Affichage des articles dont le libellé est Patrick Wilson. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Patrick Wilson. Afficher tous les articles

9 mars 2016

Bone Tomahawk

Bone Tomahawk, le premier long métrage de l'américain S. Craig Zahler, s'il n'est pas parfait, nous donne plein de raisons de l'apprécier et de le défendre de tout notre coeur. Déjà copieusement salué et décoré en festivals, il a notamment obtenu le Grand Prix à Gérardmer face à une concurrence relevée (parmi laquelle The Witch, autre film d'horreur indé dont se dit le plus grand bien et dont nous espérons donc beaucoup) et il faudrait en effet être aveugle pour ne pas remarquer que Bone Tomahawk sort clairement du lot. Arrêtons-nous d'abord à ce qu'il y a de plus visible. Dès les premières images, on se dit que S. Craig Zahler, écrivain (publié chez Gallmeister, s'il vous plaît) et scénariste, devait crever d'impatience de passer enfin derrière la caméra pour réaliser un western. Visuellement, son film donne l'impression d'être la mise en image limpide d'un fantasme longuement mûri. En tant que cinéphile à la recherche de bonnes péloches de genre, on prend aussi un pied évident devant ça. Bone Tomahawk, comme son titre, a une putain d'allure et donne immédiatement envie d'être aimé. La mise en scène fluide et patiente d'un cinéaste débutant mais plein de confiance et de maîtrise, nous plonge somptueusement dans l'Ouest américain, sauvage et brutal. On y est et on s'y sent bien d'emblée !





Autre atout immédiatement visible : le casting, qui est une belle petite collection de gueules connues du cinéma de genre, ici superbement bien employées. On est à des années-lumière du défilé insupportable de gloires passées comme le proposent les saloperies à la  Grindhouse. La première scène, qui met de suite dans le bain et annonce bien la couleur, nous fait suivre les sombres méfaits de deux brigands aux méthodes radicales incarnés par David Arquette (l'éternel gaffeur condamné à jouer les benêts et autres petites frappes) et Sid Haig (une grosse tronche impossible déjà croisée dans les films cultes de Jack Hill, dont l'excellent Spider Baby, et revue plus récemment devant la caméra du triste Rob Zombie), deux salopards qui auront le malheur de s'aventurer sur le territoire d'une tribu indienne cannibale. Le scénario de S. Craig Zahler nous propose ensuite une sorte de variation horrifique et minimaliste du classique de John Ford, La Prisonnière du désert : une bande de cowboys remontés, menée par un Kurt Russell en pleine forme et au charisme toujours intact, se lance à la recherche d'une femme docteur enlevée par des indiens revanchards.





Avant le départ de la troupe, S. Craig Zahler installe avec le plus grand soin chacun de ses personnages. Et qu'il est rare et appréciable, aujourd'hui, de tomber sur un film qui prend autant son temps, qui croit à ce point en ses personnages et laisse ses acteurs leur donner si brillamment vie. On oublie d'ailleurs totalement les acteurs, à commencer par notre vieil ami Richard Jenkins, qui trouve peut-être ici son meilleur rôle dans la peau de l'adjoint un peu naïf du shérif joué par Kurt Russell. Ce n'est qu'une fois le film terminé que je me suis dit "Putain mais c'était Dick Jenkins, Dick Jenkins !!". Matthew Fox, le Jack de Lost, mérite lui aussi d'être félicité, il incarne avec beaucoup de classe et d'aplomb un cowboy dandy sans éthique et ce n'est, là encore, qu'une fois le générique terminé que je me suis dit "Putain mais c'était Jack, Jack de Lost !!".  





Même Patrick Wilson est bon là-dedans. Même Patrick "tronche de playmobil" Wilson ! Il passe tout le film à boiter, à en chier encore plus que DiCaprio dans The Revenant, et c'est un vrai régal d'assister à cela après toutes les ignominies dans lequel on l'a vu saloper l'écran. Patrick Wilson joue bien, je ne pensais jamais écrire ça un jour, et c'est dire si S. Craig Zahler doit également être un bon directeur d'acteurs. On s'attache à son personnage d'amoureux des plus déterminé à sauver sa dulcinée comme on s'attache à tous les autres. Soulignons aussi le talent du cinéaste et scénariste pour faire exister chaque protagoniste, et pour, chose encore très précieuse, écrire des dialogues si réussis (avec même quelques moments comiques bien sentis) et créer des scènes a priori anodines où il se passe réellement quelque chose alors que l'action est encore bien loin.





Le film se contente simplement de suivre au plus près cette petite bande dans sa quête qui la mènera jusqu'à l'obscurité ultra glauque d'une redoutable tribu cannibale troglodyte. On pense un peu à l'horreur sèche et brutale de The Descent quand on voit avec quel sérieux le réalisateur invite ses monstres oubliés à l'écran. S. Craig Zahler choisit délibérément de mettre en scène des "indiens" qui correspondent aux cauchemars irraisonnés des pionniers, à la terrible image qu'ils s'en faisaient alors : mangeurs d'hommes régnant en maîtres sur une zone interdite, ils sont des ombres grises qui surgissent de nulle part, dont les flèches proviennent d'on ne sait où et peuvent vous transpercer à tout moment quand vous avez le malheur de vous trouver sur leur territoire.





La violence et l'horreur de Bone Tomahawk, en même temps furtives et frontales (une scalpation suivie d'une mise à mort particulièrement dégueue est au programme, filmée sans complaisance), surprennent toujours et agissent un peu à retardement, saisis que nous sommes par l'ambiance aride de l'ensemble et suspendus au sort parfois terriblement cruel réservé aux personnages. Le cinéaste nous offre un western horrifique aux moments de tension rares mais épuisants pour les nerfs où nous pouvons trembler, par exemple, pour que notre héros ait le temps de recharger sa pétoire imprécise avant d'y passer. On tient également là un superbe film de rando. Après ça, on a l'impression d'avoir marché quelques kilomètres, nous aussi, et d'avoir campé une paire de nuits à la belle étoile, à l'affût du moindre bruit... 





Alors certes, on aurait peut-être aimé que le film soit un peu plus. Que, lorsqu'il s'arrête, nous n'ayons pas l'impression de tout savoir, d'avoir tout vu, mais qu'il reste des zones d'ombre, un peu de mystère, une sorte de fascination encore possible. La simplicité et la linéarité du scénario de S. Craig Zahler est à la fois sa force et sa limite. Il le cantonne dans son sous-genre, l'empêche de le dépasser, mais lui permet de s'affirmer pleinement comme un western simple, sec et racé comme nous n'en voyons quasiment plus et qu'il faut absolument saluer. Le subtil et bien mené mélange des genres tout comme l'ambiance particulièrement saisissante du film nous font également croire en l'éclosion d'un nouveau cinéaste très prometteur. Vivement la suite !


Bone Tomahawk de S. Craig Zahler avec Kurt Russell, Patrick Wilson, Richard Jenkins, Matthew Fox et David Arquette (2016)

9 octobre 2013

Conjuring : les dossiers Warren

Véritable phénomène au box office mondial cette année, The Conjuring est l’œuvre d'un cinéaste qui semble avoir compris ce que recherchent aujourd'hui les spectateurs de films d'horreur. Je ne me lance pas dans de grandes déductions, je m'appuie seulement sur le buzz provoqué à sa sortie et les chiffres, qui font de The Conjuring le plus grand succès du cinéma d'horreur depuis des lustres, derrière L'Exorciste et Le Projet Blair Witch. James Wan avait déjà su engranger les dollars et conquérir les foules avec Insidious, son précédent film, où les fantômes, les démons et les maisons hantées servaient aussi de décorum. Insidious s'insérait dans la même logique, le même schéma, souvent résumé, chez les critiques francophones, par l'expression bien pratique et assez juste de "train fantôme". La surenchère tape-à-l’œil, l'accumulation frénétique d’effets-chocs et l'empilement jusqu’au-boutiste de poncifs usés jusqu'à la corde sont en effet le fond de commerce de James Wan, qui ne vise rien d'autre que le sursaut immédiat.


Quand je vous dis qu'il faut se méfier des cinéastes qui font trop gaffe à leurs looks... Visez un peu la chevelure de James Wan, je veux la même !

N'étant pas spécialement amateur de ce cinéma d'horreur-là, c'est naturellement avec une certaine crainte que j'ai lancé The Conjuring. Force est pourtant de reconnaître que la première heure du film fonctionne plutôt bien. Passée une scène d'introduction inutile qui, à la manière du sous-titre français ("les dossiers Warren"), laisse envisager un film d'horreur à sketchs - format qui serait d'ailleurs peut-être plus approprié au savoir-faire et au style de James Wan - on suit les déboires d'une famille nombreuse venue s'installer dans une ferme isolée qui s’avèrera méchamment hantée. Durant, disons, les trois premiers quarts d’heure, nous quittons rarement la demeure et strictement tous les incontournables du film de maison hantée se succèdent à un rythme trépidant. C'est une énumération sans faille. Tout y passe.


Manque le clebs. Pour vous donner une idée, il a le regard du père et la tignasse de la mère.

C’est d’abord le iench de la famille qui ne veut pas rentrer dans la maison, s’agrippant de toutes ses forces sur le perron et aboyant à en perdre haleine, comme s’il sentait une présence néfaste. C’est d’ailleurs le seul point noir d’un déménageot qui se passe sans souci. Une fois la famille emménagée, par contre, les choses se gâtent rapidement. Des portes qui claquent, le parquet qui grince, des horloges qui s'arrêtent toujours à une heure fixe, des cadres qui tombent des murs avec fracas, on découvre un sous-sol caché (il suffisait de faire le tour de la maison pour découvrir les énormes soupiraux et suspecter sa présence, mais il faut croire que les nouveaux proprios n’ont jamais eu cette curiosité…), des gros bleus apparaissent pendant la nuit sur le corps de la maman (Lili Taylor, qui n’a pas besoin de ça), on croise des reflets étranges dans les miroirs et on trouve de drôles d'objets près de cet arbre mort à la forme ultra menaçante planté non loin. Bref, je pourrai continuer longtemps, mais je ne souffre pas de la même maladie que James Wan. C'est bien simple, ce dernier n'oublie strictement aucun des effets attendus dans un tel contexte. Tout y passe, je vous dis !


"On vient de gagner 150m² de surface habitable, chérie ! On a une putain de cave ! Les enfants, dites adieu à vos lits superposés."

James Wan paraît tout à fait conscient que son audience a certainement déjà vu tout ça ailleurs, il fait parfois même des clins d’œil innocents et pas méchants, mais il vise l'originalité par cette accumulation acharnée et ce rythme rapide, sec, sans temps mort. Si vous aimez les films d'horreur psychologiques, qui prennent le temps de construire une ambiance étouffante et apportent un soin particulier à leurs personnages, alors The Conjuring n'est clairement pas fait pour vous. C'est au bout de 45 minutes de film que je me suis rendu compte que la famille en proie aux phénomènes paranormaux comptait cinq enfants. Cinq filles qui sont de simples pantins que James Wan aime placer ici ou là selon la situation et l'effet recherché. J'étais pourtant prêt à faire mon mea culpa car si tout cela n’a rien d’original et encore moins de génial, ça se suit sans déplaisir. Le "train-fantôme" fonctionne à plein tube. Les résultats faramineux au box office me sont expliqués par cette première partie.


Il faut garder à l'esprit qu'il n'existait pas encore de lampe de poche dans les années 70.

Et puis vers l'heure de film, quand les Warren, c’est-à-dire les véritables chasseurs de fantômes incarnés par Patrick Wilson et Vera Farmiga, débarquent dans la maisonnée pour commencer leur enquête, tout se délite et part en vrille. Le film bascule définitivement dans un grand n’importe quoi terriblement agaçant. Ce triste basculement s’opère à cet instant crucial où, en général, un film de maison hantée classique doit trouver une explication, en levant progressivement le voile sur les évènements terribles survenus dans ladite maison, jusqu’à leur résolution dans le présent. Mais ça, ça n’est pas du tout ce qui intéresse James Wan. En un clin d’œil, Lorraine Warren regroupe coupures de journaux et vieilles photos pour expliquer toute l’histoire à son compagnon, apparemment habitué, et à nous autres, sur le cul ! Une sorcière sataniste vachement rancunière est dans le coup ; comme quoi, nous avons bien fait de les noyer. Le scénario est totalement manichéen. Une fois débarrassé de cela, James Wan peut alors continuer son train-train habituel, dans un déluge de scènes de trouille qui iront crescendo jusqu’à la fin, et réussiront à atteindre des sommets de ridicule. Il s’engage sur les terres savonneuses du film de possession démoniaque, en embrassant encore une fois tous ses clichés, et cela commence à faire beaucoup. Une force invisible traîne l’une des filles par les cheveux. Patrick Wilson improvise un exorcisme pathétique en lisant du latin avec toutes les difficultés du monde et un accent dégueulasse. Lily Taylor campe une bien vilaine possédée. Un duo de techniciens (avatars du cinéaste lui-même et de son scénariste habituel, Leigh Whannell), engagés pour filmer les Warren, viennent ajouter leurs cris au brouhaha général. La suggestion qui dominait la première partie du film est définitivement abandonnée au profit du grand guignol. On pourrait en rire, on est surtout très gênés.


Drôle d'époque où les abat-jours faisaient par contre office de jupe longue... Notez la tronche de cake de Patrick Wilson en plein cours magistral, faisant tout pour être pris au sérieux dans son costume de magicien.

Le film perd alors toute sorte d’impact et devient d’une superficialité assommante, à l'image de cette reconstitution maniaque des années 70. En plus de voler la photographie des films d'horreur de cette période, James Wan surmaquille, surdéguise et suréquipe ses acteurs. Déjà fort peu charismatique au naturel, Patrick Wilson est ainsi condamné à porter des rouflaquettes ridicules et à conduire un Volkswagen Type 2 flambant neuf (vous savez, ce fameux van tant apprécié des hipsters). Tous les habits des comédiens ont l'air de fraîchement sortir de la friperie Groucho (une super adresse à Toulouse que je vous recommande chaudement, soit dit en passant !) ou d'avoir été spécialement conçus pour l'occasion. Aucun n'a l'air à l'aise à l'intérieur, à commencer par le père de famille et sa collection de chemises à carreaux trop cintrées. Sans parler des traces de pli dues à l'acharnement des techniciens au fer à repasser... Tous les décors visent aussi à faire immédiatement penser aux années 70, des tapisseries de mauvais goût en passant par la grosse télé à l'écran bombé placée bien en évidence. La musique vient évidement renforcer cet effet, bien qu'elle aurait pu être encore plus présente. Cette reconstitution est en fin de compte aussi superficielle et fabriquée que la peur suscitée par ces jumps scares incessants que James Wan met en scène. Elle contribue à nous éloigner du film, à nous placer en tant qu'observateur de la mécanique mise en place et à constater le soin apporté dans l'attraction créée par le réalisateur. L'étiquette "inspirée d'une histoire vraie", pourtant lourdement rappelée au début du film et lors du générique final, où de véritables photos des personnes impliquées dans ce fait divers apparaissent à l'écran avec le nom des acteurs les incarnant à côté, n'a ainsi aucune espèce d'incidence. Tout sonne si faux et calculé...


Vera Farmiga a de beaux yeux et prend un plaisir évident à les rouler dans tous les sens.

The Conjuring est également doté d’une propagande religieuse franchement embarrassante, qui pourrait passer sans vrai souci si elle n’était pas aussi grossièrement amenée. Quand le père de famille avoue, un peu honteux, qu'ils ne sont pas croyants et qu'aucune de ses filles n'est baptisée, Patrick Wilson lui répond du tac-o-tac "Revoyez votre copie", lui expliquant ensuite en une paire de phrases lapidaires que quelques crucifix, un peu d'eau bénite et une foi chrétienne retrouvée pourraient bien les sauver. C’est un aspect très secondaire dans l’ensemble, mais il mérite tout de même d’être pointé du doigt car il est représentatif de l'extrême manque de finesse de James Wan. Il faut aussi dire que son film n'est pas non plus aidé par des dialogues lamentables, parfois assez gênants. Comment peut-on avoir peur d'un esprit démoniaque quand celui-ci est comparé, de la bouche du démonologue en personne, à un vieux chewing-gum qui serait bien décidé à rester collé à la semelle de votre godasse ? On a connu plus flippant, on a connu des monologues un peu plus inspirés. Mais il faut croire que James Wan ignore totalement que l'on peut aussi faire peur par le seul langage, par les mots, quand ceux-ci sont correctement écrits et prononcés par des acteurs doués. Je ne lance toutefois pas la pierre à Patrick Wilson, qui fait ici beaucoup d’efforts, ça se voit.


C'est Papy Wilson qui a dû tirer la tronche en découvrant où était passé son fameux gilet jacquard.

James Wan multiplie les effets de manche, les angles impossibles, les mouvements de caméra étonnants et les plans-séquences. C'est souvent osé et l'effet recherché est parfois atteint, cela correspond tout à fait à ce cinéma d'horreur qui s’échine à en mettre plein la vue et à ne laisser aucun répit à son audience, mais ça n'est pas fait avec une réelle vision de cinéaste. Cela vise seulement l'effet immédiat, il n'y a rien que l'on puisse retenir, il n'y a aucune image à laquelle on repensera en fermant les yeux avant de se coucher, ou dans le noir lors d'une de ces escapades nocturnes, animé par une fringale tardive, avec le frigo comme objectif. Ces films-là ne laissent pas de trace. Ils font peut-être peur sur le moment, mais ne laissent aucune marque dans l'imagination ni ne l’émoustillent. Pour cela, il faut être plus talentueux, plus patient, plus ambitieux, et viser un peu plus haut que le porte-monnaie du public.


Le grand Max Von Sydow peut pioncer tranquille, la relève ne lui arrive pas à la cheville.

S'il y mettait plus d'humour, plus de relâchement et plus de folie, James Wan pourrait un jour réaliser un film d'horreur véritablement sympathique. Il lui faudrait pour cela trouver cet équilibre qui lui manque cruellement, ou choisir son camp une bonne fois pour toutes. Il pourrait se placer aux côtés d'un Peter Jackson ou d'un Sam Raimi, produire l'équivalent d'un Braindead ou d'un Evil Dead. Il ne grimperait pas spécialement dans mon estime, car il persisterait dans un registre que je n’affectionne pas beaucoup, mais il trouverait au moins à mes yeux une certaine cohérence. Pour l'instant, je le perçois surtout comme un imposteur, opportuniste et malin, sans réel intérêt, bien plus proche du forain que du cinéaste. C'est tout de même dommage car, aujourd'hui, aucun autre réalisateur spécialisé dans le genre ne jouit d'un tel statut et ne peut bénéficier d'une telle marge de manœuvre. Alors il y a un léger mieux, il faut l'avouer. Mais quand on part de zéro, c'est toujours plus facile et, avec The Conjuring, James Wan finit tout de même par retomber complètement dans ses insupportables travers et semble même vouloir faire sien ce style si lucratif. En fait, il s'installe progressivement comme le réalisateur préféré de ceux qui n'aiment pas le cinéma d'horreur.


Conjuring : les dossiers Warren de James Wan avec Vera Farmiga, Patrick Wilson, Lili Taylor et Ron Livingston (2013)

23 juin 2011

Insidious

Que dire ? Il y a parfois des films dont l’extrême nullité laisse sans voix et, surtout, dont on ne parvient même pas à s’expliquer le succès qu’ils ont rencontré auprès du public. Insidious est de ceux-là. Je suis atone mais mes doigts prennent le relais pour votre plus grand plaisir. Insidious est la troisième collaboration entre le réalisateur James Wan et le scénariste et acteur Leigh Whannell. Après Saw, c'est leur deuxième film qui réussit à faire trembler le box office US et à ramasser le pactole, récoltant des millions (76M$ and counting !) à partir d’un budget pourtant dérisoire (1,5M$ dont une grande partie dépensée en Comté "Nos régions ont du talent" pour satisfaire les desiderata du comédien Pat Wilson). Si la qualité de Saw était ma foi toute relative, son succès m’était au moins compréhensible, notamment grâce à son twist final débile mais qui surprenait forcément. Là... Mystère ! On est en présence d’une daube d’envergure internationale, que j’ai pourtant vue dans les meilleures conditions possibles, bien accompagné, et avec la simple envie de voir un film d’horreur divertissant, sachant remplir le cahier des charges. Que nenni ! Passez votre chemin !


James Wan et Leigh Whannell découvrant les propriétés euphorisantes des liquides riches en bicarbonates.

Insidious est un film d’horreur ridicule de bout en bout, le genre de film qui conforte le cinéma d’horreur dans le tiers-monde du 7ème art, qui le rabaisse tout entier et vient nous rappeler que le genre est bel et bien composé à 99% d’infâmes saloperies. Pour vous donner une idée, dites-vous qu’Insidious est une sorte de parent dégénéré du déjà très mauvais Jusqu’en enfer de Sam Raimi. Les deux films m’ont l’air similaire sur bien des points. On sent la même volonté chez les deux metteurs en scène d’embarquer les spectateurs dans une pauvrette attraction de fête foraine mise sur pellicule, dans un train fantôme avançant laborieusement et manquant tristement d’inspiration pour surprendre son voyageur, cachant cela dans un déluge d'effets indigestes. Le genre est ici abordé de façon old school et très frontale, avec des objectifs que l’on sent très modestes (faire peur, divertir salement) et justement annihilés par des ambitions de bas étage, jamais transcendées par la volonté toute simple de torcher un bon film avec un minimum de prétentions artistiques.


Un caméo aussi flippant qu'écolo : celui de Nicolas Hulot

Un peu à la manière de Jusqu’en enfer, mais de façon peut-être encore plus flagrante et embarrassante, Insidious a le vilain défaut de ne pas savoir sur quel pied danser. On navigue entre la parodie maladroite et pas drôle du film de maison hantée, avec un second degré mal maîtrisé et un humour qui tombe toujours à plat ; et le sérieux le plus mortel et pathétique d’une série-b tout juste bonne à être diffusée en deuxième partie de soirée sur RTL9. Vous savez, ces téléfilms sur lesquels on zappe malencontreusement, dont on se moque gentiment 2 minutes, puis qu’on oublie aussi sec en se disant que la télé c’est de la merde et qu’on a vraiment la rage de payer une redevance. Les prestations des acteurs sont tout à fait dignes d’un téléfilm. Ils sont tous lamentables et ne semblent pas du tout concernés, à commencer par le si fade Patrick Wilson, un acteur ô combien transparent que j’avais déjà rapidement égratigné quand je vous avais parlé de Morning Glory et sur lequel je ne m’acharnerai donc pas davantage. Quoique… Le fantôme du film, c’est lui ! Il est à ranger dans la catégorie des Steven Seagal et autres Vin Diesel, les muscles, le charisme et l’art de la baston en moins (il ne lui reste donc pas grand-chose sur son CV !). Quant à Rose Byrne, son charme est ici largement insuffisant pour faire abstraction des limites qu'affiche son jeu si maussade et peu inspiré. Si Nicole Kidman avait profité du film Les Autres pour étaler tout son talent et jouer la peur comme personne, donnant à elle seule de l'intérêt à ce film, on est très loin de pouvoir en dire autant sur sa compatriote australienne, en mode pilote automatique, subissant des vents latéraux et autres turbulences désagréables.


Rose Byrne ne supportait pas l'haleine effroyable de son collègue fan de fromages à pâte pressée cuite, d'où certaines scènes de dialogues où l'actrice évite manifestement le face-à-face.

Il faut voir ce couple vedette sans relief réagir impassiblement quand une vieille médium au profil de lévrier afghan lui explique enfin, vers l’heure de film, l’origine des phénomènes surnaturels qui sont survenus dans leur première baraque et qui ont continué à se manifester après avoir pris refuge chez la mamie, incarnée par une Barbara Hershey faisant peine à voir. Une histoire sans queue ni tête qui reprend cette vieille légende urbaine comme quoi il existerait des personnes (dont Pat Wilson et son fils dans le coma font partie) capables de sortir de leurs enveloppes corporelles et de errer dans un univers parallèle : un monde infesté d'esprits évidemment maléfiques qui cherchent à revenir dans la réalité pour faire le mal. Entre parenthèses, moi je pensais que cette faculté de sortir de son corps pour mieux se mater de l’extérieur était réservée aux plus grands acteurs pornos et pouvait être à la portée du gars lambda lors d'une bonne partie de jambe en l’air durant laquelle le point G est touché du doigt. Mais bref passons sur ce détail...


Après ce film, vous ne regarderez plus les babyphones de la même façon

Le film est truffé de clins d’œil appuyés à une petite pelletée de films fantastiques, on pense par exemple à Paranormal Activity, Poltergeist, Shining, La Malédiction, Shutter, Amityville et même SOS Fantômes. Des références pas toujours très heureuses qui constituent une accumulation fatigante sans doute destinée à placer le spectateur en terrain connu et à se le mettre dans la poche. Sauf que ça ne marche pas. Au sein d’une telle saloperie, toutes ces références ont plutôt l’air d’être autant d’insultes adressées à un cinéma de genre trainé dans la boue. Insidious accomplit même l'exploit de faire passer tous ces films pour des purs chefs-d’œuvre (Paranormal Activity exclu, n’exagérons rien). Ici, il n’y a donc rien à sauver, ou si peu... Soyons sympa et évoquons deux passages assez réussis : cette scène où Rose Byrne découvre le fantôme d’un gosse dansant bizarrement sur une vieille musique diffusée par un gramophone ; et ces apparitions de jeunes femmes en petites robes gothiques, étrangement figées et ne gesticulant que par à-coups (apparitions qui s'incluent lors de l'errance finale dans l'univers des morts, qui rappelle les jeux vidéos Silent Hill et même Max Payne, c'est dire jusqu'où James Wan est allé piocher...). Deux moments très fugaces, complètement noyés par le reste, et dont je suis bien généreux de me rappeler. Car à part ça, tout m'est apparu complètement raté dans ce film qui, en outre, cristallise toutes les pires rengaines des films d'horreur merdiques actuels, comme par exemple ces inévitables effets sonores stridents qui essaient de faire sursauter et accompagnent chaque scène-choc, la mise en scène étant bien incapable d’effrayer autrement (elle est de toute façon incapable de créer quoi que ce soit).

Je ne regrette quand même pas de l'avoir vu, je n'ai pas passé un si mauvais moment devant de tels sommets de ridicule, et une daube pareille mérite qu'on y jette un coup d'œil, on en croise pas si souvent. Aussi, faut dire que j’ai passé la majeure partie du film à faire des commentaires pourris où je tentais systématiquement de placer le mot « insidieux », tout en sifflotant Alpha Beta Gaga de Air, au grand dam de ma compagne...


Insidious de James Wan avec Patrick Wilson, Rose Byrne et Leigh Whannell (2011)

4 mars 2011

Morning Glory

Que deviens-tu tonton Harrison ? Harrison Ford, toi qui nous as tant faits rire, pleurer, aimer... Toi qui nous as transportés dans une galaxie fort lointaine dans ton costume de Chewbacca, planqué sous une tonne de poils. Toi que je prenais pour un pénitent immortel après ton rôle dans le miraculeux Indiana Jones et la Dernière Croisade. Toi toi mon toi, toi toi mon tout mon roi. Toi qui es ensuite allé mendier la résurrection de ton rôle le plus mythique pour un pitoyable quatrième opus d’Indiana Jones où tu étais bien le seul à surnager au milieu de cet océan de médiocrité. Je m’arrête là car je me rends compte que j’ai la mémoire qui flanche. Une chose est sûre : Harrison Ford était l’acteur au top, le nec plus ultra d’Hollywood et l’un des mes petits chouchous. Celui auquel je rêvais de ressembler, au point de me scarifier le menton avec fougue pour avoir la même cicatrice, qui s’est depuis transformée en une hideuse seconde bouche.


L'âge d'or d'Harrison.

Triste nouvelle : Harisson Ford n’est plus. L’acteur est aujourd’hui réduit à se singer dans Morning Glory. Dans ce terrible film de Roger Michell, il incarne une légende de la téloche sur le déclin, un reporter enfermé dans les frontières de la ville de New-York, un as du scoop dont les cheveux blancs sont condamnés à terme à tomber les uns après les autres pour notre plus grand effroi. Je vous l’avoue sans honte : j’ai découvert avec ce film la véritable voix de mon idole putride. Son génial doubleur français m’avait persuadé que ma star fétiche devait en réalité avoir une voix d’ange. Quel ne fut pas mon étonnement lorsque je l’ai entendu prononcer ses premières lignes de dialogues en remuant ses vieilles lèvres pâteuses dans ce terrible film que j’ai eu la sale idée de regarder en version originale à plein volume ! Le vieux bonhomme a failli faire exploser mon installation 5.1 achetée à prix d’or chez Lidl. Sa voix de basse vient des Enfers. Il ne parle pas, il grogne, il gronde, il fait trembler les murs. Je n’avais jamais entendu un son si grave. Et pourtant, quand j’étais gosse, je me trouvais en première ligne lors de l’explosion de Tchernobyl. Quelle idée d'aller promener mon chien Flocon sur un affluent du Dniepr encore gelé ! Je me suis pris le fameux nuage en plein dedans, j’en ai bouffé. Je dis « bouffer » car on pouvait littéralement croquer les atomes d'iode 131 et de césium 137, et à l’époque, moi qui adorais les odeurs suspectes et particulièrement tout ce qui schlinguait la Mort, j’allais pas faire le difficile quand une énorme masse noire au goût d'outre-tombe se présentait d’elle-même face à ma tronche enfarinée et à la truffe de mon fidèle Flocon, aussi taré que moi sur ce coup-là. Si je mate tant de films, c’est parce que j’ai quatre paires d’yeux réparties tout autour de ma tête. Ma famille me surnomme affectueusement « l’Araignée », mes amis m’appellent respectueusement Spider-Man, mais dans la rue, c’est plutôt des « Tarentula » ou des « Veuve noire » qu’on me lance à tout bout de champ en m'attaquant à coups de balai. Et ce, malgré le port d’une casquette Umbro qui cache trois de mes yeux. Trois sur huit, c’est pas mal, mais pas assez, je reste un freak. Bref. Je m’égare, et revenons plutôt au cas Ford, le mien étant déjà réglé et consigné par les chercheurs du laboratoire Ecolab de Toulouse. Pour moi, le fameux mystère du grand bloop n’en est plus un. Ce son d’origine inconnu et d’une puissance inédite que les sous-marins américains ont enregistré au large de l’Atlantique durant l'été 1997 n’était autre que ce bon vieil Harrison qui venait de se refermer une porte sur les doigts après avoir créé un puissant courant d'air dans sa maison pour tenter d'évacuer l'odeur pestilentielle d'un de ses pets avant que Calista Flockhart ne revienne des courses.


L'âge de plomb. Quelle plante illégale faut-il fumer pour transformer son organe vocal en un tel instrument de malheur ? Que faut-il boire pour être condamné à ne pisser que du scotch ?

Dans ce film, Harrison Ford incarne donc un vieux présentateur télé à la dérive auquel une jeune productrice propose de retourner au métier en animant son émission matinale. Pour renouer avec le succès et faire grimper l'audience de cette émission, rien de mieux selon elle que de remettre au goût du jour une légende urbaine de la petite lucarne. Cette jeune femme est incarnée par Rachel McAdams à deux voies. Et quand on y pense, son personnage se retrouve un peu dans la même situation qu’un Raymond Domenech en 2005, réduit à faire appel à Zidane et ses sbires pour réussir à qualifier les Bleus en Coup'dum'. Sauf que cette fois-ci, c’est pas du tout du toof et pas de festoche zizou à la clé ; c’est que de la téloche et c’est ultra chiant. Le personnage principal de ce triste film, c’est cette jeune femme insupportable, hyperactive et surexcitée. Son seul objectif et son plus grand rêve ? Percer dans le monde du petit écran. Belle. Accessoirement, elle ne dirait pas non à un homme qui accepterait d’avoir des rapports sexuels bestiaux réguliers avec elle. C’est elle-même qui le dit de cette façon, avec ces mots-là, mais plus vulgairement puisqu'en anglais. Cette femme ne recherche pas l’amour. Non non, certainement pas, c’est bien trop démodé, et ça risquerait de faire correspondre le film au genre « comédie romantique » auquel il est bêtement associé sur les sites spécialisés. Non, son personnage veut simplement un compagnon d'infortune sexuelle, concept apparemment à la mode, pour qu’elle puisse se dire très égoïstement que sa propre sexualité est épanouie, et que donc tout va bien pour elle si l'on ajoute à cela son inévitable réussite professionnelle. Il faut aussi nécessairement que son compagnon de jeu ait l’air profondément idiot, soit tanqué comme une baraque à frites, n’ait aucun charme et possède un visage lisse comme un cul de bébé. Le dénommé Patrick Wilson correspond à la description, alors quand ce playmobil vivant débarque à l’écran, le clitoris de McAdams ne fait qu’un tour : elle a trouvé son étalon. En aparté, si cet acteur insipide sans doute aperçu dans tout un tas de séries et de films médiocres plaît effectivement à la majorité des femmes, alors moi, mes 12 yeux et mes 11 testicules, on abandonne.


S'il a besoin de sourcils, je peux lui en prêter.

Sur un rythme effréné et une musique omniprésente, on suit donc notre héroïne en tailleur se démener pour faire de sa matinale une émission phare de la télé américaine et de son vagin une autoroute à quatre voies. L’actrice est surmontée d’une coupe de cheveux ridicule, avec une frange faite de mèches molles qui tombent disgracieusement sur son petit visage cafi de grains de beauté disgracieusement disposés, et vers laquelle elle n’arrête pas de souffler pour y voir plus clair. On dirait une vieille jument fatiguée. Elle porte souvent des mini-jupes et se trimballe parfois en culotte après s’être amusée avec son mâle, mais comme le réalisateur doit plutôt s’appeler Michèle Roger que Roger Michell, sachez qu’on ne voit jamais rien d'intéressant à l’écran. Amateurs de culs rebondis, de cuisses ciselées et de mollets galbés, passez votre chemin. Pourtant, "Morning Glory", je crois bien que c'est comme ça que l'on désigne la fameuse gaule du matin chez les anglosaxons. D'où le titre de l'album mythique d'Oasis, (What da ?!) Morning Glory, qui est une référence à une célèbre anecdote de tournée du groupe, mettant en scène le surprenant mastodonte du chanteur Noel Gallagher et une groupie crédule. Je m'attendais donc à un film un peu plus ouvert sur ce point-là. Mais j'étais drôlement naïf pour attendre cela de la part de l'auteur du platonique Coup de foudre à Notting Hill et du Diable s'habille en Prada col roulé.


De l'art de faire du placement putride de produit. Combien de pommes distinguez-vous dans cette image ?

Évidemment, McAdams parvient à ses fins, et réussit dans tout ce qu’elle entreprend, ce qui après s’être tuée à la tâche pendant 1h30, était tout de même bien mérité. Mais au bout du compte, le film nous apprend que l’important, ça n’est pas le boulot et la réussite sociale, mais la famille, les proches, et le simple bonheur de vivre en général, quitte à ne pas gagner des dizaines de milliers de dollars par mois. C’est le personnage d’Harrison Ford qui apprend la nouvelle à notre héroïne à la toute fin du film dans un plan séquence de 10 minutes qui a fait vibrer mon immeuble, au point qu'il a reçu le label de résistance aux séismes d'une amplitude de 7 sur l'échelle de Richter, alors que le film nous a martelé tout l'inverse pendant presque deux plombes. Il lui sort sa petite leçon de vie avec sa voix d’outre-tombe qu’on a plutôt envie d’écouter. A ce moment-là Ford, sans doute agacé d’être dans ce long-métrage où il ne manie jamais le fouet, fout véritablement les j’tons. Avec ses mille et une rides, sa serpillère blanche en déliquescence sur la tronche, sa bouche de travers et tout son visage qui tomberait s'il n'était pas simplement retenu par la force de ses cordes vocales, l’acteur impressionne et tétanise. Je finirai en m’adressant à lui : Harrison Ford, tu appartiens au siècle passé. Et ta voix renferme en elle toutes ses tragédies. Tu es le Prince des Ténèbres.


Morning Glory de Roger Michell avec Rachel McAdams, Harrison Ford, Patrick Wilson et Diane Keaton (2011)