Affichage des articles dont le libellé est Pierre Mondy. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pierre Mondy. Afficher tous les articles

7 février 2009

[A bittersweet day in Gérardmer] The Strangers


 
Ilaosé s’agrandit, ilaosé déménage, ilaosé se transporte vers de nouvelles latitudes, ilaosé a un an et un jour aujourd’hui. Des quatre coins du globe, de plus en plus d’internautes s’emparent de leurs claviers pour féliciter (très souvent) ou insulter copieusement (de temps en temps) les auteurs du site. C’est pour célébrer cette année de critiques, cette année qui n’est finalement qu’une immense déclaration d’amour au 7ème art, que les membres fondateurs ont pris la décision d’opérer un virage décisif, un angle droit vers le futur. Ils ont entrepris de mettre les petits plats dans les grands, de mettre les pieds dans le plat, de tout mettre à plat, et d’engager un envoyé spécial, reporter sans frontière, tout terrain et obéissant au doigt et à l’oeil : MOI ! Et comme le dit le lieutenant Ray Garcia dans La Relève (1990), « C’est pas juste un job, c’est une putain d’aventuuuure ! »
 
Premier reportage : le 16ème festival du film fantastique de Gérardmer.
 
En compagnie de mes trois acolytes Karen, Laëtitia et Cédric, nous arrivons à Gérardmer à 10h ce dimanche 1er février, dernier jour du festival. Nous n’avons qu’une vague idée des films qui vont nous tomber dessus mais on a déjà un programme idéal, le plan A (Morse, puis Grace, puis Midnight Meat Train) et un programme de remplacement, un « au cas où », le plan B (The Strangers, puis Hansel & Gretel, puis Repo! the Genetic Opera). Nous étions donc prêts et organisés. Pour chaque film j’ai eu le privilège de recueillir les avis de mes trois acolytes, à chaud, à la sortie des films, dès le dépôt de leurs pieds sur le sol gelé des parkings jouxtant les cinémas de Gérardmer, le bloc-notes dans une main, histoire de contrebalancer ou de confirmer mes analyses à tête reposée. 
 
Arrivés dans le centre de Gérardmer, nous nous apercevons que l’organisation est de grande envergure. La billetterie est immense et toute la ville est mobilisée pour faire de ce festival un évènement à l’aura internationale : lac gelé, bonhomme de neige géant, chapiteau de la Française des Jeux qui pour l’occasion a distribué un millions de porte-clefs collector. Nous apercevons aussi le fameux Grand Hôtel, dans lequel loge le jury, l’occasion pour nous de voir Pierre Mondy signer des autographes indélébiles sur les k-way de randonneurs du troisième âge incrédules et blessés, venus là pour admirer les Cascades de Tendon.
Une fois les Pass achetés, nous courons à la projection de Morse, en évitant les nombreuses plaques de verglas et en doublant et bousculant d’autres festivaliers pressés qui pourraient nous piquer les dernières places.
 
 
Malheureusement, nous nous faisons refouler à l’entrée car c’est déjà plein, l’officiel barrant le passage étant incorruptible. Devant ce désagrément, on décide de passer au plan B, The Strangers, un "inédit vidéo", en se rendant au pas de course, tête baissée, vers un autre cinéma. 
 
 
Ce cinéma s’appelle le Paradisio. C’est une salle ancienne, les fauteuils ne sont pas très confortables, la pente est faible et il suffit qu’un mec assez grand se mette devant vous pour que la séance soit terminée. Le parquet vibre chaque fois que le son est fort ce qui n’est pas mal finalement. L’entrée dans la salle est précédée par une file d’attente conséquente et belliqueuse. Laëtitia saura faire tenir en respect des resquilleurs du troisième âge qui tente de nous doubler en prétextant une tendinite. 
 
Dans The Strangers, la vedette n'est autre que Liv Tyler. L’actrice nous montre une large palette de son jeu en quelques cris, sursauts, tremblements et recherche frénétique de couteaux dans les tiroirs de la cuisine, du salon et de la chambre à coucher. Ce film est un direct-to-vidéo en France ce qui n'a rien d'étonnant tant c'est une merde. L'histoire est d'une simplicité et d'une absurdité fondamentales : c'est la nuit, un jeune couple revient à la maison après avoir assisté au mariage d'un pote et traversé une crise conjugale d'importance (la jeune femme vient de refuser la bague du jeune homme). Une fois arrivés les deux tourtereaux se regardent en chien de faïence pendant 10 minutes. Après ça, l’éconduit jeune homme (Scott Speedman dans un rôle ingrat taillé à la mesure de son talent) tétanisé et circonspect sort de sa léthargie (pour le plus grand bonheur du spectateur) pour s’emparer d’un pot de 7 kilos de glace qu’il entreprend d’entamer en tentant d’égaliser la performance de Richard Attenborough dans Jurassic Park lorsque celui-ci tente d’oublier que ses deux petits-enfants sont livrés à eux-mêmes dans une jungle truffée de T-Rex. Plagiat honteux. Liv Tyler, partie prendre un bain, se rappelle pourquoi elle a refusé la bague de son compagnon. Mais « Pourquoi pas ? » se dit-elle avant d’aller retrouver son homme et lui faire quelques bisous. Au moment où il commence à folâtrer de nouveau sérieusement, le couple est dérangé par une jeune femme à contre-jour qui demande à voir une personne manifestement pas là. Les ennuis commencent pour notre couple et pour les gens dans la salle. Pendant plus d’une heure, Liv Tyler cherche des couteaux pour se défendre et des téléphones pour se plaindre. Des étrangers portant des masques entrent et sortent à leur guise dans la maison sans faire « bouh », Scott Speedman tente de faire démarrer sa bagnole puis tente de faire démarrer une autre bagnole sise dans le garage, Liv Tyler se tord la cheville, Scott Speedman envoie son meilleur pote au cimetière… 
 
 
Au final, les trois vilains masqués trucident nos héros sans un mot à l’aide d’un couteau et s’en vont. On n’a aucune idée des raisons pour lesquelles les trois Strangers s’en prennent au couple, on n’a qu’un film au premier degré qui tente de nous faire croire que cette merde est basée sur des faits réels et qu’elle fait peur. On n’a aucune envie de découvrir une éventuelle suite. Quelques crétins ont applaudi à la fin, bien que Bryan Bertino, le réalisateur ne fût pas présent dans la salle. Au passage, on souhaite à Bryan Bertino d’aller faire une randonnée dans les Rocky Mountains et de se faire surprendre soit par un orage de grêlons gros comme le poing, soit par une maman Grizzly courroucée, le poing serré. Il peut faire d’une pierre deux coups et amener avec lui le compositeur de la musique du film. 
 
En sortant du cinéma, les commentaires sont cinglants et définitifs : « Comment qualifier ce film en un seul mot ? Je dirai sans hésiter « médiocre ». Le scénario se traîne en longueur en tentant de faire peur, mais ma seule peur fut de m’ennuyer encore plus !! C’est navrant pour un film censé provoquer la terreur du spectateur. Mais la longueur n’est pas le seul problème, c’est la bêtise du scénario, avec des scènes vraiment pathétiques. En effet, imaginez que vous possédez un fusil et qu’un étranger armé d’une hache tente de pénétrer chez vous, la première chose que vous allez faire c’est de… lui balancer une chaise !!?? […] Malheureusement, il pourrait y avoir une suite… » Laëtitia, les dents serrées. « Que dire… Un vrai trou noir, il aspire toutes les idées classiques du film d’angoisse (une maison isolée mais pas trop quand même sinon ça pourrait vraiment faire peur, une jeune femme terrifiée enfin ils essaient de nous le faire croire, une musique qui se veut angoissante mais qui est surtout horripilante, des agresseurs anonymes et sans aucun charisme…) et ne réussit à les transformer qu’en une absence sidérante de contenu et de forme. » Cédric, le couteau entre les dents. « Le typique thriller américain, sans aucun ingrédient de plus. Ils ont mis une star connue (Liv Tyler) pour que le film soit un peu plus attractif, mais ils ne sont arrivés à rien même avec ça. » Karen, qui a désormais une dent contre Bryan Bertino. 
 
 
The Strangers de Bryan Bertino avec Liv Tyler, Scott Speedman et Glenn Howerton (2008)

17 avril 2008

Je préfère qu'on reste amis...

On se pointe au vidéo-club, 00h30, distributeur automatique, envoi, liste de tous les films. S'offre à nous un choix délicat. Un choix qui peut décider de la gueule qu'aura notre soirée, un choix crucial entre deux ou trois films de merde. Quid des comédies triangulaires de Dany Boon en plein déménagement, quid du film choral avec un festoche de personnages tous plus cons les uns que les autres ou quid du bon vieux buddy movie avec tandem équilibré entre un vieux monstre sacré du cinoche français et un novice du grand écran, blagues à tiroir, grandes tapes dans le dos et réflexion sur la supériorité des liens amicaux ? Notre choix s'est porté sur le troisième de ces films de merde. Faut dire que l'affiche est vendeuse, Gérard Depardieu et Jean-Paul Rouve qui se marrent à gorge fracassée en se tenant par le colbard, ça évoque tout de suite une franche rigolade. Mais il faut se méfier des affiches trop vendeuses. D'ailleurs au dos de la jaquette on pouvait lire "Une comédie goodfeeling dont on sort avec la banane". On aurait dû se méfier. Et puis comment a-t-on pu passer à côté de la mention de bas d'affiche, écrite en taille 3 sur Wordpad : "Réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache". Autant de pistes menant droit à la catastrophe. Cette jaquette c'était une carte au trésor, le X marque l'emplacement, chez moi la cuvette des chiottes est marquée d'un grand X noir sur fond blanc, et c'est là que j'ai terminé le film.



En fait de comédie les deux clowns tristes qui se sont réunis pour faire ce film n'ont aucune sorte de base d'idée de gag. En une heure et quarante minutes, il n'y a pas l'ombre d'une amorce de vanne dans cet odieux long métrage. C'est même plutôt tragique. Le drame commence dès l'ouverture du film avec une très longue scène dans laquelle la chère Annie Girardot, atteinte d'Alzheimer, fait chier son fils (Rouve Jean-Paul) en lui répétant mille fois les mêmes questions insipides. Et la dame fait au moins autant chier le spectateur que le héros de notre film. Un peu à l'image de Suzanne Flon dans Fauteuils d'orchestre, qui jouait la vieille grand-mère radoteuse de Cécile de France (quel rôle ingrat pour nous dire adieu, merci Mitraillette Thompson, au revoir à jamais), dont, il faut bien le dire, on se surprenait à lui souhaiter une mort rapide et sans douleur. Étrange manie que placer des personnages extrêmement chiants dans les comédies, qui nous valent d'interminables scènes épuisantes, qui brisent le rythme, si rythme il y a. Et ici pas de danger, aucun rythme, aucune vanne, aucun rire, aucune idée, aucun bon dialogue, niet, que dalle, le rien. Tout le long du film les personnages sont odieux les uns avec les autres, s'envoyant des gifles verbales dont personnellement la moitié aurait suffit à me faire finir au poste, le tout sur fond permanent d'un solo de batterie sans fin ni but signé Manu Katché.



C'est tout bonnement incroyable qu'à aucun moment de la production de ce film, personne n'ait fait remarquer que rien n'était un tant soit peu drôle dans la globalité du métrage. Ni les 123 personnes qui ont co-écrit ce script honteux, ni les 1536 machinistes, éclairagistes et autres ouvriers du bâtiment présents sur le plateau, ni les DEUX réalisateurs qu'on appelait sur le tournage "partners in crime" quand on les aimait bien ou "Les deux connards" quand on les aimait moins, personne n'a levé le doigt pour crier au naufrage, pour hurler au flop. Ni Jean-Paul Rouve qui a quand même commencé sa carrière en faisant de l'humour pendant 15 ans, ni Gérard Depardeüs qui se veut quand même un type drôle habituellement. D'ailleurs la seule scène un brin amusante n'est-elle pas une improvisation savoureuse de notre vieil éléphant de mer de la comédie Française, au départ de laquelle J-P Rouve est écroulé de rire, scène de fait ratée qui aurait normalement et légitimement terminé dans une poubelle avec les autres rushs, ou au mieux dans le bêtisier du dvd, et qu'au final les deux gangsters du grand écran que sont Eric Toledano et Olivier Nakache, labellisés "metteurs en scène" de ce gouffre boueux de film, ont gardée au montage pour avoir à l'image au moins une séquence qui ne soit pas une insulte au genre même de la comédie, un crachat dans la gueule des Gérard Oury et autres Pierre Mondy chers à nos cœurs.


Je préfère qu'on reste amis... de Eric Toledano et Olivier Nakache avec Annie Girardot et Gérard Depardieu (2005)