22 novembre 2012

Don't Be Afraid of the Dark

La panne d'imagination outre-Atlantique est telle que l'on en vient même à réaliser des remakes de téléfilms ! Don't Be Afraid Of The Dark est en effet le remake d'un téléfilm ABC sorti dans les années 70 et ayant acquis au fil du temps une certaine réputation auprès des mordus d'horreur, parmi lesquels Guillermo Del Toro, ici producteur et co-scénariste. Malgré cela, peu de gens ont vu ce téléfilm, alors sur un malentendu, cette nouvelle mouture pouvait passer pour une création originale. Mais y a t-il seulement quelque chose d'originale là-dedans ? Non, pas vraiment. L'histoire est des plus basiques : une petite fille emménage dans une immense baraque dont son tocard de père (Guy Pearce) et sa nouvelle petite amie (Katie Holmes) ont héritée ; très vite, la gamine découvre que les sous-sols de la maison sont hantés par des petites créatures belliqueuses, grisâtres et hideuses, qui n'ont peur que d'une seule chose, la lumière. Étant la seule à se rendre compte de la présence de ces bestioles, la gamine ne sera pas prise au sérieux par son entourage et devra trouver de l'aide auprès du vieux jardinier, un type un peu débile mais bien au courant du passé trouble de la maison et de son terrible secret...



Tout le suspense du film va donc être basé sur ces moments où l'on sera supposé redouter que la lumière s'éteigne, comme par exemple lors de ces scènes pénibles où la gosse s'endort tandis que les vilains gobelins font tout pour foutre en l'air sa lampe de chevet restée allumée, tirant sur le fil électrique de toutes leurs forces, alignés et bien coordonnés, un peu à la manière de cet idiot jeu breton dont le but est de pousser l'équipe adverse dans une grosse flaque de boue en tirant sur une corde. Sans doute appréciable quand on a 15 grammes d'alcool par litre de sang, ce jeu devient assez attristant lorsqu'on le voit simplement pratiqué par une bande de créatures dénué de charme et d'humour. Bien plus sympathique, cette scène où Guy Pearce, plus à la rue que jamais, croit bien faire en venant border sa gosse dans son sommeil, comme tout bon père de famille, et finit par éteindre la lumière en lui adressant un dernier regard amoureux, ne sachant pas qu'il la livre ainsi à ces salopards de nains rachitiques. Plus amusante encore, cette scène anormalement longue où la gamine supplie son imbécile de père de pouvoir pioncer la lumière allumée. Prétextant qu'il doit faire des économies d'électricité et que ses fins de mois sont "ric-rac", Guy Pearce ne veut rien entendre et appuie sur l'interrupteur avec autorité, l'index de la main droite bien ferme. S'ensuit alors ce que j'appellerai une "baston d'interrupteur" sans équivalent dans l'Histoire du cinéma. Dans l'embrasure de la porte de la chambre, Guy Pearce a le contrôle d'un interrupteur et éteint la lumière aussitôt que sa petite fille la rallume depuis son lit, auprès duquel un autre bouton est situé bien à sa portée. Malicieuse et se prenant rapidement au jeu, la gamine anticipe petit à petit les agissements de Guy Pearce et se met en place une véritable bataille psychologique intergénérationnelle. La fillette devance volontairement son paternel, lequel allume donc la lumière alors qu'il souhaitait l'éteindre ! Dépassé et à cran, Guy Pearce finit par abandonner et par tourner les talons, particulièrement fumasse. Les petites bestioles, qui s'amusaient beaucoup devant ce spectacle absurde et qui commençaient même à prendre les paris, se mettent alors, elles aussi, à tirer la tronche. Quant à moi, j'étais agréablement surpris d'enfin voir dans un film tout public une scène que j'ai jouée avec mon frère toute mon enfance !



Malheureusement, les scènes comiques comme celles-ci demeurent très rares quand ça n'est pas tout simplement moi qui les invente pour vous rendre cet article un brin plus agréable... Don't Be Afraid of the Dark est avant tout un triste film, qui ne fait hélas même pas partie de ceux que l'on peut regarder au second degré pour rigoler un peu et passer un bon moment entre amis. Un film qui accumule les scènes déjà vues mille fois ailleurs et qui échoue à peu près sur toute la ligne. Les acteurs ne viennent pas sauver la mise en scène inexistante du dénommé Troy Nixey, qui signait là son premier long métrage. Guy Pearce, visiblement très peu concerné par le film, livre sans doute la prestation la plus ridicule de sa carrière. Et puis quelle idée d'avoir embauché Katie Holmes pour jouer le rôle d'une femme adulte ? Cette actrice devrait être cantonnée aux teens movies, dans la peau de n'importe quel teens ! Elle a déjà un mal de chien à camper son propre rôle dans la vraie vie, celui d'ex-épouse de Tom Cruise et mère de ses enfants, elle n'est pas crédible une seconde, et elle réussit à l'être encore moins dans les quelques films de seconde zone que son mari tyrannique l'autorisait à tourner.



Le film est donc estampillé Guillermo Del Toro, c'est même lui qui a légèrement dépoussiéré le scénario original, faisant ça sans doute à la sauvette, entre deux tacos (il se nourrit essentiellement de tacos). On a donc droit à une petite fille brune mignonne dans le premier rôle, à une affiche un peu plus soignée qu'à l'accoutumée, et... Quoi d'autre ? Rien. Ah si, on a aussi droit à un gros labyrinthe, planté là au beau milieu du jardin on ne sait pas trop pourquoi, et à des décors un peu surréalistes, qui participent au petit côté onirique très artificiel de l'ensemble. D'ordinaire chargé en références lovecraftiennes, c'est cette fois-ci d'Arthur Machen dont Del Toro semble s'être légèrement inspiré pour apposer sa patte personnelle au téléfilm de 1973, en faisant de ces créatures luminophobes des êtres ancestraux à moitié féériques. La mythologie qu'il a essayé de développer autour de ces bestioles est peut-être l'aspect le plus original du film, mais cela ne suffit pas pour que l'on s'y intéresse, car tout cela est fort mal amené. En outre, face à l'extrême platitude du spectacle proposé, on se demande parfois si on est bel et bien face à un film d'horreur, la seule scène potentiellement effrayante ayant déjà été dévoilée dans la bande-annonce, le reste n'étant qu'ennui. C'est bien simple : ce film m'a totalement coupé l'envie de découvrir un jour le téléfilm dont il s'est inspiré. Peut-être reconnaissons-nous ainsi les plus mauvais remakes...


Don't Be Afraid of the Dark de Troy Nixey avec Bailee Madison, Katie Holmes et Guy Pearce (2011)

14 commentaires:

  1. Tu ne l'as pas étrenné qu'avec ton frère le jeu des interrupteurs, je l'ai subi quelques fois aussi !

    Guillermo del Toro est un triste sire. Et il a beau jeu d'aller parader dans des documentaires très sérieux sur Hitchcock aux côtés d'Eli Roth quand on voit ce que ces bouseux sont (in)capables de faire...

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    1. Il est intéressant dans ces documentaires ?

      Je ne le mettrais tout de même pas au même niveau qu'un Eli Roth, car je garde un peu d'affection pour Del Toro grâce à des films comme Cronos, L'Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan (bien qu'aucun ne soit entièrement réussi).

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    2. Pas spécialement intéressant non. Pas plus qu'Eli Roth. Ou que John Carpenter, qu'on voit évidemment beaucoup moins et qui n'apparaît que pour lancer des généralités, la faute j'imagine à un monteur salop car je ne doute pas que Carpie ait des choses intéressantes à dire sur Hitch, comme Bogdanovitch ou surtout Friedkin, qui s'expriment davantage (je parle de documentaires cependant souvent excellents et disponibles dans les éditions collector des dvds des films d'Hitchcock).

      Del Toro vaut mieux qu'Eli Roth, qui est au ras du sol de toute façon, mais ça reste un pauvre homme franchement peu inspiré et encore moins doué. Et ça me tue encore et toujours de le voir lui, ou Roth, s'extasier sur le travail d'Hitchcock pour ensuite faire des films avec leurs gros panards.

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  2. pourquoi vous inventez des trucs?

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  3. Sur la première image de l'article, Del Toro c'est l'arbre qui cache la forêt, mais littéralement...

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    1. ça pourrait faire une bonne légende... Si tu en trouves pour les deux autres images... :)

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  4. Je ne te remercierai jamais assez pour tous ces paragraphes de ton propre scénario qui enjouent pour nous des articles voués à l'ennui et au dédain s'ils calquaient au mieux les merdes dont ils seraient alors de simples reflets. Merci !

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  5. Ne soit pas peur du noir, traduction littérale.

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    1. Tu n'as pas des origines anglosaxonnes, Konrad ? On dirait putain de pas !

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    2. Bien sûr que oui !
      Mon père est half-irlandais, half-german (d'où mon prénom Konrad avec un K et mon nom O'Toole avec un O'). Mon père était du contingent américain qui a fait la campagne d'Italie en 1943-1944, mais il a d'abord longuement hésité en 1937 à rejoindre le Reich. C'est lui qui a suggéré au général Clark de "lacher les bombes" sur l'abbaye du Monte Cassino... Ma mère est half-scottish, half-native american (tribu sioux oglala, descendante en ligne directe de Crazy Horse), c'est à cause d'elle si mon deuxième prénom est Iron-Tail.

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    3. Quelle fabuleuse saga familiale ! Tu devrais en faire un film ;-)

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    4. Tu devrais plus souvent utiliser ton deuxième prénom, Konrad !

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    5. Konrad "Iron-Tail" O'Toole23 novembre 2012 à 13:04

      Mon cher Kaz, une partie de ma vie est narrée dans cet article :

      http://ilaose.blogspot.fr/2011/03/social-network.html

      Mais il est vrai qu'il faudrait relater l'histoire familiale des O'Toole dans un film voire même une série littéraire tant elle est foisonnante. L'histoire de ma lignée maternelle est tout aussi passionnante, notamment le destin de mon arrière-arrière grand père maternel cousin germain de Crazy Horse, à ses côtés lors de la légendaire "baston" de Little Big Horn.

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  6. J'aime bien quand Katie Holmes se fait péter les jambes par les bestioles maléfiques lorsqu'elles l'emportent avec elles dans le fin fond de la cheminée de la cave ! C'était drôle ce moment.

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