pour la franchise Cloverfield, et celle-ci aura bien du mal à s'en relever. Des univers parallèles sont ainsi sordidement mêlés par l'arrogance humaine, l'humanité faisant appel à une technologie qu'elle ne maîtrise pas pour sortir d'une impasse vers laquelle elle a foncé tête baissée, pour se dépêtrer d'une situation qu'elle a elle-même provoquée. Mais, là encore, je vais bien trop loin, le film ne développe aucun discours, aussi basique soit-il, ressemblant à ça, il ne propose aucune de ces critiques et mises en garde traditionnellement véhiculées par les récits de science fiction. C'est cette faille créée entre des univers parallèles qui aura donc notamment entraîné l'apparition d'une bestiole immense défonçant tout sur son passage. Avant de déclencher l'ultime essai de l’accélérateur de particules, l'un des tocards de la station prévient pourtant tout le monde dans un éclair de lucidité, il lève le doigt poliment et déclare "Au fait, vous savez que si l'accélérateur de particules dysfonctionne, on peut peut-être ouvrir une faille entre des dimensions parallèles, et faire venir des créatures, des monstres venus d'ailleurs ? Ouf non ? J'dis ça j'dis rien !".




En réalité, on tient là une sorte de croisement bâtard entre des films qui étaient déjà eux-mêmes de sacrées merdes. On pense ainsi aux derniers immondices impardonnables de Ridley Scott, Prometheus et Alien Covenant, pour cette façon de dynamiter un univers, qui jusque là se tenait bien et cultivait intelligemment un certain mystère, par des révélations misérables dont tout le monde se serait bien passé. On pense également à des trucs médiocres mais beaucoup moins offensants tels que le récent Life : Origine, qui avait pour lui le mérite de se prendre pour ce qu'il était, à savoir un simple et bête film de monstre à l'ancienne, et guère autre chose. Tout est à jeter dans The Cloverfield Paradox. En plus d'être con, c'est désagréable à la vue, avec entre autres ses plans obliques ignobles, incapables de générer la moindre tension, et cette station dont on n'arrive même pas à comprendre la géographie. 10 Cloverfield Lane était un huis clos et parvenait grosso modo à nous le faire ressentir, à nous transmettre une impression d'enfermement, une certaine tension. Cette suite n'y parvient pas une seconde et n'est qu'un enchaînement de conneries terribles.




Nous suivons, en parallèle, les mésaventures du petit-ami de la britannique, resté sur Terre et confronté aux conséquences du dérèglement global. Une partie dont on a appris de la bouche d'un JJ Abrams honteux qu'elle avait été tournée après coup, pour sauver l'ensemble. C'est effectivement moins abominable à suivre que ce qui se déroule dans la station spatiale, mais c'est tout de même inintéressant au possible. Tout est à jeter je vous dis. Ils auraient bien mieux fait de réaliser un prolongement direct à 10 Cloverfield Lane, en nous proposant tout simplement de voir Mary Elizabeth Winstead, dans sa combinaison de fortune, affronter les aliens et essayer de survivre dans un monde apocalyptique. Il n'en faut pas plus pour faire un bon film de genre ! On aurait maté ça avec bien plus de plaisir...




Comme trop souvent hélas, les plus malins dans cette histoire étaient sans doute ceux qui ont orchestré la campagne marketing, tout simplement basée sur l'entretien du mystère par le silence et l'effet de surprise final avec l'arrivée soudaine du film. Cela a en effet permis à cette gigantesque daube de bénéficier d'un buzz retentissant sur les réseaux sociaux et d'être certainement vue par bien des curieux. Une fois que les premiers l'avaient subie, ce buzz s'est aussitôt transformé en "bad buzz" puisque le film s'est fait descendre de toutes parts. Ce lynchage en bonne et due forme était tout à fait mérité. Les quelques défenseurs du produit, parmi lesquels des maniaques passionnés et des fous dangereux, échafaudant des théories reliant les trois films sur des forums à éviter, existent bel et bien mais ils doivent se sentir très seuls. Pour eux aussi, la Terre a disparu. The Cloverfield Paradox anéantit tout ce que la triste bande menée par JJ Abrams a essayé de faire et envisageait de faire. Pire encore, cela fait même relativiser les très minces qualités des deux premiers épisodes qui étaient déjà bien peu de chose. Une sacrée arnaque. 


The Cloverfield Paradox de Julius Onah avec une bande de tocards terrible (2018)

20 mai 2012

Moonrise Kingdom

Aujourd'hui, nous accueillons à nouveau notre ami cinéphile Simon, qui a accompli un véritable miracle en nous donnant envie d'aller voir le nouveau film de Wes Anderson, Moonrise Kingdom. Il a su trouver les mots, le ton et les arguments, pour nous motiver à donner une nouvelle chance à ce cinéaste qui, jusqu'à présent, ne nous a jamais véritablement convaincus. Jugez donc :

Ce dernier opus de Wes Anderson a constitué une bien jolie surprise pour moi, n’étant pas vraiment amateur de ses films précédents. S’ils ont indéniablement des qualités et des côtés réjouissants, son obsession de la composition, qui donne à sa mise en scène un côté un peu toc et factice, la dimension très lunaire de ses histoires et de ses personnages qui, couplé à un usage plutôt mode de la musique donne à ses films un aspect « mignon », tout ça me rebutait franchement. Et l’annonce de ce nouveau titre couplé au visuel ci-contre ne me laissait présager rien de très différent.



Et en effet le film s’ouvre comme du Wes Anderson : une famille nombreuse nous est présentée dans sa maison, qui par sa décoration (et ces plans qui montrent chaque pièce comme « en coupe ») prend l’aspect d’une maison de poupée. Les parents (Bill Murray et Frances McDormand) comme les enfants sont plutôt placides, une musique de Benjamin Britten qui passe sur un vieux tourne-disques est écoutée religieusement par les enfants, la fille aînée paraît en décalage et dégage un sentiment d’étrangeté, qui culmine en fin de scène par ce travelling arrière vertigineux qui part de ses jumelles pour surplomber l’océan. On est typiquement chez Anderson, et quand, dans la scène suivante, on atterrit dans un camp de scouts mené par un Edward Norton « rigide mais rigolo », on se dit : « Ok, c’est joli, mais putain ça va être long si c’est ça pendant 1h30 ».



Heureusement il n’en est rien car Anderson va centrer son récit sur quelque chose de très simple : la rencontre amoureuse et la fuite utopique de deux enfants de 12 ans, la fille aînée de la famille en question, Suzy, et un des jeunes scouts, le mal-aimé Sam. Et Anderson, s’il ne perd rien de sa mise en scène hyper composée et détaillée, se montre très inspiré (bien aidé par ses deux excellents jeunes comédiens, surtout lui) pour saisir des choses très intimes, qui résonnent en chacun de nous, un peu à la manière tout aussi inattendue qu’a eue JJ Abrams de nous faire tomber amoureux avec le jeune Joe du personnage incarné par Elle Fanning dans Super 8. Leur rencontre, racontée dans un flash-back après environ vingt minutes de film, donne lieu à une scène absolument sublime, qui se déroule lors d’un spectacle scolaire de fin d’année. L’étrange déambulation solitaire de Sam aux abords de la salle, dans les coulisses, au milieu des jeunes comédiens costumés, jusqu’à la rencontre avec Suzy, alors déguisée en corbeau, leurs regards qui ne se lâchent pas de toute la scène... Par je ne sais quel miracle Anderson parvient à créer un mélange de grande étrangeté en d’empathie totale avec ses jeunes personnages, qui n’est pas non plus sans rappeler les meilleures scènes oniriques de Twixt de Coppola (faut que j’arrête avec Elle Fanning...). Dès cette scène, Anderson a gagné : l’identité de son film est installée et on est avec les deux personnages, dans leur tristesse à chacun et dans leur attirance mutuelle.



Puis vient la fuite en elle-même. Sam et Suzy cavalent dans la nature, dans cette petite île encore très marquée par la présence millénaire de peuples primitifs, dont ils suivent le chemin migratoire. Sam fait profiter Suzy de son expérience de scout en se montrant un excellent homme des bois. Ils se parlent, se confient, se blessent parfois, leur amour grandit et culmine, physiquement, dans une scène de baiser et de pelotage à la fois très émouvante et assez crue, qui va marquer la fin imminente de leur cavale. Car le film a aussi quelque chose de très cruel et même d’assez violent. La violence surgit même parfois physiquement, de façon assez inattendue dans cet univers en apparence aseptisé : un enfant poignardé avec des ciseaux, une flèche perdue qui tue un chien... Nulle gratuité ici, mais la représentation sans concessions de la violence, physique et morale, qu’il y a à quitter l’enfance, surtout quand on n'a jamais vraiment été un enfant, qu’on n’en a jamais vraiment connu l’innocence. Anderson rend tout cela tangible, et c’est d’autant plus chouette que pour moi c’était totalement inattendu venant de lui. Je n’ai absolument aucun souvenir d’une émotion similaire ressentie devant La Famille Tenenbaum, La Vie Aquatique ou A bord du Darjeeling Limited.



Il faut bien le dire (sans vous révéler la suite de l’histoire), la dernière partie du film est moins enthousiasmante. Les problématiques « adultes » du film (notamment personnifiées par Murray, McDormand et un bon Bruce Willis en flic provincial un peu benêt et triste) intéressent moins Anderson, et nous avec du coup ; par ailleurs le rythme très enlevé et un peu fou qui s’empare du film se fait un peu au détriment de l’ambiance et de l’émotion qui saisissaient jusque-là. Mais elle ne suffit pas à effacer la très belle impression laissée par cette première heure, qui fait de ce film le meilleur Anderson à mon goût, et un bien beau film d’ouverture pour le festival de Cannes, qui présente souvent à cette occasion un gros machin sans intérêt.


Moonrise Kingdom de Wes Anderson avec Edward Norton, Bruce Willis, Bill Murray, Frances McDormand, Tilda Swinton, Jason Schwartzman, Kara Hayward et Harvey Keitel (2012)

15 janvier 2012

Mission : Impossible - Protocole Fantôme

On dit très souvent à propos de ce nouveau Mission Impossible qu'il s'agit du meilleur film de la série. Alors oui, certes, trêve de suspense, je suis entièrement d'accord, ce quatrième volet est clairement au-dessus des autres. Mais est-ce que ça veut vraiment dire quelque chose ? A mon sens, non, du tout ! Qualitativement parlant, la franchise Mission Impossible est davantage à rapprocher des Fast & Furious que des Die Hard, Indiana Jones ou autres Armes Fatales. Cette franchise n'est pas du tout fondée sur un ou deux bons films, non, elle est seulement le véhicule d'une méga-star toute puissante, j'ai nommé Tom Cruise, qui semble adorer plus que tout autre chose que l'on fasse de lui l'égal d'un demi-dieu aux capacités physiques et cognitives proprement outstanding !


L'acteur assure ses propres cascades !

Je fais donc partie de ceux qui ont cru contempler la Mort droit dans les yeux pendant toute la durée du premier volet signé Brian De Palma. Heureusement que je n'avais pas d'objets contondants à portée de main... Quant au numéro 2, que dire ? A moins d'adorer les fientes de colombes et les pirouettes en motocycles, il faut vraiment ne pas être très regardant sur la marchandise pour se satisfaire d'un spectacle si proche du néant. Une mascarade imbuvable mise en boîte par un John Woo littéralement pris en otage, qui conserve encore aujourd'hui sur sa tempe l'empreinte du fusil à canon scié de Tom Cruise, la vedette tyrannique, particulièrement déchaînée dans ce misérable opus. Plus récemment, le M:I-III (prononcer "M two pownts aïe slash aïe aïe aïe" par ses nombreux détracteurs) de JJ Abrams a tenté de relancer la saga en l'orientant davantage vers le thriller hard-boiled, dans un festival de scènes d'action sans queue ni tête durant lesquelles Cruise sue sang et eaux et rebondit sur des bagnoles en CGI pour sauver Michelle Monaghan. Michelle Monaghan ! Pas terrible la girlfriend de Dieu... Si j'étais lui, elle aurait une toute autre tronche, croyez-moi ! Mais revenons donc à ce quatrième épisode...


A part quand il s'agit de cascades risquées.

M:I-4. Mission deux points Impossible petit tiret quatre. Blague à part : je n'ai jamais compris ce choix typographique. Quand je lis "M:I-4", ça débouche forcément sur un dialogue intérieur inextricable avec moi-même, de quoi me pourrir une après-midi : "Alors cette mission, dis m'en un peu plus ? - Non cherche pas, elle est impossible. - Alors à quoi bon, tocard ? Et on soustrait quatre, c'est ça ? Mais quatre quoi ? Et soustrait à quoi ? - Laisse pisser... - Mais pourquoi ? Pourquoi ?". C'est un smiley peut-être ? Ou plusieurs smileys ? C'est un smiley, c'est ça ? Ou bien, la mission est impossible mais moins quatre, ce qui fait qu'elle est tout de même plus facilement réalisable qu'une mission impossible à laquelle on aurait seulement soustrait deux ou trois. Si mon raisonnement se tient, plus on avancera dans la saga, plus les missions seront possibles. La seule mission réellement impossible était donc celle du film de Gérald de Palma, qui s'intitulait simplement Mission : Impossible. Mais c'est une théorie qui ne me convainc pas totalement, car la bête logique hollywoodienne irait plutôt dans l'autre sens. Bigger, louder, stronger. La théorie du smiley me semble plus crédible. Un smiley très bizarrement coiffé, avec un bec de lièvre... Je ne sais, je ne sais, mais ça me fait du bien d'en parler.


Visez un peu son oreille ! Un clin d’œil à Ratatouille ?

Mission Impossible 4
(laissons de côté la ponctuation) est un honnête blockbuster. Un gros film d'action à l'ancienne, préférant les vraies cascades aux CGI à tout-va et parsemé de quelques scènes très efficaces (celles à Moscou et Dubaï). Ce film aura même le don de vous scotcher à votre fauteuil à plus d'une reprises si vous êtes une personne encore impressionnable et, surtout, si vous n'êtes pas définitivement las des acrobaties de la vedette d'1m50, car une chose est claire : en cas d'allergie à Tom Cruise, passez votre chemin ! L'acteur à la carrière chancelante misait gros sur ce film et il fait strictement tout pour se mettre en valeur dans la peau de ce surhomme à l'intelligence infaillible et au courage hors-norme, un héros comme on en voit plus beaucoup. Cela pourrait être seulement ridicule si l'acteur n'avait pas ce charme particulier et désormais si familier qui opère plus ou moins selon le public visé et s'il ne savait pas su bien s'entourer. Plus que dans tous les autres épisodes de la saga, l'équipe de choc est ici assez mise en avant et fonctionne plutôt bien. Pour une fois, le très british Simon Pegg apporte quelques petites touches d'humour assez bienvenues. C'est même la première fois que cet acteur m'est sympathique, lui que je trouve d'ordinaire si pégeux. Jeremy Renner a lui bien du mal à exister aux côtés de Cruise et Pegg : il est le faire-valoir du premier et la marionnette impuissante du second. L'athlétique et féline Paula Patton apporte quant à elle un atout charme non-négligeable à l'ensemble, tout particulièrement visible lors d'une scène où elle apparaît dans une robe moulante et très échancrée qui laisse peu de place à l'imagination. D'un autre côté, le capital foncier imposant de Léa Seydoux, soit la foule présente en permanence à son balcon, est à peine exploité, et l'actrice française ne ressort pas spécialement grandie de cette escapade hollywoodienne.


"Cacher ma gaule..."

On ressort de ce long divertissement assez rassasié. On regrettera toutefois que le dernier tiers du film soit nettement en-deçà. Au lieu de finir en apothéose, le spectacle donne ainsi l'impression de s'essouffler quelque peu. On regrettera aussi que le grand vilain soit campé par un acteur sans aucun charisme et que ses motivations soient vraiment ridicules (comme c'est d'ailleurs une habitude dans ce genre de films, et tout particulièrement dans ces films de super-héros auxquels MI4 ressemble à s'y méprendre étant donné la nature surhumaine de son imposant héros). Quant à la "patte" Brad Bird, j'ai pour ma part bien eu du mal à la déceler, à part peut-être lors du générique, assez plaisant et tout droit sorti des studios Pixar. Mais ne vous y trompez pas : MI4 reste avant tout un produit manufacturé et taillé sur mesure pour la gloire de sa star infatigable et omniprésente. Rien ne dépasse, tout est calculé au micromètre, pour un usage unique et, ma foi, plutôt satisfaisant. Succès critique et public assuré en ces temps de disette de grands spectacles hollywoodiens. Pari réussi pour la star. Un cinquième volet ne devrait pas tarder à voir le jour.


Mission : Impossible - Protocole Fantôme de Brad Bird avec Tom Cruise, Paula Patton, Simon Pegg et Jeremy Renner (2011)

13 septembre 2011

Star Trek

Je ne sais pas si je peux me considérer comme un trekkie... Certains d'entre vous ont peut-être la chance d'ignorer ce qu'est un "trekkie" ? Un trekkie c'est un fan de Star Trek, tout connement. Le mot a été inventé par Gene Roddenberry himself, le créateur de la série, et il se trouve désormais dans le Oxford English Dictionary. C'est donc on ne peut plus sérieux. Sachez d'ailleurs qu'il y a débat autour du terme. Parfois "trekkie" est snobé par certains trekkies, au profit du mot "trekker", qui a une connotation moins péjorative. En effet "trekkie" est censé évoquer l'obsession alors qu'apparemment "trekker" signifie simplement "amateur de l'univers de Star Trek". Léonard Nimoy, l'interprète original du légendaire Spock, tenta même de mettre un terme à la querelle linguistique qui déchirait les fanas de la série lors du show télévisé Star Trek : 25th Anniversary Special, en 1991, où il statua avec le calme olympien et la sagacité imperturbable qui caractérisaient son personnage star trekien que "trekker" était le bon mot à utiliser. Ne me demandez pas pourquoi, et ne me demandez pas non plus l'explication du soi-disant distinguo entre les deux mots car je vous répondrais que c'est du gros foutage de gueule, mais qui se comprend aisément, car dès qu'on a suffisamment de temps à perdre pour devenir un trekkie ou un trekker, on peut en paumer aussi pour se poser des questions à la con sur des termes hideux et sur leurs significations à la mords-moi-le-nœud. Toujours est-il que c'est "trekkie" qui perdure, en tout cas ici en France, où on l'entend régulièrement de la bouche même des trekkers. Vous avez forcément déjà entendu un trekkie prononcer le mot "trekkie", d'autant plus si vous aimez un peu le cinoche - ce qui explique peut-être votre présence sur ce blog - car quiconque s'intéresse tant soit peu au cinéma tombe un jour ou l'autre sur un trekkie. Mais la plupart du temps, il faut bien le dire, quand on entend ce mot, on ferme les écoutilles. C'est un de ces rares mots qui peuvent rendre imperméable le plus sociable des quidams. Quiconque d'un peu normal entend "trekkie" devient une palourde en soirée. C'est mon cas, quand j'entends ce mot il n'y a plus personne au bout du fil, aussi j'espère ne pas être un trekkie car n'étant pas bavard moi-même (les trekkies le sont en général, en tout cas sur leur sujet de prédilection, or là je me trouve assez prolixe sur le sujet, donc je crains quand même d'être un trekkie), si je pousse autrui à la fermer en prononçant le mot "trekkie", ma vie sociale aura de quoi débecter tout le monde. La question est la suivante : suis-je oui ou non un trekkie, un de ces fans de Star Trek que l'on considère généralement comme de gros cons, ou au moins comme de gros geeks qui mangent du Trek matin, midi et soir ?


Le réacteur du vaisseau ressemble à un gros œil qui mate vieillir ses fans avec culpabilité et tristesse

Quand j'étais petit je crois bien que j'étais un trekkie. Je regardais les épisodes de la série originale ainsi que les six premiers films en boucle (en partie à cause d'un frère complètement trekkie, et trekkie à vie, qui m'a rendu trekkie petit). Quand je n'en avais pas assez de ces dizaines d'heures de Star Trek qui servaient d'économiseur d'écran au téléviseur familial, j'inventais de nouvelles aventures "aux frontières de l'infini" avec mes figurines. Après quoi j'ai bouffé les nouveaux films où le Capitaine Kirk (William Shatner) était remplacé par le Capitaine Jean-Luc Picard (Patrick Stewart) toujours à bord de l'USS Enterprise (Star Trek : Générations ; Star Trek : Premier contact ; Star Trek : Insurrection ; Star Trek : Nemesis ; Star Trek : Psoriasis), ainsi que les premiers épisodes des spin-offs de la série (Voyager ; Deep Space Nine ; Deep Dildo Insertion...), mais les premiers seulement car cela m'a vite bandé. Mon véritable intérêt pour cet univers a commencé à péricliter vers la fin des années 90, voire vers le milieu de cette décennie. Donc si j'étais un trekkie (et j'en étais un, y'a pas d'autre mot !), j'étais aussi un simple gosse... Or je crois qu'on ne peut se vanter d'être un trekkie qu'à la condition de pisser et de chier Star Trek par-delà l'enfance, jusqu'à l'adolescence puis à l'âge adulte. Dans ces conditions j'étais juste un enfant ! un gamin séduit par l'univers star trekkien, et je suis désormais tout ce que vous voudrez sauf un trekkie. La preuve en est que j'ai maté il y a seulement trois jours ce nouvel épisode prequel signé J.J. Abrams sorti il y a trois ans, uniquement motivé par le plutôt bon moment passé devant Super 8. Je ne suis donc certes pas un trekkie, mea maxima culpa auprès des vrais trekkers de mes deux, qui ont la dent dure à l'encontre des faux trekkies. J'ai beau ne pas en être, j'ai quelques restes, je connais par exemple assez bien l'univers de Star Trek, ses personnages, races et terminologies, et je connais même les grandes lignes de l'historiographie de la série...


Les (mauvais) acteurs du film dans une séquence étonnante où les personnages eux-mêmes débattent du bon terme à utiliser pour nommer un fan de leurs aventures, "trekkie" ? "trekker" ? "trimard" ?

Mais connaître tout ça ne me rend pas spécialement fier, j'avoue. J'ai lancé le film auprès de ma compagne qui n'avait jamais rien vu se rapprochant de près ou de loin de l'univers Star Trek. Autant dire que le reboot de J.J. Abrams ne l'a pas captivée. Pourtant elle est du genre à facilement se faire embarquer par les grands récits de science-fiction, en tant que cliente du genre facilement alpaguée par les trucs en séries, mais là elle m'a juste dit "RAF, Rien A Foutre". Au début je lui expliquais les liens entre les personnages et tous les clins d’œil aux épisodes précédents mais très vite ça m'a moi-même saoulé, puis j'ai complètement arrêté quand elle m'a tendu son majeur sans décroiser les bras, couchée sur le côté sur notre canapé, les yeux fermés. Ma meuf a compris d'entrée, sans rien connaître de la série, que le fougueux James Tiberius Kirk, tête brûlée de Starfleet, téméraire et excité, borné et désobéissant aux ordres mais par ailleurs génial et visionnaire, allait devenir capitaine, et que son ennemi à bord, le logique et rationnel Spock, aurait tôt fait de devenir son meilleur ami. Et ma compagne n'est pas précog, n'importe qui comprendrait tout ça immédiatement. En fait on est face à un X-Men First Class à l'envers. Au lieu de nous présenter l'amitié initiale d'adversaires absolus, on nous sert l'inimitié première de deux futurs pédés. On a même la reprise de certaines séquences, comme l'inévitable présentation du héros dans un bar, où, gouailleur, il tente de séduire l'héroïne avec difficulté et trouve l'occasion de se battre avec ses congénères. L'imagination des scénaristes hollywoodiens bat donc son plein. Et après avoir deviné tous les tenants et les aboutissants du scénario et percé à jour la si riche et si complexe psychologie des personnages du film, c'est-à-dire au bout de dix secondes, ma compagne d'infortune s'est endormie sans remords tandis qu'à l'écran le jeune capitaine Ikaru Sulu défiait un Romulien disgrâcieux et belliqueux dans un combat de sabres finement chorégraphié sur le toit d'une plateforme surplombant la planète Vulcain, beau globe bleu attendant d'imploser sous l'effet d'une mystérieuse "matière rouge" lâchée là par le vicelard et revanchard méchant du film, astucieusement prénommé Néro. Pourquoi ce nom ? Pourquoi pas Némo ? Parce que c'était déjà pris ? A une lettre près vous êtes face à un méchant tatoué qui tire la tronche ou à un poiscaille rouge rayé et bedonnant. Peut-être aussi parce que le personnage est censé être un Romulien, or le film s'adresse à des trekkies, donc des geeks, et le mot "Nero" leur rappellera illico leur logiciel de gravure : Nero burning ROM.


C'est le méchant du film, on l'aura deviné. Accessoirement la caméra vient de se casser la gueule, à moins que ce ne soit la nouvelle lubie des réalisateurs des gros navets d'action : pencher la caméra de temps en temps...

Je suis quand même allé au bout de ce trop long métrage (deux heures pour un film pareil, ça tient de la prise d'otages), peu captivé il est vrai par des personnages caricaturaux au possible et surjoués par de jeunes acteurs sous-doués. Pas tellement passionné en outre par cette intrigue poussive à base d'allers-retours dans le futur et d'univers parallèles avec à la clé une poignée de bouleversements du continuum espace-temps, le tout sur fond d'effets spéciaux redondants et de combats sans saveur. Je ne suis pas un trekkie, my bad. Comme je m'emmerdais suffisamment pendant le film, je me suis demandé pourquoi tous ces prequels pullulent sur la toile en ce moment (au milieu il est vrai d'un immense bain de sequels, de reboots, de remakes et compagnie qui sont en général autant d'infâmes saloperies). Il semble évident que ce phénomène participe du manque cruel d'inspiration des cinéastes hollywoodiens contemporains, et plus largement d'un pendant inévitable de l'ère postmoderne qui consiste en un recyclage à tout-va, stupide et poussé dans ses derniers retranchements. Ne sachant qu'inventer, les types comme Abrams rejouent sans cesse le matériau à disposition, celui qui leur a bourré le crâne toute leur vie au point qu'ils ne parviennent même plus à en distinguer les qualités ou les défauts, la provenance (cinéma ou télé), et qu'ils amalgament à l'envi les formes hautes et basses de l'art sans distinguo et sans distance, se contentant, peut-être malgré eux, de régurgiter leur culture sans l'analyser ou du reste sans en faire quoi que ce soit. Or le prequel par excellence permet finalement de ne strictement rien inventer. Les personnages sont déjà là et l'histoire est déjà écrite, à laquelle il suffit de se référer. Raconter la jeunesse de personnages mythiques (ou disons bien installés) permet en outre de baser le récit sur des protagonistes de fait très juvéniles qui correspondent à l'âge mental des réalisateurs et du public visé.


Le héros du film a douze ans, une grosse tête à bouffes, et il est déjà capitaine, on applaudit des deux pieds

Dans cette entreprise de pur recyclage (qui est au cœur d'absolument tous les projets d'Abrams), le produit est déjà là, déjà connu, déjà joué, et simplement réarticulé, remâché, pour être in fine recraché au public ad nauseam. Et Dieu sait qu'on n'en peut plus de voir et de revoir continuellement les mêmes drames, les mêmes séquences au détail près, les mêmes psychologismes faciles, les mêmes images plates, d'entendre les mêmes dialogues et de suivre les mêmes intrigues, arrivés que nous sommes à un stade d’écœurement maximal. D'où l'idée, très faible, de l'univers parallèle, qui permet à Abrams de modifier insensiblement les données de la série initiale (pas trop quand même, à l'image du vieux Spock qui, à la fin du film, conseille à son double juvénile, interprété par David Strajmayster, de rester à Starfleet à bord de l'USS Enterprise, lui lançant un brutal : "ma parole que tu vas jumper, je le sais j'en reviens !"), en déplaçant les personnages et leur histoire dans une variante finalement parfaitement similaire (à ceci près que Kirk n'aura pas connu son père et que Spock aura perdu sa mère, on reconnaît aisément la volonté symbolique d'Abrams de "tuer le père" tout en enculant littéralement sa maman pour accoucher des mêmes nistons...), qui pourra éventuellement donner le jour à une nouvelle suite de films sur les aventures absolument mimétiques de ces héros que nous suivons depuis plus de trente-cinq ans, et qui auront donc eu deux existences fictionnelles différentes mais fondamentalement identiques. Ou comment reprendre sans scrupule les vieilles histoires, telles quelles, sans fin.


Star Trek de J.J. Abrams avec Chris Pine, Zoe Saldana, Eric Bana, Zachary Quinto, Simon Pegg, Winona Ryder et Leonard Nimoy (2009)

15 août 2011

Super 8

Vu l'annonce du projet, et d'après les critiques glanées ça et là, ce serait forcément quitte ou double. Soit J.J. Abrams allait donner de l'eau au moulin de ma profonde indifférence à son endroit, soit il se rachèterait une réputation auprès de moi en me foutant des étoiles plein les mirettes. J'étais donc aussi curieux que méfiant face à ce film-hommage, réalisé sur le mode nostalgique et venu s'ajouter aux mille projets du genre qui envahissent un peu plus nos écrans de jour en jour. Au final j'avais tout faux car mon avis sur ce film s'avère plutôt mitigé, bien que tout mépris en soit effacé, et à plus forte raison, au risque de le regretter bientôt, je dirais que j'ai plutôt aimé. J'ai passé un agréable moment dans mon fauteuil de ciné, j'avoue, guilty as charged d'avoir apprécié un film de Jean-Jacques Abrams. Il faut dire qu'il aurait pu nous livrer quelque chose de désastreux avec le projet casse-gueule de rendre hommage aux films pour enfants des années 80, mais au final il s'en sort plutôt bien, même si la supériorité écrasante de la première heure sur la seconde implique un affaiblissement en cours de route, ce qui fait toujours tache. C'est d'ailleurs pour ça que je ne serai pas aussi dithyrambique que d'autres sur cette œuvre. La fin est en effet assez décevante, après une ouverture franchement convaincante, et d'abord grâce aux enfants. C'est là-dessus qu'on craignait le pire et qu'on est paradoxalement le plus agréablement surpris.



On pouvait craindre de retrouver la clique de gosses habituelle, avec sa somme de clichés et une suite de portraits bien dessinés, l'un après l'autre, avec de grosses différences physiques à la clé pour ne pas perdre le spectateur (si possible avec quelques quotas : un petit noir, un petit chinois) et des caractères bien sentis pour chacun d'entre eux, voire opposés. Or pas du tout, les enfants de la bande nous sont présentés de manière presque chaotique, nous plongeant dans leur groupe au beau milieu de conversations mitraillettes. Certes l'un d'eux porte un appareil dentaire hallucinant et, oui, il y a un gros, Charles (Riley Griffiths), à l'image de Choco dans Les Goonies ou de Vern dans Stand by me. Les enfants ont bien quelques lubies : Charles veut devenir réalisateur et ne pense qu'à ça, le héros fait des maquettes dans sa chambre en regrettant sa maman décédée, et le blond qui porte l'appareil dentaire d'un squale adulte est passionné par les explosifs. Mais leurs goûts restent assez basiques, et, à ce titre, les gamins de la bande sont finalement presque moins caricaturaux que ceux de Richard Donner ou autres. Malgré leur bien-heureux défaut de traits spécifiques trop appuyés, on ne tarde pas à reconnaître les personnages de Super 8, à les distinguer et à s'attacher à eux. Le seul "type" physique qui se détache nettement du lot, finalement, c'est le gros de la bande, or il n'est pas le débile malheureusement attendu, celui dont on se moque tout le temps parce qu'il est gourmand et stupide et à qui on balance des vannes dès que possible. Ici il joue le rôle du meneur, il est le réalisateur passionné qui conduit derrière lui ses amis pour réaliser un court métrage fantastique afin de le présenter dans un festival. La motivation de ce personnage et l'entrain de ses amis pour l'aider à faire son film sont très communicatifs, ce qui nous introduit immédiatement et très efficacement au sein de la bande.



Les gosses ne sont d'ailleurs pas des modèles de beauté, ce ne sont pas des étudiants en première année de licence de socio qui font semblant d'avoir douze ans, ce sont de vrais enfants et même le héros, Joe (Joel Courtney), quand bien même il est à priori plus "mignon" que ses amis, car d'un physique plus poupin, n'est pas le beau garçon qui fait semblant de ne pas avoir de succès pour accrocher les jeunes spectatrices ou favoriser le plus bas des instincts d’identification du spectateur, celui qui pousse à chérir les héros forts et puissants, non, c'est un vrai gamin. Idem pour la fille, Alice (Elle Fanning), qui n'est pas sublime, qui est même presque vulgaire lors de sa première apparition, la nuit, au volant de la voiture de son père, bref qui ne nous est pas "vendue", mais qui se révèle très belle ensuite grâce au regard porté sur elle par les personnages et par le cinéaste. A ce sujet, le film parvient à nous faire tomber amoureux de son héroïne, et je n'avais pas vu ça au cinéma (dans ce cinéma-là j'entends) depuis extrêmement longtemps. La scène d'émotion à la gare, le manque affectif du héros qu'il reporte peut-être sur Alice et leurs scènes ensemble (notamment les séquences de maquillage), nous font complètement tomber amoureux de cette jeune fille, et que l'on puisse nourrir quelque sentiment d'un instant pour une gamine de 12 ans est bien le signe que l'identification fonctionne à bloc et que la sincérité du cinéaste a quelque prise sur le spectateur (c'est peut-être aussi que le film nous ramène à nos 12 ans, ce qui peut être envisagé de façon positive ou non). D'ailleurs quand le père interdit au héros de revoir sa camarade, elle manque au film, sa présence féminine manque réellement, y compris au spectateur, peut-être même plus qu'au personnage. Et c'est un sentiment devenu rare dans le cinéma hollywoodien grand public.



Et puis le film a une autre qualité : il ne dit pas tout, ne surligne pas son texte. Pas que ce soit un exemple de finesse ou de suggestion, mais disons qu'il y a des scènes très brèves où quelque chose se passe sans que rien ne soit vraiment dit, comme quand le gamin, quatre mois après l'accident de sa mère (accident qu'on ne voit pas, et c'est un bon point) rentre guilleret de sa journée de collège et trouve son père en train de pleurer dans la salle de bain. Cette scène sonne terriblement vrai : le deuil peut-être prématuré du fils (on se souvient du héros de Stand by me qui s'étonnait quatre mois après la mort accidentelle de son grand frère que ses parents mettent autant de temps à "recoller les morceaux"), cette capacité qu'a l'enfant a parfois oublier, à vivre dans l'instant et à avancer grâce à une forme de naïveté propre à la jeunesse, ce sentiment de culpabilité qu'il éprouve quand il découvre que son père ne peut pas. C'est très bref et très juste. Et même quand les choses sont clairement énoncées dans les dialogues, par exemple l'amitié des deux personnages centraux de la bande (Charles et Joe), c'est dit aussi simplement que joliment. Bref, grâce à tout cela, le début du film est une vraie réussite. La scène sur le quai de gare est touchante (idem quand Joe et la fille regardent une vidéo Super 8 de la mère décédée), et franchement bien filmée (on sent que Spielberg était là, sinon par la présence du moins par l'influence, ça crève les yeux, et espérons que ce retour aux sources inspirera Tonton Spielby dans ses prochaines réalisations...), le crash du train est un peu poussif mais bien réalisé, l'intrigue est prenante, la mise en scène "à l'ancienne", qui évite les écueils du pastiche, a de quoi séduire. J'étais dedans ! Quand, juste après le déraillement explosif du train, l'un des gosses monte sur un débris en disant : "Venez voir les gars, on voit tout de là-haut !", on peut ressentir ce qu'on ressentait devant Les Goonies ou dans les films pour gosses de cette époque de façon générale, cet engouement de la jeunesse, cette joie puérile de la découverte et cette soif réelle d'aventure, un élan ô combien plaisant vers la fiction et vers ces gamins.



Mais dans la dernière demi heure, il faut l'avouer, on décroche un peu. Tout n'y est pas mauvais. L'histoire des deux pères par exemple n'est pas vraiment gênante, car elle est brève et peut rappeler Signes (cf. l'histoire de Mel Gibson et du tueur involontaire de sa femme, joué par Shyamalan himself, dans un film encore marqué de l'empreinte de Spielberg), et il y a fort à parier pour que la référence soit volontaire tant elle saute aux yeux. Il est d'ailleurs appréciable que le film puise certes principalement dans E.T. et Les Goonies (beaucoup aussi dans Rencontre du 3ème type, avec la scène de la station essence, entre autres) et dans les films des 80s en général (notamment Explorers, avec le cube extra-terrestre qui passe à travers les murs et le héros qui ressemble à s'y méprendre à l'un des trois personnages du film de Dante, lequel avait perdu sa mère très jeune et dont le père était alcoolique...), mais aussi dans des œuvres plus récentes. Grâce à cela le film ne tombe pas complètement dans le piège du remake déguisé ou dans celui du reboot fallacieux, et sa part de nostalgie n'est pas totalement écrasante. A l'image de ces "traces" de lumière bleue qui apparaissent quelques fois dans l'image à la faveur d'une source lumineuse puissante placée face à l'objectif et reflétée par la lentille de la caméra, qu'on appelle "lens flares". Ce type d'effet recherché se rattache à la mode nostalgique grindhouse et Abrams en est plus que friand. En reprenant volontairement cet effet pellicule à priori indésirable mais assumé comme heureux défaut dans E.T. comme dans Rencontre du 3ème type (chef-d’œuvre dont la photographie assurée par Vilmos Zsigmond était un émerveillement permanent), Abrams en rajoute certes un peu dans le "comme avant". Dans l'esprit on pourrait comparer ce geste à celui consistant à rajouter des rayures dans l'image ou à pourrir le son d'une chanson pour se rappeler les mauvaises copies de l'époque et les walkman, comme le font de tristes cinéastes actuellement, dans leurs tristes films, suivez mon regard... Mais dans Super 8 c'est peut-être LE projet où ça se tient (voir le titre du film...), et où ce n'est pas juste un effet bidon supposé "cool" mais au contraire plutôt bien vu, notamment grâce à l'ambiance de film fantastique et merveilleux que cela participe à créer.



Non ce qui gêne davantage c'est tout ce qui tourne autour du monstre. On sent qu'Abrams a quand même voulu mettre sa patte dans ce film (qui ne ressemble pas beaucoup à ses réalisations précédentes, et tant mieux...) avec cette créature immense et monstrueuse, sorte de mini-cloverfield. La bête n'est pas franchement fascinante... Son histoire (elle veut repartir chez elle, a essayé de construire son vaisseau dans un labo où travaillait le professeur qui s'est sacrifié au début du film, etc.), n'est pas vraiment exploitée à fond (et tant mieux, parce qu'on s'en contrefout), mais du coup elle est bancale et peu intéressante. L'implication de l'armée (qui rappelle un peu 1941 tant les forces militaires sont ridiculisées, mais surtout La Guerre des mondes) fait tendre l'ensemble vers le film catastrophe, ou disons vers la grosse machine du film d'action, et nous éloigne donc des gosses qui étaient au cœur du récit et qui servaient de pivot au film, ce qui est assez regrettable. On perçoit bien en outre quelques macguffins évitables, comme quand l'un des enfants se casse la jambe histoire d'être éjecté du film ou quand, lorsque le héros va sauver la fille, le shérif et une jeune idiote aux bigoudis se réveillent aussi dans la grotte, juste pour se faire bouffer deux secondes après à la place des héros... Et puis cet élément de l'histoire qui veut que lorsqu'un personnage touche la bête il "voie" aussitôt et "ressente" à travers elle (exactement comme dans E.T. du reste, voire comme dans A.I.), n'est pas franchement utile, car finalement on ne voit pas grand chose, que ce soit quand le monstre s'apprête à désintégrer le chef de l'armée (le professeur lui ayant au préalable annoncé qu'il le regarderait à travers la créature à cet instant) ou quand il se saisit du héros en le prenant dans sa main : il paraît qu'Abrams a inséré numériquement les yeux de la mère sur le visage du monstre, j'avoue que je n'ai rien vu de tel et que, de facto, la scène ne m'a pas des masses bouleversé. Les yeux de l'alien ressemblent soudain à des yeux humains, d'accord, mais c'est loin d'être beau et la scène en question, où le monstre finit par reposer l'enfant après les répliques un peu lourdes de ce dernier, est franchement surfaite.



Idem pour la fin. J'aime la sincérité du film, j'aime qu'Abrams se foute des invraisemblances et qu'il réclame de nous que nous croyions à n'importe quoi, comme dans les films de l'époque bénie et comme quand, ici, tous les objets métalliques aimantés par l'extraterrestre (vélos, frigos, bagnoles et bouches d’égouts) forment soudain un vaisseau high-tec avec plein de loupiotes qui clignotent joliment. Ce ne sont pas ces goofs sympathiques qui retiennent l'enthousiasme dans la dernière partie du film (comme encore le pendentif, dernier objet attiré vers l'engin qui a déjà aimanté des tas de voitures..., pendentif qui, quand il touche la bombonne, suffit à la faire exploser dans un gros jet d'eau - déluge... - sur les spectateurs de la scène), ce qui gêne c'est plutôt l'emphase de la dernière partie du film, son exagération dramatique : le gamin qui regarde le pendentif pendant cinq minutes avant de le lâcher pour le laisser partir vers l'alien et ainsi faire le deuil de sa mère. Bon... J'ai peut-être passé l'âge là quand même... Mais je doute que ce soit la seule explication, parce que j'ai passé l'âge pour l'ensemble de ce que raconte et montre le film. A la limite j'aurais marché si la scène était bouleversante malgré tout, mais ce n'est pas le cas, parce que si à la fin d'E.T. - puisque la séquence en est un copié-collé - on était effectivement ébranlé par le départ de l'extra-terrestre, adorable personnage véritablement lié (par le travail de tout le film) au gamin, ici on se fout totalement de la bête et son départ ne nous laisse rien éprouver. Donc le film se termine très platement et on se dit : tout ça pour ça ?



C'est dommage car, vraiment, la première heure est une étonnante réussite. Elle est même assez excellente à mes yeux de cinéphile né dans les années 80, forcément un peu nostalgique vis-à-vis du cinéma hollywoodien destiné aux plus jeunes, en tout cas avide de retrouver l'émerveillement proposé par les films de Spielberg et sa clique de l'époque. Ceci dit, cette fin trop peu efficace ne suffit pas à faire détester le film, loin s'en faut. C'est juste décevant, d'autant plus après une première heure, voire 90 premières minutes vraiment appréciables. Au final je peux le dire, même si c'est rude, j'aime bien ce film de J.J. Abrams. Tout est possible. Et ce réalisateur acquiert même un petit capital sympathie auprès de moi, qui perdurera s'il poursuit dans cette veine et abandonne la superficialité de ses projets antérieurs. J'ai déjà hâte de revoir Super 8 pour savoir si la magie prendra une seconde fois ou si elle retombera aussi sec, et je me réjouis personnellement de la sortie de ce film, moi qui, depuis pas mal d'années, me plains de l'absence inquiétante de films ne serait-ce que honnêtes pour les enfants d'aujourd'hui.


Super 8 de J.J. Abrams avec Joel Courtney, Elle Fanning, Riley Griffiths et Kyle Chandler (2011)