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2 septembre 2014

La Vie domestique

A ceux qui, comme moi, s’étaient plaints de la noirceur étouffante de son précédent film, D’Amour et d’eau fraîche, Isabelle Czajka répond avec du râble et y met les bouchées doubles. On l'imagine nous resservant des plâtrées de bourdon et de cafard en chantonnant "C'est moi qui l'ai fait !" comme Valérie Lemercier présentant son plat à base d'étron. Et on aimerait lui répondre, avec l'accent chinois coupé à la hallebarde du doubleur de Demi-Lune dans Indiana Jones et le temple maudit : "C'est pas des gâteaux ça...". Après nous avoir miné avec la vie médiocre et angoissante au possible d’une Anaïs Demoustier en devenir dans son précédent film, elle nous peint ici, comme le titre l’indique assez bien, la vie domestique de quatre femmes au foyer en banlieue parisienne. Elles sont épouses, elles sont mères, elles habitent de beaux pavillons construits sur mesure, et elles se mortifient à cent sous de l’heure. Leur quotidien est une suite infaillible de tracas plus ou moins insignifiants qui, mis bout à bout et répétés à l'envi pour une durée indéterminée, leur empoisonnent l'existence. Et Isabelle Czajka est bien décidée à nous plonger jusqu’au cou dans ce quotidien morbide, sans offrir la moindre issue de secours ni à ses personnages ni à nous. On sait que ce qu’elle nous raconte existe, que c’est même le lot d’un très grand nombre de femmes, et nul doute que le film parlera directement à énormément de gens susceptibles de s'y reconnaître (parmi la trentaine de personnes qui le verront), mais encore faut-il apprécier, pour endurer le film sans faillir, qu'on se complaise dans la noirceur absolue sans laisser aucune place au reste.




La vie domestique se concentre sur une soirée et sur la journée entière du lendemain. Le personnage principal est campé par Emmanuelle Devos. Tout commence, ou recommence en réalité, quand elle et son mari sont invités à un dîner chez un immense connard d’entrepreneur en informatique, raciste et misogyne, que l’époux de Devos (Laurent Poitrenaux), proviseur dans un lycée difficile, courtise plus ou moins dans l’espoir qu’il lui refile de vieux ordinateurs pour son bahut, au point de tenir lui-même des propos douteux sur les femmes (et on sent qu'il ne faut pas grand chose pour qu'il se lâche). Le lendemain, Devos va s’occuper de tout, des enfants, du ménage, de la cuisine, pour préparer la venue, le soir même, de deux couples voisins, le tout en se démenant pour obtenir un entretien d’embauche malgré l’absence totale de soutien de son époux. Au final, elle ratera l’entretien et l’embauche, et n’aura gagné qu’un repas horrible, passé principalement à servir et débarrasser les plats, tandis que ces messieurs déblatèrent sur l’importance capitale et remarquable de leurs missions professionnelles, quand ils ne l’humilient pas au passage (son mari compris) par de petites phrases détestables.




A côté de ça, on a donc droit au portrait de trois autres femmes, à commencer par celles qui seront invitées le soir chez Devos. L’une, interprétée par Julie Ferrier, est une maniaque de première qui tient son intérieur comme une maison témoin, ou un modèle d'exposition Ikéa, faute d'occupation plus épanouissante, tout en se chargeant, évidemment, des gamins et du reste. Sa grand-mère est morte le matin même mais elle se surprend elle-même à plutôt chialer parce que le fils d’une amie a flingué son canapé de luxe. Ou plus vraisemblablement parce qu'elle vient de menacer de mort le bambin en découvrant l'attentat, dans un moment de bravoure qui n'est pas sans rappeler le François Cluzet à cran des Petits mouchoirs. L’autre, jouée par Natacha Régnier, enceinte jusqu’au cou de son troisième chiard, est délaissée par un mari toujours en déplacement et erre dans le bordel permanent de sa baraque. Sans oublier Helena Noguerra dans le rôle de la quatrième mère au foyer totalement esseulée et dépassée par les événements, événements qui ont principalement la forme d'un fils intenable qui ressemble comme deux gouttes d'eau au diable de Tasmanie. Quand elles ne se retrouvent pas dans les boutiques ou à l'entrée de l'école pour se désoler de leur quarantaine bien tassée, de leurs corps qu'elles jugent à l’abandon, de leurs maris sinistres ou de la tristesse de leur condition, c’est leurs propres mères, divorcées bien sûr, qui leur rendent visite pour leur remonter le moral, en leur expliquant que leurs pères étaient de vrais enculés, qu’elles ont gâché leur vie pour eux, qu’elles regrettent tout de leur existence, sans garder le moindre souvenir heureux, et que la vie est de toute façon une gigantesque chienne, avec des phrases du genre : « Toute ma vie je me suis fait chier à préparer l’étape d’après, puis en fait j’ai compris qu’il n’y avait pas d’autre étape, nardinamouk... »




Le tout, car ce n’est pas fini, sur fond d’enquête poisseuse, car la radio ne cesse d’alerter les citoyens quant à l’enlèvement d’une enfant de deux ans et demi. On apprendra finalement, je vous le révèle mais on s’en doute immédiatement, que l’enfant disparue n’a pas vraiment été enlevée mais a été étouffée par sa mère de 19 ans puis jetée dans le fond de la petite rivière enjambée quotidiennement par nos mères au foyer désespérées. Pire, la mère infanticide était une élève du personnage de Devos, qui donne une paire de séances d’initiation à la littérature à des jeunes filles des quartiers difficiles, dans un établissement où elle est régulièrement mise plus bas que terre par son supérieur. C’est cette jeune femme que Devos et son mari ont failli écraser en rentrant de leur repas atroce la vieille au soir, c’est elle aussi que Devos a croisée dans le parc, le matin suivant, à 9h du matin, torchée, une bière à la main, et qu’elle n’a pas su aider.




Le film se termine comme il a commencé, sur Devos, seule, dans sa cuisine, le soir, fumant une dernière cigarette après avoir refusé de bouger quand son connard de mari, qui l'a traitée d'emmerdeuse insatisfaite un certain nombre de fois durant toute la soirée, lui a lâché un répugnant « Viens ici ! », auquel ne manquait que le "Mirzah" final, assez nettement sous-entendu (la femme rabaissée au rang de clébard est un thème majeur du film : Julie Ferrier raconte aussi à son mari, sur le ton du "J'me comprends", qu’un voisin a une chienne qui s’appelle Betty, comme elle). Le film déploie sans relâche l’éventail de l'humiliation sexiste et de son corolaire, la dépression féminine (à chaque scène, une cause et son symptôme), et le catalogue va de l'envie de meurtre (tuer les enfants au bénéfice des canapés, mais pourquoi pas les maris, quand Ferrier, voyant sa voisine en train de creuser un trou dans le jardin pour enterrer le lapin de sa fille, demande dans un demi-sourire si elle a enfin tué son enfoiré d'époux), qui parcourt tout le film en filigrane, à de simples saillies d’horreur, comme cette mère, sur le parking de l’école, qui, sans raison connue, fait marche arrière à toute allure, manquant d’écraser quelques gosses, puis se tire en faisant un doigt d’honneur aux autres mamans présentes. Isabelle Czajka, dans un de ces films naturalistes investis d'une mission impérieuse, a voulu montrer l’enfer que vivent effectivement bon nombre de femmes au foyer, et c’est ce qu’elle a fait, on ne peut pas le lui enlever. Mission accomplie, sans se demander toutefois si un moment de joie, une simple ouverture, une seconde d'humour un quelconque espoir avaient leur place dans un film d’une heure et demi en apnée, dépourvu de toute échappée, qui plombe son spectateur au maximum et lui enfouit la tête sous un coussin de vérités jusqu’à ce que mort s’ensuive. Que la réalisatrice ressente le besoin de déployer la panoplie des horreurs que peuvent subir les femmes au quotidien, cela se comprend entièrement, et on a tant besoin qu'on ouvre les yeux sur la domination et le mépris qu'une grande majorité d'hommes imposent à leurs compagnes, mais que le film se limite absolument à un état des lieux en tout point déprimant, ce dont il a le droit, un droit qui se défend, lui porte finalement préjudice. L'absence totale de contrepoint dessert peut-être le propos d'Isabelle Czajka en faisant de la situation dépeinte par La vie domestique une impasse inévitable et immuable. (On peut douter du reste qu'un film sur la dépression masculine dépeignant tous ses personnages féminins sans exception comme de fieffées salopes trouve chez Isabelle Czajka une fervente admiratrice, et on la comprendrait).




Quand on voit ce film, on ne peut s'empêcher de penser à son contraire, le récent Bird People de Pascale Ferran, qui fait l'effort d'élargir ses vues à chaque instant au lieu de s'enferrer dans le lit trop confortable d'une démonstration exhaustive et exténuante, qui ne se sert pas seulement du cinéma mais le sert aussi, et qui a le mérite de chercher des solutions là où La vie domestique ne montre que des problèmes, qui certes doivent être montrés. Jean-Luc Godard, dont les rapports aux femmes, sur le strict plan cinématographique (le reste ne nous intéressant pas ici), seraient par ailleurs à critiquer, a dit cette chose fort juste, dans un séminaire donné en 1978 au Conservatoire d'Art Cinématographique de Montréal et intitulé Introduction à une véritable histoire du cinéma : « Ça sera aux femmes à faire des films sur les solutions des femmes, pas sur les problèmes des femmes car les problèmes des femmes… il n’y a que les hommes qui en causent. Les femmes, elles, n’ont aucun problème ; il n’y a que les hommes qui leur font des problèmes. Alors il serait temps bien sûr que les femmes fassent des films, ou d’autres choses… sur les solutions qu’elles vont apporter ou qu’elles voudraient apporter sur les problèmes que leur causent les hommes. » Passons sur son "il serait temps", qui oublie que si les femmes ne l'ont pas tant fait à son époque c'était aussi à cause des hommes. Mais vu qu'Isabelle Czajka semble rejoindre Godard sur l'origine des problème des femmes, on attend de son prochain film qu'il nous propose des solutions aux problèmes dont ce film-ci nous aura soumis soumettre un fastidieux exposé.


La Vie domestique d'Isabelle Czajka avec Emmanuelle Devos, Julie Ferrier, Natacha Régnier, Helena Noguerra et Laurent Poitrenaux (2013)

4 mai 2014

100% cachemire

Tout le monde en France ou presque a toujours adoré, voire vénéré, Valérie Lemercier. En regardant son dernier film j’ai tout de même fini par me demander pourquoi. Il paraît qu’elle est formidable sur scène, mais en ce qui me concerne je ne l’y ai jamais vue (elle refuse d’ailleurs toute captation de ses spectacles). J’imagine que je ne suis pas le seul pour qui ses performances scéniques restent plus ou moins une légende. Donc l’espèce de sympathie universelle et inconditionnelle dont elle jouit tient finalement de ses frasques sur petite lucarne, quelques sketches de Palace, des apparitions mémorables chez les Nuls et une paire de moments drôles venus nous dérider lors de nos infâmes cérémonies des Césars annuelles (songeons à la parodie de Rabbi Jacob, déjà trop vue, ou à celle du Petit Nicolas, transformé en Petit Nikomouk). Au cinéma, les années 90 qui l'on vue naître lui ont plus ou moins réussi, avec L’Opération Corned-Beef et surtout Les Visiteurs. Mais depuis, et après son "grand" rôle dramatique dans Vendredi soir de Claire Denis, hormis le passable L’Invité, on ne compte plus les horreurs dans lesquelles elle a tourné (et qu'elle a parfois écrites et réalisées), de Palais Royal ! au Héros de la famille en passant par Fauteuils d’orchestre, d’Agathe Cléry à L’amour dure trois ans en ne passant surtout pas par Bienvenue à bord ou d’Astérix et Obélix : Au service de sa majesté à Main dans la main pour finir par 100% cachemire.


Un gag par scène : ici Valérie Lemercier reçoit une louche de purée sur le nez. Dans une autre scène, qui se passe dans un zoo, elle tombe dans le bassin des otaries. Et je pourrais continuer comme ça sur dix lignes au moins, ça vous donnerait le scénar officiel du film.

Pas forcément simple, pour une actrice comique de son genre, de trouver des rôles à sa mesure dans le marasme de la comédie française telle qu’elle se pratique depuis plus de quinze ans maintenant, me direz-vous. Mais quand Lemercier est aux manettes de son propre naufrage, quand elle écrit elle-même le scénario de sa déchéance, plus d’excuses. Et 100% cachemire est une pure infection, qu’on se le dise. Étalage involontaire d’un amour propre démesuré chez notre actrice-réalisatrice, film mal écrit, mal filmé, à peine joué et atrocement mal monté (qui voudrait comptabiliser les temps vides malaisants et les raccords mal foutus qui jalonnent cette horreur ?), ce navet d’envergure oublie même, c’est bien le pire, de nous faire marrer ne serait-ce qu’une fois, par hasard... Mais en fait si, il y a pire : tous les personnages (à l'exception du gamin, qui n'est qu'un triste faire-valoir) sont non seulement des clichés sur pattes mais des raclures finies, à commencer par la connasse qu’interprète Lemercier, directrice hautaine et superficielle d’une revue féminine à la con, femme adultère bourrée aux as et hystérique, elle est notamment prête à réexpédier son nouveau fils russe chèrement payé dans son pays natal pour ne plus avoir à s’en occuper, et ce sans rien dire à personne, pas même à son mari, interprété par l’increvable Gilles Lellouche, qui lui aussi la trompe à longueur de journée, quand il ne gifle pas sa petite sœur ou n'insulte pas sa mère. Sans oublier la collègue de Lemercier, mal jouée (est-il besoin de le préciser...) par Marina Foïs, arriviste et traitre, ou la mère juive de Lellouche, grande bourgeoise raciste imbuvable à deux doigts de buter le chien de la famille en faisant preuve d’une connerie à toute épreuve.


Si ce tablier ne vous fait pas pisser de rire, c'est mort.

Tous ces personnages ne sont absolument pas aimés par leur auteure, et ne sont donc jamais aimables pour le spectateur, mais, bizarrement, Lemercier semble somme toute les pardonner, en tout cas faire avec, sans trop se poser de questions. S'inspirant d'une histoire vraie (celle donc d'une mère qui, après avoir adopté un petit Russe, a décidé de le renvoyer au bercail), elle a en tout légitimité voulu écrire des personnages bien tartinés, des caricatures pures et dures, histoire de faire son beurre comique sur leur dos, mais, ayant probablement plaqué sur ces figures une part de soi (notamment un rapport disons particulier à la maternité, elle en a causé des tas de fois à la TV), Lemercier a dû finir par prendre ses victimes en compassion et par se retrouver dans une stricte impasse. L'issue de secours, qui ne peut pas en être une, a consisté à filmer toutes ces enflures, qui s’en prennent durant tout le film à d’autres enflures (la nounou libidineuse et violente, la maffia des services sociaux, le voisin versaillais ex-collabo, etc.), sans aller suffisamment loin pour faire rire, dans un film d’une bêtise et d’une laideur à tout rompre. Tout ça pour finalement nous montrer son petit cercle familial de pacotille tout-a-trac réconcilié, dansant et tournoyant au ralenti sur de la musique russe de bon aloi en plein réveillon de Noël. C'est sans doute la dernière chose qu’on pouvait attendre de Lemercier, et 100% cachemerde a de quoi faire largement relativiser toute la sympathie qu’on pouvait jadis avoir pour feu Lady Palace.


100% cachemire de Valérie Lemercier, avec Valérie Lemercier et Gilles Lellouche (2013)

7 juin 2013

The Plague Dogs

On avait déjà les impôts, la CAF, le CROUS, Free, la MAAF et l'État sur le dos, à nous relancer chaque mois avec des menaces, et maintenant s'ajoute à la liste le site Cinétrafic.com. Le deal c'était "un dvd contre une critique". C'est d'ailleurs le slogan de leur site, à leur plus grand désarroi puisque depuis que nous avons ouvert le blog, en février 2008, nous leur envoyons un mail de réclamation à chaque critique publiée, pour obtenir gain de cause. On est à presque 800 critiques publiées, soit autant de spams suppliants dans la boîte mail de contact@cinétrafic.com et autant de dvds jamais reçus (et, petit erratum à notre mail du 9 décembre 2012, on aimerait bien un coffret réunissant tous les volets de la saga de l'anneau de Peter Jackson, car finalement on les a tous critiqués). Bref, chez Cinétrafic, on attend de pied ferme notre papier signalant la sortie du dvd de The Plague Dogs le 4 avril 2013. Et ils ont raison, car on est à la bourre ! Le voici enfin.




Hantés par l'urgence d'écrire cet article, on a tagué "04.04.13" sur tous les murs de notre ville pour ne pas oublier. C'était forcément l'ultime deadline avant de plus gros problèmes avec les aimables webmasters du site Cinétrafic. Faut savoir que d'habitude nous sommes d'authentiques critiques freelance (pour ne pas dire "blogueurs ciné" (aïe...) car on sait que cette expression fout à cran), nous agissons selon notre seul libre arbitre, guidés par notre seule passion. Il nous arrive même, quand on va voir un film au ciné, de nous permettre de ne pas écrire dessus (bien qu'on avoue parfois se foutre une pression monstre à blanc sur des titres où personne ne nous attend, typiquement Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer). Du coup on s'est retrouvés comme deux ronds de flan quand on s'est plantés face à la page blanche d'un document vierge intitulé "The Plague" tout court ("La Plaie" en français pour les non-anglophones). Depuis presque deux mois Word97 est ouvert en permanence sur nos ordis, avec le curseur qui clignote dans le vide en haut à gauche de la page. On a même hésité à renvoyer le dvd à Cinétrafic, avec un mot d'excuse honteux mais sincère disant : "Nous avons passé un super moment devant The Plague Dogs, qui sort le 4 avril 2013, mais nous sommes en panne sèche, malheureusement. A bon entendeur ! P.S. Nous voulons bien le dvd de Blade 2 dans son édition simple en revanche, si vous avez".




Si nous devions quand même dire un mot du film, on dirait que c'est "l'un des chefs-d’œuvre du cinéma d'animation", le "diamant noir de l'animation", une "œuvre radicale et unique" et qu'il "aura fallu plus de 30 ans pour que le film soit visible en France". "N'attendez pas plus longtemps !". On peut aussi vous signaler que l'oeuvre fixée sur ce support est exclusivement destinée à l'usage privé dans le cadre du cercle familial. Toute autre utilisation (reproduction, prêt, échange, diffusion en public avec ou sans perception de droits d'entrées, télédiffusion, en partie ou totalité, exportation sans autorisation) est strictement interdite sous peine de poursuite judiciaire. Dupliqué et imprimé en UE. Et nous pouvons désormais ajouter Les Films du Paradoxe aux organismes qui auraient des raisons de nous faire mettre en cabane. En dehors de toutes ces belles phrases, la jaquette nous présente aussi une belle affiche. Quoique. Le film a beau être un "chef-d’œuvre esthétiquement fabuleux", il reste un gros couac sur la devanture du poster au niveau de la patte avant gauche de Row, le chien noir sur le point de mourir qui est aussi la co-star du film. Regardez de plus près en grossissant l'affiche en haut de cet article et si vous parvenez à décoller les yeux de ce petit couac graphique, on se retrouve au paragraphe suivant.




The Plague Dogs ("Les Chiens empestés" en VF) fait énormément penser à L'Incroyable voyage, ce film qui suivait les aventures de deux clebs et d'un greffe (pas des animatronics, de vrais comédiens) partis en voyage et doublés par toute l'équipe des Visiteurs : Jean Reno, Christian Clavier et Valérie Lemercier. C'est le même film en bien et en version ultra déprimante puisque la chatte siamoise de L'Incroyable voyage (pur souvenir de cinéma), véritable sidekick des deux clébards et dynamite comique du film original, est ici remplacée par un renard plus frais que les deux chiens des quais mourants sur l'affiche mais tout de même pas spécialement désopilant. Le film reste boloss à regarder. Et, puisque notre contrat avec cinétrafic nous impose quelques mots-clés à insérer dans ce billet, nous pouvons l'affirmer : The Plague Dogs est un "film à voir" (ici). Mais sérieusement, mots-clés ou pas, on vous aurait forcément incités à regarder en vitesse ce dessin animé atypique et inspiré, et on remercie grandement Cinétrafic au passage pour cette belle découverte.




Alors c'est un film à voir, certes, mais nous émettrons toutefois un bémol, une petite précision : "à voir, sauf si vous n'êtes vraiment pas au top". Car The Plague Dogs, aussi beau soit-il, pourrait vous coller un cafard monstrueux. Le film raconte l'histoire de deux chiens qui s'échappent d'un centre de tests sur animaux (un peu comme dans Beethoven, le biopic du maestro) et qui errent dans la grisâtre garrigue britannique à la recherche de quelques brebis galeuses à estropier pour passer le temps et pour bouffer. Entre mille et une péripéties dramatiques, qui poussent notamment les deux chiens à flinguer leurs propres maîtres indirectement, nos deux compères poilus, Row et Snitter, nous en apprennent beaucoup (et nous tirent les larmes, il faut bien le dire) sur la race des canidés (et donc sur la cruauté des hommes), dont les membres ne passent leur vie qu'à espérer un peu de compagnie et la chaleur d'un bon maître. Il y a cette scène terrible où Row, le chien black, cause avec le renard et lui demande si y'a une infime chance pour que le berger du coin le prenne à sa charge, et le renard, qu'on imagine doublé par Aymé Jacquet dans la version française, lui répond : "En bouffant la moitié de son troupeau de brebis, tu t'es annihilé toutes tes chances". Avec cette réponse le renard nous surprend en bien. Idem pour le border-colley du berger, seul animal heureux du film, qui, après avoir surpris le chien black et le chien blanc en train d'enfumer les brebis de son maître avec un briquet et du papier journal leur explique tout calmement que leur projet n'est pas constructif, là où on s'attendait juste à une grosse stonzba. Les personnages ont ainsi des réactions toujours intelligentes et étonnantes car éloignées des schémas auxquels nous sommes tristement habitués.




Esthétiquement, le film est beau à voir, on l'a déjà dit. Bravo à Martin Rosen, le réalisateur. Avant ce film, il avait réalisé un dessin animé paraît-il fameux aussi avec des lapins, Watership Down, dans lequel tout allait bien. Suite au succès de ce film, que l'on a à présent envie de voir très vite, on lui a donné carte blanche pour faire ce qu'il voulait, du coup il a choisi Vanille/Noix de Pécan (si vous avez Carte Blanche, vous avez un dessert) et il a décidé de faire un film avec des chiens, dans lequel tout irait mal. Après ça on l'a injustement menotté et on lui a interdit de toucher à un crayon à tout jamais. Pourtant quel coup de pinceau ! Les chiens sont jolis, même s'ils ont tous l'air malade, les dessins sont très simples et plaisants. Ils récèlent une vraie poésie. On apprécie ce superbe travail sur le noir dans les scènes de nuit. Dans une séquence de délire de la part du clebs blanc, Martin Rosen propose des superpositions d'images assez géniales et rendant parfaitement compte de l'état du pauvre chien. A vrai dire, la scène est si déstabilisante qu'elle nous a quand même interrogés sur le bon fonctionnement de notre lecteur dvd, mais c'était bel et bien voulu. En revanche, et ça c'était pas voulu, cet "anime" est l'anti Tabou de Miguel Gomes, film en partie sonore mais non-parlant : ici on entend les voix des animaux mais pratiquement aucun son en dehors de ça. Ce n'est pas désagréable du tout, puisque cela participe grandement à l'ambiance très particulière d'un film qui parvient à s'inventer sa propre musique, mais c'est assez déconcertant. D'autant plus quand on est habitué aux films du facho Walter Disney, toujours mis en musique quand ce n'est pas en chanson et où le travail sonore confine parfois à la cacophonie. Nous n'avons rien dit sur le contenu socio-politique du film, ni sur le fait qu'il est déconseillé aux enfants, ce qui nous place à la limite du recevable aux yeux de cinétrafic et risque de nous condamner à devoir faire une autre critique du film sous peu. On va voir si ça paaaaaaasse...


The Plague Dogs de Martin Rosen avec Snitter, Row et The Dot (1982)

7 avril 2013

Astérix et Obélix au service de Sa Majesté

Ce film-là, on ne peut pas l'aborder frontalement. On est obligé de le prendre à rebours, par des chemins de traverse, de choisir des angles précis. S'attaquer à la mise en scène, au scénario, aux décors ou aux effets spéciaux serait trop long, ou trop rapide. Mais les acteurs... Plusieurs questions se posent, presque toutes restent en suspens. Nous sommes, avouons-le, un peu perdus et désemparés après la projection privée de ce film, et avons bien du mal à coucher tout ça sur le papier. D'abord, il faut savoir que cet épisode d'Astérix pâtit cruellement de l'absence de Christian Clavier dans le rôle titre (ça, c'est juste pour qu'on soit les seuls à l'avoir dit, on n'en pense pas un traître mot). Du côté des personnages, Panoramix manque également à l'appel, élément central de la BD il est ici condamné au hors-champ. Qu'on nous enlève le chef du village, qu'on nous prive du barde, qu'on nous supprime le poissonnier, mais pas Panoramix ! C'est l'âme de l’œuvre d'Uderzo et Goscinny. C'est la raison d'être des aventures d'Astérix & Obélix. Alors pourquoi ?... Peut-être à cause d'une malédiction qui planerait sur ce rôle depuis la première adaptation de la bande dessinée. Tous les acteurs qui ont prêté leurs traits fatigués au célèbre druide sont aujourd'hui six pieds sous terre, du pourtant fringuant Sim au tonitruant Claude Piéplu en passant par l'unique et inimitable Smaïn : toutes ces personnalités sont parties pour le dernier continent, terrassées par le rôle. Jouer dans cette saga semble épuisant pour les nerfs. Il faut voir la tronche que tire Edouard Baer, d'ordinaire pétaradant. Il est aveuglé par un maigre filet de lumière dans les scènes en extérieur, affichant l'air du déterré qui n'a pas pioncé de la semaine, ou du sniffeur de coke qui voit la vie en noir de chez noir. Il faut voir aussi l'allure fatiguée de Fabrice Luchini, qui paraît avoir 10 ans de plus, même s'il nous offre le meilleur César ever, malgré sa performance minable. 




Ça fait tellement longtemps qu'on attendait de voir Edouard Baer en Astérix... On en était tout fébriles ! A ce propos, saviez-vous qu'Edouard Baer est le seul acteur de la célèbre saga à avoir interprété deux rôles distincts ? Il était déjà Otis dans le second épisode, le chef-d’œuvre oxydé de Chabat. Hélas, nous sommes extrêmement déçus par le traitement réservé au personnage d'Astérix dans ce nouvel opus. Cœur de la BD, véritable poumon des travaux dessinés d'Uderzo, il est ici réduit à une espèce de pervers sexuel qui ne pense qu'à se vider les bourses dans la première anglosaxone venue. Dolores Chaplin doit d'abord faire face à ses avances, puis c'est au tour de la pâle Charlotte Le Bon d'être assaillie par une drôle de teub auréolée d'une moustache blonde remplie d'irréductibles morpions gaulois. Edouard Baer n'a pas l'air dans le coup. Il joue comme s'il était en état d'arrestation pour détention de stupéfiants de classe A. Pourquoi n'ont-ils pas pris un vrai nain pour faire Astérix ? Mimi Mathy était dispo, et pas besoin de la teindre ! Warwick Davis, l'éternel Willow, l'inoubliable Leprechaun, a également un agenda 2012-2013 vierge de toute espèce d'annotation, il était dispo... 




Petit tour d'horizon du cas Depardieu. Son nez ressemble à un vié fatigué, dans un sens comme dans l'autre. Soit l'on y voit deux couilles énormes et glabres surmontées d'une verge qui s'épanouit au milieu de son front, très satisfaite d'être astiquée à chaque fois que l'acteur hausse les sourcils par à-coups. Soit, à l'inverse, on considère ses "narines" comme les deux sphères d'un gland de dinosaure à l'urètre bien dégagé, suspendu dans le vide, dans l'attente d'une nouvelle cible facile lui tournant le dos à la hâte. Une chose est sûre, l'acteur-star parti dans le froid fout vraiment mal à l'aise. 




Un petit mot sur Gillaume Gallienne, qu'on nous avait présenté comme la seule satisfaction de ce ratage total, comme la dynamite humaine de ce film mort-né, comme le vent de fraîcheur soufflant sur le cinéma français. Il est aussi enjoué que tout le reste du cast, c'est à dire qu'il donne l'impression que sa carte bleue a été piratée et qu'on a effectué un retrait en Roumanie d'un million d'euros sur son compte courant et que l'on a vidé son PEL sans préavis. Gallienne, sociétaire de la Comédie Française, participe activement à l'enculage de la bonne humeur du spectateur. On a juste envie de lui foutre un énorme coup de pied au cul. En parlant de cul, celui de Charlotte Le Bon a visiblement tapé dans l’œil de Laurent Tirard, le pur nullard aux manettes de ce fiasco, désormais expert dans l'adaptation des œuvres de Goscinny (il avait déjà réalisé Le Petit Nicolas), au grand dam de ce dernier, qui danse le smurf non-stop dans sa tombe au Père Lachaise. 




Autre interrogation sur le casting : pourquoi n'ont-ils pas mis un vrai black à la vigie du bateau de pirates ? Certes Mouss Diouf est mort et Giant Coucou aussi, mais il restait Omar Sy (seul bémol à sa présence, de taille toutefois, rajouter un million de dollars de budget au film pour l'entendre rire, et un million supplémentaire pour embaucher Fred, car Omar ne tourne jamais un film sans son acolyte sur le plateau, ou au moins en coulisses), il y avait aussi Fabrice Eboué (mais pas assez noir à notre goût), Alex Descas (mais c'est pas tout à fait le genre), et Pascal Légitimus (qui a toutefois pâli avec l'âge). Bref, en fin de compte on comprend. Dans le même ordre d'idée, pourquoi est-ce que l'immigré qu'ils raccompagnent à la frontière est un blanc couvert de cirage et non un vrai black ? Là encore, on ne sait pas. Ceci dit on n'y perd pas totalement au change. Seul rayon de soleil dans ce foutoir ignoble : le dénommé Atmen Kelif, éternel fauteuil voltaire d'Edouard Baer, véritable faire-valoir de son maître, figurant à vie, fantôme du cinéma français (à tel point qu'il n'est que trop rarement crédité et trop rarement payé pour son travail). Qui se souvient d'Atmen Kelif dans Mon Pote ? L'intermittent du spectacle militant est ici très bon dans le rôle du petit paki immigré à moustache, dont l'accent suffit à faire sourire lors de sa première apparition. C'est bien la seule fois que l'on a souri devant ce film, alors ça méritait d'être souligné.




On doit parler des BB Brunes, mais on aimerait plutôt leur faire la peau et leur couper les oreilles. Il n'y a bien que Depardieu qui semble réellement prendre son pied lors du concert final, mais rappelons que c'est très probablement le fait de son addiction connue, reconnue et avérée à la bibine et à tout ce qui relève du liquide fermenté. Le film se termine sur cette drôle d'image arrêtée où on le voit mimer avec ses poings diaboliques une double fellation surprise. L'acteur avait clairement la baraka. Mais les milliards que coûte cette seule performance improvisée de fin de tournage valaient-ils d'être brûlés ? Rappel du coût de ce film : 60 000 000€ soit $80 000 000, ce que la rédaction de ce blog gagnera en 600 siècles (on est deux rédac' chefs, et pas mal de secrétaires). Au box office, le film s'est écrasé lamentablement en réussissant à faire moins que tous les précédents opus. Sincèrement, on ne pense pas que la 3D sauve le truc.




P.S. : Pas un mot sur Dany Boon, Gérard Jugnot ou Valérie Lemercier. Transformez ce silence en un immense mollard qui aurait son nom dans le Guiness Book et qui serait balargué avec un sourire (ce qui n'est pas évident à réaliser) dans la direction de ces êtres dépourvus d'âme depuis qu'ils l'ont vendue au diable. Enfin, quand même un petit mot sur Dany Boon, sachant que sa prestation, d'une durée totale de 10 minutes, ponctuée en tout de trois lignes de dialogue, lui a été rétribuée la coquette somme de 600 000€...


Astérix et Obélix au service de Sa Majesté de Laurent Tirard avec Edouard Baer, Gérard Depardieu, Guillaume Gallienne, Fabrice Luchini, Charlotte Le Bon, Catherine Deneuve, Valérie Lemercier, Dany Boon, Atmen Kélif et d'autres zonards (2012)

22 février 2012

Out of Africa

On ne rappelle jamais assez le sous-titre français de Ouste of Africa : "Souvenirs d'Afrique". Comme quoi le film paysagiste s'annonce un brin. Ce film il faut l'avoir vu. C'est un instant classic de nos mémés, de nos mamans, et de nos tantes. Pas de nos filles en revanche, qui préféreront Robert Pattinson à Robert Redford, comme quoi, les jours s'en vont, rien ne demeure. Pourtant c'est un des films phares de Redford, car c'est un Pollack-Redford et y'en a pas tant que ça ! Ils en ont fait quoi ? Deux ? Peu importe. Toujours est-il qu'ils sont amis et que ce film-là c'est celui qui les réunit le mieux. La preuve, c'est que Redford a conquis le monde avec un rôle à peine écrit, et qu'on sent l'amour que le cinéaste porte à son comédien dans chaque plan qui le met en valeur. Pollack est tellement subjugué par les traits virils, symétriques et ténébreux du blond platine le plus célèbre d'Hollywood qu'il en a oublié de lui écrire un rôle. Qui est Redford dans ce film ? Un chasseur. Autant que mon tonton Alain, bucco-rhodanien de souche et qui a déménagé dans l'Aveyron il y a une dizaine d'années pour y trouver un véritable Battlefield Earth (c'est le nom qu'il a donné à son lieu-dit), afin d'y chasser le sanglier et autres gibiers à quatre pattes. N'ayant rien tiré depuis dix piges, il s'entraîne sur les chats du voisin. Dieu sait que jamais je n'arriverais à torcher un film de deux heures sur mon tonton, que j'adore au demeurant. Pourtant j'aurais le titre : "Bowling for Rieupeyroux". Bref, dans ce film le personnage de Redford manque de relief. A ce titre, la quatrième de jaquette de mon dvd en dit plus long sur son personnage que les 154 min. env. que dure le film : "aventurier idéaliste". Concrètement on se retrouve à l'image avec un type pas très bavard, qui comprend les noirs, qui séduit les femmes par son côté taciturne (qu'elles prennent pour de la sagesse et de l'assurance), et qui a besoin, tous les week-ends, après avoir trempé son biscuit cinq jours durant dans des demoiselles de tous morphotypes, de se faire un petit safari en tête à tête avec son fusil. C'est pour ça qu'il n'a pas envie de s'attacher à une femme, quand bien même il serait amoureux d'elle.


Dans ce film Robert Redford pète amoureusement au visage de Meryl Streep

Et c'est là qu'entre en scène Meryl Streep. Pour le tocard d'aujourd'hui, cette grande actrice, actuellement à l'affiche de La Dame de fer, c'est une vieillarde qui brigue tous les oscars en jouant dans des films chiants en costume cravate. Quid de Julia & Julia, de Mamma Mia !, ou du Diable s'habille en Prada. Mais n'oublions pas qu'avant ça elle s'intéressait au cinéma. On se rappelle de son rôle de biche dans The Deer Hunter, ou de sa voix de Blue Mecha dans AI Intelligence Artificielle. Bon ok elle a fait que dalle à part le Cimino et un Woody Allen. Certains sauveront aussi Kramer contre Kramer ou le très mièvre Sur la route de Madison, mais sans déconner ça fait pas lourd. Pourtant j'avoue, je l'aime bien. Elle incarne ici une aristo Danoise légèrement colonialiste et délestée d'une bonne partie de son blé par ses amants qui, après une déception amoureuse, se marie avec un type qu'elle n'aime pas et le suit en Afrique où elle monte une grande ferme. Affaiblie par la syphilis, qu'elle contracte grâce à son époux putanier, et désolée quand son médecin lui apprend qu'elle ne pourra jamais avoir d'enfant, elle tombe néanmoins dans les bras de Bob Redford qui, bien que fou amoureux d'elle, refuse la vie à deux pour mieux s'adonner à sa passion pour les safaris, Firefox et Netscape. A la toute fin du film, que je vous spoile ni une ni deux, elle apprend par texto que son amant idéal est mort au cours d'une chasse. Tout est là pour nous ruiner, même la jaquette, qui est sans merci. Mais Meryl Streep porte Out of Africa sur son dos et c'est un semi-remorque de bons sentiments, de cheveux au vent, de musique enivrante et de jolis plans sur des paysages de rêve, le tout filmé dans un académisme forcené. A tel point que quand on regarde le film avec le commentaire audio du réalisateur, on entend seulement Sidney Govou énumérant les valeurs de plan qu'il a enchaînées dans son film : gros plan, plan moyen, plan d'ensemble, plan amerloc, tout y passe. De toute façon Pollack on s'en rappelle surtout pour son caméo dans Fauteuils d'orchestres, où il formait un duo de fou avec Valérie Lemercier, duo qu'on aurait aimé retrouver dans mille autres buddy movies. Mais pour en revenir à Meryl Streep, il faut bien dire qu'elle fait son taff dans ce film et qu'elle le fait bien. C'est non seulement une bonne actrice mais une sacrée belle femme, n'en déplaise aux fans de Megan Fox et de Lindsay Lohan.


Puis il lui lave amoureusement sa tignasse...

Out of Africa est le seul film (ex-aequo avec Adèle Blanc-Sec) qui soit basé sur 5 romans différents : "Ouste of Africa", "Shadows on the grass", "Letters from Princesse Erika", "Peter Schmeichel : the life of a goalkeeper" et "Silence Will Smith". A chaque fois qu'on relit le quatrième de couverture du dvd, on a l'impression de redécouvrir l'histoire de ce film qui fut pendant longtemps le premier fournisseur de fonds d'écran de Windows et qui a le mérite de nous faire voyager gratis. Si j'étais Doc Gyneco, enfin médecin quoi, je mettrais ce film en boucle dans ma salle d'attente. C'est et ça restera le film le plus long de l'histoire du cinéma, pas dans les faits, mais dans le ressenti.


Out of Africa de Sidney Pollack avec Meryl Streep et Robert Redford (1985)

20 septembre 2009

Agathe Cléry

Le nouveau Chatiliez, toujours un événement !... dont on se tient le plus éloigné possible. C’est comme la taxe d’habitation. On la reçoit chaque année, on sait qu’elle est là, on sait qu’il faudra y passer tôt ou tard, mais on repousse... ou bien on choisit de faire face. Eddy Chatiliez, rien à voir avec Murphy Barclay ou Eddy Mitchell, est avant tout « connu » pour ses bandes annonces. Un peu comme Hitchcock, toutes proportions gardées, puisque Hitch avait le don de faire des films à côté de ses BA. Chatiliez a une idée par an et chaque année il la crame dans sa bande annonce, prétexte à un film qu’il n’assume jamais. Il supplie systématiquement ses producteurs de pouvoir signer ses œuvres "Alan Smithee", le pseudonyme américain des réalisateurs éhontés par leur propre labeur. Ce qui distingue un bon Chantiliez d’un mauvais Chatiliez, c’est que le bon dure trois minutes et il annonce le mauvais, qui dure deux plombes. Ce qui rapproche Hitchcock et Chatiliez, c’est l’art de réaliser une bande annonce qui ne soit pas tirée du film. Tout passe par une savante méthode de promotion. Pour Hitchcock il s’agissait par exemple de présenter en personne les décors, les protagonistes et l’intrigue de ses films. Chez Chatiliez, il s’agit plutôt de l’art de tromper et de poser des gros lapins puisque ses bandes annonces sont en réalité des sortes de courts métrages qui valent pour eux-mêmes et qui n’ont finalement pas grand chose à voir avec le film qu’ils sont censés introduire. 
 
 
 
Tout le monde s’attendait à voir une Valérie Lemercier raciste se réveiller noire au petit matin, comme les acteurs pornos de Machos qui s’éveillaient femmes après s’être endormis toréadors. En réalité le bronzage du personnage reste très longtemps agricole avant de se décider à tourner au vinaigre. Et pour couvrir cette longue heure de mue Chatiliez se fait plaisir en dirigeant une comédie musicale effrayante sous prétexte de dénoncer en pas chassés et points chaussons, en ballerines et tutus, le triste petit monde de l’entreprise que Le Bolloc’h et Yahn Solo épinglaient mieux que lui en une minute de temps dans Thé ou Café. Mais la supercherie était à prévoir, car c’est là que tient toute la singularité de la science inexacte de Chatiliez. De même que David Fincher est plus connu pour ses génériques faits à la palette graphique que pour ses thrillers répugnants ; de même que "Pipo" Inzaghi est célèbre pour ses coups francs obtenus à la sauvage plutôt que pour ses buts hideux de renard des surfaces, Etienne Chatiliez est réputé pour ses bandes annonces mensongères et ô combien accrocheuses plutôt que pour son cinéma de papa.
 
 
 
Rappelez-vous de la bande annonce de Tatie Danielle, qui mettait en scène un festival de tatas, là où le film s’enlisait en réalité dans les coins et recoins d’une Isabelle nantie de gras, tutrice d’une vieillarde belliqueuse. Souvenez-vous de la bande annonce de Au milieu coule un long fleuve tranquille de la vie, qui nous annonçait un Brad Pitt au faîte de sa beauté aux prises avec un espadon pêché à la mouche dans une adaptation enfin fidèle du Moby Dick de Melville. Sans oublier la bande annonce de Tanguy, que j'ai totalement oubliée mais où Sabine Azéma était si belle. Des armées de cinquantenaires étaient allés voir Le boner est dans le pré grâce à la même astuce. Plus de dix ans plus tard, la sauce ne prend plus : un film de charme appelé Tanguy, ça ne tient pas debout, Titi Chantilly.  
 
 
Agathe Cléry d'Etienne Chatiliez avec Valérie Lemercier et Anthony Cavanagh (2009)