13 décembre 2010

Red Road

Red Road est une sorte de thriller social britannique, récompensé à Cannes par le Prix du Jury en 2006 (tout comme Fish Tank, l'an passé, de la même réalisatrice), où une femme s'occupant de la vidéo-surveillance à Glasgow retrouve, au hasard d'un écran de contrôle, l'homme fraîchement sorti de taule qui lui a brisé sa vie quelques années auparavant en tuant son mari et sa fille dans un accident de bagnole. Le film m'a intrigué et captivé pendant, disons, une grosse demi-heure, puis j'en ai eu marre et j'ai fini par presque complètement m'en désintéresser. C'est trop glauque, trop gris, ça pèse, ça lasse. Le suspense, surtout, finit par ne plus fonctionner, car il faut préciser que ce n'est que vers la fin du film que l'on apprend une bonne fois pour toutes de quoi est coupable l'ex-taulard, la réalisatrice s'échinant pendant près de deux heures à nous distiller parfois assez grossièrement quelques indices ici ou là (on a par exemple droit à l'actrice principale se réveillant brusquement sur le son d'un crissement de pneu...). Ma phrase vous présentant l'histoire du film est donc un "spoiler" assez dégueulasse, mais si j'ai commencé comme ça, c'est parce que pour moi, l'intérêt de Red Road n'est pas là, ou ne devrait pas être là. Je ne pense donc pas gâcher quoi que ce soit, si ce n'est le travail d'Andrea Arnold, qu'elle a elle-même saccagé toute seule comme une grande. Bref. Le film ne m'a donc pas vraiment convaincu. Et pourtant on y trouve pas mal de trucs intéressants, quelques bonnes idées qui, individuellement, pourraient déjà faire l'objet d'un film (je pense notamment à ces caméras, filmant en continu, qui sont ici de simples outils amenant l'intrigue, mais aussi aux personnes derrière ces caméras, qui observent les moindres faits et gestes des habitants de la ville), mais elles ne sont pas suffisamment creusées, car la réalisatrice s'éparpille en jouant sur plusieurs tableaux, pas toujours sans efficacité, certes, mais le plus souvent en vain.



Red Road n'est tout de même pas un mauvais film et je comprends qu'il ait été remarqué. Bien qu'il soit très glauque, il faut souligner qu'il nous laisse sur une note très positive, assez belle, presque profonde, et, une chose est sûre, à des années lumières de la plupart des crétineries américaines qui nous racontent de bêtes histoires de vengeance faites de deuils impossibles. La vengeance est ici un plat qui se bouffe froid mais se vomit et se chie aussitôt, accompagné d'autres saloperies qui nous pesaient depuis longtemps sur l'estomac ; une ultime gerbe et une diarrhée salvatrice qui nous libèrent enfin d'une gastro foudroyante, pour mieux nous refaire voir la vie en rose et nous donner immédiatement envie d'un McDalle bien craspec. Hideuse image... Et à propos d'image, justement, on gardera longtemps à l'esprit la vue de ce triste quartier de Glasgow donnant son titre au film, l'image marquante de ces immeubles rouges et gris, aussi lisses que sans vie, rendus brillamment cinégéniques par Andrea Arnold, à laquelle il faut néanmoins reconnaître un certain talent. Red Road n'est que son premier long-métrage, Fish Tank est peut-être plus réussi, mais ça n'est pas demain que je le vérifierai. Ni après-demain. "Pouce".


Red Road d'Andrea Arnold avec Kate Dickie et Tony Curran (2006)

2 commentaires:

  1. Un quasi chef d'oeuvre, alors que Fish Tank est LE chef d'oeuvre.

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  2. Ah, je ne partage donc pas ton avis...

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