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18 mars 2015

Big Eyes

Vingt ans après Ed Wood, Tim Burton, à défaut de renouer avec la qualité, renoue avec le biopic. Il nous raconte l’histoire de Margaret Keane (Amy Adams), peintre soi-disant géniale dont toutes les toiles représentaient des enfants aux yeux globuleux hypertrophiés*. L'artiste américaine, après avoir subi en silence et des années durant la tyrannie de son mari, l’escroc Walter Keane (Christoph Waltz), qui s’appropria sans vergogne l’ensemble de l'œuvre picturale de sa femme pour en tirer reconnaissance et fortune**, partit s'installer à Hawaï où elle devint témoin de Jéhova. Difficile de dire qui, des pourfendeurs ou des adorateurs de Tim Burton, détestera le plus Big Eyes… Il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher au cinéaste, c’est d’avoir eu l’intention de se renouveler, de changer un peu de registre. 


Le génie dans un pur moment d'inspiration !

Malheureusement le changement n’aura pas consisté à réaliser enfin un bon film après en avoir mis en boîte de si mauvais depuis des années. Non Burton a plus simplement laissé au placard ses marionnettes favorites, les increvables Helena Bonham-Carter et Johnny Depp. Prenant par ailleurs conscience que tous ses films étaient tournés en studio et qu’ils étaient plutôt sombres,  il est allé dans la rue et a tourné sous un soleil de plomb (un vrai risque pour Burton, qui est un enfant de la lune - en plus d'être un enfant-huître, comme nous l’a révélé son autobiographie en 1997 - et qui n’avait pas vu la lumière du jour depuis le 25 août 1958). Allez savoir si c’est l’effet d’un coup de soleil de cinglé, mais Burton en a aussitôt perdu tous ses moyens, oubliant ce qui faisait le sel de ses films sur-assaisonnés : Big Eyes, dont le scénario, cousu de fil blanc et d’un rasoir prodigieux, n’a rien à envier à une mise en scène aux abonnés absents, comptera sans doute parmi les films les plus plats de l’année 2015, et domine sans conteste la filmographie burtonienne en termes de vide et de fadeur.


En voyant cette image, on peut s'imaginer que Christoph Waltz est drôle.

Contrairement à l’ennui du spectateur devant le film, la révolution du cinéma de Burton n’est pas totale, rassurez-vous. On reconnaît encore la vieille patte fatiguée de Tim aux mains de plomb ici et là, via quelques correspondances auteuriales à la noix (le personnage du plagiaire, interprété par un Christoph Waltz toujours aussi cabotin et résolument insupportable, vit dans le mensonge, comme le père d’Ewan McGregor dans Big Fish, et il finit par se lancer dans un numéro pseudo-loufoque lors du procès final, aussi absurde que celui qui conclut Alice au pays des merveilles), ou autres allusions finaudes au vaste domaine des contes (le méchant Walter Keane pète progressivement un plomb et décide d’incinérer son épouse - c'est ce qui la poussera vers Hawaï et les tarés de Jéhova - jetant une allumette incandescente à travers la serrure de l'atelier où elle vient de se barricader avec sa fille, tel le grand méchant loup face aux petits cochons ; et c’est insultant pour Amy Adams, qui a certes le teint rose et le nez retroussé mais qui mérite mieux que cette association - à un porc ou d’ailleurs à Burton).


Le cinéaste a casé l'une de ses œuvres d'art perso dans la scène du musée. En haut à gauche sur cette image. Magnifique huile de tournesol sur bois. Il s'agit, d'après mes informations, d'un portrait de Jack Nicholson dans Batman.

Mais tout de même, on se demande où est passé Tim Burton, l’homme aux lunettes bleues et aux cheveux enfumés, le cinéaste « décalé », comme ils disent, l'artiste fou dont tous les critiques sont fous, l’artisan sans complexe, qui répète sa petite musique lancinante sans se fouler depuis des lustres, dont les derniers films sont coulés dans un moule ultra-rôdé qui ne gratte absolument personne. Où sont ses joujous de toujours, ses créatures farfelues, ses motifs permanents, ses effets signatures ? Au vu de ses derniers opus, on pourrait se réjouir que le cinéaste ait entrepris un voyage sans escale vers la mesure, la finesse et la sobriété, mais pas si ce voyage doit nous révéler à quel point, délesté de ses attributs fantaisico-baroques, le cinéma de Burton n’est rien. Big Eyes correspond en tout point au téléfilm quotidien de l’après-midi sur M6. Il y a bien deux scènes où Burton se réveille (on l'imagine, couvert de biafine jusqu'aux extrémités des tifs et reprenant du poil de la bête derrière son combo), pour représenter sa dessinatrice d’héroïne soudain affublée des gros yeux de ses portraits tandis qu'elle se regarde dans un miroir, ou croisant une ménagère elle aussi atteinte de triple glaucomes dans un supermarché, mais que c’est timide… de la part de celui auquel on prête habituellement tout un « univers » !


Beau placement de produit pour Jiffy. Tim Burton n'a plus qu'à trouver des idées de génie...

On en vient à s’imaginer que ce film est porteur d’un message secret. Peut-être est-ce, en réalité, le premier film de Tim Burton ! Imaginez ! Son premier ! Le soulagement de dingue !... Pourquoi son premier ? Parce que les autres auront été réalisés par sa femme, Helena Bonham-Carter***. Et Burton, comme Walter Keane dans le film, fort d’un bagout de tous les diables et d’une allure de malade susceptible d'accrocher les photographes, se sera accaparé le travail de sa compagne. Les deux freaks ayant divorcé tout récemment, Burton s’est retrouvé comme un con avec ce drôle d’objet qu’il n’avait encore jamais touché de sa vie, non, pas un peigne, une caméra, et dépourvu de tout le pognon habituel qui plus est, forcé de fabriquer un film avec les moyens du bord pour ne pas se retrouver comme Christoph Waltz à la fin du récit, contraint à mimer un tennis elbow inopiné pour ne pas avoir à dessiner un enfant aux yeux exorbités devant un juge de cour peu commode. D’où Big Eyes, qui nous révèle en pointillés cette sombre affaire. Et alors, si tout cela est vrai, autant dire que notre cinéaste décalé, au panthéon des plus adulés du XXIème siècle, a un sens du cinéma aussi étroit que les yeux de son titre sont gros, et aussi ras que (l'arrière de) son crâne est hirsute.


Série de croutes mises à sécher.

* Mes connaissances en histoire de l’art sont trop limitées pour le dire, mais si Margaret Keane a contribué à la mode aujourd’hui souveraine des personnages de films animés destinés aux enfants dotés d’yeux au-delà de disproportionnés, nous ne remercions pas cette brave dame.

** On se rappellera des soupçons de plagiat qui pèsent encore sur le cinéaste suite à l’affaire Burton/Selick, que mon acolyte avait révélés dès le mois de novembre 2010 dans un article massue ! C’est une clé de lecture pour ce nouvel opus de Burton que je vous glisse sous la porte (et que confirme, comme quoi c'est du solide, la fin de cet article). Aux Mediapart et autres Wikileaks de s’en emparer. Faites votre boulot les gars...

*** Ou par ses femmes, puisque Burton a d'abord vécu avec l'actrice Lisa Marie, qu'il quitte durant le tournage de La Planète des singes pour épouser Helena Bonham-Carter. Et autant dire, si notre théorie est juste, qu'il valait mieux apposer sa signature au bas des films de sa première conquête que revendiquer ceux de la seconde...


Big Eyes de Tim Burton avec Christoph Waltz et Amy Adams (2015)

28 décembre 2012

Dark Shadows

Malgré une piètre introduction plantant très maladroitement le décor, j'ai longtemps trouvé le dernier film de Tim Burton plutôt sympa et, en tout cas, beaucoup moins affreux que je l'imaginais. Je me disais surtout qu'il s'agissait d'un très honnête divertissement pour enfants, capable de les amuser convenablement, sans trop les abrutir, avec quelques petites idées plaisantes ici ou là. J'étais en outre très agréablement surpris par le rythme du film qui, passée une petite mise en place trop rapidement expédiée, est globalement calme, tranquille, et non hystérique comme c'est actuellement la règle dans toutes les grosses machines américaines destinées au jeune public. Dark Shadows respire et nous laisse le temps de prendre nos marques dans son univers singulier : bien que l'action se déroule au début des années 70, le film s'inscrit très souvent en hommage à l'horreur gothique de la Hammer des années 50 et 60 (Christopher Lee fait d'ailleurs une apparition) ; les jeunes personnages du film, imprégnés de culture hippie, et sa BO, faite de chansons d'Alice Cooper, de Donovan, et des Stooges mêlées à la composition de l'inévitable Danny Elfman, viennent régulièrement nous rappeler ce décalage intéressant. Ce patchwork original participe au petit charme du film. Un plaisir communicatif, partagé par les acteurs et le metteur en scène, plus inspiré qu'à l'accoutumée, se dégage même de ce joyeux bordel. J'étais affalé sur mon canap' et je ne passais pas un mauvais moment, je dois vous l'avouer.




Je notais bien quelques grosses fautes de goût assez regrettables et difficilement compréhensibles dans un ensemble de plutôt bonne tenue, mais ça passait, et j'encaissais sans trop me plaindre. Je ne comprenais pas toutes les subtilités du scénario, un véritable foutoir sans nom qui vise vraisemblablement à synthétiser les 1225 épisodes de la série dont il est adapté, mais je faisais avec, peinard, et je ne me focalisais pas là-dessus. De justesse, le positif l'emportait donc, jusqu'à ce drôle de moment où, sans prévenir, Docteur Hoffman (Helena Bonham Carter) se met à pratiquer une fellation sauvage pour le plus grand plaisir du pâle zigouigoui de Bar-Tabac le vampire (Johnny Depp), dans une scène certes étonnante mais qui n'a rien à faire là. Le film s'enfonce encore davantage lors de cette scène lamentable où notre vampire à la libido décidément galopante se laisse aller et démonte carrément Angie-la-sorcière (Eva Green), dans un vacarme assourdissant doublé d'une chorégraphie misérable. Je n'ai rien contre quelques moments graveleux pour ce côté "décalé" si cher à Burton, mais ceux-là m'ont simplement rendu définitivement indigeste le vaste bordel qu'est ce film, et je me suis mis à le mépriser tout entier. Mes derniers espoirs se seraient de toute façon définitivement envolés lors de cette ultime demi-heure totalement insupportable où le décor s'embrase, explose, et où tout le monde se tombe dessus, se fout dedans, se transforme en monstre, s'affronte à coups de fusil à pompe et se bouffe le cou à tour de rôle dans un déluge d'effets spéciaux ridicules dont la laideur culmine quand la petite Chloë Grace Moretz devient loup-garou. J'ai donc fini par rendre les armes, assez dégoûté après avoir tenu aussi longtemps et rudement bataillé avec moi-même, armé des meilleures intentions du monde, pour voir le verre à moitié plein. J'ai finalement accordé la note de 3/10 à Dark Shadows et je ne le conseillerais même pas à mes petits neveux... Depuis, le délirant Frankenweenie est venu nous rassurer sur l'état de santé mentale du cinéaste.


Dark Shadows de Tim Burton avec Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer, Jackie Earle Haley, Chloë Grace Mortez, Bella Heathcote et Helena Bonham Carter (2012)

26 février 2012

Le Discours d'un Roi

Speech of a Lion King en VO, King of the speech au Québec. Ce film a éclaboussé l'année 2011. Et l'année 2010 aussi, car il était à cheval sur deux années, d'où l'expression "éclaboussé", car il en a vraiment foutu de partout. Colin Firth of Legend se retrouve dans le slip d'un Roi bègue, j'ai nommé Albert Liberty, Duke of York, et futur Georges VI, dit "Le Roi Bègue" (The Beggars banquet en anglais). Geoffrey Rush Hour joue son ortophoniste, Lionel Logue dit Jospin. Le Roi Colin Firth a toutes les chances de devenir roi d'Angleterre à la vieille de la Colin Firth World War, à condition qu'il apprenne à causer dans l'ordre et que son frère aîné (Guy Pearcé, le fantôme du cinéma mondial, toujours là où on l'attend pas trop), constipé depuis l'ingestion d'un cake au munster monster munch, continue de refuser à aller sur le trône. La femme du roi, Helena Bonnasse Carter, qui n'est pas du tout bonnasse en fait, le pousse au cul devant tout le monde pour aller rendre visite à l'oto-rhino, scène qu'on a tous vue ou vécue à la sortie d'école, quand une mère indigne a décidé de foutre la honte à son gamin devant tous les camarades. Tom Hooper, qu'on avait connu plus à l'aise aux manettes de Massacre à la tronçonneuse, réalise un film de pacotille en costumes où on est censé flipper, à la veille du plus grand bain de sang qu'ait connu le monde jusqu'alors, pour un pelé qui a les j'tons de lire un speech en public. Si on ne nous avait pas dit que le film se déroule en 1939, on en aurait instinctivement situé l'histoire au Moyen-âge, au temps des cathédrales et des gargouilles, tant le film est gelé, nimbé d'une atmosphère brumeuse digne de l'âge de glace, et tant il empeste la naphtaline.



Le grand truc de Tom Hooper, c'est le décadrage, et ça dure déjà depuis deux films au moins (son premier film, The Damned United, était un film sur le foot, et aucun tir n'était cadré). Il décadre à mort, il s'auto-décadre à qui mieux mieux, chaque plan de son foutu film est décadré. C'est-à-dire que chaque image du film laisse un espace vide d'un côté ou de l'autre de l'acteur filmé, et c'est la tapisserie qui en profite. Les anglais en général, les vieillardes et leur goût de chiotte en particulier, seront ravis. Le décadrage est un outil cinématographique qui, utilisé avec parcimonie, en tout cas avec sensibilité, peut produire du sens et créer un sentiment ou un autre chez le spectateur quand le cinéaste est inspiré. Mais, à foison, jusqu'à la lie, dans les cordes, exploité jusqu'à plus soif et dans absolument chaque plan d'un film qui en contient pas mal, sans que cet outil esthétique n'ait d'autre implication qu'une stupide quête de style de la part de son auteur ou qu'une maigre signification simpliste liée à la sensation d'écrasement éprouvée par le Roi Firth, qui ne parvient pas à "cadrer" son langage, le décadrage devient un misérable tic à rapprocher des pires vols de colombes au ralenti de John Woo, du cul de bouteille vissé à l'objectif de Jeunet, des plans obliques de De Palma, de l'effet bullet-time de Guy Ritchie, des plans fumés de Malick, des ralentis sur les culs de japs de Wong Kar-Wai, de la caméra portée tremblotante de Von Trier, du travelling qui croit nous faire croire que la caméra passe à travers les anses de carafes du pauvre Fincher et ainsi de suite.



Les décadrages insupportables signés Hooper ont fait illusion dans ce film historique de grand-père calibré pour les foules, qui auront l'impression d'apprendre l'histoire à travers une anecdote croustillante sans trop se faire chier. Le grand public qui a adoré Le Discours d'un roi s'est quand même fait un petit peu chier devant le film, mais en apprenant l'histoire normal de se faire un petit peu chier, voila ce que les gens se sont dit, ça fait quasiment plaisir au gros con de base de s'être partiellement fait chier devant ce film, c'est sa bonne action de l'année, c'est son fait d'armes à la pause-café au boulot, pour pavaner devant les collègues en disant : "Ce week-end je suis allé voir au cinéma King's Speech, sur grand écran, je connaissais pas cette histoire, on en apprend beaucoup, la petite histoire dans la grande, ça fait frissonner". C'est pour ça entre autres que ce film a fait la razzia sur les Oscars. Meilleur acteur, puisqu'il bégaye, et Dieu sait que Colin Firth s'est fait des couilles en or avec ce film ; meilleur décor, puisque comme vous pouvez le voir sur l'image ci-dessus c'est le peintre Pollock qui s'y est collé ; meilleur scénario puisqu'on "en apprend beaucoup" ; meilleur réalisateur puisque Tom Hooper a une patte forcément originale avec ses décadrages merdiques ; meilleur film enfin, du coup, CQFD. Les Oscars ont encore frappé.


Le Discours d'un roi de Tom Hooper avec Colin Firth, Helena Bonham Carter, Geoffrey Rush et Guy Pearce (2011)

12 mars 2009

La Planète des Singes (2001)

Genèse d'un film : La Planète des Singes, 2001.

La Planète des Singes version Tim Burton, encore intitulée POTA par les américains en mal d'anagrammes foireux, est un film qui s'est bâti sur une idée stupide et des prétextes idiots dont je vais vous rapporter les évènements essentiels dans les lignes suivantes.

D'après la trivia de Mark Wahlberg sur IMDb, l'acteur aurait clamé accepter de jouer n'importe quoi pourvu que Tim Burton réalise. Au fait de ces déclarations coup-de-poing, Tim prend le jeune acteur (29 ans à l'époque, l'avenir devant lui, les frasques hip-hop colorées de jeunesse derrière) au mot et commence à écrire un scénario, une histoire à tiroirs, un conte introspectif et douloureux sur les relations sociales entre la communauté turque et la communauté grecque à Berlin, Maryland, USA. Le récit se consacre essentiellement à la guerre larvée entre les commerçants des deux communautés et la perte d'identité, avec en toile de fond la paternité de la recette du kébab. Une histoire difficile et quasi autobiographique puisque Tim Burton, d'origine grecque par son père (de son vrai nom Bourtonopoulos) et turque par sa mère (d'où son prénom Timur), a toujours été déchiré entre les deux communautés, mis au pilori et montré du doigt par ses cousins de chaque côté de sa famille. Cette situation bien particulière l'ayant rendu timide et sauvage, le petit Tim s'est enfermé dans ses rêves et son imagination pour devenir le réalisateur visionnaire que l'on connaît tous aujourd'hui.

Après des mois de rédaction intense sur ce qui a été décrit par Variety comme le script le plus prometteur jamais porté à l'écran de ces 20 dernières années, Tim Burton envoie son scénario à Wahlberg en plein tournage des Rois du Désert à Bagdad. Malheureusement, trop maniéré et trop ampoulé, le ton du script n'est pas du goût de l'acteur. Mark ayant buté d'incompréhension dès la troisième ligne du scénario qu'il suivait avec son doigt dans son lit, un berlingot de lait concentré sucré près de lui, il prit la décision de refuser à contre-coeur la proposition de Tim Burton en lui rédigeant une lettre de son écriture d'enfant, aidé par son oncle et sa grand-mère.

Voici la retranscription des ligne de dialogue qui ont laissé Marky perplexe, malgré la présence de la traduction :
Le Père : Timur, να θέσει στο τραπέζι και να σταματήσει να μου μιλήσεις kεbαbς σας ξαδέλφια. Πλένοντας τα χέρια σας και να είναι το είδος των ζώων !
(traduction : "Fils, il serait de bon ton que tu procèdes à la remise en ordre de ta pièce personnelle de vie et que tu entreprennes de nettoyer les éléments de vaisselle que tu as souillés en te sustantant. De surcroît, je ne souhaite pas te surprendre durant l'ingestion de cette spécialité issue soit-disant d'Anatolie et plus connue sous le nom vermaculaire de kébab. Il me serait agréable à la vue comme à l'ouie que tu cesses d'exercer une pression intolérable sur mon système digestif, plus précisément mon colon. Si tu pouvais te retirer de ma vue quelques temps, je t'en serais fort gré.")
Timur : Ama Baba, neden benimle ilgili Yunanca olarak zaman ve çok az çabayla Sana anlamak olabilir konuşuyorsun. Neden Anne evin bir parçası olduğunu anlıyorum eğer bana kebaplar zevk yardımcı olmaya devam Ben de aynı şeyi göreceksiniz düşünüyorum !
(traduction : "Mon cher mais bien sévère Père, je n'ai aucunement l'intention d'exercer sur vous la moindre gène duodénale ni de procéder à une déclaration d'hostilité envers votre personne dans le moment présent, mais je suis actuellement en plein doute concernant évidemment la justesse et l'intégrité de votre argumentaire, notamment lorsque vous me défendez avec force gestuelle de déguster, je dirais même de me régaler, de cette spécialité ottomane si chère à la mémoire de Mère dont je concède maintenant les raisons évidentes de sa défection du foyer conjugal dont nous ne sommes plus que les reliques.")


N'ayant finalement jamais eu le temps de se rencontrer, n'ayant eu que des conversations téléphoniques et des échanges de courrier fleuris, Tim Burton décide, dans un dernier geste d'espoir, d'inviter Mark dans sa maison de campagne, histoire de le rencontrer en personne et de se rendre compte à quel point l'auteur immature de cette lettre est bien le rappeur-break-dancer si doué qui a pu écrire des chanson aussi profondes que You Gotta Believe, Good Vibrations et Music For the People...

Heureusement, leur rencontre leur permet de tout de suite s'apprécier et Tim se résout à abandonner avec soulagement sa satire sociale et introspective. Les deux hommes décident d'un commun accord de mettre autour d'une table et de faire d'une pierre deux coups en se consacrant à un film réunissant leurs grandes passions respectives : les planètes (pour Mark qui venait de découvrir l'Almageste de Ptolémée histoire de se remettre d'aplomb après l'échec de The Corruptor) et les singes (pour Tim qui venait de se mettre en ménage avec Helena Bonham Carter). Pendant que Mark décrit avec passion la rotation du soleil autour de la Terre en montant sur la table avec souplesse et en dévoilant son slibard Calvin Klein rose, Tim lui montre des photos impudiques des pieds de Hobbit de sa compagne. Ce geste évoque un souvenir de casting cuisant à Mark "J'ai postulé pour le rôle d'Arwen dans Le Seigneur des Anneaux mais on m'a dit que j'avais un trop gros cul" tout en se tournant de trois-quart, en baissant légèrement son pantalon taille basse et se massant la fesse droite pour laisser dévoiler cette fois-ci la partie mordorée de son calcife. Ils décident donc de se concentrer sur une nouvelle adaptation de l'œuvre de Pierre Boulle, tout en prenant autant de libertés possibles avec le livre qu'avait pu en prendre en son temps Franklin J. Schaffner.



La mise en œuvre du projet est compliquée, Mark Wahlberg refusant tout net de jouer un chimpanzé ou un gorille alors que Tim Burton lui répète la tête basse et la main sur l'épaule qu'il jouera le Capitaine Léo Davidson, pas un singe. C'est à ce moment là que Mark Wahlberg monte de nouveau sur la table et hurle en montrant (encore) son slibard Calvin Klein "Est-ce que si on l'avait fait on se ferait l'effet que l'on se fait ?". Déconcerté, Tim lui demande quand même de continuer voyant là quelque chose d'indéfinissablement prometteur mais sûrement d'aucun secours pour la réalisation future du film et tout de même assez inquiet face à la tension sexuelle en train de se créer dans la pièce. Mark Wahlberg reprend en susurrant "Dès que j'te vois, je sais que c'est toi, Oui je sais que c'est toi, oui je sais que c'est toi" le cou en avant, les genoux pliés et les mains posées à plat sur la table. La goutte d'eau pour Tim, pas habitué à de telles frasques dans sa maison, qui demande calmement à Mark de lui rendre ses lunettes et de le recoiffer.

Le projet reprend tout de même quelques mois plus tard, le temps pour les deux hommes de faire le point et d'appeler du renfort. Aidés par des scénaristes de seconde zone (William Broyles Jr., Lawrence Konner et Mark Rosenthal, scénaristes entre autres de Superman IV), ils prennent la décision la plus importante du film, décision ambitieuse leur permettant de se démarquer de l’œuvre originale, celle de faire parler hommes et singes dans exactement la même langue sans qu'ils ne se comprennent. De la part des mecs qui ont réussi à trainer Superman dans la boue et à le faire disparaitre des écrans de cinéma pendant près de 20 ans, c'est le minimum qu'on pouvait attendre. Et ce pari fou, ce pari étrange de faire ostensiblement dialoguer tout le monde avec nonchalance et mésentente nous vaut les moments de cinéma les plus incongrus jamais réalisés. Quelques exemples parmi les plus affligeants :


Thade (le chef singe méchant et colérique) -s'adressant à ses convives- : Ce sale humain a l'air encore plus con que les autres. Je me demande comment il se sent avec son paréo comme seul habit et sa tête de porte-clés. Alors petit con, t'as un truc à me dire ? Évidemment non puisque t'es qu'une bête sans âme ni intelligence.
Léo (Marky Mark) -avec son fameux regard circonspect- : Ce serait méprise que de me considérer tel un primate dépourvu d'une pensée accorte et sans suite dans son raisonnement. Je me considère blessé par une telle idée. Sur ce, je vous montre mon sous-vêtement que vous devez reconnaître que je porte à merveille. D'ailleurs mes attributs sont idéalement mis en valeur, voyez.
Thade -les dents serrées- : Inutile de te fatiguer j'écoutais pas. Va nettoyer mon pyjama, je compte aller me coucher tôt ce soir, sot animal.


Ari (Helena Bonham Carter) -s'approchant de la cage de Léo- : Tu ne manges pas tes Frolic ? Pourtant c'est tes préférés, ceux au poisson, spécial digestion difficile. Si tu es sage, je te donnerai un baquet d'eau et du sable pour te laver. C'est dommage que tu ne saisisses pas mon langage et que tu sois dépourvu d'intelligence et de poils.
Léo -regardant Ari droit dans les yeux- : Chère madame-chimpanzé, cette nourriture pour animaux m'afflige. Si c'est possible j'aimerais disposer de toilettes fermées car cela fait quatre jours que je retiens mes selles et je commence à ressentir un énorme souci. le poids des jours qui passent dans cette cage étroite est pour moi une difficile épreuve que je n'apprécie que modérément.
Ari -l'air circonspect- : Brave bête, tu es grognon aujourd'hui, tu sanglotes et tu gémis à présent.


Léo -s'adressant à une assemblée de singes au regard incrédule et dubitatif- : Mais diantre ! Vous allez m'écouter à la fin ? Il est possible que je ne sois pas clair pour certains d'entre vous malgré mes efforts d'élocution. En CE1 j'ai pourtant gagné le concours d'orthographe et en sixième j'étais dans le groupe des forts en français. Et oui, ça vous en bouche un coin. J'ai fait la dictée de Pivot et j'ai eu seulement trois fautes, trois ! Et je suis assez mûr pour aller chercher des croissants tout seul chez le boulanger. J'ai le permis moto et j'aimerais m'acheter un casque aérodynamique avec des ouvertures sur les côtés pour empêcher la buée de recouvrir ma visière. Avec mes amis on aime bien aller poser des pierres sur la voie ferrée dans le but de faire dérailler les trains coraux. Un jour j'ai mis le feu à ma main, je suis un dur !
Un singe de l'assemblée -exaspéré- : Quel sot, il grogne et gesticule depuis tout à l'heure avec incohérence, sortez-le et allons ripailler !


Ne se rendant compte de rien, toute l'équipe du film se met avec joie au travail pour mettre en image l'un des scénarios les plus débiles jamais écrit malgré un matériau de base de grande qualité et une première adaptation de haute volée. Le résultat est affligeant d'incongruité et de fatuité, c'est le mot. Composé d'une suite de laborieux échanges d'incompréhension entre singes et humains, ce film bavard est une pierre dans le jardin de Tim Burton. Seul Tim Roth (prononcez à l'espagnole en roulant le "r" comme s'il y en avait 6 à la file, l'homme est très sensible à l'expression de ses origines andalouses) surnage en chimpanzé cabotin et plein de colère. Certains producteurs inquiets ont obligé Tim Burton à utiliser la jeune et fringante Estella Warren qui n'est là que pour suggérer son anatomie, ses talents d'actrice étant très relatifs. Cette jeune femme à la carrière brisée a été vue pour la dernière fois posant devant un véhicule chromé en 2006, lors d'une fête donnée par un certain Dave Navarro, rock-star locale à la ramasse, l'œil lourd et les bras en croix.


La Planète des Singes de Tim Burton avec Mark Wahlberg, Helena Bonham et Tim Roth (2001)