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29 mars 2017

Brimstone

On avait très envie de s'enthousiasmer pour ce western sombre et ambitieux au casting a priori sympathique, Guy Pearce et Dakota Fanning se partageant l'affiche. Hélas, force est de constater que le cinéaste néerlandais Martin Koolhoven paraît un brin trop prétentieux dans sa façon de traiter son sujet et son film échoue à emporter l'adhésion. Avec un peu plus d'humilité, Brimstone aurait pourtant peut-être pu rejoindre Bone Tomahawk et The Keeping Room parmi les excellents westerns, réalistes et durs, produits récemment. Dakota Fanning incarne ici une jeune femme poursuivie depuis sa plus tendre enfance par un mystérieux révérend, campé par Guy Pearce. Le film, trop long, découpé en quatre chapitres aux titres un peu pompeux et non-chronologiques, nous déplie progressivement l'histoire qui relie, beaucoup plus intimement qu'on ne l'imagine, ces deux personnages. Le premier a le malheur d'être une femme, le second est un fanatique ayant une interprétation très personnelle de la Bible... 




Le scénario de Martin Koolhoven aurait pu déboucher sur un western intéressant, abordant audacieusement des thèmes malheureusement et tristement d'actualité comme le fanatisme religieux et la condition des femmes. Mais trop d'emphase, trop de lourdeur dans le message asséné, et des personnages finalement bien maigres, pour lesquels nous ne vibrons jamais, nous empêchent d'être réellement saisis par les enjeux du film. Interdit au moins de 16 ans, Brimstone n'est pas spécialement choquant, sa violence et ses détails morbides paraissent simplement un peu vains dans le sens où ils ne suffisent pas à créer la moindre terreur. Le révérend auquel Guy Pearce prête ses traits durs et son accent grotesque ne parvient guère à incarner une nouvelle figure du Mal marquante auquel il prétend trop ostensiblement, dès même sa première apparition. Malgré les multiples contre-plongées et le jeu pesant de l'acteur, on est plus proche du taré d'un film d'horreur lambda, d'un slasher plus soigné que la moyenne, que de l'inoubliable révérend de La Nuit du Chasseur dans la lignée duquel le réalisateur néerlandais aimerait plutôt s'inscrire.




Au lieu des images ténébreuses que le cinéaste aimerait tant imprimer sur nos rétines, on retiendra surtout la mort particulièrement ridicule de Kit Harington, avec qui le cinéma est décidément bien cruel, et celle, assez risible également, de ce pauvre homme qui demande calmement qu'on l'achève alors qu'on l'a déjà étranglé avec ses propres intestins (poussée un peu plus loin, la situation aurait pu donner lieu à une scène d'un comique absurde réjouissant). C'est donc une vraie déception car les intentions sont bonnes et le cœur y est, mais on aurait aussi aimé que Martin Koolhoven se prenne peut-être moins au sérieux, sache trancher dans le vif et donner du corps à son histoire, à ses personnages. Le ton du film, sa durée exagérée et son allure clinquante nous semblent finalement en bien triste décalage avec sa réelle envergure. 


Brimstone de Martin Koolhoven avec Dakota Fanning, Guy Pearce et Carice Van Houten (2017)

19 mars 2016

Des Hommes sans loi

John Hillcoat, le réalisateur australien de The Road, a voulu signer "son film de gangsters", avec tous les archétypes et les codes "du film de gangsters". Le scénario est signé Nick Cave, collaborateur régulier du cinéaste, mais il pourrait avoir été écrit par n'importe quel âne d'Hollywood. On y suit les frères Bondurant, des trafiquants d'alcool notoires qui vivent paisiblement dans leur comté de Virginie jusqu'au jour où un flic un peu timbré débarque de Chicago, bien décidé à faire respecter le 18ème amendement de la Constitution américaine. S'il n'y a jamais rien de surprenant du côté du déroulement de l'histoire, il ne faut pas non plus s'attendre à être surpris par la mise en scène de John Hillcoat, très académique. Le film se regarde sans trop souffrir, mais il est tout à fait insignifiant et, sans la présence de spectateurs pris en otage à mes côtés, je me demande même si je ne l'aurais pas interrompu au bout d'une heure. Jamais étonnant, surprenant, différent, Des Hommes sans loi est simplement fait avec une triste application, de celle qui condamne le moindre élan créatif, commune à ces films certes soignés et pas désagréables à l’œil, mais sans vie ni éclat. Il y a bien une ou deux idées ici ou là, dans le montage notamment, mais elles sont si rares que l'on se demande si elles ne sont pas simplement dues au hasard. Un peu plus inspirée est la bande originale du film, que l'on doit au groupe The Bootleggers, featuring Marky Lanegan, Ralphonse Stanley, Emmylou Harris et l'inévitable Nick Cave, décidément plus doué derrière un micro qu'à l'écriture de scénars.  




John Hillcoat n'étant pas un cinéaste doué, malgré ce que l'on essaie de nous faire croire depuis The Road, il ponctue les scènes de violence qui jalonnent son film par des plans très gores et assez choquants, qui brusquent forcément le spectateur mais qui cachent très médiocrement toute l'incapacité du réalisateur à captiver son audience d'une autre façon. Ces accès de violences inattendus sont finalement les seuls moments un peu marquants de ce film, c'est dire... Les acteurs font leur boulot, on ne peut pas leur reprocher grand chose. On notera la présence toujours agréable de la belle Jessica Chastain, dans le rôle du pot de fleur qui ne sert strictement à rien si ce n'est à montrer tous les efforts des costumiers (ses vêtements lui vont en effet à ravir). On sera davantage agacé par la prestation écœurante de l'inénarrable Guy Pearce, qui en fait vraiment des caisses dans la peau d'un personnage vraiment lamentable : une sorte de méchant ultra méchant, un homme sans cœur, sans remord, sans rien, le Mal incarné, avec une allure impossible (sourcils rasés et coupe de cheveux hideuse) qui finit de le ridiculiser. C'est bien simple, on attend sagement pendant tout le film que Guy Pearce se fasse enfin casser la gueule par l'un des frères Bondurant. Bref, un film pour rien. Mes parents m'ont dit avoir plutôt bien aimé, puis je leur ai demandé "Et vous auriez aimé payer pour voir ça au ciné ?" et mon père de répondre "Ah non, après ça j'aurais foutu le feu à des bagnoles ou dégommé quelques rétroviseurs" (dans tous les cas, il s'en serait donc pris à des voitures). Puis je lui ai rappelé que ce film faisait partie de la sélection officielle au festival de Cannes, et il a fait "Ah... merde". 


Des Hommes sans loi de John Hillcoat avec Tom Hardy, Shia LaBeouf, Gary Oldman, Mia Wasikowska, Jessica Chastain et Guy Pearce (2012)

10 juin 2014

The Rover

Après s'être essayé au film de gangsters dans son premier long métrage, le très remarqué Animal Kingdom, l'australien David Michôd revient avec une sorte de néo-western post-apocalyptique au scénario proche de l'absurde. Un deuxième film moins directement séduisant mais peut-être plus abouti, qui confirme la naissance d'un cinéaste à la personnalité singulière et bien affirmée. The Rover nous plonge immédiatement dans la langueur et la torpeur pesantes de l'outback Australien, paysage désert, sans horizon, complètement cuit, si propice aux ambiances de fin du monde et que l'on aurait su condamné sans même lire l'intertitre d'ouverture : "Australie, 10 ans après la chute." Nous ne saurons rien de l'évènement qui, dans un futur proche, a fait sombrer la société tout entière. Quelques minuscules indices, glissés ici ou là, l'air de rien, sans aucune insistance, nous permettront toutefois d'imaginer les nouveaux contours de ce monde démoli, mais le cinéaste australien a bien sûr l'intelligence de ne pas se perdre dans les explications forcément déceptives de cette "chute". Il doit savoir que nous avons déjà bien trop souvent subi ce passage obligé dans de mauvais blockbusters américains. En outre, la noirceur de son film est telle qu'elle nous amène tout naturellement à penser qu'il s'agit non pas d'un évènement particulier, d'une catastrophe sans précédent, mais plutôt d'une suite logique, du prolongement possible de notre si peu reluisant présent.




Dans cette Australie assommée, un homme seul (Guy Pearce) assiste, impuissant, au vol de sa bagnole par un gang en fuite et devient, dès lors, tout ce qu'il y a de plus déterminé à récupérer son bien. Ce vieux loup solitaire, à l'humeur maussade et aux mots très rares, trouvera de l'aide en la personne de Rey (Robert Pattinson), le petit frère un brin débile de l'un des membres du gang, qu'il ramassera sur la route dans un sale état. Nous ignorons les motivations réelles du personnage principal, nous pourrons longtemps le considérer comme un justicier de pacotille, à la lucidité disparue, simplement soucieux de se faire respecter et de récupérer sa tire, comme un cowboy revanchard voudrait retrouver son précieux canasson, quitte à se lancer dans une croisade stupide et suicidaire, et prêt à laisser quelques cadavres dans son sillage. Malgré le fil ténu de son intrigue rachitique, David Michôd réussit à capter notre attention du début à la fin. Grâce à l'attention portée à ses deux personnages et au talent évident de leurs interprètes (Guy Pearce, habité, trouve sans doute l'un de ses meilleurs rôles et il faut bien reconnaître que le jeune Robert Pattinson est véritablement étonnant), nous suivons leurs laborieuses aventures sans s'en désintéresser une seconde. Le rythme est assez étrange, plutôt lent, le film est d'abord difficile à cerner, peu avenant, mais grâce à la conviction sans faille dont fait preuve David Michôd, on s'y installe progressivement. On est dedans, on y croit, c'est aussi simple que ça.




Comme dans son premier long métrage, David Michôd évite systématiquement le spectaculaire et fait preuve d'un réel talent pour filmer la violence. Quand celle-ci surgit, David Michôd filme sa froideur, sa soudaineté et sa cruauté, en une économie de plans remarquable et terriblement efficace. Les coups de feu sont aussi rares que fatals. Les affrontements sont brefs, les corps tombent vite, mollement. On retrouve également la même application dans la bande sonore : plutôt que d'accompagner ses scènes-clés par une musique illustrative qui viendrait lourdement renforcer les émotions visées, comme c'est trop souvent la règle, Michôd préfère consacrer à la musique des passages creux, stationnaires, mais propices au développement de cette ambiance unique à laquelle elle donne une sonorité très originale. Il a pour cela le bon goût de se servir de quelques-uns des plus mémorables morceaux du groupe chicagoan Tortoise, que je connaissais par cœur mais auxquels je n'avais jamais attribué un tel décor, que je n'avais guère imaginé dans un tel contexte. Le cinéaste parvient aussi très subtilement à s'éloigner des clichés du genre, à s'affranchir de ses références. On pourrait penser à une dizaine d'autres films tout du long et ne jamais entrer dans celui-ci. C'est tout le contraire. Même s'il n'est peut-être pas un chef-d’œuvre, The Rover domine de la tête et des épaules la concurrence actuelle, uniquement grâce à sa réelle capacité à nous immerger dans le monde apocalyptique qu'il dépeint, ceci étant permis par la croyance absolue du réalisateur en ce qu'il filme.




Le cinéaste ne dévie jamais de la ligne qu'il s'est fixé. Il nous livre un film de genre, un vrai, sec et sans concession ; une œuvre qui exerce un modeste mais réel pouvoir de fascination et laisse une empreinte assez durable par l'atmosphère suffocante dans laquelle elle nous a patiemment enveloppés. Et, si l'on en doutait encore, c'est à la toute fin que l'on peut s'assurer que David Michôd a réussi son pari, au moment où il dévoile la dernière carte, l'une des seules, de son scénario minimaliste au possible. Cette petite pirouette scénaristique finale, que je ne vous révèlerai pas pour mieux vous laisser la découvrir, pourrait plomber le film entier, le faire sombrer dans le ridicule et même provoquer des rires gênés, mais il n'en est rien. Si elle n'est peut-être pas très utile, elle n'entache d'aucune façon la qualité du film de Michôd et permet aussi de constater qu'il est parvenu sans souci à nous faire croire en la détresse totale de son personnage principal, définitivement perdu, aliéné. C'est là un petit miracle. Devant cette conclusion au cynisme surprenant, on se souvient qu'une même chape de plomb pesait, plus ou moins fortement, sur d'autres films australiens récents tels que Mystery Road et Les Crimes de Snowtown. Une résignation moite, marquée par des éclairs de violence tétanisants et hantée par des personnages désespérés, caractérise tous ces films. The Rover apparait ainsi comme une nouvelle preuve de la vivacité d'un cinéma australien qui, paradoxalement, semble trouver une énergie salvatrice dans son pessimisme latent.


The Rover de David Michôd avec Guy Pearce, Robert Pattinson et Scoot McNairy (2014)

2 juin 2014

Là-haut

Premier paragraphe et déjà une charge politique : notez bien que tous les ballons de l'affiche sont aux couleurs de la firme Google©. Rappelons que ce film a été conçu par Pixar, qui travaille l'essentiel de son temps sur ordinateur, or tout ordinateur est un jour ou l'autre connecté au net, qui lui-même nous conduit dès le départ sur, on vous le donne en mille, Google©... On a connu pub plus directe encore avec le récent Les Stagiaires, comédie giga balourde qui n'a pas eu honte de faire ouvertement une pub éhontée de Google© deux heures durant. Mais la propagande la plus efficace n'est-elle pas celle qui s'immisce dans nos foyers et dans nos esprits par la petite porte, par la chambre à coucher des enfants, par le soupirail, par la hotte du Père Noël ? De ce point de vue, Pixar (on aimerait un jour connaître le prénom de cet homme qui se fait appeler par son seul patronyme, comme s'il n'était qu'une marque, tels le politicien Mao, le chanteur Prince ou le graphiste Ben), avec Là-haut, venait de vendre son âme au Diable en acceptant de travailler pour Walt Disney et donc, manifestement, pour Google Chrome, comme ministre de la propagande et de l'éducation du peuple.


"Donne-moi ton code wifi que je puisse avoir un support visuel et prendre mon pied"

Il va sans dire qu'on lance un tel film avec beaucoup d'appréhension et un regard extrêmement affûté. On est charmé, il faut bien l'avouer, par ces premières minutes qui nous content en accéléré la vie d'un couple, de la rencontre jusqu'au trépas de l'un des deux éléments en présence, lequel trépas survient au bout de deux minutes de film et espère quand même nous rétamer, in vain... On se fout en fait de la vieille morte pour la simple raison qu'on en pince à mort pour le vieux crouton qui lui survit, basé sur les traits de Robin Williams (pas sûr que ce soit vrai mais c'est évident). Le vieux Carl Fredricksen, vendeur de ballons de 78 ans, perd goût à la vie et décide de reprendre les choses en main en attachant une tétrachiée de ballons au toit de sa maison pour foutre les voiles et littéralement prendre du recul. Mais c'est sans compter sur le minus du tiéquar qu'il a embarqué dans sa cave sans faire gaffe. Ce gamin de 8 ans (basé sur les traits juvéniles de Joseph Gordon Levitt période Mysterious Skin) était en train d'essayer de chourer au vieillard ses vieux numéros de Lui et de Newlook des années 80 featuring Samantha Fox et Sophie Favier. Ce gosse n'a que 8 piges mais c'est un putain de génie. Il finira général un jour, du moins c'est ce que lui promet Carl, laissé sur le cul par l'audace de ce petit bout de chou à la puberté précoce, accro aux mamelles démesurées.


Souci de cadrage mais seul arrêt sur image net de ce piaf insaisissable.

Les deux personnages sont ainsi projetés dans mille aventures qui les mèneront ni plus ni moins vers le bout du monde. Nous ne nous rappelons strictement d'aucune aventure. A part d'une bagarre, assez longue, à bord d'un zeppelin où notre cher vioque Carl Fredricksen, suédois de confession judaïque, est opposé à un nazi repenti (basé sur les traits de Lambert Wilson). Mais le souvenir de Up croise peut-être ici celui de Indiana Jones et la dernière croisade dans nos mémoires guypearcées*. On se rappelle aussi, et comment faire autrement, d'un personnage de piaf allumé, branché sur naomillewatts*, qui pétarade dans tous les sens, qui flambe du cul et occupe le champ comme jamais aucun acteur n'a su habiter le cadre auparavant. On vient de revoir la bande-annonce (éthique de blogueur ciné oblige) et on vient donc de se rappeler comme par miracle de cette idée des ienchs qui peuvent déblatérer grâce aux inventions du nazi bricoleur qui habite l'île du docteur mourro et se trimballe dans son zeppelin. Ce film, qui contient quelques scènes agréables, voire drôles, tout calculé qu'il est, marqua la fin de l'âge d'or de sieur Pixar, qui par la suite a fait comme tout le monde : enchaîner suites, prequels, sequels, remakes et ainsi de suite. Le dénommé Pixar n'est désormais plus que l'ombre de lui-même.


C'est grâce à ce film qu'on a tous pris conscience que le vieux rêve de pouvoir communiquer avec les ienchs est une chimère : ils n'ont rien à dire à part réclamer ce qu'on sait 
(des croquettes et des supports visuels pour prendre leur pied).


* Guypearcé /gu@ïpirsé/ : néologisme, verbe issu de l'anglais "Guy Pearce", nom propre, patronyme de l'acteur américain Guy Pearce, principalement connu pour son rôle d'amnésique trisomique dans Memento (2000), le film breaktrough de Christopher Nolan (1970 - ASAP).

* Naomillewatts /facile à prononcer/ : néologisme, nom commun issu de l'anglais "Naomi Watts", nom propre, patronyme de l'actrice australienne Naomi Watts, remarquée par David Lynch dans Mulholland Drive (2001) et principalement connue pour mettre sous tension. Note : c'est depuis ce film et sa rencontre avec l'actrice électrostatique que David Linge n'a plus besoin de se peigner les cheveux (ni de les laver).


Là-haut de Pixar avec Robin Williams, Joseph Gordon Levitt et Lambert Wilson (2009)

26 octobre 2013

Vorace

Été 98. Alors que Zizou et toute sa bande plongent le pays dans la liesse, sort dans les salles françaises et en catimini le 4ème long métrage d'Antonia Bird, et malheureusement son dernier, puisque la réalisatrice britannique est décédée hier, le 25 octobre 2013, à l'âge de 54 ans. Repartie travailler à la télévision après la sortie de Vorace, Antonia Bird aura quand même eu le temps de marquer les mémoires des fans de cinéma de genre, et notamment grâce à cette ultime et très méritante livraison cinématographique. On ignore si la cinéaste était végétarienne ou non, mais tout porte à croire qu'Antonia Bird a voulu d'une manière ou d'une autre purger son malaise face à la barbaque en nous faisant croquer de la chair fraîche dans un film d'horreur old school qui met en scène des cannibales puisant leur force dans la consommation effrénée de viscères humains. A partir d'un scénario a priori épuisé jusqu'à la corde par un nombre incalculable de séries B plus ou moins ridicules, la cinéaste parvint à signer une œuvre inventive, originale et intemporelle.




L'action se déroule durant la guerre américano-mexicaine. John Boyd (Guy Pearce), un officier fraîchement décoré pour avoir pris à lui tout seul un avant-poste ennemi, mais manifestement perturbé par son fait d'arme entaché de lâcheté et faisant face à un gros cas de conscience, se retrouve parachuté au fin fond de l'arrière pays, dans un fort de Californie dont la garnison est presque intégralement composée de rebuts de l'armée. Les divers personnages nous sont présentés en quelques coups de pinceaux avec une efficacité certaine et un humour appréciable. Le film s'anime avec l'arrivée de Colqhoun (Robert Carlyle, acteur fétiche d'Antonia Bird), un pionnier traumatisé, en loques et épuisé, qui raconte à ses hôtes les actes de cannibalisme auxquels se sont livrés certains de ses compagnons de voyage égarés après avoir trouvé refuge dans une grotte. Aussitôt, le colonel Hart décide de lancer une expédition pour secourir d'éventuels rescapés.




Le voyage des soldats ne manque pas de faire monter la pression et de distiller des indices sur la véritable identité de Colqhoun, auquel Robert Carlyle insuffle toute sa folie naturelle. L'acteur chipe pratiquement le premier rôle à Guy Pearce. Et pourtant l'acteur de Memento, qui incarne un anti-héros et joue presque en retrait, misant tout sur son regard azuréen et sur son élégante beubar de trois jours, tient là son meilleur rôle. La séquence-phare du film survient alors quand l'équipée parvient à la grotte et se retrouve piégée par le véritable cannibale de l'histoire (la fin de ce paragraphe révèle des éléments-clés de l'intrigue), Colqhoun lui-même qui, après avoir creusé le sol de ses mains comme pour trouver refuge, en extirpe des poignards et se met à massacrer la majeure partie de la troupe. Robert Carlyle livre une prestation littéralement habitée pour manifester la folie de son personnage et le suspense à deux vitesses mis en place par Antonia Bird fonctionne à merveille : Guy Pearce et un lieutenant s'enfoncent dans l'obscurité de la grotte en craignant d'y rencontrer un malade puis en ressortent à toute allure pour affronter celui qui les a conduits dans ce traquenard. Après quoi la cinéaste relâche et relance soudain le rythme de la séquence, non sans humour, lorsque Colqhoun se retrouve face au peureux de la troupe (Jeremy Davies) et lui dit, le regard habité, "Cours !", avant que ne s'emballe une mélodie endiablée pour accompagner la course poursuite des deux personnages.




Comment ne pas être pris aux tripes par la bande originale composée par Damon Albarn (aidé par Michael Nyman), plus inspiré que jamais, y compris sur ses side-projets Blur et Gorillaz. Dès le début du film, la musique épouse les images de Bird, ces grands paysages enneigés, et surtout colle à l'ambiance inquiétante de l'ensemble du film (notamment quand elle est mêlée aux ricanements crispants de Carlyle en voix off), avec de temps à autres dans ces mélodies une certaine pointe d'ironie, une forme de décalage et de dérision qui désarment la tension et font régulièrement respirer le récit. Comment ne pas être séduit par la légende de Wendigo, qu'une indienne raconte à Boyd, cette histoire d'un homme devenu surhomme en mangeant la viande de ses semblables. Le film perd bien le rythme de temps en temps, et la fin est un peu poussive lorsque Colqhoun revient au fort en Colonel Ives, mais Vorace fait clairement partie des rares réussites d'un genre balisé et sombrant souvent dans le ridicule, sans aucun doute grâce à la conviction de son auteure et de ses acteurs. On laisse le soin aux amateurs des gender studies de mettre à jour le sous-texte sur l'homosexualité masculine que le film contient de toute évidence, et on se contentera pour conclure de dire que c'est un film de genre de qualité - chose qui ne court pas les rues aujourd'hui - qui mérite plus que jamais d'être revu à la hausse.


Vorace d'Antonia Bird avec Guy Pearce, Robert Carlyle, Jeremy Davies et David Arquette (1998)

22 novembre 2012

Don't Be Afraid of the Dark

La panne d'imagination outre-Atlantique est telle que l'on en vient même à réaliser des remakes de téléfilms ! Don't Be Afraid Of The Dark est en effet le remake d'un téléfilm ABC sorti dans les années 70 et ayant acquis au fil du temps une certaine réputation auprès des mordus d'horreur, parmi lesquels Guillermo Del Toro, ici producteur et co-scénariste. Malgré cela, peu de gens ont vu ce téléfilm, alors sur un malentendu, cette nouvelle mouture pouvait passer pour une création originale. Mais y a t-il seulement quelque chose d'originale là-dedans ? Non, pas vraiment. L'histoire est des plus basiques : une petite fille emménage dans une immense baraque dont son tocard de père (Guy Pearce) et sa nouvelle petite amie (Katie Holmes) ont héritée ; très vite, la gamine découvre que les sous-sols de la maison sont hantés par des petites créatures belliqueuses, grisâtres et hideuses, qui n'ont peur que d'une seule chose, la lumière. Étant la seule à se rendre compte de la présence de ces bestioles, la gamine ne sera pas prise au sérieux par son entourage et devra trouver de l'aide auprès du vieux jardinier, un type un peu débile mais bien au courant du passé trouble de la maison et de son terrible secret...



Tout le suspense du film va donc être basé sur ces moments où l'on sera supposé redouter que la lumière s'éteigne, comme par exemple lors de ces scènes pénibles où la gosse s'endort tandis que les vilains gobelins font tout pour foutre en l'air sa lampe de chevet restée allumée, tirant sur le fil électrique de toutes leurs forces, alignés et bien coordonnés, un peu à la manière de cet idiot jeu breton dont le but est de pousser l'équipe adverse dans une grosse flaque de boue en tirant sur une corde. Sans doute appréciable quand on a 15 grammes d'alcool par litre de sang, ce jeu devient assez attristant lorsqu'on le voit simplement pratiqué par une bande de créatures dénué de charme et d'humour. Bien plus sympathique, cette scène où Guy Pearce, plus à la rue que jamais, croit bien faire en venant border sa gosse dans son sommeil, comme tout bon père de famille, et finit par éteindre la lumière en lui adressant un dernier regard amoureux, ne sachant pas qu'il la livre ainsi à ces salopards de nains rachitiques. Plus amusante encore, cette scène anormalement longue où la gamine supplie son imbécile de père de pouvoir pioncer la lumière allumée. Prétextant qu'il doit faire des économies d'électricité et que ses fins de mois sont "ric-rac", Guy Pearce ne veut rien entendre et appuie sur l'interrupteur avec autorité, l'index de la main droite bien ferme. S'ensuit alors ce que j'appellerai une "baston d'interrupteur" sans équivalent dans l'Histoire du cinéma. Dans l'embrasure de la porte de la chambre, Guy Pearce a le contrôle d'un interrupteur et éteint la lumière aussitôt que sa petite fille la rallume depuis son lit, auprès duquel un autre bouton est situé bien à sa portée. Malicieuse et se prenant rapidement au jeu, la gamine anticipe petit à petit les agissements de Guy Pearce et se met en place une véritable bataille psychologique intergénérationnelle. La fillette devance volontairement son paternel, lequel allume donc la lumière alors qu'il souhaitait l'éteindre ! Dépassé et à cran, Guy Pearce finit par abandonner et par tourner les talons, particulièrement fumasse. Les petites bestioles, qui s'amusaient beaucoup devant ce spectacle absurde et qui commençaient même à prendre les paris, se mettent alors, elles aussi, à tirer la tronche. Quant à moi, j'étais agréablement surpris d'enfin voir dans un film tout public une scène que j'ai jouée avec mon frère toute mon enfance !



Malheureusement, les scènes comiques comme celles-ci demeurent très rares quand ça n'est pas tout simplement moi qui les invente pour vous rendre cet article un brin plus agréable... Don't Be Afraid of the Dark est avant tout un triste film, qui ne fait hélas même pas partie de ceux que l'on peut regarder au second degré pour rigoler un peu et passer un bon moment entre amis. Un film qui accumule les scènes déjà vues mille fois ailleurs et qui échoue à peu près sur toute la ligne. Les acteurs ne viennent pas sauver la mise en scène inexistante du dénommé Troy Nixey, qui signait là son premier long métrage. Guy Pearce, visiblement très peu concerné par le film, livre sans doute la prestation la plus ridicule de sa carrière. Et puis quelle idée d'avoir embauché Katie Holmes pour jouer le rôle d'une femme adulte ? Cette actrice devrait être cantonnée aux teens movies, dans la peau de n'importe quel teens ! Elle a déjà un mal de chien à camper son propre rôle dans la vraie vie, celui d'ex-épouse de Tom Cruise et mère de ses enfants, elle n'est pas crédible une seconde, et elle réussit à l'être encore moins dans les quelques films de seconde zone que son mari tyrannique l'autorisait à tourner.



Le film est donc estampillé Guillermo Del Toro, c'est même lui qui a légèrement dépoussiéré le scénario original, faisant ça sans doute à la sauvette, entre deux tacos (il se nourrit essentiellement de tacos). On a donc droit à une petite fille brune mignonne dans le premier rôle, à une affiche un peu plus soignée qu'à l'accoutumée, et... Quoi d'autre ? Rien. Ah si, on a aussi droit à un gros labyrinthe, planté là au beau milieu du jardin on ne sait pas trop pourquoi, et à des décors un peu surréalistes, qui participent au petit côté onirique très artificiel de l'ensemble. D'ordinaire chargé en références lovecraftiennes, c'est cette fois-ci d'Arthur Machen dont Del Toro semble s'être légèrement inspiré pour apposer sa patte personnelle au téléfilm de 1973, en faisant de ces créatures luminophobes des êtres ancestraux à moitié féériques. La mythologie qu'il a essayé de développer autour de ces bestioles est peut-être l'aspect le plus original du film, mais cela ne suffit pas pour que l'on s'y intéresse, car tout cela est fort mal amené. En outre, face à l'extrême platitude du spectacle proposé, on se demande parfois si on est bel et bien face à un film d'horreur, la seule scène potentiellement effrayante ayant déjà été dévoilée dans la bande-annonce, le reste n'étant qu'ennui. C'est bien simple : ce film m'a totalement coupé l'envie de découvrir un jour le téléfilm dont il s'est inspiré. Peut-être reconnaissons-nous ainsi les plus mauvais remakes...


Don't Be Afraid of the Dark de Troy Nixey avec Bailee Madison, Katie Holmes et Guy Pearce (2011)

26 février 2012

Le Discours d'un Roi

Speech of a Lion King en VO, King of the speech au Québec. Ce film a éclaboussé l'année 2011. Et l'année 2010 aussi, car il était à cheval sur deux années, d'où l'expression "éclaboussé", car il en a vraiment foutu de partout. Colin Firth of Legend se retrouve dans le slip d'un Roi bègue, j'ai nommé Albert Liberty, Duke of York, et futur Georges VI, dit "Le Roi Bègue" (The Beggars banquet en anglais). Geoffrey Rush Hour joue son ortophoniste, Lionel Logue dit Jospin. Le Roi Colin Firth a toutes les chances de devenir roi d'Angleterre à la vieille de la Colin Firth World War, à condition qu'il apprenne à causer dans l'ordre et que son frère aîné (Guy Pearcé, le fantôme du cinéma mondial, toujours là où on l'attend pas trop), constipé depuis l'ingestion d'un cake au munster monster munch, continue de refuser à aller sur le trône. La femme du roi, Helena Bonnasse Carter, qui n'est pas du tout bonnasse en fait, le pousse au cul devant tout le monde pour aller rendre visite à l'oto-rhino, scène qu'on a tous vue ou vécue à la sortie d'école, quand une mère indigne a décidé de foutre la honte à son gamin devant tous les camarades. Tom Hooper, qu'on avait connu plus à l'aise aux manettes de Massacre à la tronçonneuse, réalise un film de pacotille en costumes où on est censé flipper, à la veille du plus grand bain de sang qu'ait connu le monde jusqu'alors, pour un pelé qui a les j'tons de lire un speech en public. Si on ne nous avait pas dit que le film se déroule en 1939, on en aurait instinctivement situé l'histoire au Moyen-âge, au temps des cathédrales et des gargouilles, tant le film est gelé, nimbé d'une atmosphère brumeuse digne de l'âge de glace, et tant il empeste la naphtaline.



Le grand truc de Tom Hooper, c'est le décadrage, et ça dure déjà depuis deux films au moins (son premier film, The Damned United, était un film sur le foot, et aucun tir n'était cadré). Il décadre à mort, il s'auto-décadre à qui mieux mieux, chaque plan de son foutu film est décadré. C'est-à-dire que chaque image du film laisse un espace vide d'un côté ou de l'autre de l'acteur filmé, et c'est la tapisserie qui en profite. Les anglais en général, les vieillardes et leur goût de chiotte en particulier, seront ravis. Le décadrage est un outil cinématographique qui, utilisé avec parcimonie, en tout cas avec sensibilité, peut produire du sens et créer un sentiment ou un autre chez le spectateur quand le cinéaste est inspiré. Mais, à foison, jusqu'à la lie, dans les cordes, exploité jusqu'à plus soif et dans absolument chaque plan d'un film qui en contient pas mal, sans que cet outil esthétique n'ait d'autre implication qu'une stupide quête de style de la part de son auteur ou qu'une maigre signification simpliste liée à la sensation d'écrasement éprouvée par le Roi Firth, qui ne parvient pas à "cadrer" son langage, le décadrage devient un misérable tic à rapprocher des pires vols de colombes au ralenti de John Woo, du cul de bouteille vissé à l'objectif de Jeunet, des plans obliques de De Palma, de l'effet bullet-time de Guy Ritchie, des plans fumés de Malick, des ralentis sur les culs de japs de Wong Kar-Wai, de la caméra portée tremblotante de Von Trier, du travelling qui croit nous faire croire que la caméra passe à travers les anses de carafes du pauvre Fincher et ainsi de suite.



Les décadrages insupportables signés Hooper ont fait illusion dans ce film historique de grand-père calibré pour les foules, qui auront l'impression d'apprendre l'histoire à travers une anecdote croustillante sans trop se faire chier. Le grand public qui a adoré Le Discours d'un roi s'est quand même fait un petit peu chier devant le film, mais en apprenant l'histoire normal de se faire un petit peu chier, voila ce que les gens se sont dit, ça fait quasiment plaisir au gros con de base de s'être partiellement fait chier devant ce film, c'est sa bonne action de l'année, c'est son fait d'armes à la pause-café au boulot, pour pavaner devant les collègues en disant : "Ce week-end je suis allé voir au cinéma King's Speech, sur grand écran, je connaissais pas cette histoire, on en apprend beaucoup, la petite histoire dans la grande, ça fait frissonner". C'est pour ça entre autres que ce film a fait la razzia sur les Oscars. Meilleur acteur, puisqu'il bégaye, et Dieu sait que Colin Firth s'est fait des couilles en or avec ce film ; meilleur décor, puisque comme vous pouvez le voir sur l'image ci-dessus c'est le peintre Pollock qui s'y est collé ; meilleur scénario puisqu'on "en apprend beaucoup" ; meilleur réalisateur puisque Tom Hooper a une patte forcément originale avec ses décadrages merdiques ; meilleur film enfin, du coup, CQFD. Les Oscars ont encore frappé.


Le Discours d'un roi de Tom Hooper avec Colin Firth, Helena Bonham Carter, Geoffrey Rush et Guy Pearce (2011)

28 août 2011

The Skeptic

Le type que vous voyez au centre de l'affiche est skeptic. N'imaginez pas qu'il est télékinésitérapeute (qu'il fait bouger les objets par la force de son esprit et en tendant les doigts, quitte à larguer quelques pets), il n'est pas non plus amnésique (à la Guy Pearce dans Memento), il n'est pas agnostique, aérodynamique, alcoolique, apocalyptique, aristocratique, asiatique ou résident de la Jamaïque, il est simplement skeptic, en français : sceptique. Comment peut-on décider de faire un film sur un héros skeptique ? Tennyson Barwell a cru tenir la réponse en enfermant cet homme si carré, si cartésien, doutant de tout et réclamant des preuves à tout le monde, y compris des preuves d'amour à sa femme (Thomas Arnold), dans une maison hantée où des phénomènes paranormaux se succèdent à un rythme effréné, mettant en cause toutes ses certitudes. Face à ces manifestations improbables, le héros reste skeptique : il ne croit pas une secondes aux fantômes. Il doute de tout cet homme-là, des gens qui l'entourent, de lui-même, il est skeptique à ce point-là. Il aurait tout à fait eu sa place dans The Truman Show, sauf que le film n'aurait pas duré longtemps puisque le héros se serait montré skeptique dès le départ. Vous trouvez peut-être que j'insiste un peu trop sur ce terme mais croyez-moi, ce type est uniquement skeptique, y'a pas d'autre terme pour le définir : l'acteur est lisse au possible et son personnage est une feuille blanche, un chieur propre sur lui, en costard, ultra skeptique.



C'est l'histoire d'un type qui hérite d'une belle maison, qui s'y rend, et dès qu'il ouvre la porte, les esprits se manifestent. Le plancher craque, la porte claque toute seule, la poussière se soulève, les fauteuils semblent l'observer, des dizaines d'ectoplasmes blancs et vaporeux lui font des doigts d'honneur, mais il n'y croit pas, étant skeptique, et ce n'est qu'au bout de deux heures de film qu'il décide d'en parler à sa meilleure amie Zoé Saldana (c'est cette actrice Naavi qui a accepté de jouer une membre de sa propre race dans Avatar de James Cameron), en commençant sa phrase par : "Ecoute, je suis skeptique mais il m'est arrivé un truc...". Ce héros fait terriblement trainer le film en longueur. A un moment, son compagnon (Thomas Arnold) l'attend chez lui, assis sur le perron, à son retour du travail. Le héros se gare, sort de sa bagnole, y retourne pour serrer une nouvelle fois le frein à main car il est skeptique quant à son bon fonctionnement, puis va s'adresser à son dulciné, remettant en question tous les dires de l'autre : "Mais comment tu as fait pour te libérer du boulot ? Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'as pas les clés ? Pourquoi tu attends sur le perron ? J'ai bien mis le frein à main ? Je suis skeptique...". A la fin du film, le héros découvre par lui-même (car il est skeptique sur les médiums et a refusé d'en inviter un chez lui), que sa maison est hantée et que ça date d'un trauma vécu dans son enfance où il aurait été enfermé dans un coffre après une chute dans les escaliers. Mais il reste skeptique sur cette élucidation et le film nous laisse tels quels. The Skeptic est sorti en DTV (Direct to Vidéo), et si "The Skeptic" est l'adjectif qui colle le mieux au héros, "honnête" est celui qui sied le mieux à ce film qui aurait pu connaître une sortie en fanfare dans les salles à l'image d'Insidious, qu'il enterre aussi sec bien que n'étant pas géant.


The Skeptic de Tennylson Barwell avec Tim Daly, Zoé Saldana et Tom Arnold (2011)

16 mai 2011

Stone

En ce moment, il est de bon ton de cirer les pompes de l'acteur Robert De Niro. L'actuel président du 64ème Festival de Cannes est le véritable Dieu de la Croisette. Profitant de l'occasion, tout le monde y va de son petit éloge adressé à l'acteur bicentenaire. Je ne suis pas là pour remettre en question son statut de légende vivante du 7ème Art, loin de moi cette idée, je ne me permettrais pas. En outre, je le considère également comme un très grand acteur, bien entendu. Que ce soit dans S1m0ne ou, plus récemment, dans 88 minutes, l'acteur m'a plus d'une fois mis sur le cul. Je n'écris pas non plus ces lignes pour rappeler que la carrière de la star est en chute libre depuis le début du nouveau millénaire, ce qui commence à faire un petit bout de temps. Non, ce serait trop facile, et j'estime qu'à 60 ans passés et avec le statut qui est le sien, on peut tout à fait se permettre de foutre en l'air sa propre carrière. C’est bien légitime. Non, c'est d'un sujet plus léger, plus terre-à-terre mais néanmoins assez tristounet dont je veux aujourd'hui vous dire deux mots. 
 
Il emmagasine, il emmagasine, sa grosse ride entre les sourcils en dit long... A force, il va finir par imploser !
 
Malgré les applaudissements interminables qui suivent l'acteur partout où il passe depuis l'ouverture du Festival (applaudissements auxquels il répond systématiquement "It's ok, it's ok" le dos voûté et les épaules bien basses), il ne vous aura certainement pas échappé, si vous êtes bon observateur, que l'homme affiche une mine peu réjouie, disons même une très sale tronche fort peu avenante. De Niro a l'air véritablement à cran. Las. Dégoûté. Vénèr. C'est un type au ras des pâquerettes que Cannes semble s'efforcer de fêter en grandes pompes comme pour tenter d'éluder l'inéluctable déclin de son festival. Aux multiples rides présentes sur son front d'homme mûr est venue s'ajouter une autre ride, quelques centimètres plus bas, comme figée, attirée par le bas des deux côtés, et autrement plus cruelle car elle est formée par ce qui habituellement lui sert de bouche. Pas spécialement connu pour sa loquacité en temps normal, Robert de Niro est tout simplement muet comme une tombe depuis mercredi dernier. Il n'en lâche pas une, et ça commence à la foutre mal. Vraiment. Surtout quand on est amené à croiser mille journalistes à la minute, à donner son avis sur tout un tas de films et à échanger avec un jury susceptible composé de professionnels de la profession. On pourrait penser que l'acteur prend vraiment à cœur son rôle de président du jury et fait valoir le fameux droit de réserve. Ou bien qu'il est agacé par la triste blague remise à la mode par le Petit Journal de Canal+ (toujours là quand il s’agit d’entretenir le culte de la vanne pourrave) consistant à lui demander s'il est bel et bien en train de nous parler et s'il a réellement baisé notre femme. Cette parodie des deux scènes les plus mémorables de sa carrière ne le fait plus rire depuis environ 30 ans, et ça se comprend complètement. Mais ça n’est pas ça, sinon l’acteur aurait pété les plombs plus tôt. Alors pourquoi ? Pourquoi Monsieur le Président tire la gueule ? 
 
Quand il se force à sourire, ça donne ça ! La partie gauche de son visage est irrémédiablement figée par le courroux tandis que la partie droite lutte encore pour sourire, mais plus pour longtemps.
 
J'ai mon explication. Elle vaut ce qu'elle vaut, mais elle est d'une logique imparable. Si l'acteur est imbuvable et d’une humeur exécrable depuis son arrivée sur le sol français, c'est tout simplement parce que celle-ci coïncide avec la malhabile sortie en salles de Stone, un film dont il n’est pas très fier, et il y a de quoi ! Un film dont la sortie fait clairement tache à l’heure où l’on vante tour à tour la brillante carrière de Robert de Niro. Et l’acteur est le premier à en avoir conscience. Un mauvais timing de la part de Metropolitan Filmexport qui croyait faire là le coup marketing de l'année, et dont même Télérama a su relever le côté malavisé et nauséabond ! Car Stone est une horreur, un navet XXL, un monument de comique absurde et involontaire, une véritable ignominie. 
 
L'ambiance n'était pas non plus au beau fixe sur le plateau, à en juger le regard assassin qu'un Ed Norton à fond dans son rôle adresse au caméraman (qui aurait déclaré qu'il ne faisait que son boulot).
 
La première scène du film donne le ton et annonce la couleur. On nage en plein ridicule involontaire, qui pourra faire rire les amateurs de daubes et qui agacera tous les autres, moins patients. Alabama. Années 60. Il fait une chaleur à crever. Un jeune homme est affalé devant la télé. Une grosse pustule sur sa joue droite le fait vaguement ressembler à une caricature juvénile de Bob de Niro. Sa femme lui apporte de la bière sans qu’il la remercie ni lui adresse le moindre regard. Son visage désabusé en dit long : elle est au bout du rouleau, elle n’en peut plus de ce gros beauf fan de Formule 1 et qui préfère regarder le Superbowl plutôt que de fêter l'anniversaire de leur fille. Elle se rappelle leurs jeunes années et se demande à quel moment tout à basculé. Était-ce le jour où elle a refusé que son mari passe par "l'entrée de derrière" un jour qu'il était plus polisson que de coutume ? Sur ces interrogations, elle monte dans la chambre où dort leur petite fille, s’assoit au bord du lit, dégoutée, et se met à réfléchir profondément tout en contemplant une mouche en train de lutter pour sa survie, emprisonnée entre la fenêtre et la moustiquaire. C’est une métaphore subtile de sa propre situation. La jeune femme prend alors son courage à deux mains et descend au rez-de-chaussée pour dire ses quatre vérités à son con de mari. « Tu me fais chier, j’en ai marre, j’ai eu ma dose, j’étouffe, je veux me barrer, je te quitte, tu m’as fait chier, en plus tu pues quand tu rentres du boulot et tu ne te laves même pas avant d'aller te coucher. Je dois changer les draps tous les trois jours et par conséquent les laver, et comme on n'a pas de machine à laver parce que Monsieur estime que ce sera moins bien lavé qu'avec l'huile de mon coude, c'est bibi qui va encore s'y coller et ça a le don de me pourrir chacune des journées qui jalonnent mon existence ! ». Sur le coup, le jeune De Niro ne semble pas réagir mais, après quelques secondes de brainstorming intense, il bondit soudainement de sa chaise et file à son tour dans la chambre. La jeune femme le rejoint effrayée et le découvre au bord de la fenêtre grande ouverte, la petite fille dans ses bras, menaçant de la jeter dehors et par conséquent de la tuer. « Si tu me quittes, je la laisse tomber. Tu penses que j’en suis pas capable ? Tu te fous le doigt dans l’œil ! I swear to God, I swear to God ! ». Sous le choc, la femme le rassure et lui promet qu’elle restera avec lui. Le battant de la fenêtre se referme sur la mouche, morte instantanément par coup du lapin son destin est scellé, celui de la jeune femme rousse aussi, la métaphore est subtile. Le réalisateur John Curran est au sommet de son art. Le couple se rabiboche et même se bécote, emporté par l’émotion (pendant que leur fille, témoin de la scène vient de signer pour 20 ans de psychanalyse). Problème réglé, et brillamment s’il vous plaît. On pense que le film est terminé. Mais non, ça n’est que la scène d’introduction. Encore 1h40 de nawak ! 
 
Je sais ce qu'il me reste à faire si ma meuf menace de foutre les voiles : la même chose, mais avec le chat
 
Par la suite, Stone prend des allures de thriller sous Prozac mélangé à du Tranxen 200, mêlant les pires ingrédients du « legal drama » aux plus tristes poncifs chers aux films dits « de taule ». On y voit un Edward Norton dans la peau d’un taulard à la coupe de cheveux improbable qui, pour obtenir le droit de sortir de taule plus tôt, fout sa jolie petite amie (Milla Jovovich dans un rôle taillé sur mesure) dans les pattes de celui qui doit décider de sa liberté conditionnelle (De Niro). Manipulée par son boyfriend dont elle est éperdument amoureuse, Milla Jovovich doit donc procéder à du chantage sexuel, user de ses charmes tout relatifs pour amadouer Robert De Niro, évidemment à « deux jours de la retraite » avant d’être plongé dans cette sale affaire (comme Morgan Freeman et Danny Glover dans tous leurs films). 
 
L'intrigue du film résumée en un fan-art. Pour chaque film que je mate, je crée un montage de cet acabit, avec le titre au milieu. Ça me permet de me rappeler du film en cas de trou noir. Je range tout ça sur mon Iphone 3GS et je peux consulter mon album-souvenir à ma guise pour mieux discuter ciné avec mes amis. C'est très utile pour les films de merde comme celui-ci. On voit que Guy Pearce fait pareil dans la version uncut de Memento. A ce propos, ça fait six mois que je planche sur le fan-art d'Inception, que je n'arrive décidément pas à résumer de cette façon.
 
Tout cela nous donne d’abord droit à un terrible duel d’acteurs, dans la même veine que la confrontation à couteaux tirés entre Anthony Hopkins et Alec Baldwin dans le film éponyme. Ed Norton campe à nouveau un personnage mi-ange mi-démon et cabotine comme c’est pas permis. Il nous offre ainsi quelques passages très plaisants aux dialogues savoureux. Face à lui, Robert De Niro fait déjà parler sa mauvaise humeur naturelle et ne se laisse pas impressionner par l’argumentaire pourtant brillant du taulard dont il n’est pas du tout convaincu de la rédemption. Et qu’il est donc bien décidé à garder sous clé encore quelques temps, au moins le temps qu'il parte à la retraite, soit dans deux jours si vous avez tout suivi. Quand il sera ensuite confronté au jeu de séduction de Milla Jovovitch (c'est un non-sens), ce sera une autre paire de manches, et le grand De Niro finira par succomber. Avant cela, nous aurons tout de même pu voir l’acteur se mordre les lèvres jusqu’au sang, les yeux rivés sur le plat postérieur de sa partenaire, lors de scènes terrifiantes de vérité inavouable. 
 
Une posture proposée par l'actrice pour charmer son partenaire. Milla Jovovich est l'indice permettant normalement se savoir à l'avance que l'on a affaire à une saloperie de film. Je l'ai compris qu'après-coup. Sur ce plan, elle me donne presque envie de reconsidérer mon orientation hétérosexuelle.
 
Hélas, Stone est surtout un drame humain dépeint à coups de hache et ultra glauque, le fil rouge de toute cette histoire demeurant la relation pénible et malsaine qu’entretient De Niro et sa bonne femme. Bien que hautement déprimant, c’est tout de même cet aspect du film qui nous vaut la scène la plus énorme, la plus inattendue, celle que je me suis repassée 3-4 fois de suite et qui m’a fait hésiter une seconde avant de supprimer le .avi. Le pire, c’est que ce moment d’anthologie échappe pratiquement aux mots. J’aimerais pouvoir vous le raconter, mais je m’en sens incapable. Il faut l’avoir vu. Ça restera comme un des grands moments de cinéma de l’an de grâce 2011, et je tâcherai de m’en souvenir quand le moment des rétrospectives et des bilans sera venu. Dans cette scène, où le ridicule du film atteint son paroxysme, l’actrice jouant la vieille femme de De Niro pète littéralement un câble. Après s’être envoyé l’équivalent d’un jerrican de rouge derrière la cravate, elle se met à baragouiner des horreurs sans nom dans sa barbe, aux côtés d’un De Niro en tongs sur sa chaise-longue, plus occupé à finir son sudoku et qui préfère d’abord faire comme si de rien n’était. Quand la vieille rouquine l’invite à aller sucer des queues en Enfer, dans un clin d’œil déroutant à L’Exorciste, c’en est trop, et De Niro, à son tour, sort de ses gonds. Se retrouvant coincé dans une impasse avec deux acteurs disjonctés prêts à s’étriper, le réalisateur s’extrait de cette scène très difficilement, la rendant d’autant plus grotesque. 
 
Ce gros plan mortel survient après un travelling en apesanteur accompagné d'une musique ambient sinistre. C'est la Grande Faucheuse qui nous contemple droit dans les yeux.
 
On a en effet connu John Curran un peu plus inspiré dans Le Voile des Illusions, où il filmait déjà Ed Norton, nettement plus convaincant dans la peau d’un docteur bien décidé à éradiquer le choléra et épris de la belle Naomi Watts de manière alternative. Ici, le cinéaste livre un des films les plus plombant qu’il m’ait été donnés de voir. Les deux derniers plans du film, qu’il vous faut à tout prix voir également, sont à vous glacer le sang, littéralement. On a notamment droit au regard caméra le plus foudroyant de l’Histoire. Et que dire de cette scène tragi-comique où un Edward Norton oubliant qu’il est filmé apparaît ravi d'avoir enfin compris le double-sens derrière le slogan des barres chocolatées Twix ? Qu’est-ce que ça vient faire là ? 
 
Olivier Assayas est plus que déçu par l'attitude de la star
 
Ce film est la raison pour laquelle Bob De Niro enchaîne scotch sur scotch sur les terrasses cannoises à l’heure qu’il est, la tronche bourrée de Doliprane et de Vicodin introduite illégalement sur le territoire français, le tout sous un soleil de plomb n’arrangeant rien à l’affaire. Ce n'est pas bon de mélanger l'alcool et les médicaments. C’est à cause de Stone qu’un climat de haine sans précédent règne parmi les membres du jury, une ambiance irrespirable instaurée par le Président, à grands renforts de soupirs méprisants qui en disent longs, de mains posées "par inadvertance" sur le cul de Uma Thurman, et de doigts d’honneur sans équivoque. Le plus triste, c’est que je viens de vous résumer ses trois seuls modes de communication. En coulisses, il se dit qu’un remake sanglant de Shining se prépare dans les décors clinquants du Grand Palais et dans les loges VIP putrides du Grand Journal…On imagine déjà un torrent d'hémoglobine se déverser sur les fameuses marches et finissant par noyer quelques starlettes à la manque... 
 
 
Stone de John Curran avec Robert De Niro, Edward Norton et Milla Jovovitch (2011)

28 août 2008

The Proposition

J'ai écrit une lettre à mon cher toubib, j'aimerais vous la recopier mais elle est timbrée et postée. En gros, je lui faisais part de mes inquiétudes par rapport à ce qui m'est arrivé hier soir. Pendant la journée, j'ai bien bu quelques verres d'eau, il faisait un peu chaud, mais rien de très inhabituel, jamais que la dose normale pour s'hydrater convenablement en plein mois d'août. Et le soir venu, après avoir dégusté un fameux plat de pâtes à la sauce tomato ketchup, j'ai lancé ce film, un intriguant western australien orchestré de pied en cap par le célèbre Nick Cave. Et il se trouve que du générique d'ouverture au générique de clôture, j'ai pas arrêté une minute d'aller pisser. Alors j'ai tout bêtement demandé à mon doc si d'après lui j'aurais intérêt à me faire opérer de la prostate fissa. Il vient de me joindre sur mon Motorola, une chance j'avais filé mon 06 à sa femme quand j'étais allé la troncher chez lui. Je lui ai rappelé le titre du film et il m'a tout de suite rassuré : il l'a vu aussi et ça lui a fait pareil. A la sortie de ce film, il paraît que plus d'un spectateur est venu consulter en toute hâte, frileux à l'idée d'avoir chopé la chaude pisse.


The Proposition de John Hillcoat avec Guy Pearce, John Hurt, Emily Watson et Ray Winstone (2005)