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5 juin 2018

Mission : Impossible

C'est donc dans ce film qu'un hélicoptère poursuit un TGV dans le tunnel sous la Manche. En 1996 deux nouvelles inventions du génie civil font perdre la tête à De Palma : le TGV et le tunnel sous la Manche. Deux créations que même les Chinois nous ont enviées et qu'ils nous ont achetées au prix fort. De Palma a voulu faire la promotion de ces nouvelles inventions dans ce que Laurent Weil a nommé "le meilleur film d'action qui se déroule dans un tunnel, loin devant Daylight". Cette séquence de haute voltige venait conclure un film d'une lenteur accablante dans un feu d'artifice pyrotechnique de goofs. Tout le monde l'a dit, les trains ne se croisent pas dans le tunnel sous la Manche, contrairement à ce que nous fit croire De Palma. L'autre séquence d'action du film, à peine moins ridicule, c'est évidemment celle où Tom Cruise est suspendu à une corde au-dessus d'un ordinateur, tentant de taper le bon mot de passe pour accéder à sa session Windows 95. La moitié du public rêverait que l'acteur soit nu comme un ver dans la scène, pour voir son étoile noire ou pour que ses couilles chatouillent le bout de son nez (car il est très petit et monté comme un poney), l'autre moitié espère qu'il s'étrangle avec sa corde. A la fin de la scène c'est une goutte de sueur irrépressible qui tombait du front du comédien sur le touchpad de son PC et qui activait le système d'alarme ultra chatouilleux du magasin FNAC Micro où il essayait de tirer du matos Hi-Fi. On était suspendus à une goutte de sueur ! Si à la place de Cruise on avait eu droit à un Ving Rhames pendu par le cul et poussé dans ses derniers retranchements, c'est une cascade de sueur qui se serait déversée sur l'écran de l'iPad tant convoité, car l'acteur souffre d'un hyperhidrose palmaire primaire, ce qui fait qu'il a constamment le front et les aisselles embobinés dans des serviettes.


Jeu d'adresse : sachant qu'Emmanuelle Béart mesure 1,61m et se tient légèrement de biais, tracez une ligne partant du sommet de son crâne et se terminant au sommet du bellâtre sis à droite de la photo. Que remarquez-vous ? La ligne est parfaitement horizontale [surlignez pour voir la solution]

Oui car le grand Ving Rhames était de la partie. Casting 4 étoiles pour ce film faisant la part belle aux français : Tom Cruise, Jean Reno, Jon Voight, Kristin Scott Thomas, Emilio Estévez et Ving Rhames. Mais surtout Emmanuelle Béart. Car c'est aussi dans ce film qu'elle est apparue pour la première fois avec une ventouse à la place de la bouche, très utile tout de même pour sauver le héros Ethan Hunt dans certaines situations périlleuses. Pensant sans doute que ce film allait la propulser au sommet du cinéma ricain, la star s'est crue obligée de se faire démolir la tronche pour ressembler aux idoles de l'époque : Carmen Electra, Pamela Anderson, Julia Roberts ou Sylvester Stallone aka "le Sly". Quel carnage, quels ravages, si son ramage se rapporte à son plumage on est mal. Rappelons aux plus jeunes d'entre nous, qui n'ont peut-être pas appris à bander devant Manon des sources ou Un Cœur en hiver, assis aux côtés de leur tante aveugle, que Manu Béart était facilement parmi les cinq plus belles femmes du monde en ce temps-là. Rappelons à ceux qui n'ont jamais fait le pari avec les potes du bahut d'arriver à tenir les 4h18 de La Belle noiseuse sans débander une seule fois, y compris quand seul le gros Piccoli est à l'image, que la Béart des débuts c'était l'Himalaya.


Ce petit bijou de femme s'asseyait régulièrement sur Daniel Fauteuil en ce temps-là, comme quoi tout est possible dans le football, ne désespérez pas !

Quid de ce gimmick de la série Mission : Impossible : le message informant le héros de sa mission censé s'auto-détruire dans la minute. C'était une bonne idée au départ mais depuis que ma directrice de recherche l'a adoptée pour me faire part de ses commentaires sur mon Mémoire, ça me séduit moins. J'ai donc trois raisons au moins d'en vouloir à De Palma par rapport à ce film. Il va me foutre dedans pour cette année scolaire très coûteuse, il a contribué à exploser le visage d'une idole, et il a aidé à établir Tom Cruise à la tête d'une franchise entièrement dédiée à sa mégalomanie. C'est l'acteur qui choisit toujours le metteur en scène qui lui cirera les pompes sur chaque nouvel épisode de la série. On a donc eu droit à John Woo dans le second volet, avec son lot de vols de pigeons et de ralentis sur des types qui tombent ou qui retirent leurs masques, comme dans tout bon John Woo. On a subi le troisième épisode réalisé par J.J. Abrams, la poule aux œufs d'or des séries télé qui sur le coup s'est un peu planté dans une éternelle redite des mêmes scènes d'action interminables où l'on doit admirer Tom Cruise et ses muscles saillants. Et on vient de subir le quatrième volet où le choix de la star concernant le metteur en scène fut un peu plus audacieux puisqu'il a fait appel à Brad Bird, le réalisateur de Ratatouille, qui réalisait là son premier film avec de vrais acteurs.


Hypnotique...

Tom Cruise choisit aussi ses partenaires dans chaque film. Dans le premier épisode il se contentait de pousser ses camarades hors du cadre afin d'y régner en seul maître. Il y avait quelques plans étonnants où on le voyait littéralement jouer des épaules à la manière d'un Marcel Desailly rudoyant pour sauver un corner. C'était encore timide, la star d'un mètre vingt de haut n'ayant pas le physique de "The Rock", le meilleur pote de Deschamps en défense centrale, pour étaler la concurrence. Avec un type comme Tom Cruise dans la surface de réparation y'a corner à chaque ballon. Et vu sa taille, y a but à chaque corner. Dans le deuxième film il n'y avait plus que Ving Rhames, présent pour respecter un certain quota de blacks et pour faire marrer l'acteur sans lui faire de l'ombre. Dans le troisième épisode, Cruise avait fait table rase de tout l'esprit originel de la série qui consistait à taffer en équipe : l'acteur était absolument seul en scène, parcourant le monde et défonçant des milliards d'ennemis avec la seule aide de son GPS humain, incarné par un Simon Pegg (un acteur comique blond typiquement brittish remarqué dans Hot Fuzz et Shaun of the dead, deux films moisis), pendu à son kit main libres pour guider le héros dans ses courses poursuites. Typique de Tom Cruise que d'essayer par tous les moyens d'être seul sur l'affiche, ne cédant de place que pour un maximum de courtisanes qui, alliées ou ennemies du héros, n'en ont toutes que pour son regard irrésistible et son sourire irrésistible aussi. Et aussi, selon le scénario, que l'acteur a retouché avant le tournage, pour sa teub de "37 cm de long". J'avoue que moi-même j'en pince pour Tommy Cruise depuis Top Gun, devant lequel ma sœur s'envoyait en l'air avec elle-même.


Mission : Impossible de Brian De Palma avec Tom Cruise, Jean Reno et Emmanuelle Béart (1996)

8 mai 2016

Les Visiteurs : La Révolution

Est-ce que cela vaut vraiment le coup de parler d'un tel film ? Ne vaut-il pas mieux se taire et faire comme si de rien n'était ? Quand on sort de la séance, on se regarde simplement les uns les autres avec l'air le plus dépité possible et ça vaut tous les mots du monde... Même dans nos pires cauchemars, nous n'aurions pas pu imaginer un truc aussi raté. On se demande à quoi l'on a affaire. Qu'est-ce qu'ils ont voulu faire ?! Du cinéma expérimental ? Cela justifierait ce montage hystérique (pas un plan qui dépasse la seconde !) et ces prises de vue ignobles dans des angles impossibles (la fameuse patte Jean-Marie Poiré !). De la comédie absurde et avant-gardiste ? Cela expliquerait peut-être pourquoi on ne comprend qu'un mot sur dix, tous les acteurs hurlant leurs répliques sur un débit frénétique, calquant leur jeu sur celui d'un Christian Clavier qui n'est que le triste fantôme de cette caricature de lui-même qu'il nous propose depuis tant d'années. L'acteur parvenait parfois à nous faire rire dans ces petites comédies de rien du tout comme On ne choisit pas sa famille et Une heure de tranquillité, où, branché sur 100 000 volts, il pète les plombs à intervalles réguliers, hurle aussi beaucoup mais paraît bien plus à l'aise dans la peau de ce personnage si antipathique dans lequel il a fini par s'enfermer totalement. On ne rit strictement jamais devant Les Visiteurs 3 : aucune scène, aucun dialogue, aucune situation, aucun moment, même fugace, n'émerge de cette infâme bouillie sans queue ni tête.




Les Visiteurs 3 est un supplice absolu. De la première minute, avec ce pathétique rappel écrit des épisodes précédents et cette scène onirique d'introduction au Moyen-Âge sans aucune sorte d'intérêt, à la dernière, quand les deux zouaves atterrissent sous l'Occupation nazie et que l'on espère enfin avoir droit à un gag efficace qui n'arrivera jamais. Strictement rien à sauver. La Terreur est une période historique qui offrait assez peu de ressorts comiques et de décalages possibles, c'est en tout cas un constat dans lequel nous conforte ce nouvel épisode, alors pourquoi y être resté 1h40 pour un surplace incompréhensible et un scénario qui ne va jamais nulle part ?! C'est à n'y rien comprendre. Ce troisième film réussit à nous rendre sacrément nostalgique du second, ce qui en dit assez long... Seuls les costumiers et les maquilleurs, exempts de tout reproche, semblent avoir pris du plaisir à faire leur travail. Ils s'en sont sans doute donnés à cœur joie puisqu'on leur a tout de même permis d'inventer des nez d'une laideur inouïe à Jean Reno et de faire pousser deux couilles géantes sans poil sous le menton de Christian Clavier, notre duo étant progressivement déformé par les couloirs du temps. L'aspect de Clavier durant ces très longues minutes où il se trimballe avec une énorme paire de testicules lisses à la place du goitre vient également renforcer la thèse d'une nouvelle forme d'humour pour laquelle nous ne sommes pas préparés. Nous ne le serons jamais. Les Visiteurs 3 est un véritable calvaire.


Les Visiteurs : La Révolution de Jean-Marie Poiré avec Christian Clavier, Jean Reno, Karin Viard, Franck Dubosc, Marie-Anne Chazel, Sylvie Testud et Pascal Nzonzi (2016)

31 janvier 2016

Wasabi

Wasabi est le parangon d'une catégorie de films qu'on appellera "films-prétextes", tournés pour toute autre chose que faire un film. C'est l'histoire d'un inspecteur de police obligé d'aller au Japon pour résoudre une enquête alors qu'il n'en a aucune envie, il n'aime ni l'avion, ni les nippons et encore moins les enquêtes. Le flic est affublé pour l'occasion d'un side-kick interprété par un acteur qui aurait pu être victime d'une balle perdue durant le tournage de The Crow : Michel Muller. Mais voilà, l'inspecteur de police principal est incarné par Jean Reno, plus connu au Japon que Steven Seagal. Les Japonais le surnomment "Le Loup blanc". A cause d'un problème de calendrier, il n'a pas pu jouer comme c'était prévu dans Lost in translation, un rôle pourtant écrit pour lui, celui que Scarlett Johansson a finalement repris tant bien que mal. Imaginez le premier plan avec son gros cul dans une culotte rose...




Profiter de la notoriété exceptionnelle de ce triste acteur français de l'autre côté du Pacifique c'était déjà viser bas. Un prétexte supplémentaire pour tourner le film en trois jours et passer le reste du temps à bouffer des sushis, à jouir dans des petites japonaises en profitant de passer pour des beaux gosses parce qu'on n'a pas les yeux fendus, à se prendre des grosses vagues dans la tronche et à faire des soirées karaoké endiablées. Michel Muller a dit à propos de ce séjour : "J'ai pas réussi à m'asseoir pendant quinze jours, j'ai dû dormir debout". Le gros rond rouge sur l'affiche n'est pas une allusion au drapeau du Japon, c'est un clin d’œil à l'état du gland de Jean Reno à son retour en France, ou, selon des sources plus anonymes, à l'état du fion de Michel Muller à l'issue de ce voyage en terres nippones, ça dépend, mais à ce moment-là le rond aurait dû être violet et strié de veines dégueulasses. Wasabi, c'est pas le nom d'un piment, c'est le bruit de la fermeture éclair du futal de Jean Réno.


Wasabi de Gérard Krawzczyk avec Jean Réno et Michel Muller (2001)

7 juin 2013

The Plague Dogs

On avait déjà les impôts, la CAF, le CROUS, Free, la MAAF et l'État sur le dos, à nous relancer chaque mois avec des menaces, et maintenant s'ajoute à la liste le site Cinétrafic.com. Le deal c'était "un dvd contre une critique". C'est d'ailleurs le slogan de leur site, à leur plus grand désarroi puisque depuis que nous avons ouvert le blog, en février 2008, nous leur envoyons un mail de réclamation à chaque critique publiée, pour obtenir gain de cause. On est à presque 800 critiques publiées, soit autant de spams suppliants dans la boîte mail de contact@cinétrafic.com et autant de dvds jamais reçus (et, petit erratum à notre mail du 9 décembre 2012, on aimerait bien un coffret réunissant tous les volets de la saga de l'anneau de Peter Jackson, car finalement on les a tous critiqués). Bref, chez Cinétrafic, on attend de pied ferme notre papier signalant la sortie du dvd de The Plague Dogs le 4 avril 2013. Et ils ont raison, car on est à la bourre ! Le voici enfin.




Hantés par l'urgence d'écrire cet article, on a tagué "04.04.13" sur tous les murs de notre ville pour ne pas oublier. C'était forcément l'ultime deadline avant de plus gros problèmes avec les aimables webmasters du site Cinétrafic. Faut savoir que d'habitude nous sommes d'authentiques critiques freelance (pour ne pas dire "blogueurs ciné" (aïe...) car on sait que cette expression fout à cran), nous agissons selon notre seul libre arbitre, guidés par notre seule passion. Il nous arrive même, quand on va voir un film au ciné, de nous permettre de ne pas écrire dessus (bien qu'on avoue parfois se foutre une pression monstre à blanc sur des titres où personne ne nous attend, typiquement Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer). Du coup on s'est retrouvés comme deux ronds de flan quand on s'est plantés face à la page blanche d'un document vierge intitulé "The Plague" tout court ("La Plaie" en français pour les non-anglophones). Depuis presque deux mois Word97 est ouvert en permanence sur nos ordis, avec le curseur qui clignote dans le vide en haut à gauche de la page. On a même hésité à renvoyer le dvd à Cinétrafic, avec un mot d'excuse honteux mais sincère disant : "Nous avons passé un super moment devant The Plague Dogs, qui sort le 4 avril 2013, mais nous sommes en panne sèche, malheureusement. A bon entendeur ! P.S. Nous voulons bien le dvd de Blade 2 dans son édition simple en revanche, si vous avez".




Si nous devions quand même dire un mot du film, on dirait que c'est "l'un des chefs-d’œuvre du cinéma d'animation", le "diamant noir de l'animation", une "œuvre radicale et unique" et qu'il "aura fallu plus de 30 ans pour que le film soit visible en France". "N'attendez pas plus longtemps !". On peut aussi vous signaler que l'oeuvre fixée sur ce support est exclusivement destinée à l'usage privé dans le cadre du cercle familial. Toute autre utilisation (reproduction, prêt, échange, diffusion en public avec ou sans perception de droits d'entrées, télédiffusion, en partie ou totalité, exportation sans autorisation) est strictement interdite sous peine de poursuite judiciaire. Dupliqué et imprimé en UE. Et nous pouvons désormais ajouter Les Films du Paradoxe aux organismes qui auraient des raisons de nous faire mettre en cabane. En dehors de toutes ces belles phrases, la jaquette nous présente aussi une belle affiche. Quoique. Le film a beau être un "chef-d’œuvre esthétiquement fabuleux", il reste un gros couac sur la devanture du poster au niveau de la patte avant gauche de Row, le chien noir sur le point de mourir qui est aussi la co-star du film. Regardez de plus près en grossissant l'affiche en haut de cet article et si vous parvenez à décoller les yeux de ce petit couac graphique, on se retrouve au paragraphe suivant.




The Plague Dogs ("Les Chiens empestés" en VF) fait énormément penser à L'Incroyable voyage, ce film qui suivait les aventures de deux clebs et d'un greffe (pas des animatronics, de vrais comédiens) partis en voyage et doublés par toute l'équipe des Visiteurs : Jean Reno, Christian Clavier et Valérie Lemercier. C'est le même film en bien et en version ultra déprimante puisque la chatte siamoise de L'Incroyable voyage (pur souvenir de cinéma), véritable sidekick des deux clébards et dynamite comique du film original, est ici remplacée par un renard plus frais que les deux chiens des quais mourants sur l'affiche mais tout de même pas spécialement désopilant. Le film reste boloss à regarder. Et, puisque notre contrat avec cinétrafic nous impose quelques mots-clés à insérer dans ce billet, nous pouvons l'affirmer : The Plague Dogs est un "film à voir" (ici). Mais sérieusement, mots-clés ou pas, on vous aurait forcément incités à regarder en vitesse ce dessin animé atypique et inspiré, et on remercie grandement Cinétrafic au passage pour cette belle découverte.




Alors c'est un film à voir, certes, mais nous émettrons toutefois un bémol, une petite précision : "à voir, sauf si vous n'êtes vraiment pas au top". Car The Plague Dogs, aussi beau soit-il, pourrait vous coller un cafard monstrueux. Le film raconte l'histoire de deux chiens qui s'échappent d'un centre de tests sur animaux (un peu comme dans Beethoven, le biopic du maestro) et qui errent dans la grisâtre garrigue britannique à la recherche de quelques brebis galeuses à estropier pour passer le temps et pour bouffer. Entre mille et une péripéties dramatiques, qui poussent notamment les deux chiens à flinguer leurs propres maîtres indirectement, nos deux compères poilus, Row et Snitter, nous en apprennent beaucoup (et nous tirent les larmes, il faut bien le dire) sur la race des canidés (et donc sur la cruauté des hommes), dont les membres ne passent leur vie qu'à espérer un peu de compagnie et la chaleur d'un bon maître. Il y a cette scène terrible où Row, le chien black, cause avec le renard et lui demande si y'a une infime chance pour que le berger du coin le prenne à sa charge, et le renard, qu'on imagine doublé par Aymé Jacquet dans la version française, lui répond : "En bouffant la moitié de son troupeau de brebis, tu t'es annihilé toutes tes chances". Avec cette réponse le renard nous surprend en bien. Idem pour le border-colley du berger, seul animal heureux du film, qui, après avoir surpris le chien black et le chien blanc en train d'enfumer les brebis de son maître avec un briquet et du papier journal leur explique tout calmement que leur projet n'est pas constructif, là où on s'attendait juste à une grosse stonzba. Les personnages ont ainsi des réactions toujours intelligentes et étonnantes car éloignées des schémas auxquels nous sommes tristement habitués.




Esthétiquement, le film est beau à voir, on l'a déjà dit. Bravo à Martin Rosen, le réalisateur. Avant ce film, il avait réalisé un dessin animé paraît-il fameux aussi avec des lapins, Watership Down, dans lequel tout allait bien. Suite au succès de ce film, que l'on a à présent envie de voir très vite, on lui a donné carte blanche pour faire ce qu'il voulait, du coup il a choisi Vanille/Noix de Pécan (si vous avez Carte Blanche, vous avez un dessert) et il a décidé de faire un film avec des chiens, dans lequel tout irait mal. Après ça on l'a injustement menotté et on lui a interdit de toucher à un crayon à tout jamais. Pourtant quel coup de pinceau ! Les chiens sont jolis, même s'ils ont tous l'air malade, les dessins sont très simples et plaisants. Ils récèlent une vraie poésie. On apprécie ce superbe travail sur le noir dans les scènes de nuit. Dans une séquence de délire de la part du clebs blanc, Martin Rosen propose des superpositions d'images assez géniales et rendant parfaitement compte de l'état du pauvre chien. A vrai dire, la scène est si déstabilisante qu'elle nous a quand même interrogés sur le bon fonctionnement de notre lecteur dvd, mais c'était bel et bien voulu. En revanche, et ça c'était pas voulu, cet "anime" est l'anti Tabou de Miguel Gomes, film en partie sonore mais non-parlant : ici on entend les voix des animaux mais pratiquement aucun son en dehors de ça. Ce n'est pas désagréable du tout, puisque cela participe grandement à l'ambiance très particulière d'un film qui parvient à s'inventer sa propre musique, mais c'est assez déconcertant. D'autant plus quand on est habitué aux films du facho Walter Disney, toujours mis en musique quand ce n'est pas en chanson et où le travail sonore confine parfois à la cacophonie. Nous n'avons rien dit sur le contenu socio-politique du film, ni sur le fait qu'il est déconseillé aux enfants, ce qui nous place à la limite du recevable aux yeux de cinétrafic et risque de nous condamner à devoir faire une autre critique du film sous peu. On va voir si ça paaaaaaasse...


The Plague Dogs de Martin Rosen avec Snitter, Row et The Dot (1982)

26 avril 2012

Bellamy

Nous avons vu ce film au cinéma. C'était le dernier Chabrol, il fallait aller le voir sur grand écran, même si on ne savait pas du tout que ça serait le dernier Chabrol quand on est allé le voir. Quoique. Y'avait de gros indices... N'espérez pas le thriller hard-boiled annoncé par cette affiche sanglante qui ressemble à un poster de chez Total, avec le Bibendum Michelin et tout le tintouin. N'espérez pas le polar bourré de testostérone que laissent espérer les gros bras du casting : Cornillac, Gamblin, et surtout Depardieu. Ce film annonçait la mort au moins cinématographique de son auteur, définitive disons, parce que les précédents Chabrol étaient déjà en demi-teintes quand ils n'étaient pas complètement foirés : La Fleur du mal, La Demoiselle d'honneur, La Fille coupée en deux... Mais avec Bellamy on atteignait un comble dans la quête du vide, du néant. Impossible aujourd'hui de nous rappeler l'intrigue de ce film, son sujet global, le moindre dialogue ou la plus petite scène. Hormis peut-être deux décadrages sans saveur et le vague flash d'un face-à-face musclé entre Gamblin et Depardieu dans un Formule 1, où l'acteur obèse passait son temps à secouer ses draps et à refaire son lit. On croit aussi se souvenir d'une scène tendue entre un raptor surexcité et Laura Dern dans un mini-short que Lynch porte depuis en béret, mais nous ne sommes pas persuadés que cette scène soit bel et bien dans Bellamy.



Le pire c'est que même pendant la séance on aurait été infoutus de comprendre de quoi parlait le film. Entre co-rédacs on nageait complètement dans le récit insipide du père Chabrol (Félix imite avec ses mains le mouvement de la brasse à mes côtés). A la fin de sa vie, faire un film devenait plus que jamais pour Chacha un prétexte pour satisfaire à sa gourmandise et à son épicurisme légendaires, toujours la main droite au fion d'une serveuse ou d'une assistante (le souci naissant du fait qu'il n'employait que des membres de sa famille à tous les postes du plateau), et la main gauche accrochée à son quart de rouge, "la boisson du garde rouge !", se plaisait-il à hurler très fort. La fameuse pause d'entre midi et cinq devenait de plus en plus matière à procès pour Chacha et ses invités, pas les derniers à verser dans la picole, et notamment Depardieu, cas auquel nous avons choisi de consacrer la fin de cet article.



Toutes les grandes stars française du cinéma sont-elles condamnées à finir en eau-de-boudin ? Amy Winehouse, Whitney Houston, Jean Reno, Christian Clavier et donc Gérard Depardieu. Le trio infernal des gros tocards de droite, même si Reno et Clavier n'ont jamais au grand jamais été des stars, en tout cas pas en France. Sur ce blog on aimait Depardieu jusqu'à récemment, en vérité jusqu'à son intervention au meeting de Sarkozy, où il est allé gueuler que notre président serait un saint homme injustement lynché par le peuple de France, un homme qui "ne fait que du bien et dont on ne dit que du mal"... On pouvait espérer que l'acteur, qui a commencé sa carrière détendu du gland dans un film prônant une certaine liberté, couilles à l'air et chapeau de paille enfilé sur des cheveux de la même étoffe, ne serait pas devenu un militant de droite prêt à tout pour copiner avec les puissants quels qu'ils soient. C'est raté. On ne dira pas du jour au lendemain que c'est devenu un mauvais acteur, juste qu'il est totalement à côté de plaque, à la ramasse, qu'il nous fait de la peine et que s'il a toujours un bon moteur, y'a plus personne au volant.


Bellamy de Claude Chabrol avec Gérard Depardieu, Jacques Gamblin, Clovis Cornillac et Marie Bunel (2009)

7 mai 2008

Porco Rosso

"Dans le cochon tout est bon !", et Hayao Miyazaki nous le prouve avec ce film ! Du très très grand Art, plein d'humour et d'émotion. Avec Porco Rosso, Hayao Miyazaki a probablement réalisé le meilleur film d’heroic fantasy de tous les temps. Là où de nombreux réalisateurs n'arrivent même pas à donner le moindre souffle épique à leurs images, Miyazaki a réussi un véritable tour de force en faisant de Porco Rosso un véritable cyclone. C'est bien simple : j’étais scotché à mon fauteuil du début à la fin, et j’ai pas décollé mes mirettes de l’écran une seule seconde ! Une fois le film terminé, j'avais deux grandes auréoles sous les bras et je baignais dans ma sueur. Aux chiottes Peter Jackson, Guillermo del Toro et autre Bilbo le Hobbit ! J’ai un nouveau pote en la personne d’un porc aviateur nommé Porco Rosso et doublé par Jean Reno. Et c’est mon seul pote asiatique.

Hayao, si tu lis cette critique, sache que tu as un fan incorruptible qui réside en France. Hayao, si un jour t’es dans le coin, dans le besoin, que ta bagnole est en rade ou quoi que ce soit, dis-toi bien que t’as un endroit où loger à jamais. Ton 911 à toi c'est mon numéro perso. Ton 118 218 c'est mon self phone. Ton ambulance c'est ma mobylette. Ma maison est tienne. T’as un sacré pied à terre dans mon plummard. Un laissez-passer vers mon gros cul. Tu seras toujours le bienvenu chez moi. Tu peux toquer à ma porte, à n'importe quelle heure, de la nuit comme du jour, elle te sera toujours grande ouverte. Tu seras accueilli avec un sourire de dix pieds de longs, t’auras à boire et à manger, et pas que de l’eau douce, si tu vois ce que je veux dire. T’es le roi du dessin animé. T’es le dieu de l’animation. T'es un classique. T'es un mythe. T'es une légende.



Porco Rosso est encore un très grand film, avec tellement plus de qualités que tous les films d'animation américains réunis qu'ils devraient en avoir honte ! J'applaudis des deux mains et des deux pieds. Les autres peuvent prendre des notes et tout réapprendre depuis le début ! Don Bluth, t’as rien fait de bon depuis Fievel, tu devrais ramper jusqu’à Miyazaki et lui cirer ses godasses dégueulasses avec ta propre langue ! John Lasseter, depuis Toy Story t’enchaînes les ratages, compte pas sur moi pour rembourser ton dernier film en bois ; au mieux je t’envoie un chèque en contreplaqué pour compléter ta collection d’ébène ! Brad Bird, j’avais cru en toi en regardant Le Géant de Fer deux fois de suite un soir d’automne où ma mère était en réunion ; mais depuis ce film, une exception dans ta filmographie en mousse, tu t’es mis sur « pilote automatique » et t’as perdu tout ton talent ! Ta Ratatouille c’était une sacrée daube ! C’est certes un jeu de mots un peu facile mais tu vaux pas beaucoup mieux, Brad. Quant à toi Walter Disney, le nullard d’entre tous les nullards, t’étais qu’un putain de nazi ; on a tous découvert ça sur le tard mais ça nous a finalement assez peu étonné quand on a revu tes films et qu’on s’est rendu compte qu’ils véhiculaient tout un tas d’idées rétrogrades. Bref, je m’emporte et je commence à méchamment suer du front, alors j'arrête. Oublions tous ces tocards et revenons à notre cher et tendre Miyazaki !



LienPorco Rosso est tout simplement merveilleux. Porco Rosso c'est une truie, c'est une tuerie ! A travers l’histoire d’amour toute simple entre un porc aviateur et une truie alpiniste, un couple séparé par la guerre mondiale dans l’Europe dévastée, Miyazaki nous raconte un conte universel, l’histoire d’une vie, et il en profite au passage pour nous donner une grosse baffe cinématographique. Droit dans la tronche. De celles qui remettent les idées en place et qu’on aime tant recevoir malgré la douleur. De celles qui font apparaître sur la joue une marque rouge digne des coups de soleil terribles qu’on attrape en été quand on pionce à poil sur la plage en plein cagnard. T’es tranquille allongé sur le dos, tu mates discretos les meufs qui défilent seins nus devant toi ignorant qu’un malade les mate à mort, puis tu tombes de fatigue à cause de la chaleur ; et quand tu te réveilles, bam, tu te rends compte avec horreur que tu t’es transformé en Cool Spot ! Bref. Une sacrée gifle quoi. Mais je tends l’autre joue, Hayao, je tends l’autre joue ! J’en veux encore, j’en redemande !

Décidément, l'animation japonaise est tellement plus intéressante que tout ce que peuvent nous faire les Américains, qui n’en finissent pas de nous ressortir les mêmes films ridicules en images de synthèse. Shrek rhabille-toi et vire-moi tes sales pattes de là, t’es qu’un sacré escroc à côté de Porco Rosso. Je dirai même que t’es qu’un gros fils de pute. Ta mère c’est une traînée et je le sais car mon père est son client le plus fidèle. T’es un vieux bâtard Shrek, et tu ressembles à que dalle de vivant. Shrek et Les Indestructibles, même combat : je vous détruis à coup de savate si je vous recroise un jour sur ma téloche. Je zappe quoi.



Porco Rosso est un chef d’œuvre incontournable, du même niveau que Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, Le Château dans le Ciel et Le Château Ambulant. D’ailleurs, l'histoire de Porco Rosso me semble être un mélange des deux derniers films cités, qui étaient eux-mêmes un pot-pourri de tous les autres films signés Miyazaki. Décidément ce type-là est un sacré génie. Hayao est bien le seul gaillard du 7ième Art capable de nous sortir 6 films différents, soit un peu plus de 14 heures de métrage, à partir d’une seule et même histoire de 5 lignes. Et y’a pas à dire, y’a bien que Miyazaki pour si joliment manipuler la souris sous Paint, et nous sortir sur grand écran de tels bijoux. Vivement le prochain !


Porco Rosso de Hayao Miyazaki avec Porco Rosso (1992)