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7 février 2024

Dersou Ouzala

Je n'avais pas revu ce film après l'avoir découvert un soir, sur Arte, il y a quelque chose comme vingt ans. Je n'en gardais qu'un vague et doux souvenir, et surtout l'envie, depuis tout ce temps, d'y revenir, de le revoir, de mieux en profiter, comme d'un vieil ami perdu de vue et un peu oublié. C'est chose faite, et le moins que l'on puisse dire c'est que ces retrouvailles sont plus qu'heureuses. Je peux dire désormais sans précautions que Dersou Ouzala est de mes films préférés, et que si je devais me lancer dans un classement de mes dix films d'amitié favoris, classement qui serait sans doute difficile à établir tant ce "genre" m'est cher, il y figurerait en bonne place, pour ne pas dire qu'il en prendrait la tête. Tout est d'une beauté quasi miraculeuse dans ce film, à commencer par les deux personnages principaux, Arseniev (Yuriy Solomin), capitaine d'une expédition de soldats en mission pour cartographier les secrets reculés de la Taïga, et Dersou (Maksim Munzuk), ce chasseur golde qui a perdu femme et enfants après une épidémie de variole et qui vit dans la nature, nomade, solitaire, animiste dans sa conviction que toutes les choses comptent à égalité, et que le soleil, le vent, le feu, l'eau, les bêtes sont des hommes autant que lui, généreux dans sa façon de toujours laisser derrière lui les lieux plus faciles à vivre pour qui passera par là ensuite, homme ou bête, homme quand même. Mais les autres personnages visibles à l'écran sont tous tout aussi touchants et aimables, comme les soldats du capitaine, qui respectent Dersou, écoutent ses remontrances sans broncher, admirent à l'écart l'amitié du capitaine et de l'homme des bois, se démènent toujours pour aider, surtout quand il s'agit de Dersou, que tous aiment beaucoup manifestement, évidemment.





La beauté des paysages de la Taïga compte aussi, que Kurosawa prend le temps de filmer, comme il prend le temps de faire sentir le temps qu'il faut pour se déplacer dans ces espaces, ou celui qu'il faut pour nouer une relation d'amitié, à commencer par la première rencontre, quand Dersou s'annonce avant de quitter l'ombre de la forêt pour ne pas faire peur à la troupe, puis s'avance vers nous, enfin va droit sur Arseniev et lui lance un franc "Bonjour, capitaine !", qu'il prononce plutôt "Capétan !", nom par lequel il s'adressera jusqu'à la fin à son ami. Le temps aussi des premières conversations, quand Dersou dit à un sous-officier d'Arséniev qu'il parle trop, puis des premiers moments d'observation, quand Arséniev observe les faits et gestes du mutique Dersou pour retaper un abri avant la nuit. 
 
 


 
Le temps des moments d'euphorie, comme quand le capitaine et Dersou se retrouvent au début de la deuxième moitié du film, ou plus difficiles, quand Dersou demande à retourner dans les collines, à la fin du film. Kurosawa, dans des plans plus magnifiques les uns que les autres, ce qui n'est pas l'apanage de ce seul titre de sa filmographie, loin s'en faut, utilise savamment la profondeur du champ et du temps, pour montrer la difficile séparation des amis à la fin de la première partie du film, qui ne cessent de se retourner et de s'appeler en criant leur nom (nul doute que Kevin Costner aura pensé à cette séquence pour le finale de Danse avec les loups, que l'on pourrait d'ailleurs considérer comme un très libre remake de Dersou Ouzala), aussi bien que l'empressement des deux hommes séparés par la densité des bois ou par une souche d'arbre mort quand ils courent dans les bras l'un de l'autre. 
 
 


 
Mais encore quand les deux amis assis ensemble rient tandis qu'à l'arrière-plan les soldats assis au spectacle de leurs retrouvailles les regardent en silence puis finissent par chanter pour leur rendre ce moment encore plus beau. Ou, à la fin du film, pour montrer le capitaine et sa femme qui écoutent aux portes les échanges entre Dersou et leur fils, après que le chasseur golde, dont la vue décline et qui se pense traqué par l'amba, l'esprit du tigre de la taïga qu'il a malencontreusement blessé en voulant seulement l'éloigner, a accepté l'invitation de son ami à vivre chez lui, en ville. Ou, peu après, quand le capitaine quitte le salon et monte à l'étage, lentement, puis redescend, encore plus lentement, Dersou demeurant prostré, désolé, au premier plan, entre l'épouse et le fils d'Arséniev, pour revenir lui offrir son fusil dernier cri, autorisation tacite à retourner dans les bois malgré les risques que lui fait courir sa vue défaillante. 





Dans ce seul plan-là s'exprime toute l'intelligence de Kurosawa. On ne sait pas où va le capitaine quand il quitte la pièce, on suit le déplacement de ses bottes dans les escaliers, surcadrés par l'ouverture de la porte dans le fond du plan, aller et retour, mais entre son départ, le moment où il laisse Dersou et sa demande de partir plantés là, sans dire un mot, et son retour, fusil dernier modèle en mains, Kurosawa nous donne le temps de nous demander ce qu'il pense, ce qu'il ressent, ce qu'il va faire, et ce que Dersou pense, ressent, attend, idem pour l'épouse et l'enfant, toutes choses qui, non-dites, parce que nous avons eu le temps de les penser et de les envisager avec les personnages, dans leur silence, et dans le temps et l'espace du plan, ont existé et rendu l'instant, la décision, les gestes, encore plus denses et émouvants. 
 
 


 
Ce n'est qu'une des constantes manifestations du talent et de la finesse du cinéaste. Mais je repense à cette scène où Dersou, inquiet et sombre après avoir blessé le tigre, est assis seul la nuit au coin du feu : un des soldats quitte sa tente pour venir près de lui et tenter de le faire rire, en vain, et toute la scène nous est montrée depuis le point de vue du capitaine, assis sous sa tente, qui soulève un pan de l'entrée pour voir Dersou, assis, de dos, sans réaction d'un bout à l'autre de la scène, sans contrechamp sur les réactions ou l'absence de réaction du chasseur golde. Pas besoin. Et tant de choses sont dites pourtant, et ressenties, entre les trois personnages, par la seule mise en scène.





Autre joie, que l'on doit sans doute en partie au récit autobiographique éponyme de Vladimir Arseniev publié en 1921 que Kurosawa adapte : aucune adversité. Non, aucun adversaire, aucun opposant, aucun personnage bête et méchant. On a vu dans tant de films les équivalents des soldats du capitaine, qui certes au début rient un peu de Dersou et de ses lubies (comme laisser de quoi faire du feu et de quoi se nourrir derrière lui pour qui suivra ; ne pas jeter les restes au feu mais par terre pour les animaux ; laisser un signe pour avertir les cueilleurs de Ginseng qu'ils n'en trouveront pas dans tel coin de la Taïga), finissent par le prendre en grippe quand il les invective, ou se montrent jaloux de sa relation avec le capitaine, ou encore refusent de prendre des risques pour sauver Dersou quand il se retrouve coincé au milieu d'une rivière déchaînée, mais cela n'arrive jamais. 
 
 
 

 
Les seuls personnages néfastes du film sont les Toungouses qui ligotent trois moujiks dans une rivière et enlèvent leurs femmes, mais ils n'apparaissent pas à l'image et l'épisode qui les concerne est vite réglé, n'aboutissant qu'à une autre rencontre cordiale et une autre occasion d'entraide entre la troupe du capitaine menée par Dersou et des paysans du coin sur les traces des brigands. On pourrait également citer un autre personnage, tout aussi absent du film, et qui intervient à la fin, mais ce serait trop en dire pour qui n'a pas encore vu Dersou Ouzala. Ou alors, en cherchant vraiment, le pauvre type qui vient vendre de l'eau à la femme du capitaine, en ville, et que Dersou insulte parce qu'il ose demander de l'argent pour de l'eau dont les rivières sont pleines, mais même lui se laisse insulter et s'en va sans répliquer à celui qu'il prend pour un sauvage.
 
 


 
La seule adversité, suffisante dans un scénario où celle des hommes est évoquée sans que le besoin se fasse sentir d'insister, est celle du milieu hostile de la Taïga (on ne pourra plus oublier la tempête de vent sur la glace et la course contre la nuit que mènent Arséniev et Dersou, ce dernier à la baguette, dans l'abattage d'herbes hautes destinées à monter un abri de fortune), des animaux sauvages (pour l'orage comme pour l'esprit du tigre amba, Kurosawa se fait plaisir par quelques effets de lumière fantastique qui anticipent déjà son ultime film, Rêves), du temps enfin et de ses effets sur les hommes et les corps. 
 


 
Ayant revu récemment la plupart des films d'animation de Miyazaki, je m'étonnai et me réjouis de l'absence totale de purs antagonistes dans des œuvres comme Kiki la petite sorcière ou Mon voisin Totoro, qui n'en ont pas besoin pour tenir la trame de leur narration et nous émouvoir par, là aussi, la simple beauté de relations amicales et solidaires entre les personnages, Kiki et la jeune femme autonome et bricoleuse qui vit seule dans les bois d'un côté, les deux sœurs et les esprits de la forêt, dont Totoro lui-même, de l'autre. 
 
 
 
 
Les films sans adversaires, ou qui, à tout le moins, ne font pas reposer toute leur structure sur l'opposition d'un ou plusieurs personnages plus ou moins bêtes et mauvais, ne courent pas les écrans. Mais ils existent. Quand on en trouve un, ou quand on en retrouve un, et un aussi beau que Dersou Ouzala, on le chérit.
 
 
Dersou Ouzala d'Akira Kurosawa avec Maksim Munzuk et  Yuriy Solomin (1975)

19 décembre 2023

Le Garçon et le héron

J'ai revu La Nuit du chasseur l'autre soir et, étrangement, j'ai repensé au dernier film de Miyazaki, Le Garçon et le héron, sorti cette année. Pour une scène, celle que j'ai le plus aimée dans le film du cinéaste japonais, film qui en compte beaucoup de très belles, y compris dans sa deuxième partie folle de liberté et d'éclatement narratif, au point de devenir difficile à cerner, peut-être à totalement aimer, du moins en une fois (comme du reste l'unique film de Charles Laughton est, me semble-t-il, particulièrement déstabilisant et a de quoi dérouter profondément qui le découvre et ne s'en remet pas, avec l'intuition que le film ne cessera de se faire aimer davantage à chaque redécouverte). Parmi les très beaux moments du film de Miyazaki, celui, vers la fin, où la mère morte du jeune héros lui dit qu'elle compte bien revivre sa vie et sa mort tragique une seconde fois tant le mettre au monde, lui, son fils, valait le coup. Mais la scène qui m'a le plus ému et que je retiendrai plus que toute autre du dernier Miyazaki est celle, dans la première moitié du film, où le héron, posé si mes souvenirs sont bons sur une pierre au milieu de la rivière, exhorte le garçon, debout sur la rive, à le suivre s'il veut retrouver sa mère : toute une horde de crapauds sort alors de l'eau et se met à grimper sur les pieds du garçon, puis recouvre tout son corps en scandant "Viens ! Viens ! Viens !" jusqu'à pratiquement l'engloutir sous un amas vivant et grouillant.
 
 

 
Je n'ai pas pensé à La Nuit du chasseur devant cette scène, mais j'ai repensé à cette scène devant La Nuit du chasseur et sa fameuse séquence de la rivière, avec l'enchaînement de plans fixes sur le cours d'eau filmé depuis la berge, où descend lentement la barque qui éloigne les deux enfants orphelins de leur beau-père, et l'inoubliable succession d'animaux sauvages au premier plan de l'image : crapauds, araignée, lapins, etc. Dans les deux films, c'est la mère morte qui porte et emporte les enfants, ces êtres endurants, comme les qualifie à plusieurs reprises le personnage interprété par Lilian Gish dans le chef-d’œuvre de Laughton. Le souvenir de sa mère porte Mahito, le garçon de Miyazaki ; sa présence dans la rivière, morte ligotée et noyée dans une voiture engloutie, porte Ben, le garçon de Laughton, et Pearl, sa petite sœur joufflue.
 
 
 
 
 
"There is still the river" dit Ben dans ce qui est, pour moi, le plus beau moment du film, parmi tant d'autres. La présence de la mère, son fantôme, et la rivière, c'est la même chose, qui soutient la barque (laquelle appartenait au père des enfants, avant qu'on l'arrête et le pende, ce père qui avant de mourir, loin de les soutenir, a accablé ses gosses du pire poids possible, celui des 10000$ volés et du secret de leur cachette, qui tout du long pèse sur leurs chances de survie), la mère est là, malgré tout, sous l'eau où file la barque abandonnée dans laquelle le frère et la sœur échappent enfin, pour un temps, aux griffes du meurtrier Harry Powell, aka Robert Mitchum. 
 
 


Les deux films, au fond, parlent de la même chose : qui nous porte et que portons-nous ? De quoi héritons-nous ? Le jeune héros de Miyazaki, dont la mère est morte sous des bombes incendiaires et dont le père fait fortune avec son usine d'avions de guerre, rencontre dans le monde parallèle où l'emmène le héron un vieillard qu'il appelle "grand-oncle", le maître de ce monde-là, chargé de le maintenir dans un équilibre précaire. Ce vieux bonhomme moustachu lui demande, à lui, Mahito, l'enfant, de prendre sa suite, ce que le garçon refuse, au risque que tout s'effondre. Le vieil homme, défaillant donc, n'est peut-être pas aussi coupable que le père criminel des gosses de Laughton, ni que leur mère devenue bigote, noyée avant de l'être vraiment dans sa soumission à son faux prêtre de mari et dans son abandon à Dieu, elle qui fait pratiquement vœu de cécité..., ni que le vieux pêcheur qui a promis à Ben qu'il serait toujours là pour lui, et que le garçon appelle "oncle" aussi, mais qui, par peur d'être accusé, ne dénonce pas le crime de Mitchum quand il découvre le cadavre de la mère de Ben sous la surface de la  rivière, et se noie à son tour, mais dans l'alcool, quitte à laisser les enfants se débrouiller. Quand, à la fin du film, rejouant le traumatisme de l'arrestation de son père, le garçon se jette sur Mitchum arrêté par les flics et lui balance les 10000$ sur le dos en gueulant que c'est trop lourd à porter, c'est aussi un refus d'hériter. Refus de l'argent sale du père (dans les deux films), et du monde que ce fric-là représente, mais aussi, chez Miyazaki, du poids d'un autre monde qui tombe.
 
 


 
Mais surtout, j'y reviens, chez Laughton comme chez Miyazaki, la présence de la mère par-delà la mort se manifeste dans la présence de la nature, des animaux sauvages que la rivière semble appeler chez Laughton, et qui, rien moins que menaçants, bordent le cours d'eau, accompagnent de leurs bruits nocturnes la descente de la barque ; ou qui viennent de la rivière, la quittent comme on sort d'un rêve (toujours liquide, si l'on en croit la terrible scène où Mahito retrouve sa mère endormie pour la première fois et la voit fondre sous ses doigts puis se liquéfier sous ses yeux), pour rattraper et appeler le garçon : "Viens !", chez Miyazaki. Dans les deux films, la séquence touche juste, plus encore quand on sait que ces choses-là ne sont pas que des histoires, et dans les deux films elle est bouleversante. 
 
 
Le Garçon et le héron de Hayao Miyazaki (2023)

28 octobre 2017

Phenomena

Rétrospectivement, on peut dire que la carrière de Jennifer Connelly a pas mal déraillé. Elle avait pourtant bien débuté. Sans parler de son apparition (dans tous les sens du terme) déjà mémorable dans l’ultime film de Sergio Leone, Il était une fois en Amérique, l’actrice américaine crevait l’écran dans le premier rôle du Phenomena de Dario Argento. Avec son visage de jeune fille modèle et ses improbables sourcils de sibylle envoûteuse, la juvénile Jennifer incarne alors la fille d’un grand acteur américain expatriée en Suisse, près de Zurich, dans un internat de demoiselles. Mais son personnage, également prénommé Jennifer, est aussi gravement somnambule, et pourrait en outre s’appeler sa majesté des mouches.





Non pas qu’elle soit l’incarnation du diable, mais l’héroïne jouit d’une connexion privilégiée aux insectes, qu’elle comprend et ressent à l’égal de la Nausicaä de Miyazaki, née sur papier en 1984, un an avant l'héroïne d'Argento. Or ce don s’avère particulièrement propice lorsque, non loin de l'internat, un tueur en série extermine des jeunes filles et semble prendre un malin plaisir à laisser pourrir les cadavres pour les côtoyer, favorisant l’apparition de mouches macabres. C’est ainsi que Jennifer s’associe au professeur McGregor (Donald Pleasance), entomologiste, collaborateur de la police criminelle, paraplégique et ami d’une femelle chimpanzé adorable.





Au-delà du scénario, plutôt original mais, paradoxalement, parfois limité (la fin du film notamment laisse un brin songeur, avec l’arrivée de l’enquêteur interprété par Patrick Bauchau puis la résolution ubuesque près du lac), Phenomena est la plupart du temps d’une grande beauté visuelle (et sonore, à condition d’apprécier les morceaux d’Iron Maiden et Motörhead qui déboulent sans prévenir et sans raison particulière en plein milieu d’une lente déambulation sans heurt de Jennifer dans la cabane du présumé assassin). De facture assez classique, pour ne pas dire sobre (à l'image de Ténèbres, le giallo tourné par Argento deux ans plus tôt), le film se compose de plans magnifiques, dépouillés de ces patchworks de néons rouges et bleus, inspirés peut-être par Les Trois visages de la peur de Mario Bava, esthétique baroque qui, poussée à son paroxysme, résume un peu vite la patte Argento, même si elle a de fait contribué à la majesté de quelques unes de ses grandes séquences horrifiques, par exemple dans le superbe Inferno.





Argento compose ici des tableaux harmonieux, pourquoi pas gracieux et lumineux — comme ces plans où Jennifer Connelly arpente la verdoyante campagne suisse en quête du tueur — en tout cas à la frontière entre merveilleux et fantastique, à l'image de ce sublime gros plan sur les yeux à demi-endormis de l'héroïne, ou bien la séquence où elle suit une luciole qui la conduit jusqu’au gant abandonné par sa camarade de chambrée victime du meurtrier, ou encore celle où, persécutée par les pensionnaires de l’internat, elle convoque malgré elle une nuée opaque et bourdonnante d’insectes volants venus la protéger et cernant le bâtiment (Jennifer n’ira pas jusqu’aux représailles de Carrie). L'oscillation entre conte merveilleux et conte d'épouvante s'étire ainsi jusqu'au surgissement tardif de l'horreur pure, et quitte à y aller fort, quand la jeune fille toute de blanc vêtue sombre dans une piscine de cadavres en putréfaction. Comme souvent avec Argento, c’est le contraste qui compte, le chavirement de la pureté présumée, sa plongée dans les entrailles du sordide, dans un film qui vaut finalement moins pour ce qu’il raconte que pour les saisissantes scènes de contes horrifiques qu'il donne à voir et à entendre.


Phenomena de Dario Argento avec Jennifer Connelly, Donald Pleasance et Patrick Bauchau (1985)

22 août 2015

Souvenirs de Marnie

Le nom d'Hiromasa Yonebayashi ne vous dira probablement rien, déjà parce qu'il est putain de dur à retenir, ensuite parce que j'ai déjà oublié cet enchaînement de syllabes complètement aléatoire. Animateur sur de nombreux classiques du cinéma d'animation japonais (en gros, les Miyazaki et les Takahata, mais aussi Jin-Roh), Yoneyabashi fait partie de ces quelques noms qui circulaient au studio Ghibli lorsqu'il s'agissait d'évoquer la succession du big boss Hayao. C'est mal barré pour lui vu que je viens d'écorcher son nom et que non seulement vous ne vous en êtes pas aperçus, mais en plus je serais bien incapable de vous dire où je me suis planté au juste. Yo-ne-ba-ya-shi. Yonebayashi.




En 2010, Miyazaki père en est déjà à sa quatrième retraite, et Miyazaki fils, un temps envisagé par le studio pour prendre la relève (même nom de famille, pas con !), vient de méchamment se ramasser avec Les Contes de Terremer, un Ghibli tellement mineur que je ne l'ai même pas vu. C'est donc à Yobenayashi (je vous ai encore niqués) que revient la lourde tâche d'essayer d'égaler maître Miyagizaki, que même sur ce blog on estime, c'est vous dire s'il pèse lourd dans le milieu. Appliqué et respectueux de ses ancêtres comme le sont tous les Japonais, et aussi sans doute bieeeeen flippé à l'idée de faire un four et de planter le studio, Lionel Bayashi suit le petit manuel du parfait Ghibli au katakana près pour son premier film. De cette entreprise ô combien ambitieuse naît Arrietty Chabot et le petit monde des Chapardeurs, un Ghibli by the numbers donc, qui rencontre cependant le succès grâce à un coup de génie marketing encore jamais vu : cibler les enfants, ces merveilleux petits portefeuilles ambulants aux goûts cinématographiques misérables, qui font sous eux avec la même vigueur devant Mon Voisin Totoro que devant Les Minions 3 : Amis pour la Vie.




Fort de ce succès, notre Yonebayashi se lance dans un second long-métrage que je n'aurais jamais dû voir, échaudé que j'étais par ce coup d'essai convenu comme c'est pas permis. Mais la vie des pelloches trouve toujours un chemin, en l'occurrence celui du cinoche du quartier qui projetait Souvenirs de Marnie, et d'où je suis sorti littéralement ébahi.




Je le surestime sans doute un peu parce que c'est le genre de film qui choque, tout particulièrement au cinéma, dans cette curieuse expérience de groupe non consentie qui peut vous faire passer à coté d'un chef-d’œuvre comme vous faire prendre un pied total devant une semi-daube, pour peu que votre humeur et celle de vos compagnons soient ou non à l'unisson. Ghibli oblige, il y avait pas mal d'enfants dans la salle et je peux vous dire que durant les 1h43 que dure le film, pas un n'a moufté. Si des slibards ont été souillés, c'est plutôt par leurs parents qui, au fil du récit, suaient à grosses gouttes en se demandant ce qu'ils étaient en train d'exposer à leurs chers bambins. Le film est en effet très ambigu... En fait non, il n'est pas ambigu du tout, il est on ne peut plus direct : c'est l'explication qu'on voudra retenir après le film qui est ambiguë. Il raconte d'une façon à la fois très naïve et très frontale une histoire d'amour entre deux adolescentes mal dans leur peau.




Tellement naïve et frontale, apparemment, que la majorité des critiques ne l'ont pas relevée, ou n'ont pas voulu la relever, préférant parler d'amitié quand devant eux, deux jeunes filles se regardent face à face, mains dans les mains, pendant des minutes entières, en se déclarant qu'elles s'aiment et ne se quitteront pas. C'est vrai qu'il n'y a pas pénétration... Au-delà de l'autocensure parentalo-chrétienne de nos critiques officiels, difficile de ne pas s'imaginer, bonjour paranoïa, une quelconque pression de la part de Disney (distributeur des films Ghibli pour la France) pour inciter nos chères têtes grises/chauves à ne pas trop insister sur cet aspect pourtant central du film, et il faut aller fouiner sur des blogs encore plus obscurs que celui-ci pour enfin avoir l'impression de retrouver une description fidèle du film que l'on vient de voir. Si Kéchiche n'avait pas glissé ses balourdes scènes de teuch dans La Vie d'Adèle, en aurait-on parlé comme d'une histoire de coloc qui finit mal ?




Le parti-pris est d'autant plus audacieux qu'il s'agit d'un des rares, sinon le seul Ghibli que je connaisse, sans le moindre petit animal rigolo ou autre bestiole imaginaire kawaii. Hiromasa Yonebayashi nous émeut rien qu'avec des humains, ce qui n'est pas si fréquent dans l'animation. L'univers dépeint par le film est inhabituellement terre-à-terre, y compris dans ses nombreuses séquences fantasmées : à vrai dire, on se croirait plus dans un film de Kore-Eda, voire d'Ozu, que dans un Miyazaki. La galerie de personnages n'en est pas moins attachante : l’héroïne, Anna, pure adolescente à la fois méprisante et adorable, y côtoie un pêcheur silencieux, une grosse tante, un tonton à la cool, et évidemment, son fameux doppelgänger, Marnie. De par sa nature de personnage onirique et fluctuant, celle-ci sombre d'ailleurs parfois dans certains clichés irritants, bien que justifiés scénaristiquement ; à propos, histoire de couper court à un malentendu qui m'a longtemps habité, et malgré des clins d’œil évidents à Vertigo, dans la thématique ou cette séquence dans une vieille tour, le choix du prénom "Marnie" n'en est en réalité pas un : c'est simplement le prénom du personnage du roman dont est adapté le film.




Sans être un échec commercial, le film n'a malheureusement pas bien marché et a achevé de plomber Ghibli, bien aidé par le bide total du conte de la princesse Kaguya, avant-dernier film du studio. C'est assez compréhensible : on a affaire à un film pour enfants que bien des parents ne voudraient pas qu'ils voient. Cela dit, Souvenirs de Marnie n'est pas exempt de défauts. On peut prendre sa sincérité terrible pour de la niaiserie ; on peut surtout lui reprocher ne pas assumer jusqu'au bout les lectures audacieuses de l'intrigue qu'il dissémine tout au long du film (le twist final fait pousser un ouf de soulagement aux parents). Il n'en demeure pas moins très malin, et aussi beau visuellement que dans son propos. Souvent je repense aux films marquants de mon enfance, et je me dis que de leur coté, les filles n'ont jamais eu leur Stand By Me ou leur Goonies. Souvenirs de Marnie ne tire pas tout à fait sur les mêmes ficelles, ni sur les mêmes nouilles, mais c'est typiquement le film à montrer à une ado ou pré-ado mal dans sa peau. Toutes, en somme. Quitte à créer des armées de lesbiennes !


Souvenirs de Marnie d'Hiromasa Yonebayashi (2015)

3 septembre 2013

Mon voisin Totoro

Du haut de ses 72 ans Hayao Miyazaki l'a annoncé, il prend sa retraite. Le Vent se lève, présenté ce mois-ci à la Mostra de Venise, sera son dernier film. Il est donc temps de se retourner sur la carrière du maître de l'animation japonaise. Et force est de constater qu'on est en retard sur la vague Miyazaki (on écrit son nom les yeux fermés, la tête dans les nuages). On s'est bien excités sur Porco Rosso mais à part ça rien. Et pourtant, la vague Miyazaki, depuis bien tarie, a déferlé sur nos contrées à l'orée des années 2000, à une époque où nous étions en première ligne pour la recevoir droit dans la gueule. Pourquoi un tel raz-de-marée Miyazaki dans ces années-là ? Rappelez-vous 45, fin de la 2nde Guerre Mondiale, quand tous les films ricains ont débarqué chez nous d'un seul bloc. C'est idem. Avant l'an 2000 il devait y avoir un mec à la frontière, bras écartés, qui interdisait le passage du moindre "anime" du dénommé Danao Miyazaki, pape de la japanimation. Ce type a dû baisser la garde à un moment donné et tous les bébés du studio Ghibli ont chié sur nous. Il en sortait un par mois ! Le Château ambulant, Le Château dans les nuages, Le Château dans le ciel, Le Château de Cagliostro, Le Château qui déambule dans les nuages, Le Château nuageux déambulant, Nausicaa de la vallée du vent, Kiki la pure sorcière et les hommes sauvages, Princesse Mononoké-hime, Le voyage de Chihiro el hijo de pu', etc. Miyazaki a réalisé une chiée plus mille de films d'animation et nous nous les sommes tous empégués, directement ou indirectement. Et vu que c'était les films préférés de toutes les étudiantes dans les années 2000, mieux valait connaître son petit Danao Miyazaki illustré sur le bout des doigts.




On a d'ailleurs tous un fauteuil Totoro chez nous. Soit qu'on a acheté celui à 150 euros sur un site spécialisé pour une conquête d'un soir un poil capricieuse, soit qu'on en a créé un en amoncelant mokos et mouflons de poussière au petit bonheur la chance dans un coin maudit de notre F4 de 23 mètres carrés sans cloisons. Miyazaki a inspiré des vocations. Qui n'a pas tenté de croquer un Totoro sur son carnet perso ? Dans les années 2000, Miyazaki rôdait sur tous les plateaux télé pour croquer des petits Totoro en deux coups de pinceau du bout des doigts, histoire de faire râler ses fans et d'obtenir la paix sous forme de chèques grassouillets. Comment ne pas se prendre d'amitié pour ce créateur et surtout pour ses créatures si parfaitement mignonnes et adorables ? Qui n'a pas rêvé d'avoir un Totoro pour meilleur collègue et de pouvoir s'abriter de la pluie sous son énorme cul ? 




Mais depuis quelques années on se demandait un peu où était passée l'inspiration de celui dont on a découvert toutes les œuvres d'un seul coup, dans un âge d'or involontaire, et qui depuis a eu bien du mal à renouer avec le succès écrasant qui fut le sien au début de la décade passée. On a bien vu Ponyo dandiner du cul sur la falaise, à deux doigts de s'estramasser par terre faute d'atterrir dans un château dans le ciel providentiel, mais quoi d'autre ? Cela étant dit, comment en vouloir à Papi Miyazaki. C'est un peu comme si un taré à la frontière japonaise avait barré la route à toute la filmographie de Spielberg jusqu'au début des années 2000, où il se serait finalement décidé à laisser pisser l'ouragan ricain. Les nippons auraient pété un câble en découvrant en janvier Duel et E.T., en février Indiana Jones 1, 2 et 3 (ne comprenant pas le retard du 4 du coup), en mars Les Dents de la mer et Jurassic Park, en avril Rencontre du 3ème type, en mai La Liste de Schindler et Il faut sauver le soldat Ryan, et ainsi de suite, trouvant là le type le plus prolifique, le plus inspiré et le plus friqué du monde pour ensuite le voir décliner d'année en année à un rythme un poil moins échevelé. C'est de bonne guerre de la part de Papi Miyazaki, qui a quand même fini par tourner en rond, ne sachant plus dans quel nuage foutre ses châteaux pour paraître un peu moins répétitif, et qui a peut-être bien sagement décidé de finalement se mettre au vert. Il reste un sacré inventeur de bestioles attachantes et un écolo de premier choix.


Mon Voisin Totoro de Danao Miyazaki avec mon voisin Totoro (1988)

8 novembre 2012

Le Choc des Titans

Si vous avez vu L'Histoire sans fin, ce chouette film pour enfants de 1984, vous avez une bonne idée de ce à quoi ressemblent les effets spéciaux du Choc des Titans, ce gros film d'action sorti en 2010, encore que ce dernier est en réalité mille fois plus kitsch que l’œuvre de Wolfgang Petersen ou que son homonyme réalisé par Desmond Davis en 1981 avec Laurence Olivier, dont il est le remake. Le Choc des Titans nouvelle version a coûté 110 millions de dollars de plus que Clash of the Titans ancienne mouture (trente ans après, en des temps où tous les films hollywoodiens coûtent au minimum cent bâtons de plus qu'à l'époque, inflation adjusted) et pourtant il est moins bien réalisé techniquement… Je ne parle pas de mise en scène, il n'y en a pas, mais bien d'effets spéciaux et de "rendu" (quel mot horrible) visuel. Même Jason et les argonautes (1963) est à ce titre (et à tous les autres) un film plus beau et mieux fait que ce Choc des Titans en titane.


Voici donc l'Olympe tel que se le représente Hollywood en 2010 à coup de centaines de millions de dollars...

Devant ce film, pur blockbuster américain réalisé par un français qui n'a de française que sa nationalité, on se pose plus que jamais la question des potentialités de l'imagination et on se dit que l'homme semble décidément bien incapable de représenter quoi que ce soit qu'il n'ait déjà sous les yeux, se contentant en fin de compte de moduler plus ou moins ce qu'il connaît et de faire des assemblages incongrus de choses vues, ce qui nécessite et relève déjà de l'imagination à condition de s'entendre sur ce terme qui ne voudrait dès lors plus jamais se parer du sens d'invention. James Cameron est admiré pour sa capacité à "inventer un monde" dans Avatar, où il entrecroise pourtant des éléments de notre monde connu en les modifiant à peine : il a vu des perroquets multicolores voler en groupe et s'agripper à des rochers, il les a agrandis et reproduits en images numériques et le tour était joué. On peut dire la même chose de chaque "invention" de son film, des chiens sauvages fuselés comme des bagnoles de course aux chevaux avec port USB intégré en passant par les afro-indiens d'Amérique bleutés façon schtroumpfs. Ce qui n'existe pas déjà dans la faune, la flore, l'histoire et les civilisations de notre chère planète vient plus ou moins directement d'autres imaginaires, typiquement les montagnes flottantes chères à Miyazaki et à d'autres avant lui, sans parler d'un scénario qui n'est jamais que le plus ressassé de l'histoire des histoires. Mais au moins Cameron a-t-il le talent de manigancer quelque chose de visuellement interloquant, d'à peu près agréable à l’œil (c'est même à ça qu'il s'acharne non sans bonne volonté et sans réussite : plaire à l’œil histoire de cacher le vide total de son propos). Cameron tente précisément de parvenir à nous faire croire à l'impossible, à savoir que l'on assiste à la création ex nihilo d'un univers entièrement nouveau et inédit. En somme il sait faire illusion.


Le Daily Mouloud en personne dans un blockbuster hollywoodien infect, et le pire c'est qu'il est persuadé que c'est "trop la hype".

Dans Le Choc des Titans, quand il faut représenter un Dieu, et pas n'importe quel Dieu, Zeus s'il vous plaît, on a beau pouvoir soi-disant "imaginer", "inventer", "créer" ce qu'on veut de toutes pièces grâce aux images de synthèse, en tout cas tâcher de faire illusion, on se contente d'appeler Liam Neeson et de lui faire porter une hideuse armure de satin qui brille. Pour Hadès on prend un sous Liam Neeson, Ralph Fiennes, et on lui met un costume noir (parce qu'il est méchant). Remarquez s'ils parvenaient à imaginer quelque chose d'autre pour représenter les Dieux de la mythologie ce serait certainement pire encore, un spectacle encore moins recommandable dont il faudrait à tout prix éloigner nos gosses. Mais ce n'est pas le cas, le seul spectacle qui nous est offert c'est celui de deux mauvais acteurs qui cabotinent en costumes à épaulettes en se déplaçant sur un parquet vert remplacé en post-production par une image anamorphosée du ciel terrestre nuageux directement achetée au documentaliste français YAB, Yann Arthus-Bertrand, l'auteur de Ma mère vue du ciel et de Home. Nous n'aurions donc pas bougé d'un millimètre depuis les origines du cinéma, sauf à régresser à la vitesse de la lumière. A part que c'est beaucoup plus laid qu'à l'époque et que c'est interprété par des méduses humaines.


Hyôga du Cygne et Ikki du Phoenix, aka les Chevaliers du Zodiaque.

Sans parler de la réalisation confiée à un ignare heureux, un faiseur de films d'action purement débiles (on doit à Louis Leterrier les chefs-d’œuvre que sont Le Transporteur et L'Incroyable Hulk). Quand on constate au générique de fin que c'est bien Louis Le-fox-terrier qui est aux manettes du film, on pige mieux la présence au casting de Mouloud Achour du Grand Journal de Canal+, qui avait dû quémander une apparition dans le film à l'antenne auprès du réalisateur ou d'un producteur littéralement pris en otages, et qui trimballe son énorme tronche dans une ou deux séquences d'un film au moins aussi crétin que lui, revêtu d'un paillasson mythologique mais non départi de ses grosses baskets américaines qui font un petit peu tache dans le contexte du film (mais on ne lui en voudra pas trop puisqu'il a accepté de laisser son énorme casquette à visière au vestiaire, élément pourtant crucial de sa panoplie de trentenaire urbain attardé).


Poséidon en slip dans Jason et les Argonautes.

Je ne sais pas pour vous mais personnellement l'image ci-dessus m'évoque davantage un Dieu beau, impressionnant, fort, puissant et unique que les deux acteurs cireux qui font un duel de profils en dents de scies sauteuses sur l'image précédente... Quant aux effet spéciaux, les deux photos parlent d'elles-mêmes et le film de 1963 avec ses dix roubles de budget explose le film de 2010 et ses dix billions de dollars au compteur. Gaston Bachelard écrivait : "On veut toujours que l'imagination soit la faculté de former des images. Or elle est plutôt la faculté de déformer les images fournies par la perception, elle est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images. (...) Si une image présente ne fait pas penser à une image absente, si une image occasionnelle ne détermine pas une prodigalité d'images aberrantes, une explosion d'images, il n'y a pas imagination." Le Choc des titans, et c'est bel et bien un choc que ce film, ne nous propose rien de tout ça, non seulement il ne forme aucune image mais il bloque l'imagination plus qu'il ne la stimule en nous balançant un visuel vu et revu, complètement éculé, et diablement moche par-dessus le marché. Si Dieu est mort et si les Dieux grecs sont morts avant lui, Louis Leterrier a utilisé beaucoup d'argent pour massacrer ce qu'il pouvait en rester, l'image, la représentation populaire.


Le Choc des Titans de Louis Leterrier avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes, Gemma Arterton et Mads Mikkelsen (2010)

7 mai 2008

Porco Rosso

"Dans le cochon tout est bon !", et Hayao Miyazaki nous le prouve avec ce film ! Du très très grand Art, plein d'humour et d'émotion. Avec Porco Rosso, Hayao Miyazaki a probablement réalisé le meilleur film d’heroic fantasy de tous les temps. Là où de nombreux réalisateurs n'arrivent même pas à donner le moindre souffle épique à leurs images, Miyazaki a réussi un véritable tour de force en faisant de Porco Rosso un véritable cyclone. C'est bien simple : j’étais scotché à mon fauteuil du début à la fin, et j’ai pas décollé mes mirettes de l’écran une seule seconde ! Une fois le film terminé, j'avais deux grandes auréoles sous les bras et je baignais dans ma sueur. Aux chiottes Peter Jackson, Guillermo del Toro et autre Bilbo le Hobbit ! J’ai un nouveau pote en la personne d’un porc aviateur nommé Porco Rosso et doublé par Jean Reno. Et c’est mon seul pote asiatique.

Hayao, si tu lis cette critique, sache que tu as un fan incorruptible qui réside en France. Hayao, si un jour t’es dans le coin, dans le besoin, que ta bagnole est en rade ou quoi que ce soit, dis-toi bien que t’as un endroit où loger à jamais. Ton 911 à toi c'est mon numéro perso. Ton 118 218 c'est mon self phone. Ton ambulance c'est ma mobylette. Ma maison est tienne. T’as un sacré pied à terre dans mon plummard. Un laissez-passer vers mon gros cul. Tu seras toujours le bienvenu chez moi. Tu peux toquer à ma porte, à n'importe quelle heure, de la nuit comme du jour, elle te sera toujours grande ouverte. Tu seras accueilli avec un sourire de dix pieds de longs, t’auras à boire et à manger, et pas que de l’eau douce, si tu vois ce que je veux dire. T’es le roi du dessin animé. T’es le dieu de l’animation. T'es un classique. T'es un mythe. T'es une légende.



Porco Rosso est encore un très grand film, avec tellement plus de qualités que tous les films d'animation américains réunis qu'ils devraient en avoir honte ! J'applaudis des deux mains et des deux pieds. Les autres peuvent prendre des notes et tout réapprendre depuis le début ! Don Bluth, t’as rien fait de bon depuis Fievel, tu devrais ramper jusqu’à Miyazaki et lui cirer ses godasses dégueulasses avec ta propre langue ! John Lasseter, depuis Toy Story t’enchaînes les ratages, compte pas sur moi pour rembourser ton dernier film en bois ; au mieux je t’envoie un chèque en contreplaqué pour compléter ta collection d’ébène ! Brad Bird, j’avais cru en toi en regardant Le Géant de Fer deux fois de suite un soir d’automne où ma mère était en réunion ; mais depuis ce film, une exception dans ta filmographie en mousse, tu t’es mis sur « pilote automatique » et t’as perdu tout ton talent ! Ta Ratatouille c’était une sacrée daube ! C’est certes un jeu de mots un peu facile mais tu vaux pas beaucoup mieux, Brad. Quant à toi Walter Disney, le nullard d’entre tous les nullards, t’étais qu’un putain de nazi ; on a tous découvert ça sur le tard mais ça nous a finalement assez peu étonné quand on a revu tes films et qu’on s’est rendu compte qu’ils véhiculaient tout un tas d’idées rétrogrades. Bref, je m’emporte et je commence à méchamment suer du front, alors j'arrête. Oublions tous ces tocards et revenons à notre cher et tendre Miyazaki !



LienPorco Rosso est tout simplement merveilleux. Porco Rosso c'est une truie, c'est une tuerie ! A travers l’histoire d’amour toute simple entre un porc aviateur et une truie alpiniste, un couple séparé par la guerre mondiale dans l’Europe dévastée, Miyazaki nous raconte un conte universel, l’histoire d’une vie, et il en profite au passage pour nous donner une grosse baffe cinématographique. Droit dans la tronche. De celles qui remettent les idées en place et qu’on aime tant recevoir malgré la douleur. De celles qui font apparaître sur la joue une marque rouge digne des coups de soleil terribles qu’on attrape en été quand on pionce à poil sur la plage en plein cagnard. T’es tranquille allongé sur le dos, tu mates discretos les meufs qui défilent seins nus devant toi ignorant qu’un malade les mate à mort, puis tu tombes de fatigue à cause de la chaleur ; et quand tu te réveilles, bam, tu te rends compte avec horreur que tu t’es transformé en Cool Spot ! Bref. Une sacrée gifle quoi. Mais je tends l’autre joue, Hayao, je tends l’autre joue ! J’en veux encore, j’en redemande !

Décidément, l'animation japonaise est tellement plus intéressante que tout ce que peuvent nous faire les Américains, qui n’en finissent pas de nous ressortir les mêmes films ridicules en images de synthèse. Shrek rhabille-toi et vire-moi tes sales pattes de là, t’es qu’un sacré escroc à côté de Porco Rosso. Je dirai même que t’es qu’un gros fils de pute. Ta mère c’est une traînée et je le sais car mon père est son client le plus fidèle. T’es un vieux bâtard Shrek, et tu ressembles à que dalle de vivant. Shrek et Les Indestructibles, même combat : je vous détruis à coup de savate si je vous recroise un jour sur ma téloche. Je zappe quoi.



Porco Rosso est un chef d’œuvre incontournable, du même niveau que Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, Le Château dans le Ciel et Le Château Ambulant. D’ailleurs, l'histoire de Porco Rosso me semble être un mélange des deux derniers films cités, qui étaient eux-mêmes un pot-pourri de tous les autres films signés Miyazaki. Décidément ce type-là est un sacré génie. Hayao est bien le seul gaillard du 7ième Art capable de nous sortir 6 films différents, soit un peu plus de 14 heures de métrage, à partir d’une seule et même histoire de 5 lignes. Et y’a pas à dire, y’a bien que Miyazaki pour si joliment manipuler la souris sous Paint, et nous sortir sur grand écran de tels bijoux. Vivement le prochain !


Porco Rosso de Hayao Miyazaki avec Porco Rosso (1992)