21 décembre 2008

The Mosquito Coast

Alors, c'est l'histoire d'un type brillamment interprété par Harrison Ford qui cherchait là à se démarquer de ces rôles-étiquettes dans lesquels il s'engonçait, à savoir celui d'un aventurier muni d'un chapeau et d'un fouet et celui d'un mercenaire de l'espace au grand cœur. C'est l'histoire d'un type, curieusement interprété par Harrison Ford, qui cherchait là à rajouter une corde supplémentaire à sa harpe de comédien après avoir réussi à faire croire au monde qu'il était un célèbre archéologue et qu'il savait conduire des faucons milléniums. C'est l'histoire d'un mec, interprété avec classe par un Harrison Ford en roues libres, muni des lunettes de myope de son père (Sean Connery), et qui décide d'emmener toute sa famille vers le Grand South. Horrifié par la menace d'un conflit multi-nucléaire, il choisit de se réfugier au Honduras, avec sa femme (la Reine d'Angleterre) et ses quatre enfants. Là-bas, il est accueilli par une poignée de chicanos qui voient en lui un guide. Harrison Ford, inventeur de génie, se consacre à la construction d'un énorme frigo tout en déclarant, le doigt pointé vers son fils ainé (River Phoenix) : "Je veux faire de la glace avec du feu !". Guide spirituel d'une petite société tribale idéale, le rêve se transforme en cauchemar pour ce papa gâteau suite à l'arrivée de trois bandits de grand chemin provoquant la fuite d'une grande partie des chicanos puis l'explosion du frigo géant. Car des fois, la glace et le feu ne font pas bon ménage.




River Phoenix, spectateur aux bras ballants tout au long de cette histoire, nous conte avec verve les aventures absurdes de son père. Son père malheureux qui prendra une balle perdue après avoir mis le feu à une église. Après un tournage éprouvant, Harrison Ford, méconnaissable et amaigri, revint par ses propres moyens du Honduras, fort d'une connaissance de la jungle rare. Il a appris à sauter d'arbres en arbres tels les écureuils volants, il a appris à dépecer un gibier sans les mains tout en luttant contre les autres charognards : vautours, tapirs, singes hurleurs, Peter Weir lui-même, paresseux à trois doigts, tatous extravertis... De nombreuses propositions affluèrent chez son agent et Harrison accepta probablement le rôle de sa vie : celui du Predator. Lorsque Schwarzenegger lui avoua qu'il n'avait pas une gueule de porte-bonheur, l'ambiance sur le tournage tourna au vinaigre.



Lors de la promo de Mosquito Coast, Harrison Ford déclara à un Roger Ebert médusé : "Je pense que le film Mosquito Coast est très profond. Je crois qu'il est très profond dans le sens où il est très lumineux. La lumière doit provenir d'une place très profonde si c'est de la vraie lumière" (sic et sick !). Petite anedcote à propos de ce film : Mosquito Coast marqua la rencontre entre River Phoenix, le frère du défunt Joaquin, et Harrison Ford, allant jusqu'à créer une "father-and-son relationship" (propos d'Harrison Ford que vous pouvez retrouver dans le dvd collector de Jeux de Guerre), c'est le vieil acteur qui l'a choisi lui-même pour interpréter son propre rôle rajeuni dans les 3ièmes aventures du professeur Jones. Si vous voulez connaître le vrai sens du mot "excéder", parlez donc d'Harrison Ford à Peter Weir. Un Peter Weir qui se fait désormais surnommer "Tupperware" par toute la profession.


The Mosquito Coast de Peter Weir avec Harisson Ford, River Phoenix et Helen Mirren (1986)

16 décembre 2008

Babylon A.D.

J'ai lu la moitié du roman de Maurice Gibert-Joseph Dantec, et la moitié de ce roman c'est 500 pages feuillets doubles, petits carreaux non perforés. Et je viens de voir la moitié du film qu'en a tiré Mathieu Kossovare, le problème c'est que c'est la même moitié, alors je connais toujours pas la fin. Ne me demandez pas ce que veut dire le "A.D" du titre. Mieux, si vous savez ce que ça veut dire, abstenez vous de me mettre au jus, parce que j'en ai vraiment rien à secouer. Avec ce film, tourné en langue anglaise, filmé au Texas, produit par la Twentieth Century Fox, et dont le rôle principal est incarné par un acteur Américain de seconde zone qui réunit à lui tout seul tous les plus accablants clichés de l'actorat Hollywoodien riche en testostérone, Kassovitz avait l'intention de prouver qu'en Europe il était possible de rivaliser avec les Américains, et de réaliser un grand blockbuster à effets spéciaux de qualité, dans la veine de Cécil Blount DeMille. Au final tout ce qu'il y a d'Européen dans ce film, c'est la nationalité du gros taulard qui a écrit le best-seller de mes deux dont le film est tiré, et celle du niais qui a réalisé cette adaptation dont il a fait l'œuvre de sa vie, pour mieux la renier, prétextant qu'il n'avait pas eu le final cut, quand il s'est rendu compte qu'il avait filmé une merde.



Kassovitz a aussi parlé d'une certaine querelle entre lui et Vincent Diesel. En réalité, le frenchy comptait sur son acteur fétiche Vin Cassel pour tenir le premier rôle du film, mais ce dernier l'a poussé dans les orties en l'appelant "mémé", car même s'il lui sait gré de l'avoir lancé pour de bon avec La Haine, Cassel n'en peut plus d'être roulé dans la boue par son ami d'enfance qui est devenu son ennemi juré depuis Les Rivières Pourpres. Alors Kassovitz s'est pris le bec avec son second choix, Vince Diesel: 62 versus 112 kilos, inutile de vous dire qui a eu le dernier mot... 32 centimètres de tour de cou chez Mathieu, 96 centimètres de tour de collier pour Vince Diesel... 1m75 bras levés du côté de Kassovitz, 2m02 au garrot pour Vince SansPlomb95. Enfin bref tandis que Kassovitz chausse du 42, l'autre va nus pieds depuis son adolescence car rien dans le commerce ne correspond à sa pointure inchiffrable, même en dehors du commerce, aucun contenant ne peut accueillir ses pattes. Lors des rares soirées des Oscars auxquelles il assiste en tant que boddyguard de l'acteur The Rock, on l'a vu déambuler avec des planches de surf aux pieds, simplement reliées à ses orteils par des cordages, pour vous donner une idée des pieds de ce mec. Si Vin Diesel devait un jour porter du cuir autour de ses pieds, il aurait plus vite fait d'enfoncer directement ses pieds dans le cul de deux vaches adultes, pour éviter à un jeune apprenti cordonnier de voir sa vie défiler, sa vieillesse l'atteindre et sa mort le frapper en ayant jamais travaillé qu'à une seule paire de pompes. Si vous cherchez quelques anecdotes croustillantes sur le cas Diesel, vous aurez tôt fait de découvrir que c'est bel et bien Spielberg qui l'a lancé dans Il Faut Sauver Le Soldat Ryan. Mais en réalité, si c'est bien dans ce film qu'il est apparu pour la première fois sur un écran, c'est néanmoins bien plus tôt qu'il a donné un premier coup de main à Spielberg, ou plutôt un coup de patte, puisque c'est sa seule démarche nonchalante qui a permis cet effet spécial désormais culte des ondulations à la surface de l'eau dans Jurassic Park, à l'approche du T-Rex.



J'ai maté ce film avec Félix, qui m'a très tôt demandé en pointant Vin Diesel du doigt: "C'est lui Gong Lui ?". Parce que dans cette scène, Vin Diesel donnait la réplique à Gong Li dans une inépuisable série de champ-contrechamp. Il m'a avoué qu'il confondait toujours ces deux acteurs. Au final je me suis endormi, j'étais bien... Je digérais difficilement (peut-être à cause de la façade mal crépie de Mélanie Thierry) un kilo-litre de soupe de légumes noyée de crème fraîche et de fromage rapé qui avant de fondre dans mon estomac comme un pavé dans la marre, venait de fondre dans ma bouche comme un pavé sur la gueule d'un flic. Félix était vexé d'endurer cette horreur seul, et il m'a rapidement remis dans le rang avec un coup de pied latéral idéalement placé entre mes deux yeux.

Je me demande toujours comment il fait, Kassovitz, pour revenir en France toutes les quinzaines donner des leçons de cinéma et de vie, alors que c'est quand même peut-être le pire homme, en tout cas en tant que tel.

P.S. Si y'en a un parmi vous qui sait ce que veut dire A.D., je veux tout de même savoir à quelle sauce j'ai été mangé.


Babylon A.D. de Mathieu Kassovitz avec Vin Diesel, Gong Li et Mélanie Thierry (2008)

L'Emprise

J'étais parti pour télécharger Fenêtre sur cour, le fameux film d'Alfred Hitchcock, et au final j'ai downloadé Smash Court Tennis, un jeu de tennis, alors j'ai passé mon après-midi à y jouer, c'était fun. Le jeu était à ce point fun que j'ai invité un pote pour y jouer avec moi, en doublettes. Ce mec-là est un taré que j'ai rencontré au centre aéré y'a quelques années, c'est le seul qui jouait dehors mais enfermé dans une cage étroite, il m'avait tout de suite tapé dans l'œil, avec une caillasse de bonne taille, j'avais eu un œil au beurre noir pendant plusieurs semaines à cause de lui. Une fois, pour une sortie à la neige, à Camurac, c'était le seul gamin à avoir ramené un sac plein de paille au lieu d'une luge. Il glissait là-dessus, et il nous battait tous, mais il avait fini la journée avec le cul en sang. Le soir on l'a vu manger la moitié du contenu de son sac puis se fourrer dedans pour y passer la nuit. Ce baluchon de paille c'était sa nouvelle maison, sa masure, sa cambuse, c'était son kit de survie. Ce mec là on l'appelait "L'entité" entre nous, moi je croyais que c'était son vrai prénom, que c'était le masculin de Maïté. Et puis hier en jouant à Smash Court Tennis, j'ai repensé à ce sobriquet et en le regardant jouer au jeu, un peu gêné par son bracelet électronique pour tenir la manette, je me suis dit que "L'entité" avait vraiment l'air sous l'emprise de ce jeu vidéo pourri. C'en était trop, trop de coïncidences, il me fallait à tout prix mater The Entity ("L'Emprise" en Français).



The Entity est un film d'horreur de bonne facture, qui commence sur des charbons ardents. C'est l'histoire d'une femme, Carla Moran (Barbara Hershey), qui vit avec ses trois enfants, et qui est soudainement attaquée par une sorte de fantôme qui d'entrée de jeu la viole dans sa chambre. Après quoi les attaques se répètent et se font de plus en plus violentes. Ses enfants en sont témoins et ne peuvent plus ignorer la vérité. Alors Carla Moran décide d'aller voir un médecin pour lui raconter ses mésaventures et lui montrer les traces de coups qu'elle porte. Moi, cartésien jusqu'au bout des ongles, et étant donné qu'elle décrit son agresseur en parlant d'odeur fétide et de sperme froid, j'ai immédiatement pensé que David Pujadas était dans le coup et qu'on allait avoir droit à un caméo mémorable du plus grand animateur Français. Mais en fait pas du tout, déception de ce côté-là, il s'agit bien de ce qu'on nomme un Poltergeist ("esprit frappeur hétérosexuel" en Allemand, à ne pas confondre avec "poltergay", où là on parle d'un esprit frappeur homosexuel comme nous l'apprend le film d'Eric Lavaine sorti en 2006). Le docteur Spiderman (c'est son nom, j'y peux rien) a beau refaire le trajet du violeur fantomatique de Carla pour essayer de trouver des traces, aucune explication rationnelle ne se fait jour, et malgré tout, il ne peut se résoudre à la croire. Le film se clôt donc sur un mystère qui reste entier, avec une descente aux enfers sans escale pour Carla Moran, qui voit les assauts à son encontre se répéter et s'intensifier, impuissante. Ces séquences sont d'autant plus terribles qu'une musique infernale fait de ces moments une suite d'instants plus angoissants les uns que les autres.



Juste avant le générique de fin un petit texte vient nous apprendre que ce film est l'adaptation romancée d'une histoire vraie. Carla Moran a vécu (et vivait encore quand le film est sorti), et tous ces événements sont censés avoir eu lieu, tout ça est vrai. Donc j'ai appris en matant ce film non seulement que les fantômes existent mais que les poltergeist aussi, et qu'il y a des esprits qui violent des femmes. Je ne ferme plus l'œil et j'écris cet article dans un sarcophage.


L'Emprise de Sidney J. Furie avec Barbara Hershey (1981)

14 décembre 2008

Taken

Voici le nouveau bébé de Luc Besson, qui s'est planqué sous le pseudonyme de Pierre Morel pour ne pas qu'on l'accuse d'avoir non seulement produit mais aussi réalisé ce film. C'est forcément Luc lui-même qui se cache sous ce faux nom, sinon comment expliquer que Liam Neeson ait accepté le rôle ? Et quel rôle... Un personnage de comic book, un personnage à mi-chemin entre Batman, L'homme qui tombe à pic, The Sentinel et Le Caméléon. Surtout Le Caméléon en fait puisque Liam Neeson change littéralement de couleur en fonction du mur contre lequel il s'appuie. Sans parler des dizaines de mouches qu'il gobe au vol au moyen d'une langue pourtant tout à fait normale, quoiqu'un peu engourdie à la fin du film. Ce super-héros du quotidien va devoir secourir sa fille kidnappée lors d'un voyage à Paris, ville absolument infestée de gens du voyage abonnés au rapt de touristes et adeptes de la traite des femmes, comme on l'apprend dans ce film. Ce commerce de femmes enlevées semble être cautionné sinon encouragé par la police municipale ainsi que par des hommes politiques directement inspirés de ceux qui nous régissent (le film semble viser Jean-François Copé), qui sont eux-même clients de ces ventes aux enchères de touristes américaines.



Dans le rôle de la fille kidnappée, Maggie Grace qui a soufflé sa 35ème bougie sur le tournage, posée sur un gros gâteau que Luc Besson à avalé tout rond. Vous serez peut-être étonnés de la rencontrer dans le rôle d'une fillette de 10 ans fan de U2. Alors évidemment plus personne n'est fan de U2 en 2008 mais c'est le seul groupe que connaisse Luc Besson. Dans son script original, le personnage de la fille était supposé être fan hystérique d'Eric Serra et s'envoler pour l'Europe dans l'idée de suivre sa nouvelle tournée : "Le grand bleu avec une chaussure noire 2008". Mais Liam Neeson raconte dans le making-of ses querelles avec Besson pour lui faire changer ce passage du scénario, lui rabâchant qu'Eric Serra n'est pas célèbre pour un sou, et que Maggie Grace serait de toute évidence incapable de prononcer Serra sans rouler les "r". Nous éviterons de rapporter l'anecdote selon laquelle dans le manuscrit de départ de Luc Besson, un plan séquence d'une heure et demi s'insérait au milieu du film, dans lequel Liam Neeson devait regarder Taxi 1 en entier en se poilant du début à la fin. Et que faire de cette idée finalement abandonnée selon laquelle le rôle d'Amanda (la copine de Maggie Grace qui l'accompagne à Paris) devait être tenu par Frédéric Diefenthal, que Luc avait renommé Freddy "Les Griffes de la nuit" Diefenthal dans son script pour les besoins d'une meilleure exportation à l'étranger. Dans le rôle de la mère, Famke Janssen (pour prononcer son nom aboyez deux fois, ou bien filez deux grands coups de pieds dans le flanc du chien le plus proche), terrible actrice qui semble heureuse de servir la soupe aux autres personnages. Et enfin, dans le rôle du père donc, le grand, le monumental, l'inénarrable Liam "two-headed dick" Neeson. Dans ce film, Liam "Stairs face" Neeson s'essaie au rôle de composition avant de camper Abraham Lincoln pour Spielberg. Dans ce film, Liam "counterbass" Neeson passe à travers les balles. Dans ce film, Liam "Le placard" Neeson met Paris à feu et à sang, à tel point que dans les prochains manuels d'histoire on pourra lire "2008 : mise à sac de Paris par Liam Neeson". Le making-of est d'ailleurs signé Denys "La malice" Arcand et il s'intitule "Les invasions barbares 2".



Une scène du film mérite particulièrement qu'on s'attarde dessus. C'est la scène à proprement parler du rapt. La fille de Liam, tandis qu'elle téléphonait à son père, a vu ses futurs ravisseurs pénétrer dans son appartement parisien de 800m² loué par papa et maman pour avoir un pied-à-terre le soir du concert de U2, et s'est planquée sous son lit sans se rendre compte que ses jambes de sauteuse à la perche dépassaient de moitié. Elle continue à parler avec son père en attendant que les gitans s'en prennent à elle après avoir déjà capturé son amie Amanda. Liam garde un calme Olympien et très professionnel, il prévient sa fille d'une voix monocorde : "Tu vas te faire enlever, mais reste au téléphone, tu vas peut-être te faire taper, violer et tuer, mais n'appuie pas sur le bouton rouge pour raccrocher, je veux entendre ça, et dis moi tout ce que tu peux voir de tes violeurs". Alors on se prend une seconde à imaginer une suite qui tournerait un poil plus mal, et cette pauvre fille, en ligne avec son père, en train de lui décrire ses bourreaux. Et devant cette scène, on pense à Luc Besson comme à l'incarnation du Malin.




Au finish, seuls 20% des bâtiments de la ville de Paris sont encore debout après la petite visite de Liam (dont la Tour Eiffel, qui sert d'accoudoir à l'immense Léo Neeson régulièrement dans le film), on déplore plusieurs milliers de morts, mais Léo Nessie a retrouvé sa fille, saine et sauve. Dans la dernière séquence, pour fêter sa victoire, Léo Messi fait un petit pont à l'Arc-de-Triomphe et s'en retourne au pays de la liberté.


Taken de Pierre Morel avec Liam Neeson, Maggie Grace et Famke Janssen (2008)

22 novembre 2008

Two Lovers

James Gray s'améliore de film en film. Little Odessa était prometteur mais un peu chiant, The Yards aussi, y'avait un sacré quelque chose dans We own the night, et maintenant Two lovers, qui se révèle plus que convainquant, carrément bouleversant. L'hideuse affiche annonce un triangle amoureux et si c'est bien ce dont il s'agit, nous voilà à des lieues de bien d'autres films eux aussi bâtis sur ce schéma éculé, citons par exemple le dernier Woody Allen, Vicky Cristina Barcelona, dont le titre dresse la liste des prénoms des protagonistes du trio sentimental. Allen a beau défendre sa gamelle assez logiquement, son film n'est pas pour autant digne de lui, il n'est pas digne de nous. James Gray quant à lui tire largement son épingle du jeu de Mikado qu'est le cinéma hollywoodien actuel. Son film est sombre, mais il ne l'est pas grâce à des personnages de comic books et des cervelles éclatées comme chez Cronenberg (A History of Violence), pas grâce à des personnages de comic books et un suspense à la noix comme chez les frères Coen (No Country for Old Men), pas grâce à un personnage de comic books et une vision écologiste et pontifiante comme chez Sean Penn (Into the Wild), pas grâce à des personnages de comic books et un zeste de conscience politique biaisée et puante à souhait comme chez Christopher Nolan (The Dark Knight). Son film est sombre parce qu'il parle d'un vrai personnage, d'un homme en proie aux affres des sentiments les plus authentiques et les plus puissants.




Et qui mieux que Joaquin Phoenix pour interpréter ce personnage? L'acteur atteint très probablement ses sommets dans ce film. Ses comparses n'étant pas de reste (Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw, actrice d'une beauté éclatante, sans oublier Isabella Rossellini). Mais véritablement Phoenix montre des choses dans ce rôle qui donnent à penser que si nous avons récemment perdu le plus grand des jeunes acteurs français en la personne de Guillaume Depardieu, nous venons peut-être bien de perdre (si sa parole est d'or, puisqu'il prétend arrêter sa carrière, mais on peut largement douter de cette affirmation) le plus grand des jeunes acteurs américains. Espérons que Joaquin reviendra sur sa décision, ou que ce n'est qu'un canular, car c'est un très grand acteur et ce film est certainement son Pic de Dante.




C'est aussi le film de James Gray (à ce jour) qui ne s'encombre plus d'histoires policières un peu pâteuses, prétextes à des portraits efficaces mais distants. Dans ce film il fait place et entièrement place à la comédie humaine, et si ça n'est pas gai gai, c'est au moins Gray Gray, c'est en tout cas ultra poignant, et il en ressort quelque chose d'aussi précis que solide. James Gray ne s'embête pas avec les poncifs à la mode, tous plus désolants les uns que les autres. Dans son film, il y aurait mille occasions de faussement surprendre le spectateur, de faire mentir les personnages en leur créant des secrets de polichinelle et des cachoteries surfaites, il y aurait mille aubaines de créer du suspense superflu ou de laisser s'immiscer des intrigues secondaires tortueuses et saugrenues pour ne pas perdre l'attention du spectateur demeuré bercé à la série télé racoleuse et rentable. Mais James Gray s'épargne ces foutaises pour se concentrer sur ses personnages, sur son histoire, et sur sa mise en scène. Dans un film par ailleurs brutalement émouvant il se permet des choses somme toute assez banales (quid du regard caméra) mais qui sont devenues si rares aujourd'hui, employées avec conviction et talent, qu'elles offrent un bol d'air d'audace et d'idées.


Two Lovers de James Gray avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw et Isabella Rossellini (2008)

20 novembre 2008

Hitch - Expert en séduction

Dans ce film, Will Smith incarne Hitch, expert en séduction. Will Smith, lui qui dans la vie n'a qu'à sourire dans la rue à New York pour se retrouver sous une tempête de corps à Taïpeï le soir même. Will Smith, lui qui quand il agite son mobile voit de nouveaux 06 affublés de prénoms féminins s'afficher. Will Smith, lui qui ne dort jamais (seul). Will Smith, lui qui n'a jamais le temps de petit-déjeuner le matin ni de souper le soir, lui qui chaque midi, pour rattraper son manque de nutrition, fait un gueuleton pantagruélique dans d'incessants remakes de la Cène où tous les apôtres sont remplacés par des personnes nues de toutes origines, de toutes couleurs, de tous sexes, de toutes tailles, buvant son sang et mangeant son corps, tant et plus. Will Smith, mon idole, ce sex-symbol transgénérationnel, qui fait tripper ma grand-mère comme ma petite-sœur, incarne donc un expert en séduction, épris de Rosario Dawson, dans la peau d'une avocate mal fagotée.


Rosario Dawson dans la peau d'une avocate mal fagotée


Rosario Dawson telle qu'elle est grimée en avocate intellectuelle dans ce film, dépeinte ici en quelques coups de pinceau : Rosario Dawson dans ce film c'est le sosie de Jeff Goldblum à la moitié du film La Mouche, pile au moment où ses yeux commencent à s'écarter, et où il arrache des bras en serrant la main à ses amis, juste avant qu'il ne se déchire une oreille avec un coton-tige. Prenez la gueule de Goldblum à ce moment du film, rajoutez-lui les lunettes de Woody Allen et rajoutez quatre foyers aux carreaux du nymphomane de Manhattan qui lui-même souffre de triple glocomes. Si, à partir de là, vous voulez revenir à Jeff Goldblum, rajoutez encore à ce visage des dents espacées par le bâton d'un aveugle fraîchement atteint de cécité, rallongez la bosse de son nez de deux mètres, écrasez sa gueule dans un étau afin qu'elle soit environ trois fois plus longue que large, et faîtes de ce menton un cul. Enfin faîtes de sa pomme d'Adam un accoudoir géant. Chez Jeff Goldblum, homme magnifique au demeurant, la pomme d'Adam c'est pas une pomme, c'est un pommier, c'est un arbre géant, c'est le haricot magique de Jack, sauf que c'est une plante carnivore alors pas intérêt pour Jack d'y monter dessus. Sa glotte c'est la pêche géante de James. Jeff n'a pas que la pomme d'Adam, il a tout le jardin d'Eden sous la gueule. Fréquemment il s'estube en mangeant. Il croit avoir avalé quelque chose de travers (qui s'apparente étrangement à un aileron de requin, plat qu'il déteste et dont il se tient pourtant consciencieusement éloigné), quelque chose qui serait resté québlo dans sa triste Gorge de Galamus, et dont il s'aperçoit en définitive qu'il ne s'agit que de sa pauvre glotte et qu'elle est supposée rester là pour le restant de sa maigre vie. Mais à l'instant où je vous parle, je ne suis pas certain de ne pas confondre cet acteur et un autre...


Hitch - Expert en séduction de Andy Tennant avec Will Smith (2005)

14 novembre 2008

Cortex

Dans ces lignes nous allons adresser un hommage éclair, un blitzhommage, à notre acteur fétiche, j'ai nommé, l'illustre André Dussollier, aussi appelé Dédé Ducolbac. Cet homme, soyons clairs, n'a plus rien à prouver, il a tout joué : l'enfant, l'adolescent, l'adulescent, l'adulte, l'homme, la femme, le trans, le vieillard, le macchabée et la veuve et l'orphelin. Il a déjà eu l'Oscar, il a déjà eu le César. Il a joué aux côtés des plus grandes actrices : Catherine Frot, Sabine Azéma, Nathalie Baye, Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Jeanne Moreau, Eric Caravaca, Isabelle Adjani. Il a joué pour les plus grandes réalisatrices : Danièle Thompson, Tonie Marshall, Josée Dayan, Michèle Bernier, Bela Tarr (bon ok, les réalisatrices c'était surtout pour citer une poignée de nos plus célèbres freaks humains). Il occupe le paysage du cinéma français, il a pignon sur rue dans les médias, il a l'empreinte de ses mains sur le Hollywood Boulevard (certes au beau milieu de la chaussée, et c'est suite à un accident lors de sa dernière visite au pays de Walt Disney, que la trace de son genou gauche et de son coude droit sont restés incrustés à jamais dans du béton pourtant sec). Il est l'ami des plus grands comme des plus cons (on se rappellera avec émotion de son caméo dans le Vivement Dimanche de Jean-Pierre Raffarin, où il est apparu camé et en paréo, une guitare à la main). Il est le bras droit des politicards de droite comme de gauche et fréquente le cercle très fermé des scientologues hors-la-loi de France. Il organise des castings pour choisir ses futures conquêtes (la légende raconte qu'il a laissé passer Katie Holmes pour le plus grand plaisir de Tommy's Dinner Cruise).



Ses destinations de vacances sont les lieux de pèlerinages de sa horde de fans. Il précède toujours leur arrivée, il a toujours un temps d'avance sur les gens. Il est parti de Pompéi quand ça a sauté. Le 10 septembre 2001, André se faisait prendre en photo par d'aimables touristes au sommet des deux tours, les jambes écartées. La nuit du 13 août 1961, il traversait d'est en ouest une rue quelconque de Berlin tandis que de part et d'autre de la chaussée, des officiers de la Stasi ayant enfilé leur bleu de travail, assemblaient les dernières briques fatales d'un mur si fameux qui sépare encore aujourd'hui la RDA de la RFA. Le 25 décembre 2004, profitant de son dernier jour de vacances sous le soleil de Malé, André erre sur une plage, sa serviette nouée autour de la taille, ses tchancles aux pieds. Le 26 au matin, une heure après le décollage d'André, un mur d'eau de la taille d'un building honnête s'abat sur cette plage des Maldives qu'il foulait encore de ses pieds plats la veille au soir. Début octobre 1492, ayant élu domicile sur un bord de plage de la côte-est cubaine, André retire son pagne, se rase la barbe, efface ses peintures de guerre, et coupe ses ongles, en signe de protestation contre ses parents Maya et Pastèque Dussollier. Le lendemain, à la même heure, après l'accostage de la Niña, la Pinta et la Santa Maria, le petit André est le dernier Dussollier vivant, et ne rechigne pas quand Chris "Le policier" Colomb lui tend au bout d'une brochette un bout rôti de la cuisse à son père. Le 9 août 1969, André Dussollier fêtait son énième anniversaire quand son amie Sharon Tate l'invite pour fêter ça chez elle dans sa villa Californienne. André lui répond alors au téléphone: "Laisse le portail ouvert, je rapplique dans la soirée". Finalement la voiture à Dédé ne démarre pas, et un tout autre invité se pointe en douce profitant de ce concours de circonstances pour s'introduire dans la villa.



En quelques mots, Dédé Droit-dans-ses-souliers est non seulement l'acteur qu'on sait, mais possède aussi une armoire à anecdotes. Sa bio est longue comme le bras, y'aurait là de quoi remplir quelques tabloïds. Si un jour Dudule sort une autobiographie on lui en voudra pas de se payer un nègre, qui lui-même se paiera trois ou quatre négrillons, qui eux-mêmes engageront un troupeau de scribes pour s'en tirer. Nicolas Boukhrief, connaissant la vie démente de Diddle Dussollier, a décidé de faire un pied-de-nez à ces mémoires d'outre-tombe en lui offrant le rôle d'un homme frappé par la maladie Alzheimer doublée de celle de Creutzfeldt Jacob.



Bien que le film soit une merde, pensez à la poussière que ce film représente dans l'existence interminable et trépidante d'un Dédé qui n'a certainement pas oublié de ressortir tout son répertoire millénaire pour une performance digne des talents d'acteur d'un homme qui a toujours vécu et qui a pu accumuler plus de 14 000 ans de techniques théâtrales. Dans le métier, Ducolbac se fait appeler tantôt Man from Earth, tantôt Cortex, tantôt Jésus Christ. Ou bien l'appelle-t-on par l'acronyme LUCA venant de l'anglais Last Universal Common Ancestor. Notre vénéré acteur Édouard "Sheva" Daladier serait actuellement en pourparlers avec LucasArts, dans le cadre d'un procès qui fera date dans la jurisprudence des marques déposées, du copyright. Non content des milliards de dollars et autres lingots d'or que Du Sollers a amassé durant ses 14 siècles de vie, il tente encore de faire tomber le jackpot en frappant là où ça fait le plus mal : chez Lucasfilms.


Cortex de Nicolas Boukhrief avec André Dussollier et Pascal Elbé (2008)