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10 septembre 2014

Les Mangeurs de cerveaux

Série-B de science-fiction de la fin des années 50, produite par Roger Corman, Les mangeurs de cerveau (The Brain Eaters) trempe complaisamment dans le grand bain des films de genre paranoïaques de la période, avec son histoire de vaisseau extra-terrestre sorti de terre (comme dans La Guerre des mondes), contenant de petites bestioles informes, rampantes, qui s’agrippent à la nuque des humains pour contrôler leur cerveau en toute discrétion. Les petits trous que laissent les aliens dans la nuque de leurs victimes ne sont pas sans rappeler Les Maîtres du monde (découvert lors de la fameuse Nuit extra-terrestre présentée par Monsieur Manatane, alias Benoît Poelvoorde, sur Canal+, en l'an de grâce 1997), film de science-fiction sympathique de 1995 signé Stuart Orme, avec Donald Sutherland et l'éternel Keith David de They Live. Mais c’est bien la seule trace que laissent ces bestioles, qui semblent sorties de nulle part et ne font rien, sinon empêcher mollement les secours d’envahir leur zone d’invasion. A la question, jadis posée par Monsieur Manatane en préambule à son documentaire : "Les extra-terrestres sont-ils aussi cons qu'on le dit ?", ce film répond "Oui".


Toujours bien faire gaffe à la petite molette de réglage sur les briquets... C'est pas fait pour les ienchs.

Côté terriens, nous ne suivons que deux ou trois agents gouvernementaux (Leonard Nimoy, aka Spock dans Star Trek, joue paraît-il dans ce film). Ils ne sont d'aucun intérêt mais s'avèrent beaucoup plus alertes que leurs ennemis, pigeant très vite tout ce qui se passe et luttant contre l’envahisseur venu d'ailleurs. Pas de véritable paranoïa donc, pas de personnage central retourné, comme dans L’invasion des profanateurs de sépulture, pas de vrai danger. Rien en fait. Le film ne raconte pas grand chose, alors qu’il était permis, avec une histoire pareille, de créer quelques situations sympathiques. Une des rares idées du scénario : filmer les deux ou trois victimes des extra-terrestres luttant contre leur propre cerveau pour en reprendre le contrôle, fixant du regard leurs propres mains récalcitrantes, mais on est loin de l'auto-baston de Jim Carrey dans les chiottes de Menteur Menteur. Une chose surprend cependant : à la fin du film, l’affaire n’est pas du tout réglée, et les personnages se remettent en route pour aller arrêter une invasion qui ne fait que commencer. L'ennui c’est que ça ressemble moins à une idée de non-fin concertée par des scénaristes malicieux qu’à un simple manque de temps et d’argent pour boucler le film, qui s'arrête faute de pouvoir continuer. Pour finir sur un mot gentil : l’affiche, qui nous vend un film bien meilleur que ce Brain Eaters, a de l'allure !


Les Mangeurs de cerveaux de Bruno VeSota avec Leonard Nimoy, Ed Nelson, Alan Jay Factor et Cornelius Keefe (1958)

13 septembre 2011

Star Trek

Je ne sais pas si je peux me considérer comme un trekkie... Certains d'entre vous ont peut-être la chance d'ignorer ce qu'est un "trekkie" ? Un trekkie c'est un fan de Star Trek, tout connement. Le mot a été inventé par Gene Roddenberry himself, le créateur de la série, et il se trouve désormais dans le Oxford English Dictionary. C'est donc on ne peut plus sérieux. Sachez d'ailleurs qu'il y a débat autour du terme. Parfois "trekkie" est snobé par certains trekkies, au profit du mot "trekker", qui a une connotation moins péjorative. En effet "trekkie" est censé évoquer l'obsession alors qu'apparemment "trekker" signifie simplement "amateur de l'univers de Star Trek". Léonard Nimoy, l'interprète original du légendaire Spock, tenta même de mettre un terme à la querelle linguistique qui déchirait les fanas de la série lors du show télévisé Star Trek : 25th Anniversary Special, en 1991, où il statua avec le calme olympien et la sagacité imperturbable qui caractérisaient son personnage star trekien que "trekker" était le bon mot à utiliser. Ne me demandez pas pourquoi, et ne me demandez pas non plus l'explication du soi-disant distinguo entre les deux mots car je vous répondrais que c'est du gros foutage de gueule, mais qui se comprend aisément, car dès qu'on a suffisamment de temps à perdre pour devenir un trekkie ou un trekker, on peut en paumer aussi pour se poser des questions à la con sur des termes hideux et sur leurs significations à la mords-moi-le-nœud. Toujours est-il que c'est "trekkie" qui perdure, en tout cas ici en France, où on l'entend régulièrement de la bouche même des trekkers. Vous avez forcément déjà entendu un trekkie prononcer le mot "trekkie", d'autant plus si vous aimez un peu le cinoche - ce qui explique peut-être votre présence sur ce blog - car quiconque s'intéresse tant soit peu au cinéma tombe un jour ou l'autre sur un trekkie. Mais la plupart du temps, il faut bien le dire, quand on entend ce mot, on ferme les écoutilles. C'est un de ces rares mots qui peuvent rendre imperméable le plus sociable des quidams. Quiconque d'un peu normal entend "trekkie" devient une palourde en soirée. C'est mon cas, quand j'entends ce mot il n'y a plus personne au bout du fil, aussi j'espère ne pas être un trekkie car n'étant pas bavard moi-même (les trekkies le sont en général, en tout cas sur leur sujet de prédilection, or là je me trouve assez prolixe sur le sujet, donc je crains quand même d'être un trekkie), si je pousse autrui à la fermer en prononçant le mot "trekkie", ma vie sociale aura de quoi débecter tout le monde. La question est la suivante : suis-je oui ou non un trekkie, un de ces fans de Star Trek que l'on considère généralement comme de gros cons, ou au moins comme de gros geeks qui mangent du Trek matin, midi et soir ?


Le réacteur du vaisseau ressemble à un gros œil qui mate vieillir ses fans avec culpabilité et tristesse

Quand j'étais petit je crois bien que j'étais un trekkie. Je regardais les épisodes de la série originale ainsi que les six premiers films en boucle (en partie à cause d'un frère complètement trekkie, et trekkie à vie, qui m'a rendu trekkie petit). Quand je n'en avais pas assez de ces dizaines d'heures de Star Trek qui servaient d'économiseur d'écran au téléviseur familial, j'inventais de nouvelles aventures "aux frontières de l'infini" avec mes figurines. Après quoi j'ai bouffé les nouveaux films où le Capitaine Kirk (William Shatner) était remplacé par le Capitaine Jean-Luc Picard (Patrick Stewart) toujours à bord de l'USS Enterprise (Star Trek : Générations ; Star Trek : Premier contact ; Star Trek : Insurrection ; Star Trek : Nemesis ; Star Trek : Psoriasis), ainsi que les premiers épisodes des spin-offs de la série (Voyager ; Deep Space Nine ; Deep Dildo Insertion...), mais les premiers seulement car cela m'a vite bandé. Mon véritable intérêt pour cet univers a commencé à péricliter vers la fin des années 90, voire vers le milieu de cette décennie. Donc si j'étais un trekkie (et j'en étais un, y'a pas d'autre mot !), j'étais aussi un simple gosse... Or je crois qu'on ne peut se vanter d'être un trekkie qu'à la condition de pisser et de chier Star Trek par-delà l'enfance, jusqu'à l'adolescence puis à l'âge adulte. Dans ces conditions j'étais juste un enfant ! un gamin séduit par l'univers star trekkien, et je suis désormais tout ce que vous voudrez sauf un trekkie. La preuve en est que j'ai maté il y a seulement trois jours ce nouvel épisode prequel signé J.J. Abrams sorti il y a trois ans, uniquement motivé par le plutôt bon moment passé devant Super 8. Je ne suis donc certes pas un trekkie, mea maxima culpa auprès des vrais trekkers de mes deux, qui ont la dent dure à l'encontre des faux trekkies. J'ai beau ne pas en être, j'ai quelques restes, je connais par exemple assez bien l'univers de Star Trek, ses personnages, races et terminologies, et je connais même les grandes lignes de l'historiographie de la série...


Les (mauvais) acteurs du film dans une séquence étonnante où les personnages eux-mêmes débattent du bon terme à utiliser pour nommer un fan de leurs aventures, "trekkie" ? "trekker" ? "trimard" ?

Mais connaître tout ça ne me rend pas spécialement fier, j'avoue. J'ai lancé le film auprès de ma compagne qui n'avait jamais rien vu se rapprochant de près ou de loin de l'univers Star Trek. Autant dire que le reboot de J.J. Abrams ne l'a pas captivée. Pourtant elle est du genre à facilement se faire embarquer par les grands récits de science-fiction, en tant que cliente du genre facilement alpaguée par les trucs en séries, mais là elle m'a juste dit "RAF, Rien A Foutre". Au début je lui expliquais les liens entre les personnages et tous les clins d’œil aux épisodes précédents mais très vite ça m'a moi-même saoulé, puis j'ai complètement arrêté quand elle m'a tendu son majeur sans décroiser les bras, couchée sur le côté sur notre canapé, les yeux fermés. Ma meuf a compris d'entrée, sans rien connaître de la série, que le fougueux James Tiberius Kirk, tête brûlée de Starfleet, téméraire et excité, borné et désobéissant aux ordres mais par ailleurs génial et visionnaire, allait devenir capitaine, et que son ennemi à bord, le logique et rationnel Spock, aurait tôt fait de devenir son meilleur ami. Et ma compagne n'est pas précog, n'importe qui comprendrait tout ça immédiatement. En fait on est face à un X-Men First Class à l'envers. Au lieu de nous présenter l'amitié initiale d'adversaires absolus, on nous sert l'inimitié première de deux futurs pédés. On a même la reprise de certaines séquences, comme l'inévitable présentation du héros dans un bar, où, gouailleur, il tente de séduire l'héroïne avec difficulté et trouve l'occasion de se battre avec ses congénères. L'imagination des scénaristes hollywoodiens bat donc son plein. Et après avoir deviné tous les tenants et les aboutissants du scénario et percé à jour la si riche et si complexe psychologie des personnages du film, c'est-à-dire au bout de dix secondes, ma compagne d'infortune s'est endormie sans remords tandis qu'à l'écran le jeune capitaine Ikaru Sulu défiait un Romulien disgrâcieux et belliqueux dans un combat de sabres finement chorégraphié sur le toit d'une plateforme surplombant la planète Vulcain, beau globe bleu attendant d'imploser sous l'effet d'une mystérieuse "matière rouge" lâchée là par le vicelard et revanchard méchant du film, astucieusement prénommé Néro. Pourquoi ce nom ? Pourquoi pas Némo ? Parce que c'était déjà pris ? A une lettre près vous êtes face à un méchant tatoué qui tire la tronche ou à un poiscaille rouge rayé et bedonnant. Peut-être aussi parce que le personnage est censé être un Romulien, or le film s'adresse à des trekkies, donc des geeks, et le mot "Nero" leur rappellera illico leur logiciel de gravure : Nero burning ROM.


C'est le méchant du film, on l'aura deviné. Accessoirement la caméra vient de se casser la gueule, à moins que ce ne soit la nouvelle lubie des réalisateurs des gros navets d'action : pencher la caméra de temps en temps...

Je suis quand même allé au bout de ce trop long métrage (deux heures pour un film pareil, ça tient de la prise d'otages), peu captivé il est vrai par des personnages caricaturaux au possible et surjoués par de jeunes acteurs sous-doués. Pas tellement passionné en outre par cette intrigue poussive à base d'allers-retours dans le futur et d'univers parallèles avec à la clé une poignée de bouleversements du continuum espace-temps, le tout sur fond d'effets spéciaux redondants et de combats sans saveur. Je ne suis pas un trekkie, my bad. Comme je m'emmerdais suffisamment pendant le film, je me suis demandé pourquoi tous ces prequels pullulent sur la toile en ce moment (au milieu il est vrai d'un immense bain de sequels, de reboots, de remakes et compagnie qui sont en général autant d'infâmes saloperies). Il semble évident que ce phénomène participe du manque cruel d'inspiration des cinéastes hollywoodiens contemporains, et plus largement d'un pendant inévitable de l'ère postmoderne qui consiste en un recyclage à tout-va, stupide et poussé dans ses derniers retranchements. Ne sachant qu'inventer, les types comme Abrams rejouent sans cesse le matériau à disposition, celui qui leur a bourré le crâne toute leur vie au point qu'ils ne parviennent même plus à en distinguer les qualités ou les défauts, la provenance (cinéma ou télé), et qu'ils amalgament à l'envi les formes hautes et basses de l'art sans distinguo et sans distance, se contentant, peut-être malgré eux, de régurgiter leur culture sans l'analyser ou du reste sans en faire quoi que ce soit. Or le prequel par excellence permet finalement de ne strictement rien inventer. Les personnages sont déjà là et l'histoire est déjà écrite, à laquelle il suffit de se référer. Raconter la jeunesse de personnages mythiques (ou disons bien installés) permet en outre de baser le récit sur des protagonistes de fait très juvéniles qui correspondent à l'âge mental des réalisateurs et du public visé.


Le héros du film a douze ans, une grosse tête à bouffes, et il est déjà capitaine, on applaudit des deux pieds

Dans cette entreprise de pur recyclage (qui est au cœur d'absolument tous les projets d'Abrams), le produit est déjà là, déjà connu, déjà joué, et simplement réarticulé, remâché, pour être in fine recraché au public ad nauseam. Et Dieu sait qu'on n'en peut plus de voir et de revoir continuellement les mêmes drames, les mêmes séquences au détail près, les mêmes psychologismes faciles, les mêmes images plates, d'entendre les mêmes dialogues et de suivre les mêmes intrigues, arrivés que nous sommes à un stade d’écœurement maximal. D'où l'idée, très faible, de l'univers parallèle, qui permet à Abrams de modifier insensiblement les données de la série initiale (pas trop quand même, à l'image du vieux Spock qui, à la fin du film, conseille à son double juvénile, interprété par David Strajmayster, de rester à Starfleet à bord de l'USS Enterprise, lui lançant un brutal : "ma parole que tu vas jumper, je le sais j'en reviens !"), en déplaçant les personnages et leur histoire dans une variante finalement parfaitement similaire (à ceci près que Kirk n'aura pas connu son père et que Spock aura perdu sa mère, on reconnaît aisément la volonté symbolique d'Abrams de "tuer le père" tout en enculant littéralement sa maman pour accoucher des mêmes nistons...), qui pourra éventuellement donner le jour à une nouvelle suite de films sur les aventures absolument mimétiques de ces héros que nous suivons depuis plus de trente-cinq ans, et qui auront donc eu deux existences fictionnelles différentes mais fondamentalement identiques. Ou comment reprendre sans scrupule les vieilles histoires, telles quelles, sans fin.


Star Trek de J.J. Abrams avec Chris Pine, Zoe Saldana, Eric Bana, Zachary Quinto, Simon Pegg, Winona Ryder et Leonard Nimoy (2009)