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13 décembre 2011

L'Art d'aimer

Nous avons aujourd'hui le plaisir d'accueillir Simon, un grand passionné de cinéma proche des stars, pour nous parler du dernier film en date d'un cinéaste que nous aimons tout particulièrement sur Il a osé : Emmanuel Mouret. Son avis sur le film rejoint complètement le nôtre et il a su dire à quel point L'Art d'aimer est réussi, lisez plutôt :

Je l’avoue sans honte, c'était mon premier Mouret. Contrairement à Rémi, Félix et probablement pas mal d'entre vous, je ne suis donc ni connaisseur ni fan de son œuvre, et donc incapable de situer ce film par rapport aux précédents, dont l'apparente "frivolité" me rebutait un peu. Erreur, mec, erreur !



Le premier talent de Mouret est d’éviter les écueils du « film à sketche » : contrairement à ce que le premier regard pourrait laisser penser, L’Art d’aimer n’est pas une accumulation de scénettes désordonnées visant à illustrer son sujet. Le film est très tenu, fluide, structuré et maîtrisé, mais aussi envahi d’inspirations visuelles et narratives très belles, qui évitent au film de tomber dans une certaine facilité, une certaine routine. En ce sens le début est exemplaire : le film s’ouvre sur le thème de la musique, ces musiques qui résonnent en nous quand on tombe amoureux. Et de façon tout à fait originale Mouret fait cohabiter ces musiques (et la voix off qui les évoque) avec de grands aplats de couleurs vives, qui envahissent tout l’écran. Ces aplats sont les premiers plans du film, comme s’ils en retardaient le démarrage, tout en en donnant le ton. De la même façon, le film sera constamment constellé de détails, de petites idées (de mise en scène, de dialogue, de jeu) qui viendront casser sa « petite musique », son rythme et sa mécanique apparemment bien huilés, pour lui donner sa vraie identité, très forte.


La suite de cette première partie est également étonnante, on s’en rend compte à la lumière du reste du film : uniformément grave et douloureuse, à travers le personnage de Stanislas Merhar, elle est en décalage avec l’apparente légèreté des parties suivantes, qui sont liées entre elles par certains de leurs personnages et par leur ton, nettement dominé par la comédie de prime abord. Commencer le film par une scène aussi singulière est un geste fort, mais aussi une façon de le situer sur un registre pas seulement léger, mais aussi profondément émouvant. Une émotion qui transpirera des scènes suivantes : malgré la cocasserie des situations, la plupart des personnages sont sensibles, sincères, à l’écoute de l’autre autant que de leur désir… Le film brasse par ailleurs des thèmes et des sujets importants, souvent délicats à aborder (la maladie, la fidélité, l’érosion du désir…), avec une grande sincérité et une grande justesse qui les font fortement résonner dans le spectateur (en tout cas ce fut largement mon cas…). Pourtant le film n’est jamais mielleux, et fait penser que, sur le fameux terrain des films « aussi drôles que bouleversants », il y a peut-être une alternative à Intouchables (même s’il y a quelques 0 d’écart entre les nombres d’entrées des deux films, le beau démarrage du Mouret a quelque chose de rassurant).



Puisque le seul point commun entre l’un et l‘autre est probablement la présence de François Cluzet au générique, il faut parler des acteurs. Si l’ensemble est donc très tenu et cohérent, si le style de Mouret est très visible à tout moment, particulièrement dans sa direction pas du tout naturaliste et parfois assez théâtrale (ce qui est loin d’être forcément un défaut) des comédiens, il y a bien sûr des variations d’intensité, comique et dramatique, au sein du film. Et les acteurs y sont pour quelque chose. Si Ariane « Bobeuh Guédiguiang » Ascaride est moins insupportable que dans les films de son gars, si l’infâme Judith Godrèche et Julie « Paul le poulpe » Depardieu bénéficient d’une des histoires les plus drôles du film et Gaspard « Scarface » Ulliel d’une des plus émouvantes, il faut bien dire que François Cluzet et Frédérique Bel sont absolument exceptionnels, à tout moment, sur chaque geste, chaque mot. L’exploit n’est pas mince : leur histoire a quelque chose d’un peu ridicule, les situations quelque chose d’un peu boulevardier, et pourtant à chaque instant on y croit, à chaque instant on rit, et pour finir l’émotion affleure. Et puis il faut bien le reconnaître : à chaque instant on a envie de plonger la tête dans le décolleté de Bel, particulièrement dans la nuisette de sa première scène.



Le film est très court, et donne l’impression de l’être encore plus. La fin cueille presque par surprise, comme si le film était fauché dans son bel élan, et même si ça a quelque chose de frustrant cette surprise est presque un plaisir supplémentaire, celui de sentir qu’on n’a pas eu affaire à un scénario à la structure calibrée. On se sent à la fois ému et léger, sans pour autant avoir eu l’impression d’assister à quelque chose d’anecdotique : le film est l’étude, la critique et l’éloge du sentiment amoureux et du désir, ce qui n’est quand même pas rien. Et il fait ça drôlement bien.


L'Art d'aimer d'Emmanuel Mouret avec François Cluzet, Frédérique Bel, Louis-Do de Lencquesaing, Gaspard Ulliel, Élodie Navarre, Julie Depardieu, Judith Godrèche, Stanislas Merhar, Ariane Ascaride, Pascale Arbillot et Philippe Torreton (2011)

8 juin 2011

Papa

C'était le deuxième film de Pulpipi, après la parodie de biopic Casablanca Driver qui avait fait quelques émules. Voulant se forger une image de cinéaste crédible et offrir à Alain Chabat son Tchao Pantin, Maurice Barthélémy sortait de la comédie avec un road movie dramatique, oscillant entre le larmoyant et la comédie familiale. Le résultat c'est un film d'une heure et dix minutes qui se prend au sérieux et qui nous prend le chou bien qu'il se veuille modeste et simple avec sa petite Renault 5 poussiéreuse dans le premier rôle. Dans le second rôle, le gros Chabat plus vrai que nature, Monsieur tout-le-monde en jean moule-bite, affublé de tous ses pires défauts : points noirs, cheveux gras, démarche de quinqua. Il accomplit tous les gestes obligés du type qui fait un trajet trop long en bagnole. Qui du gars qui se surprend à ouvrir la fenêtre pour sauver son passager de l'asphyxie par le pet, qui de celui qui règle cent fois son rétro pour mieux apercevoir le décollebac de la meuf au volant de la voiture qui le double, qui de celui qui, au péage, fait tomber sa pièce et doit l'attraper sous sa roue, en se contorsionnant pour ouvrir sa portière, mais sans l'ouvrir complètement car elle est bloquée par la borne, et lui-même l'est par sa ceinture, obligé de se détendre et de lâcher la pédale de frein au risque de se rouler sur les doigts tandis que 2000 routiers barraqués et tatoués ont déjà la rage derrière.



Quid de celui qui à la station essence se paye, fier de lui, et à 70 centimes la tasse, un bon café avec supplément de sucre bien mérité après 9 heures de route, et constate que son gobelet n'est rempli qu'au tiers, pire, qu'un tiers de ce tiers est un bloc de sucre figé au fond du récipient, lui rappelant immédiatement le fond de ses chaussettes. Qui n'a pas fait une partie endiablée mais quand même chiante sur la fin de Pyramide avec son chiard impatienté par le trajet ? Qui n'est pas tombé en panne sous des trombes d'eau sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute, contraint de s'abriter du déluge avec son manteau pour aller téléphoner à un connard depuis la borne située trois kilomètres plus loin ? Qui n'a pas eu envie d'étriper son propre moutard en se cognant le petit doigt contre le genou moite de ce dernier au moment de passer la cinquième, après bien sûr le tête à queue occasionné par ce petit contre-temps ? Bref, tout y est, tout y passe dans ce petit guide du routard illustré. Pour faire un film pareil, si prolixe en détails au plus proche des petites gens, il faut nécessairement qu'il soit un peu autobiographique. Donc, si j'en tire de trop hâtives conclusions, je dirais que s'il n'est pas vraiment boxeur, Barthelemy s'identifie en tout cas à un type qui a buté son fils. Car c'est ça qui se trame derrière cette histoire de bagnoles et de petites cylindrées. Entre quatre vannes qui tombent forcément à plat et que la bande-annonce avait déjà révélées, condensées sur trente secondes, Barthélémy nous fusille l'esprit avec cette histoire de deuil impossible teinté de culpabilité et cette relation homme-fils crevante.



Le soupçon d'autofiction déguisée est alimenté par le caméo, à la toute fin du film, de Judith Godrèche, alias Madame Pulpipi et désormais Pulpipi à la ville comme l'écran, qu'Alain Chabal et son fils retrouvent enfin en quittant leur bagnole adorée après un voyage de 180 jours autour du monde pour retrouver le chemin des filets. Le deuil est une pilule plus facile à avaler pour cette femme propre sur elle qui, étant enceinte d'un troisième enfant doté d'après l’échographie d'un siège rehausseur collé au cul, a moins de mal à oublier. Elle est d'autant plus sereine que son compte en banque n'est pas dévalisé par les 40000 euros de péage que Chabat a déboursé d'un bout à l'autre du film. A la fois c'est peut-être parce qu'elle voit arriver Chabat au lieu de Barthélémy que Godrèche a l'air si jouasse à la fin du film, oubliant son rôle par la même occasion. Chabat est vraiment très très laid quand on le regarde bien sous certains angles (je me permets ce coup bas car ce rôle sérieux et "mignon" a contribué à me le rendre détestable), mais à côté de Barthélémy, c'est un boulevard. Godrèche a pour ligne de conduite de s'enfiler tous les comiques très petits et puant le pipi de la place publique : de Dany Boon à Barthélémy et à quand Mimie Mathy ? Ce film m'a tout de même ému, notamment quand on voit Chabat verser une larme dans le rétro, derrière ses lunettes de soleil, car il m'a rappelé ma propre vie. Quand mon chien Über-Jason est mort, mon père a dit : "Je vais faire un ride en bagnole", il n'est jamais revenu...


Papa de Maurice Barthélémy avec Alain Chabat et Judith Godrèche (2005)

28 mars 2010

L'Auberge espagnole

En 1982 Cédric Klapish réalisait son film matrice, dont l'affiche est un enfer kafkaïen de tricards Erasmus. Ce genre d'affiche a fait florès depuis, et ce sont autant de viols rétiniens dans les rues de nos villes. Et c'est là que cette chronique de société se transforme en véritable affichographie (car non, je n'ai pas envie, en 2010, de parler de L'auberge espagnole, sorti en 2002). Vous avez tous croisé la nouvelle campagne d'affichage anti-tabac, où il est question d'une fellation contrainte, et qui fait scandale. Mais que dire, puisqu'ici on ne cause que cinoche, de ces affiches de films d'horreur minables qui reprennent fréquemment le vieux thème de la femme-meublier, de la femme-tabouret, sur laquelle on s'assoit. Sur l'affiche de La Maison de cire, comme sur celle de La Colline a des yeux, et de tant d'autres longs métrages destinés à l'adolescence dorée américaine et mondiale, c'est tout un pan du cinéma gonzo qui est revisité.



 
Ces séquences où acteur porno s'attaque à une actrice penchée en avant sur une table ou un canapé, coincée là sous un pied posé sur sa joue. Ces scènes sont parmi les plus accablantes du cinéma hard dit "gonzo". Mais quand cette imagerie envahit les rues de nos villes, comment ne pas être contaminé par ce qu'elle véhicule. Peut-être en écrivant cette horreur.

Mettons que je n'aie rien dit.


L'Auberge espagnole de Cédric Klapisch avec Judith Godrèche (2002)

6 juin 2009

Transamerica

J'ai vu ce film. J'ai pas fait exprès. Ce soir-là j'avais prévu d'aller voir un autre film au cinéma d'art et essai de mon quartier. Seulement ce cinéma-là avait un programme chaque jour différent, et je me suis gouré de jour. Je suis arrivé au guichet en demandant une place tarif étudiant, sans préciser le titre du film. C'était inutile puisqu'il n'y en avait pas d'autre, ce petit cinéma de quartier ne possédant qu'une seule salle. Je me suis vautré dans mon fauteuil très confiant. J'ai attendu que ça commence. L'affreux morceau de Bossa Nova supposé nous faire patienter s'interrompit, le silence se fit, les lumières s'éteignirent, et là l'horreur, c'est Transamerica qui commençait devant mes yeux dilatés par la surprise et plissés par la douleur. A ce moment là on pense forcément à se tirer en douce. La loupiote verte "Sortie de secours" prend tout son sens, elle qui fait d'habitude toujours chier à se refléter dans les lunettes des plus pauvres d'entre nous qui n'ont pas pu se payer le luxe des verres anti-reflets. Elles me tendaient les bras ces foutues loupiotes, j'en voyais mille à cause de mes reflets. Mais j'ai payé quatre euros alors quitte à les avoir brûlés façon Gainsbourg autant voir le film pour lequel je viens de me foutre dans le rouge à la banque. Mon portable vibre en mode silencieux dans ma poche, les ondes bouillonnent dans mon slip et je viens sans doute de perdre mes derniers espoirs de fertilité. C'est à n'en pas douter mon banquier au bout du fil. Les vibrations cessent puis reprennent. Je vois le petit voyant lumineux bleu de mon mobile Sagem clignoter à travers la toile de mon pantalon en toile de jute qui me colle au cul, trempé de sueur. Mon banquier m'a envoyé un texto. Je sors discrètement mon portable de ma poche, je l'ouvre, sa lumière s'allume et derrière moi un homme entre deux âges secoue mon siège avant de me tirer les cheveux d'un coup sec. Je fais mine de rien avant de rapidement lire le sms de mon seul "contact". C'est bel et bien mon banquier et son message dit: "Petit merdeux". Je suis donc bel et bien dans la merde. Et je suis donc resté dans la salle pour savourer mon dernier petit plaisir coupable. Ma dernière séance de ciné légale de cette année. Oh j'y suis bien retourné dans les jours suivants, mais sans passer par le guichet. En longeant les murs, vêtu de noir, encagoulé, avec des mitaines aux mains et des semelles anti-dérapantes aux pieds pour me faire la malle au premier contrôle des tickets. Bref, j'ai vu Transamerica. En entier. Et sur grand écran.



Je ne vais pas parler du film parce que personne n'en a rien à foutre, et moi le premier. Simplement soulever une question qui me chauffe depuis quelques temps. La question de l'amour propre des actrices. Où finit l'amour propre et où commence le mépris de soi ? Dans un entretien accordé par la chaîne TCM suite à la sortie de Rois et reine, le réalisateur du film et son actrice, Arnaud Desplechin et Emmanuelle Devos, revenaient sur leur parcours commun. Ces deux-là sont éternellement liés puisqu'il n'y a pas un film de Desplechin sans un rôle pour Devos, souvent principal, parfois secondaire, au pire une simple apparition, mais d'importance, dans Esther Kahn. Ainsi le réalisateur et sa comédienne "fétiche" évoquaient leurs souvenirs, la qualité de leurs liens, la grande chance qu'ils avaient de s'être trouvés, et la genèse de leur union artistique. A ce propos l'actrice raconte alors qu'elle a d'abord refusé de jouer dans le premier film de Desplechin (La vie des morts), parce que dans une scène du film son personnage devait quitter une pièce et être résumée par un autre acteur en ces termes : "Elle est moche, elle pue et c'est une pute". Ayant fait part de sa gêne à l'idée d'être ainsi décrite dans un de ses premiers films, et inquiète à l'idée d'être choisie par le réalisateur pour incarner une telle merde humaine, Emmanuelle Devos s'est vue rassurée par Desplechin qui lui expliqua que son personnage était si grossièrement décrit par un autre uniquement parce qu'à cet instant du récit ce dernier ne la connaissait pas et l'insultait ainsi pour libérer une colère tout à fait étrangère à elle. Devos a donc fait fi de sa vexation première et a accepté le rôle pour devenir la star césarisée qu'on connaît tous aujourd'hui.

Dans ce cas-là très bien. Mais tout le monde n'est pas Desplechin, et tout le monde n'est pas Devos. Je pense par exemple au film Bimboland, d'Ariel Zeitoun, sorti en 1998 et que je n'ai découvert que la semaine dernière sur Orange Cinéma Merdique, une des chaînes du bouquet Orange Cinéma que je capte par chance grâce à une astuce toute bête qui consiste à voler l'antenne de mon voisin d'en face pour la fixer sur mon toit et la brancher à ma petite télé perso. Ce film n'a visiblement pas eu le succès escompté, sans doute à cause de sa date de sortie en pleine coupe du monde, cette année-là où même les femmes préféraient Dugarry à DiCaprio. La principale et vaine ambition du réalisateur, Ariel Zeitoun, était certainement de faire entrer le mot "bimbo" dans toutes les bouches. Il a réussi son pari pendant un ou deux ans et depuis il a disparu.



Dans Bimboland, Judith Godrèche joue le rôle d'une scientifique à lunettes mal habillée et forcément malaimée. Elle est éprise d'un Gérard Depardieu prêtant ses traits à un éminent ethnologue. Le film est d'ailleurs une aubaine pour constater qu'en dix ans Gérard Depardieu en a pris trente, rien qu'en bouffant des plats caffis de gras matin midi et soir, en se vautrant partout avec sa moto et en survivant à quelques attaques cérébrales, lui qu'on surnomme à Paris "L'Outremangeur". A l'époque il avait encore forme humaine et pouvait interpréter un séducteur, un gendre idéal, ou même un intellectuel. Bimboland lui permit de réunir ces trois facettes plutôt flatteuses dans un seul et même personnage, et on sent bien que l'acteur préféré des français a accepté le rôle uniquement pour ça. Pour profiter de ses dernières années dans un corps goodlooking, et éventuellement pour humer Judith Godrèche au détour d'un champ-contrechamp. On le voit littéralement rôder dans les plans, se glissant dans l'image tel Charles "l'Harmonica" Bronson dans Il était une fois dans l'ouest avec un verre de scotch, un cigare au bec et la braguette ouverte. Un tel rôdeur a de quoi mettre en émoi la frêle Judith Godrèche, déjà complètement à côté de ses pompes il y a dix piges. Son personnage d'ethnologue en survet', bigleuse et empotée, n'avait aucune chance de séduire un Depardieu si charismatique et gouailleur. Mais la rencontre avec une "bimbo" épileptique correspondant idéalement à la définition d'une "cagole" et interprétée sans efforts par Aure Atika allait très rapidement mettre Godrèche sur la voie de la séduction et de la prostitution, l'éloignant de ses amies d'antan, elles aussi bigleuses et mal fagotées, interprétées par Armelle et Sophie Forte, ces deux-là ne pouvant quant à elles fonder aucun espoir sur un astucieux changement de look pour devenir ne serait-ce qu'à peu près tirables. Inévitablement et à jamais hideuses. C'est en tout cas ce que sous-entend Zeitoun.



Vous ne vous rappelez pas forcément d'Armelle et encore moins de Sophie Forte. Armelle c'est cette comique insupportable qui faisait des sketchs déprimants sur le plateau de Fogiel il n'y a pas bien longtemps et qui avait décroché bec et ongles le tout petit rôle de la meilleure amie d'Amélie Poulain, dans le rôle de la seule hôtesse de l'air atroce de l'Histoire du cinéma. Quant à Sophie Forte c'était une comique très petite des années 90, qui avait une coupe de cheveux malhonnête, des lunettes à quadruple foyers, un tout petit visage perdu au milieu d'une énorme tête surmontée d'une tignasse pas possible. Je crois qu'elle officiait surtout à la téloche, dans une des mille émissions de Ruquier... Mais ce qui est sûr c'est qu'elle a tout à fait disparu aujourd'hui.



La façon dont je viens de décrire ces deux femmes est un peu limite, un peu dégueulasse. C'est du pur et simple délit de sale tronche. Et j'en suis conscient. Mais je me le permets d'abord parce que je fais ce que je veux, ensuite parce qu'il me semble que les deux femmes dont il est question m'approuveraient sans sourciller, ou en rajouteraient même une couche... Et c'est là toute la question. Car ces deux femmes ont évidemment basé leurs carrières de comiques professionnelles sur une certaine laideur semble-t-il assumée et mise en valeur. C'est un peu la même chose pour les hommes. Très souvent les comiques mâles sont des petits hommes chétifs et mal agencés ou autres grands dadets mal fagotés. Comme Louis de Funès, Bourvil, Danny Boon (qui joue d'ailleurs dans Bimboland), Pat Timsit, Danny de Vitto, Elie Semoun, Arthur, et beaucoup, beaucoup d'autres. Mais enfin de tous temps l'humain s'est montré moins exigeant vis-à-vis de la beauté des hommes que des femmes. Plusieurs raisons à cela. La longue domination machiste et patriarcale des hommes sur les femmes, la plus grande beauté intrinsèque du corps et des traits féminins, le vieillissement avantageux pour les hommes et souvent ingrat pour ces dames, et j'en passe.

Bon je vais couper court. De toute façon si quelqu'un a tenu jusque là c'est déjà un miracle. Tout ça pour dire que dans Bimboland, les deux "comédiennes" citées plus haut, Armelle et Sophie Forte, sont qualifiées à plusieurs reprises, et par tous les acteurs chacun son tour, de gros thons lamentables, de femmes abominablement laides et de petites merdes humaines. Si ce ne sont pas, à la lettre, ces termes, c'est en tout cas ce que les leurs, pas plus gratifiants, disent en substance. Et ça n'est jamais démenti. C'est présenté comme une vérité absolue et immuable. Et les actrices interprètent avec entrain ces rôles unanimement et gaiement qualifiés de chiures féminines, de crevardes, de "freaks". Elles ont lu le script, signé un contrat sans doute peu juteux, et interprété ces rôles de femmes si oecuméniquement laides que tout le reste du casting les roule dans la boue en paroles, séquence après séquence, profitant de la comparaison pour se mettre en valeur. Et alors je me pose la question de l'amour propre. Qui sont ces femmes qui acceptent tout ça ? Cet accablement consenti et enjoué me choque. Et ça n'est pas un cas isolé. Dans bien des films, bien des femmes acceptent de jouer le rôle de la fille hideuse et détestée pour ça, sans se plaindre, sans monter sur un escabeau pour se pendre au beau milieu du plateau avec un testament épinglé à la cravate disant : "Connards !". C'est un mystère pour moi. Vous allez me dire : "quand on s'appelle Armelle ou Sophie Forte, et qu'on a besoin de fric pour manger et de rôles pour exister, on accepte ce qui traîne par terre". Bon bon, fort bien. Mais quid de Felicity Huffman ?



Et là je reviens au film en question dans cet article, Transamerica. Ce film raconte l'histoire d'un homme qui va tout faire pour devenir une femme. C'est l'histoire d'un trans. Et le rôle est interprété par Felicity Huffman, que vous connaitrez sans doute pour son interprétation en ce moment sur vos écrans d'un des quatre ou cinq rôles principaux de la série Desperate Housewives. L'actrice s'était déjà fait un nom depuis deux ans grâce à cette série de merde mondialement adulée avant d'accepter le rôle titre du tout petit film de Duncan Tucker (prononcez "Ducon Tucker" ou bien "Duncan Tocard"), qui n'est sorti que dans trois salles à travers le monde et que personne n'a vu sauf moi. Et dans ce film, Felicity Huffman joue le rôle d'un homme, qui veut devenir une femme. Ils auraient pu choisir un homme pour jouer le rôle, ça se serait même avéré assez logique. Mais ils ont choisi de prendre une femme. Sans doute pour signifier qu'un transsexuel qui se vit comme une femme est davantage une femme qu'un homme. C'est pas si bête dans le fond. Mais ça devient à priori compliqué quand il s'agit de choisir une actrice pour jouer un hermaphrodite et de lui expliquer qu'on l'a castée parce qu'elle ressemble à un mec tant elle est physiquement pas au point. Ok un acteur ou une actrice peuvent et doivent pouvoir tout jouer. Ok il faut mettre son orgueil de côté pour tout donner. Mais quand même, l'amour propre ça existe... Comment Felicity Huffman ne s'est-elle pas dit : "Je suis si mal foutue et si naturellement inesthétique qu'on me propose de jouer un mâle, une fausse femme, une meuf avec la gueule au carré et du poil aux couilles. Je suis si peu gracieuse que je vais jouer le rôle d'un être humain totalement à l'opposé de ce que je suis, je vais jouer mon contraire. Je suis si peu féminine que je vais jouer un type, un malabar".

Peut-être bien qu'elle s'est dit tout ça mais qu'elle a tiré un gros trait sur sa fierté pour obtenir un Golden Globe. C'est de toute évidence un rôle à Golden Globe. J'ai vu le film, et je peux vous assurer que Felicity Huffman n'y joue pas particulièrement bien la comédie. Son travail est même, à l'image du film, relativement nul, ou tout au plus insignifiant. Mais jouer un travelo c'est comme prendre trente kilos, se raser le crane, se vieillir avec du maquillage ou apprendre à faire de la boxe, c'est forcément le gage d'un extraordinaire talent d'acteur et ça mérite Oscars et tapis rouges, c'est bien connu. Huffman peut donc se féliciter puisqu'elle a obtenu son Golden Globe, qu'on peut traduire par "boules en or". Ce fût donc un bon moyen pour l'actrice de se faire des couilles en or en acceptant de se laisser greffer des grosses burnes entre les jambes le temps d'un tournage. Personnellement je soupçonne Felicity Huffman de n'être réellement pas une femme. Je crois que Felicity Huffman n'est autre que Philip Seymour Hoffman, qui a une double identité bien cachée lui permettant de jouer aussi bien Truman Capote (prononcez Capoti) que Lynette Cavo, une femme au foyer désespérée à force d'être monstrueusement conne. D'où ce rôle de "shemale" qui lui permet d'assumer au cinéma sa passion pour le "transgenre" et le travestissement sous toutes ses formes. Cet article c'est du gros gaspillage, ça va que j'écris pas sur du parchemin sinon j'aurais Domino's Voynet au cul !


Transamerica de Duncan Tucker avec Felicity Huffman (2006)

10 novembre 2008

Tout pour plaire

J'ai adoré ce film. À tel point que je l'ai vu deux ou trois fois. C'est en quelque sorte le pendant féminin du diptyque de Marc Esposito, Le cœur des hommes 1, 2 et 3, mais en un seul tome compact et supra-riche en anecdotes. Ou pour éclairer votre lanterne c'est un peu le miroir avec un -e à la fin du fameux 15 août, où Richard Berry et deux autres mecs profitaient du départ de leurs femmes pour s'occuper de leurs enfants, chier la porte ouverte et faire du ski en plein mois d'août. En somme c'est aussi, pour les plus cinéphiles, un équivalent de Comme t'y es belle, ce pastiche avec Michèle Laroque qui reprenait La vérité si je mens au féminin, le temps de quelques bobines dignes d'une œuvre du démon, si ce dernier se s'inscrivait un jour en fac de cinéma et tournait un premier long métrage de fin d'études.



Bref vous l'aurez compris, j'ai adoré suivre les aventures insipides de ces trois personnages. Mathilde Seigner joue une avocate incapable de trouver un homme (et ça se comprend), qui se croit supérieure à des types assez communs qu'elle qualifie imperturbablement de "chauves" quand bien même ils ont sur le crane la tignasse à Christobal Karembeu. Cette avocate vit dans un appartement immense dont le loyer s'élève à 2600 euros par mois (tout ce que j'avance est mentionné dans les dialogues), qui gère son découvert bancaire en allant s'acheter chaque jour plusieurs tonnes de vêtements de luxe, qui touche un chèque de "150 000 euros" pour sa première affaire plaidée et perdue (elle dit être débutante), et qui reproche à son banquier (l'infatigable Pascal Elbé) de ne faire que peu de cas des "pauvres" comme elle. Ce personnage adorable et si vrai, qui porte le nom de Juliette, finit par trouver le grand amour en la personne de son banquier.



D'un autre côté Anne Parillaud vit avec un homme qui n'aime que la réussite sociale et copule extrêmement mal. C'est le personnage de la femme qui se fait marcher dessus, se fait insulter pendant 5 minutes non-stop, au début du film, dans la voiture de son mari. Je quote : "Une merde, t'es qu'une merde, une grosse merde, t'es une merde, rien qu'une merde, ma parole mais t'es une pure merde ! Grosse conne de merde." (sic). Elle se fait ensuite rudoyer sexuellement par son supérieur direct, dans son bureau, en simulant un orgasme comme elle a appris à le faire avec son tendre époux. Finalement, quand elle s'approche de son tout petit enfant qui regarde sagement la télévision aux côtés de sa babysitter Samira, pour lui faire un bisou, celui-ci lui crache un mollard sur la bouche (dont on sent bien qu'il le mijotait depuis un fameux bail) avant de lui demander de foutre le camp car il mate Naruto. Ce personnage de femme malmenée quittera finalement son immense appartement et son travail grassement rémunéré pour s'émanciper et refaire sa vie avec un homme un peu plus doué pour la considération d'autrui. Ouf !



Enfin il reste à évoquer le cas du personnage interprété avec génie par Judith Godrèche, qui a encore dû rafler une nomination aux Césars avec ça, à tous les coups. Bordel mais qui l'arrêtera ? C'est certainement notre plus grande... elle fait partie de nos plus grandes actrices. Son personnage est celui d'une médecin généraliste qui insulte invariablement tous ses patients de façon assez ostentatoire et un peu choquante - il faut bien le dire - pour le spectateur qui pourrait voir là une certaine gratuité dans l'emploi du mot doux, un certain zèle dans le goût pour la grossièreté la moins fine. Cette femme médecin dit à ses patients (de vieilles gens malades) : "Votre mari n'en fout pas une, c'est un connard et un vieux débris", ou : "Remuez vous le cul, déchets humains, enfoirés gériatriques de mes deux !" Mais cette vulgarité, cette lassitude angoissée qui caractérise notre chère doctoresse et qui se manifeste sur son lieu de travail sont à mettre sur le dos de son mari. Son homme est pourtant le seul personnage à peu près normal et appréciable du casting. C'est un peintre du dimanche, certes un peu tire-au-flanc, mais aimant, bonhomme, agréable et à peu près drôle. Seulement voilà, notre sage-femme n'en peut plus d'être à la charge de la famille, de ramener l'argent et la pitance. Son mari est à ses yeux un paria, un pouilleux, un va-nu-pieds, un clochard, une sous-merde, parce qu'il n'est que peintre, "et pas célèbre en plus" (sic et resic). Du coup elle va le tromper avec le premier zonard venu. Mais évidemment elle finira par se rendre compte que son époux est plutôt sympa et qu'il ne méritait peut-être pas ça, quand il acceptera d'apprendre à remplir les fiches d'imposition et de revendre le grand et bel atelier où il vivait (en mémoire de son grand-père, peintre avant lui), pour acheter une grande maison ou un grand appartement de luxe (comme ceux des deux copines fortunées de notre femme médecin) où ils pourront élever un enfant insupportable de plus.



Bref je ne vais pas m'étendre davantage. Pourtant le ciel m'est témoin qu'il y aurait tellement plus à dire sur ce film. Après tout c'est vrai, je n'ai même pas parlé de la bande originale. Je n'ai pas parlé des vannes du film, qui donnent à penser qu'un trio de grandes comiques est peut-être né, allez savoir, peut-être les nouvelles Inconnus. Ou bien Cécile Telerman serait-elle la réincarnation féminine du grand Mel Brooks ? Qui sait ? Quant à moi, j'ai adoré.


Tout pour plaire de Cécile Telerman avec Mathilde Seigner, Judith Godrèche, Anne Parillaud et Pascal Elbé (2005)