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23 décembre 2019

Ben is back

Film de dingue ! C'est l'histoire d'un camé qui quitte en loucedé son centre de désintox pour débarquer chez lui à l'improviste la veille de Noël. Sa présence fout toute sa famille en état de choc et de sidération, à commencer par sa daronne, Julia Roberts, qui oscille entre l'accueillir à bras ouverts ou lui foutre un flingue sur la tempe pour pas qu'il merde de nouveau. L'action se déroule sur une poignée d'heures et le film se mate comme un véritable thriller, en quasi temps réel. Replongera, replongera pas ? Là est la question ! Ben est campé par le jeune Lucas Hedges, un acteur qui tire tout le temps la tronche, que l'on a déjà vu tout récemment dans Boy Erased et 90s mais aussi Three Billboard, Lady Bird ou encore Manchester by the Sea. Bref, un p'tit gars qui, d'ordinaire, choisit bien ses rôles, en termes de succès public et critique en tout cas, mais qui s'est ici un peu planté. Faut dire que c'est son padre qui tient la caméra, Peter Hedges. Celui-ci devait tenir mordicus à mettre son propre fils dans la peau d'un addict à la coke pour l'en dégoûter à jamais. Va savoir... Julia Roberts fait le taff. Elle est plutôt crédible en mère cougar en quête d'un nouvel Oscar. Mais ce qui nous a surtout plu, là-dedans, c'est le rôle central accordé au chien de la famille, une adorable petite boule de poils nommée Ponce.




Ponce est un yorkshire terrier très apprécié par la famille Roberts pour sa fidélité, sa loyauté, sa douceur, sa maladresse, sa discrétion et sa gaieté. Il est plus précisément le chien de Ben, qui n'a tout de même pas pu l'embarquer avec lui au centre de désintox, où les animaux de compagnie dépassant les 20 centimètres de long ne sont pas acceptés dans les chambres (les règles sont curieuses mais c'est ainsi). Ponce est un clébard sensass qui chipe la vedette à tout le monde. Entre lui et Ben, il existe un lien très particulier, puisque le premier a sauvé le second d'une overdose qui aurait très bien pu être fatale sans cette léchouille salvatrice au petit matin d'une nuit oubliée. Bref, Ponce est une sorte de totem familial et son statut d'intouchable est indiscutable. Le réalisateur a le mérite de très lisiblement nous présenter tous les enjeux qui entourent le petit Ponce.




Le seul problème de ce chien sympathique, c'est qu'il est aussi la vedette de tout le quartier. Un quartier dont certains habitants conserveront à tout jamais une dent contre Ben et verront donc d'un bien mauvais œil son retour inattendu. Car Ben a certaines dettes et autres comptes à rendre : il est celui qui a tapé 50 biftons à l'un pour se payer sa came en douce et qui n'a jamais effacé son ardoise, il est celui qui a poussé la première de la classe et fille du voisin vers les abîmes de la cocaïne lors de soirées sans fin... Il n'est pas net, il a des trucs à se reprocher et Peter Hedges met le paquet pour nous indiquer que la drogue, c'est mal, pour soi et pour les autres. L'un des ennemis jurés de Ben, un homme masqué à l'accent mexicain, va donc avoir la sale idée de prendre Ponce en otage pour récupérer enfin son butin. L'essentiel du film consiste donc à suivre Julia Robert et Lucas Hedges à la recherche de Ponce, dont vous pouvez être sûrs que vous n'oublierez jamais le doux nom.




Dans sa dernière demi heure, Ben is Back prend les allures d'une sorte de road movie de quartier, avec très peu de route parcourue (on doit être à 5 kilomètres à tout péter au compteur) mais énormément de temps effectif passé dans la bagnole, à l'affût de la moindre trace d'un clebs. C'est pas folichon mais franchement, il faut bien reconnaître qu'à force, nous aussi, on a sacrément envie de refoutre la main sur ce con de Ponce, qui est bien le seul de la bande à ne pas mériter un tel sort. Le suspense s'installe tandis que Julia Roberts et Lucas Hedges passent le meilleur réveillon de leur vie. Alors que l'on pouvait craindre un drame lacrymal lourdingue sur un addict pénible susceptible de replonger à tout moment, on a finalement droit à un thriller lacrymal pénible sur un addict susceptible qui finit effectivement par replonger dans la came avant d'être une nouvelle fois sauvé par son chien, lors d'un deus ex machina inespéré qui nous laisse tout sourire. Sacré Ponce !


Ben is back de Peter Hedges avec Lucas Hedges, Julia Roberts et Ponce (2019)

14 avril 2019

Boy Erased

Boy Erased est le deuxième long métrage en tant que réalisateur de l'australien Joel Edgerton, un acteur à la filmographie très inégale révélé par le bon polar de son compatriote David Michôd, Animal Kingdom, qui a depuis fait ses classes chez Jeff Nichols en étant, manque de bol, à l'affiche de ses deux plus mauvais films (Loving et Midnight Special, que l'on essaye encore de chasser de nos esprits). On peut toutefois être à pire école et Joel Edgerton entend bien, avec ce nouveau film, nous démontrer ses aptitudes de cinéaste et tout son sérieux. Il s'attaque pour cela à un sujet grave : les thérapies de réorientation sexuelle, en adaptant les mémoires de Garrard Conley. A dix-neuf ans, celui-ci a été envoyé dans un centre de conversion par ses parents, baptistes pratiquants, qui voyaient d'un assez mauvais œil les préférences naturelles de leur gamin.




Pour adapter cette histoire vraie, Joel Edgerton ne pend pas trop de risque, en choisissant d'emblée d'épouser le point de vue du gosse, et ne fait pas dans la dentelle, en multipliant les effets parfois lourdingues pour susciter notre émotion (ralentis et travellings insistants, accompagnement musical bien trop omniprésent et pénible...). On sent que le type s'applique du mieux qu'il peut et qu'il cherche à signer un mélo véritablement poignant, au message fort. Il atteste de son implication totale dans le projet en s'octroyant en outre le pire rôle du lot puisque l'acteur-réalisateur incarne également, avec toute la solennité que cela implique, le thérapeute en chef du centre de conversion, un salopard aux méthodes absurdes qui se prend pour sergent-instructeur de pacotille et un gourou illuminé. Côté mise en scène : quelques autres auraient fait mieux, beaucoup auraient fait pire, et il y a deux trois petits moments où Edgerton sait se montrer plus délicat. On peut tout de même se demander si la construction chronologique alambiquée de son film apporte réellement quelque chose...




Heureusement, Joel Edgerton peut s'appuyer sur des acteurs d'exception, à commencer par le couple de parents tout à fait crédible que forment Nicole Kidman et Russell Crowe. La première fait le taff, comme souvent, avec un acting haute précision qui laisse encore pantois. On sent que chaque micro détail est calculé au millimètre : une discrète variation d'intonation par-ci, un léger haussement de sourcils par-là, et ce regard qui reste fixe et intense malgré les larmes inondant ses yeux lors de cette scène-clé où elle affirme son soutien à son garçon... Cela pourrait être un poil énervant, mais c'est si bien rôdé qu'il n'y a rien à dire, on s'incline. Nicole Kidman a désormais une drôle de tronche, certes, mais elle n'a, à l'évidence, rien perdu de son talent. Une nomination à l'Oscar n'aurait pas été volée (quoique sa présence dans le navrant Aquaman annihile tout le reste).




Mais s'il y en a un qui crève littéralement l'écran, c'est bien Russell Crowe, en père à la ramasse, au ventre bedonnant, pasteur baptiste de son état, qui ne parvient pas à encaisser l'homosexualité de son fils. Le pauvre, il n'aura jamais de petit-fils biologique... Russell Crowe est énorme là-dedans. Dans tous les sens du terme. Il est très gros et il est très bon. Ce n'est pas l'acteur qui a pris des kilos pour le rôle, mais l'inverse. Il nous rappelle le grand comédien qu'il peut être quand il le veut bien. Lui aussi aurait mérité quelques récompenses. Là encore, tout est savamment calculé, mais c'est peut-être moins ostentatoire que chez sa partenaire à l'écran. C'est un vrai récital. Chaque scène où apparaît la star sort naturellement du lot. Le film monte d'un cran dès qu'il est dans le cadre. Un phénomène !




Au milieu de ces deux légendes, on aurait presque tendance à oublier la prestation du jeune Lucas Hedges dans le rôle principal du garçon effacé, mais celui-ci, très sobre, s'en tire avec les honneurs. A noter également la présence dans un rôle très secondaire de Xavier Dolan, qui répond toujours à l'appel quand on lui propose de jouer un homo devant la caméra d'un cinéaste beau-gosse. Il n'y a rien de particulier à dire sur sa performance mais je me devais de la relever pour préserver ma crédibilité de blogueur ciné, alerte et à l'affût. Tout comme je me dois à présent de clore ce trop long papelard avec une conclusion rapide et efficace. Je dirai donc que si Joel Edgerton a encore de gros progrès à faire en tant que cinéaste, il sait déjà s'entourer, car ses acteurs sauvent son film de la médiocrité.


Boy Erased de Joel Edgerton avec Lucas Hedges, Nicole Kidman et Russell Crowe (2019)