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16 octobre 2013

Un Long dimanche de fiançailles

"C'est beau le sépia !" s'écrie-t-on devant cette affiche, sur laquelle on peut apprécier la taille de guêpe d'Audrey Tautou. Tout rapproche Un long dimanche de fiançailles, film jaune, d'Avatar, film bleu : Audrey Tautou a un piebot là où Sam Worthington a un corps bot ; Mathilde et Manech semblent séparés par le destin, tout comme Na'ari et Jack Skully le sont par la barrière des espèces ; dans les deux films la guerre éclate, il y a un amant dans chaque camp et un arbre au milieu du champ de bataille. Attardons-nous sur l'arbre du film de Jaunet : c'est sur ce tronc calciné, le dernier d'un no man's land en ruines, théâtre de la désolation des fameuses tranchées de 39-40 (la "guerre froide"), que Manech immortalise son amour pour Mathilde. Il ne trouve rien d'autre à foutre sous la mitraille des boches que d'utiliser son menton contondant pour graver trois lettres dans l'écorce : "MMM". Le nom de ses céréales préférées ? La marque de sa grosse bagnole ? Le nouveau stade flambant neuf du Mans ? Le prochain Parti de Bayrou ? Non, on le saura à la fin du film, ces trois M signifient "Mathilde aime Manech" et/ou "Manech aime Mathilde". Il n'y a que peu de "n" dans "Manech", mais il y en a des tonnes chez le spectateur...


J-P Jeunet, qui a vu Spielberg justifier avec dérision la cicatrice au menton d'Harrison Ford par un revers de coup de fouet dans la gueule de River Phoenix au début d'Indiana Jones 3, a voulu expliquer la fossette béante sur la joue d'Ulliel par une blessure de guerre, sauf que l'acteur a déjà la tronche balafrée au début du film, avant de partir au front... un goof de plus dans la carrière de Jeunet Jean-Pierre.

Retour sur une scène-clé, celle du massage fessier en plan aérien, astucieusement placée en exergue dans la bande-annonce du film par un distributeur zélé, à une époque où la planète ciné n'avait d'yeux que pour Amélie Poulain, la jeune parigote coincée, seule dans son vieil appart vert, occupée à parler aux gargouilles du coin de la rue et à remplir son journal intime avec les histoires d'un vieux con qui n'arrêtait pas de lui répéter : "Breteaudau ! Pas Bredauteau !". C'est Jeunet, coiffé d'une perruque, qui a offert son propre derrière dans le plan ci-dessous, afin de préserver son actrice, acceptant de devenir doublure-cul le temps d'un plan par conséquent pan&scanné. Aussitôt que nous avons aperçu la dark star de Jeunet dans ce plan fatidique, nous eûmes pavillon en berne, et il ne sera dressé à nouveau que lorsque le nouveau Zidane apparaîtra balle au pied lors de l'Euro 2035.


Vous croyez que c'est une table de massage sous Audrey Tautou sauf que c'est la queue de castor du figurant chargé de lui masser l'arrière-train, croyez-le ou non la doublure-fesses est littéralement couchée sur sa verge.

Petit retour sur un gimmick du film que l'on retrouve compilé dans la bande-annonce et qui a ravagé les cerveaux de nombreux cinéphiles. On voit tous encore dans nos têtes Audrey Tautou claudiquant dans les blés et murmurant : "Si j'arrive au croisement avant le facteur, Manech est vivant". Depuis ce film on n'arrête pas de se répéter cette phrase en se lançant des défis du même genre : "Si j'arrive à éplucher cette patate d'une seule épluchure, Manech est vivant !" ; "Si j'arrive à retenir ma respiration jusqu'au prochain tunnel, Manech est vivant..." ; "Si je réalise la crotte parfaite (qu'est-ce que la crotte parfaite ? c'est la crotte oblongue, d'un seul tenant, qui file si vite qu'on n'a pas besoin de se torcher et qui se meut d'elle-même poliment dans le conduit d'évacuation sans avoir besoin de tirer la chasse), si je réalise la crotte parfaite Manech est vivant !" ; "Si j'arrive à m'enfourner cette orange dans la gueule d'un seul bloc sans gerber et sans perdre l'amour de ma compagne au petit déjeuner, Manech est vivant !" ; "Si j'arrive à me taper Ocean eleven, Ocean Twelve et Ocean Thirteen en commençant par Sexe, mensonge et vidéo sans me suicider, Manech est vivant !" ; "Si Hougo Lloriss parvient à garder ses cages inviolées durant les 5 premières minutes du premier match de groupe de la coupe du monde 2014, Manech est vivant !" ; "Si Benzema marque un but, c'est que Manech est vivant" ; et "Si j'arrive à finir cet article ici, c'est que Jean-Pierre Jeunet ne m'a pas fait foutre en taule pour avoir critiqué son film". Depuis notre prison on chialera : "Mathilde aime Manech... Manech aime Mathilde...", et on gravera des M&Ms partout en essayant de devenir les nouveaux prophètes de Jacques Audiard.


Un Long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet avec Audrey Tautou et Gaspard Ulliel (2004)

13 décembre 2011

L'Art d'aimer

Nous avons aujourd'hui le plaisir d'accueillir Simon, un grand passionné de cinéma proche des stars, pour nous parler du dernier film en date d'un cinéaste que nous aimons tout particulièrement sur Il a osé : Emmanuel Mouret. Son avis sur le film rejoint complètement le nôtre et il a su dire à quel point L'Art d'aimer est réussi, lisez plutôt :

Je l’avoue sans honte, c'était mon premier Mouret. Contrairement à Rémi, Félix et probablement pas mal d'entre vous, je ne suis donc ni connaisseur ni fan de son œuvre, et donc incapable de situer ce film par rapport aux précédents, dont l'apparente "frivolité" me rebutait un peu. Erreur, mec, erreur !



Le premier talent de Mouret est d’éviter les écueils du « film à sketche » : contrairement à ce que le premier regard pourrait laisser penser, L’Art d’aimer n’est pas une accumulation de scénettes désordonnées visant à illustrer son sujet. Le film est très tenu, fluide, structuré et maîtrisé, mais aussi envahi d’inspirations visuelles et narratives très belles, qui évitent au film de tomber dans une certaine facilité, une certaine routine. En ce sens le début est exemplaire : le film s’ouvre sur le thème de la musique, ces musiques qui résonnent en nous quand on tombe amoureux. Et de façon tout à fait originale Mouret fait cohabiter ces musiques (et la voix off qui les évoque) avec de grands aplats de couleurs vives, qui envahissent tout l’écran. Ces aplats sont les premiers plans du film, comme s’ils en retardaient le démarrage, tout en en donnant le ton. De la même façon, le film sera constamment constellé de détails, de petites idées (de mise en scène, de dialogue, de jeu) qui viendront casser sa « petite musique », son rythme et sa mécanique apparemment bien huilés, pour lui donner sa vraie identité, très forte.


La suite de cette première partie est également étonnante, on s’en rend compte à la lumière du reste du film : uniformément grave et douloureuse, à travers le personnage de Stanislas Merhar, elle est en décalage avec l’apparente légèreté des parties suivantes, qui sont liées entre elles par certains de leurs personnages et par leur ton, nettement dominé par la comédie de prime abord. Commencer le film par une scène aussi singulière est un geste fort, mais aussi une façon de le situer sur un registre pas seulement léger, mais aussi profondément émouvant. Une émotion qui transpirera des scènes suivantes : malgré la cocasserie des situations, la plupart des personnages sont sensibles, sincères, à l’écoute de l’autre autant que de leur désir… Le film brasse par ailleurs des thèmes et des sujets importants, souvent délicats à aborder (la maladie, la fidélité, l’érosion du désir…), avec une grande sincérité et une grande justesse qui les font fortement résonner dans le spectateur (en tout cas ce fut largement mon cas…). Pourtant le film n’est jamais mielleux, et fait penser que, sur le fameux terrain des films « aussi drôles que bouleversants », il y a peut-être une alternative à Intouchables (même s’il y a quelques 0 d’écart entre les nombres d’entrées des deux films, le beau démarrage du Mouret a quelque chose de rassurant).



Puisque le seul point commun entre l’un et l‘autre est probablement la présence de François Cluzet au générique, il faut parler des acteurs. Si l’ensemble est donc très tenu et cohérent, si le style de Mouret est très visible à tout moment, particulièrement dans sa direction pas du tout naturaliste et parfois assez théâtrale (ce qui est loin d’être forcément un défaut) des comédiens, il y a bien sûr des variations d’intensité, comique et dramatique, au sein du film. Et les acteurs y sont pour quelque chose. Si Ariane « Bobeuh Guédiguiang » Ascaride est moins insupportable que dans les films de son gars, si l’infâme Judith Godrèche et Julie « Paul le poulpe » Depardieu bénéficient d’une des histoires les plus drôles du film et Gaspard « Scarface » Ulliel d’une des plus émouvantes, il faut bien dire que François Cluzet et Frédérique Bel sont absolument exceptionnels, à tout moment, sur chaque geste, chaque mot. L’exploit n’est pas mince : leur histoire a quelque chose d’un peu ridicule, les situations quelque chose d’un peu boulevardier, et pourtant à chaque instant on y croit, à chaque instant on rit, et pour finir l’émotion affleure. Et puis il faut bien le reconnaître : à chaque instant on a envie de plonger la tête dans le décolleté de Bel, particulièrement dans la nuisette de sa première scène.



Le film est très court, et donne l’impression de l’être encore plus. La fin cueille presque par surprise, comme si le film était fauché dans son bel élan, et même si ça a quelque chose de frustrant cette surprise est presque un plaisir supplémentaire, celui de sentir qu’on n’a pas eu affaire à un scénario à la structure calibrée. On se sent à la fois ému et léger, sans pour autant avoir eu l’impression d’assister à quelque chose d’anecdotique : le film est l’étude, la critique et l’éloge du sentiment amoureux et du désir, ce qui n’est quand même pas rien. Et il fait ça drôlement bien.


L'Art d'aimer d'Emmanuel Mouret avec François Cluzet, Frédérique Bel, Louis-Do de Lencquesaing, Gaspard Ulliel, Élodie Navarre, Julie Depardieu, Judith Godrèche, Stanislas Merhar, Ariane Ascaride, Pascale Arbillot et Philippe Torreton (2011)

7 novembre 2010

La Princesse de Montpensier

Rassurez-vous sur mon cas, je ne suis pas allé le voir par goût mais par nécessité. Et c'est complètement à chier... Mal filmé, maladroitement, lourdement... C'est horriblement mal joué, et Lambert Wilson ne suffit pas à sauver le navire du naufrage causé par d'énormes trous dans la cale, trous qui portent les noms de Grégoire Le-Prince-Ringuet, de Michel Vuillermoz, ou encore de Florence Thomassin, avarie qui propulse le navire qu'est ce film par cent mille mètres de profondeur en deux temps trois mouvements. Le premier, Le Prince Ringard, incarne un éternel adulescent qui approche la quarantaine sans avoir jamais mué et qui a abandonné l'espoir de dépasser les 1m10 bras levés. Le second, sociétaire de la comédie française, déclame ici son texte comme du Molière (et encore, je lui fais un cadeau là...) alors que c'est du mauvais Tavernier. La troisième (Thomassin pour ceux qui se paument au bout de cinq lignes) récite son texte et ça me fait le même effet que quand je mate pendant des plombes le chat de mon père (astucieusement prénommé Tremors) qui miaule derrière la vitre du salon en fixant le carrelage de son regard aveugle. Passé ce petit clin d’œil à mon chat préféré, je reviens à mes moutons : il faut voir la performance de Florence Thomassin dans ce film, c'est une leçon de sabotage. Les trois réunis, Le-Prince-Ringuet, Vuillermoz et Thomassin, c'est un carnage. A côté d'eux Mélanie Thierry, qui a "explosé" avec Babylon A.D., le chef-d’œuvre visionnaire de Mathieu Kassovitz, s'en sort pas mal.
 



 
Pour causer un peu du scénar... j'ai même pas envie d'en causer du scénar ! C'est tiré d'une nouvelle (le film fait pourtant presque trois plombes) de Madame de Lafayette. On se demande bien ce que Tavernier veut nous raconter au final. Le destin d'une femme du monde brisé par la convoitise des hommes de pouvoir ? Un portrait sans pitié de l'époque ? Cette époque de guerre entre catholiques et huguenots que Tavernier semble prendre plaisir à dépeindre en donnant à son film un aspect documentaire vraiment chiant ? Il espérait sans doute rafler la mise aux Césars comme Patrice Chéreau en son temps, qui fit frémir l'hexagone avec La Reine Margot, un autre grand film sur la France, filmé dans de beaux décors, paré de belles musiques, distribuant une pelletée d'acteurs célèbres et jonglant entre l'amour et le sang. Mais Tavernier ne jouit pas vraiment du statut de grand auteur austère dont peut se vanter Chéreau, et Mélanie Thierry est loin de l'aura que dégageait Isabelle Adjani à l'époque. Par ailleurs la séquence historique la plus marquante de La Princesse de Montpensier n'est pas un grand bain de sang déjanté et éprouvant mais une nuit de noces forcée où la demoiselle est dépucelée dans la douleur, surveillée jusque dans ses saignements par une femme de chambre omniprésente tandis que son père et son beau-père jouent aux cartes assis sur le bord du lit pour s'assurer du bon déroulement de la cérémonie d'accouplement. En dehors de l'éventuel intérêt documentaire de l'anecdote, il n'y a pas de quoi applaudir Tavernier, qui filme presque la scène avec cette vulgarité qui la constitue et qu'il veut condamner. Peut-être aussi que le cinéaste a voulu faire un film non seulement historique mais puissamment romanesque, sauf que son récit est plein d'incohérences, ou disons de manques... y'a des courants d'air là-dedans qui m'ont complètement enrhumé.




Je l'ai vu à une avant-première, en présence de Tavernier et de Gaspard Ulliel, doté de ce charme fou qu'il entretient grâce à des habits très chers et à une coiffure en plâtre qu'il ne quitte plus depuis la pub de Scorsese qui l'a révélé. Ulliel qui n'a pas de chance non plus car il sonne apparemment assez creux, d'après les réponses qu'il a pu donner aux questions que ses fans lui posaient. Son personnage est quant à lui complètement débile, remarquez. Mais je ne m'étendrai pas sur un quelconque grief à l'encontre de la fossette balafrée du cinéma français, c'est pas de ça du tout dont je veux parler. Tavernier dit avoir pensé à La Prisonnière du désert pour son plan final, mais précise qu'il n'a pas voulu l'imiter, parce que c'est de toute façon trop beau. "Si un jour j'arrive à faire le centième de ce que fait Ford dans ce plan, sans dialogues ni rien, je pourrai dire que j'ai accompli quelque chose". Au moins est-il lucide, notre Tavernier hexagonal putain d'aussi bavard que son propre film. Mais il est aussi aux fraises... Renoir, expliquant son souhait avec La Règle du jeu de s'éloigner du naturalisme de La Bête humaine pour retrouver le classicisme de Marivaux, Beaumarchais ou Molière, disait : "C'est très ambitieux, mais je vous ferai remarquer, mes chers amis, que quitte à prendre des maîtres il vaut mieux les prendre grands ; ça ne veut pas dire qu'on se compare à eux, ça veut tout simplement dire qu'on essaie d'en prendre de la graine". Tavernier pourrait essayer d'atteindre le centième du génie de Ford, déployé en un seul plan, certes magnifique, ça serait au moins ça... Au lieu de quoi son film est parfaitement raté, et les critiques ont eu raison de le descendre à sa sortie à Cannes.


La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier avec Mélanie Thierry, Gaspard Ulliel et Lambert Wilson (2010)