14 décembre 2010

Burning Bright

Après avoir vu ce film, une seule idée m'assaillait... Quel putain de film ça aurait donné entre les mains d'un John Huston, d'une Cécile B. DeMille ou d'un John Cassavetes !

Explications : tout d'abord, le script a un potentiel fabuleux, du jamais vu depuis des années. Tenez-vous bien. Un homme, d'une trentaine d'années, rachète un tigre de Sibérie (présenté comme Satan personnifié) à un gérant de supérette un peu louche, dans le but d'en faire l'attraction principale du futur parc animalier qu'il compte ouvrir en Nouvelle-Calédonie... L'argent pour réaliser ce projet, il le tient de l'assurance vie de sa femme récemment disparue dans un accident de bobsleigh, ce qui fait de lui une veuve. Le "hic", car il y en a toujours un dans ce genre d'histoires de malades, c'est que tout ce pognon était en vérité destiné à toute autre chose et, plus précisément, à assurer les frais de scolarité d'un enfant trisomique dans un établissement spécialisé... En effet, l'homme veuve a hérité de la garde des deux enfants de sa défunte épouse, une post-ado à problèmes et son jeune frère dont il n'est pas à proprement parler le père biologique car ils l'avaient obtenu par intraveineuse ex nihilo. Deux enfants aux profils bien différents, comme un casse-tête chinois grandeur nature laissé au mari délaissé, le jeune mongol autiste ayant pour grande sœur une arme de fornication massive, une bombe à défragmentation que l'on verra se balader en petite culotte pendant la majeure partie du film, et qui quant à elle ne rêve que de "placer" son frère pour poursuivre ses études en paix. Et quand bien même leur père adoptif leur prétend mordicus vouloir ouvrir son parc d'attraction dans le but premier de toucher le pactole pour mieux leur assurer un avenir, rien ne laisse présager aux enfants que son intention réelle est de les enfermer avec l'animal sauvage dans une maison familiale dont portes et fenêtres sont condamnées en raison du passage d'un anticyclone, Nouvelle-Calédonie oblige.



Sacré pitch ! Cependant, et probablement en raison de ses limites budgétaires et intellectuelles, Carlos Brooks va concentrer tous ses efforts sur le climax, c'est-à-dire à partir du moment où le cougar est coincé avec les deux autres dans la maisonnée, un climax étendu sur près de 50 minutes... Intention louable s'il en est que de vouloir livrer un pur film de genre, un huis-clos à base d'attaques animalières sur d'innocents protagonistes en culottes courtes, un horror flick sanguinolent mêlant message écolo et gonzo. Mais c'est là que le bât blesse, car non seulement les limites de fric sont évidentes mais les limites d'ambition aussi... Au manque de crédibilité de certaines situations (il ne faudra pas s'étonner de voir le tigre grimper au mur à la Matrix !) vient s'ajouter un flagrant manque d'empathie pour les victimes, sans parler de la psychopathologie douteuse du beau-père, à laquelle on a bien du mal à croire... Présentez-moi un seul homme capable de mettre au point un double meurtre aussi faisandé, aussi réfléchi et démoniaque...



Selon moi, ce film aurait donc pu donner un chef d'œuvre du 7ème Art s'il s'était retrouvé entre les mains d'un cinéaste sachant insuffler de l'ampleur dans un script de pacotille. Un Polanski, un Pollack, un McEnroe, quelqu'un de cette trempe. Mais laissez-moi rapidement vous expliquer pourquoi. Imaginons un instant que les personnages et le décor aient été développés un tant soit peu : le gérant de la supérette en prise avec un tigre retors, ce qui aurait pu exposer la dangerosité du canidé ; une famille recomposée, dans la déroute financière, devant gérer un enfant défectueux ; un père de famille cherchant dans des recours clairement inadaptés les solutions à tous ses grands problèmes ; la mort terrible de la mère, en plein championnat de bob' ; le chagrin des enfants, la folie naissante puis explosant au grand jour de leur beau-père ; et enfin, un final de tous les diables, prenant l'aspect du film qui nous est livré ici, mais avec un climax resserré (donc plus tendu), où tout ce beau monde se retrouverait ainsi confronté à un animal aussi sublime qu'assoiffé de chair humaine. Nous aurions obtenu un drame humain d'une intensité sauvage. Un film qui aurait fait date, dépassant peut-être Avatar au box-office. Une oeuvre phare qui aurait poussé toute une génération à faire du cinéma, un peu comme un Autant en Emporte le vent ou une Dent de la Mer...



Bon, ok, j'ai bien conscience de jouer à "on refait le film", mais l'impression de gâchis que m'a laissé ce long-métrage est telle que ça a pris le dessus sur toute autre analyse... Et j'avais envie de vous livrer tout ça en couchant mes impressions sur le papier. Je me sens infiniment plus léger à présent.



Pour terminer, je dirai donc que Burning Bright est un semi-ratage, car formellement, il y a bien deux ou trois jolies choses, la présence d'une véritable salope aidant bien, et celle d'un authentique tigre sibérien également. Mais malgré des acteurs assez convaincants, la sauce a bien du mal à prendre et je parie que certains trouveront le film ennuyeux, même dans le climax (ce fut mon cas). Dommage qu'un producteur éclairé à la Joel Silver ou Mira Max n'ait pas perçu le potentiel immense du scénario de départ, un potentiel trop bien caché derrière cet argument certes prometteur consistant à enfermer deux gosses abrutis avec un gros chat vorace dans une énorme baraque colmatée.


Burning Bright de Carlos Brooks avec Briana Evigan, Charlie Tahan et Garrett Dillahunt (2010)

15 commentaires:

  1. Au masculin on dit "veuf" ... -_-

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  2. "Mira Max" n'est pas le nom d'un producteur aussi, je crois bien... -_-

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  3. Tu dis que tout le film se focalise sur son climax, et c'est vrai, mais ce que tu ne dis pas c'est que le climax est long à venir. On passe bien 40 minutes à attendre que le tigre soit enfermé avec la pute... Le paradoxe c'est que pendant ces 40 premières minutes on s'emmerde finalement moins que durant le climax car on est dans l'attente du combat de chattes annoncé, et cette impatience atténue notre ennui devant un film où il ne se passe rien...

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  4. A vérifier pour "Mira Max", mais pour "veuf" chuis quasi sûr !

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  5. Mais en fait je crois que c'est une productrice Mira Max, d'où le nom inversé...

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  6. Quelqu'un peut m'expliquer la dernière photo ? Bref récap de séquence ?

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  7. Ben la tof se suffit un peu à elle-même, y'a pas grand chose à rajouter. J'ai hésité entre celle-ci et bien d'autres. J'ai pas mal de screencaps du film de côté, du coup. Elles sont un peu du même tonneau.

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  8. +1 pour veuf.
    On peut acheter les droits pour en faire une série avec Dany Boon sur canal plus, créatrice originale de programmes originaux?

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  9. dis-moi voir... tu t'es pas fendu l'oignon pour pondre ta critique ! t'es un champion du copié/collé ;)
    allé sans rancune va ! (je trouve même ça limite flatteur)

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  10. salut, je recherche ce film en dvd, savez-vous où le trouver? merci

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  11. Vu qu'il est sorti direct-to-dvd ça doit pas être dur à trouver. Ceci dit tu seras peut-être le premier à l'acheter !

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  12. En dvd import à commander sur internet, à l'aise oui. Mais en France, rude rude à mon avis... Bon courage dans ta quête, anonyme !

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