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29 juillet 2023

Mission : Impossible – Dead Reckoning Partie 1

La saga Mission : Impossible, c'est un peu comme les Jason, on finit par avoir un mal de chien à les identifier, à les dissocier les uns des autres. C'est un bon test cognitif pour soi-même. Le premier, c'est facile, c'est celui de De Palma où Tom Cruise joue encore collectif, avec Jean Reno, Béart et compagnie. Le TGV dans le tunnel sous la Manche, la goutte de sueur qui menace de déclencher l'alarme. Ok, facile, on a pu en causer ici sans souci en s'appuyant seulement sur nos très vagues souvenirs. Je l'ai revu depuis dans le cadre de ma réhabilitation personnelle de Brian de Palma et je considère toujours que ce film est loin de faire partie de ses meilleurs et qu'il correspond hélas au début du déclin de l'auteur de Body Double. Quant à Mission : Impossible II, la bande-annonce, à l'époque laborieusement téléchargée en 56k, m'avait scotché : on y voyait Tom Cruise escalader en solo intégral une falaise verticale et se mettre en danger de mort inutilement suite à une glissade, pour mieux se rattraper à une corniche dans un geste impossible, nous montrer ses muscles saillants et nous adresser un regard-caméra plein de défi. J'étais alors facilement impressionnable et le remix du fameux thème musical de la série, plutôt chiadé, jouait aussi son rôle. Le reste était à chier. John Woo et ses quelques envolées de colombes. Tom Cruise et ses cheveux longs qui le rapetissent encore davantage. Thandie Newton aux abois. Bref, un raté. 


Représentation abstraite de ma mémoire à l'évocation d'un Mission : Impossible ? Non, représentation signée McQuarrie de l'Éntité, l'intelligence artificielle malfaisante du film. Mouais...

Dès le troisième opus, ça se corse davantage, ma mémoire me joue des tours, et je ne peux pas lui en vouloir. Je ne garde quasi aucun souvenir de l'épisode signé JJ Abrams (comme  tout ce qu'a fait cet homme-là), si ce n'est de brèves images de Phil Seymour Hoffman sous-exploité en vilain, de Michelle Monaghan en épouse éplorée, et de Tom Cruise glissant arme au poing dans les lens flares. Peut-être le pire. À partir du 4, l'amalgame nous tend encore plus les bras. Peut-être parce que Christopher McQuarrie, le lieutenant de Tom Cruise, passe aux commandes, d'abord au scénario. Ghost Protocol, c'est un générique en CGI en forme de clin d’œil à la maison Pixar dont est issu Brad Bird, le réalisateur embauché par la gigastar pour redonner du peps à sa saga. Une escapade à Dubaï, la robe fendue de Paula Patton, une apparition délicate de Seydoux. Voilà tout ce qui m'en reste. Le 5, le 6 et à présent le 7 forment dans mon esprit une seule et même bouillie. Tout à fait digeste mais sans réelle saveur. Il y a une grosse baston dans des toilettes, peut-être dans le 6. Une course à motos, peut-être dans le 5. Et aussi le 6. Je ne sais plus. L'arrivée de Rebecca Ferguson, un atout non-négligeable, sacrifiée bêtement cette année, est à noter. Et encore et toujours les mêmes pesants défauts. Malgré cela, les M:I demeurent légèrement au-dessus du lot. Faut dire que quand la concurrence se nomme Fast & Furious XII, c'est pas si difficile.


Il y a à peu près la même ambiance dans la voiture quand je prends le volant sur les routes des vacances...

Cette fois-ci, Tom Cruise et sa bande sont donc à la recherche d'une clé ridicule qui permettrait de désactiver une intelligence artificielle aux idées de grandeur de plus en plus inquiétantes. Cette quête mène l'autoproclamé sauveur du cinéma de divertissement hollywoodien aux quatre coins du monde, comme d'habitude. Toujours aidé par les fidèles Simon Pegg (ici adorable) et Ving Rhames (en mode moins j'en fais, mieux je me porte), il s'associe à une pickpocket professionnelle, incarnée par Hayley Atwell, une recrue bienvenue : c'est bien simple, quand ce n'est plus elle qui dicte le tempo du film, celui-ci retombe dans la médiocrité. Les antagonistes que Tom Cruise croise sur son chemin sont, principalement, deux agents de la CIA au courant de rien, une mystérieuse mercenaire nommée Paris parce qu'elle est française, et un individu malfaisant surgi du lointain passé du héros. Ce soldat zélé au service de l'IA est le grand vilain du film et l'on peut s'étonner qu'il soit incarné par un latino a l'air goguenard, le teint hâlé, en chemise pastel légère et pantalon blanc en lin, on dirait un touriste qui profite d'un moment de tranquillité, débarrassé de femme et enfants. Tom Cruise doit être fan de La Bamba, c'est comme cela que j'explique qu'il ait pu filer ce rôle à Esai Morales, la co-star de Lou Diamond Phillips dans le biopic de Ritchie Valens. Vous l'aurez compris : il est l'un des boulets du film. Bien sûr, on ne sait rien de ses motivations personnelles, ce qui ne comble donc en rien le manque de charisme de ce vilain de pacotille.


Quand Tom Cruise prend le train, ça finit souvent sur le toit...

On connaît l'ambition de Tom Cruise d'écraser la concurrence quand il sort un nouveau film de sa saga fétiche, d'où son goût pour des scènes d'action interminables qui en offrent toujours plus. Cela donne ici lieu à quelques bons moments, il faut bien le reconnaître, mais ceux-ci sont parfois bien planqués, coincés entre deux passages plus fastidieux, déjà vus et revus, ou refoulés à l'issue d'une longue séquence d'action assommante, sans grand intérêt. On se tape ainsi une énième baston peu emballante sur le toit d'un train lancé à pleine vitesse, où Cruise et son ennemi font toujours bien attention à se balancer à tour de rôle dans le sens de la longueur, triste moment qui atteste de nouveau l'incapacité de McQuarrie à filmer convenablement les bagarres quand celles-ci ne se déroulent guère dans des teuchios (auparavant, des échauffourées dans les ruelles et sur les ponts étroits de Venise auront eu le temps de nous saouler). Mais, à la suite de cette bagarre minable, Cruise et Atwell se retrouvent prisonniers de wagons dont ils doivent s'extirper un à un avant qu'ils ne chutent dans le vide, et cela devient enfin très plaisant. Je retiendrai deux autres scènes où McQuarrie semble s'être sorti les doigts (excusez cette expression familière). Je pense d'abord à la longue séquence de l'aéroport d'Abou Dabi où l'on suit une double filature (Tom Cruise pourchassant la pickpocket tandis qu'il est lui-même marqué à la culotte par la CIA) parallèlement à la désactivation, par l'astucieux Pegg (ne me demandez pas pourquoi, je l'aime bien là-dedans, il sue tout le temps, panique, s'énerve, pète les plombs, il est le seul à paraître humain), d'une bombe nucléaire cachée dans un des bagages qui transite en sous-sol. Tous les événements s'enchaînent agréablement via un montage efficace. On ressent alors le plaisir que l'on était venu chercher en consentant de passer le seuil de la porte vitrée du multiplexe inhumain. Et il y a ensuite la course-poursuite en voiture, en deux temps, dans les rues de Rome, qui prend une tournure comique et amusante à partir du moment où, menottés, Atwell et Cruise conduisent ensemble une Fiat 500 jaune étonnamment pimpée. On y casse pas mal de matériel, ce qui est toujours une chose appréciable. 


Du jamais vu, même à la SNCF !

Dans les 163 minutes que comptent cet épisode, il y en a donc bien 20 de bonnes, ce qui est déjà pas mal quand on espérait rien. Le reste est soit passable, plombé par un scénario qui perd progressivement en limpidité, soit carrément médiocre, flingué par le manque d'imagination et d'audace de l'équipe réunie autour du projet, pilotée de trop près par un acteur démiurge qui uniformise à présent tout ce dans quoi il tourne, ne laissant plus leur chance à des cinéastes qui n'obéiraient pas au doigt et à l'œil. Dans le pire de Dead Reckoning, il y a cette longue et lourde scène de discussion dans une boîte de nuit vénitienne : la tension est aux abonnés absents et l'on ne peut s'empêcher de trouver criante de pauvreté la façon du réalisateur de filmer, sous des angles ridicules et entre une succession de gros plans usants sur des tronches qui bavardent, les écrans et projections d'images virtuelles abstraites qui décorent la pièce, ceci afin de rendre palpable et menaçante la présence de l'intelligence artificielle malveillante, qui cernent littéralement les personnages (on préfère l'Entité de Sidney J. Furie). Le pari était certes compliqué sur le papier et, sans surprise, McQuarrie, en bon artisan limité qu'il est, n'a pas su le relever. Heureusement, il y a là-dedans une petite touche d'humour, d'autodérision, qui participe pour beaucoup à notre indulgence. Éternel héros, de plus en plus pris de vitesse mais toujours là de justesse, Tom Cruise veut nous amuser et nous divertir, il n'y parvient que trop rarement, par intermittence, mais, dans le contexte actuel du gros cinéma hollywoodien, c'est déjà ça. 


Mission : Impossible – Dead Reckoning Partie 1 de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Esai Morales et Hayley Atwell

4 septembre 2018

Mission : Impossible - Fallout

Dans cette suite directe de Mission Impossible : Rogue Nation, l'équipe menée par Ethan Hunt court après des boules de plutonium qu'une société anarchiste menace de faire sauter sous le prétexte qu'une "grande souffrance amène une grande paix" et que "plus grande est la souffrance, plus grande est la paix" (c'est la phrase que l'on entend le plus souvent dans le film, je l'ai donc retenue, c'est elle qui justifie tous les méfaits des méchants, dont on a d'ailleurs tôt fait de deviner l'identité réelle). Ce nouvel épisode a l'avantage de ne se consacrer qu'à une seule intrigue, il ne cherche guère à imbriquer plusieurs mini-aventures les unes dans les autres, ce qui est déjà mieux que le précédent. A partir du moment où l'on a compris que Tom Cruise et sa bande sont à la recherche de ces boules maudites qu'ils ont connement laissé filer dès la première scène, on peut voir venir et passer une séance pas si désagréable que ça.




Avec les Mission Impossible, c'est toujours le même problème : on ne sait pas quelle échelle de valeur utiliser ni à quoi l'on peut se référer pour les juger. Car il est tout de même nécessaire de relativiser ce que l'on vient de voir, d'abord pour essayer de comprendre l'engouement autour de la saga pilotée par Tom Cruise sans avoir envie de se pendre. En effet, si l'on va voir ces films en cinéphile naïf qui espère passer un vrai bon moment de cinoche, on peut en ressortir avec une boule au ventre terrible. Non, les Mission Impossible gagnent énormément à être confrontés aux autres productions du moment et du même genre. Face aux blockbusters US actuels, ce nouvel opus est encore une fois un cran au-dessus du lot. Fallout vaut mieux que la plupart des gros films d'action hollywoodiens du moment, il y a peu de doute là-dessus. Si Tom Cruise a des milliards de défauts et surtout un melon incroyable qui se manifeste par le besoin irrépressible de faire de lui un surhomme infaillible, il lui reste encore suffisamment de neurones pour ne pas transformer sa franchise personnelle en une déchetterie à ciel ouvert comme Die Hard ou d'autres saloperies du même acabit, souvent saccagées par leur propre vedette devenue sénile (ex : Bruce Willis).




A côté d'une saga comme Fast & Furious, les Mission : Impossible passeraient presque pour des films d'intellectuels destinés aux spectateurs exigeants... Et si l'on pense à une saga encore plus similaire comme James Bond, Tom Cruise remporte le duel haut la main, puisque c'est là encore beaucoup moins con. Pas (trop) de machisme bas de plafond ici. Ethan Hunt, comme cela est d'ailleurs souligné dans cet épisode, n'a connu que deux femmes qui ont réellement compté dans sa vie : Julia (la fraîchement liftée Michelle Monaghan) et Isla (l'agréable Rebecca Ferguson). Bien qu'il soit au moins aussi irrésistible pour la gent féminine que son alter égo des services secrets britanniques, Ethan Hunt ne s'amuse pas à répandre son sperme aux quatre coins du globe ni à compléter son tableau de chasse impressionnant à chaque nouvel épisode. C'est déjà ça. Pas de "Mission Impossible Girl" comme on parle de "James Bond Girl", même si une starlette comme Léa Seydoux peut avoir tenu sensiblement le même rôle dans les deux franchises. Pas de fétichisme pour les belles bagnoles non plus. Tom Cruise est bien sûr un as du volant mais il se fout pas mal de ce qu'il conduit, il est capable de semer n'importe qui en pilotant et manœuvrant n'importe quoi, en laissant lui aussi des épaves derrière lui mais en préservant autant que possible les centres historiques des plus belles villes du globes (007 devrait en prendre de la graine).




Et si l'on ouvre encore davantage l'éventail comparatif, un Mission : Impossible sera toujours plus supportable, à mes yeux, qu'un film de super-héros comme il en sort à la chaîne depuis près de 20 ans, quand bien même le personnage campé par Tom Cruise n'a pas grand chose à envier à ces tocards indestructibles en spandex. Enfin, si l'on compare ce Fallout aux autres titres de la saga, il ne s'agit clairement pas du pire. Il se tient bien mieux que Rogue Nation, qui était très laborieux, mais s'avère moins amusant et léger qu'un Ghost Protocol, qui reste sans doute mon "préféré". Notez que je ne me suis pas amusé à les revoir tous pour établir un classement définitif, une fois suffit. Notez aussi l'emploi des guillemets pour rappeler l'amour tout relatif que je porte à cette série dont, au fond, je me contrefous royalement. Je fais simplement là mon travail de blogueur ciné. Je me suis rendu au multiplexe comme on va à l'usine, j'ai pointé, et je n'y serais jamais allé si des amateurs moins regardant ne m'y avaient pas amicalement convié.




Ce M:I-6 est l'occasion de constater que Tom Cruise a semble-t-il définitivement abandonné l'idée de confier la réalisation de chaque chapitre de sa saga fétiche à un cinéaste différent, un vrai, à la patte reconnaissable. Il préfère désormais faire ça avec son faiseur attitré, le docile Christopher McQuarrie, déjà impliqué dans sept films de la star, en tant que réalisateur, scénariste ou producteur. McQuarrie n'a aucun style particulier, il travaille plutôt proprement, il n'est pas moins doué qu'un autre pour filmer une course-poursuite dans les rues de Paris (qui ne marquera en rien l'histoire des courses-poursuites au cinéma), il est un peu plus inspiré quand il s'agit d'une scène de baston dans les teuchios du Grand Palais. Ce M:I-6 n'est qu'une succession de scènes d'action (courses à pied, en moto, en bagnole, en hélico ; chute libre ; combat au couteau, mano a mano, à l'aide des éléments du décor ; fusillade, impasse mexicaine, etc, tout y passe), le rythme est enlevé, mais il n'y a rien de mémorable. Tout est beaucoup trop exagéré pour que ça fonctionne. L'ultime poursuite en hélicoptère, où Tom Cruise s'empare de l'appareil sans souci avant de s'en servir façon kamikaze pour rattraper son ennemi, est par exemple bien trop longue et improbable.




Mais le fond est touché lorsqu'on délaisse l'action pour se consacrer un court instant à des personnages lamentables dont nous nous fichons éperdument des petits problèmes existentiels. Quand Ethan Hunt retrouve enfin son ancienne femme, nous avons ainsi droit à une scène d'un ridicule achevé où Michelle Monaghan regarde Tom Cruise comme s'il s'agissait d'une apparition divine, sourire béat, yeux de merlan frit, tout cela devant son nouveau mari, séduit lui aussi par la grande star, à deux doigts de lancer tout haut "Please, bang my wife !". Autre moment d'émotion, autre sommet de ridicule : quand le tout bouffi Vingh Rhames raconte, les larmes aux yeux, les déboires amoureux de son copain Tom Cruise à une Rebecca Ferguson très émue à son tour. Quoi de particulier en dehors de ça ? Un générique d'ouverture particulièrement hideux qui est une sorte de bande-annonce minable de tout ce que l'on s'apprête à voir, un thème musical qui n'inspire vraiment plus rien d'intéressant, et voilà, c'était le dernier épisode en date d'une franchise qui profite de la médiocrité ambiante du cinéma de divertissement américain pour se faire remarquer. Il ne faut vraiment pas attendre grand chose de la Vie pour en faire un superbe film d'action... 


Mission Impossible : Fallout de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Simon Pegg, Henry Cavill et Rebecca Ferguson (2018)

5 juin 2018

Mission : Impossible

C'est donc dans ce film qu'un hélicoptère poursuit un TGV dans le tunnel sous la Manche. En 1996 deux nouvelles inventions du génie civil font perdre la tête à De Palma : le TGV et le tunnel sous la Manche. Deux créations que même les Chinois nous ont enviées et qu'ils nous ont achetées au prix fort. De Palma a voulu faire la promotion de ces nouvelles inventions dans ce que Laurent Weil a nommé "le meilleur film d'action qui se déroule dans un tunnel, loin devant Daylight". Cette séquence de haute voltige venait conclure un film d'une lenteur accablante dans un feu d'artifice pyrotechnique de goofs. Tout le monde l'a dit, les trains ne se croisent pas dans le tunnel sous la Manche, contrairement à ce que nous fit croire De Palma. L'autre séquence d'action du film, à peine moins ridicule, c'est évidemment celle où Tom Cruise est suspendu à une corde au-dessus d'un ordinateur, tentant de taper le bon mot de passe pour accéder à sa session Windows 95. La moitié du public rêverait que l'acteur soit nu comme un ver dans la scène, pour voir son étoile noire ou pour que ses couilles chatouillent le bout de son nez (car il est très petit et monté comme un poney), l'autre moitié espère qu'il s'étrangle avec sa corde. A la fin de la scène c'est une goutte de sueur irrépressible qui tombait du front du comédien sur le touchpad de son PC et qui activait le système d'alarme ultra chatouilleux du magasin FNAC Micro où il essayait de tirer du matos Hi-Fi. On était suspendus à une goutte de sueur ! Si à la place de Cruise on avait eu droit à un Ving Rhames pendu par le cul et poussé dans ses derniers retranchements, c'est une cascade de sueur qui se serait déversée sur l'écran de l'iPad tant convoité, car l'acteur souffre d'un hyperhidrose palmaire primaire, ce qui fait qu'il a constamment le front et les aisselles embobinés dans des serviettes.


Jeu d'adresse : sachant qu'Emmanuelle Béart mesure 1,61m et se tient légèrement de biais, tracez une ligne partant du sommet de son crâne et se terminant au sommet du bellâtre sis à droite de la photo. Que remarquez-vous ? La ligne est parfaitement horizontale [surlignez pour voir la solution]

Oui car le grand Ving Rhames était de la partie. Casting 4 étoiles pour ce film faisant la part belle aux français : Tom Cruise, Jean Reno, Jon Voight, Kristin Scott Thomas, Emilio Estévez et Ving Rhames. Mais surtout Emmanuelle Béart. Car c'est aussi dans ce film qu'elle est apparue pour la première fois avec une ventouse à la place de la bouche, très utile tout de même pour sauver le héros Ethan Hunt dans certaines situations périlleuses. Pensant sans doute que ce film allait la propulser au sommet du cinéma ricain, la star s'est crue obligée de se faire démolir la tronche pour ressembler aux idoles de l'époque : Carmen Electra, Pamela Anderson, Julia Roberts ou Sylvester Stallone aka "le Sly". Quel carnage, quels ravages, si son ramage se rapporte à son plumage on est mal. Rappelons aux plus jeunes d'entre nous, qui n'ont peut-être pas appris à bander devant Manon des sources ou Un Cœur en hiver, assis aux côtés de leur tante aveugle, que Manu Béart était facilement parmi les cinq plus belles femmes du monde en ce temps-là. Rappelons à ceux qui n'ont jamais fait le pari avec les potes du bahut d'arriver à tenir les 4h18 de La Belle noiseuse sans débander une seule fois, y compris quand seul le gros Piccoli est à l'image, que la Béart des débuts c'était l'Himalaya.


Ce petit bijou de femme s'asseyait régulièrement sur Daniel Fauteuil en ce temps-là, comme quoi tout est possible dans le football, ne désespérez pas !

Quid de ce gimmick de la série Mission : Impossible : le message informant le héros de sa mission censé s'auto-détruire dans la minute. C'était une bonne idée au départ mais depuis que ma directrice de recherche l'a adoptée pour me faire part de ses commentaires sur mon Mémoire, ça me séduit moins. J'ai donc trois raisons au moins d'en vouloir à De Palma par rapport à ce film. Il va me foutre dedans pour cette année scolaire très coûteuse, il a contribué à exploser le visage d'une idole, et il a aidé à établir Tom Cruise à la tête d'une franchise entièrement dédiée à sa mégalomanie. C'est l'acteur qui choisit toujours le metteur en scène qui lui cirera les pompes sur chaque nouvel épisode de la série. On a donc eu droit à John Woo dans le second volet, avec son lot de vols de pigeons et de ralentis sur des types qui tombent ou qui retirent leurs masques, comme dans tout bon John Woo. On a subi le troisième épisode réalisé par J.J. Abrams, la poule aux œufs d'or des séries télé qui sur le coup s'est un peu planté dans une éternelle redite des mêmes scènes d'action interminables où l'on doit admirer Tom Cruise et ses muscles saillants. Et on vient de subir le quatrième volet où le choix de la star concernant le metteur en scène fut un peu plus audacieux puisqu'il a fait appel à Brad Bird, le réalisateur de Ratatouille, qui réalisait là son premier film avec de vrais acteurs.


Hypnotique...

Tom Cruise choisit aussi ses partenaires dans chaque film. Dans le premier épisode il se contentait de pousser ses camarades hors du cadre afin d'y régner en seul maître. Il y avait quelques plans étonnants où on le voyait littéralement jouer des épaules à la manière d'un Marcel Desailly rudoyant pour sauver un corner. C'était encore timide, la star d'un mètre vingt de haut n'ayant pas le physique de "The Rock", le meilleur pote de Deschamps en défense centrale, pour étaler la concurrence. Avec un type comme Tom Cruise dans la surface de réparation y'a corner à chaque ballon. Et vu sa taille, y a but à chaque corner. Dans le deuxième film il n'y avait plus que Ving Rhames, présent pour respecter un certain quota de blacks et pour faire marrer l'acteur sans lui faire de l'ombre. Dans le troisième épisode, Cruise avait fait table rase de tout l'esprit originel de la série qui consistait à taffer en équipe : l'acteur était absolument seul en scène, parcourant le monde et défonçant des milliards d'ennemis avec la seule aide de son GPS humain, incarné par un Simon Pegg (un acteur comique blond typiquement brittish remarqué dans Hot Fuzz et Shaun of the dead, deux films moisis), pendu à son kit main libres pour guider le héros dans ses courses poursuites. Typique de Tom Cruise que d'essayer par tous les moyens d'être seul sur l'affiche, ne cédant de place que pour un maximum de courtisanes qui, alliées ou ennemies du héros, n'en ont toutes que pour son regard irrésistible et son sourire irrésistible aussi. Et aussi, selon le scénario, que l'acteur a retouché avant le tournage, pour sa teub de "37 cm de long". J'avoue que moi-même j'en pince pour Tommy Cruise depuis Top Gun, devant lequel ma sœur s'envoyait en l'air avec elle-même.


Mission : Impossible de Brian De Palma avec Tom Cruise, Jean Reno et Emmanuelle Béart (1996)

22 avril 2011

The People Under the Stairs

Dans mon article à venir sur Scream 4, peut-être ma façon de causer de Wes Craven vous indiquera-t-elle que je conserve toujours une part d'affection pour ce bonhomme, malgré sa filmographie en dents de scie faite de ratages considérables et de quelques titres plus glorieux qui, on pourra en penser ce que l'on veut, ont réussi à marquer trois décennies du cinéma d'horreur. J'ai découvert et aimé ses films pendant mon adolescence et je ne suis pas du genre à renier ceux que j'ai un jour aimés, un trait de caractère dont je ne me vante pas non plus lorsque cela m’oblige à ne pas décrocher les posters pourris des murs de ma vieille chambre : Posh Spice y côtoie Thom Yorke, Cindy Lauper et autres membres de la famille Manson, dans un décor morbide peu harmonieux mais tristement représentatif de l'état de mon ciboulot à cette période. Mais revenons au cas Wes Craven : pour que vous compreniez mieux, je vais à présent vous expliquer d'où provient toute la sympathie que j'éprouve à l'égard de cet ancien hippie, pote de Carpenter et Romero, fan de la Nouvelle Vague et de Frank Zappa.


Miracle pour un film d'horreur : les personnages de gosses ne donnent pas envie qu'on les trucide, au contraire, ils sont attachants, et les jeunes acteurs n'y sont pas étrangers.

Ce n'est certainement pas en découvrant ses deux premiers films que je me suis mis à apprécier ce réalisateur spécialisé malgré lui dans l’horreur. Au-delà de leurs jolis titres et de leur statut de films cultes ayant d'ailleurs chacun eu droit à un remake, La Dernière maison sur la gauche et La Colline a des yeux sont d'après moi deux films ayant assez mal vieilli qui supportent difficilement d’être revus aujourd’hui. Ils frisent parfois l’amateurisme, et c'est surtout leur violence assez extrême qui a fait leur réputation. Non, si je me suis mis à apprécier ce type et à ensuite regarder tous ses autres films, c’est surtout grâce à The People Under the Stairs, vulgairement renommé dans sa version française Le Sous-sol de la peur, un titre qui abandonne hélas le double-sens original. Ce film nous raconte en effet l'histoire d'un petit garçon noir impliqué dans le cambriolage d'une immense demeure de la banlieue chic de Los Angeles, animé par l'espoir d'y dérober un butin suffisant pour payer l'opération qui pourrait sauver sa mère d'une mort certaine. Un cambriolage qui, évidemment, ne se passe pas du tout comme prévu. Le petit garçon se retrouve enfermé dans la maison et celle-ci s'avèrera être habitée par une petite fille tenue prisonnière qui lui viendra en aide. Les choses se compliqueront encore davantage pour lui avec l'arrivée du couple de gros malades propriétaire des lieux. Des dégénérés pleins aux as qui se font justement leur fric sur le dos des pauvres du ghetto malfamé dont le jeune héros est issu.


Wes Craven (au centre) semble ici très fier du duo décapant que forment Everett McGill et Wendy Robie, déjà partenaires dans la série Twin Peaks.

Les gens sous les escaliers et, pourrait-on aussi dire, tout en bas de l'échelle sociale, ce sont donc tous ces miséreux qui survivent tant bien que mal tandis que les riches et les puissants vivent à leurs dépens. Wes Craven profite ainsi de ce film d'horreur pour étaler ses idées humanistes et gauchisantes, de façon certes assez naïve (il faut voir la toute fin du film, et la vision très terre-à-terre que Wes Craven nous offre de la redistribution des richesses), mais ça reste tout à son honneur. Le père de Freddy nous propose donc une critique au vitriol de la société américaine, en dépeignant l’avilissement des classes aisées par l’argent, et leur désir de littéralement écraser les minorités. De façon plus littérale, les gens sous les escaliers sont évidemment toutes ces personnes maintenues captives par le couple démoniaque, pour une raison que je ne vous dévoilerai pas. Je vous en ai de toute façon déjà trop dit sur le scénario particulièrement riche en rebondissements de ce film surprenant. Un film qui conquiert d'abord grâce au rythme trépidant qu'il parvient à installer et surtout à maintenir du début à la fin. Comme dit précédemment, nous allons véritablement de surprise en surprise grâce au scénario d'un Wes Craven inspiré qui parvient toujours à sortir des impasses vers lesquelles il se dirige pourtant tout droit. Wes Craven réussit aussi avec talent à rendre menaçante la grande maison de banlieue, apparemment banale mais pleine de secrets, dans laquelle l'action du film se déroule presque intégralement. Il rend cet univers typiquement urbain propice à l'horreur, il en fait très intelligemment une terre fertile à l'imagination la plus macabre et malsaine. Un tour de force rarement accompli par le cinéma d'horreur américain, qui préfère généralement s'éloigner des villes et s'aventurer dans des endroits reculés pour nous faire peur. Faire peur, le film de Wes Craven y parvient parfois, mais ça n'a pourtant pas l'air d'être le premier objectif du cinéaste.


La fin du film est un spectacle grand guignol réjouissant.

Non, à l'évidence, Wes Craven cherche avant tout à nous divertir, et il y parvient merveilleusement, en faisant notamment preuve d'un humour noir et totalement débridé tout à fait bienvenu. En outre, le cinéaste semble s'être fait plaisir sur certains dialogues de son film. Même en VF, quelques tirades sont véritablement croustillantes, surtout lorsqu'elles sont déblatérées par un Ving Rhames au top de sa forme (son doubleur l'est aussi !). Je me souviens notamment d'une ligne savoureuse, au début du film, lorsque le petit malfrat qu'incarne Ving Rhames force la porte d'entrée de la maison et lance au jeune héros crédule : "Sept ans, c'est pas le bon âge, t'es trop vieux pour téter et trop jeune pour te faire sucer". C'est immensément laid et bête, certes, mais dans la bouche de son personnage débile et d'un tel acteur, ça fait mouche, croyez-moi !

Au bout du compte, Le Sous-sol de la peur est une sorte de film d'horreur social en huis-clos très divertissant, avec des idées à revendre, des personnages haut en couleurs, et n'hésitant jamais à faire dans la démesure pour notre plus grand plaisir. A l'évidence l'un des meilleurs films de son auteur, même si je rappelle qu'il sera pour moi toujours associé au bonheur que fut sa découverte quand j'étais ado.


The People Under the Stairs (Le Sous-sol de la peur) de Wes Craven avec Brandon Adams, A. J. Langer, Sean Whalen et Ving Rhames (1991)