21 janvier 2012

Red State

Kevin Smith a fait monter la sauce pendant des mois. Son prochain long métrage, avait-il fièrement annoncé en 2006, serait un film d'horreur. Il avait laissé diffuser des images au compte goutte. Le synopsis ne fut jamais clairement dévoilé. On ne savait pas si Kevin Smith allait bercer dans le gore et le second degré, histoire de choquer un peu sans véritablement surprendre, ou s'il allait plutôt nous livrer une œuvre plus classique, s'inscrivant donc à contre-courant d'une certaine mouvance actuelle et se prenant au sérieux, peut-être pour notre étonner positivement, qui sait ? Son film allait-il être un simple défouloir pour le comique obèse pas drôle qu'il est, ou bien serait-il un moyen propice à véhiculer un message engagé impossible à faire passer autrement ? Les premières images nous informaient tout de même sur ce point : son film allait s'emparer du fait religieux, comme il avait déjà pu le faire avec Dogma, et ne serait donc pas une coquille vide. Tout cela faisait que, quand même, malgré le fait que Kevin Smith soit un cinéaste de pacotille qui nous a récemment submergé de navets infâmes (je pense par exemple à l'infect Top Cops), on était tout de même bien curieux de découvrir son "film d'horreur". Alors, qu'en est-il, finalement, de ce film qui a connu une drôle de sortie, en étant d'abord disponible en VOD, et qui s'est par conséquent très prématurément répandu sur la toile ?


Michael Parks campe un personnage paraît-il inspiré du nageur multi-médaillé Michael Phelps.

Hé bien il n'y a pas grand chose à dire de Red State... Et ce film aura bien du mal à faire parler de lui après sa sortie autant qu'il a essayé de créer le buzz avant, ce que l'on peut même déjà constater aujourd'hui. Quid du synopsis ? L'action de ce très long métrage (1h28), grossièrement divisé en deux parties, se déroule dans l'un des nombreux trous de balle des États-Unis : une petite bourgade du Midwest qui est le théâtre des manifestations régulières d'une bande de fanatiques religieux menée par un chef illuminé, campé sans suffisamment d'intensité par une sorte de sosie sans saveur de John Hurt (Michael Parks). Nous commençons par suivre une bande de jeunes tocards qui vont à un rendez-vous dans l'espoir de faire un truc à trois avec une meuf dénichée sur un site internet de type adopteunkeum. Évidemment, il s'agissait d'un attrape-couillons, comme ce genre de sites en regorge (je le sais, j'en ai déjà été victime !), et nos trois glandus se retrouvent à la merci des fanatiques religieux, des anti-homosexuels notoires qui vont les torturer puis les tuer au cours d'une cérémonie débutée par un discours effroyablement long énoncé par le grand manitou. La deuxième partie du film est davantage focalisée sur le personnage incarné par John Goodman, un vieux flic fatigué qui se retrouve aux commandes d'une intervention musclée visant à mettre hors d'état de nuire la petite troupe d'illuminés (pourquoi n'y ont-ils pas pensé avant ? Laissez pisser, il s'agit là de l'un des nombreux trous béants du scénario). Nous assistons donc à l'interminable siège de leur repaire, où l'un des jeunes tocards est encore en vie et tente de s'échapper, et cela donne lieu à la scène de fusillade la plus longue et ridicule de l'historie du cinéma.


A noter : la prestation solide de John Goodman, parfois assez impressionnant, et qui semble afficher un niveau de cholestérol très inquiétant. Je me fais du souci pour lui.

Red State est en effet l'occasion de constater la pauvreté de la mise en scène de Kevin Smith, incapable de développer la moindre tension, d'instaurer le moindre rythme à son film qui pâtit de grosses longueurs, qui se traîne terriblement. Manifestement à court d'idée, le réalisateur mafflu à l'éternel pantacourt se rabaisse à des tics visuels très chiants, comme par exemple cette caméra vissée au torse des personnages en fuite et en pleine panique, les filmant donc en contre-plongée dégueulasse, avec en outre cette insupportable image légèrement saccadée digne des pires films du genre. Malgré tout cela, grâce à sa façon très frontale de critiquer l’extrémisme religieux existant dans son pays, Red State se place tristement comme un film d'horreur pas totalement inintéressant et gratuit, fait suffisamment rare de nos jours pour être souligné. Mais cela s'arrête là, car si les intentions sont louables, à l'écran, tout ça est tellement laborieux et lourd qu'il me faut beaucoup d'indulgence pour relever ce petit aspect positif du film. Car Red State est un bien triste film, ponctué par des notes d'humour qui tombent totalement à plat (je pense par exemple à la mort ridicule de Kevin Pollack) et, comme si cela ne suffisait pas, le tout est plombé par une conclusion sur-explicative, qui vient nous montrer que Kevin Smith ne s'en prend pas seulement à l’extrémisme religieux mais qu'il veut aussi dénoncer certaines dérives politiques de son pays. On attendait que lui... On peut tout de même saluer la volonté du cinéaste ventripotent de changer de registre, mais on se demande s'il ne faudrait pas tout simplement qu'il entame un régime Dukan et change carrément de métier. Son Red State est un film d'horreur satirique particulièrement moche, balourd et vain, dont je fais bien de vous parler sitôt après l'avoir vu, car d'ici quelques heures, je ne m'en souviendrai plus.


Red State de Kevin Smith avec John Goodman, Melissa Leo et Michael Parks (2011)

8 commentaires:

  1. J'ai récemment vu Mallrats, l'un des premiers (DA premier ?) films de Smittt. C'était pas glorieux en dehors de deux trois paires de nibards.

    Sur la photo, on se fait du souci pour John Goodman. Il parait malade.

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  2. J'avais personnellement qualifié ce film de con, laid et qui se finit en queue de poisson. Les grands esprits se rencontrent, Félix :)

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  3. Michael Parks c'est un abonné de chez Tarantino/Rodriguez. (une journée en enfer, kill bill, etc)

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    1. Oui, et Red State est dans le top annuel de Quentin Tarantino, qui l'a donc mis là soit par copinage soit par débilité profonde... ou les deux !

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  4. Un autre film que je ne regarderais pas grace à vous ^^

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  5. C'est honteux de votre part d'associer Michael Phelps à Fred Phelps..

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