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4 novembre 2012

Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl

Ce n'est peut-être pas la bonne affiche, prévenons les fans courroucés, mais il faut dire que c'est la même pour chaque épisode à quelques mots près écrits en taille 2 sous le titre de la franchise et nous n'avons pas nos carreaux sur le nez pour vérifier. Un jour ou l'autre on devait se confronter à la saga des Pirates of the carabayans, cette série qui a engrangé peut-être plus de dix milliards de pesos si on additionne les recettes de chaque épisode, et qui a fait de Johnny Depp l'idole de nos filles après avoir été celui de nos mères (soit le pied tendre favori de trois générations de vagins). Il faut dire qu'il est boloss cet homme-là, avec son petit charme de gitan fréquentable. Les jeunes filles sont souvent frétillantes à l'approche de mâles faussement dangereux, au soufre de pacotille. On a tous connu des gars comme ça au collège, ceux qui s'étaient tailladé le sourcil d'un coup de rasoir idéalement placé et que les filles prenaient pour des petites frappes, des têtes brûlées aventurières, alors qu'ils avaient juste eu l'idée précieuse de se fendre l'arcade avec le rasoir Gillette pro-glide de papa un beau matin, d'une cicatrice en forme d'éclair qui ne manquait jamais d'atteindre sa cible : le cœur des jeunes femmes naïves. En réalité ces garçons-là rentraient chez eux pour déguster le petit goûter préparé par une mamie-gâteau avant d'aller jouer dans leur bac à sable perso. Quant à nous, nous n'avions pas de cicatrice sourcilière... mais nous ne le devions qu'à une adresse inégalable face aux arts martiaux et autres objets contondants quand, au moment de rentrer dans la tanière paternelle, on devait éviter un ou deux coups de machette dès la porte passée, papa étant un peu échaudé par l'énième défaite de l'équipe de France contre la RDA. Puis quand il se penchait sur nos devoirs c'était pour nous asséner quelques problèmes mathématiques "pour les nuls" selon ses dires, du genre : "Sachant qu'un cœur humain au repos bat à 65 pulsations minute et que celui d'un enfant de ton âge poursuivi par son père muni d'un jerricane d'essence et d'une allumette incandescente peut monter jusqu'à 365 pulsations seconde, combien de kilomètres peux-tu parcourir avec ton cartable sur le dos avant de nous faire un bel infarctus sous les applaudissements de toute la sagrada familia ?" Après la fin de la question notre père enchaînait en hurlant à toute allure un compte à rebours diabolique : "5 ! 4 ! 3 ! 2 ! 1 ! Cours connard !"


Trop boloss...

Retour au film. Que nous propose Goré Verbinski ? Quel est le programme établi par ce polonais docile et sans avis qu'Hollywood est allé piocher en Europe de l'Est dans une chasse à l'homme top secrète portant le nom de code : "Seeking the most obsequious human being on earth" ? Comment surtout croquer en quelques lignes ce film pour s'en débarrasser et repartir sur les cas Depp, Bloom et Knightley, qui nous intéressent bien plus que ce triste manège filmé. Car Verbinski s'est donc contenté d'aller à Disney Land, de payer un pack de coupons pour autant d'attractions gratuites à sa bande d'acteurs et de les filmer sur les radeaux en plastique du parc forain le plus cher du monde. Après Chris Noonan qui avait osé adapter l'attraction Babe le cochon devenu berger dans son film Babe le cochon devenu berger, Goré Verbinski a pensé (enfin, pensé, on a pensé pour lui, Verbinski n'a jamais pensé et on a tendance à appliquer la politique des auteurs avec zèle sur ce coup-là) qu'une attraction plus attractive pourrait récolter bien plus de deniers et donner lieu à une avalanche de films reproduits à la chaîne sur le même modèle avec à peine quelques nouveautés à chaque nouvel épisode, ici des fantômes de pirates, là des vampiros lesbos, ci-contre des méduses libidineuses et autres sirènes nymphomanes, et ça n'a pas loupé.


L'une des meilleures scènes d'action du film.

On se réjouit aujourd'hui que la saga soit enfin en stand by, bien qu'on sache de source sûre que ce n'est qu'une pause temporaire et que le reboot guette. En attendant ce sont les carrières des acteurs vedettes de ce show insupportable qui sont en jet-lag. On a déjà épinglé Johnny Depp à plusieurs reprises et toujours avec le même plaisir, ce plaisir qu'on peut éprouver quand on se nettoie d'une envie de tout casser. Que dire de plus sur son cas, sur son look de malade, sur ses lunettes fumées, sur ses cheveux fumés, sur ses habits fumés aussi et sur le lardon fumé qui se cache à l'intérieur de son caleçon de pirate ? Qu'ajouter sur son immonde carrière surtout ? Notre homme se vante d'être un homme-livre capable de jongler entre les projets, et se targue d'une filmographie où l'on trouve de tout et surtout de la merde. Entre deux épisodes des Carabayans, Depp s'en va faire le mariole chez le Jean-Louis David américain du miséreux, aka Tim Burton. Puis après s'être ravitaillé chez son fournisseur de marie-jeanne, Emir Kusturica, il va pavaner chez Jarmusch, Mann, Polanski ou Gilliam, choisissant ses réalisateurs avec un soin de sociopathe, obsédé par l'idée fixe de plaire à tout le monde et d'assurer ses arrières, qui donne surtout envie de ne plus le voir filmé, à tout jamais. Opportuniste à la manque, toujours apprêté au poil près, c'est le Yann Barthès du ciné. Sauf que lui ne reste pas tanqué dans son vieux combo costard/converse passé de mode depuis 99. Il est passé par tous les looks possibles et imaginables, du string-bretelles à la Borat au bleu de travail taché de cambouis en passant par le costard trois pièces classique surmonté d'un Stetson ou la tenue gothique avec bonnet de bain, et tout ça histoire encore une fois de plaire à strictement tout le monde au moins une fois, quitte à perdre autant de fans qu'il en gagne à chaque nouveau relooking extrême.


Johnny Depp ne sort jamais sans ses trois mini foulards savamment superposés autour du cou pour ne pas attraper un rhume, et un quatrième accroché à la ceinture, parce qu'avec toutes ces couches de fringues il transpire comme un porc et doit essuyer la sueur qui tombe au bout de ses doigts huileux.

Dans ce film magique et aux côtés de Depp, dans son ombre, il y avait Orlande Bloom, natif d'Orlando dans le Colorado, l'éternel Legolas (ne pas prononcer le "s" final, avis aux fans, Tolkien de son vivant l'a dit et répété et vu comment il s'est fait chier à inventer un langage ce serait triste de voir que ses premiers fans le traînent dans la boue au quotidien) du Seigneur des Anneaux (ne pas faire la liaison entre "des" et "anneaux", cf. Tolkien himself) et l'éternel idole des androgynes. Promis à un avenir brillant, l'acteur n'en revient toujours pas d'être au casting des deux franchises les plus juteuses des années 2000, regrettant de ne pas avoir prêté ses traits d'elfe à un éventuel Robin dans la trilogie Batman moisie de sieur Nolan, lui qui l'appelait chaque matin en disant : "Mais je suis un peu pédé !... J'adore Christian Bale !... Je passe niquel dans une combi moulante !... Mais le vert me va très bien... Mais puisque je n'aurai même pas à m'entraîner pour le rôle ni à faire de sport du fait de mon expérience chez Peter Jackson en tant que Legola...". En définitive, Orlande Bloom n'obtient aucun rôle depuis ElisabethTown et vient de se faire remarquer, à la manière de Raymond Domenech, en allant pointer au Pôle Emploi pour être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi et avoir les transports gratuits, lui qui a de gros oursins dans les poches à défaut d'avoir des arbalètes dans le dos et des yeux derrière la tête, comme son éternel double fictionnel dans la trilogie de l'anneau. Nous n'ouvrirons pas Wikipédia pour vérifier la filmo de ce type histoire de ne pas pleurer pour le reste de la journée. Moins désœuvrée que son camarade Legola, Keira Knigthley avait son petit charme dans ce film, un charme qui s'est ensuite volatilisé au fil des ans et des tournages. Ayant tourné avec Joe Wright ou avec Cronenberg, elle aura eu un peu plus de pif que son pote elfe pourtant réputé pour son odorat de malade. Un pif tout relatif puisque lorsqu'on jette un œil plus attentif à sa carrière on y trouve des déchets non-recyclables du style London Boulevard ou Last Night. Keira Knightley a décidé de tout miser sur sa carrière et c'est pas de veine parce que si sa carrière était une famille ce serait la famille Adams, à base d'oncles fétides et de cousins machins.


Keira Knightley, pirate des calories.

Goré Verbinski s'en sort mieux que les seconds couteaux de sa trilogie en bois (devenue une tétralogie grâce à Rob Marshall, un réalisateur particulièrement dangereux, auteur entre autres de l'infamie nommée Nine). Après le troisième volet, il nous a raconté l'histoire de Rango, un caméléon pistolero toujours incarné par Depp, véritable caméléon de la mode et de l'acting. Est-ce qu'on peut parler de métafilm ? Peut-être pas. En tout cas le film a remporté un fier succès et a installé Goré Verbinski (qui enchaîne les gros coups médiatiques mais que personne ne connaît pour autant) dans le petit monde du western. Le réalisateur hollywoodien prépare en effet un nouveau film du genre, en prises de vue réelles cette fois-ci, toujours avec Depp au premier rang, qui semble déjà très original puisqu'il raconte l'histoire d'un Texas Ranger masqué luttant contre l'injustice et la criminalité, accompagné de son fidèle destrier Maïwenn et de son ami indien Tony Gatlift. On attend Goré au tournant.


Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl de Gore Verbinski avec Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knigthley et Geoffrey Rush (2003)

11 février 2008

Reviens-moi

Atonement (salement retitré "Reviens-moi" en français) est le second film de Joe Wright après Orgueil et préjugés, sorti il y a peu. Joe Wright semble donc se faire un plaisir d'adapter des œuvres romantiques britanniques à l'écran et pour ce faire d'appeler sous les drapeaux la charmante Keira Knightley. Son nouveau long métrage est désormais en course pour l'Oscar du meilleur film. Je n'ai pas vu Orgueil et préjugés mais je me suis lancé dans ce film-là les yeux fermés. Allez savoir pourquoi. Il est étonnant que j'aie pu accorder ma confiance à Joe Wright, ayant souvent souffert la littérature romantique britannique et n'aimant guère les films de radasses.




Car oui, c'est un film de radasses. Comprenez un film de mamans, plein de romantisme, d'amours impossibles, de lutte des classes, de beaux paysans bien bâtis et de belles aristocrates curieuses d'apprendre ce que c'est qu'une bite, de grandes guerres qui séparent les amants éplorés et ainsi de suite. Et cependant j'ai plutôt apprécié ce film. Il faut ici introduire un élément assez convainquant. Vous l'aurez pigé, il s'agit de Keira Knightley. Le début du film nous la dévoile sortant de l'eau en sous-vêtements, presque nue. Puis Joe Wright, décidément attaché à faire de moi un de ses acolytes, se fait un devoir de filmer sous toutes les coutures les pieds de la belle, qu'elle a jolis. C'est un bon point, un très bon point pour m'achopper. Keira Knightley est d'une beauté assez remarquable dans ce film, et le regard que le réalisateur porte sur elle n'y est pas pour rien. Sans parler du talent d'actrice assez sobre mais notoire de la jeune femme. En plus d'être assez jolie, Knightley détient quelque-chose dans sa gracieuse et mince silhouette qui convient tout à fait à ce genre d'histoires où une femme subit des évènements qui la rendent totalement impuissante. L'acteur principal, James McAvoy, est également sympathique : suffisamment charismatique pour qu'on s'attache à lui, il n'est pas non plus de ces bellâtres complètement lisses qui polluent généralement ce type de films. Les acteurs sont globalement bien choisis, même quand ils changent en fonction de l'âge du personnage, tout ça reste très cohérent ; et ils sont tous impeccables dans leurs rôles.




La mise en scène n'est pas dégueulasse. Le dirlo photo a donné tout ce qu'il avait, une rumeur court selon laquelle il aurait même refusé son cachet pour acheter plus de bougies avec l'argent. Il y a en outre un long plan séquence au milieu du film qui, contrairement à beaucoup d'autres récemment (par exemple ceux, interminables, de Children of Men), semble avoir été fait sans l'aide (en tout cas trop appuyée ou trop visible) de Photoshop. Il n'est pas uniquement là pour donner un moyen au réalisateur d'exposer mochement son savoir-faire et d'étaler sa pseudo virtuosité. C'est d'ailleurs un des rares films où la débâcle de 41 à Dunkerque est montrée dans toute son ampleur, ou montrée tout court d'ailleurs. Je ne pense qu'à Week-end à Zuydcoote de Verneuil.... Ici un long plan séquence montre l'arrivée du soldat McAvoy sur la plage, et donne de l'événement une vision assez étrange, un peu romancée. On voit les soldats aller et venir, jouer et chanter, dans une approche assez édulcorée de ce que fut ce chapitre de la bataille de France, quand bien même l'arrivée du personnage principal est censée se faire entre deux raids atrocement meurtriers de la luftwaffe. Mais je crois me souvenir de la même ambiance en demi-teinte, tantôt réaliste tantôt idyllique dans le film de Verneuil. Et puis on peut penser, à la décharge du film, que c'est la vision de romancière de la vieille dame de l'épilogue qui nous est montrée, puisque ce passage du film est le fruit de son roman, comme nous l'apprenons à la fin. Cette séquence entre chien et loup est d'ailleurs opposable à la scène de l'hôpital en Angleterre, que la vieille femme a réellement vécue et qui s'avère très crue et très violente. À noter, car je parle de la scène de l'hôpital et cela m'y fait penser, un rôle de soldat Belge donné à Jérémie Rénier, qui a droit à sa longue scène d'agonisant, puis deux rôles de civils français donnés à Lionel Abelanski et Michel Vuillermoz...




Ceci étant dit n'allez pas croire que j'ai apprécié le film pour sa seule comédienne, si attrayante soit-elle. Non le récit est rondement mené et on ne s'ennuie pas une seconde malgré les 2 heures que dure le film. Le montage est chaotique, les ellipses sont légion (l'histoire se déroule sur bien des années) et il est quelques fois vaguement difficile de savoir quel flashback répond à quel flashforward quand comme moi on a un peu de mal avec tout ce qui est gros bordel narratif. Encore quelque chose que je supporte peu habituellement mais qui ne m'a pas plus dérangé que ça ici. Parce que le récit est prenant. C'est l'histoire d'un amour salement contrarié par la jalousie d'une petite sœur puis rendu tragiquement impossible par la guerre. Et à dire vrai les mouvements narratifs d'avant en arrière, comme d'ailleurs le grand romanesque de la tragédie, sont appréciables en ce sens que le film parle d'une fiction. Tout ça, c'est du roman, et c'est le principe même du film. Au début, la petite fille qui va ruiner l'amour naissant de sa grande sœur achève l'écriture de sa première pièce de théâtre, elle veut devenir écrivaine. Et tandis qu'elle cherche sa mère dans toute la maison, un thème musical s'installe qui reviendra tout au long du film, dont le rythme est donné par le claquement mélodieux des touches d'une machine à écrire. Et ça n'est pas seulement original, ça vaut à Joe Wright quelques jeux osés sur ces sons alliés à la lumière. Et si ce thème revient tout au long du film c'est parce qu'à la fin la petite fille devenue vieille dame est invitée sur un plateau de télévision pour y raconter son dernier livre auto-biographique (ou plutôt "autofictif") que nous venons de "lire" pendant 2 heures et où la fiction s'est largement immiscée dans la réalité pour des raisons que vous connaîtrez en voyant le film. C'est donc une petite surprise que cet Atonement, qui s'annonçait comme un strict mélo pour les mamans et autres mémés mais fait l'effort de sortir de sa petite catégorie.


Reviens-moi (Atonement) de Joe Wright avec James McAvoy et Keira Knightley (2007)