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30 décembre 2019

Terminator : Dark Fate

Plus personne ne parle de ce film. Plus personne. A sa sortie aussi, il n'avait pas fait de bruit. Durant les semaines qui l'avait précédée, en revanche, on avait essayé de nous mettre l'eau à la bouche en nous le vendant comme la première suite adoubée par James Cameron himself et en nous invitant à oublier tout ce qui avait été fait depuis le deuxième opus. Tu parles... C'était avoir la mémoire bien courte : on nous avait déjà fait le coup avec Terminator Genisys, que l'on nous présentait comme un reboot revigorant toute la franchise et où l'on pouvait lire, écrit en gros sur l'affiche, "Vous allez adorer" signé Jimmy C. Les plus pointus m'indiqueront que, cette fois-ci, Cameron a eu un rôle plus actif, puisqu'il est producteur et a même participé au scénario (!). Pour les précédents, il ne jouait au mieux qu'un vague rôle de consultant. Mais à quoi bon pinailler là-dessus vu le résultat final : on a de nouveau affaire à une énorme daube sans intérêt. James Cameron n'en a sans doute rien à battre non plus, son nom n'est jamais vraiment sali et les spectateurs sont encore plus nostalgiques de ses deux premiers films. Je suis sûr que, quelque part, il n'est pas mécontent de voir sa franchise sombrer un peu plus à chaque nouveau film réalisé par quelqu'un d'autre que lui. C'est cette fois-ci Tim Miller, auréolé du succès de Deadpool, qui s'y est collé, mais cela aurait pu être n'importe quel tâcheron incapable de torcher une scène d'action à peu près valable.




Je fais partie des quelques malheureux qui sont allés voir ce Terminator : Dark Fate au cinéma, emmené et invité par mon frère Poulpe, plus connu sur ces pages sous le doux sobriquet de Brain Damage. C'était une période bien morne en termes de sortie ciné. Pour vous donner une idée, on avait hésité entre ça et Doctor Sleep... Nous en menions pas large à la fin d'une séance vécue dans un silence mortuaire à peine troublé par quelques questions que je soumettais à mon frère pour qu'il éclaire ma lanterne sur quelques détails absurdes du scénario. Mes interrogations portaient pour la plupart sur la nature exacte du nouveau modèle de terminator présent ici sous les traits de Gabriel Luna. "Dis Poulpe, comment ça se fait que le terminator ait besoin de se connecter physiquement à un data center pour avoir accès aux caméras de surveillance ? Il n'a pas le wifi ?", "Dis Poulpe, si ce terminator peut se dédoubler, pourquoi il ne le fait pas plus souvent pour être deux fois plus efficace ?". Prenant à cœur son rôle de grand frère, Poulpe avait toujours des réponses satisfaisantes et rassurantes à m'apporter, elles me permettaient de maintenir la tête hors de l'eau, mais je ne me souviens d'aucune et, en réalité, il se contredisait beaucoup.




Un bon rösti bien gras suivi d'une dame blanche dégustés sans dire un mot du film ont sauvé notre soirée. Pendant les jours suivants, j'ai tanné mon frère Poulpe pour qu'il m'inspire quelques lignes dignes d'être partagés avec vous à propos de ce maudit film. Toutes mes sollicitations furent vaines jusqu'à cet instant étonnant où Poulpe a pris une pose pensive avant de lentement déclamer ce poème, dont le titre, prononcé en guise d'introduction, doit être Terminator, sombre destin :

Quelques-uns partent le voir
animés d'un léger espoir.
Ils sortent de la salle
en se sentant sale.

Voilà. C'est tout ce qu'il m'a sorti. Après ça, il n'y avait plus rien à tirer de lui ; après ce triste quatrain aux rimes pauvres qui, en tant que tel, est déjà une œuvre d'art infiniment supérieure à la dernière cochonnerie signée Tim Miller. Le manque total d'idée et de savoir-faire de Miller va jusqu'à nous faire regretter le Terminator 3 de Jonny Mostow. Ce dernier, en bon faiseur de cinéma d'action à l'ancienne, avait au moins su pondre une bonne scène de poursuite en camion. Ici, dès ce flash-back introductif très problématique et inutile où nous assistons à la mort lamentable de John Connor (Edward Furlong), froidement abattu à la plage par un terminator surgi de nulle part alors qu'il commande une pina colada à sa môman, on sait que ça va schlinguer un max. Nous ne sauverons même pas les quelques répliques débiles d'un Schwarzy en roue libre et visiblement conscient du ridicule de la chose, ni le retour pathétique d'une Linda Hamilton venue caricaturer l'unique personnage qui l'a rendue célèbre, ni les quelques efforts d'une Mackenzie Davies pas désagréable en humaine améliorée envoyée dans le passé pour protéger, devinez qui, la future cheffe de la résistance. Rien de neuf sous le soleil, c'est toujours la même histoire sans l'ombre d'une trouvaille valable à l'horizon. On peut jeter tout ça aux oubliettes et continuer de faire comme si ce film n'existait pas.


Terminator : Dark Fate de Tim Miller avec Natalia Reyes, Mackenzie Davis, Linda Hamilton, Gabriel Luna et Arnold Schwarzenegger (2019)

23 décembre 2012

Magic Mike

Il fallait ne rien connaître de la carrière contemporaine de Steven Soderbergh pour se laisser tenter par ce Magic Mike. Nous avons vu, fascinés, tous ses films, et particulièrement les plus récents, les Contagion et autres Piégée, et pourtant nous avons quand même regardé le dernier... Faut-il être de bonne volonté ou complètement con. Après avoir fait un film sur une actrice porno, My Super-Ex Girlfriend Experiment, avec Sasha Grey, puis un film sur une catcheuse, Piégée, avec Gian Luigi-Buffon, mais encore un film sur le Ché, Ché, avec Guillermo del Toro, Soderbergh poursuit son entreprise naturaliste, que l'on pourrait comparer à celle de Balzac en son temps, avec La Comédie Humaine, celle de Zola avec les Rougon-Macquart et le Chelsea FC, ou du transformiste Jean-Baptiste Lamarck avec les girafes et les tatous. Ses films nous apparaissent comme des démarches scientifiques, des laboratoires d'une heure et demi dans lesquels Soderbergh pose des hypothèses nulles qu'il tente de réfuter. Fils d'un père sage-femme et d'une mère bûcheron, Soderbergh semblait né pour analyser les travers de la société mais surtout le quotidien d'êtres humains dédiés au spectacle. Dans Magic Mike, il s'intéresse de près, de très près, au stripteaseur-charpentier Channing Tatum, élu cette année "homme le plus sexy de la planète Terre", en s'inspirant de la propre vie de l'acteur, qui est aussi scénariste du film et chef décorateur.




Quand on s'interroge sur le fait que Soderbergh s'acharne à filmer des gens qui utilisent directement et de façon un peu spéciale leur propre corps dans leur métier, on pourrait se dire qu'il est en dialogue avec son contemporain Daren Aronofsky, qui a filmé un catcheur lui aussi (The Wrestler), puis une danseuse étoile (Black Swan), sauf que le Palmé d'Or 1989 n'a mais alors mais riiiiiien à voir avec le boloss d'origine polonaise. Son film nous fait plutôt penser à un épisode de Melrose Place un peu plus long que d'habitude et peut-être un poil mieux filmé, mais guère. Nous suivons Channing Tatum, maçon le jour, call girl la nuit, imitant l'écureuil de la Caisse d’Épargne, plus fourmi que cigale, foutant du pognon de côté en attendant non pas de trouver un métier un peu moins con mais de pouvoir monter sa petite entreprise à la Pierre Jolivet. Il a le projet étrange de monter une boîte de spectacle où il jonglerait chaque soir et où le jour il pourrait vendre des tables basses recyclées fabriquées de ses propres mains. Tatum prend sous son aile un jeune golio qu'il initie au monde de la nuit et à "l'argent faciiiiile", comme le dit Edward Furlong dans Terminator 2. Mais notre bel auto-entrepreneur tombe amoureux de la sœur de son pigeon, incarnée par une Franka Potente du pauvre (Franka Potente étant déjà à la rue), et s'ensuit une histoire à mourir debout. A noter toute une scène orange, en couleur saturée orange, si vous êtes friands de ça, de lomographie. Pour ceux qui n'en sont pas friands, tracez le plus loin possible de ce film à mi-chemin entre le docu, l'épisode final de Melrose Place, et finalement dans le néant total, dernière ligne en date d'une filmographie que nous imprimons régulièrement sur du papier toilette en taille 6 pour se torcher avec. Steven Soderbergh est décidément un cinéaste "qui compte" et à la "carrière foisonnante" dont on se fout éperdument.


Magic Mike de Steven Soderbergh avec Channing Tatum, Matthew McConaughey, Olivia Munn, Cody Horn, Alex Pettyfer et Mathieu Bodmer (2012)