28 mars 2008

Machos

Eh oui c'est le premier film porno critiqué dans ces pages, et il sera traité comme tout le monde. On a choisi celui-là parce que son scénario est une idée à laquelle on a tous pensé un jour. Qu'est-ce que ça ferait si j'étais un homme dans un corps de femme. Et vice versa. Fred Coppula répond à ce dilemme dans le plus simple appareil et en 90 minutes.

Fred Coppula c'est le grand magnat du porno Français qui a régné sur le petit monde de la pornographie depuis le milieu des années 90 (date à laquelle on lui a offert son premier caméscope et où sa sœur aînée a atteint sa puberté) et qui règne encore en maître tandis qu'il est désormais passé à la production, véritable dénicheur de nouveaux talents et mécène sans tabou. Il s'est très vite fait un nom dans le milieu en suggérant l'idée d'un film tourné en temps réel, un film dont le tournage a été avorté quand l'acteur principal a eu envie d'aller aux toilettes en plein coït final et quand l'actrice a eu les premiers symptômes d'une bronchite carabinée au cours d'une fellation aux méthodes ancestrales. Après cet échec Fred Coppula a signé sa fameuse trilogie qu'on rapproche souvent du décalogue de Kieslowski auquel on aurait soustrait 7 films et dont on aurait effacé tout le message biblique pour se centrer sur quelque chose de plus près de l'origine de l'homme. Le titre de cette trilogie est un clin d'œil à celle de James Cameron, j'ai nommé Terminator. En effet Fred Coppula a choisi pour titres: T1, T2 et T3, le premier film se déroulant dans une chambre de cité U, le second dans un petit appartement de 30m2 et le troisième dans un trois pièces plus spacieux. L'idée de Coppula c'était que dans chaque film les acteurs devaient s'adapter à l'espace de leur appartement pour copuler. Fred Coppula se plaçait là en tant que chercheur du X, et démontrait que la qualité de vie dépend entre autres de la surface de l'habitation. Depuis cette thèse n'a jamais été réfutée, et par ailleurs elle n'avait jamais été établie non plus avant que Fred Coppula ne s'y colle. Un quatrième volet intitulé "Pavillon" serait en chantier.

Vers 1998 Fred Coppula a quelque peu négligé son éthique en s'abaissant à de vulgaires parodies de la coupe du monde de football afin de surfer sur la vague du succès et remplir son porte monnaie, en filmant des joueurs de l'équipe de France A' pris au piège dans un vestiaire verrouillé de l'intérieur par une troupe de ramasseuses de balles qui ont par la suite avoué vouloir pour gosses de petits génies du ballon rond. Tout de suite après Coppula retourne à ses rêves de grandeur. Et nous voila devant Machos.

Coppula réunit les deux plus fameux acteurs du moment : Titof et Océane. Le premier n'ayant qu'une couille et la seconde ayant trois seins, les deux n'ayant pas de nom de famille. Séquence d'intro : Deux grands gaillards arrivent en vacance sur la Côte d'Azur, bien décidés à trouver leurs âmes sœurs. Hélas après un quart d'heure de film passé à rôder de bar en bar, de camping en camping, de pizzaïolo en pizzaïolo, de paillote en paillote, de concours de pétanque en championnat de ping-pong, de matchs de volley endiablés en beach soccer en salle, nos deux héros ne gagnent que quelques bleus et autres entorses. À la fin de cette rude première journée, ils se résignent à regagner leur hôtel miteux pour y reprendre des forces. Mais au petit matin quelle n'est pas leur surprise quand nos deux gaillards s'aperçoivent qu'ils ont désormais des corps d'actrices porno. Et alors, après mille échecs dans leurs carcasses viriles, ils deviennent les plus gros niqueurs de toute l'Europe méridionale (Grèce incluse). Après une demi heure perdue sur le vieux port en quête de femmes, comme mus par un vieux réflexe, l'un des deux personnages croise son reflet chaloupé dans une vitrine et décide d'accepter son destin en allant chercher garouille auprès du vendeur de godasses, dernier puceau de la cité phocéenne. Ayant découvert les charmes des plaisirs féminins, les voilà possédés par une envie irrésistible de collectionner les hommes. C'est cette envie qui va dicter la suite du script et combler le reste du film autant que le spectateur.



Y'a un hic dans ce film. Une vraie question de mise en scène que Coppula soulève et laisse tomber aussi sec. L'ensemble du film est tourné de façon très classique tandis qu'arrivé à 70% du métrage, un coït tout entier est filmé en caméra subjective, ce qui m'a plutôt gêné. Tandis que l'on est mis à la place de l'homme subissant plus ou moins une fellation digne de l'Enfer sans dire un mot, l'actrice regarde la caméra sans détour et avec une concupiscence située à 12 sur l'échelle de Richter, sachant qu'elle ne compte que 6 échelons. Le problème c'est que ce genre de scène a pour but de nous mettre dans la peau de l'homme et de nous donner l'illusion qu'on vit nous-mêmes ce que la dame démoniaque mais fort bienveillante lui administre. Le souci, c'est que personnellement, j'ai plutôt du mal à m'identifier à la partie inférieure du corps de cet acteur, inférieure et pourtant tellement supérieure à la mienne. Comment accepter ce nouveau tatouage sur l'aine disant: "Je fais ça pour ma mère" écrit à l'envers. Comment me résoudre à ces jambes bâties pour la chasse à coure et tristement dénuées du moindre duvet. Comment tolérer ces pieds Chinois palmés jusqu'aux bouts des ongles, tous incarnés jusqu'à la garde. Comment supporter cette cicatrice d'appendicite rapidement guérie par le boucher de l'abattoir de Couiza. Je n'ai jamais eu l'appendicite. Comment m'habituer à cette crête de poils rêches et blond platine traçant sa route sinueuse du nombril jusqu'au gland, dans un éclair tragique. Comment accepter ce genou gauche doublement fracturé surmonté d'une plaie ouverte purulente d'où un os, sans doute le fémur, tâche de s'extirper avec ses propres moyens. Comment admettre ce genou droit, pourtant sain et sauf, aussi cabossé que le vieux pare-choc de ma kangoo et digne de ceux de Marcel Dessailly. Comment m'identifier à ce sexe béant de sept mètres de long numéroté avec un code-barre digne d'un musée sur les rescapés de Treblinka, coiffé d'un piercing à l'urètre à l'effigie de la chanteuse Madonna. Personnellement, en ce qui me concerne, je ne peux pas, et je refuse de découvrir le buste endiablé de cet homme manifestement possédé. On a là un cas de Poltergeist unique dans l'histoire du cinéma, même en se rappelant le film de Tobbey "Chainsaw Massacre" Hooper.


Machos de Fred Coppula avec Océane, Laura Angel et Titof (1999)

10 commentaires:

  1. " Le titre de cette trilogie est un clin d'œil à celle de James Cameron, j'ai nommé Terminator. En effet Fred Coppula a choisi pour titres: T1, T2 et T3, le premier film se déroulant dans une chambre de cité U, le second dans un petit appartement de 30m2 et le troisième dans un trois pièces plus spacieux. L'idée de Coppula c'était que dans chaque film les acteurs devaient s'adapter à l'espace de leur appartement pour copuler. Fred Coppula se plaçait là en tant que chercheur du X, et démontrait que la qualité de vie dépend entre autres de la surface de l'habitation. Depuis cette thèse n'a jamais été réfutée, et par ailleurs elle n'avait jamais été établie non plus avant que Fred Coppula ne s'y colle. Un quatrième volet intitulé "Pavillon" serait en chantier."


    Oh putain lol !
    Vous auriez quand même pu le re mater :D

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  2. Cette critique m'a tétanisé :)

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  3. uhm uhm il m'a l'air pas mal ce film, je vais le mettre dans ma wishlist...

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  4. Je te préviens tout de même que ça risque de mal passer sur une liste pour Noël.

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  5. Je parcours le blog en ce dimanche et je me paie de bonnes tranches de rire. Surtout là !
    Mais peut-on dire que c'est ce film qui a mis Océane sur l'orbite ? (hum)

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  6. Le dernier paragraphe est une merveille absolue !

    Merci, Rémi, Merci ! :D

    Gondebaud.

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  7. Vous n'avez pas honte de parler d'un film pornographique?

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  8. Ce que vous décrivez dans le dernier paragraphe est un (désormais) classique POV (point of view), un parti pris qui a mis à mal la qualité artistique et excitatrice de ce genre de cinéma.
    Il parait que la miniaturisation des dispositifs de captation d'image est tel maintenant qu'il existe désormais l'iPOV (inside point of view). Les scènes filmées selon ce procédé sont à la frontière entre la pornographie et la gynécologie clinique, ce qui met le législateur dans l'embarras.

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