6 mars 2018

Lady Bird

Chat ultra échaudé craint l'eau glacée ! Après les calvaires Juno, Garden State, Greenberg, The Way Way Back, Little Miss Shoeshine et compagnie, j'en passe et des pires, on s'attend toujours à fondre sur place devant la soi-disant nouvelle pépite du cinéma indé US. Vu l'emballage et l'accueil dithyrambique réservé à Lady Bird outre Atlantique, on pouvait légitimement craindre le pire. Il y avait toutes les raisons de redouter une nouvelle malédiction estampillée Sundance, dans la droite lignée, par exemple, de l'infâme Captain Fantastic, l'un des plus insupportables immondices produits récemment par l'indiewood. On pouvait aussi s'attendre à ce que Greta Gerwig, pour la première fois seule derrière la caméra, s'échine à glisser toutes ses petites idées, de mise en scène ou de scénario, pour un résultat indigeste, agaçant et méprisable. On sent effectivement l'envie irrépressible de la réalisatrice et scénariste de placer ses chansons préférées, ses anecdotes persos, ses petites blagues trop écrites et, sans doute, aussi, une part de sa propre vie. 




Mais, miraculeusement, la sincérité de la démarche de Greta Gerwig prend le dessus et son succès relatif réside principalement dans le personnage vedette incarné par une irréprochable Saoirse Ronan. Celui-ci est tout à fait à l'image du film. Il peut être énervant avec ses tics, sa chambre trop décorée, ses petites lubies, ses répliques toutes faites, mais il n'est en réalité pas si sûr de lui, il dégage une fragilité plutôt charmante et assez juste, il grandit et s'affirme sous nos yeux. En écrivant ce personnage, Greta Gerwig a évité de justesse les clichés si répandus dans cette catégorie de films et nous suivons les mésaventures de cette adolescente sans déplaisir. Lady Bird a un rythme si soutenu que l'on est vite emporté dans son récit, à condition bien sûr d'accepter ce ton particulier, entre le rire et l'émotion, que recherche très souvent l'apprentie cinéaste.




Le film nous raconte une période charnière de la vie de cette adolescente : coincée à Sacramento, son plus grand rêve est de braver la situation très modeste de sa famille et de réussir à intégrer une des universités huppées de la côte Est après sa dernière année scolaire. Nous découvrons ses premières amours, sa relation tumultueuse avec sa mère, nous la voyons en somme devenir une jeune femme. Saoirse Ronan, que nous avions découverte toute gamine il y a plus de dix ans dans le sympathique Atonement et qui nous avait déjà beaucoup plu, est une nouvelle fois impeccable. L'actrice porte le film sur ses épaules, elle y insuffle l'énergie adéquate, la fantaisie qu'il faut, sans en faire trop, en restant crédible. Elle est entourée de personnages plus ou moins réussis, mais aucun d'eux n'est purement haïssable, ce qui est déjà une rareté dans un film de ce genre. On apprécie ainsi la meilleure amie du lycée campée par Beanie Feldstein, à la présence assez rafraîchissante. Dans un rôle compliqué, puisque constamment en opposition face à sa fille rebelle et têtue, l'actrice incarnant la mère, Laurie Metcalf, ne s'en tire pas si mal.




Visuellement, le film n'est pas complètement dégueu. Flirtant avec le style Instagram mais n'y tombant pas réellement, les lumières et les cadres mettent au moins en valeur la ville de cœur de la cinéaste, Sacramento. Le montage très rapide choisi par la réalisatrice annonce et symbolise l'envergure très modeste du film, mais c'est peut-être lui, aussi, qui nous permet d'accrocher, de rester captif. Les scènes s'enchaînent, sans temps mort, comme si la plus grande inquiétude de Gerwig était de nous ennuyer, de nous perdre en cours de route. Rondement mené, Lady Bird a l'abattage d'une série télé efficace. On ne s'esclaffe pas quand Greta Gerwig l'espère, mais son petit film nous fait peut-être sourire une ou deux fois. C'est déjà plus qu'attendu. Certains dialogues ont l'air trop préparés, comme par exemple cet accrochage à la sortie du bahut entre Lady Bird et son amie. "Ta mère s'est faite refaire les seins !", "Elle avait 19 ans, on peut faire une erreur à cette âge-là !", "Deux erreurs !". On entend presque Greta Gerwig ricaner à ses propres blagues derrière la caméra, se satisfaire de ses trouvailles. Mais allez, ça passe...




Faisons donc les comptes : une BO susceptible de plaire à tout le monde, mêlant le gros hit nostalgique qui tâche (Alanis Morissette, Justin Timberlake...) à la ritournelle indé moins connue, une photographie aguicheuse et ensoleillée aux couleurs très américaines, des petits détails "mignons" glissés ici ou là, des personnages secondaires farfelus, une conclusion qui se veut poignante où la fille et la môman se réconcilient enfin... Tous les ingrédients étaient bel et bien réunis pour me mettre à cran, mais ça a plutôt fonctionné. Guilty as charged de ne pas avoir passé un mauvais moment devant (le très anecdotique) Lady Bird ! Il faut dire que j'ai vu le film en belle compagnie, aux côtés d'une fan de Frances Ha qui a eu l'impression de découvrir une sorte de préquelle au long métrage de Noah Baumbach, mise en boîte par son actrice principale et déjà co-scénariste. Ça aide. 


Lady Bird de Greta Gerwig avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf et Beanie Feldstein (2018)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire